Rêver à deux

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Emmanuelle a un petit ami qu'elle va rejoindre de temps en temps. Elle croit l'aimer, mais lui?... Véronique, c'est un peu pareil. Elle voudrait s'engager un peu plus, mais lui ne veut pas. L'une et l'autre rêvent d'un amour unique, durable. Ces jeunes filles d'aujourd'hui m'émerveillent. L'intimité des relations vécues avec leur "ami" ne leur suffit pas. Elles voudraient plus, toujours plus, comme nous!
Publié le : samedi 1 octobre 2005
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EAN13 : 9782336272399
Nombre de pages : 200
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Rêver à deux

Collection Cheminements spirituels dirigée par Noël Hily Toutes réflexions théologiques, spirituelles, Toutes expériences mystiques, religieuses, qu'elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection« Cheminements Spirituels}} chez l'Harmattan. Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons.
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CONTE A. M. L'ivre de vie DESURVIRE Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions

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ROCHECOURT SANTANER G. La cigale

P. M-A. Qui est Croyant?

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Roger FINET

Rêver à deux

Dédicace de Véronique Colucci

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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www.hbrairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr diffusion.harmattan @wanadoo.fr ~L'Hannattan,2005 ISBN: 2-7475-9294-4 EAN : 9782747592949

Al' Amour et à Geneviève A Marie-Christine, Benoît et Isabelle, Morgane et Laurène Et à vous tous.

« Vous, vous êtes d'en bas, Moi, je suis d'en haut» (ln 8,23) « Heureux celui qui sait rêver. Le rêve commence Dieu.. . Malheur à celui qui ne sait pas mourir à son rêve, Dieu avorte en son cœur» (Gustace Thibon)

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Roger Finet a été, dès novembre 1986, parmi les premiers à répondre à l'appel de COLUCHE. Auteur du présent livre, il a décidé de verser l'intégralité de ses droits d'auteur aux Restaurants du Cœur où il a passé de longues années.

CHAPITRE

I

JOIE D'AIMER CORPS ET ÂME

(Témoignage de Roger et Geneviève en quête du bel amour)

« Pour que le bel amour existe véritablement, c'est-à-dire de la personne à la personne, il doit provenir de celui qui est don lui-même et source de tout don. »
(Lettre de Jean-Paul II aux familles. février 1994)

I Préambule Nous fêtons les vingt ans de Véronique, fille de nos amis, Claude et Jacqueline. A table, Véronique a souhaité ma présence à ses côtés. J'en suis ravi. J'aime cette fille au regard pétillant. Nous prenons plaisir à rire et discuter ensemble de sujets sérieux. A sa droite, sa meilleure amie, Emmanuelle, visage fin, harmonie des formes, un soupçon de préciosité. Commentaires sur le film de Bertrand Blier: «Trop belle pour toi.» « Bizarre et inquiétant, ce film. Voilà un homme, marié avec une femme splendide et qui la trompe avec une fille moche! L'amour, on peut se demander si on peut y croire? » Emmanuelle a un petit ami qu'elle va rejoindre de temps en temps. Elle croit l'aimer, mais lui? Véronique, c'est un peu pareil. Elle voudrait s'engager un peu plus, mais lui, ne veut pas. L'une et l'autre rêvent d'un amour unique, durable. Véronique m'interpelle.« Et toi, tu y crois encore au grand amour? » Moi, dès que l'on parle d'amour, je m'enflamme. C'est un de mes sujets de discussion favori! Et que ce soit deux jeunes filles de vingt ans qui me posent la question m'échauffe et me stimule: «oui, }y crois. Geneviève et moi, nous y croyons passionnément. Voilà plus de quarante ans que nous en vivons et nous n'en sommes pas rassasiés!

Chaque jour, nous continuons de le désirer. Comme vous, comme tout le monde, nous avons toujours soif de plus d'amour! » « Si tu y crois vraiment, pourquoi ne le dis-tu pas, ne le dites-vous pas? Vos témoignages nous encourageraient à oser, nous aussi! » Ces jeunes filles d'aujourd'hui m'émerveillent. L'intimité des relations vécues avec leur « ami» ne leur suffit pas. Elles voudraient plus, toujours plus, comme nous! Malgré la différence d'âge et l'évolution des mœurs, ce que nous avons ressenti et ce que nous vivons les intéressent. « Une histoire d'amour, surtout si elle est vraie, c'est passionnant! Dans ce que tu dis, dans ce que tu vis, je retrouve ce que je ressens, ce que j'espère. » Moi aussi, je suis captivé par leurs interrogations et leurs confidences. Parler d'amour, c'est utiliser un langage universel et hors du temps. La passion amoureuse défie les convenances, les âges, les races, les interdits de toutes sortes. Toujours et partout, les hommes et les femmes ont soif d'amour, de toujours plus d'amour. Les étreintes, les promesses de ceux qui s'aiment, constituent un maillage serré qui nous rend tous solidaires. Un amour qui naît ou meurt, deux « Oui »échangés, font vibrer la trame fragile de l'humanité. L'histoire d'un amour, c'est l'histoire unique de deux rêveurs qui espèrent atteindre, ensemble, « l'inaccessible étoile» chantée par le poète. Le rêve est en tous, la quête individuelle, à deux! Le temps s'écoule. Les couples se font, se défont, tous pareils, tous différents. Raconter notre amour, c'est s'engager à parler vrai, sous le regard de l'autre.

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C'est dire ce que nous avons vécu, ce que nous vivons, ce que nous espérons. Notre histoire est unique, banale. Mais pour chanter l'amour, mieux vaut essayer d'en décrire la réalité quotidienne et en témoigner à deux, plutôt que d'affirmer, dans l'abstrait. Raconter notre amour, c'est s'asseoir, les uns près des autres, autour d'un bon feu. Ecouter, la nuit, craquer les bûches en train de se consumer. C'est, ensemble, souffler sur les braises, ajouter quelques brindilles nouvelles. C'est, pendant un moment, jouir de la même lumière de la même chaleur. En écoutant les mêmes mots, c'est bâtir chacun son rêve que l'on brûle de vivre à deux. Pour les uns, comme pour les autres, c'est entretenir l'espérance d'aimer plus et mieux.

II Prémices et promesses Coup de foudre ou pas, un amour naît d'un échange de regards. Mon regard est fait de ce que mes yeux ont admiré et qui m'a réchauffé le cœur. Dans ma quête de l'autre, je cherche la beauté et la pause alanguie de l'Olympia de Manet, l'engagement fou et romantique de Tristan et Yseult. Je palpite aux longs baisers des amants de cinéma. Je m'enchante de la joie de vivre et des éclats de rire de maman. J'envie la foi de Marie et les emballements du Père de Foucault... Tout ce qui me plait alimente, goutte à goutte, mon désir d'aimer. Ce désir devient besoin. Mon corps et mon âme espèrent. Besoin de donner et de recevoir sans compter, de bâtir mon rêve. J'attends de rencontrer « son» regard qui va nous permettre de vivre. Dix-sept, dix-huit ans, quand nos chemins se sont croisés. Nous nous sommes vus et revus chez Jean, un ami commun. A force de nous voir, nous avons fini par nous regarder. Et je la regarde sans la voir! Je la trouve charmante et me sens heureux lorsque je l'aperçois. Mais, revenu chez moi, je suis bien incapable de me dire si elle a les yeux bleus, une jolie poitrine. la.
,

,

Et ça compte pourtant, à dix huit ans, ces choses

Lille.
Elle, Jean et moi, sommes venus découvrir nos futurs lieux de vie. Pour nous, la maison d'étudiants. Pour elle, le foyer d'élèves infirmières.

Les visites terminées, nous avons une partie de l'après-midi à occuper, en attendant le prochain train. Nous nous décidons pour un film. Dans la salle, elle se trouve entre Jean et moi. Le confort des fauteuils, la pénombre, les images, les mêmes amants regardés ensemble... « Elle », près de moi, son bras sur l'accoudoir. .. Je me sens bien, puis, peu à peu, oppressé. Je me tourne vers elle. Les lueurs de l'écran animent son vIsage. Envie de lui toucher la main. J'ose? Crainte de sentir ma main repoussée. Les tempes me battent. Je lui effleure les doigts. Son visage se tourne vers le mien. Ses yeux rient. Sa main s'abandonne. Ô mon cœur! Ma bouche près de son oreille, je ne peux que murmurer son nom. « Geneviève, Geneviève... » Prononcer ces quelques syllabes m'enivre. Je les bois avec ferveur, l'âme en feu. Dehors, la foule me paraît plus animée, joyeuse... Geneviève me regarde. Elle sourit. Pendant le voyage de retour le train chante sur ses rails. . . Deux jours plus tard, sa première lettre m'anéantit. Elle me dit son émoi, sa surprise, quand ma main a pris la sienne. Elle me dit, surtout, avoir très mal dormi, attristée, confuse, en pensant à l'ami avec qui elle est sortie plusieurs fois. Simple amitié? Préludes d'un amour naissant? Je suis effondré. A mon tour, je passe une mauvaise nuit.. .Je pleure un élan déjà brisé. Trop de bonheur et tant de peine, en si peu de temps! Les idées s'enchevêtrent aux pleurs. Je

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l'aime. Est-ce bien certain? Ai-je le droit, peut-être pour rien, de perturber son attrait pour un autre garçon, sûrement très bien? Moi, je n'ai que dix-huit ans. Au moins trois ou quatre années d'université et un service militaire à effectuer. Je rêve d'un grand amour, sublime. Mais j'ai besoin de temps. Et elle? Lui, moi, que pense-t-elle, vraiment? Bonheur, déchirement. Est-ce cela, l'amour? Il faut que nous en parlions. Je n'ai pas envie d'un flirt, mais d'un amour total, à vie, à plein... Il a été convenu que, le lendemain, elle passerait en face de chez nous, vers seize heures. J'attends, impatient. Enfin, de loin, j'aperçois sa jupe bleue, son corsage blanc. Nous nous rejoignons au coin de la rue. Calme toi, mon cœur! Elle sourit. Nous marchons, l'un près de l'autre, le long de la route nationale. Seuls, isolés du monde et du bruit. Et nous parlons, beaucoup, longtemps. Peu à peu, tout s'éclaircit. L'un et l'autre, nous voulons nous revoir, nous connaître mieux. Trouver l'amour, peut-être, ou nous rendre compte que nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre. Si notre attirance envisager le mariage? se confirme, oserons-nous

L'un et l'autre nous nous disons prêts à tenter l'aventure. Ce serait formidable d'arriver à bâtir, ensemble, ce Grand Amour qui nous fait rêver! Il nous faudra être très patients. Attendre de longues années, ce ne sera pas facile! Et pourtant, l'un et l'autre nous ne voulons pas nous marier avant de pouvoir 17

assumer, par nous-mêmes, les charges de notre futur foyer. Notre volonté et notre patience doivent être à la mesure de notre espérance. Construire, à deux, une vie d'amour, ça vaut le coup d'essayer, sans se presser! Sur la route nationale, les voitures continuent de foncer. Nous ne les entendons plus. Emportés par notre rêve, nous tremblons d'y pénétrer. Geneviève va cesser de sortir avec son ami. Nous décidons d'être très discrets. Rien, de l'extérieur, ne doit venir gêner notre quête. Notre petite fleur bleue sort de terre, fragile. Il va falloir la protéger de tout, de tous, de nous! Et l'aider à s'épanouir, doucement. Lundi matin. Train omnibus, Lens Lille, de six heures trente. Nous pourrions prendre le train suivant, une demiheure plus tard. Mais nous préférons partir tôt, afin d'éviter les importuns... Entre Lens et Lille, le train s'arrête une dizaine de fois. Je monte à Méricourt. Geneviève, à l'arrêt suivant de Billy-Montigny. Je l'aperçois sur le quai, sa valise posée prés d'elle. Je lui fais signe. Elle me rejoint. Nous nous asseyons l'un près de l'autre. Nous nous racontons ce que nous avons fait, depuis que nous nous sommes quittés. Dans le compartiment, il n'y a, à cette heure là, que quelques ouvrières partant travailler dans l'agglomération lilloise. Gare de Lille. Le bruit, la cohue, la précipitation de la ville. Environ deux kilomètres, de la gare à l'université catholique. Nous parcourons ce trajet à pied, avec 18

quelques crochets supplémentaires, pour ne pas arriver trop vite. Nous nous parlons de tout. Comme « le petit prince» de Saint-Exupéry agit avec sa rose, nous nous apprivoisons, lentement. Souvent, nous faisons une pause dans l'église de la rue Royale. Agenouillés dans la grande nef vide, le silence et la prière nous réunissent aussi. En « Fac », nous avons des horaires chargés. Pour avoir plus de possibilités, je me suis inscrit en Droit et à l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales (E.D.H.E.C) En attendant d'avoir l'âge requis pour pouvoir entrer à l'école d'assistantes sociales, Geneviève prépare un diplôme de puéricultrice, tout en faisant une première année d'infirmière. Tout cela fait beaucoup d'heures de cours. Nous avons peu de temps libre, et nous avons pris la décision de ne pas nous rencontrer pendant la semaine. Priorité aux études. Souci d'être pouvoir tenir. De temps en temps, il nous arrive la sortie d'un cours. Entourés de nos veillons à ne pas trahir la nature de nos savourons notre secret. Cela nous ennuie sages, pour

de nous croiser, à camarades, nous sentiments. Nous un peu parfois!

Le soir, nous bûchons, chacun de notre côté, dans nos maisons d'étudiants. Lever, six heures. Coucher vingt-deux heures. Le matin, avant de me mettre au travail, le soir, avant de me coucher, je pense à elle. Il m'est doux de savoir que, de son côté, elle pense à moi. Nous connaissons nos emplois du temps respectifs. Il nous est facile d'imaginer ce que l'autre est en train de faire.

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Le samedi midi, nous nous rejoignons à la gare, pour nous installer dans le train qui nous ramène vers nos familles. Il ne nous reste plus qu'à attendre le lundi matin, pour nous retrouver, enfin. Très rapidement, les quelques moments passés ensemble dans la semaine nous paraissent bien courts. Nos programmes chargés nous permettent de dire à nos parents qu'il nous est nécessaire de rester à Lille, un week-end sur deux, pour mieux travailler. C'est presque vrai! Le samedi après-midi et le dimanche matin, nous travaillons. Puis, aussitôt avalé le déjeuner, nous courons l'un vers l'autre, le long du boulevard Vauban, presque désert, le dimanche, à cette heure-là. Joie de nous retrouver. Bonheur de savoir que nous avons cinq heures à être seuls, à deux. Premiers jours de décembre. Dimanche après-midi, gris et froid. Au cœur de la ville, la rue de Béthune, avec ses vitrines illuminées, ses multiples salles de cinéma. Bousculade, éclats de rire, étudiants et militaires en maraude. . . Nous entrons voir un film. Assis l'un près de l'autre, pour la première fois, depuis que nos mains se sont trouvées. Cette fois-ci, elles se prennent, sans attendre. C'est doux, c'est émouvant, une petite main dans une grande. Merveilleux langage des doigts qui se caressent. Sur l'écran, les amants s'embrassent. J'assimile la leçon. Je me tourne vers elle. Son visage s'incline vers le mien. Nos lèvres se frôlent, un peu maladroitement.. .De la fin du film, nous ne savons plus rien. Deux bouches qui se prennent et se donnent, c'est divin! Nos corps et nos âmes se promettent de grands lendemains! Cette fois-ci, il n'y a plus de doute. Nous sommes emportés par l'amour. Le vrai! Dehors, il bruine. Peu importe. 20

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