Servons-nous le même Dieu ?

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De plus en plus souvent confrontés au radicalisme islamiste, les citoyens occidentaux ont souvent du mal à à faire la part des choses entre la propagande, l’islamophobie et la religion « populaire » originaire de la Péninsule arabique. Comme le Coran des Musulmans fait référence à l’envi aux Écrits du « Peuple du Livre » (la Torah des Juifs et l’Évangile des Chrétiens), il est apparu comme une évidence d’éclaircir ces révélations, concordantes et divergentes, en référence à la Bible, en tenant compte de l’existence d’autres écrits complémentaires. L’objectif principal de cet essai est de répondre à cette question : L’Islam sert-il le même Dieu que celui des Juifs et des Chrétiens ? Chacun pourra se forger sa propre opinion sur la base de nombreux constats...


Publié le : jeudi 17 septembre 2015
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ISBN numérique : 978-2-332-95426-8
© Edilivre, 2015
Introduction générale
L’Islam fait partie, avec le Judaïsme et le Christianisme, des trois grandes religions monothéistes puisque, selon certaines statistiques, les Musulmans représenteraient actuellement entre 15 et 25 % de tous les habitants de la terre.
Il se caractérise par une sorte de mélange de ses deux précurseurs dont il tire de nombreuses références (les notions de création, de révélation, de législation, de résurrection des morts, de jugement dernier, de paradis et d’enfer, du diable,…), mais aussi, de valeurs d’origine arabe dont évidemment la langue, considérée comme céleste, et de légendes orientales.
1. La religion exclusive :
L’Islam est strictement monothéiste, né en réaction au paganisme des tribus arabes et en pleine crise du christianisme, liée à la disparition des Pères de l’Eglise.
« Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. Et quiconque ne croit pas aux signes d’Allah… alors Allah est prompt à demander compte ! … Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agrée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants (Sourate 3.19, 85) ».
Selon Mahomet, l’Islam est le prolongement et l’aboutissement ultime du message divin révélé aux hommes dans les Ecritures, depuis Adam jusqu’à Jésus (respectivement la Torah, l’Evangile et le Coran). C’est un retour à la vraie foi (Sourate 3.110), celle d’Abraham, considéré comme bon Musulman et le patriarche.
Si le Judaïsme s’adresse à un seul peuple, l’Islam, comme le Christianisme, est universel, c’est-à-dire, ouvert à tous les hommes et valable pour tous. Par contre, ce dernier porte le nom de son fondateur (Christ), tandis que le Judaïsme et l’Islam, non. Le principal point doctrinal commun est la définition d’un Dieu transcendant, Créateur et Souverain qui a fait de l’homme son représentant sur terre. Au début, la ressemblance troublante avec les valeurs bibliques ont amené de nombreux chrétiens d’Orient, proches de la région arabe, à croire à la résurgence d’un mouvement de type judaïque ou chrétien. Ils ont donc sous-évalué le danger immédiat et ont réagi trop tardivement, alors que l’Islam avait déjà pris beaucoup d’ampleur.
Ainsi, lorsqu’il ouvre le dialogue avec un Musulman, le Chrétien doit composer avec une religion qui se dit supérieure et exclusive par rapport aux deux autres, tout en rejetant ce qui fait l’essentiel du Christianisme, c’est-à-dire le salut par la foi au travers du sacrifice de Jésus et la divinité de ce dernier.
Or, au vu du contenu des révélations, le Chrétien a tendance à qualifier le Judaïsme et l’Islam de religions légalistes et le Christianisme, de relation personnelle et librement consentie avec Dieu au sein du corps de Christ.
2. Une soumission complète (« Islam ») :
L’Islam concrétise son accomplissement sur trois axes principaux :
• La foi (« al-Iman ») en Dieu unique.
• La totale soumission (« al-Islam ») de l’homme dans son intégralité à la volonté de Dieu. Nous pouvons même employer le mot « abandon » puisque la soumission peut être comparée au combattant qui dépose les armes lorsqu’il se sait vaincu (« aslama »).
• Les œuvres bonnes (« al-Ihsan ») qui découlent de cette soumission.
C’est une religion universelle, c’est-à-dire non attachée à un nom, dans laquelle l’homme est totalement dépendant de Dieu et se doit de vivre dans l’obéissance. Le corps et l’esprit sont inséparables, le visible étant le reflet de l’invisible. Ainsi, l’Islam répercute la gloire de Dieu comme la lune (symbole de l’Islam), celle du soleil.
Le Musulman est celui qui se soumet de son plein gré.
3. L’étude comparative :
Plutôt que de nous baser sur les divers points de vue conciliants ou haineux, nous préférons partir de la source, les Ecritures, pour nous préparer à la rencontre avec les Musulmans et leur parler de l’Evangile en connaissance de cause.
Au cours de l’histoire, beaucoup ont essayé de se présenter comme des prophètes éclairés : seuls, l’examen approfondi de la Parole et le résultat de l’œuvre à long terme permettent de juger de leur crédibilité ou de leur supercherie (Mt 7.15-27 ; Ac 5.34-39 ; 1 Th 5.19-22 ; 1 Jn 4.1-3).
Pour ce faire, cette étude fera continuellement référence à la Bible (Abréviation du titre, numéro de chapitre et des versets) et au Coran (Sourate suivie du numéro de chapitre et des versets). Il est donc fortement conseillé de se munir d’un exemplaire de chaque ouvrage (aussi disponibles sur certains sites internet).
Pour plus de clarté, les commentaires et remarques concernant les positions chrétiennes sont en italique et décalées.
Enfin, bien que l’Islam se base sur le calendrier lunaire hégirien, toutes les dates sont inscrites selon le calendrier solaire grégorien et les divers noms arabes sont « francisés ». Toutefois, afin de nous familiariser avec certains termes, ils sont repris entre guillemets.
Chapitre 1 L’avènement de l’Islam
ème L’siècle aprèshistoire de l’Islam est assez récente puisque sa création date du 7 Jésus-Christ. Pourtant, nous nous rendons compte, à la lecture des écrits le concernant, que ses racines sont bien plus profondes que cela, puisque le fondateur revendique une lignée commune au Judaïsme et au Christianisme.
Nous approcherons donc ce chapitre sous divers angles : la situation religieuse dans les ème régions arabes au 7 siècle ; la fondation de l’Islam par Mahomet et les suites ; les racines de l’Islam.
Première partie : ème Le contexte historique et religieux du 7 siècle.
La région qui nous concerne se situe globalement entre la Mer Rouge, le Golfe Persique et l’Océan Indien. A cette époque, de nombreuses tribus arabes polythéistes nomades, totalisant environ 5 millions d’individus, se partageaient un territoire de plus de 3 millions de km², désertique sur plus de 90 % de sa superficie. Les clans se faisaient constamment la guerre, la loi du plus fort prévalant.
L’animisme dominait fortement : il consistait en l’adoration de plusieurs idoles, définies comme « associées » d’un Dieu créateur reconnu supérieur aux autres. Selon le Coran (Sourates 6.100-101 ; 16.56-57 ; 17.40 ; 43.19 ; 44.35-36 ; 53.19-20), livre sacré de l’Islam, ces dieux avaient une ou plusieurs compagnes, des fils et des filles. On y a même répertorié trois déesses (« Manat », « Uzza » et « Allat ») ; les anges de sexe féminin, et les esprits (communément appelés « djinns » dans le monde arabe, invisibles mais pouvant prendre diverses apparences et vivant dans les cavernes, les arbres, les sources et les pierres) étaient également divinisés. Les filles, objets de honte, étaient souvent enterrées vivantes dès la naissance et les femmes ne jouissaient que de peu de droits.
La notion de résurrection était absente, mais le concept de pèlerinage acquis. A La Mecque, un temple particulier, la Kaaba, bâtiment de forme cubique de 11 mètres de côté, était un des centres religieux principaux. Les pèlerins y vénéraient 360 idoles et embrassaient la Pierre Noire (à cause des péchés des hommes) « descendue du ciel » et encastrée dans l’angle oriental. Cet état des lieux explicite pourquoi les Musulmans appellent cette période « l’ère d’ignorance ». Manifestement, ces arabes n’étaient pas des férus de prosélytisme et ne cherchaient pas à défendre à tout prix leurs croyances : ils semblaient plutôt à bout de souffle au niveau spirituel, déstabilisés par d’autres philosophies importées par les voyageurs, et donc relativement ouverts à croire en autre chose, même si la naissance de l’Islam se fit d’abord dans la douleur. Les nations environnantes étaient la Mésopotamie (Ex-Babylone, Ex-Perse) ancrée sur une religion dualiste, le Zoroastrisme, mais aussi l’Egypte chrétienne, la Syrie, la Palestine, le Yémen et l’Ethiopie christianisée. Partout dans le monde, la crise spirituelle touchait aussi les deux grandes religions monothéistes : • L’exil du premier siècle pesait encore lourdement sur les Juifs qui tentaient de préserver leur religion du polythéisme, mais aussi du Christianisme, en se refermant sur eux-mêmes, là où ils avaient trouvé refuge. C’est ainsi qu’une communauté importante et structurée, avec des
synagogues et des rabbins, avait élu domicile dans la région de Médine, dans la partie occidentale de la Péninsule arabique. • Les chrétiens étaient, pour leur part, en pleine transition. Après avoir bénéficié du soutien du puissant empire romain, ils étaient contraints de se préoccuper de la disparition des Pères de l’Eglise (Grégoire le Grand mourut en 604) qui leur avaient permis de prendre une place prépondérante dans de nombreuses régions du monde et qui, sans aucun doute, auraient pu s’ériger avec conviction et intelligence contre cette nouvelle doctrine présentée par Mahomet. Des chrétiens et des moines étaient bien présents dans cette contrée, surtout au Yémen, mais leurs comportements et leur foi étaient lacunaires.
Soulignons que l’essor de la poésie en langue arabe était en pleine expansion. Cela revêt une certaine importance pour la suite de l’étude.
Deuxième partie :
La fondation de l’Islam par Mahomet.
C’est donc dans ce contexte religieux confus que Mahomet fait ses premiers pas douloureux de prophète.
Il naît en 570 à La Mecque, riche centre commercial et religieux de l’époque, dans la puissante tribu des Qorayshites, du clan des Hachémites. Orphelin dès son plus jeune âge (son père décède avant sa naissance et sa mère alors qu’il n’a que 6 ans), il est adopté par son grand-père, chef de clan respecté qui meurt à son tour 2 ans plus tard, puis par son oncle paternel qu’il accompagne dès l’âge de 12 ans pour ses voyages d’affaires, mais qui lui inflige des privations au point de lui refuser le mariage à l’âge habituel.
Au niveau spirituel, Mahomet fréquente la secte des « Hanifa » (« Séparatistes »), composée d’ermites ascètes enseignant la descendance Abrahamique et Ismaélite des Arabes, ce qu’il fera ressortir dans ses futures révélations. D’abord berger, il devient voyageur de commerce pour une riche veuve appelée Khadîdja. Afin de sortir du carcan familial, alors qu’il n’a que 25 ans et elle 40, il la séduit et l’épouse en 595. Elle lui donnera 7 enfants, dont 4 filles qui seront les seules à survivre. Parmi celles-ci, Fatima qui deviendra l’épouse d’Ali, cousin de Mahomet, un de ses premiers fidèles et ème 4 calife dans sa succession. Mahomet demeurera monogame jusqu’à la mort de sa femme. Devenu prospère suite à cette alliance et ayant atteint la quarantaine, Mahomet se ressource régulièrement en s’isolant dans une caverne du mont Hira, proche de La Mecque. Il y pratique le jeûne tout en réfléchissant à « une religion de vérité ».
Vers 612, alors qu’il effectue une de ses retraites, il reçoit sa première révélation de la part de celui qu’il identifie comme l’ange Gabriel. Celui-ci lui impose d’avertir et d’enseigner ses compatriotes : c’est son appel de prophète (Sourate 96.1-5).
De retour chez lui, effrayé et dans le doute, il s’en ouvre à son épouse qui est convaincue du bien-fondé de ce qu’il a reçu, faisant d’elle la première convertie à l’Islam et son soutien indéfectible. Son cousin Ali lui emboîte le pas. Pourtant Mahomet hésite à proclamer son message.
D’autres révélations se succèdent dans des lieux différents. Selon lui, Dieu lui parle de diverses manières (comme par un tintement de clochettes, par inspiration et par Gabriel prenant une apparence humaine), au point qu’il ne peut plus se taire. Dès 616, son message tranche avec le polythéisme ambiant, mais se rapproche des deux religions monothéistes implantées dans la région, le Judaïsme et le Christianisme (Sourate 72.18, 20). Il utilise le mot « Islam » (soumission) pour illustrer ses propos. Un riche commerçant, Abou Bakr, est à son tour convaincu et devient son conseiller, mais
er surtout son bailleur de fonds. Abou Bakr sera désigné comme 1 calife au décès du Prophète.
Durant l’année 620, l’oncle et père adoptif de Mahomet décède, suivi de peu par Khadîdja, son épouse. A peine deux mois plus tard, il se consolera dans les bras d’une veuve éthiopienne appelée Sauda.
Peu de temps après, il vit sa plus grande expérience mystique qu’il appellera le « Voyage Nocturne » (« Miraj » ; Sourate 17.1). Il explique que le toit de sa maison s’ouvre et que Gabriel apparaît. Ce dernier lui écartèle la poitrine, la lave avec de l’eau de Zem-Zem (cette eau provient du puits du même nom et est considérée comme ayant jailli miraculeusement afin d’étancher la soif d’Ismaël et Agar dans le désert : elle est aussi utilisée pour laver le sol en marbre de la Kaaba) et y verse la sagesse et la foi contenues dans un plateau d’or, avant de la refermer. Il prend Mahomet par la main pour atteindre le ciel le plus proche où ce dernier enfourche un cheval blanc à tête de femme et à queue de paon, nommé Bouraq, afin de se rendre, dans un premier temps, de la Kaaba de La Mecque à la Mosquée élargie (Al Aqça) de ème Jérusalem. Puis il est enlevé jusqu’au 7 ciel pour y rencontrer nombre d’anciens prophètes dont Moïse et Jésus, mais ce qui le frappe le plus, c’est sa propre ressemblance exceptionnelle avec Abraham. Selon lui, « nul ne ressemble plus au patriarche que lui ». Finalement, il y rencontre Dieu seul à seul.
Signalons tout de même que le Coran ne cite que son voyage entre les deux villes de La Mecque et Jérusalem. Tout le reste du récit se trouve dans des Hadiths, c’est-à-dire des livres relatant sa vie dont nous parlerons dans le second chapitre.
Ce phénomène « d’enlèvement » spirituel est aussi décrit dans la Bible. Sans être le seul (Ezéchiel, Jean), Paul en aurait vécu un semblable, mais il ne faitréférence qu’à trois cieux et non sept. De plus, il dit avoir entendu des paroles inexprimables par l’homme. Notons aussi que d’autres ont conversé avec Dieu, comme Moïse, mais cela s’est passé sur terre (2 Co 12.2-4 ; Ap 1.10).
Mahomet épouse aussi la fille de son compagnon Abou Bakr, Aïcha, une enfant de 6 ans, mais il ne consommera le mariage « que » lorsqu’elle aura 9 ans. Il ne s’arrêtera pas à ces deux femmes puisqu’on lui en prête entre 9 et 15.
Comme il fallait s’y attendre, son discours connait peu de succès dans sa ville natale, implantée en zone aride, vivant principalement du commerce et du transport et surtout focalisée sur les richesses matérielles. Il se met à dos les marchands d’idoles de La Mecque qui craignent pour leur commerce lucratif, d’autant qu’un autre de ses oncles, devenu chef du clan des Hachémites, prend officiellement parti pour eux, retirant la protection au prophète. A partir de ce moment, Mahomet et sa centaine de disciples subissent de nombreuses moqueries, des polémiques à n’en plus finir, de l’opposition, voire des persécutions. Plusieurs fidèles s’enfuient en Ethiopie, pays refuge pour les monothéistes.
Après une escapade infructueuse à Taïf, dans une cité juive située à 73 km de La Mecque, Mahomet, agacé et en danger de mort, décide à son tour de quitter sa ville natale en 622 pour s’exiler à Yatrib où il est invité. Les Musulmans appellent ce départ « l’Hégire » (« exil »). Cette année de changement radical marquera plus tard l’an un du calendrier lunaire musulman.
1. L’exil (« Hégire ») :
Yatrib est distante d’environ 400 kilomètres et située au sein d’une oasis occupée par une population rurale. Mahomet et ses 80 disciples y sont invités puis accueillis chaleureusement par les tribus arabes païennes de la région qui se montrent nettement plus réceptives à son message et le chargent peu après d’arbitrer les différends qui surviennent immanquablement entre eux.
Mahomet y fonde sa première communauté de croyants qui portera plus tard le nom de « Grande Communauté » (« Umma ») qu’il substitue aux liens de sang habituels, chaque membre assurant la protection des autres sans distinction de race et de condition.
Mahomet est en contact direct avec les familles juives du lieu qui, dans un premier temps, le reçoivent avec enthousiasme. D’évidence, Mahomet a tout mis en œuvre pour leur plaire : il prône le respect de la Torah (mais aussi de l’Evangile des Chrétiens), s’inscrit dans la lignée des prophètes d’antan et adopte le principe de la triple prière journalière (« Ashera »), tourné vers Jérusalem, ainsi que leurs habitudes vestimentaires et alimentaires. Pourtant, ils finissent par refuser d’adhérer à son appel, faute de preuves probantes. Pire encore, certains leaders se moquent de lui et le traitent « d’ummi », c’est-à-dire « d’ignorant » (Sourates 6.37 ; 17.90-93). Mahomet a de la peine à comprendre leur réaction.
C’est ce dédain qui le pousse sans doute à porter des accusations sévères de collaboration entre les Juifs de Médine et les polythéistes de La Mecque, dans le but de détruire la vraie parole. Suivi par les tribus païennes qui se convertissent en masse, il entreprend de faire taire les contestataires. Ainsi, il chasse certaines tribus après les avoir dépossédées de leurs biens, massacre les hommes d’autres, pour ensuite vendre en esclavage les femmes et les enfants comme prix de leur « trahison ».
Ces velléités répétées et très souvent victorieuses, donnent de plus en plus de crédit à Mahomet au sein des tribus arabes hôtes qui lui confient un rôle de leader politique, chargé du bien-être de la communauté, en plus du guide spirituel reconnu qu’il est déjà. Pour assoir son autorité, il change le nom de Yatrib en « Médina al-Rasoul », la « ville du Prophète », mieux connue en occident sous le nom de Médine (surnommée la « Ville éclairée »), et rédige une constitution homonyme qu’il fait ratifier par chaque clan.
La conséquence directe de cette promotion est la nécessité de recourir à la violence, aux razzias et aux pillages afin de subvenir aux besoins des tribus nomades et guerrières (Sourate 3.121-127). C’est à cette époque que ses disciples adoptent le nom de « Musulmans », ce qui signifie « Soumis », à Dieu évidemment.
C’est aussi à ce moment que les révélations coraniques prennent une autre tournure, particulièrement hostile envers les « Gens du Livre », Juifs et Chrétiens confondus, un peu comme si Dieu s’adaptait aux circonstances de vie du Prophète. Des règles du début sont fortement modifiées :
• Alors que les prières s’accomplissaient en se tournant vers Jérusalem (qui demeure toujours la troisième ville sainte de l’Islam après La Mecque et Médine), les Musulmans sont invités à s’orienter vers la Mecque.
• Pour affermir la doctrine de l’unicité de Dieu, Abraham est déclaré patriarche puisque ni Juif, ni Chrétien, mais le vrai croyant par excellence.
• Le Coran est présenté comme l’achèvement et la perfection de la Révélation de Dieu qu’ont perdus les Livres des Juifs et des Chrétiens en les altérant et les falsifiant.
• Le jeûne du Ramadan est instauré.
A la tête d’environ 300 soldats de l’Islam, Mahomet remporte une première victoire sur les polythéistes Mecquois au nombre d’un millier en 624, à Badr. D’autres suivront (Sourate 3.165-172). En 625, les Musulmans subissent une défaite à Ehud : Mahomet est blessé et son oncle Hamza tué. En 627 la victoire à la « bataille du Fossé » (appelée ainsi parce qu’un fossé a été creusé tout autour de Médine pour la défendre), ouvre véritablement la voie de la conquête de l’Arabie aux 10 000 fidèles de l’Islam commandés par Abu Saïfan.
En 628, un traité de paix du nom de « al-Hudaibiya », est signé entre Médine et La Mecque. Par conséquent, les habitants de celle-ci décident à l’unanimité de quitter pacifiquement la ville durant trois jours pour permettre aux Médinois d’y effectuer un pèlerinage ! En 629, l’oasis fortifiée de Khaibar, défendue par les Juifs, tombe entre les mains de Mahomet.
2. La reconnaissance :
Fort de sa notoriété et s’étant rallié quelques membres influents de la tribu des Quraychites, Mahomet entreprend une marche contre La Mecque en 630 au cri de « Dieu est le plus grand » (« Allahou Akbar »). Celle-ci capitule sans effusion de sang, d’autant qu’elle a perdu de sa superbe à cause de la guerre entre Byzance et La Perse qui mine son commerce jadis florissant. Ses habitants se convertissent à l’Islam (Sourate 5.3).
Sa mission prophétique se renforçant au fur et à mesure de ses succès militaires, Mahomet impose le culte monothéiste dans le temple de Kaaba après en avoir détruit les statues des 360 idoles. A ce moment, les adeptes de toutes parts entrent par tribus entières dans cette nouvelle religion et les païens sont chassés ou tués.
Fort de ce succès, Mahomet tente une première attaque contre la Syrie. Dans la foulée, Abu Bakr achève la conquête de l’Arabie en 631, alors que Mahomet retourne à Médine. En 632, les Chrétiens se soumettent à leur tour. Ils obtiennent, tout comme les Juifs, un statut spécifique de « protégés » (« dhimmis ») moyennant le paiement d’une taxe (« djizak »). Leurs biens et leur liberté religieuse leur sont laissés, mais l’accès aux postes importants, refusés.
Non sans donner une dernière révélation et après avoir réalisé le Grand Pèlerinage (« Hadj »), dit de « l’Adieu », à La Mecque selon les règles qu’il avait établies (ablutions, vêtement blanc), le 8 juin 632, Mahomet meurt à Médine d’une fièvre maligne, assisté de son épouse favorite, Aïcha, alors qu’il est reconnu comme « Le Prophète » par la toute grande majorité des Arabes, mais aussi comme leur unique leader politique et militaire.
En à peine 12 ans, Mahomet a réussi la gageure, sous l’inspiration de Dieu,selon ses dires, de révéler un Livre sacré et de fonder une nouvelle religion monothéiste, mais aussi une puissance militaire, politique, culturelle et sociale appelée à un bel avenir. Il n’a toutefois pas eu le temps de préparer sa succession à la tête de l’empire naissant.
Sans doute nombre de Juifs de l’époque de Jésus désiraient-ils erronément un Jésus à l’image de Mahomet. Peut-on donc définir cela comme une réussite ou une erreur fondamentale d’avoir allier le pouvoir terrestre à la révélation céleste ?
Troisième partie : Les suites.
N’ayant aucun successeur désigné, les proches de Mahomet et les autres personnalités influentes de la communauté décident de former un conseil chargé de trancher la question.
Le choix s’arrête sur Abou Bakr, au grand dam d’une minorité de supporters d’Ali, cousin et gendre de Mahomet, qui, selon eux, aurait été désigné par le Prophète quelques instants avant sa mort. Le conseil refuse de les suivre sur cette voie car Ali est encore trop jeune que pour être crédible selon les principes tribaux arabes.
Mais le défi principal est ailleurs. Toute la structure de la communauté musulmane est axée sur la révélation du Prophète. Or, celle-ci n’est que verbale. Ses successeurs, nommés califes, s’échineront donc à retranscrire tout ce trésor au sein du Coran, seule Ecriture considérée comme parfaite et sacrée, mais aussi dans les Hadiths, sorte de biographies de Mahomet. Nous réserverons le chapitre trois à cette étude.
1. Les conquêtes militaires :
Par le fait que, comme nous le verrons plus loin, l’Islam n’est pas seulement une religion, mais aussi un moteur législatif et un appareil judiciaire, le Coran ne suffit pas à mettre en place toute cette structure étatique et religieuse, d’autant que certaines sanctions sont difficilement applicables dans des circonstances spécifiques.
A. Les trois premiers califes : Les deux premiers successeurs de Mahomet, les califes Abou Bakr (632-634) et, surtout, Omar (634-644), forts de la structure mise en place et motivés par cette mission divine révélée par le Prophète, décident, après avoir ramené à la raison les tribus dissidentes, de solutionner le problème de luttes constantes entre Byzance et la Perse, deux empires fortement affaiblis par la succession effrénée de batailles durant ces années écoulées, en annexant ces deux territoires : Damas tombe en 634, Jérusalem en 636 et Alexandrie en 641. Il est bon de rappeler qu’Omar, fut d’abord un farouche adversaire de Mahomet avant de se rallier à lui lors de son retour triomphal à La Mecque. Il est un modèle de piété, d’humilité et de justice, un exemple et une référence pour les sunnites. En effet, il a certes été un conquérant efficace, mais aussi un réformateur hors pair, organisant de manière magistrale l’empire en cours d’expansion, créant même des rentes pour les anciens combattants et les descendants de la famille du Prophète. Il est communément reconnu aujourd’hui en tant que « Grand Calife » et « Commandeur des Croyants ». Enfin, Omar est à l’origine du premier calendrier Musulman débutant à l’Hégire. Leur successeur, Othman (644-656) s’emploie principalement à veiller à la rédaction de la version courante du Coran et à la destruction de tous les autres manuscrits existants. Défenseur de la Tradition, il a également laissé derrière lui une œuvre littéraire abondante et appréciée.
Il est finalement assassiné par un groupe de Musulmans qui l’accusent de favoritisme envers ses proches. Il s’agit plutôt d’un subterfuge pour enfin placer le favori, Ali, à la tête de l’empire.
B. Ali, le quatrième calife : Suite à l’assassinat d’Othman, les groupes rivaux s’affrontent au cours de la bataille de « la Grande Epreuve » (« Fitna al-koubra ») qui sera à l’origine du premier schisme. ème Finalement, Ali (656-661), cousin et beau-fils de Mahomet, époux de Fatima, devient 4 calife, sans que l’apaisement soit possible. En effet, la direction de l’empire musulman est devenue matériellement intéressante et attise les appétits de pouvoir au sein de divers clans.
Cette rivalité persistante donnera naissance aux mouvances Kharijites, Sunnites (toutes deux pour le choix du plus méritant) et Chiites (pour la lignée du Prophète, partisans de la famille d’Ali et ne reconnaissant pas les 3 premiers califes). En 661, Ali sera assassiné par des Kharijites.
Ali et Fatima ont eu deux fils. Alors que l’aîné, Hassan, aurait renoncé au trône contre de l’argent, le second, Hossein, est tué à la tête des troupes chiites lors de la bataille de Kerbela, en 680, dans une guerre contre les Sunnites, ce qui entraînera la scission définitive entre les deux mouvances. Pour les Chiites, la mort d’Hossein sera considérée comme un martyre et sa tombe deviendra un lieu de pèlerinage.
Ali, Fatima, Hassan et Hossein sont appelés les « gens du manteau » (« Avi Aikisa ») ou les « gens de la Maison » (« Ahl al-Bait ») parce que le Prophète les aurait régulièrement recouvert de son manteau, les désignant ainsi comme les plus proches de lui de toute l’« Umma » (« Grande Assemblée »). On prête aussi à Fatima la réalisation d’une amulette, appelée « main de Fatima », qui
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