Sens de l'épreuve chez sainte Thérèse d'Avila

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Dans cet ouvrage Philippe Beitia s'intéresse à La Vida, la vie de sainte Thérèse d'Avila écrite par elle-même. Un récit tourmenté, jalonné d'épreuves de toutes sortes, entravant tant la vie spirituelle que la réforme du Carmel qu'elle a entreprise. L'auteur propose de voir quel sens la sainte a donné aux épreuves diverses qu'elle a vécues et l'enseignement spirituel qu'elle en a tiré.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336389707
Nombre de pages : 144
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Philippe Beitia
Le sens de l’épreuve
chez sainte Thérèse d’Avila
Le sens de l’épreuve
chez sainte Thérèse d’Avila
La Vida, la vie de sainte érèse d’Avila écrite par elle-même, est un
récit tourmenté, jalonné d’épreuves de toutes sortes, entravant tant la
vie spirituelle de la sainte que la réforme du Carmel qu’elle a entreprise.
La Vida est une relecture de érèse d’Avila ainsi qu’un enseignement
spirituel prodigué à ceux qui marchent sur le chemin de la perfection.
Il est donc intéressant de voir quel sens la sainte a donné aux épreuves
diverses qu’elle a vécues et l’enseignement spirituel qu’elle en a tiré pour
ses lecteurs.
Philippe Beitia est prêtre du diocèse de Bayonne, maître ès Lettres et
docteur en éologie. Il se consacre depuis plusieurs années à la formation
des prêtres. Il a publié divers articles sur la spiritualité du couple chrétien
ainsi que sur l’histoire, l’évolution et le sens des divers textes et rites
liturgiques dans des revues universitaires.
ISBN : 978-2-343-07125-1
15,50
Philippe Beitia
Le sens de l’épreuve chez sainte Thérèse d’AvilaLe sens de l’épreuve
chez sainte Thérèse d’Avila Religions et Spiritualité
fondée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l’Université de Paris XII,
dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse,
Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain.
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages :
des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent
à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres
anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue
interreligieux.
Derniers titres parus :
Jean Reaidy, Naissance mystique et divinisation de l’homme intérieur
chez Maître Eckhart et Michel Henry. Préface de Marie-Anne
Vannier, 2015.
Christian Gallot, Un maître d’autrefois : Monseigneur Jean Calvet
(1874-1965), recteur émérite de l’Institut Catholique de Paris. Préface
de Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut Catholique de Paris,
2015.
François et Michèle Guy, Un couple au service de la vie. Entretiens
avec Gilles-Marie Moreau, préface de Mgr Guy de Kerimel, postface
du P. Patrick Gaso, 2015.
Jean-Marie Vernier, De l’homme à Dieu et retour : propédeutique à la
foi chrétienne, 2015.
Jacques-Yves Pertin, Justice et gouvernement dans l’Eglise d’après le
Registrum Epistularum de saint Grégoire le Grand. Préface de Mgr
Dominique Rey, évêque de Toulon-Fréjus, 2015.
Robert Culat, Méditations bibliques sur les animaux, 2015.
Stanislas Longonga, Saint Paul, un apôtre contre les femmes ?, 2015.
Han Hyung-Mo, Déconstruction d’une image de Jésus : l’historicité et
la nature, 2015.
Philippe Beitia, Pour vivre son couple dans la foi, 2014.
Jacques Assanvo Ahiwa, Jésus et la maladie dans l’évangile de Jean.
Préface de Michèle Morgen, 2014.
Rodolphe de Borchgrave, De veritate : vérité et langages de la foi,
2014. Philippe BEITIA
Le sens de l’épreuve
chez sainte Thérèse d’Avila Du même auteur, dans la même collection :
Pour vivre son couple dans la foi (2014).
Le culte local des Papes dans l’Eglise catholique (2014).
Les fêtes des saints Papes dans les livres liturgiques de
l’Eglise catholique (2013).
Les reliques de la Passion du Christ (2012).
Le Rosaire. Une grande prière de la spiritualité
catholique (2011).
Les traditions concernant les personnages de la Bible
dans les martyrologes latins (2011).
Le baptême et l’initiation chrétienne en Espagne du IIIe
au VIIe siècle (2010).
© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-07125-1
EAN : 9782343071251Introduction
Lorsqu’on lit la Vida, la vie de sainte Thérèse écrite par
ellemême, on est frappé par le fait que c’est un récit tourmenté,
jalonné d’épreuves de toutes sortes, entravant tant la vie
spirituelle de la sainte que la réforme du Carmel qu’elle a
entreprise.
La Vida est une relecture de Thérèse d’Avila ainsi qu’un
enseignement spirituel prodigué à ceux qui marchent sur le
chemin de la perfection. Il est donc intéressant de voir quel sens
la sainte a donné aux épreuves diverses qu’elle a vécues et
l’enseignement spirituel qu’elle en a tiré pour ses lecteurs.
Mais, tout d’abord, présentons la Vida.
La dernière mouture du livre de la Vida a été précédée de
diverses rédactions partielles plus ou moins développées qui
furent le fruit de circonstances et de situations particulières de la
vie de Sainte Thérèse. Le texte que nous possédons a été écrit
en 1564 ou 1565 et est terminé au courant du second semestre
de 1565. Thérèse a cinquante ans. Son livre est le fruit d'une
maturité psychologique et spirituelle.
Les premières étapes
Les étapes de la rédaction de l'ouvrage peuvent être les
suivantes:
En 1554-1555, sainte Thérèse traverse une période critique
et déconcertante. Aussi établit-elle des contacts avec deux
personnages considérés comme des hommes spirituels à Avila.
Il s'agit du Maestro Daza, un prêtre, et de Francisco de Salcedo,
un laïc. Le Maestro Daza rendra visite à Thérèse au couvent de
l'Incarnation. Il ne dispose pas de beaucoup de temps pour
écouter la relation de sa vie spirituelle. Il ne veut pas non plus
7 l'entendre en confession. Néanmoins, Thérèse lui rendra compte
de l'état de son âme et de son oraison. Désirant faire connaître à
ces deux spirituels les phénomènes de sa vie intérieure, elle
annote dans un exemplaire de La Montée du Mont Sion du
franciscain Laredo les passages qui reflètent son expérience du
moment. Elle y joint une relation de sa vie. Les deux serviteurs
de Dieu examineront tout cela soigneusement. Le cas de
Thérèse va les inquiéter.
C'est alors qu'entre en scène le jésuite Diego de Cetina,
confesseur choisi par Thérèse sur le conseil des deux hommes.
Thérèse fait une confession générale et raconte sa vie le mieux
possible en la mettant par écrit. Cet écrit contient certes des
éléments autobiographiques mais aussi la relation de sa vie
d’oraison et de phénomènes mystiques. De ce texte, nous
n’avons pas trace. Peut-être le confesseur le fit-il disparaître
parce que le contenu de cet écrit reprenait des points de sa
confession générale. Peut-être Thérèse l'a-t-elle refondu et en
trouvons-nous la substance dans la rédaction définitive de la
Vida.
En 1560-1561, Thérèse fait la connaissance, à Avila, du
dominicain Pedro Ibañez qui va jouer un rôle décisif dans sa vie
spirituelle et sa réforme. C'est une époque conflictuelle pour
Thérèse. D'une part, on censure son projet de réforme du
Carmel; d'autre part, on craint - ou on espère - que l'Inquisition
mettra la main sur elle et la convaincra d'Illuminisme. Tout cela
fait naître envers la Madre méfiance, craintes, oppositions.
Thérèse va donc s’adresser au Père Ibañez. Elle va lui relater sa
vie spirituelle pour qu'il discerne de quel esprit proviennent les
phénomènes spirituels qu'elle ressent. Le théologien qu'est le
Père Ibañez examinera cela avec soin et dira à Thérèse que tout
ce qui arrive à son âme n'est pas en contradiction avec la Sainte
Ecriture.
On peut supposer que le Père Ibañez, pour faire ce
discernement, a eu entre les mains une relation détaillée écrite
par Thérèse où elle racontait visions, révélations, oraisons. Cela
est confirmé par le fait que parmi les Cuentas de conciencia, on
en a une de 1560 dont le schéma général correspond à la
relation de Thérèse et à la réponse de son conseiller. On connait
aussi le texte d'autres Cuentas de conciencia écrites par Thérèse
8 de Jésus qui pourraient être considérées comme des fragments
et des préliminaires du livre de la Vida. Ce sont les Cuentas de
conciencia. 2 et 3. Thérèse d'Avila y explique quelques-uns des
phénomènes extraordinaires de sa vie d'oraison ou même sa
manière de procéder et sa situation spirituelle à des moments
donnés de sa vie.
D'autres relations écrites par Sainte Thérèse ont été perdues.
Ce qui est certain, c’est qu'avant de rédiger l'histoire de sa vie,
Thérèse avait déjà écrit des relations fragmentaires. Elle les
intégrera, dans la rédaction définitive.
Thérèse d'Avila passe le premier semestre de 1562 chez
Doña Luisa de la Cerda. Là, elle rencontre le Père Garcia de
Toledo. La persécution, la méfiance envers sa manière de faire
oraison n'ont pas cessé. Garcia de Toledo - qui la connait bien -
lui conseille de mettre par écrit l'histoire de sa vie et de relater,
d’une manière détaillée, les merveilles que le Seigneur a
produites dans son âme. En Juin de la même année, une
première rédaction est achevée. Thérèse la remet à Garcia de
Toledo. Il s'agit d'une narration sans chapitre, ni division
thématique.
Cette biographie spirituelle ne va pas rester confidentielle.
En effet, le Père Garcia de Toledo semble l'avoir fait connaître
aux autres confesseurs et conseillers de Thérèse - le Père
Ibañez, l'Evêque d'Avila, Don Alvaro de Mendoza, le Père
Domenech, supérieur des jésuites de Tolède et confesseur de la
Sainte -. Cette autobiographie va produire impact et admiration
dans le cercle des lecteurs, expérimentés dans les choses de
l’esprit. Les phénomènes extraordinaires qui y sont décrits sont
nombreux.
Ce texte offre des nouveautés concernant la pratique de
l'Oraison mentale. Il contient de multiples enseignements sur la
vie spirituelle dont pourraient profiter un grand nombre d'âmes.
Enfin, on pourrait l'utiliser comme témoignage pour authentifier
et justifier définitivement le cheminement de Thérèse dans
l'oraison et la contemplation.
9 La rédaction définitive
Les confesseurs de Thérèse, sensibles aux valeurs
spirituelles de cette biographie, vont lui demander d'en faire une
relation plus détaillée. La première relation se termine par
l'histoire d'événements ayant eu lieu dans la première moitié de
l'année 1562. Dans la dernière mouture, Thérèse va rajouter
beaucoup de choses qui ont eu lieu après cette date. Elle y inclut
la description détaillée de grâces extraordinaires qu'elle a reçues
jusqu'au moment où elle écrit cette seconde relation. On peut
considérer que Thérèse a mis la dernière main à cette nouvelle
biographie en 1564-1565.
L'Autographe. Les premières copies
En Juin 1568, sur l'ordre de l'inquisiteur Soto y Salazar, le
manuscrit est examiné par Saint Jean d'Avila. Ce dernier écrira,
le 12 Septembre 1568, une lettre élogieuse à Thérèse où il
approuve la doctrine spirituelle contenue dans la Vida.
A partir de 1570, les copies de la Vida se multiplient.
Beaucoup de religieux et d'aristocrates l'ont entre les mains.
Cela n’ira pas sans problèmes. En 1574-1575, des tribunaux
dénoncent l'ouvrage à l'Inquisition. Le Conseil de l'Inquisition
donne ordre au tribunal de Valladolid de saisir le livre. C'est
alors qu'intervient le Père Bañez. Il obtient de l'
d'examiner le livre d'un point de vue théologique. Il donne un
avis favorable qu'il transcrit à la fin de l'ouvrage le 7 Juillet
1575. L'examen du livre est également confié au Père Hernando
del Castillo qui va, lui aussi, porter un jugement positif. Le Père
Bañez trouvant que cet écrit de Thérèse suscite trop de
polémiques se propose de le brûler... On l'apprend... et les
copies se multiplient !
De nouvelles dénonciations contre la Vida proviennent de
Séville. Le Conseil de l'Inquisition fait examiner de nouveau le
livre par des hommes de renom. Malgré les avis favorables de
ces derniers, l'Inquisition gardera l’ouvrage en son pouvoir et en
fera confisquer tous les exemplaires. Néanmoins, quelques
personnes vont arriver à garder le leur. Cela permettra d'éditer
la Vida en cachette.
10 L'autographe de la Vida va rester entre les mains de
l'Inquisition durant douze ans. C'est Anne de Jésus, fondatrice
du Carmel de Madrid, qui le récupèrera pour l'éditer en le
demandant à l'inquisiteur qui l'avait lu et approuvé. C'est à
partir de cet Autographe que l'on fera l'édition princeps de 1588.
Les inquisiteurs s'étaient rangés à l'avis du Père Bañez : il ne
convenait pas que ce livre circule du vivant de Thérèse de Jésus.
Il valait donc mieux le garder dans les archives de l'Inquisition.
On verrait comment évoluerait Thérèse. On avait des préjugés
sur ses vertus héroïques, sur sa vie d'oraison, sur les
phénomènes extraordinaires qu'elle relatait. On se méfiait de
cette femme qui relatait de telles expériences spirituelles et qui
n'avait pas de formation théologique... L’Esprit souffle où il
veut...
Composition du livre
La Vida est un livre disparate. Son origine peut expliquer le
manque d'uniformité rédactionnelle. Diverses personnes, à des
moments divers, ont donc demandé à Thérèse de mettre par
écrit sa vie et ses expériences spirituelles. Et celle-ci, à ses
moments perdus, avec des états d'âme divers, s'est mise à
rédiger cette autobiographie spirituelle. Cela a duré huit ans.
Aussi trouvons-nous dans la Vida des passages rédigés avec
plusieurs années d'écart.
La fusion et la conjugaison d'éléments biographiques et
d'éléments spirituels, d'éléments anecdotiques et d'éléments
doctrinaux font de ce livre une œuvre singulière. Aussi, des
thèmes qui seraient considérés comme des digressions dans une
biographie ne le sont-ils pas dans la Vida et les chapitres sur les
1quatre degrés d'oraison entrent-ils parfaitement dans la
perspective de l'ouvrage. Thérèse de Jésus n'a pas rédigé une
biographie historico-chronologique mais une œuvre de caractère
spirituel avec une intention didactique.

1 Vida, ch. 11-22 [ = V. dans nos notes]. Nous citons ici la traduction
suivante : SAINTE THERESE DE JESUS, Œuvres complètes,
traduction de GREGOIRE DE SAINT JOSEPH, Paris, Seuil, 1940,
plusieurs fois rééditée.
11 D'autre part, le fait que le livre ait été rédigé deux fois, dans
des contextes historico-psychologiques différents, a dû ajouter
au caractère disparate de sa rédaction.
De toute manière, la Vida telle que nous l'avons aujourd'hui
est une œuvre de structure ambivalente et d'interprétation
difficile. C’est un mélange de biographie et de traité spirituel,
d'histoire et d'enseignement. Manuel didactique et d'orientation
spirituelle d'une part, de relation historique d'autre part. Mais,
dans le fond, ce qui définit ce livre, c’est une expérience
spirituelle qui se veut être un enseignement normatif pour les
âmes.
On peut distinguer diverses étapes dans la Vida :
- Les premiers événements jusqu'à la conversion à une vie
religieuse plus parfaite. Ce sont les chapitres 1 à 10. C'est
peutêtre une retouche d’une ancienne relation écrite pour le Père
Diego de Cetina.
- Les événements de sa vie spirituelle depuis sa conversion.
Ils couvrent les chapitres 23 à 32
- La Fondation de San José d'Avila relatée dans les chapitres
32 à 36
- Les dernières grâces dont parle Sainte Thérèse dans les
chapitres 37 à 40
- Il faut mettre à part le petit traité sur l'oraison couvrant les
chapitres 11 à 22. Il semble avoir été rédigé isolément avant
d’être intégré au livre.
12 1
Sur le chemin de la conversion
La première partie de la Vida relate les événements de la vie
de Sainte Thérèse qui vont culminer dans sa conversion.
Deux étapes dans ce cheminement : d'une part, les
événements de son adolescence aboutissant à son entrée au
Carmel; d'autre part, ceux de sa vie de carmélite aboutissant à
sa conversion. Tous ces événements sont marqués par le
contexte, par l'ambiance générale de l'époque que nous
essayerons de déterminer pour rendre compte d'une manière
plus exacte du sens que Thérèse va donner aux épreuves qu'elle
va vivre.
1. De l'enfance à l'entrée au Carmel
Cette étape de la vie de Thérèse va être marquée par sa vie
2familiale, influencée par les courants de l'époque .
1. 1. Le contexte politique, culturel et familial
A l'époque de l'enfance de Thérèse, l'Espagne connaît son
Siècle d'Or. C'est un pays en pleine expansion. Après avoir
bouté les Arabes hors d'Espagne en 1492, les Espagnols
découvrent les Amériques. D’autre part, l’Espagne se fortifie
erpolitiquement. Par un jeu d'alliances subtil, Charles I
d'Espagne - plus connu sous le nom de Charles-Quint -, petit
2 EFREN DE LA MADRE DE DIOS y OTGER STEGGINK, Tiempo
y vida de santa Teresa [TV dans nos notes], Madrid, Biblioteca de
Autores Cristianos, 1977, capitulos 1-3, pp. 3-39.
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