Raconter pour vivre

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Dans notre vie, les histoires sont importantes. Nous les utilisons pour donner un sens à ce que nous vivons et pour comprendre qui et ce que nous sommes. Nos récits nous décrivent, mais ils créent aussi un monde dans lequel nous pouvons vivre. Nous sommes enchevêtrés dans des histoires qui influencent la sorte de récits que nous pouvons raconter ou non.
Les traditions culturelles et religieuses, entre autres, constituent de riches dépôts de modèles et de matériaux pour construire nos récits de vie. Nous les utilisons pour attribuer une signification et trouver une direction à la façon dont nous devons vivre. »
Naviguant avec aise et clarté entre la théorie littéraire, la psychologie, la philosophie et la théologie, le professeur R. Ruard Ganzevoort décortique la manière dont nous exprimons notre inextirpable désir de sens par des récits dont la plupart des éléments proviennent des traditions religieuses, mais aussi de la culture populaire. En analysant le choc des différents récits par lesquels notre identité se construit en permanence, il porte un regard pénétrant tant sur nos stratégies de conciliation que sur le rôle sensible que peuvent jouer les institutions, notamment religieuses, pour favoriser l’harmonisation des récits. Par ailleurs, puisque l’existence ne se laisse guère enfermer par les histoires qu’on se raconte sur soi et sur le monde, surviennent des événements traumatisants, qui déchiquètent le précieux papyrus de nos récits de vie. C’est, par excellence, dans ces moments de crise que surgissent des expériences de salut, capables de transformer nos cicatrices en « stigmates » – en signes de la présence de Dieu dans notre vie.
Publié le : jeudi 16 avril 2015
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EAN13 : 9782896881789
Nombre de pages : 159
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RACONTER POUR VIVRE Les signiIcations spirituelles de nos récits de vie
R. Ruard Ganzevoort Préface de Jean-Guy Nadeau
RACONTER POUR VIVRE Les signiIcations spirituellesde nos récits de vie
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Ganzevoort, Reinder Ruard, 1965  Raconter pour vivre : les significations spirituelles de nos récits de vie  (Novalis universitaire)  Comprend des références bibliographiques.  ISBN 9782896880669  1. Art de conter – Aspect religieux – Christianisme. 2. Théologie narrative. I. Titre. II. Collection : Novalis universitaire. BT83.78.G36 2015 230 C2015940312X Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015 Bibliothèque et Archives Canada, 2015 Direction éditoriale : Jonathan Guilbault, JeanFrançois Bouchard Traduction : Claude Rochon Révision : JeanGuy Nadeau Mise en pages : Danielle Dugal Photo de la couverture : © Shutterstock Les textes bibliques sont tirés de laTraduction œcuménique de la Bible(TOB). © Société biblique française et Éditions du Cerf, Paris, 1988. Avec l’autorisation de la Société biblique canadienne © Les Éditions Novalis inc. 2015 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour des activités de développement de notre entreprise. Cet ouvrage a été publié avec le soutien de la SODEC. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.
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R. RuardGANZEVOORT
RACONTER POUR VIVRE Les signiIcations spirituellesde nos récits de vie
Préface
Nous sommes tous des conteurs. Chaque jour, nous racontons et nous nous racontons des histoires, des histoires par lesquelles nous nous disons et par lesquelles, aussi, nous imaginons notre vie. Il y a les histoiresdecequenousavonsfait,etcellesdecequenousallonsousouhaitons faire. En fait, nous nous racontons d’abord à nousmêmes en ayant souvent en tête un défi à relever, une idée de notre avenir, de ce qui nous semble possible… ou pas. L’école de Palo Alto nous a appris que la communication vise à présenter à l’autre notre image de nousmêmes, afin d’en être acceptés. La pragmatique du récit nous apprend de son côté que ce désir d’acceptation est le plus souvent axé sur le futur, sur un avenir à construire de différentes façons avec l’autre, allant de l’opposition à la collaboration, en passant par l’ex ploitation ou la reconnaissance. Ce n’est sans doute pas par hasard que les figures de cas qu’étudie Ganzevoort concernent l’amour romantique, l’identité homosexuelle, l’appartenance religieuse.
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Raconter pour vivre – Les significations spirituelles de nos récits de vie
Le récit est une des façons de prendre soin de notre vie et de notre identité, ainsi que de celles des autres. On construit un enfant selon les histoires qu’on lui raconte sur lui et sur le monde, mais on peut aussi le stigmatiser ou même le détruire avec ces histoires. Tout comme on peut détruire quelqu’un par les histoires qu’on raconte à son sujet. Raconter n’est pas banal, même si on le fait chaque jour. Le livre de Ruard Ganzevoort montre que nos récits de vie, et même les petites histoires que nous nous racontons chaque jour, ne sont pas que balivernes ou verbiages. Construire un récit, imaginer sa vie, c’est en effet aussi construire son identité à travers les drames, les tensions et les blessures de l’existence auxquelles nos récits cherchent à donner sens.
Dans nos histoires, il y a des personnages, des désirs, des lieux et des temps. Il y a des hauts et des bas, une quête de mieuxêtre ou de bonheur,quelauteurconsidèrecommeunequêtedesalut,ausensséculier et originel du mot, aussi bien qu’en son sens religieux. Salut parce que la vie est souvent menacée, comme la planète d’ailleurs, et qu’il importe d’en prendre soin. Le récit, qu’on se le raconte à soi même ou à un autre, constitue un laboratoire de notre identité et du sens de notre vie. Nous pouvons y essayer différents agencements entre les éléments de notre vie, et donc construire différents sens à notre vie. En fait, nous ne nous racontons jamais de la même manière. Mon récit est déterminé par son contexte, par son destinataire et par mon intention. Je ne raconte pas la même histoire de moi selon que je suis devant la Cour, dans un bar, à l’église ou à une réunion des Alcooliques Anonymes.
Nos histoires nous identifient dès avant notre naissance alors que nous figurons dans le récit de nos parents comme enfant désiré ou non, fruit de l’amour ou d’une agression, et selon des circons tances que nous choisirons d’intégrer ou non à notre propre récit. Fred Pellerin dirait peutêtre que les plus chanceux ont commencé comme un conte dans le cœur de leurs parents. Comme une ques tion, un désir, un projet qui peut se dire de tant de façons. « On avait un tout petit logement avec trois chiens, alors on a vraiment cherché
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une maison quand j’étais enceinte de Clémence. » Ou encore : « Ça fait presque deux ans qu’on essaie. On voulait qu’Oscar ait une petite sœur proche de son âge. Là, je suis enceinte, et on est tellement contents ! » Des histoires très brèves, mais qui, déjà, racontent quelqu’un et mettent la table pour l’avenir.
L’enfant chanceux se fait conter des histoires avant de s’endormir, le soir. Et il y tient, souvent à l’affût des moindres variations. Puis, il est luimême invité à raconter. « Veuxtu me raconter ta journée à la garderie ? » Récits d’abord trop longs, parce qu’il n’a pas encore appris à choisir et à agencer les éléments de son histoire en fonction d’une trame narrative ou d’un choix de sens à donner à son histoire. Mais récits, tout de même, qui s’affineront avec les années. Jusqu’aux récits de fin de vie auxquels nous reviendrons plus loin.
Ruard Ganzevoortécrit à partir de son expérience de chercheur, de pasteur et de père, et même de politicien représentant du Parti vert à la Chambre haute du Parlement des PaysBas. Il expose de façon claire les théories littéraires, psychologiques, philosophiques, voire politiques, qu’il utilise. La théologie s’inscrit de façon discrète, diraisje, dans une réflexion d’ensemble qu’elle enrichit réellement, ici et là. Elle permet d’identifier et de scruter les éléments religieux qui marquent, tantôt pour le mieux, tantôt pour le pire, les récits que des gens font de leur vie et de leur relation à Dieu ou au sens de la vie. Analyste de la culture populaire depuis des années, Ganzevoort sait aussi exposer les rôles, positifs ou négatifs, que les figures majeures de cette culture jouent dans les récits identitaires des gens, surtout chez les jeunes.
Son étude est particulièrement attentive aux tensions que nous vivons tous entre différentes appartenances, différentes identités, différentes histoires. Il y a quelques années, un de mes étudiants commençait un doctorat en posant la question suivante : Peuton être gai et catholique ? Il était bien conscient que l’institution et la communauté homosexuelles, comme l’institution et la commu nauté catholiques, en niaient massivement la possibilité. Mais alors,
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comment tenir ? Ganzevoort explore cette question en examinant les stratégies narratives de jeunes chrétiens homosexuels qui vivent ce conflit souvent déchirant.
De plus, Ruard Ganzevoort est professeur de théologie pratique, spécialiséencounselingetenherméneutique,cequisignieque,pour lui, ce n’est pas tant la doctrine ou le dogme qui importe, mais ce que nous en faisons, la façon dont ils déterminent notre vie. Ainsi atil fait plusieurs recherches par entrevues, entre autres sur les jeunes homosexuels, les personnes âgées, les victimes d’agres sions sexuelles. Son propos en ressort tissé de récits et des situations, souventconictuellesetdramatiques,danslesquellesilsontétéconstruits et… utilisés.
Par ailleurs, le fait que l’auteur vienne des PaysBas, où la religion et la sécularisation sont depuis des décennies dans une situation très semblable à celle du Québec, ne fait qu’accroître la pertinence de son propos pour le lecteur québécois. Ici aussi, la pyramide des âges s’est inversée. Les personnes âgées, auprès desquelles l’auteur a mené plu sieurs grandes recherches, forment une part importante de notre population. Et ces personnes sont face à la tâche de dresser leur bilan de vie. Racontant leur histoire, se racontant leur histoire – elles n’ont pas toujours quelqu’un à qui la conter –, elles la jugent. Et elles se jugent. Certaines ne trouvent pas grâce à leurs yeux et considèrent qu’elles ont gâché leur vie. C’est alors le rôle de leurs proches ou des intervenants de les aider à reprendre leur histoire et à la raconter autrement, d’une façon qui aide à vivre les années ou les jours qui restent. Et qui aide à former le souvenir, le récit qui restera d’elles après leur décès.
On ne peut pas changer notre vie à rebours. Le passé est le passé. Mais on peut toujours la raconter différemment tout en restant vrai. Ce pouvoir de raconter nous permet, entre autres, de transformer nos blessures en stigmates d’une autre présence, comme y invite Ganzevoort, ou en creusets du sens de notre vie. Ce livre nous offre quelques clés pour mieux le comprendre, et en vivre. JeanGuy Nadeau
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