Réformer dans l'église

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EAN13 : 9782296248021
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RÉFORMER DANS L'ÉGLISE
EXPERTS ET CONTESTATAIRES

Collection "Logiques Sociales"
Dernières parutions : Gilles Barouch (préface de Michel Crozier), La décision en miettes. Systèmes de pensée et d'action fll 'oeuvre dans la gestion des milieux naturels, 1989. Pierre Jean Benghozi, Le cinéma entre l'art et l'argent, 1989. Daniel Bizeul, Civiliser ou bannir? Les nomades dans la société française, 1989. Centre Lyonnais d'Etudes Féministes, Chronique d'une passion. Le Mouvement de Libération des Femmes flLyon, 1989. Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat. L'encadrement capitaliste, 1989. D. Allan Michaud, L'avenir de la société alternative, 1989. Christian de Montlibert, Crise économique et conflits sociaux, 1989. Louis Moreau de Bellaing, Sociologie de l'autorité, 1990. Marianne Binst, Du Mandarin au manager hospitalier, 1990. Didier Nordon, L'intellectuel et sa croyance, 1990. Françoise Crézé, Repartir travailler, 1990. Emmanuèle Reynaud, Le pouvoir de dire non, 1991. C. Dourlens, J.P. Galland, J. Tbe~, P .A. Vidal-Naquet, Conquête de la sécurité, gestion des risques, 1991. Norbert Alter, La gestion du désordre en entreprise, 1991. Christian Miquel et Jocelyne Antoine, Mythologies modernes et micro-informatique. La puce et son dompteur, 1991. Sir Robert Filmer, Patriarcha ou le pouvoir naturel des rois et

observationssur Hobbes (sous la direction de Patrick Thierry), 1991. Bruno Péquignot, La relation amoureuse. Etude sui le roman sentimental contemporain, 1991.

COlLECTION LooIQUFS SOCIALES

dirigée par Dominique Desjeux et Smain Laacher

Claude Périnel

REFORMER
DANS L'EGLISE
EXPERTS ET CONTESTATAIRES

Préface de René REMOND

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 7505Paris

@ Éditions L'Harmattan.

1991

ISBN: 2-7384-1110-X

PRÉFACE

changement de l'institution, Claude Périnel ne pouvait guère faire choix plus judicieux que l'étude de la récente réforme du rituel du baptême des petits enfants. Pas seulement - encore que la grandeur du phénomène ne soit pas indifférente - parce que l'acte baptismal concerne toujours, même si la pratique a régressé depuis le moment où la réforme a été amorcée, une majorité des familles qui vivent en France: probablement les deux tiers environ des enfants qui viennent au monde. Mais aussi parce que le baptême est un acte essentiel de la vie de l'Église: il introduit l'enfant dans la communauté chrétienne et en fait un membre à part entière. Seul signe indiscutable d'appartenance à l'Église, il est de tous les indicateurs de l'identité religieuse le moins arbitraire. Raison plus décisive encore: le baptême n'est pas seulement un rite; c'est un sacrement, porteur de grâce. En conséquence toute réforme du rite appelle une réflexion d'ordre théologique dont les implications dépassent de loin les modalités de son administration. Par exemple la simple question du délai, entre la naissance et le baptême, se réfère nécessairement à des positions de principe sur la nature et les effets du
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de P o~r déchiffrer les procédures pour décision pratiquées dans l'Eglise catholique, comme mesurer la capacité de

péché originel ainsi que sur la nécessité du rachat individuel pour accéder à la vision béatifique, promise aux baptisés qui ne meurent pas en état de péché mortel. C'est parce que le Magistère ne concevait pas qu'un enfant mort sans baptême puisse connaître le bonheur éternel que les théologiens avaient imaginé l'existence des limbes. Et si l'Église aujourd'hui dans sa pratique pastorale ne fait plus de la proximité du baptême par rapport à la naissance un impératif aussi contraignant, ce n'est pas seulement parce que le recul de la mortalité infantile dû aux progrès de la médecine néonatale a considérablement réduit l'éventualité de la mort des nourrissons, c'est davantage parce qu'elle ne professe plus que les enfants morts sans baptême sont fatalement privés de la vision de Dieu. Aussi toute réforme du rituel du baptême débouche-t-elle sur des débats théologiques. La possibilité de le modifier en est singulièrement réduite: la liberté de l'épiscopat ne peut s'exercer que dans des limites étroites. C'est une donnée majeure de l'histoire de cette réforme: eUe lui confère aussi une importance et une signification à la mesure de ses enjeux. La discussion engagée en France à ce propos à partir du début des années 1950 s'est développée au croisement de plusieurs cheminements et sur plusieurs registres. Intéressant à la fois la théologie des sacrements et )'ecclésiologie, elle concernait aussi la pastorale sacramentaire. A cet égard, elle s'est inscrite dans le grand débat de l'après-guerre sur la déchristianisation de la société française, la recherche de ses causes et la réflexion sur les moyens d'y remédier, qui a suscité alors tant d'initiatives et aussi tant de propositions pour une présentation rénovée et plus authentique de l'Évangile à la société moderne. De nombreux prêtres souffraient que leur rôle fût ravalé à celui de distributeurs de sacrements par des parents qui ne voyaient dans le baptême qu'une cérémonie imposée par le conformisme social et qui n'avaient pas la moindre idée du mystère pascal de mort et de résurrection qui confère au geste baptismal sa signification. Comment faire pour que le baptême soit l'occasion d'une découverte du sens, source d'un christianisme de volontaires? Le renouveau théologique, liturgique, dont le Concile était la consécration avivait les exigences. La réforme projetée du rituel a pris place dans une vision pastorale et est devenue un élément d'une stratégie de l'institution. 8

Cette réforme a une longue histoire: elle a occupé les esprits et sa réalisation s'est échelonnée sur un quart de siècle, du Directoire sur la pastorale des sacrements, mis en vigueur en 1951, à l'année 1973 à laquelle s'est arrêté Claude Périnel. Se faisant historien, il a retracé avec minut{e toutes les étapes de cette démarche, analysant les projets successifs, évoquant les consultations et navettes dont ils firent l'objet. Si la gestation fut si longue, c'est en partie parce que la réforme mettait en jeu beaucoup de partenaires: théologiens et hommes de terrain, pasteurs, catéchistes, et aussi de nombreuses instances. L'élaboration de la réforme est en effet contemporaine de la mutation des structures du gouvernement de l'Église en France : ju~u'au milieu du siècle il n'y avait pas, à proprement parler, d'Église de France, mais seulement une juxtaposition de diocèses dans chacun desquels l'évêque détenait exclusivement l'autorité. L'Assemblée des Cardinaux et Archevêques, créée au lendemain de la première guerre pour régler quelques questions de circonstance, avait acquis une grande autorité morale mais elle n'avait pas de pouvoir canoniquement reconnu. A partir de 1951, l'Église en France commence à se donner des structures avec la réunion périodique d'assemblées réunissant tous les évêques puis, à partir de 1964, avec la mise en oeuvre de la collégialité réaffimiée par Vatican II, la constitution d'une Conférence épiscopale avec un Conseil permanent, une présidence. Parallèlement s'étoffe une administration centrale, se créent des organes communs, qu'on assimile peut-être un peu vite à une bureaucratie, mais qui constituent des instances intermédiaires dont la consultation fait partie de droit de tout processus de décision. Pour la réforme du rituel du baptême l'organisme compétent est le Centre national de pastorale liturgique qui a pris, en 1965, la suite du Centre de pastorale liturgique, créé en 1943 et qui avait joué un rôle capital dans l'histoire du mouvement liturgique. C'est à cette instance que l'épiscopat reconnaît compétence et responsabilité pour étudier et préparer la réforme. Claude Périnel reconstitue avec sagacité l'histoire complexe des échanges entre les différents niveaux de décision et relève à mesure les incidences sur la rédaction des textes et le contenu de la réforme.

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Interviennent aussi ce qu'on peut appeler, par analogie avec d'autres processus de décision, des groupes de pression: parce que la réforme implique des positions qui affectent l'interprétation du dogme et retentissent sur l'identité chrétienne, elle ne peut manquer de susciter des passions contraires d'autant plus vives et irréductibles que l'Église traverse après le Concile et la crise de 1968 une période de crise et de troubles. Claude Périnel met {>articulièrementen lumière les interventions des Silencieux de l'Eglise que leur attachement inconditionnel à toute tradition et à une objectivité des dogmes, indépendante des situations historique, rendent particulièrement hostiles aux réformes. Leur poids fut-il aussi grand qu'il le suggère et les évêques furentils relativement satisfaits de pouvoir s'en servir pour faire contrepoids aux pressions qui s'exerçaient, en sens inverse, de la part de clercs désireux de transformer le baptême en une .ldhésion réfléchie à une Église de volontaires? Reste qu'entre les deux minorités, dont l'une s'opposait à toute adaptation et dont l'autre tendait à remettre en question la pratique séculaire, l'épiscopat se trouvait en situation d'arbitre. Une catégorie d'intéressés n'a pas été associée à l'élaboration de la réforme et Claude Périnel de s'en étonner: il y voit un indice que l'autorité ecclésiale ne souhaitait pas instaurer une véritable consultation: les parents. Mais, à la réflexion, ils ne sont que des deman~eurs occasionnels en quelques circonstances momentanées et non pas des partenaires réguliers. Comment aurait-on pu les associer aux travaux préparatoires? Comment choisir parmi eux des interlocuteurs représentatifs? A travers cette question se dévoile le problème malaisé à concevoir et à résoudre d'une expression organisée et représentative dans l'Église; comment transformer la réalité mystique du peuple de Dieu en une réalité institutionnelle d'une opinion publique? Sociologue, Claude Périnel n'a pas entendu traiter de la décision dans l'Église comme si celle-ci constituait une société radicalement différente de toute autre. Ce n'est pas le moindre intérêt de son étude que d'avoir esquissé toute sorte de rapprochements avec d'autres types de société: il a eu la sagesse de limiter le champ des comparaisons aux institutions les plus éloignées de la société de consommation et de l'univers de la marchandise: à cet égard les institutions universitaires constituent un bon exemple. La comparaison fait ressortir des
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analogies: l'Église est un système social comme les autres qui connaît les mêmes problèmes d'organisation et de fonctionnement, de communication, d'exercice de l'autorité. Mais elle révèle aussi des singularités irréductibles qui tiennent à la spécificité de la nature et de la mission de toute communauté ecclésiale fondée sur une foi commune, et qui en l'occurrence procèdent aussi de l'originalité de l'objet de la réforme: .les sociétés civiles ou politiques ne connaissent pas ordinairement de débat semblable à la controverse sur un rite qui soit aussi un sacrement. Sous le rapport de la consultation et de l'aptitude à se réformer, la comparaison ne dessert pas l'Église. J'incline à trouver que le jugement que Claude Périnel porte à cet égard sur l'Église pèche par une trop grande sévérité, si l'on tient compte que la marge de jeu des évêques n'était pas grande. L'empire du secret est-il plus rigoureux que dans les autres sociétés? A suivre le déroulement de la réforme, on est plutôt tenté de penser que l'Église a précédé l'entreprise par exemple et poussé plus loin la concertation. Même limitée et en retrait sur certaines attentes, la réforme montre une capacité certaine de l'institution à opérer des changements. De plus, s'il est vrai que, dans un premier temps elle n'a pas débouché sur un dispositif qui donne entière satisfaction aux aspirations des clercs et des laïcs, la pratique qui s'est instaurée depuis y a assez largement correspondu: par l'instauration d'une préparation qui conduit les parents à réfléchir à la signification du geste qu'ils veulent accomplir, par l'aménagement du rituel qui fait la part belle à l'inventivité et confère à la cérémonie un caractère personnel. Ce qui était l'intention présidant à la volonté de réforme. En éclairant la façon dont les initiatives se prennent dans l'Église, Claude Périnel apporte une contribution précieuse à la sociologie de la décision et du changement.

René RÉMOND Président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques

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REMERCIEMENTS

e des le cadre C delivre a bénéficié pour enseignements reçus dans Sciences l'Association le Développement des Sociales Appliquées, animée en particulier par Michel CROZIER et Henri MENDRAS, et de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales avec François-André ISAMBERT.

Il a par la suite fait l'objet d'un thèse présentée à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, sous la direction de Renaud SAINSAULIEU. Qu'il me soit permis de lui exprimer ma vive gratitude pour ses conseils stimulants. J'espère me libérer de ma dette à son égard en justifiant, par les résultats de ce travail, l'emploi et le respect de ses recherches.
Je voudrais également dire ma reconnaissance aux différents acteurs de cette réforme auprès de qui j'ai trouvé un accueil très attentif, au cours de nombreux entretiens, et qui ont mis à ma disposition des archives particulièrement complètes. Enfin, je suis heureux de remercier très chaleureusement mes parents, dont l'aide m'a été précieuse pour l'établissement du texte définitif, ainsi que Raoul PONTECAILLE qui a conçu la présente édition et rendu possible sa réalisation.

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INTRODUCTION

ECCLESIA SEMPER REFORMENDA ?

LES ENJEUX DE LA RÉFORME
eaucoup a été dit B l'Église catholique et écrit à propos du changement dans de France. Vingt ans après le Concile

Vatican II, peut-on tenter de prendre une mesure des orientations et des débats qui, dans l'esprit de ses responsables, devaient conduire à une réforme, on utilisait alors le terme italien d'aggiornamento, c'est-à-dire de mise. à jour, de cette institution ?

Il ne s'agit pas ici de prétendre décrire et analyser l'ensemble de la réalité sociale que constitue l'Église catholique de France. L'ampleur de ses composantes historiques et culturelles commande une multiplicité des angles d'approche. Il nous a semblé que les nécessaires options de sujet et de méthode devaient permettre de rendre compte de deux aspects majeurs de ces années d'après-Concile: d'une part la diversité des enjeux ainsi que le caractère radical que leur confère la forte implication de certaines des parties concernées, d'autre part l'importance prise par les débats sur le contexte institutionnel des réformes engagées. 13

Si .la réflexion sur les conditions d'un changement a été engagée à partir du point de vue spécifique de la réforme du rite du baptême des petits enfants, c'est parce que cette réforme a mobilisé les éléments fondamentaux de la culture de l'Église. En effet, la réforme ne porte pas seulement sur les modalités de l'expression liturgique d'un rite mais à la fois sur la remise en cause de certaines données traditionnelles de la doctrine (péché originel, grâce, salut...) et, à travers les questions liées à l'identité et au type d'appartenance de ses membres, sur la définition de l'Église par rapport à son environnement. Un bref rappel de quelques traits de l'ancien dispositif permet de comprendre pourquoi le baptême des petits enfants était devenu une pierre d'achoppement significative. La discipline traditionnelle préconisait le baptême de l'enfant dès sa naissance. Celui-ci se trouvait ainsi agrégé à l'Église à la seule condition, très inégalement respectée, de la promesse prise par ses parents d'assurer son éducation religieuse par la formation du catéchisme. Toutefois, la pratique du baptême généralisé n'allait pas, aux yeux de certains responsables ou de groupes militants, sans produire des effets secondaires qui leur semblaient en contradiction avec l'intention première. Ce type d'administration du baptême, loin de constituer "l'engagement réfléchi" qui deviendra l'objectif proposé par la réforme, pouvait notamment favoriser une adhésion formelle renforcée par sa signification d'intégration dans la société globale 1. Pour beaucoup de parents, le baptême semblait être surtout l'occasion de manifester leur attachement à une tradition familiale et leur appartenance au groupe social qui la transmet et la prolonge. Les promoteurs de la réforme chercheront à tirer profit de cette demande encore massive, qui leur paraissait un aspect favorable de la situation, pour tenter d'accélérer une évolution de

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a. Jean-Paul SARTRE: "Onm'avaitbaptisécommetant d'autres,

pour préserver mon indépendance: en me refusant le baptême, on eût craint de violenter mon âme; catholique inscrit j'étais libre, j'étais normal; pll4S tard, disait-on, il fera ce qu'il voudra l". "Les Mots", Paris: Gallimard, 1963, p. 86.

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l'attitude des parents conforme à leurs propres convictions2. Avec ce premier rituel élaboré spécialement pour les petits enfants, les parents ne sont pas seulement invités à souscrire, de façon formelle, à une nouvelle définition mise au point par des experts mais à agir, dans le contexte de leur vie familiale, en fonction de ces nouvelles directives. Un second aspect doit également être souligné. La singulière focalisation des enjeux de l'institution sur cette réforme et la mobilisation des acteurs qu'elle entraîne ne permettent pas de circonscrire le processus de décision à sa seule formulation par les instances officiellement chargées de la liturgie. Toutefois, l'importance des modifications institutionnelles mises en oeuvre durant les mêmes années nous a conduit à donner une large place aux structures de l'épiscopat et de ses experts. Dans l'Église, à la différence de ce que l'on rencontre dans d'autres organisations (entreprises, partis politiques, syndicats...), le débat sur le rôle et l'adaptation des structures d'action collective n'a pas droit de cité car les autorités cherchent à entretenir l'image de la force et de la nécessité de l'appareil hiérarchique. Or, curieusement, les années d'après-Concile ont été marquées à la fois par des contestations virulentes des institutions et par le fait que de nombreux groupes militants considéraient que les structures de l'Église étaient en mesure de constituer le support de leurs projets. Ce paradoxe suggère que se jouent, à ce niveau, des rapports sociaux déterminants qu'il convient d'élucider. Quels sont les événements ou les procédures qui seraient de nature à conduire l'Église dans une évaluation et une adaptation de ses instruments d'action collective? Telle est l'une des questions qui ont guidé cette recherche.

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Cf. les travaux de JuUen POTEL, notamment: "Moins de baptêmes
pourquoi ?", Paris: Éditions du Cerf, 1974, 149 p.

en France,

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DES PÉRIODES RÉVÉLATRICES DE MÉCANISMES SOCIAUX À L'OEUVRE DANS LA RÉFORME
La préférence donnée, au moment du Concile Vatican II, au terme d'aggiornamento est révélatrice de l'ambivalence du problème institutionnel de la réforme dans l'Église catholique. En évitant les mots, piégés par son histoire, de réforme ou de modernisation, les responsables de l'Église s'efforçaient de confirmer le caractère immuable d'une position d'exterritorialité par rapport à l'évolution des enjeux de la sociéte. Ils voulaient défendre une stricte distinction entre la transmission de valeurs fondamentales à travers un corps de propositions doctrinales et leur expression dans des institutions historiques, considérées comme des épiphénomènes4. A l'inverse, l'hypothèse adoptée dans cette recherche est celle de l'interdépendance entre les intentions de réforme et les mécanismes de décision censés les traduire dans les faits. L'histoire de l'Église montre qu'il s'agit d'un problème crucial. Elle fournit en effet de nombreux exemples de l'inadéquation de dispositifs de décision qui, selon les cas, n'ont permis d'éviter ni les écueils de l'indifférence des personnes ou des groupes théoriquement concernés ni des conflits conduisant à des situations de rupture. Actuellement, leurs conséquences sont accentuées par les difficultés d'adaptation non seulement, dans le temps, aux modifications de son environnement mais aussi, selon les pays, en fonction des particularismes culturels. Cette question prend un relief d'autant plus particulier que le cas de la réforme du baptême se réfère directement au Concile

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Cf. Danièle HERVIEU-LEGER, "Vers un nouveau christianisme?

Introduction à la sociologie du christianisme occidental", avec la collaboration de Françoise CHAMPION, Paris: Les éditions du Cerf, p. 293. 4 Cf. Joseph RATZINGER : "Bien sûr, dans ses structures humaines, l'Église a toujours besoin de reformes ("semper reformenda"). Il faut cependant s'entendre sur le mode et savoir jusqu'à quel point", "Entretien sur la foi", en collaboration avec Vittorio MESSORl, Paris: Fayard, 1985, p.55. 16

de Vatican II qui a précisément voulu être un aggiornamento inspiré par l'écoute de nombreuses tendances. Ce décalage fréquent entre les intentions de réformes et leurs effets sociaux conduit à s'interroger sur les procédures qui ont tenté de les transmettre, en privilégiant une approche centrée sur les phénomènes institutionnels de leur élaboration. et de leur mise en oeuvre. La réforme du baptême a donné .lieu à une série d'événements inattendus qui débordent la logique de la seule mise à jour d'un texte. Les oppositions passionnées, entre les tenants de transformations radicales et les partisans du respect de la tradition ou d'une adaptation plus souple et nuancée de ce rite, ont provoqué une redistribution des enjeux et l'émergence de nouveaux acteurs. Pour ces raisons, le cours de la réforme a correspondu à un long processus dont il est nécessaire de faire apparaître les divers mécanismes, révélateurs des contraintes qui pèsent sur la capacité de transformation de l'institution. Cette situation conduit à soutenir l'hypothèse suivant laquelle les périodes observables dans l'histoire de cette réforme révèlent une réalité institutionnelle fondamentale, à savoir celle d'une régulation par les modalités d'accès aux procédures de la réforme. La réforme dans l'Église résiderait davantage dans la mise en oeuvre de mécanismes de décision permettant d'associer ses membres aux nécessaires adaptations de ses structures que dans la promulgation de nouvelles directives, trop souvent éloignées de la réalité humaine à considérer et fondées sur la seule référence à la doctrine.

UNE LOGIQUE ORGANISATIONNELLE MANAGÉRIALE TYPIQUE DE LA CROISSANCE INDUSTRIELLE

ET

Cette époque dite de l'après-Concile coincide avec la crise des années 1960 et 1970, caractérisée par la contestation critique et sociale des positions d'influence traditionnelle et des institutions héritées de l'époque de la croissance. Comme les autres organisations, l'Église rencontre le problème majeur de la

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légitimation de l'autorité hiérarchique, centralisée et bureaucratique des appareils d'action collective. Dans la réforme du baptême, les mécanismes de la décision mettent en cause l'ensemble des instances officielles et des parties concernées, durant une phase de création ou de renforcement de multiples structures administratives. C'est pour tenter d'éclairer cet aspect que le fil conducteur retenu pour retracer ces événements a été l'action de l'un des organismes centraux de la Conférence épiscopale, le Centre National de Pastorale Liturgique (CN.P.LY L'hypothèse est ici celle de la possibilité de la structuration, dans J'Eglise, d'un système social autour d'une décision. Il s'agit d'une question majeure dans la mesure où cette possibilité de démontrer qu'une institution bénéficie d'un système social de la décision ouvre la voie à l'analyse et à l'évaluation de ses capacités de transformation. Afin d'être en mesure de tirer une telle leçon des résultats de cette investigation, qui porte sur une période marquée par de nombreuses interventions de la Conférence épiscopale et de ses experts, il est nécessaire de pouvoir les situer par rapport à la problématique d'autres types de décision mana~ériale. Or, si un certain nombre de travaux ont été consacrés à l'Eglise considérée comme une organisation, il n'existe pas d'autres exemples d'analyse sociologique de décisions concernant la situation française6. Il faudra donc procéder par des comparaisons analogiques avec d'autres processus de décision impliquant la participation de diverses institutions et le traitement de problèmes correspondant à de larges demandes sociales.

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Cf. annexe 1 : Méthode de l'enquête et documentation.

Ainsi l'étude de J. GELLARD ("Pouvoirs et stratégies dans l'administration d'un diocèse", "Recherches de science religieuse" 1977, vol. 65, n° 4, pp. 505-542) est centrée SUI l'application comparative dans quelques diocèses d'une réforme visant la rémunération du clergé mais ne porte pas sur l'élaboration de la décision elle-même, tandis que la recherche de J. PALARD ("Pouvoir religieux et espace social: le diocèse de Bordeaux comme organisation", préface de René RÉMOND, Paris: Les éditions du Cerf, 1985, 325 p.) prend en compte l'évolution de l'ensemble d'un seul diocèse. 18

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.

C'est ainsi que les travaux de Jean-Pierre Worms et Emma-

nuèle Reynaud, de Catherine Grémion ainsi que de Michel Crozier et Erhard Friedberg, partant tous d'une sociologie des organisations, se sont efforcés d'analyser une décision en termes de système social. Les premiers analysent le traitement de la demande sociale par un appareil politique à l'occasion d'une opération d'aménagement urbain à Paris7. Ce processus de décision a en commun avec le cas de la réforme du baptême le fait de concerner de nombreux acteurs institutionnels, eux-mêmes confrontés à différents groupes informels. Avec les recherches conduites par C. GrémionS, le problème analysé est celui des conditions nécessaires pour que certains acteurs puissent accéder au système de la décision et mettre en oeuvre leur capacité d'innovation. Son intention est de montrer qu'il y a une réalité propre et autonome du système décisionnel et d'analyser les processus à travers lesquels sa logique interne s'impose aux organisations. Quant aux travaux présentés sous le titre "Sociologie des organisations et fonctionnement des entreprises" et réalisés sous la direction de M. Crozier et E. Friedberg, ils constituent une application du modèle d'analyse stratégique à l'entreprise privée9. Leur intérêt tient à l'objet que ces auteurs ont retenu et qu'ils appellent les "systèmes intermédiaires". Cet objet d'analyse semble présenter de nombreux points de comparaison avec l'ensemble des intervenants et des nouvelles relations constituées

"L'aménagement des Halles: demandes, exigences sociales et planification urbaine", "Revue Française de Sociologie", XV, pp. 487-528. 8 "Profession: décideurs", Paris: Gauthier-Villars, 1979, 454 p. 9 "Sociologie des organisations et fonctionnement des entreprises", travaux introduits et présentés par Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, contributions de Mario d'ANGELO, Paolo BORSATO, François DUPUY, Didier IANSON, Michèle LEGENDRE, Roland LUSSEY, Francis PAVE, Muriel RAY, "Revue Française de Sociologie", 1979, XX-2.

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à la suite de la mise en place des instances de la Conférence épiscopale. Les chapitres de la seconde partie aborderont cette question de la possibilité de déchiffrer un système social de la décision en caractérisant l'effet décisionnel de la réfomie.

UN EFFET D'APRÈS-CONCILE
Commentant la mise en question, consécutive aux années soixante, des éléments essentiels du contrôle social dans la société française, M. Crozier souligne que ce sont les institutions "les plus éloignées du monde marchand et de la société de consommation", à savoir "les Églises, l'armée et les institutions d'éducation" qui ont été davantage ébranlées. Il observe que cette contestation ne porte pas sur l'institution en elle-même ou sur sa fonction, mais sur son rôle tIen tant qu'instrument de régulation ".
Son hypothèse est la suivante: "Ce qui pourrait paraître paradoxal étant donné la logique de l'idéologie contestataire se comprend très bien dans la perspective d'une crise du contrôle social. Ce sont les institutions qui ne peuvent se prévaloir d'une fonction dont les résultats soient immédiatement compréhensibles et mesurables qui sont perturbées. Elles survivent ou plutôt se réforment et trouvent un nouvel équilibre en se repliant sur une fonction spécialisée plus précise et en renonçant à leur rôle de contrôle social pour l'ensemble de la société"lo.

Quelques années après le Concile, il est en effet significatif de constater que le triomphalisme réformiste des promoteurs et des adeptes de réformes vigoureuses a été battu en brèche. Ceux qui se présentent sous le couvert de la tradition ne sont pas pour autant parvenus à apporter, face à l'évolution des réalités culturelles et sociales de cette période, des réponses aux nombreux défis rencontrés par l'Église. On pourrait citer par
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"La crise des régulations traditionnelles", in "La sagesse et le désordre", sous la direction de Henri MENDRAS, Paris: Gallimard, 1980, 420 p., cf. p. 379. 20

exemple la baisse significative de la pratique religieuse ou la mise en cause de J'enseignement pontifical, à J'occasion notamment de J'encyclique "Humanae vitae" sur la régulation des naissances. Alors que la toile de fond de ces débats semblait définitivement dominée par la problématique des études centrées sur la déchristianisation de la société et sur la sécularisation de la religion, deux interprétations, ignorées jusque-là dans les polémiques, occupent le devant de la scène: J'importance de la religion populaire et ce que François-André lsambert décrit comme un processus "d'exchristianisation". Cette dernière interprétation, opposée à la perspective de la déchristianisation, voit "dans la crise actuelle essentiellement la réaction d'un peuple attaché à ses traditions et désorienté, dégoûté par une Église qui se renie elle-même (m). Les masses ne se seraient donc pas déchristianisées, mais auraient été exchristianisées (comme on dit "excommuniées"), c'est-à-dire repoussées hors du christianisme"l1. Ces deux thèmes ne seront pas traités pour eux-mêmes mais ils sont signalés comme des symptômes d'un repli sur certaines catégories de fidèles. Un autre symptôme de ce changement de problématique apparaît avec le développement des "nouveaux mouvements religieux", étudié par D. Hervieu-Léger12, qui semble confirmer J'hypothèse de M. Crozier sur la possibilité du choix d'une fonction spécialisée à propos de la "remontée du spirituel par
rapport au politique"13.

Le fait de ne pas disposer d'une capacité de régulation par le ,contrôle du résultat de l'activité collective semblerait, en quelque sorte, condamner J'Église soit à se trouver sous le coup d'une contestation qu'elle ne peut pas maîtriser soit à restreindre son champ d'action. Face à ce qui apparaît comme une crise inéluctable, J'interrogation porte sur les conditions nécessaires à la

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"Le sociologue, le prêtre et le fidèle", in "La sagesse et le désordre")

op. cit., pp. 223-225. 12 Op. cit., pp. 139-185. 13 Op. cit., p. 380.

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mise en oeuvre d'autres types de réponse que ces différentes formes de repli. Par son objet et sa méthode, l'analyse organisationnelle conduit à privilégier le repérage des contraintes de l'action en les isolant, dans une vision synchronique, du. contexte culturel et historique de l'institution. La mise entre parenthèses de ces données semble avoir un effet d'autant plus réducteur que la décision intervient, au-delà de la mécanique organisationnelle, dans un cadre de référence spécifique qui est celui de la réforme d'un rite. Dans la mesure où il engage de multiples dimensions (sociale, symbolique, doctrinale, réglementaire...), le renouvellement d'un rite suppose des conditions particulières pour qu'il puisse être un instrument de cohérence de l'ensemble de l'institution. Cette nécessité d'adapter les institutions au fait que les anciennes modalités d'intégration par la culture ont désormais un caractère inopérant a été mise en évidence par les travaux conduits à l'initiative de Renaud Sainsaulieu par le Laboratoire de sociologie de la création institutionnellel4. Ces travaux ont montré que d'autres rapports sociaux pourraient permettre d'instaurer des modalités d'expression de l'identité et de la reconnaissance sociale, intégrant différemment les individus dans l'action collective1s. Pour tenter de sortir du dilemme de la contestation et du renoncement et pour caractériser des procédures appropriées à de telles implications culturelles de la réforme, il sera là aussi fait appel à un raisonnement analogique à partir des critères élaborés par René Rémond en fonction d'une institution, l'Université, qui est affrontée, selon M. Crozier, à la même problématique du changementl6.

Ce laboratoire du C.N.R.S. fait partie de l'Institut de Recherche sur la Société Contemporaine. IS "Sociologie de la création institutionnelle", "L'année sociologique", na 33, 1983, pp, 10, 206 et 212. 16 "La règle et le consentement. Gouverner une société", Paris: Fayard, 1979. 22

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Des convergences significatives viennent en effet renforcer la mise en perspective ,globale proposée par M. Crozier. Les universités, comme l'Eglise de France, ont pour objectif d'exprimer et de faire connaître un message. Toutes deux sont également rebelles à la contrainte qui ne parvient pas à assurer leur cohésion. C'est à partir de ce diagnostic et des conclusions qu'il entraîne que seront formulées, dans la troisième partie, des propositions susceptibles de favoriser l'instauration d'une capacité spécifique d'action collective.

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PREMIERE PARTIE

HISTOIRE DE LA RÉFORME

D'UNE RÉFORME À UNE SÉRIE DE DÉCISIONS
'objet de cette présentation historique L évidence les caractéristiques des périodes est de mettrede en successives la

réforme. Il ne s'agit pas seulement d'établir une chronologie des événements mais de faire apparaître des acteurs, des situations spécifiques, des effets de dépendance et de relations entre les
différentes stratégies et l'environnement
1.

Il importe tout d'abord de situer la réforme dans son contexte sociologique et institutionnel pour tenter d'en dégager une première lecture explicative. Le premier chapitre sera consacré à l'analyse de cet environnement institutionnel en pleine mutation avec, notamment, la constitution progressive d'un épiscopat français à la suite du Concile Vatican 112.Le Centre National de Pastorale Liturgique (C.N.P.L.) est en effet l'héritier d'un courant d'idées, le Mouvement liturgique, et de l'organisme qui avait été
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Œ. Annexe II : Repères chronologiques. Œ. Annexe III : Organigrarnmedes instances officielles concernées par la réforme. 2

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son actif soutien, le Centre de Pastorale Liturgique, mais il appartient également aux nouvelles structures nationales de l'épiscopat. La réforme officielle du rituel est préparée et entourée par la publication d'autres textes, de statuts différents, qui constituent des jalons correspondant à l'apparition des enjeux de l'aprèsConcile. Parallèlement aux interrogations de certains théologiens, les premières critiques formulées sur la façon dont le baptême est administré aux petits enfants sont le fait de prêtres isolés dans leur paroisse; elles trouveront de nombreux échos à l'occasion des sessions de formation permanente organisées à partir de la fin des années cinquante. Elles seront poursuivies avec la remise en vigueur du catéchuménat des adultes qui est un dispositif pédagogique cherchant à prendre en considération le caractère spécifique des conditions psychologiques et sociales de leur conversion et de leur baptême. Ce rétablissement du catéchuménat ne concerne pas statistiquement une population importante mais il fait ressortir que le baptême n'est pas seulement le sacrement des nouveau-nés. Dès 1954, des cercles de réflexions sont organisés, notamment à Paris et à Lyon; leurs responsables seront amenés à jouer un rôle déterminant dans la mise en oeuvre de la réforme du baptême des petits enfants. Ce rituel se situe donc au point de confluence d'une série de dispositions arrêtées en fonction de la spécificité du contexte français et de la décision des instances romaines de publier un nouveau texte correspondant à la réalisation de la réforme liturgique (cf. chapitre II). Une troisième approche sera centrée sur les forces en présence qui ne se résument pas à la seule hiérarchie des évêques et aux responsables de la nouvelle bureaucratie. La réforme de ce rite a engagé davantage qu'un nouvel agencement d'éléments considérés comme invariables. Il est donc nécessaire de caractériser les prises de position qui prennent corps dans les paroisses ainsi que la diversité des revendications des experts, afin de

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qualifier les circonstances de leur émergence et de leur évolution3. Les chapitres III et IV serviront à présenter à travers l'action du Centre National de Pastorale Liturgique, cet état des forces en présence. Une quatrième approche conduira alors à concentrer le regard sur l'acteur institutionnel principal: l'épiscopat. De son côté, a-t-il été constant dans ses positions doctrinales ou bien le voit-on agir et réagir en gestionnaire d'un ensemble complexe et conflictuel? Peut-on, là aussi, trouver des points d'infléchissement de son action qui conduiraient à analyser son action en fonction de références plutôt doctrinales ou plutôt organisationnelles ? Cette dernière étape consistera à montrer comment les responsables de l'appareil de la pastorale liturgique n'ont pu éviter d'avoir à faire face à une situation de crise, typique du contexte créé par les nouvelles structures. Cette période de la réforme sera abordée à partir du conflit majeur, car il a entraîné la confrontation de l'ensemble des parties, survenu lors de la déclaration des évêques en 1971 (cf. chapitre V). Le chapitre VI sera destiné à expliciter les différents types d'actions engagées par les responsables des structures de la Conférence épiscopale afin de sortir de leur isolement et de reprendre l'avantage par rapport aux promoteurs d'expériences et aux nombreux experts. Pour l'ensemble de ces raisons, les événements retenus en vue de décrire les périodes successives de la réforme correspondent aux principales interventions de l'épiscopat et aux initiatives les plus importantes de ses partenaires peu à peu mis en cause. Ils s'étendent d'un document officiel publié en 1965, lui-même inscrit dans un contexte historique qui sera évoqué, jusqu'à l'année 1973, où le dispositif prévu par les responsables s'est en quelque sorte dessaisi de son action de pédagogie de la réforme.
L'expression équipes locales sera employée pour désigner les promoteurs, clercs et laïcs, d'expériences dans certaines paroisses. 27 3

Ce type de compréhension des événements de la réforme permettra de dégager les axes de la problématique sociologique de l'ensemble de cette recherche.

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CHAPITRE I

UN NOUVEAU CADRE INSTITUTIONNEL
L'ENRACINEMENT HISTORIQUE

Le mouvement liturgique
es réformes du Vatican II s'inscrivent L dans la ligne liturgiques l'on aConcile le Mouvement liturgide ce que appelé

que.

La première figure marquante de ce courant d'idées et d'expériences fut dom Guéranger (1805-1875), qui restaura l'Ordre des Bénédictins en France à l'abbaye de Solesmes en 1837. La spiritualité de ce groupe religieux était centrée sur la ''prière de l'Église ", c'est-à-dire sur la liturgie. De nombreuses publicatio~s permirent à dom Guéranger de faire connaître cet effort de retour aux origines auprès des milieux de "chrétiens cultivés "I.

10. ROUSSEAU, "L'Église en prière:" introduction à la liturgie", par A.G. MARTIMORT et alii, Tournai: Desclée et Cie, 1965, 3ème édition, 951 p., p. 54. Cf: "Histoire du mouvement liturgique. Esquisse historique depuis le début du XIXe siècle jusqu'au pontificat de Pie X", Paris: Le Cerf, 1945.

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Mais si l'on veut dater la naissance du Mouvement proprement dit, on peut s'arrêter selon Bernard Botte au congrès de Malines de 1909, au jour où dom Lambert Beauduin présenta
son rapport "sur la participation des fidèles au culte chrétien ,a. Dom L. Beauduin visait à atteindre la masse des fidèles: "Il prenait la liturgie comme une donnée traditionnelle qu'il fallait tout d'abord essayer de comprendre (...), il fallait recourir à l'histoire, à l'archéologie, à la philologie. On pourrait ainsi retrouver le sens vrai des rites et des textes (...). Une fois retrouvée la vérité des choses, ce qui était caduc tomberait de lui -même "3.

L'abbaye du Mont-César, à ~uvain, fut ainsi à l'origine des premiers travaux et rencontres. A partir de 1911, leur diffusion fut assurée notamment par la revue "Questions Liturgiques et Paroissiales". D'autre part, en 1921, paraissaient les premières publications sous la direction de dom Odon Casel, moine de l'abbaye de Maria-Laach en Rhénanie; ses recherches portaient sur l'approfondissement, de la théologie liturgique par la "doctrine du mystère't4. A la différence de la Belgique et de l'Allemagne, il n'y eut pas en France de mouvement organisé avant la seconde guerre mondiale. Durant cette période, le Mouvement liturgique prend une certaine ampleur: il se répand progressivement non seulement dans tous les pays catholiques mais aussi au-delà des frontières confessionnelles. Jean Séguy le cite d'ailleurs en tête de liste des "oecuménismes de fait"s. Il demeure cependant un courant de pensée marginal, et ne reçoit de Rome "aucun acte ou aucun geste d'encouragement". Selon Bernard Botte: "Le mouvement liturgique n'était pas

2 Bernard BOTTE, "Le Mouvement liturgique: témoignage et souvenirs", Paris: Desclée et Cie, 1973, 213 p., p. 18. 3 Ibid., p. 32. 4 Ibid., p. 41. S "Les conflits du dialogue", Paris: Les éditions du Cerf, 1973, 116 p., p.12.

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