Saint Blaise Evêque de Sébaste

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Ce livre part sur la piste du culte de Saint Blaise à travers le temps, depuis la date son martyre au IVè siècle, et dans l'espace géographique, de son lieu de naissance en Arménie Mineure aux quatre coins du monde. Voyage passionnant, car si le Saint n'a jamais quitté sa ville natale de Sébaste, son culte a été véhiculé très tôt par les réfugiés d'Asie Mineure, par les religieux et par les croisés. Son culte est encore vivace auprès de nombreuses villes qui célèbrent sa fête et organisent dans certains cas des grandes fêtes et pèlerinages.
Publié le : samedi 1 janvier 2005
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EAN13 : 9782296383302
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SAINT BLAISE

Evêque de Sébaste - Arménie mineure
Premier saint du IVe siècle universel et populaire

Ouvrages du même auteur

Les Monuments Arméniens, La cathédrale d'Etchmiadzin
Plan maquette à construire. Edition à compte d'auteur 1993- ISBN. 2-910-279-00-6

Saint Blaise, évêque de Sébaste, Un Saint d'Arménie en Occident
Edition à compte d'auteur 2000- ISBN. 2-951-6066-0-5

Traduction turque de Ausyak Ozfuruncu :

Uluslararasi Üune Sahip, Sivas/i AZIZ VLAS
Editions Aras Yaymcll1k, istanbul, 2004 2003-ISBN.975-7265-65-9

Armand Tchouhadjian

SAINT BLAISE
Evêque de Sébaste
-

Arménie mineure

Premier saint du IV siècle universel et populaire

Avant-propos

de Caleb Bach

SON CULTE DANS LE MONDE
Sourp Vias, San Biagio, Sankt Biasien, San Biai, San Bias, Agios Viasios, Sveti Viaho

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALlE

(Q L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-7620-5 EAN 9782747576208

Ftennerciennents Cette étude a été possible grâce à l'aide désintéressée de Caleb Bach (Etats-Unis). Caleb Bach, diplômé de l'Université de Californie, Berkeley, section «Architecture et Histoire de l'Art», a rédigé plus d'une centaine d'articles pour la revue des arts <<AmericID>. Avec le soutien de la National Endowment for the Humanities (Fondation nationale pour l'étude des sciences humaines), il a entrepris depuis vingt ans l'étude du développement du culte de saint Blaise à travers le monde. Il a bien voulu me confier le manuscrit de son ouvrage «Trailing a Blaise, A Saint' s Progress» non édité. Ce genre d'ouvrage ne peut se réaliser seul et je tiens à remercier en particulier Claude Mutafian, pour son aide efficace et constructive, Raymond Kévorkian et Bernard Outtier pour leurs conseils, Gérard Dédéyan pour les documents, Christine Tchouhadjian pour la maquette et la présentation, Micheline Ferme pour les corrections, Simone Taranto pour ses traductions. Bien entendu, je n'oublie pas les amis qui m'ont communiqué des informations ou des photos, mes correspondants étrangers en particulier Luigi Pastorino (Italie), Paul Bovarian (Bulgarie), Carlo Raimundo (Portugal), Jacques Sténnion (Belgique) et Arsène Yarman pour l'édition turque de mon premier livret. Un mot également pour mon épouse et ma famille qui ont supporté ma passion pendant ces longues années passées à la recherche du culte du Saint.

FORWARD
By good fortune some years ago I came to know Armand Tchouhadjian when he happened to contact me via the Internet regarding Saint Blaise. For many years in my spare time I had researched this early martyr famous throughout Christendom as a protector of the throat and patron of wool workers (among many other associations). Upon issuing in a desktop format a long treatise on the saint's cult I forwarded copies to a variety of research libraries in Europe and the Americas. In response to his inquiry I also sent one to Armand because I sensed in him a kindred spirit. I was not to be disappointed. We became good friends, bound by a common interest in the so-called Bishop of Sebaste. I can say with complete honesty that a spirit of collaboration, as opposed to one of competition, has characterized our association. We have taken pleasure in each other' s discoveries, often prodded one another to look harder and farther a field, and even obliged one another to challenge cherished assumptions that sometimes later proved invalid. It can also be said that our respective interests in the saint have been complimentary. As an art historian, I have tended to focus on the endlessly varied ways St. Blaise has been portrayed in different settings down through the ages. Armand, on the other hand, has been more interested in studying the evolution and dissemination of the cult. Given his own Armenian ancestry he has paid particular attention to the saint' s origins which can be traced to Cappadocia, that region of present day Turkey once part of Lesser Armenia. In this regard, he is particularly well qualified because he has a command several languages useful in the study of saints. In point of fact, the saint' s ethnicity may have been Greek but regardless as Sourp VIas, he remains important to Armenian people throughout the world. It is not an accident that the national church of the Armenian people on via Giulia in Roma is indeed dedicated to St. Blaise (la chiesa di San Biagio della Pagnotta). Although countless articles and volumes have illuminated aspects of the cult of St. Blaise Armand's book is really the first to be published in recent years that offers a current, comprehensive treatment of the

cult's origins, dissemination, and traditional manifestations. It is also packed with specific information regarding church and chapel dedications and works of art in the saint' s likeness (with an entire chapter devoted to manifestations in France). Readers will find particularly useful the historic context in which he sets specific events. His account is also admirable for its logical organization not to mention its thoroughness and accuracy. I have come to conclude that Armand is by nature a «bird dog» as we say in English, because he is an individual who takes pleasure in the hunt, even when (in this case) that odor of sanctity has grown faint. That is to say he is a born researcher. As Michelet said, «Le but n'est rien: Le chemin c'est tout». I am sure Armand takes pride in the culmination of this project but the daily pleasure of getting there is much in evidence in all of its pages. Caleb Bach, Andover, Massachusetts, U.S.A.

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AVANT-PROPOS (traduction)
C'est par un heureux hasard que j'ai eu l'occasion de connaître Armand Tchouhadjian, il y a quelques années, quand il prit contact avec moi, par Internet, au sujet de saint Blaise. Depuis très longtemps, à mes moments perdus, j'avais poursuivi des travaux sur ce martyr des premiers siècles, bien connu à travers toute la chrétienté comme protecteur de la gorge et patrons des cardeurs, entre autres. l'avais édité sur mon ordinateur ce long travail, dont j'avais envoyé quelques exemplaires à différentes bibliothèques de recherche d'Europe et des Amériques. En réponse à ses nombreuses interrogations, je lui en envoyai également un, parce que je sentais que nous avions la même vision des choses sur le sujet et je n'ai pas été déçu. A travers notre intérêt pour l'évêque de Sébaste, nous sommes devenus de bons amis. Je dois dire honnêtement que c'est un esprit de collaboration et non pas de concurrence qui a caractérisé notre association. Nous avons pris plaisir à prendre connaissance des découvertes de l'un ou de l'autre, nous obligeant souvent à vérifier plus en profondeur pour les confirmer, et éventuellement les invalider. Il faut dire aussi que nos intérêts respectifs étaient complémentaires. En tant qu'historien de l'art,j'ai eu tendanceà me focalisersur les différentesformes sans cesse renouvelées sous lesquelles le Saint a été représenté. Armand de son côté a été plus intéressé par l'étude de l'évolution et la diffusion du culte. Par son origine arménienne, il a porté une attention particulière aux origines du Saint en Cappadoce, aujourd'hui en Turquie mais jadis en Asie Mineure. Il était bien qualifié pour cela avec sa connaissance des langues nécessaire à l'étude du Saint. A vrai dire, même si le saint a pu être grec, il reste important pour les Arméniens sous le nom de Sourp VIas, et ce n'est pas par hasard que l'église arménienne de la via Giulia de Rome est dédiée à Saint Blaise (église di San Biagio de la Pagnotta). Bien que de nombreux articles et livres nous aient éclairé sur les différents aspects du culte du Saint, le livre d'Armand est en fait le premier publié ces dernières années qui traite, dans son ensemble, des origines du culte, de sa diffusion et de ses manifestationstraditionnelles.Avec les informations qu'il a rassemblées, il présente ainsi une image d'ensemble des dédicaces d'églises et des œuvres d'arts de dévotion (avec un chapitre entier

consacré aux manifestations en France). Les lecteurs apprécieront particulièrement le développement du contexte historique dans lequel il place tel ou tel événement. Sa présentation est parfaite aussi pour son organisation logique, sans oublier sa minutie et sa fidélité. J'arrive à la conclusion pour dire qu'Armand est par nature un «chien de chasse », comme nous le disons en anglais, parce que c'est quelqu'un qui prend plaisir à la recherche, même si quelquefois, les chemins de la sainteté s'estompent. Tout cela pour dire qu'il est né chercheur. Comme Michelet disait, «le but n'est rien, le chemin c'est tout». Je suis sûr qu'Armand est fier d'avoir réalisé son projet, tout en y prenant un plaisir quotidien, c'est ce qui apparaît dans chacune des pages de son ouvrage.

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Deux mots, en guise de préface
Annand Tchouhadjian s'est intéressé depuis quelques années à un saint dont le culte a connu une immense diffusion: saint Blaise, l'un des «SaintsAuxiliaires» très invoqués au Moyen Âge, un saint présent dans la fameuse «Légende dorée» de Jacques de Voragine, qui a modelé l'imaginaire de tant de croyants, un saint, et cela explique l'intérêt que lui porte l'auteur, à la probable origine arménienne. Mais qu'on ne pense pas trouver ici un ouvrage« pieux» ! C'est à une grande promenade dans le temps et l'espace que nous sommes conviés. Le guide sera quasiment exhaustif sur son sujet, mais point du tout ennuyeux. C'est pour lui l'occasion de nous faire revivre, en un style agréable, bien des épisodes un peu oubliés de ces incessants échanges entre l'Orient et l'Occident, et il nous conduit, toujours sur les traces de saint Blaise, à la suite des découvreurs de terre, jusqu'en Afi1que et aux Amériques, en Asie enfin. L'image, si importante à l'époque médiévale, où peu de monde savait lire l'écrit, est présente tout au long du livre, dans une passionnante et parfois surprenante iconographie. Tout un foisonnement de créations artistiques, des plus populaires aux plus célèbres, se découvre à nos yeux. Ne boudons donc pas notre plaisir, d'autant que le dicton nous l'assure: «devant saint Blaise, tout mal s'apaise». B. Outtier (C. N. R. S.)

Introduction
Piqué au vif, parce qu'un jour ma femme me demande si je savais que saint Blaise était né en Arménie (Mineure), je cherche et découvre plusieurs villages en France portant son nom, puis des dizaines d'églises sous son vocable, d'autres dizaines qui possédaient de ses reliques, des dizaines d'autres encore des statues, d'autres dizaines encore et encore des vitraux, des fontaines, des fêtes et des pèlerinages, certains toujours d'actualité,.. .et la même chose pour d'autres pays européens. Mais ce n'est pas tout, ce Saint, qui n'a pas quitté sa terre natale d'Asie Mineure, a vu son culte devenir universel avec, comme pour rester discret, un nom très différent par pays! Cela n'aurait pas été suffisant si le Saint ne m'avait entraîné à sa suite à travers un voyage dans le temps et dans l'espace géographique. En effet, bientôt conforté par le travail de Caleb Bach, je partis dans le temps, du lye siècle à nos jours, et vers une trentaine de pays! Ainsi, de Sébaste en Arménie Mineure, aujourd'hui Sivas en Turquie, l'histoire va vous emmener, le long des pages, suivre la vie des populations durant les différentes époques. En premier avec la relation de sa vie légendaire, sa rencontre avec saint Benoît et les Bénédictins, ensuite, essayer de comprendre à travers les guerres, les invasions, les maladies, comment et pourquoi les populations invoquaient un saint si proche de leurs problèmes. Yous serez, comme lui, un observateur à l'écoute de leur vie de tous les jours. Beaucoup de questions restent en suspens. Pour quelle raison une partie de la chrétienté l'a-t-elle ignoré? Pourquoi a-t-il été choisi et promu par les Bénédictins? Qu'est devenu son culte aux premiers siècles? y a-t-il eu un ordre de saint Blaise? Quand a-t-il disparu? etc. Les trois premiers chapitres présentent son culte en situation, et ceci d'une manière progressive. Les deux suivant en France et à l'étranger, vous permettront de situer son culte géographiquement, éventuellement dans des lieux qui vous sont familiers ou qui vous intéressent. Quelques mots inhabituels sont suivis d'un astérisque pour les retrouver dans le glossaire.

CHAPITRE I

UNE VIE LEGENDAIRE
Les sources d'informations Comme pour de nombreux saints des premiers siècles du christianisme, il est difficile d'avoir des précisions sur sa vie, car elle est entourée de légendes. Et l'on peut comme A. Baillet (Les Vies des Saints, Mois de février, Paris, 1703) «s'étonner du silence des saints pères contemporains à son sujet, surtout dans la Cappadoce où saint Basile et les deux saints Grégoire de Nazianze (v.330390) et de Nysse (v.335-395) ne manquaient guère d'honorer la mémoire des saints martyrs du pais par quelques éloges qu'ils prononçaient le jour de leur fête». Ou bien au contraire comme A.Niccolai (Memorie Storiche di San Biagio, Naples, 1752), dire que Blaise étant de Sébaste, il ne pouvait intéresser des évêques de Césarée. Comportement qui pourrait expliquer l'abandon de Blaise à son martyre? Cela veut-il dire qu'il n'était pas grec? Ou bien a-t-il été victime de rivalités religieuses? Par ailleurs comme le signale Bernard Outtier (les Actes apocryphes arméniens, Colloque Lausanne 1997), l'Arménie n'est d'ailleurs pas non plus citée dans les Actes Canoniques contemporains. Nous trouvons quand même assez tôt des témoignages suffisamment intéressants. Ainsi dans un des fi'agments des versions grecques du Martyribus Palestinae, d'Eusèbe de Césarée de Palestine (265-340). Ce texte où est cité S. Blasios est inclus dans le tome VIII de son Histoire Ecclésiastique et nous donne un document presque contemporain 1.
1 - Le Martyribus est peut-être le premier des martyrologes

- Les

martyrologes

ou, calendriers

liturgiques, regroupaient les saints objets de vénération. Il s'agit en fait d'un catalogue de ceux qui ont souffert le martyre. Il y avait les martyrologes «locaux» pour les saints régionaux, auxquels on joindra les dédicaces d'églises, les translations des reliques et les «généraux» à qui on rajoutait les saints bibliques. Ils servaient à formaliser les liturgies, au moment où les hérésies voyaient le jour en beaucoup de lieux. C'est en 393, au concile d'Hippone, autrefois Bône en Algérie (aujourd'hui Annaba), important site archéologique romain dont Saint Augustin était l'évêque, qu'à la demande des participants, les jours de la commémoration des saints, on doit lire leurs «actes» (canon XL). Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, Paris" 1908, T.n Première partie P.83. Il Y a les martyrologes des premiers siècles, dès le ne siècle à Rome, qui étaient les recueils d'anniversaires des saints; puis ceux dits hiéronymiens, les historiques, du YIIIe au IXe siècle; ensuite ceux inspirés par celui d' Usuard, jusqu'au XYle siècle et le romain à partir de là. Eusèbe de Césarée est le premier grand historien de l'historiographie religieuse chrétienne, ou premier hagiographe (de hagios=saint). Le texte, dont il est question, est indiqué par le Jésuite Hippolyte Delehaye dans le N° XYI, d'Analecta Bollandiana, (1897) que nous évoquerons plus loin. Il s'agit du Codex Vindobonensis bibliotecae Caesarae, hist. Gr. XI, copie de 390 folios en grec. Il raconte les persécutions dont furent l'objet les saints du mois de février. Et parmi eux, S. Blasios (folios 86 à 91). L'œuvre d'Eusèbe existe, en latin, en grec et en syriaque (dont il y eut une traduction arménienne à l'instigation de Mesrop Machtots, créateur de l'alphabet arménien, au début du ye siècle). C'est la version grecque que l'on a sans doute voulu faire disparaître pour une raison inconnue. On en retrouve malgré tout des fragments, dont il existe cette copie à la Bibliothèque Nationale d'Autriche.

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Carte

N° l - L'Asie Mineure au IV" siècle.

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L'autre témoignage important est celui de saint Jérôme (340-420), qui l'inclut dans son martyrologe au V' siècle!. Saint Blaise y figure au 14 ou suivant les cas au 16 février, sous les noms de Plesi, Blesii ou Blasium suivant les recensions2 (Copie critique d'un manuscrit). Ceci est intéressant car le document servira en fait à l'établissement des martyrologes, dits hiéronymiens, qui vont suivre. Il a certainement circulé dans les monastères et abbayes. En effet beaucoup possédaient des bibliothèques importantes et des scriptoria (ateliers de copistes) actifs. Elles disposaient de quelques dizaines à plusieurs centaines d'ouvrages chacune, et se prêtaient les manuscrits pour en faire des copies. Par exemple aux abbayes de Fulda, Prüm, Reichenau, Saint Gall, Trèves, dans ce qui deviendra le Saint Empire romain germanique ou, à Corbie, Ferrières, Fleury, Lyon, Tours, Vienne, etc. sur le territoire de la France actuelle; ou bien encore en Italie, au Mont Cassin, à Rome, Venise, Gubbio, Nonentola, Bobbio, .... La production passa ensuite, au XIIIe siècle, dans les villes auprès des artisans, qui développeront l'édition profane.

On peut donc supposer qu'il était fêté en Europe Occidentale, après son martyre, dès les premiers siècles de la christianisation, avant même l'arrivée de ses reliques et leur vénération3.
Une autre information écrite concernant le Saint se trouve dans un document du VIe siècle: Contractae ex Veteribus Medicinae Tetrabiblios. Il s'agit d'une vaste compilation en quatre volumes, des connaissances des médecins antérieurs4,par Aétius (ou Ezio) d'Amida (502-575), aujourd'hui Diyarbakyr en Turquie. C'était un médecin grec, chrétien, qui exerçait à Constantinople comme médecin, auprès de l'empereur Justinien l'''. Il Y fait mention de l'invocation à Blaise pour soigner la gorge: comme Jésus sortit Lazare de son tombeau et Jonas de la baleine, ainsi Blaise, martyr et serviteur de Dieu, commande que l'os remonte ou descende. On peut apprécier l'intérêt de l'ouvrage en sachant qu'il fut traduit en arabe au IXesiècle.
1 - II s'agit d'une compilation désordonnée de saints, retrouvée au ye siècle en Italie du Nord. II n'en existe

que des recensions dont une gallicane, remaniée et complètée au vr siècle, à Auxerre. (Subsidia
Hagiographica, N° XX, XXI et Acta Sanctorum Novembre. T ll, Bruxelles, 1894) C'est une compilation du férial romain, du martyrologe oriental et du calendrier d'Afiique. La paternité de cette œuvre lui est cependant contestée. Saint Jérôme est né vers 340 en Dalmatie ou Vénétie. II est un des quatre Docteurs de l'église latine, (avec saint Grégoire le Grand, saint Ambroise et saint Augustin), et surtout il est connu par la traduction de la bible primitive version grecque, la <<Septante». Puis en une nouvelle version latine du texte hébreu, dite la «Vulgate» (document de base au Moyen Age), qui sera reconnue version officielle au concile de Trente au XVI" siècle. Après un séjour à Rome, il passe le reste de sa vie en Orient et décède à Bethléem vers 420. Panni ses nombreuses œuvres, il réalise aussi une carte d'Asie, dont il reste une copie du XII" siècle, dans un manuscrit au British Museum. Sur celle-ci figure des régions de l'Arménie, dont l'Armenia Inferior. (Claude Mutafian et Eric Van Lauwe, Atlas Historique de l'Arménie, Paris, 2002, P. 97). II sera secrétaire du concile de Constantinople en 381, où il rencontra sans doute saint Pierre de Sébaste. Tout ceci nous confirme la connaissance qu'il pouvait avoir des martyrs orientaux contemporains. 2 - H. Delehaye et Peeters, Patrologia Latina N° XXX, P. 443 et J.B. Rossi et L. Duchesne, «Martyrologe Hieronymian, Codex Bemensis 289», Acta Sanctorum Novembris, Tomi secund~ pars prior, Bruxelles, 1894. promulguer l'Admonitifgeneris par lequel 3 - Quelque temps plus tard, en 789, on verra Charlemagne, il demande que dans chaque évêché et chaque monastère il y ait des livres de psaumes, de notes, de chants, et des livres religieux corrigés. L'existence de sa bibliothèque est signalée par Paul Diacre, moine bénédictin au VIII"siècle. 4 - Aetius, Aetii contracrœ ex vetribus tetrabiblios, Trad. Ed. Get Beringorum, Lugdunum, 1549, Chapitre 49, P. 489.

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Par ailleurs, le don de Blaise «fut officialisé par les autres grands médecins byzantins du VIesiècle, comme Oribase, Alexandre de Tralles et Paul d'Egine»!. Au VIlle siècle, saint Jean Damascène lui dédie neuf hymnes de sa Gesta Romanorum2 et fait référence à son martyre par le peigne de fer. Il combat aussi l'Iconoclasme' et met en forme une grande partie des chants liturgiques byzantins. Toujours dans la région, Théodore Studite l'Hymnographe (759-826t, également adversaire de l'Iconoclasme, lui consacre des strophes de ses œuvres, comme plus tard saint Jean l 'Hymnaire (t en 886). En Occident, plusieurs auteurs religieux l'incluent dans leurs martyrologes5 parmi les saints à fêter, ainsi Béde le Vénérable (672-735), moine bénédictin anglais, docteur de l'église et considéré comme un des descendants spirituels de saint Benoît; Raban Maure, abbé de Fulda, dans son Martyrologium vers 842 ; Ado de Vienne en 850 et Usuard, moine à Saint-Germain-des-Prés, vers 870, «compilent» les vies des saints non seulement occidentaux mais aussi ceux d'Afrique et d'Orient. Comme ils sont tous les trois bénédictins, on peut supposer que, dès ces époques, toutes les abbayes bénédictines possédaient au moins une copie d'un des deux martyrologes les plus courants, avec l'indication de la date de la fête de saint Blaise6. Au concile de Closvehoe ou Closfehoch sans doute près de Londres, (GrandeBretagne), en 747, le pape saint Zacharie, impose la célébration des saints du martyrologeromain, où figure saintBlaise. Cela concernetoute l'Europe christianisée.
1 - Luciano Sterpellone, Les Saints et la médecine, Médiaspaul, Paris, 1997, P. 109. 2 - Hymnus in sancti Blasium ou sanctum Blasium. Il est le dernier des Pères grecs (né vers 650-mort vers 749) avec saint Jean Climaque, et un défenseur des images, pendant cette période d'Iconoclasme. Il écrira le premier traité synthétique raisonné du dogme chrétien. Il fut un temps au service du calife Yazid 1er, c'est pourquoi certains lui contestent la paternité de ces ouvrages. (Patrologia Graeca N°96, Ed. Migne) Il eut par ailleurs une position très critique vis à vis de l'Islam.(Ecrits sur /'Islam). de saints par des images et leurs cultes sont interdits 3 - Période pendant laquelle toute représentation à Byzance. Le mouvement partit d'Asie Mineure dès le JV< siècle et fut accentué lors de l'arrivée des Arabes musulmans farouches opposants aux images. Les Pau/iciens et les Nestoriens furent également des précurseurs du mouvement. Il fallait éviter aussi la dispersion de la foi et vénérer seulement les reliques de la Vraie Croix. Décidées, contre l'avis du pape Grégoire il, par l'Empereur Léon III l'Isaurien (ou Syrien), par un édit vers 730, qui envoya même une flotte en Adriatique, heureusement dispersée par la tempête. Les persécutions sont ensuite renforcées par Constantin Y (741-775), Constantin VI (790-797) et surtout Léon Y l'Arménien (813-820). Elles ne prennent réellement fin qu'en 843. Entre temps, il y aura eu mort d'hommes en même temps que la destruction des images, et jusqu'à des destructions de monastères. Des tentatives pour l'extension de son application par Constantin Y Copronyme (parce qu'il avait sali les fonts au moment de son baptême) eurent lieu en Europe Occidentale. Elles furent repoussées dès le début par le pape Grégoire II, puis par Pépin le Bref et les Francs, qui prirent ensuite conseil
auprès du pape Paul F et au concile œcuménique de Gentilly (Gentiliaco

- près

Paris,)

en 767.

Ces démarches eurent toutefois un écho favorable en Grèce et en Espagne. 4-11 sera élu Higoumène, c'est-à-dire moine principal, du couvent de Stoudios au sud-est de Constantinople, fondé au ye siècle par le sénateur Studius, d'où il pouvait défendre ses positions
dangereuses contre l'Iconoclasme. De nombreuses règles des XI" et XIrsiècles seront inspirèes de la règle studite. 5 - A noter que dans ces documents ou dans les calendriers de cette époque, les copistes utilisaient \' or ou le rouge pour écrire le nom des saints les plus vénérés. Ce qui était sans doute le cas pour saint Blaise que \' on trouve souvent avec ces couleurs. 6 - Au Moyen Âge, le livre de la liturgie latine, le /ivre du chapitre comprend aussi: la règle, celle de saint Benoît ou celle de saint Augustin, le lectionnaire (capitule de Prime, actes de conftaternités, éventuellement catalogue des livres de la bibliothèque), le martyrologe (et ce qui est le plus intéressant dans le cas présent, le plus souvent celui d'Adon ou d'Usuard), le nécrologe ou orbituaire (registre où l'on notait les noms des défunts et les orbits, c'est-à-dire les messes de commémorations), quelquefois des bulles du pape ou des actes royaux. On en dénombre encore 250 exemplaires sur le territoire de la France actuelle.

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Les récits hagiographiques apparaîtront au siècle suivane. Au IXe siècle, on trouve aussi le Saint dans le Ménologe'- de Syméon Métaphraste, qui étudie les vies de 148 saints dont «certamen sancti et gloriosi hieromartyris Blasii episcopi Sebastae et socionmD}3BRG 277t. Ce texte inspirera, au X" siècle, entre ( autres l'évêque de Naples, Anastase le Jeune, dit Guarimpotus l'hagiographe napolitain, qui fera une traduction latine critique d'Actes grecs du Saint (BRL 1379 et son prologue 1380). En même temps que celle de la vie de saint Grégoire l'Illuminateur. Vers 975, un sacramentaire de Cologne5 le fête dans son calendrier au 3 février, parmi seulement deux cents autres saints. Le Musée synodal de Moscou possède un Ménologe anonyme byzantin du Xe siècle mentionnant le Saint au 3 févrie~. Le Saint est présent dans le Synaxaire arménien7 qui comprend les fêtes arméniennes, byzantines et romaines. Son origine remonte à Gagik Vardapet qui traduisit, à Constantinople au IXe siècle, la vie de nombreux saints, du grec à l'arménien. Grégoire le Martyrophile entreprit au XIe siècle un voyage en Europe et en Orient à la recherche des saints existant dans les martyrologes grecs et les traduisit. Le moine Ter Israël prit le relais sans doute avant 1240, avec le Haïsmavourk ou ménologe, et le réactualisera en 1269. Il sera complété par le catholicos Grégoire VII d'Anazarbe (1293-107), puis entre 1353 et 1425 par Grégoire de Khlat, dit de Tzerents, et envoyé à Constantinople, au XVIIIesiècle, pour réaliser l'édition de 1843.
1 - D'une manière générale, l'entrée des saints orientaux dans le calendrier romain ne s'est pas faîte par
les martyrologes historiques, mais par le relais des sanctuaires établis dans les villes, par les religieux venus des pays d'Orient avec des reliques. Ceci est important dans la mesure où la simple présence dans les martyrologes ne suffit pas pour la vénération du saint s'i! n'est pas au calendrier romain. 2 - Les ménologes sont répartis en «Grands» ou «Abrégés» suivant qu'ils ont des hagiographies complètes ou abrégées des saints. Leur nom vient des ménées qui contiennent l'office des saints et les tètes à dates fixes. 3 - A la fin de l'Iconoclasme, Constantinople devint de 843 à 1025, une capitale intellectuelle très importante. Empereur entre 867 et 886, Basile !"', de la dynastie macédonienne, introduit à Byzance la vénération de saint Grégoire l'illuminateur dont les reliques sont signalées dans Sainte Sophie, par des pèlerins, encore vers 1200. Ensuite l'empereur Constantin VlIPorphyrogénète*, en droit à partir de 912 puis effectivement de 944 à 959, fut un mécène qui régna sur une équipe de lettrès, plus que sur Byzance elle-même. Il fit édifier parmi d'autres ouvrages, l'Encyclopédie Hagiographica, par Syméon Métaphraste (900-984). Du grec metaphrasis = compilation. C'est un monument encyclopédique qui reprend et complète l'œuvre du poète Constantin Képhala, avec des textes coptes et syriaques traduits en grec. Il «rhabille de rhétorique moralisante» ces anciennes descriptions de la vie des saints, et en expurge par la même occasion les plus anciennes rédactions. Il sera luimême fidèlement traduit en latin en 1570 par le franciscain Francis Lawrence Sirius.

L'ouvrage se décompose en trois parties: la copie intégrale des travaux déjà réalisés, les études qu'i! complète, et la partie la plus importante concernant les études existantes, mais revues et complétées par lui.
La qualité du résultat est reconnue par la critique historique (La passio de Blasii se trouve dans parrologia Graeca,

N"116, dans le supplément page 817-830). Publié au XIX" siècle dans l'importante et très complète collection Patrologia Graeca (160 volumes), Patrologia Latina (221 volumes), de l'éditeur ecclésiastique J.P. Migne. Le texte concernant saint Blaise (BHO 183)4 serait sans doute un texte plus ancien. TIpourrait se confondre avec une passion de saint lrénarque du VIII"siècle. M. Gérard Garitte,Analecta Bollandiana, 1955, N° 73, PP. 18-54. Toutefois l'auteur donne celle de saint Blaise comme antérieure et beaucoup plus souvent développée. 4 - Pour les codifications BHO, BHG, BHL, voir page 21n2. Diocésaine de l'Université de Cologne, codex 88. 5 Bibliothèque 6- Menologi anonymy byzantini, seculi X Quae Supersunt - Sumptibus Caesarae Academiae Scientiarum e codex Mosquensis 376 Vlad. 7 - Du grec «synaxis», réunion au cours de laquelle les évêques prononçaient le panégyrique des saints, de l'Ancien Testament et des premiers siècles chrétiens, suivis généralement des «Actes)) des procès ou du martyre. Il y est tèté comme saint de première classe. Les différents livres de la liturgie arménienne sont: vkayapanouthiunq srpots (martyrologe des saints), tônakan (les jours fériés), tônapacijar (explication des tètes), cijarentir (choix de textes et discours).

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LE SYNAXAIRE

ARMÉNIEN.

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15

Fig. WI

. Extrait

du Synaxair\': arménien.

Puis pour fInir il est traduit en français par le Docteur G. Bayan en 1909 et paraît en 1927 dans la Patrologia Orientalis. T.21.1 Le Saint fIgure également dans le Synaxaire de l'église orthodoxe grecque, de «La Divine Liturgie» de Saint Jean Chrysostome et dans tous ceux qui suivront comme les ménées. * Le Saint fIgure aussi au Moyen-Orient dans des calendriers ou des ménologes des xr, XIII. et XIV. siècles, voir page 379. Ensuite de nombreux textes hagiographiques, que nous ne pouvons tous citer ic~ panni eux la «Légende Dorée» du Dominicain Jacques de Voragine (1228-1298), traduite en des dizaines de langues et Jean Beleth, théologien parisien du XII"siècle, dans Rationale dtvinorum officiorum2,qui cite sa tète, reprennent pour la plupart les informations aux mêmes sources, et à partir de là il fIgurera dans presque tous les calendriers (en fait nos almanachs* actuels), livres d'heures, légendiers, etc3..... A Milan, l'humaniste Bonino Monbrizio (1424-1500) l'inclut dans son Sanctuarium seu vitae; à Venise, Luigi Hippomano (XVI. siècle) dans Deprobabilis sanctorum historii. En Espagne, un disciple du Jésuite Ignace de Loyola, Pedro de Ribaneyra (1526.1611), l'introduit dans ses Flos sanctorum, au moment de la contreréforme. Rappelons que le Vatican a reconnu offIciellement le culte du Saint en 1584, en s'appuyant sur les travaux du cardinal César Baronius (1538-1607) de l'Oratoire de Romé, au temps du pape Clément VIL
1
~

Signalons, pour ceux que cela intéresse, qu'ils trouveront un texte intéressant sur le calendrier

arménien sur le site: www.netarmenie.com/ 2 - Johannes Belethus, «Rationale Divinorum Officiorum», Patrologia Latina. T.CCIl, 86. 3 - En 1455, les légendes d'un certain nombre de saints, dont saint Blaise, furent combattu par Nicolas da Cusa, évêque de Bixen (Tyrol), alors qu'il était repris dans le Speculum sam;:torale de Bernard Gui (inquisiteur à Toulouse, 1307-1323), par Petrus Natalibus dans son Catalogus sanctorum v\':rs 1406, (qui ne s\':ra édité qu'en 1493), Gui de Châtres, abbé de Saint-Denis de 1326 à 1342, dans son Sanctiogium etc. 4 - Baronius, cardinal, Annales Ecclesiastici Batonii XV!' Siècle, T.UL d\':l'édition 1738, P. 614. 20

La découverte de Gutenberg favorisera la diffusion des martyrologes qui tous s'inspireront des recherches ou des ouvrages précédents. Les Bollandistes (des Jésuites) authentifient ses études et l'intègrent dans leur collection «Acta Sanctorum» en 16431.C'est un document de référence régulièrement actualisé, par les recherches qui se poursuivent toujours2. Ainsi, par la suite, au XVII"siècle, les Mauristes, avec le bénédictin Jean Mabillon de la Congrégation de Saint-Maur, enrichiront les connaissances sur la vie du Saint dans leur Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti. Puis, des auteurs italiens comme don Camillo Tutini dans Vita del Santo Martire San Biagio (1635) (fig. N° 2), Juan Bautista dans De storia Blasia Sebaste in Armenia (1645), ou plus tard Alfonso Nicolai dans Memorie historiche di San Biagio vescovo e martire proteffore de la Republica de Ragusa (Rome, 1752) donneront des informations complémentaires sur son culte en Italie. Rappelons pour la littérature anglaise, indépendamment de Bède le Vénérable, la traduction du Martyrologe Romain par le Jésuite G.K. en 1667, Alban Butler et les 12 volumes de The lives of Fathers, martyrs and other principal saints parus dans les années 1750, mentionnant la fête du Saint. Il figure en outre dans de nombreux martyrologes plus ou moins récents, dont les sources sont toujours les mêmes. Exemples à Bruges, Anvers, Trèves, Cologne, Utrecht, Tournai, Naples, etc. Plus près de nous, les Bénédictins de Paris, RR.PP. Baudot et Chaussin a.s.B., avec La Vie des Saints et des Bienheureux suivant l'ordre du calendrier (1936), se sont inspirés des Bollandistes, et le confirment comme saint arménien. Il existe une littérature abondante sur les saints, mais souvent des ouvrages généraux. Pour des recherches plus approfondies sur le Saint lui-même, il est évident qu'il faut fouiller, trouver la source d'origine, en évitant ceux qui se copient entre eux. Il est remarquable de constater qu'il y a une grande unité dans l'identificationet la présentation du Saint par tous les auteurs anciens et, bien entendu, par ceux copiés sur eux plus récemment. Et comme le disait le Bollandiste H. Delahaye: ce que l'histoire ignore, la légende le sait3.

1 - Sous le titre de «De Sanctis Martyribus Sebastenis Blasio Episcopo», P. 331-353, en latin. Avec une première section consacrée à sa biographie, sa vénération, ses reliques: I.S.Blasii natalis; ILS.B1asii aetas, Acta quadruplicia; III.S.Blasii celebritas, Templa; IV.S.B1asii reliquae; V.S.Blasii in homines beneficia. Et dans la seconde section, avec les Actes eux-mêmes, une compilation des précédents auteurs. 2 - Les Bollandistes, dont les ancêtres sont les Jésuites Heribert Rosweyde, puis John Bollandus (15961665), poursuivent leurs travaux composés actuellement de 68 volumes avec 20.000 saints répertoriés. Ils vivent comme un ordre cloîtré, au collège Saint-Michel à Bruxelles. Entre autres collections consacrées aux hagiographies en différentes langues, il y a : La Bibliotheca hagiographica latina (textes latins avant 1500), la Bibliotheca hagiographica graeca (textes grecs avant 1453), la Bibliotheca hagiographica orientalis (textes en arabe, arménien, copte, éthiopien et syriaque), désignées généralement sous les sigles respectifs de BHL, BHG, BHO, qui référencent les manuscrits. Ils publient une revue Analecta Bollandiana, et sont présents sur Internet, en particulier, avec le catalogue BHLms cataloguant tous les manuscrits latins détenus par une soixantaine de bibliothèques en Europe. Ils nous ont été très utiles pour la réalisation de cet ouvrage. 3 - Issu du latin legenda (ce qui doit être lu), le mot légende peut être défini comme un récit imaginaire, élaboré à partir de faits historiques réels et destiné à magnifier un personnage ou un événement passé.

21

NARRATJONE
Della Vita> e Vefcouo
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DI SAN BI~\.GIO
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Per Lazaro Scorigio 1 M. DC. XXXV.
Fig. N° 2

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. Frontispice

du livre de Camino Tutini. Naples, (1635)

22

La patrie orientale de Blaise L'histoire des populations de cette région d'Arménie Mineure, celle de Blaise de Sebastel et des chrétiens en général, est marquée par une formation géologique ancienne. En effet, cette partie géologiquement instable de l'Asie Mineure fut le théâtre, il y a environ dix millions d'années, d'un plissement de la croûte terrestre. Ce qui fut à l'origine de la chaîne du Taurus et eut pour conséquences l'apparition de volcans avec une éruption importante du plus important d'entre eux, le mont Argée (Argeus), aujourd'hui Erciyas Dagi. Distant à vol d'oiseau d'environ 190 kms de Sébaste, et près de Césarée de Cappadoce, ce volcan culmine à près de 4000 mètres, et provoqua la projection de tonnes de poussières et de cendres qui recouvrirent le pays alentour. Ce qui, avec l'érosion, entrama la création de vallées. Sebaste, située sur un plateau entre 1000 et 1300 mètres, se trouve au nord-est de cette région (nord-ouest du haut Euphrate) au sortir d'une de ces vallées
d'Arménie Mineure orientées presque d'Est en Ouest, comme pour faciliter le passage des grandes invasions et migrations dont elle sera tour à tour bénéficiaire et victime. Ceci dans les deux sens. Carte NQ2.

La carte ci~après représente parfaitement les zones de relief qui ont influencé cette région. On peut voir les «plissements» qui sont à l'origine des nombreux tremblements de terre dans la région.

Carte Ne2 - Asie Mineure physique

Entre Orient et Occident, ce sera un lieu de commerce, de transit très important pour les échanges de marchandises et d'idées. Le réseau des voies romainei, la Voie Pontique au nord, la Voie Cilicienne au sud (qui sera empruntée par saint Paul), étaient reliées entre elles par la Voie Sebasteia. C'est une des principales voies de la Route de la Soie dans le sens Est~Ouest (Constantinople-Sébaste~Arménie~ Tabriz-Chine).
1- Suivant les (anciennes) périodes les habitants seront des Sebasteni, Sebastorum, 2 -Chevallier, R., Les voies Romaines, Paris, 1972. Sebastem ou Sebastatsi

23

La voie pour les échanges Nord-Sud étant celle de Trébizonde-Sébaste-Césarée!conium (aujourd'hui, Trabzon-Sivas-Kayséri-Konya) ou Antioche. C'est-à-dire le trajet Syrie-Russie du Sud et réciproquement. Les Génois y auront un bureau de notaires au XIIIe siècle, qui tenaient les comptes d'un marchand locall. Elle était riche de son agriculture grâce aussi à l'autre rivière, la Mourad Sou qui descendait de la montagne.

Le Ha/ys ou Rivière Rouge, aujourd'hui Kizil Irmak, le plus long fleuve de l'Asie Mineure, emprunte sa vallée pour aller se perdre dans la mer Noire, après avoir traversé la Cappadoce.
Cette rivière emprunte son nom aux argiles, marnes et aux grès rouges qui décorent son sol. Dans le monde ancien, elle séparait la Lydie de la Phrygie. L'Arménie Mineure, orientée vers l'Ouest, fut plus influencée par Rome, avec qui elle était liée grâce au réseau routier que nous avons vu, que par les Perses. Les voies romaines établissaient la liaison avec les garnisons frontalières des Perses, dont
la fameuse Fulminata (Foudroyante

- Legio

XII) à large recrutement

local arménien.

Il faut aussi rappeler que le premier Tiridate (en 63), avec dit-on 3000 cavaliers (chiffre sans aucun doute exagéré), fit le voyage de Rome, pour aller recevoir sa couronne des mains de l'empereur Néron (en le considérant d'ailleurs comme le représentant du dieu Mithra !y L'autre voyage, à Rome du présent roi Tiridate III, de saint Grégoire l'Illuminateur et leur rencontre avec le pape saint Sylvestre (Selpestros) sont contestés. Contexte politique et premiers temps chrétiens en Asie Mineure La région est donc habitée dès l'ère néolithique, entre les VIIIeet VIemillénaires. Le royaume de l'Ourartou (du IXe siècle avant J.C.) précéda les Arméniens (de langue indo-européenne) qui s'imposentdans la région, vers le VIr siècle avant J-C. Près de là, en Cappadoce, les hommes creusent dans ces formations coniques tendres, ces fumeusescheminées de fée, leurs habitations,leurs greniers, leurs fortifications, leurs ateliers puis leurs églises, où ils seront bien protégés. L'architecture est bien adaptée à une région qui, ne disposant ni de bois ni de pierre à bâtir, sera caractérisée par ces églises rupestres qui y seront construites et qui servent d'abris. Ensuite, cette partie de l'Arménie, dite Mineure, appellation déjà donnée par Ptolomée (vers 100-170), fut occupée tour à tour par les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins et plus tard par les Arabes, les Turcs Seldjoukides, les Mongols, les Turcs ottomans, etc. Elle aura même connu les Gaulois3!

1 - William Darlymple, Voyage en Asie Centrale, Paris, 1993, P. 101.
2 - Groupe d'auteurs sous la direction de G. Dédéyan, Histoire des Arméniens, Toulouse, 1986, P. 114. 3 - Vers 270, une importante colonie gauloise, après avoir menacé Delphes en Grèce, s'installe de part et d'autres du Halys. Elle fonde la Galatie ou Gallo-Grèce et s'intègre sur place, sous le nom de Galates. D'après une hypothèse sur la diffusion du culte, ce sont aussi des Gaulois de ces tribus qui, revenant en Gaule, rapportèrent un culte ressemblant à celui de saint Blaise! On se souviendra aussi de l'Épître aux Galates, rédigée par saint Paul, probablement v. 56-57. Paul Peeters, «Le Synaxaire Arménien», Analecta Bollandiana, N° XXx. 1911 P.l2 fait état de son étonnement d'avoir constaté la présence de saints Gaulois dans le Synaxaire Arménien du XIVe siècle comme saint Sixte, saint Sininus de Reims, saint Privat de Gévaudan et saint Loup d'Orléans! 24

Du 1er au lIIe siècle, la période est trouble, les informations peu nombreuses
ou contradictoires. Mais les Arméniens y sont bien installés. On parle l'arménien dès le ne siècle, dans l'Armenia Parva qui comprend alors la Cappadoce et Sébaste, que l'empereur romain Vespasien a regroupées en 72. Plus tard, l'empereur Dioclétienl étend le protectorat romain sur cette zone. Il partage la zone en Armenia 1, capitale Sébaste, et Armenia 2 capitale Mélitène. La christianisation arrive par Edesse et par la Cappadoce. Il y a des Arméniens chrétiens dès l'ère apostolique2. La nouvelle religion sera en conflit avec le culte païen arméno-phrygien en place, en grande partie sous influence des Perses. Le perse est d'ailleurs encore la langue de l'aristocratie arménienne. Césarée (l'ancienne Mazaka, Maghak, Mazak ou Mozok, Mozach arménienne) aujourd'hui Kayseri, deviendra un foyer actif de la nouvelle religion3. fi fallaitqu'il y ait déjà une certaine organisationecclésiastiquepour l'élection d'un évêque. La présence, de bonne heure, de nombreux saints souligne la christianisation dans cette région. En effet il devait y avoir eu des chrétiens pour qu'il y ait des persécutions. Les Légions romaines, la Legio XV Apollinaris et la Legio XII Fulminata qui, nous l'avons vu, sont présentes dès le milieu du ne siècle, ont une grande partie de leurs effectifscomposésdes habitants de la région, entre autres des Arméniens christianisés4. Ce qui donnera lieu au célèbre épisode des Quarante Martyrs de Sébaste (vers 320), dont on connaît précisément les noms5, pour certains des Arméniens locaux, appartenant à la légion Fulminata basée à Mélitène. Sommés d'abjurer leur foi chrétienne, ils sont, devant leur refus, exposés au froid mortel de l'hiver dans un étang glacé, puis jetés au feu6. Leur histoire est très populaire, au-delà même de la région. De même que, dans le voisinage, le martyre les Quarante Cinq Martyrs de Nicopolis (315/319), également soldats d'une légion romaine à composition en partie arménienne.
1 - En grec, Tioghlidianos. En latin: Gaius Aurelius Valerius Diocletianus 2 - Elle aurait été évangélisée par les apôtres saints Jude- Thadée de 35 à 43 et Barthélémy de 44 à 60, tous les deux martyrisés ensuite, respectivement à Makou et à Diyarbékir d'aujourd'hui (Asie Mineure), par un roi légendaire d'Arménie, Sanadrouk. Ils sont connus comme les premiers Illuminateurs de l'Arménie (1. de Morgan, Histoire de l'Arménie, Paris, 1919, P. 101). Tertullien dans son Traité contre les juift, vers 200, confirme la présence de chrétiens en Arménie. (René Grousset, Histoire de l'Arménie, 1984, P. 121). 3 - Le nom de Césarée lui aurait été donné par Tibère. M.J. Saint Martin, Mémoire sur l'Arménie, T. I, Paris" 1819, P. 185. 186). Il s'y tint un des premiers conciles orientaux, réuni en 314 par saint Léonce de Césarée, avec la présence de vingt évêques. Le métropolite de cette ville est le consécrateur du chef de l'Eglise arménienne jusqu'au IVe siècle. 4 - La légion Fulminata ou la Foudroyante fut appelée en Europe vers 170 pour combattre les Germains et les Sarmates. Le nom de ces derniers est à l'origine des villages du nom de Sermaises en France. 5 - Baronius, cardinal, Annales Ecelesiastici Baronii XV!' Sièele, T.IIl. de l'édition 1738, P. 613. 6 - On les fête le 9 ou 10 mars. En fait, un des Quarante se sauva. Une lueur descendit du ciel qui illumina la scène. Un soldat qui passait par-là, surpris du miracle, prit sa place et se jeta dans le lac avec ses camarades pour remplacer le quarantième. Dans la cathédrale du Prado à Marseille, le jour de leur fête, et dans l'église apostolique Saint-Jacques à Lyon, trente neuf bougies restent allumées durant l'office représentant les Quarante Martyrs de Sébaste. La quarantième reste éteinte pour représenter le soldat fuyard et le quarantième qui prit sa place. (FranceArménie, février 2001). Une partie de leurs reliques fut découverte, vers 450, par l'impératrice Pulchérie de Constantinople, qui se fit enterrer avec elles. Plusieurs églises leur furent consacrées. D'autres reliques sont signalées, en 1393, à Sébaste et à Constantinople au monastère de Péribleptos.

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N'oublions pas, l'histoire du martyre du seigneur centurion arménien Polyeucte (254) de Mélitène, immortalisé par Corneille dans sa tragédie écrite en 16431.
Saint Grégoire de Nysse, au quatrième siècle, nous dit qu'il y avait beaucoup d'églises et d'autels dans la région et sans doute plus de piété qu'à Jérusalem ou en Terre sainte! (A.Baillet, Topographie des Saints, Paris, 1707) Des évêques arméniens sont signalés par Eusèbe de Césarée (de Palestine), dans son Histoire Ecclésiastique, au milieu du me siècle (252). Il s'agit d'une lettre du patriarche d'Alexandrie, Denis, à l'évêque Meroujan, ou Maruzan,. d'Arménie et à Nersès d'Horminsès2.

Carte N° 3 Asie Mineure au VIe siècle.

1 - Les sujets pris dans l'Histoire ancienne étaient très à la mode. Corneille s'est Inspiré semble-t-il des textes de Métaphraste (IXe siècle) revus, traduits en latin et corrigés au xvr siècle par le franciscain Surius et l'allemand Mosander. Un auteur italien, Doizeiti, l'aura précédé, en 1640, avec son opéra Poliuto. La pièce qui a été récemment traduite en arménien est au répertoire de l'Opéra d'Erévan. Polyeucte martyrisé au me siècle, est honoré en Arménie le 7 janvier ou le 3 février. Il fera aussi l'objet d'un opéra créé par Charles Gounod en 1878. J. Calvet, Polyeucte de Corneille, Paris, 1944, P. 772.à 777. 11Y eut aussi Arsaces, roi d'Arménie de CI. Delidel, joué en 1630; Rhadatniste et Zénobie, reine d'Arménie, de Crébillon au début du XVIIIesiècle, etc... Pour ne parler que des pièces.
2. Groupe

-

d'auteurs

sous la direction

de Gérard

Dédéyan,

Histoire

des Arméniens,

Toulouse,

1986 , P. 136.

26

Proche de là, en Cappadoce, nous aurons le groupe dit des Pères Cappadociens, saint Basile de Césarée, le Grand (330-379)\ saint Grégoire de Nysse, son fière (329-390) et saint Grégoire de Nazianze, ami des deux précédents (335-394). La carte N° 3 montre l'organisationde la région pendant le règne de Justinienau VI" siècle, qui en fait avait peu changé par rapport à la période qui nous intéresse. Nous retrouvons la limite des diocèses et la limite des provinces dans la carte extraite de : la Fin du Monde Antique et le début du Moyen Âge, de Ferdinand Lor. Sébaste, ville importante (ancien district de Kulupené), s'appelait d'abord Cabira avant de devenir Sébaste d'Auguste, et aussi Sébastéia, Sébastiya, Sevastia, Sévastum, Sébastensis, Sébastenus, Savast, Savastie (Grégoire de Tours au VI" siècle), Souvàs, Siwas pour les Arabes (au VIle siècle), Sivas pour les Turcs (son nom aujourd'hui). Ce fut sans doute au début un camp romain, castrum Sebasturn3 établi sur la colline, au croisement des passages que nous avons vus. Elle est présente dans la géographie de Ptolémée au II" siècle. On la retrouve dans les Routiers du Moyen Âge et l'Atlas Catalan (1375) sous les noms de Salvatio, Savasto, Salvastro4. Il ne faut pas la confondre avec Sebastopolis (aujourd'hui Sulusaray) à une centaine de kilomètres plus à l'ouest, ni avec Sébasté, du district d'Adana en Cilicie, sous la juridiction de Tarse (avec les villes sufITageantes de Nikopolis, Satala, Koloneia, Bérissa). Son nom vient-il de Sebastos, en grec «vénérable, auguste»5 ? Déjà en leur temps, au début du ne siècle, Ptolémée et Pline le Jeune rapportent que Sébaste est une ville célèbre par le nombre de ses martyrs. Pour la période qui nous intéresse, à la fm du IIIe siècle, de nombreux Arméniens fuient les persécutions des Sassanides d'Iran, et viennent encore conforter la présence arménienne en Arménie Mineure.

1 - Saint Basile rédigea les Règles Monastiques (Regula Magistri et Regula Brevior) dont s'inspireront ensuite saint Cassien et saint Benoît. Elle inspirera encore presque tous les moines grecs et slaves. 2 - La Renaissance du Livre, P. 227 , Paris, 1927 3 - D.M. Girard, «Sivas - Huit siècles d'Histoire», Revue de l'Orient Chrétien, Paris, 1905, P.79, 169,283,337. 4 - A la fin du XIIIe siècle, en suivant la Route de la Soie, Marco Polo parle, dans la relation de son voyage, Le Devisement du Monde, du «martyre du glorieux Messire Saint Blasius». 5- Auguste/Sébaste était à l'origine une distinction hiérarchique familiale à la cour de l'empereur de Byzance. Mise en place par Constantin IX Monomaque en 1042/1 054. qui prend lui-même le titre de Basileus avec son épouse, suivis d'une série de «sébastes». Le titre fut accordé aussi à des princes arméniens qui étaient très présents dans l' état-major byzantin et plus tard, vers 1110 par l'empereur Jean Commène, au roi de l'Arménie cilicienne Héthoum 1er. On trouve ce nom aussi pour désigner un poisson de Méditerranée, le sébaste rose, et pour une rose. Aux premiers siècles avant J.C. tous les cinq ans, il y avait des têtes grecques à Naples, les Sébasta. Le nom est assez fi"équent aussi comme nom de famille en Italie. Les Juifs au temps d'Hérode, surnommé l'Auguste, changèrent, pour lui faire plaisir, le nom de la Samarie en Sébaste, et dans la foulée appelèrent Césarée la Tour de Straton. D'où la distinction entre Césarée de Palestine et Césarée de Cappadoce.

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Nous sommes sous le règne de la famille des Arsacidesl le roi d'Annénie Tiridate Il meurt en 287 et son fils Tiridate III dit le Grand (Trdat), sera établi roi par les Romains (287-337) dont il avait été l'élève. Ils obligeront les Perses à signer le Traité de Nisibe (298), (l'ancien Medzpin, aujourd'hui Nusaybin, Turquie) après les avoir battus en 283. L'empereur Dioclétien réorganisera l'Empire, créant les diocèses dont celui du Pont (Cappadoce et Arménie Mineure réunies), et comme nouS l'avons vu, étendra le protectorat romain sur les Annénies.. Ceci aura pour effet de dégager le pays de l'emprise perse et l'orientera, résolument pour l'avenir, vers l'Occident. D'après Agathange, Tiridate lIP en digne élève des Romains, d'abord hostile aux chrétiens, fait jeter en captivité le futur Saint Grégoire l'Illuminateur (Grigor Loussavoritch) dans une fosse (Khor Virab) de la prison d'Artachat (Ar/axa/a) ancienne capitale de l'Annénie pour avoir refusé d'honorer Anahide, déesse des eaux et de la fertilité, la mère titulaire de l'Arménie pâienne. Fig. N° 3.

Fig. N° 3 - Monastère de Khor Viral', face au mOnt Ararat.

1- Branche d'une dynastie Parthe d'Iran, René Grousset, Histoire d'Arménie, Payot, 1984, à partir de P. 121. 2~ Par un de ces hasards linguistiques, Tiridate se traduit en «don de TiD), du dieu Tir. Il est quelquefois identifié à Apollon. Agathange, Histoire du règne de Tiridate, trad. Victor Langlois, Paris, 1880, à partit du chapitre 51. On ne possède pas le texte d'origine de cet historien arménien du Ve siècle au plus tôt. Il sera repris par les panégyristes et hagiographes des Ve et VIle siècles. Il est considéré comme l'un des premiers textes historiques sur \' Arménie en arménien.

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C'est un des hauts lieux religieux de l'Arménie actuelle, face au mont Ararat, près de Erévan la capitale.

Deux événements, que nous résumons ci-dessous, vont changer le cours des choses. L'exécution des saintes Hripsimé et Gayané, et la christianisation de l'Arménie qui va s'en suivre.
Sont arrivées à Vagharchapat, la capitale de l'époque de l'Arménie, un groupe de trente cinq vierges, et leur abbesse Gayané. Pour certains elles fuyaient Rome et l'empereur Dioclétien qui cherchait épouse, pour d'autres elles venaient de Nisibe, plus proche. Tiridate III accepte de les protéger car il tombe follement amoureux de l'une d'elle, Hripsimé. La belle, car paraît-il elle l'était, qui veut se vouer au Dieu des chrétiens, refuse les avances plus que pressantes du roi, lequel, fou de rage, fera lapider l'objet de ses désirs avec ses consœurs! sous les yeux horrifiés de sa cour. Pris de remords quelque temps après, il fera construire sur les lieux de leur supplice les églises de Sainte-Gayané et Sainte-Hiripsimé, en pierre volcanique régionale du plus bel effet et qui existent encore, près de ce qui est maintenant la cathédrale d'Etchmiadzin, proche de Erévan. Voir Fig. N° 4. Peu après, le roi tomba malade. Il était atteint de lycanthropie, il se prenait pour un sanglier! Aucun des médecins, avec leurs remèdes faisant souvent référence au culte païen, n'arriva à le guérir. Sujet à de nombreux remords sur ses actions passées, et sur les conseils de sa sœur, Khosrovidoukht, prête à se convertir au christianisme, il mit fm à la captivité du futur saint Grégoire. Dès la sortie du saint homme, qui reprend apparemment bien ses forces, il est, sous son influence miraculeusement guéri de sa maladie. Ce faisant, convaincu du bien-fondé des conseils de sa sœur, il se convertit au christianisme, entraînant la nation arménienne avec lui, sans doute dans les eaux du fleuve voisin, l'Araxe au pied du mont Ararat. Les dates diffèrent suivant les historiens. Le Père Boghos Ananian, supérieur de la Congrégation mekhitariste (arménienne) de Venise, après une étude, ayant donné lieu à la parution d'un livre en 1960, retient les arguments de H. Manadian et du professeur G. Garitte pour la date de 3132.

I - Le martyre des saintes Hripsimiennes se trouve raconté tout au long du Panégéryque de sainte Hripsimé par l'historien Moïse de Khorène, Œuvres complètes, Edition de Yenise de 1843. P. 297. Jean-Pierre Mahé, Histoire de l'Arménie de Moïse de Khorène, Trad. Paris, 1993, à partir de la page 229. Moïse de Khorène (sans doute entre mi-IV" et mi-Y' siècle) est considéré comme le père de l'histoire arménienne 2 - Père Boghos Ananian, «La data e la circonstanze della consegrazione de san Gregorio [l'armeno] 1'1lIumunatore», Trad. de l'arménien, Revue Bazmavep, Yenise 1960, Le Muséon, N° 74, Louvain 1961. P. 43-74 et 310-360..

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Fig. N° 4 - Eglise Sainte-Hripsirné (VII e siècle). Etchmiadzin.(Arménie)

Fig. W 5 - Temple de G!!I'ni (I"' ou me siècle). (Arménie)

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Elle sera la première nation à embrasser officiellement le christianisme.
La rapidité avec laquelle se fit cette conversion prouve que la christianisation du pays était bien avancée. On l'estime pour l'époque à déjà 50% de la population. Cela veut dire aussi qu'il y avait encore 50% de la population qui honorait les anciens dieux! Tout ceci ne se fit donc pas aussi facilement, le paganisme était bien là l, il y eut violence avec destruction des temples dits parens, et Rome surveillait malgré tout ces événements d'un œil méfiant. L'empereur Maximin Daia ou Maximus II, tente même d'attaquer l'Arménie en 311, pour la remettre dans le droit chemin... .romain ! Il sera heureusement battu, par son rival du moment Licinius, que nous rencontrerons à nouveau, et se suicidera en 313. Jusqu'à la séparation des églises au concile de Chalcédoine en 451, puis en 1054, date de la rupture définitive avec Rome, l'église arménienne était Universelle (de catholique=katholicos en grec) et orthodoxe*. Saint Grégoire l'Illuminateur, que les chroniqueurs nomment aussi Grégoire le Parthi, ira à Césarée, pour se faire consacrer au concile convoqué à cet effet par le métropolite3 saint Léonce et développer le christianisme. Il est accompagné des princes arméniens. Au retour il s'arrête à Sébaste où il reçoit un accueil triomphal4. Il ramène avec lui, à Vagharchapat, de nombreux moines qui l'aideront dans sa tâche. C'est la capitale du moment de la Grande Arménie, qui deviendra plus tard Etchmiazin (près de la capitale actuelle, Erévan). Hellénisée un temps, Sébaste voit le retour des populations arméniennes, encouragées par Byzance, et fait ensuite partie de cette ligne de défense mise en place par l'empereur Justinien au VIesiècle, contre les Perses. Capitale de district sous les Romains, lieu de pèlerinage du sacrifice des Quarante Martyrs de Sébaste, métropole en 450, elle devint aussi, à la fin du XIe siècle, capitale du royaume turc de la famille des Danichmentides. Conquise par Byzance en 1097, elle est reprise et détruite par Tamerlan en 1400 après un siège de 21 jours. En 1914 la population arménienne du «vilayet» comptait encore près de 200 000 personnes avant le génocide de 1915.

1 - Le temple païen de Garni, dédié au dieu Mihr-Mithra, a été construit entre la [m du 1er siècle et le lue siècle. Fig. N° 5. Agathange nous rapporte la destruction de temples et le remplacement pur et simple de tètes païennes en tètes chrétiennes chaque fois que cela était nécessaire, Histoire du règne de Tiridate, Trad. V.Langlois, réédition, Lisbonne,200l, Chapitre CXIV, P. 173 et la suite. 2- Jacques de Morgan, Histoire du peuple arménien, Paris, 1919, P.102. Saint Grégoire l'llluminateur est le patron de l'Arménie. Une de ses reliques sera rendue au Catholicos Karékin II, par le pape Jean Paul II, à l'occasion de la commémoration du 1700' armiversaire de l'église arménienne en 2000. Certains textes des XVIe et xvue siècles, que nous verrons plus loin, indiquent aussi saint Blaise comme patron de l'Arménie? Nous n'avons pu en avoir confirmation. 3- Il ne faut voir à l'époque aucun lien hiérarchique de Césarée sur la région. 11est possible que ce soit Césarée uniquement parce que saint Grégoire y était né ou y avait fait ses études. Toutefois, de Cappadoce représentait l'école grecque du christianisme dans la religion, tandis qu'Edesse de l'Osrhoène représentait celle de Syrie. 4 - Toujours d'après Agathange, «ils arrivèrent dans la ville de Sébaste où, ayant trouvé des demeures, ils résidèrent plusieurs jours. Grégoire rencontra beaucoup de moines qu'il persuada de venir avec lui... »

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C'est là que vit le jour le célèbre Mekhitar (7 février 1676), qui sera à l'origine de la création, en 1701, de la congrégation catholique arménienne des Mekhitaristes à Constantinople. Elle s'installe sur l'île Saint-Lazare à Venise', et plus tard une partie fonda la congrégation de Vienne en Autriche. Mekhitar avait étudié dans un monastère arménien à Sébaste. Sébaste ne dépendait toutefois pas de Césarée dont elle est à 175 kIns à vol d'oiseau. Sur le plan religieux, elle eut aussi des évêques célèbres tels que saint Basi/e-leGrand (329-379), son frère saint Pierre (349- ?) lui-même évêque de Césarée, et saint Mélèce. Elle devint siège patriarcal au XIe siècle. Avant l'époque qui nous intéresse, régna l'empereur romain Dioclétien (245-313), qui abdiquera en 305. Tolérant envers les chrétiens au début de son règne de 284 à 305, il promulgua par la suite une série d'édits destinés à détruire les églises chrétiennes, interdire les réunions pour la célébration des offices et emprisonner ou exterminer les religieux, sauf s'ils offraient des sacrifices aux dieux païens romains! Ces persécutions feront de 5 à 17 000 victimes suivant les évaluations. La période fut pour les populations de la région le théâtre de persécutions et de tortures particulièrement cruelles de la part des Romains2. Les archives manuscrites des églises furent détruites. Ainsi disparurent à jamais les Actes et les Passions qui auraient pu nous renseigner. L'époque est considérée comme <<l'Ere Martyrs»3. des Vient ensuite l'empereur Constantin, qui en 313, avec Licinius, promulgue l'Edit de Mi/an, dit de tolérance (ou de Constantin)4. En effet, il tolérera les chrétiens à côté des païens, mais l'Edit mettra du temps à entrer en vigueur, compte tenu de la reprise de la guerre avec le même Licinius, devenu entre temps son beau-fière (315)5. En fait c'est seulement sous la contrainte que Licinius commencera à l'appliquer en Orient Ces événements se passaient sous le pontificat de Silvestre ]er (314-335), qui serait à l'origine de la conversion de Constantin au christianisme6 et que l'on dit être le faux bénéficiaire du document de la fausse donation de Constantin en 335, celle qui donnait la prédominance religieuse à Rome sur tous les autres sièges. En fait, il s'agit d'un faux qui sera créé de toutes pièces au VIlle siècle.

1 - Lors des conquêtes napoléoniennes, les ordres religieux étaient le plus souvent dissous.
La Congrégation mékhitariste échappa néanmoins à cette dissolution. Du fait de son activité savante, elle fut transformée par décret impérial en Académie arménienne de Saint-Lazare (1810) et même qualifiée de « République des Lettres arméniennes». R.H Kévorkian et J.P.Mahé, Le /ivre arménien à travers les âges, Maison arménienne de la jeunesse et de la Culture, Marseille,1985. 2 - La dernière persécution eut lieu de 303 à 305. 3 - Elles n'étaient bien entendu pas écrites en arménien, l'alphabet n'ayant pas encore été créé. Par la suite, les manuscrits qui avaient pu échapper à la destruction furent détruits, lors des invasions arabes au VII" siècle. 4 - L'Edit de Milan serait en fait un rescrit, c'est-à-dire un ensemble de notes d'instruction des deux souverains aux gouverneurs. Seul l'exemplaire de Licinius est conservé. Cet Edit fut publié à Nicomédie (aujourd'hui Izmit en Turquie) le jour précédant les calendes de mai. A cette occasion les édifices religieux furent rendus aux chrétiens, et coexistèrent avec les temples parens. 5 - Constantin ne se contente pas de l'Occident et envahit l'Orient en 324. Il défit son rival Licinius à la bataille de Chrysopolis et le fit décapiter. Il pourra ainsi, définitivement, appliquer l'Edit de Milan. 6 - On met parfois la conversion de Constantin sur le compte d'une guérison de la lèpre, dont il aurait bénéficié. En fait des témoins oculaires de son baptême, en particulier saint Eusèbe de Césarée, ne font pas état de cette maladie.

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Les populations pauvres, qui travaillaient la terre, répondirent généreusement à l'appel de la nouvelle foi. Lorsque les Romains persécutèrent ces nouveaux convertis, les chrétiens, ceux-ci trouvèrent refuge dans les cavités qu'ils avaient creusées. Même au IV" siècle, quand Constantin se convertit, la pratique de la religion resta prudemment souterraine. Les partisans de saint Basile-le-Grand (330/379), lui aussi évêque de Sébaste en 370 nous l'avons vu, continuèrent à creuser, dans ce paysage lunaire de la Cappadoce, leurs églises, leurs monastères, les «caves de DielD> comme les a appelées Spiro Kosto( l'historien de l'architecturedu Proche-Orient. Notons au passage que l'Arménie fut une zone où furent présents les Pau/iciens, au moins à partir du VII" siècle et jusqu'au XIIe siècle. Très influents au moment

de l'Iconoclasme l, ils étaient opposés au culte des saints et de leurs reliques,

mais les Arméniens qui ont rejeté le concile de Chalcédoine, sans approuver le monophysisme que celui-ci a anathémisé, n'en étaient pas pour autant partisans. Toutefois cela peut être une des raisons de la méconnaissance qu'ont les Arméniens de leur saint. L'origine de sa formation de médecin. Très proches de la culture grecque, les populations d'Asie Mineure étaient au fait des connaissances des médecins grecs. En effet, même s'il faudrat attendre le ve siècle et surtout l'époque cilicienne (à partir du xe siècle) pour que les principaux traités de médecine soient traduits dans le nouvel alphabet arménien, l'information circulait. Pour mémoire, en Asie Mineure, Galien ou Galen de Pergamé et Areteus de Cappadoce au ne siècle. Les médecins arabes prendront le relais, mais seulement quelques siècles plus tard. Dès les premiers siècles, la région était connue pour ses docteurs, particulièrement Césarée (Caeriensis) et Sébaste. Plus tard à Sanahin (monastère très réputé). Ils employaient, comme thérapeutiques, les plantes en tisane, les décoctions, les cataplasmes de coriandre, d'ivraie, de rhubarbe, d'aconit et d'autres plantes aujourd'hui disparues3, les minéraux tels que l'antimoine, l'argent, le bitume, l'argile, sous forme de pommade et bien entendu, les sources thermales, nombreuses en Arménie4.
I En fait le début de l'Iconoclasme pourrait se situer à la fin du Vie siècle en Arménie avec le traité de «l'Apologie de l'Image» de Varthanès Kerthogh. L'Iconoclasme arménien serait d'origine monastique et tTuit de conflits entre différentes factions militaires d'Asie Mineure. Michel Kaplan, La chrétienté byzantine du début du VIl' siècle au milieu du xr siècle, images et reliques, moines et moniales, Constantinople et Rome, Paris, 1997. Ils avaient été précédés par les «mes saliens ou euchites *» au IVe siècle. L'Arménie, d'accès difficile, a souvent servi à cette époque de lieu de repli pour les hérésies qui étaient pourchassées. Ce mouvement, ou cette secte, aurait vu le jour sous Constantin du Iv< au VIle siècle. Il serait à l'origine des Bogomiles, présents en Bulgarie au Xe siècle, après que le basileus Jean Tzimiscès les eût persécutés et y eût installé
une colonie. Le catharisme qui se développe en France à la fin du XIe siècle, et qui aura la fin que l'on sait, se serait inspiré de leur doctrine. Le nom des Pauliciens viendrait de leur amour pour les écrits de saint Paul. 2 - Médecin grec du Ile siècle, considéré comme le plus grand médecin après Hippocrate, et dont certains travaux n'existent plus que dans leur traduction arménienne. 3 - Un exemple à essayer, pour un remède sûr contre le poison: infusion d'asperges et de cresson, qui devait être bue en mettant un pied dans une bassine d'eau! Mais déjà, quelques siècles auparavant, en Assyrie ou Babylonie, on parlait de plus de 500 préparations médicinales différentes. 4 - Bien que beaucoup plus tard, au xvne siècle, on peut citer aussi un guide médical de 140 paragraphes écrit par Buniat Sebastatsi, originaire de Sébaste, comme son nom l'indique. Stella Armenaki Vardanian, Histoire de la médecine en Arménie, trad. H.Kévorkian, Paris, 1999.

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La première léproserie a été fondée à Derchan (sud-ouest de Sébaste) vers 260-270, avec une capacité de 35 malades'. Il y en a eu d'autres, par la suite, à Sébaste même. Les premiers exemples d'hospices publics cités par saint Epiphane et Grégoire de Nazianze dateraient du lye siècle (370 exactement) à Césarée et à Sébaste qui est un des plus célèbres. Ils étaient destinés à recevoir les pauvres, les étrangers, les estropiés et même les lépreux. Etablis dans ces villes, par les évêques, en particulier saint Basile2, ces hôpitaux étaient administrés sous leur direction par des infmniers, les «parabolains». Le code théodosien (435-438) en définira la fonction3. Il est probable que Blaise se soit servi de ce voisinage médical pour apprendre les écrits des médecins grecs. Ceux-ci étaient aussi en contact direct avec l'école de médecine d'Alexandrie, pour faire la synthèse avec la médecine égyptienne. Ils pouvaient y apprendre ainsi l'anatomie et la botanique, études qui étaient impossibles ailleurs, la dissection des cadavres étant interdite par l'Eglise chrétienne. Le don que possédait Blaise pour guérir les maladies de la gorge fut «rapporté» par de grands médecins byzantins du lye siècle comme Oribase (325-403), Alexandre de Tralles (525-605) et Paul d'Egine (625-690), qui seront le trait d'union entre la médecine grecque et la médecine arabe. Dans leurs écrits, ils parlent non seulement des soins réels et prescrits pour les différentes maladies, mais aussi des méthodes moins orthodoxes répandues dans la médecine pratique, comme les invocations aux saints, néanmoins acceptées par la science médicale4. Par exemple, Emik Koghbatsi, savant du ye siècle, écrit dans un chapitre intitulé «Des épines avalées logées dans les amygdales, et celles qui pénétraient dans la trachée» : «on touche le cou du patient et l'on invoque le Saint [Blaise]» Le jeune Blaise, l'évêque et le saint martyr faiseur de miracles A partir de là, vous pouvez vous situer dans différents degrés de croyance pour lire ce qui va suivre: parmi ceux qui disent et croient qu'il était arménien, ceux qui pensent qu'il était simplement né en Arménie, mais sans savoir s'il était grec ou arménien, ou tout simplement ceux qui mettent son existence même en doute. Nous verrons au chapitre suivant ce qui nous incline, s'il a existé, à le considérer comme étant sans doute d'origine arménienne. Décor planté et toutes réserves prises quant à l'authenticité de certains faits, Blaise peut donc naître, ce qui se produisit vers l'an 280.
1 D'après des données historiques elle est construite à Arpénoud à côté d'une source aux eaux curatives, et entretenue par la femme d'un feudataire, la princesse Aghvita (Alouita), pour son fils Athénadore gravement
malade. Stella Armenaki Vardanian, Histoire de la médecine en Arménie, trad. H.Kévorkian, Paris, 1999. toutes sortes de 2- Hospice appelé «Basiliade», construit pour «que l'on y reçût indifféremnrent personnes à qui la faiblesse et les incommodités rendaient nécessaires le secours des autres». L'ensemble comprenait école, atelier pour le travail des pauvres et bâtiments pour les œuvres charitables. Il y avait des sections spécialisées en chirurgie et en maladies infectieuses. Evêque de Césarée, saint Basile fonde en outre un hospice pour lépreux à l'extérieur de Jérusalem, qui sera desservi par des moines arméniens jusqu'aux croisades. L'hospice appelé Saint-Lazare sera sous la protection du patriarche de Jérusalem. Stella Armenika Vardanian, opus cit. 3- De Théodose II, à ne pas confondre avec Théodose 1er (347-395) empereur romain de 379 à 395, qui au cours du II" concile de Constantinople, en 380, déclare le christianisme religion d'Etat, et achève d'intégrer la hiérarchie ecclésiastique darlS les cadres civils. Quelque temps plus tard, il déclare l'ancienne religion hors-la-loi, ce qui déclenche des persécutions envers le culte païen. 4 - Alexandre de Tralles, Médecines thérapeutiques byzantines, P. Geuthner, Paris, 1933, P. 197. 5 - Luciano Sterpellone, Les Saints et la médecine, Médiaspaul, 1997, P. 109.

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D'une famille païenne et sans doute aisée puisqu'il peut apprendre la médecinel. Dès son jeune âge, il excelle en douceur et sainteté, dit-on. Il grandit dans une région où, on l'a vu, on pratique la médecine depuis uncertain temps. Il fait quelques études qui lui permettent de guérir les humains .., et les animaux! A
l'époque, dans la région, il y avait des tigres, des lions, des léopards, des lynx, des panthères, des loups, etc?

Ille faisait, assez souvent, avec un simple signe de croix en leur disant: gardez-vous désormais de nuire à personne, c'est votre méchanceté qui vous a valu ce mal. Il fait en sorte d'éviter le mal, pratique la douceur et la modestie. Sa réputation fait qu'il est bientôt élu évêque par ses concitoyens. Pour mémoire, saint Eustrate (ou Eustrase, Eustrazio), lui aussi martyrisé pendant les persécutions de Dioclétien, sous l'autorité du même Agricola, lui demande de s'occuper de ses cendres'. Cela avant son martyre, à l'occasion d'une visite que lui avait rendue Blaise, après avoir soudoyé le geôlier de la prison où il était enfermé. Ille fit la même chose pour saint Oreste et ses cendres, selon la volonté de ce dernier. Revêtu de sa nouvelle dignité, le saint homme, cédant à un mouvement de l'esprit de Dieu, voulant se protéger, décide de se retirer dans une des cavernes du Mont Argée4. Fig. N° 6. Et tout ce beau monde qui l'entoure, hommes et bêtes de le suivre, tout en évitant de le déranger quand il prie!

Fig. N° 6. Mont Argée ou Erciyas Dagi. Asie Mineure.

1 - Jean d'Annana, Le Vallon inspirt!qu'est l 'H6pital Saint-Blaise, 1940, P.28, dans sa brochure, le présente comme un médecin philosophe ayant été nourri par l'école hermétique d'Alexandrie fondée par Ptolémée S6têr, où l'on apprenait l'anatomie et le fonctionnement du corps. Ecole où perduraient encore les traditions égyptiennes archaïques comme la momification des corps, et promue comme teIle par les Templiers. En effet à partir du IVe siècle av. J.-C., Alexandrie devient la capitale intellectueIle de la Grèce. Ptolt!mée rr Sôtêr réalise la synthèse entre les connaissances
médicales grecques et orientales, il autorise les dissections et fait édifier la grande bibliothèque. 2 - Ovide en parle dans ses MÙamorphoses au temps de Jésus et Virgile dans ses Bucoliques.

3 . Ce saint de Sébaste aurait été martyrisé le 13 décembre 314, date à la quelle il figure dans le 8ynaxaire de l'Eglise orthodoxe avec 88. Auxence, Eugène, Oreste et Mardaire, ce dernier, d'origine arménienne (d'après la passion BHG 646). Mais les dates varient de 305 à 397. Ces cinq saints, eux aussi auteurs de miracles, sont fêtés le 13 décembre dans le calendrier orthodoxe. Cette action est, en particulier, relatèe par Guarimpotus, mais reste incertaine. 4 . Certains y voient un rapport avec l'Eglise des premiers siècles, pendant lesquels les chrétiens se cachaient dans les grottes pour leurs célébrations. Son éloignement de Sébaste, 190 kms, font dire à d'autres qu'il pourrait s'agir d'un autre Blaise, berger (bouvier 0 bokoulos), martyrisé à Césarée. 35

Cela commençait à se savoir. Or, en ce temps-là, gouvernait en Cappadoce et pour la région de Sébaste, un Romain, le gouverneur Agricola, aidé aux frontières par un autre Romain le général Lycias, le même qui quelques années plus tard sera le «responsable» du martyre des Quarante Martyrs de Sébaste (320). Le gouverneur ne voyait pas cette popularité d'un très bon œil. Un jour, ses soldats partis à la chasse lui rapportèrent que les animaux se réfugiant devant l'entrée de sa caverne, il leur avait été impossible de les en chasser ou de les attraper. Pourtant ils en avaient besoin, car ces animaux servaient aux jeux du cirque dans l'amphithéâtre de Sébaste. Déjà fort mécontent, Agricola, saisissant ce prétexte, envoya ses soldats chercher le trublion. La nuit précédant l'enlèvement programmé, le Christ apparu trois fois à Blaise et lui dit: Lève-toi et offre-moi leur sacrifice. Quand les soldats arrivèrent le lendemain matin ils dirent à Blaise: sors d'ici, le gouverneur veut te voir. Il leur répondit: soyez les bienvenus les enfants, je vois à présent que Dieu ne m'a pas oublié.

Qu'importe le lieu de ses miraclesl ? Nous allons en raconter deux, suivant la légende.
Celui ayant trait à la gorge est le plus connu. Une femme lui amène son fils en train de mourir, étouffé par une arête de poisson bloquée dans sa gorge. Elle implore Blaise pour qu'il le sauve. L'évêque lui impose les mains et fait une prière au Seigneur pour que cet enfant soit guéri : Si quelqu'un a un os dans la gorge ou quelque autre maladie de la gorge et qu'avec foi il demande ô Seigneur, par mon intercession et en te rappelant ce que tu as fait par mon entremise, ton serviteur, aide-le. Si quelqu'un se trouve gravement malade ou dans un danger quelconque et qu'il se souvienne de moi et te prie en mon nom, ô Seigneur, guéris-le de son mal, délivre-le du danger, sauve-le des tribulations. Tandis que Blaise priait, une lumière apparut dans le ciel et une voix lui dit: Si celui qui prie n'est pas délivré, il aura la récompense de la vie éternelle. Je bénirai la veuve qui t'a porté secours et tous ceux qui se souviendront de toi. Je leur donnerai des biens temporels et éternels. L'autre miracle concerne une pauvre femme qui n'avait qu'un porcelet pour tout bien. Un loup vient et le lui ravit. Elle prie Blaise pour qu'il lui fasse rendre son animal. Il l'entend et lui dit: Femme, ne te désole pas, ton porcelet te sera rendu. Aussitôt le loup revient et le lui rend2.

1 - On considère deux sortes de miracles. Ceux «opérés «intercession», après sa mort. 2 - Pour Louis Réau, Iconographie de l'Art chrétien, les de cette légende par le mot celtique bliz ou bleiz = loup commun emprunté à l'Ancien Testament, où l'on voit le au loup».

du vivant»

du saint, et ceux obtenus

par son

Saints, Paris 1988, T.1I1ll, P.228 <<l'explication est plus que douteuse. Ce serait plutôt un lieu jeune berger David arrachant une de ses brebis

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Tout ceci ne pouvait qu'agacer un homme comme Agricola, qui le fit directement jeter en prison. A leur première rencontre, il le reçut avec des paroles flatteuses: Blaise, l'ami des Dieux, soyez le bienvenu. Mais Blaise lui répondit: Honneur etjoie à vous, illustre gouverneur, mais n'appelez pas dieux ceux qui sont des démons parce qu'ils seront livrés au feu avec ceux qui les honorent. Et de se retrouver en prison avec force coups de bâton! Blaise lui dit alors: Insensé, tu espères donc par tes supplices enlever de mon cœur l'amour de mon Dieu qui me fortifie lui-même? Entre temps, la veuve qui avait retrouvé son porcelet, ayant entendu la nouvelle de l'emprisonnement de Blaise, tue son porcelet, lui apporte la tête et les pieds de l'animal, avec une chandelle et du pain. Blaise, après avoir mangé, lui dit: Tous les ans, offre une chandelle à une église qui porte mon nom et tu en retireras du bonheur, toi, et tous ceux qui t'imiteront. Plus tard, le gouverneur, qui n'avait pas réussi à faire revenir Blaise sur sa foi, donna les ordres pour sa sortie de prison et sa pendaison à un arbre. Ille fit déchirer avec des peignes en fer (pectinibus ferreis), le fit ramener en prison où les tortures recommencèrent, mais rien n'y fit.

Il fallait en finir. Pour cela, il ne restait plus que le jugement de Dieu, l'ordalie.
Agricola fit immerger dans le lac voisin le corps de Blaise avec un gros poids. Quatre-vingt soldats et une femme se portèrent volontaires pour être immergés en même temps que lui. Tous périrent, tandis que descendait du ciel un ange du Seigneur qui dit à Blaise: Sors, Blaise, et reçoit la couronne que Dieu t'a préparée. Blaise remonta indemne à la surface de l'eau glacée. Change a-t-il l'eau en argile comme certains le disent? Ce que le gouverneur attribua à de la magie, et le fâcha encore plus! Après de nouvelles menaces, la mort des sept femmesl pour Blaise, de nouvelles tortures et le refus de celui-ci d'abjurer sa foi, Agricola le fit proprement décapiter. Etions-nous le 3 février? Entre 283, date peu compatible avec celle supposée de sa date de naissance, et 316 cette dernière date est la plus souvent retenue3. Ce qui la place quand même trois ans après la promulgation de l'Edit de Milan et une bonne dizaine d'années après la reconnaissance de la religion chrétienne comme religion d'état en Arménie. Licinius faisait de l'obstruction! Une de ses fidèles, Hélise, inhuma le corps de Blaise près des murailles de Sébaste. Il y aurait eu des miracles à cet endroit.

1

- Il s'agit

des sept femmes qui se présentèrent

à la prison pour soigner Blaise après ses tortures.

Elles

ramassèrent les gouttes de son sang et furent martyrisées pour cela. Pendant leur martyre, leur sang se transforma en lait. Elles furent ensuite décapitées, pour avoir refusé d'abjurer leur foi. On retrouve ces faits également dans le récit du martyre de saint Irénarque (Irenarchos). Voir
G. Garitte, <<LesPassions de saint Irénarque et de saint Blaise», Analecta Bollandiana, N° 73, (1955), P. 18-54. 2 - Avec deux enfants qui appartenaient à l'une des femmes. Lors du martyre de leur mère, ils avaient demandé à rester avec Blaise. 3 - En particulier par Baronnius dans les Annales Ecclésiastiques, T.Ill, Rome 1738, N° 45. Mais on le trouve aussi à la date de 323.

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Le Il février est retenu comme date pour le reter dans le calendrierju1i~ le 11 jauvîer dans celui de l'Eglise arménienne apostolique et le 3 février pour le calendrier grégorien. C'est le seul saint évêque martyr d'Orient de PEglise des premiers siècles qui figure encore dans la liturgie romaine1 Le jour de la fête d'un martyr était appelé Natalis Dies, car c'est là que tout commence comme nous allons le voir maintenaut.Classé saint thaumaturge, c'est-àdire faiseur de miracles, secourable, un martyrologe l'appellera protator miraculorum. Pour Péglise orthodoxe, c'est aussi un hiêromartyr*.

Sa sépulture, lieu de pèlerinage Au XIIIe siècle, le franciscain Guillaume de Rubrouck (Rubroek, Ruysbroek ou Rubruquis) parle de son sarcophage à Sébaste (Sivas), en un endroit objet
de vénération et de pèlerinage, dans la relation de sa mission auprès du Grand Mongot2.

Fig. N° 7 - Sarcophage de Sourp Vias/saint Blaise/Aziz Vlaz, â Sébaste/Sivas. (Turquie)

1 Dans l'Eglise arménienne apostolique, il y a deux catégories de saints, ceux qui sont cétebrés et ceux qui sont commémorés. Les premiers sont célébrés au moyen de souvenirs durant les heures de services et de la Divine Liturgie et les seconds par lecture de leur biographie ou leur martyre à partir du livre Haysmavourk ou Ménologe. Il reste bien entendu des saints inconnus. C'est la raison pour laquelle l'Eglise célèbre aussi le Jour de Tous les Saints, anciens, nouveaux, connus ou inconnus. 2 - Au xm.siècle, l'alliance avec ce nouveau peuple conquérant que sont les Mongols est très recherchée. Plusieurs ambassades furent envoyées à la capitale Karakorom, près de celle actuelle d'Qulan Bator. Le Pape hmocent rv, le roi Saint Louis, envoyèrent des ambassades qui revinrent sans les succès espérés. Le roi Héthoum 1er d'Arménie cilicienne fit lui-même le voyage. GuiIIaume Rubrouck, un fi'anciscain, fut envoyé à nouveau en ambassade par Saint Louis. Il ramènera un récit de son voyage, Voyage dans l'Empire Mongol, qui mettra du temps à être reconnu comme un document important. FrançoisBernard Huyghe et Edith Huyghe, Les Mirages de l'Empire Mémoire SIJr ta diplomatie arménienne au Levant à l'époque Mongol, Paris, 1993, P.284 à 301 etCIaude ckscroisades, :xn<-XIV"siècle.A paraître. Mutafian,

.

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Dans un ouvrage de 1806 : Géographie et histoire des 4 continents. Asie, Europe, Afrique, Amérique, (en arménien), sous la direction du père mekhitariste Lucas Indjdjian de Constantinople, disciple de l'abbé Mekhitar, 1ère partie, l'Asie, Venise,1806, p. 285, l'auteur signale qu'à Sébaste, devant la Medresse* Mahalesse, il y avait une église Sourp VIas, qui a disparu depuis. Dans les environs de Sébaste, il y a plus de trois cents ans, (soit au début du XVIIIe siècle), il y avait une chapelle Sourp VIas dans le jardin d'un turc du nom de Heberoglou. Le tombeau du Saint s'y trouvait On pouvait s'y rendre en pèlerinage moyennant fmance au profit du propriétaire. Vers 1750, ses héritiers voulurent détruire cette chapelle. Il y eut une levée de bouclier de la part de la population, car il s'y produisait des miracles. Devant ces protestations, la chapelle fut restaurée et embellie par les propriétaires et le lieu resta une destination de pèlerinage pour l'invocation du Saint et sa protection contre les maladies de la gorge. Au début du XXe siècle, la tombe était vénérée au pied de la citadelle!. Fig. N° 8. En 1922, l'abbé Léon Gauthey2, archevêque de Besançon (France), visita la Cappadoce et, photo à l'appui, parle dans sa brochure, de la tombe de saint Blaise à Sivas, dans un sarcophage qui aurait été restauré en 1860. Fig. N° 7. A l'époque il y avait encore une petite communauté d'une trentaine de familles chrétiennes (grecs et arméniens), qui s'occupaient de l'église dédiée au Saint. En 1980, un voyageur, William DeIrymple3, passe par Sivas et signale que l'église avait été détruite, le plafond s'étant écroulé après l'occupation par l'armée turque. D'après une correspondance de Caleb Bach avec son directeur, la sépulture du Saint, vide, est depuis 1943 dans la cour du Musée de Sivas. (Buriciye Medresse). Au Moyen Âge, les habitants de Sébaste se réunirent pour rassembler les fonds nécessaires à la construction d'une église Saint-Blaise à Constantinople, près de la «Citerne». Une autre église sera construite près de l'aqueduc de Valence, et sera toujours présente en 1204, au moment des croisades. Il y avait aussi des reliques. Blaise est prêt pour la postérité, à devenir saint Blaise. Toujours par le même abbé Gauthey, dans un discours de Frère Guillaume Pépin, Dominicain (1541): Saint Blaise a été égal à Moïse, semblable à Aaron pour le pontificat, à Elie dans sa solitude, à Adam pour son ascendance sur les animaux, à Job pour sa patience dans les épreuves et le martyre, à Pierre qu'il imita en marchand sur l'eau, à La Sainte Vierge par la puissance de sa prière et enfin à Paul car il fut décapité comme lui. On lui attribut la devise: Plus prodesse quam proesse = Etre utile plutôt que présider.

1- Sir Henry Yule (en 1900), rapporté par William Delrymple, Le Voyage en Asie Centrale, Paris, 1985, P. 101 à 107. 2 - Abbé Léon Gauthey, Saint Blaise, son histoire, son culte et son insigne relique dans la basilique du Sacré Cœur de Paray le Maniai, Paray le Moniall878. L'ouvrage est maintenant introuvable. 3 - William Derlymple. op. cit.

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Fig. N° 8 - Médressé

devant lequel se trouvait le sarcophage du Saint, au début du siècle dernier. Sébaste/Sivas. (Turquie)

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CHAPITRE II

UN CUL TE POPULAIRE
L'origine de son nom L'écriture de son nom, VIas avec un «I» en arménien, est sans doute un indice fort de son origine, sinon il s'écrirait Vghas comme tous les noms en grec de l'Antiquité, ou de la même période. Par exemple, les noms des empereurs Valens, Vaghès, ou Dioclétien, Diokghetianos, ou de personnages antérieurs, comme Alexandre, Aghexander, ou La Gaule, Gaghia, etc. (paulBovarian, ofia,correspondance). S Plusieurs hypothèses sont données pour la transformation en Blaise. Ainsi, phonétiquement et graphiquement, on voit très bien glisser la prononciation du «vI» au «bl» grec et arriver du Vlasios au Blasios, puis au Blasius latin. Voragine dans sa Légende Dorée évoque blandus venant de doux en latin. Du latin, blaesus bègue ou qui bégaie, que l'on retrouve au Moyen Âge dans bléser ou biaiser pour un défaut de prononciation, vers 1210/21 et plus tard. (Faral, La vie quotidienne au temps de Saint Louis, Paris, 1942). Par déclinaison il a donné blésité, blésement ou blaisement. De belasius, bela d'habitude. De blasen, souffler en langue saxonne. Du loup, bleiz en celte et le miracle du loup, ce qui le met en rapport avec saint Loup. Louis Réaun'est pas convaincu de cette affiliationl. Pour certains, il aurait pris la «succession» du dieu païen slave Volas ou Vlaisi, mari de la déesse Diana, déesse du soleil et des troupeaux, des chevaux en particulier. Ou bien succédant à Belenos3, dieu Apollon gaulois du soleil et du feu. Plus localement, de bUpour ruisseau; de blé, comme le blé des régions céréalières. Il y aurait aussi un rapprochement avec le dieu de la Thrace" Gebeleizis ou Nebeleizis, dieu du tonnerre et de la foudre. Son culte serait venu en Asie Mineure avec les Arméniens lors de leur passage dans ce pays, pour s'identifier au dieu arménien Vahakn qui incarnait un valeureux dieu guerrier, chasseur de dragons. Placé en position centrale, au carrefour des panthéons de Perse, de Mésopotamie et de Grèce, le panthéon arménien subira leurs trois influences. Ses propres dieux pourront à un moment donné s'identifier ou être remplacés par ces dieux étrangers5.

1 - Voir page 36n2 Louis Réau, Iconographie de l'Art Chrétien. Paris, 1958/88, T.l/lIl, PP. 228 à 233. 2 - Jean Peronneau, Du Dieu slave Volas à saint Blaise en làissie. Dieux Païens et Saints Chrétiens, Université de la Sorbonne, soutenance de thèse réf. 87PA0400455. (non éditée), Paris, 1987. 3 - Pour les tenants de la religion celte, Belenos, l'Apollon gaulois, deviendra saint Blaise dont le culte du 3 février à Rome reprendra les derniers rites du culte de l'ours, comme pour celui de saint Martin en France. 4 - Territoire qui comprenait le Nord-Est de la Grèce, le sud de la Bulgarie et la Turquie d'Europe actuelle. 5 - On pourra consulter, Moïse de Khorène, trad. Annie et Jean-Pierre. Mahé, Histoire de l'Arménie Paris, 1993, PP. 151 et 341. et Jacques de Morgan, Histoire du peuple arménien, Nancy 1919, PP. 53/56, ainsi que les sites sur internet avec le texte de Jean-Pierre Mahé: «www.eglise.arménienne.com» (histoire) et Mitologia la Români, <<http://home.swipnet.se/-w-46436/mitologi.htrn>>.

Fig. N° 9

..Statue

en argent de saint Blaise, avec son peigne de cardeur. Maratea (Basilicate).

Italie.

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Par exemple, à l'arrivée des Grecs, la déesse arménienne Anahit sera identifiée à la déesse grecque Artémis, et Vahakn, de par sa force et sa bravoure, à Herak1ès (Hercule). Mais, sauf à approfondir la recherche, nous n'avons pas trouvé d'éléments permettant de confirmer un rapprochement entre ces dieux et Sourp VIas/saint Blaise. Un travail de recherche complémentaire reste donc à faire. Réflexion sur l'origine du culte Culte vient du latin «cultus», pratique, honorer. Suivant les lieux ou les régions, son culte s'est édifié la plupart du temps en s'appuyant sur celui existant d'une divinité païenne. De la même manière que bien des églises ont été construites en réutilisant les matériaux des temples des anciennes divinités païennes. Nous le verrons avec les dédicaces d'églises. En fait on ne prête qu'aux riches, et il y a beaucoup d'interprétations autour de son culte. Si nous avons élagué toutes les hypothèses de rapprochement,nous ne pouvons les ignorer et nous ne les écartons pas. Elles feraient à elles seules l'objet d'une étude. Nous resterons donc centré sur le culte du saint Blaise traditionnellement admis, quelles que soient
ses appropriations du culte de divinités antérieures.

Les périodes de la diffusion de ce culte, auxquelles nous nous situons, nous amènent à évoquer plusieurs hypothèses hasardeuses, avancées par différents auteurs, concernant ses origines et sa popularité. Nous les citons, laissant à chacun le choix de se faire une opinion et éventuellement de les développer: La fin de sa vie est une imitation de celle de Jésus-Christ.... Après leur martyre subi avec lui, les femmes et les enfants sont assimilés à la Vierge Marie et l'Enfant Jésus.... Blaise, au mont Argée, est comparé à un second Adam..... L'allusion au divin Ichtus, héritier de l'Oannès babylonien et omniprésent dans l'iconographie chrétienne des premiers siècles, est faite par l'arête qui reste en travers du gosier de l'enfant. C'est la parole du Christ qui n'arrive pas à passer quand Blaise est sur la route de Sébaste... La légende danoise des souffleurs de tempête, (voir annexe p. 387) La croyance des Bretons qui leur interdit de siffler sur un navire, particulièrement dans les haubans..... Il serait la réincarnation chrétienne d'un dieu-loup. D'un côté le loup et de l'autre saint Blaise. Origine Bleiz gaulois= loup ?... On notera dans l'Aisne la fréquence des «hottes de Gargantua/ Garg = gorge; en Espagne, los males de gargant ; en Italie, degli mali di gala. Il y a une symbolique importante liée aux légendes arthuriennes: l'ermite «Blaise» est le guide et maître du chevalier Merlin; c'est Blaise qui guide Merlin au Château du Graal et enregistre tous les faits des Chevaliers de la Table Ronde (Merlin et Arthur).
1 - Ce qui nous met sur la piste de l'œuvre de Rabelais rappelée par Claude Gaignebet. Rabelais aurait retenu la date du 3 février comme date de naissance de Gargantua pour garder en mémoire la personnalité du Saint et s'en inspirer pour décrire eelle de Gargantua. Claude Gaignebet, A plus Haut Sens: l'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Paris, 1986, Tome 1, PP.56 ss, étudie précisément les similitudes qu'il trouve entre le Saint et le personnage de Gargantua. Pour mémoire rappelons que le vrai nom de Rabelais est «Maître Blaise François». On connait par ailleurs le côté ésotérique et sulfureux de cette œuvre à son époque. Piganiol de la Foree, Description de la ville de Paris, Paris, 1740. P. 534, évoque la possibilité qu'i! y ait eut deux Rabelais, le second s'appelant Rabeleio. Ce qui nous éloignerait de l'hypothèse précédente? TI s'agit en fait d'une légende moyenâgeuse ancienne. Ed. Dontenville, Chroniques de Gargantua, Tours, 1956.

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