Suite de l'admonition fraternelle à Maresius

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Ce texte, traduit pour la première fois en français, constitue une remarquable source de renseignements sur l'itinéraire du grand penseur tchèque, Jan Amos Comenius, et sur son rôle dans les échanges intellectuels de l'élite sociale, politique de l'Europe du XVIIe siècle. Appartenant à une Eglise réformée, en dehors de sa méthode innovatrice d'apprentissage des langues, il proposera les bases d'une sagesse universelle, la "pansophie".
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296251106
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SUITE DE L'ADMONITION FRATERNELLE À MARESIUS

Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions Michèle AUMONT, Dieu à volonté: ultime confidence d'Ignace de Loyola dans le Récit, 2009. Jean-Louis BISCHOFF, Les spécificités de l'humanisme pascalien,2010. Cécile V01SSET-VEYSSEYRE, Des amazones et des femmes, 2010. Nathalie GENDROT, L'autobiographie Casanova et Kierkegaard, 2009. Louis-José LESTOCART, esthétique, 2010. et le mythe chez connaissance

L'intelligible

Salvatore GRANDONE, Mallarmé. Phénoménologie du nonsens,2009. Jean REAIDY, Michel Henry, la passion de naître. Méditations phénoménologiques sur la naissance, 2009. Dominique NDEH, Dieu et le savoir selon Schleiermacher, 2009. Mariapaola FIMIANI, Érotique et rhétorique. Foucault et la lutte pour la reconnaissance, 2009. Jean-Pierre Emmanuel JOUARD, La leçon de Socrate (définition de l'homme), 2009. François URVOY, Expérience et dogmatique empiriste (1), 2009.

JAN AMOS COMENIUS

SUITE DE L'ADMONITION FRA TERNELLE À MARESIUS
Traduction française annotée de
CONTINUATIO FRATERNiE ADMONITIONIS COMENII

AD MARESIUM Suivie d'une transcription critique du texte latin

par Claire LE BRUN-GOUANVIC

Préface de Jean Antoine CARA VOLAS

L'Harmattan

Du même auteur L 'Ystoria sancti Thorne de Aquino de Guillaume de Tocco (1323), Toronto, PIMS, 1996. Les Arts du spectacle au théâtre (1550-1700) et Les Arts du spectacle à la ville (1404-1721), en colI. avec M.-F. Wagner, Paris, Honoré Champion, 2001. Raymond Plante, Ottawa, David, 2004. L 'Histoire de saint Thomas d'Aquin de Guillaume de Tocco, Paris, Le Cerf, 2005. Novissima linguarum methodus. La toute nouvelle méthode des langes, en coll. avec H. Jean, G. Bibeau et J. Caravo1as, Genève-Paris, Droz, 2005. Jean Chaperon. Le chemin de long estude de Darne Cristine de Pise (1549), Paris, Honoré Champion, 2008.

La préparation du prêt-à-clicher a été rendue possible grâce au soutien du Département d'études françaises de l'Université Concordia. Mise en page: Savoyane Henri-Lepage Illustration de couverture: J.A. Comenius à la fin de sa vie. Copie d'un portrait effectué par le peintre hollandais Juriaen Owens.

@ L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-10821-9 Ed\N: 9782296108219

PRÉF ACEl
Claire Le Brun-Gouanvic est infatigable. Après avoir participé activement à la traduction du chef-d'œuvre de Jan Amos Comenius (Komensky), Methodus linguarum novissima2, elle vient aujourd'hui nous offrir la première traduction française de la Continuatio admonitionis fraternœ et temperando Charitate Zelo (1669), un des plus intéressants textes du même auteur, resté jusquelà ignoré du public français. C'est tout un exploit, car non seulement le latin de ce grand penseur tchèque s'éloigne considérablement du latin classique, mais les événements qui y sont décrits, les lieux où ils se déroulent et les personnages qui les provoquent ou les vivent, sont très peu connus, même des spécialistes. Elle mérite pour cela notre admiration. Depuis la publication de l'article de J. Kvacala3, « Die letzten autobiographischen Aufzeihnungen des Comenius », en
1 Dans ma préface, je me limite au récit des événements qui suscitèrent la naissance de la Continuatio, à l'expJication du rôle joué par les personnages impliqués dans la dispute de Comenius avec Maresius et. finalement. à l'importance de la traduction de Claire Le Brun-Gouanvic. Le lecteur qui souhaite en savoir plus sur la vie et l'œuvre de l'éminent penseur tchèque trouvera facilement les renseignements souhaités dans une des nombreuses publications qui lui sont consacrées depuis quelque temps, en premier lieu dans M. Blekastad, Comenius: Versuch eines Umrisses von Leben, Werk und Schicksal des Jan Amos Komenskj, Oslo, Universitetsforlaget, 1969. 2 Jan Amos Comenius. Novissinul linguarum methodus. La toute nouvelle méthode des langues. Traduit du latin par H. Jean avec l'aide de G. Bibeau, 1. A. Caravolas et CI. Le Brun-Gouanvic, Droz, Genève, 2005. 3 1. Kvacala, « Die letzten autobiographischen Aufzeihnungen des Comenius», Zeittschrift fiir Geschichte der Erziehung und der Unterrichts (Neues Folge der Mitteilungen der Gesselschaftfür deutsches Erziehungs- und Schulgeschichte). 3, p. 1-15. Jan Kvacala, Slovaque, théologien réformé, pédagogue, éminent spécialiste de Comenius, fonda la revue Archiv pro badanlo f.ivote a spisech J.A. Komenského. Il dirigea l'édition des œuvres complètes de Comenius (1910-1929), publia des 7

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1913, on présente généralement la Continuatio admonitionis fraternre et temperando Charitate ZeIo comme l'autobiographie de Comenius. La vérité est quelque peu différente. L'évêque de l'Unité des Frèresl n'a pas laissé d'autobiographie ni de mémoires couvrant sa longue vie mouvementée. Comme nous allons le voir, la Continuatio n'est que sa réponse à certains reproches que lui fait son ancien ami Samuel des Marets (Maresius)2, dans Antirrheticus (1669), notamment à propos de sa « pansophie »3. En effet, le lecteur trouve dans la Suite de l'Admonition fraternelle très peu de renseignements sur l'enfance de Comenius, sur ses études, ses trois mariages, ses cinq enfants, ses nombreux

dizaines d'ouvrages et d'articles sur la vie et l'œuvre de Comenius, ainsi que sa correspondance (v. l, 1897; v. II, 1902). Il découvrit dans les bibliothèques et les archives européennes plusieurs ouvrages inédits ou oubliés de Comenius, qu'il fit publier, dont la Continuatio. 1 Unité des Frères: Église réformée tchèque, fondée en 1457, proche des Calvinistes. Son représentant le plus connu fut son dernier évêque Jan Amos Comenius (1592-1670). L'Unité exerça en Bohême une grande influence, particulièrement dans le domaine de l'éducation. Après la mort de Comenius, l'Unité des Frères fut reconstituée en Saxe, en 1727 par le comte Nicholas Ludwig von Zizendorf (1700-1760), sous le nom d'Église de l'Unité des Frères Moraves. Elle est active en Allemagne, en Afrique du Sud, au Canada (Labrador, Alberta), aux États-Unis (Pennsylvanie), en Indonésie, etc. À ne pas confondre avec Jednota bratrskti, l'Unité des Frères tchèques, ressuscitée au XIX" siècle en Bohême et toujours active en Tchéquie et en Slovaquie. 2 Maresius ou Samuel des Marets (1599-1673), né à Oisemont en Picardie, était un ministre du culte réformé. Professeur de théologie à l'université de Groningen aux Pays-Bas, il fut un farouche défenseur de l'orthodoxie calviniste. Il s'engagea au cours de sa carrière dans nombre de disputes théologiques, y compris avec son ancien ami, Comenius. 3 La pansophie de Comenius est une « philosophie chrétienne» qui combine, en un ensemble qui se veut harmonieux, les informations acquises par les sens, la raison et la foi. Conçue à l'origine pour servir de fondement théorique de la réfonne de l'éducation qu'il projetait, elle se transforma graduellement en base de son plan pour la réforme de la science et finalement en pilier de la réforme de toutes les affaires humaines. 8

PRÉFACE

amis, collègues et correspondants, son millénarisme', sa foi aux révélations de Drabfk:2, ses rapports avec la famille de Geer3, ou encore sur sa fortune, ses activités politiques, la destruction de Leszno4, ses « péchés », ses regrets ou ses pensées intimes. L'ouvrage de Comenius n'a donc rien en commun avec les Confessions de Jean-Jacques Rousseau ou celles de Saint Augustin. La Continuatio parut à Amsterdam, en 1669, chez Johann van Sommeren. Le tirage ne devait pas dépasser quelques centaines d'exemplaires. Le livre passa inaperçu et fut vite oublié. Comenius n'était plus à la modes. Ce n'est qu'en 1913 que Kvacala repéra, à Saint-Pétersbourg, le seul exemplaire connu à ce jour. Il en publia
1 Le millénarisme (chiliasme) est la foi en l'avènement du royaume millénaire du Christ, avant le jugement dernier. Voir J. Delumeau, Mille ans de bonheur; Paris, Fayard, 1992. 2 Nicolas Drabik (1588-1671) est un personnage controversé. Comenius et lui sont camarades de classe à l'école élémentaire. En 1616, ils sont tous deux ordonnés pasteurs de J'Unité des Frères (voir supra, p. 8, n. I). Au début de la guerre des Trente ans, leurs chemins se séparent Comenius émigre en Pologne, Drabik est nommé en Slovaquie. Il est bientôt empêché de prêcher pendant quelque temps pour ivrognerie et bagarres. En 1638, il a ses premières visions. Comenius, informé, reste longtemps sceptique à son égard. Après leur rencontre en 1650, il devient toutefois son porte-parole dévoué. En 1671, Drabik est arrêté par les autorités, accusé de haute trahison pour activités contre les Jésuites et les Habsbourg, et décapité publiquement à Bratislava. 3 Louis de Geer (1587 -1652), originaire de Liège, s'établit à Dordecht, aux PaysBas. De religion réformée, très pieux, il était également un homme d'affaires habile et très prospère. Il passa en Suède où il devint le fondateur de l'industrie lourde du pays (mines de cuivre et de fer, sidérurgie). Il était armateur et fabricant de canons, qu'il vendait à tous les belligérants. Il se définissait comme « marchand homme de guerre». Il protégea Comenius et d'autres émigrés réformés. Il eut seize enfants, dont l'aîné, Laurent, suivit les traces de son père. 4 Leszno, ville polonaise en Posnanie. Le dernier seigneur de Leszno, Stanislas Leszczynski (1677-1766), fut nommé roi de Pologne, mais, chassé par les Russes, il émigra en France, où il devint duc de Lorraine. Sa fille. Maria Leszcynska, épousa le roi de France Louis Xv. 5 En outre, les agents des autorités autrichiennes achetèrent et détruisirent tous les ouvrages de « J'hérétique» Comenius qu'ils réussirent à trouver dans les librairies. à l'exception de ses manuels scolaires. 9

SU/TE

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immédiatement le contenu dans la revue Archiv pro bdddn{ 0 zivote a spisech J.A. Komenského, dont il était le fondateur et le directeur. Ce fut un important événement dans l'histoire de la coméniologie. Les lecteurs de la revue, pour la plupart des enseignants, des universitaires et des spécialistes de Comenius, remarquèrent aussitôt que le texte imprimé par J. Kvacala était incomplet: il
commençait au

~ 39,

au moment où Comenius quittait son pays et

arrivait à Leszno, en Pologne (1628), et se terminait au ~ 128, quand paraissaient à Amsterdam ses Opera Didactica Omnia (1657) 1.De la manière dont Kvacala présenta sa découverte, on eut longtemps l'impression que le début et la fin de l'ouvrage avaient été perdus. Certains cependant, dont le professeur Skarka, avaient de sérieux doutes2. Pour en avoir le cœur net, ce dernier fit venir de SaintPétersbourg à Prague le microfilm de l'exemplaire de la Continuatio utilisé par Kvacala. Comme il s'y attendait, aucune page du début du livre ne manquait. Le pionnier de la coméniologie tchécoslovaque avait, de toute évidence, délibérément enlevé les ~ 1 à 38, les jugeant probablement sans intérêt. Skarka les publia en 1960, dans Archiv pro bdddn{ [... p. Ils ne contiennent en effet aucune information biographique concernant Comenius, mais seulement des détails
1 Operadidacticaomnia (ODO) est le titredu recueilde 43 travauxpédagogiques de Comenius, écrits entre 1627 et 1657. Ils sont présentés en deux volumes in-folio, subdivisés en quatre sections. La première section du premier volume comprend onze textes rédigés entre 1627 et 1642, la deuxième, huit textes écrits entre 1642 et 1650. La première section du second volume contient quinze textes, écrits entre 1650 et 1654, et la deuxième section neuf courts textes, composés après l'arrivée de Comenius à Amsterdam, en 1656 et avant la publication des ODO en 1657. 2 Pourtant, pour des raisons non spécifiées, c'est ce texte fragmentaire que J. Hendrich traduisit en tchèque en 1924, qui servit de base à l'édition tchèque, publiée en 1975 à Prague dans les Œuvres choisies de Comenius en 8 volumes. La seule édition complète de la Continuatio à cc jour est celle de Milada Blekastad, publiée en 1975 à Stockholm. Outre l'introduction de l'éditrice, elle contient la traduction en langue suédoise du texte de Comenius par le Dr. Jan-Olof Tjader, sous le titre Comenius' ~jalvbiografi, la traduction anglaise d'Agneta Ljunggren, intitulée Comenius about himse(f et un fac-similé de l'édition originale en latin, publiée à Amsterdam en 1669. 3 A. Skarka. « Neznamy zacatek polemiky Contilluatio Admonitionis fraternre z r. 1669170» (Début inconnu de la polémique [au sujet de] COlltilluatioAdmollitionis
10

PRÉFACE

sur sa querelle avec Maresius, suscitée par la publication de Lux in tenebris. Lux in tenebris est un recueil des révélations de Christophe Kotterl, de Christine Poniatowska2 et du pasteur Nicolas Drabik3. Ces dernières furent assemblées, traduites en latin et, après longue réflexion, publiées par Comenius, sans nom d'auteur, à Amsterdam, en 1657. Kotter prédisait, entre autres, le retour au trône de Bohême du roi Frédéric V (1596-1632)4, auquel Comenius était très attaché; Poniatowska annonçait le retour prochain en Bohême des émigrés réformés, suite aux victoires à venir des forces suédoises du roi Gustave Adolphe, dans la guerre des Trente Ans; Drabik présageait la destruction de l'Antéchrist (du pape et des jésui tes) et la chute des Habsbourg. Le retard mis par Comenius à rendre publiques les révélations des trois visionnaires était voulu. Des amis s'y opposaient, tandis que Drabik le lui conseillait avec de plus en plus d'insistance. Luimême hésitait. Il savait que la publication stimulerait le moral de ses coreligionnaires. Mais il n'avait pas pleine confiance dans les récits de son ami de jeunesse. D'une part, les nouvelles qui lui parvenaient
fraternre en 1669/70), Archiv pro bâdan( 0 zivotè a spisech l.A. Komenského (Acta Comeniana), XIX, 1960, p. 10-30. 1 Christophe Kotter et 1647), tanneur silésien, visionnaire. Comenius le rencontra à Sprottau en 1625 ; il nota ses révélations, les traduisit en tchèque et en latin et les publia à plusieurs reprises. 2 Christina Poniatowska (1610-1644), fille du pasteur polonais Julien Poniatowsky, orpheline de mère. À seize ans, elle commença à avoir des visions. La famille Comenius la prit alors en charge jusqu'à son mariage. Comenius croyait à ses révélations et les enregistrait. 3 Voir supra, p. 9, n. 1. 4 Frédéric V (1596-1632), électeur palatin, était, à la veille de la guerre des Trente ans (1618-1648), à la tête de la coalition protestante contre les Habsbourg. Il avait épousé la sœur du roi Jacques ITd'Angleterre, Élisabeth. II fut élu roi de Bohême, en 1619, par les États tchèques révoltés contre Vienne. Après sa défaite à la bataille de la Montagne Blanche près de Prague (1620), il perdit la couronne tchèque ainsi que le Palatinat et il émigra aux Pays-Bas. Voir infra. p. 12, n. I. 11

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de Slovaquie! montraient que le caractère de Drabik n'avait pas beaucoup changé avec l'âge. Celui-ci continuait toujours ses frasques et recherchait, comme jadis, les disputes. D'autre part, la guerre des Trente Ans2 s'était terminée sans que les plus importantes de ses prophéties se réalisent. Cependant, il était impossible à Comenius d'admettre qu'après la signature de la paix de Westphalie, le retour des émigrés en Bohême devenait pour le moins aléatoire. Il espérait encore un miracle et Drabik, qui le devinait, en profitait pour l'inonder de nouvelles révélations: eUes annonçaient d'autres guerres, victorieuses cette fois-ci, et le châtiment exemplaire des Habsbourg et du Pape. Musique céleste aux oreilles de l'évêque de l'Unité! Et si son ami ne mentait pas? se demandait-il. Si vraiment Drabik ne faisait que répéter les messages du Seigneur? Une rencontre avec lui paraissait souhaitable. L'occasion de revoir Drabik se présenta à Comenius lors de son voyage en Transylvanie3 où la princesse mère, Susanne Lorantfi,
I La Slovaquie a fait partie du royaume de Hongrie de 929 à 1918. Les Habsbourg d'Autriche ont régné en Hongrie de 1526 jusqu'à la tin de la Première guerre mondiale. 2 La guerre des Trente ans (1618-1648) commence avec la révolte malheureuse des seigneurs réformés tchèques contre l'empereur et la défenestration de ses représentants catholiques à Prague (1618). Elle continue comme guerre entre la coalition des princes protestants allemands et les forces impériales catholiques des Habsbourg et eUe se transforme en long et cruel conflit européen avec l'intervention armée de la Suède, du Danemark et de la France. Elle finit par la signature du traité de paix de Westphalie (1648), qui consacre, entre autres, la division de l'AUemagne et les droits héréditaires des Habsbourg à la couronne de Bohême. 3 À l'époque de Comenius, la Transylvanie était une Principauté élective, située en partie en Hongrie, en partie en Roumanie. La capitale était, de 1541 à 1690, Alba Iulia (Gyulafehérvâr). Saros Patak était le centre culturel. La Transylvanie était dirigée par un Voïvode hongrois, vassal des Turcs qui reconnaissait aussi l'autorité des Habsbourg. En 1571, la Transylvanie passa en majorité au protestantisme. En 1629 fut élu voïvode Georges 1erRakoczy (1593-1648), soutenu par les Turcs. Son fils Georges II (1621-1660) lui succéda. En 1657, ce dernier fut déposé par le sultan Mehmed IV, mais il reprit le pouvoir. Il mourut en combattant les Turcs. 12

PRÉFACE

l'invitait à venir s'occuper de la réforme du système d'éducation de la principauté. Leur réunion eut lieu en Slovaquie, à Lednice, en avril 1650. Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis qu'ils s'étaient vus pour la dernière fois. Les retrouvailles furent très cordiales. Il y eut plusieurs autres discussions, non moins chaleureuses. Enhardi par l'importance que le célèbre pédagogue accordait à ses prophéties,

le visionnaire (( sur ordre de Dieu») lui rendit même deux visites à
Saros Patak où Komensky travaillait, l'une en janvier 1651, l'autre en septembre 1652. Après chaque entrevue, celui-ci tombait un peu plus sous le charme de Drabik. Pourtant, il ne pouvait toujours pas se décider. Il n'ignorait pas que nombreux étaient ceux parmi ses coreligionnaires qui s'opposaient à la publication des révélations. En premier lieu Christine Poniatowska, dont les crises et les visions avaient disparu : mariée depuis longtemps et mère de cinq enfants, elle avait révoqué ses anciennes prophéties et ne souhaitait plus entendre parler de cette triste période de sa vie. Son époux, Pavel Vetterinus (1594-1671 ?), pasteur de l'Unité des frères à Puchov (Slovaquie), connaissait bien le visionnaire et ne le croyait point. L'autre évêque de l'Unité des Frères, Jan Felinusl, s'opposait également à la publication des révélations. Comenius lui-même restait indécis. Par acquit de conscience, il consulta alors certains amis et collègues. La plupart des personnes contactées lui déconseillèrent la publication, les prophéties s'étant rarement matérialisées2. Le professeur Arnoldus3 se prononça contre. Figulus4, son gendre bien-aimé, l'en dissuadait
I Jan Felinus (1603-1662), senior (évêque) de l'Unité des Frères en 1643, codirecteur du gymnase de Leszno en 1653. Après la destruction de Leszno en 1656, il était à la tête de l'Unité des Frères en Slovaquie. 2 En revanche, les Jansénistes français attendaient, semblc-t-il, impatiemment la sortie de l'ouvrage et multipliaient les commandes. 3 Nicolaus Arnold (1618-1680), théologien réformé, né à Leszno. Il fut peut-être l'élève de Comenius, puis il étudia aux Pays-Bas. Polyglotte, il écrivit plusieurs ouvrages dogmatiques. Professeur à l'université de Franeker, il était adversaire du millénarisme et des prophéties des protégés de Comenius. 4 Petr Figulus (1619-1670), théologien réformé d'origine tchèque. À neuf ans, il arriva à Leszno avec d'autres Frères de l'Unité et devint peut-être l'élève de 13

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aussi. À Londres, son grand ami Hartlib1 tergiversait. Il se méfiait de Drabik. Soudain, Comenius décida de n'entendre personne et de publier Lux in tenebris dès son arrivée à Amsterdam, où il allait passer le reste de sa vie. Que s'était-il passé? Depuis son retour de Transylvanie à Leszno, en 1654, Comenius considérait Drabik comme le vrai porte-parole du Seigneur et acceptait volontiers de lui servir d'adjudant (adjunctus)! Mais ce qui le décida à faire imprimer sans plus tarder les révélations des trois visionnaires fut l'événement suivant: après l'incendie de Leszno, en 1656, quand toutes ses possessions et presque toutes ses notes disparurent dans les flammes, il découvrit dans les cendres le manuscrit des prophéties de Drabik intact! Quelle autre preuve plus tangible lui fallait-il pour qu'il reconnaisse enfin que son ami visionnaire était vraiment l'élu de Dieu et que ses oracles étaient d'origine divine? La publication de Lux in tenebris suscita immédiatement des attaques virulentes contre Comenius, qui l'entraînèrent dans ~~ un labyrinthe inhabitueF ». Outre le travail que la préparation de
Comenius. Plus tard, il continua ses études en Europe. Polyglotte, il accompagna souvent Comenius dans ses voyages, lui servit d'interprète ou de représentant. En 1648, il épousa la fille de Comenius, Elizabeth. En 1660, il retourna en Pologne avec sa famille et s'établit à Gdansk. En 1662, il fut élu senior de l'Unité des Frères. 1 Samuel Hartlib (1595-1662), Prussien, originaire d'Elbing. Émigré en Angleterre en 1628, il était en rapport avec grand nombre d'hommes de lettres et de sciences en Europe et en Amérique. Il joua un rôle de premier plan dans la diffusion des idées puritaines à la veille et au début de la Révolution anglaise (1640-1649). Il était partisan de la réunification des Églises protestantes (irénisme). Philanthrope, il admirait beaucoup la pansophie et les théories de l'éducation de Comenius. C'est lui qui le fit inviter en Angleterre en 1641. Il mourut pauvre après une longue maladie. 2 Voir J. A. Comenius, Unum Necessarium.Amsterdam, 1668, ch. 10, ~ 7 : « Immissus prreterea sui (voluntate Dei) in qvendam inusitatum Labyrinthum, Revelationes Divinas seculo nostro Jactas (sub titulo Lux in Tenebris, aut è Tenebris) publicandi. Qure res ut multum laboris & molestire, ita & multum tripidationis, invidire. periculorumque, secum traxit : hine ludibriis ob ercdulitatem. inde commitationibus ob dissidentiam & trigiversationem, se intermiscentibus [oo.j 14

PRÉFACE

cette édition lui coûta et les difficultés qu'il lui fal1ut surmonter, il dut, à l'en croire, faire face aussi à beaucoup de dangers. Alors que certains se moquaient de sa crédulité', d'autres le menaçaient pour avoir longtemps douté de Drabik et tardé à imprimer ses révélations. Les critiques venaient non seulement de ses adversaires mais également de ses partisans, de ses collègues, de ses amis et même des membres de sa famille. Le premier coup fut assené par Arnoldus. Dans la préface de son essai contre le Socinien2 anglais John Bidell, Atheismus socinianus - Antibidellus [...] (1659), il reproche à son ancien professeur de répandre dans Lux in Tenebris de fausses prophéties et souligne sa responsabilité dans la destruction de Leszno. Piqué au vif, Comenius lui répliqua immédiatement dans Vindicatio famœ et conscientiœ (Leyde, 1659). Dans cet ouvrage, il réitérait sa foi aux prophéties postapostoliques, niait toute responsabilité concernant ce qui était arrivé à Leszno, incitait Arnoldus à la modération et exprimait sa volonté de le rencontrer et de discuter avec lui de toutes ces questions. Arnoldus préféra toutefois lui répondre par une nouvelle publication: Discursus theologicus contra J. A. Comenius prretensam Lucem in tenebris [H'] (1659), où il répétait les mêmes reproches, mais avec encore plus de vigueur et de détails.

Si qua: pra:dicta non impleta sunt, indignari trebidabo, Jona: id non bene cessisse videns (Jon. 4). » I Quand certaines prophéties de Drabik ne se réalisèrent pas, Comenius choisit de se taire. À son avis, cela ne prouvait pas que son ami s'était trompé. C'est peut-être le Seigneur lui-même qui, pour quelque raison que nous ignorons, avait changé sa décision «<Si qua: pra:dicta non impleta sunt, indignari trebidabo. Jona: id non bene cessisse videns. [...J Fortassis enim Deo sua: sunt rationes decreta sua interdum (aut saltern suas de iis indicationes) mutandi » (Ibid.). 2 Les Sociniens étaient des protestants adeptes de la doctrine de Lelio Socini (1525-1562). développée par son neveu Fausto Socin (1539-1604). Ils interprétaient la Bible de manière rationnelle, ne reconnaissaient pas le dogme de la Trinité et niaient la divinité du Christ. 15

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DE L'ADMONITION

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Maresius, pendant ce temps, procédait avec beaucoup de retenue. Dans ses lettres, il condamnait, comme Arnoldus, le comportement « irresponsable» et le millénarisme de son ami et collègue, mais dans ses écrits, il plaidait pour la prudence en matière de prophéties modernes, ce type de prédictions ne s'accordant pas avec le Nouveau Testament. De même, les dirigeants de l'Unité des Frères tentaient de raisonner leur évêque: Vetterinus, par exemple, le prévint plusieurs fois contre Drabîk et Felinus et il entama même des procédures disciplinaires contre le visionnaire1. Pourtant, Comenius restait sourd à leurs conseils. Parallèlement, il résistait aux pressions du prophète qui, non content de l'édition anonyme de Lux in Tenebris, exigeait de lui une nouvelle édition pour le grand public. Comenius ne céda à ses demandes qu'en 1663. Il publia d'abord Revelationum divinarum epitome, une sélection de vieilles et de nouvelles révélations, puis, en 1665, la version finale de Lux in tenebris, sous le nouveau titre de Lux e tenebris. Les derniers événements politiques en Europe (l'avancée des Turcs en Europe centrale, la prise du pouvoir en France par Louis XIV après la mort de Mazarin en 1661, l'alliance du nouveau roi de Suède Charles XI avec la France, etc.) et l'approche « imminente» du millenium, demandaient, à son avis, que la lumière (Lux, le contenu des révélations) soit vue de tous, et en particulier des princes les plus puissants2. La polémique provoquée par la publication de Lux in Tenebris n'empêcha pas Comenius de remplir ses obligations
1 Il l'accusa de conduite incompatible avec son statut ecclésiastique (ivrognerie, bagarres, fausses prophéties, etc.). 2 Vers 1656, le théologien et pédagogue suisse Jacob Redinger (1619-1688) vint s'établir à Amsterdam, fit la connaissance de Comenius et devint un de ses plus fervents disciples. Il introduisit dans son école sa méthode d'enseignement des langues et ses manuels scolaires. En 1664, Redinger se rendit en France offrir une copie de Lux in tenebris à Louis XIV et ensuite au campement turc en Slovaquie du sud, présenter un autre exemplaire au grand vezir Koprulu Mehmed Pacha. 16

PRÉFACE

épiscopales, de publier plusieurs nouveaux ouvrages', ni de travailler à De rerum humanarum emendatione consultatio catholica (Consultation universelle sur la réforme des affaires humaines), son magnum opus. Cet ouvrage monumental devait se composer de sept livres: 1. l'introduction: Panegersia (le réveil universel) ; 2. les questions de méthode: Panaugia (l'illumination universelle) ; 3. les principes des choses et des phénomènes: Pansofia (la sagesse universelle) ; 4. Pampredia (l'éducation universelle) ; 5. Panglottia (la langue universelle) ; 6. Panorthosia (la réforme universelle) ; et 7. Pannuthesia (encouragement universel en faveur de la réforme et de la vie en paix). Quinze ans avaient passé depuis que Comenius avait conçu l'idée de montrer dans la Consultatio comment transformer, sans violence, la vie sur terre en un paradis. La composition de

cette « utopie des. utopies2 » avançait toutefois très lentement et
il commençait à douter de la jamais finir. Il décida pour cela de consulter ses amis sur la procédure à suivre. L'un des premiers vers qui il se tourna était Maresius. Comenius voulait savoir si, à son avis, il devait poursuivre ou arrêter, du moins provisoirement, la rédaction de cet ouvrage. Maresius était un grand admirateur du pédagogue Comenius3, mais aussi, selon les termes de Pierre Bayle, « un des
I Travaux littéraires (Le Labyrinthe du monde et le Paradis du cœur, 1663), religieux (Manualn£k aneb Jddro celé Biblt svaté. 1658 ; Janua /ntroductorium Biblia Sacra, 1658), historiques (Historie persecutionum ecclesire Bohemicœ. 1663), philosophiques (Via Lucis, 1668), religieux (lndependentia. œternarum confusionum origo. 1661), politiques (Angelus pacis, 1667), pédagogiques (Triertium catholicum. 1681). Ce dernier ouvrage fut publié à Leyde par Chr. VI. Nigrinus. 2 1. Patocka, Sebrané spisy Jana Patocky. sv. 10 Komeniologické studie II. Utopie a soustava lidskYch cilu u Komenského (Études coméniologiques, vol. 10.2, Les utopies et le système des buts humains chez Coménius), Praha, OIKOUJ.1£VTj, 1998, p.276. 3 Maresius fut l'un des premiers aux Pays-Bas à utiliser Janua linguarum Reserata dans ses cours et à enseigner à l'école de Bois le Ducq selon la méthode 17

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plus célèbres théologiens du XVIIe sièclel ». Comme calviniste, il ne pouvait que rejeter, non seulement les révélations publiées dans Lux e tenebris, en premier lieu celles de Drabîk qu'il considérait comme un imposteur, mais également les idées millénaristes développées dans les pages de Panorthosia, que l'auteur lui avait fait parvenir par l'entremise de Figulus. Maresius souhaitait éviter une altercation avec Comenius. Il demanda pour cela à son élève André Forrestier d'ajouter, dans le travail qu'il préparait contre les chiliastes (ou millénaristes) français Pierre Serrurier et Jean Labadie3, quelques paragraphes sur le millénarisme de Comenius. Le texte de Forrestier parut en 1669 sous le titre Disputatio theologica prior. Cet ouvrage aurait sans doute été vite oublié et la Continuatio n'aurait probablement jamais été écrite si, l'ouvrage à peine sorti de l'imprimerie, le professeur Jakob Alting4, grand rival de Maresius, n'avait pas averti son ami Comenius à Amsterdam de ce qui venait de se passer à Groningen. Par la même occasion, il lui fournissait aussi des arguments, puisés dans les Écritures, pour réfuter les accusations de Forrestier (et de Maresius). Comenius répondit sans tarder à Maresius en publiant De Zelo sine scientia
coménienne (1639). 11fit l'éloge de l'auteur du fameux manuel dans son discours inaugural à l'université de Groningen (l643). Il accueillit Comenius en 1656 quand, après la dévastation de Leszno, il vint s'établir à Amsterdam. et ill' aida à refaire sa vie dans sa nouvelle patrie. l P. Bayle, Dictionnaire historique et critique, Slatkine Reprints, Genève, 1969, vol. 2 [réimpr. de l'éd. de 1820-1824, 16 voL], p. 243. 2 Pierre Serrurier ou SerraIius (1600-1669). Français né à Londres, il fit ses études à Leyde, puis s'établit à Amsterdam où se lia d'amitié avec Comenius. Il était fervent chiliaste et adversaire de Descartes. Après qu'il se fut disputé avec Antoinette Bourignon (voir infra, p. 24. n. 1), Comenius se sépara de lui et se rapprocha de cette dernière. 3 Jean Labadie, aristocrate français (1610-1667). Jésuite, il se convertit au calvinisme et passa aux Pays-Bas. Il prétendait avoir été informé par Jésus qu'il avait été choisi pour être son prophète sur terre. Il forma à Amsterdam une secte de type communautaire et millénariste et trouva de nombreux adeptes aux États-Unis. 4 Jakob Alting (1618-1679). Orientaliste d'origine allemande. établi aux PaysBas, professeur de théologie et d'hébreu à l'université de Groningen, collègue et adversaire de Samuel des Marets, proche de Hartlib et de la famille de Geer. 18

PRÉFACE

et charitate admonitio fratema (1669). D'une part, il lui rappelait leurs anciens rapports, reconnaissait son millénarisme et sa foi aux révélations et les justifiait en citant des passages des Écritures et des extraits de livres d'auteurs réformés connus. D'autre part, il

protestait contre la

«

mésinterprétation » que faisait Maresius de

certaines parties de la Consultatio qu'il lui avait prêtées et à la fin, il lui proposait de mettre un terme à la polémique.

Maresius toutefois jugea préférable de régler ses comptes avec lui une fois pour toutes, en publiant Antirrheticus sive defensio pii zeli retinenda recepta in ecclesiis reformatis doctrina prœsertim adversus chiliastas et fanaticos, contra J. A Comenii fanatici zelum amarum, scientia et conscientia destitutum (Groningen, 1669). Son but en écrivant cet ouvrage était de « démasquer », comme il l'écrit, le « fanatique' » millénariste, d'exposer sa « vraie» morale, flétrir son caractère, ridiculiser « les idées pompeuses de sa méthode d'enseigner» et sa pansophie. La lecture d'Antirrheticus dévasta Comenius. Il ne s'attendait pas à une critique si véhémente et, à son avis, si injuste de la part d'un ami. De toutes les accusations, celle qui le blessa le plus profondément était la critique impitoyable de la pansophie. Maresius la décrit comme un « projet vain » et aussi « bête» qu'il est immense, « un rêve délicieux» d'un vieillard en délire (senex delirus). Sans perdre de temps, Comenius lui répondit dans Continuatio admonitionis fratemœ de temperando zelo, consacré principalement à la défense de sa pansophie2: « Puisque vous posez comme base de ce masque très repoussant le fait que j'ai promis ma Pansophie, par laquelle j'aurais trompé le monde [...] vous me contraignez à faire le récit véridique des faits [...]» (Continuatio, ~ 38).
1 « Sed prœserti est Comenius fanaticus, visionarius, et enthusiasta in folio» {Maresius, Antirrheticus (.oo]. Groningen, 1669, p. 9). 2 Comenius comptait réfuter les autres accusations de Maresius dansAntimaresius, un ouvrage qu'il n'aura plus le temps d'écrire.
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Comenius écrivit cette Continuatio au prix d'énormes difficultés. Il avait soixante-dix-sept ans, il était las, déprimé et en mauvaise santé. Subitement, en septembre 1669, en pleine rédaction, il tomba malade. Il ne reprit la plume qu'en janvier 1670'. Mais il ne réussit pas à terminer son ouvrage. Il s'arrêta au ~ 128, au moment où il arrive à Amsterdam et où culminent ses efforts pansophiques (1657). Peu après la parution de Continuatio, il était frappé d'apoplexie. Malgré sa paralysie partielle, il réussit à écrire quelques mots amicaux à Drabik. Le 15 novembre 1670, il s'éteignait à Amsterdam2. Ensuite les événements se précipitent. En 1671, Drabik est arrêté par les autorités autrichiennes et exécuté publiquement à Bratislava. Maresius meurt en 1673 et Arnoldus, le dernier protagoniste de cette triste histoire, en 1680. La polémique suscitée par la publication de Lux in Tenebris était déjà oubliée, comme son auteur d'ailleurs. Comenius n'était plus en vogue3. Les temps avaient changé. Timidement se préparait le Siècle des Lumières.

***
L'un des précurseurs les plus connus du Siècle des Lumières est le critique et philosophe Pierre Bayle (1647-1706). Né dans une famille calviniste, il se convertit au catholicisme alors qu'il fréquentait le collège jésuite de Toulouse. Pas pour longtemps cependant. Deux ans plus tard, il retournait à la foi protestante, quittait la France et
1 Il semble que, l'été 1670, Maresius, de passage à Amsterdam, tenta de contacter Comenius et de se réconcilier avec lui. Selon une lettre d'Alting à Baltazar Bekker, en date du 15 juillet 1670, Comenius aurait toutefois demandé qu'il se rétracte auparavant publiquement, ce que le fier Picard, comme il fallait s'y attendre, refusa. 2 « Bien à propos », selon Bayle (op. cit., p. 266). 3 Seuls ses deux manuels de latin, Janua linguarum reserata et sa version simplifiée et illustrée d'Orbis sensualium pictus (1658) continuèrent encore longtemps à être réédités. Quant à la Consultatio, en dépit des instructions formelles de l'auteur et des fonds offerts par la famille de Geer pour sa publication, l'impression dut être arrêtée, faute de lecteurs, après la parution du premier volume. 20

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finissait par s'établir à Rotterdam. De ses nombreuses publications, la plus connue est le Dictionnaire historique et critique (1697). Dans cet ouvrage, Bayle consacre plusieurs pages à Comenius. Il ne soupçonnait certes pas quel effet désastreux ses commentaires auraient sur la réputation de l'auteur de Lux in Tenebris et cela pendant une très longue période de temps. Bayle, comme tous les Français instruits de son temps, avait entendu parler de la méthode d'enseignement des langues de Comenius et de sa pansophie. Presque certainement, il avait lu Janua linguarum reserata (1631), dont il parle élogieusement dans son Dictionnairel. Il avait très probablement parcouru Pansophire Prodromus2(1637), qui, écrit-il,« le fitregarder comme un personnage très-capable d'être le restaurateur des écoles3 ». À l'époque, on parlait beaucoup de cet essai dans les salons parisiens. Mersenne attira l'attention de son ami intime Descartes sur cet ouvrage, qui l'avait très favorablement impressionné. L'auteur du Discours de la méthode le lut attentivement et le commenta, somme toute, assez favorablement. Mais Comenius était un auteur prolifique et tous les sujets traités par le pansophe n'intéressaient pas nécessairement Bayle. D'ailleurs, celui-ci n'avait pas le temps de tout lire. Son volumineux Dictionnaire historique et critique était un projet gigantesque qui exigeait toute son attention. Esprit critique et ennemi déclaré des superstitions, il attaque principalement le millénarisme et la pansophie de Comenius, sans épargner pour autant ses faiblesses humaines ou les déficiences de sa théorie pédagogique (réelles ou imaginées). Il s'appuie pour ce faire, presque exclusivement, sur le Discursus theologicus d'Arnoldus et l'Antirrheticus de Maresius,
P. Bayle, op. cit.. p. 263. 2 Cet ouvrage où Comenius explique la nécessité de la pansophie et définit les principes philosophiques sur lesquels elle est fondée fut publié pour la première fois à Londres par Hartlib en 1637, sans la permission de l'auteur. 3 P. Bayle, op. cit., p. 260. ]

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répétant habilement leurs accusations qu'il soumet de telle sorte
(<< un

savant théologien observe », « on le représente », « on lui

reproche », etc.) que les milliers de lecteurs de son Dictionnaire ont l'impression qu'il s'agit de faits certains. Comenius y est présenté comme un homme cupide:
La pluie d'or, qui tomba sur lui à Amsterdam, l'obligea de s'y arrêter pour le reste de ses jours. Quelquesuns trouvèrent cela mauvais, attendu que sa charge de surintendant des Églises de Pologne et de Bohême l'appelait ailleurs I.

comme un escroc:
On le représente comme un escroc, et un véritable chevalier de l'industrie, qui se servait admirablement de la qualité de fugitif pour la religion, et des idées pompeuses de sa méthode d'enseigner; qui se servait, dis-je, admirablement de ces ressorts à vider la bourse des bonnes âmes2.

comme un charlatan:
Un savant théologien observe que Comenius ne perdait rien de son crédit pour avoir abusé cent fois le peuple par ses visions: il ne laissait pas de passer toujours pour un grand prophète; tant il est vrai qu'on se plaît à être trompé sur certains articles [... p.

et comme un homme ingénieux, qui, à son arrivée à Elbing, utilisait des (( ruses» envers Louis de Geer, pour être (( le seul possesseur de ses libéralités ».

1 Ibid., p. 263. 2 Ibid., p. 264. 3 Ibid., p. 267. 22

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Parmi les autres « défauts» de Comenius, Bayle relève son « énorme» orgueil (<< est sui plenus et grandi a sentit de seipsol »). ut Il évoque aussi son manque de jugement, en citant l'Antirrheticus :
Illam comprobant aKptO'iav constans ejus 1toÀunpaY/locruvTl, genus vitre desultorium, et aKa'wcr'tacria perpetua, qure maximè in suis grammaticationibus fingendis et refingendis per totos 3° annos eluxie.

ainsi que son « inconstance en matière de religion », sa tiédeur à « réfuter les papistes» et son opportunisme: « On lui ajoute qu'il avait une souplesse merveilleuse, pour s'accommoder au goût du parti avec lequel il avait à vivre3. » Son principal défaut cependant, et le plus « dangereux », était son fanatisme: «je dis dangereux, non-seulement par rapport

à l'orthodoxie, mais aussi par rapport aux princes et aux états4» et,
reprenant Antirrheticus : «lui et tels autres fanatiques millénaires n'ont pour but que de soulever les peuples5 ». Enfin, rappelle Bayle, on lui reprochait « d'avoir été cause du saccagement et de l'incendie de Lesna6 ».

1 Ibid., p. 265. 2 Maresius, op. cit., p. 5. 3 P. Bayle, op. cit., p. 265. 4 Ibid., p. 262. 5 Cf. Maresius, op. cit., p. 58 «Ne objiciam Comenio quœ ipse quondam per tertium molitus est apud Cromwellium ad res turbandas in Bohemiâ ». 6 P. Bayle, op. cit., p. 267. Pendant la guerre entre la Suède protestante et la Pologne majoritairement catholique, Comenius, en accord avec les intérêts de ses coreligionnaires expatriés, se plaça du côté des Suédois qui étaient protestants. Dans Panegyricus Carola Gustavo, il saluait le roi de Suède comme « roi libérateur ». Il encourageait les membres de l'Unité des Frères à rester dans la ville, car, selon Drabik, elle était protégée de Dieu et ils n'avaient à craindre aucun mal. En effet, les troupes suédoises n'entrèrent pas à Leszno. Mais les paysans polonais incendièrent la ville.

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Les insinuations de Bayle n'épargnent pas même la vie privée de Comenius. Parlant de ses relations avec les millénaristes français établis aux Pays-Bas, il s'attarde longuement sur ses rapports avec Antoinette Bourignonl:
La demoiselle Bourignon et lui s'estimèrent cordialement et spirituellement. .. au lit de mort il désira qu'elle lui vint rendre une dernière visite, disant à ceux qui lui parlaient d'elle: 0 la sainte fille! Où est-elle donc? Que j'aie le bien de la voir encore une fois avant de mourir [...]. Après qu'elle l'eût été voir à sa réquisition, et qu'elle se fut retirée, il disait touchant elle, avec des transports de joie, à ceux qui venaient le voir: « l'ai vu un ange de Dieu! Dieu m'a aujourd'hui envoyé son ange» ...

Mademoiselle Bourignon [a souvent dit]

«

qu'elle

n'avait jamais vu un savant qui eût le cœur meilleur et plus humble » (Voir La Bibliothèque des Antitrinitaires p.152)2.

Bayle ridiculise également les idées « de la méthode d'enseigner» de Comenius, les qualifie de « pompeuses» et les décrit comme une tricherie:
Il Y [à Amsterdam] trouva des gens charitables, et des marchands riches qui espérèrent qu'il enseignerait le latin à leurs enfans par des voies courtes et commodes, et qui crurent qu'il fallait payer largement un homme qui épargnait le temps et la peine à cette tendre jeunesse. Il
1 Antoinette Bourignon, visionnaire et millénariste, née à Lille en 1616 d'un père italien très riche et d'une mère lilloise. Elle mourut misérablement sur les routes d'Allemagne, en 1680. D'un caractère étrange (crises mystiques, fugues), elle fut un écrivain prolifique: La Lumière du monde, récit très-véritable d'une pélerine, Anthoinette Bourignon. voyageant vers l'Éternité, Amsterdam, P. Arentz, 1679-1681,3 parties en un vol. in-8° ; L'aveuglement des hommes de maintenant, Amsterdam, P. Arentz, 1679-1684; Le Nouveau Ciel et la nouvelle terre, contenant des merveilles inouïes, jamais vues ni déclarées de personne... composé pour la consolation des bonnes âmes, Amsterdam, P. Arentz, 1679, etc. 2 P. Bayle, op. cit.. p. 268.

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dit sans doute en lui-même: « Il est bon que nous soyons ici, plantons-y donc nos tabernacles ».1

À propos des textes réunis dans Opera Didactica Omnia (ODO), dont plusieurs sont aujourd'hui généralement considérés comme des chefs-d'œuvre2, il écrit:
C'est un ouvrage in folio, divisé en quatre parties, qui coûta beaucoup de veilles à son auteur et beaucoup d'argent à d'autres et dont la république des lettres n'a tiré aucun profit: et je ne pense pas même qu'il y ait rien de praticable utilement dans cet auteur'.

Les seuls commentaires positifs sur Comenius dans l'article de Bayle se rapportent à son célèbre manuel de latin Janua linguarum reserata4 (1631). Cet ouvrage écrit-il, « lui acquit une merveilleuse réputationS ». Plus loin il ajoute:
Quand Comenius n'aurait publié que ce livre-là, il serait immortalisé. C'est un livre qui a été imprimé une infinité de fois, et traduit en je ne sais combien de langues: il y en a plusieurs éditions polyglottes6.

I Ibid., p. 263-264. 2 Je citerai pour exemples La Grande Didactique, La Toute Nouvelle Méthode des Langues et L'École du Giron Maternel. 3 P. Bayle, op. cil., p. 261. 4 Janua linguarum reserala, manuel de latin de type nouveau, une sorte de miniencyclopédie (encyclopediola), composé par Comenius pour les besoins futurs des élèves tchèques. Publié à Leszno en 1631, Janua rendit son auteur instantanément célèbre. Contrairement à la tradition humaniste, le manuel de Comenius n'enseigne pas le latin classique, mais les mots de base« les plus usités» (environ 8 000 vocables) en parallèle avec les choses (res) qu'ils désignent. Les mots sont assemblés en mille courtes phrases indépendantes, divisées en cent chapitres consacrés aux choses que tout homme devrait connaître pour vivre heureux sur ten-e et mériter le ciel après la mort. 5 P. Bayle, op. cil., p. 260. 6 Ibid., p. 262. 25

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FRATERNEUE

Et plus loin, il affirme à propos du succès de ce manuel scolaire: « il n'yen a point à quoi l'oreille soit plus accoutumée qu'à celui de Janua Linguarum reserata de Comeniusl ». De ses nombreux écrits pansophiques, le seul que Bayle cite quelque peu avantageusement est Pansophiœ Prodromus (1637). Presque certainement il ignorait les autres. Il connaissait, en revanche, Sorberiana (1694) de Sorbière (1615-1670). Samuel Sorbière descendait d'une famille huguenote du Languedoc. Il étudia la médecine à Paris et à Leyde. Après huit ans de séjour aux PaysBas, il retourna en France et se convertit au catholicisme. N'ayant pas obtenu le poste ecclésiastique qu'il croyait mériter, il passa le reste de sa vie à traduire, à rédiger des essais scientifiques, à éditer l' œu vre philosophique de son ami Pierre Gassendi et à publier ses propres mémoires de voyage. Sorberiana est un recueil de 241 articles ou chapitres de longueur inégale sur des personnages historiques, sur des personnalités que l'auteur eut l'occasion de rencontrer et sur des notions scientifiques ou philosophiques, agrémenté d'anecdotes et de bons mots. L'ouvrage parut en format de poche en 1690 (?), vingt ans après la mort de l'auteur et connut trois rééditions, la dernière en 1694 (?). Dans un chapitre d'une quinzaine de lignes, Sorbière décrit sa rencontre, en 1642, avec Comenius2 Elle eut probablement lieu à Amsterdam3, à sa demande, et ne dura pas longtemps. Sorbière y affirme avoir été profondément déçu de l'auteur de Pansophiœ
I Ibid., p. 263. 2 Yoir J. A. Caravolas, « La rencontre de Samuel Sorbière avec Jan Amos
Comenius », Mezi Baltem a Uhrami. Komensky, Jednota bratrskd a svet stfedoevropského protestantismu. Sbomik k poctê Marty Beckové (Entre la mer Baltique et la Hongrie. Comenius, l'Unité des Frères et le monde protestant en Europe Centrale. En hommage à Marta Beckova), Filosofia - <PIAOW<I>iA, Praha, 2006, p. 49-73. 3 Ceux qui l'ont connu disaient de lui qu'il avait le talent de contacter les hommes célèbres (Grotius, Descartes, Pierre Gassendi, Thomas Hobbes), pour profiter de leur savoir et de leur gloire. Les opinions sur son personnage et sur ses écrits sont souvent contradictoires. Gustave Cohen l'appelle « étrange aventurier de lettres» et «gazetier universel» (G. Cohen, Écrivainsjrançais en Hollande dans la première moitié du XVIJ<siècle, La Haye, Nijhoff, 1921, p. 228). 26

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Prodromus, sur lequel il avait entendu tant d'éloges au temps de ses études à Paris. Les idées de Comenius sur la pansophie lui parurent, pour la plupart, insignifiantes (jejuna), chimériques, sans valeur scientifique, ridicules, bref « indignes d'un esprit sain' ». Ce jugement ne devrait pas nous surprendre. Sorbière n'avait-il pas, quelques semaines plus tôt, éprouvé le même désenchantement lors de sa rencontre avec Descartes? Comme l'écrit Morize, qui s'est beaucoup intéressé à lui, « on s'instruit à le suivre, et rarement on s'ennuie », mais « on ne l'accompagne point sans quelque défiance2 ». Bayle trouva cependant le texte de Sorbière de son goût. Oubliant toute prudence, il inséra dans son article sur Comenius cette notice de bas de page: « Sorbière a fort bien caractérisé cet homme et sa Pansophie3 ». Si Bayle n'avait pas attiré l'attention de ses lecteurs sur le livre de Sorbière, le tort causé par ce dernier à Comenius n'aurait pas été si grand, car après la dernière édition de Sorberiana, peu de personnes se souvenaient encore de ce livre et de son auteur. Mais le Dictionnaire historique et critique de Bayle est d'une autre portée. Il eut un immense succès international, connut plusieurs éditions et rééditions, devint l'ouvrage de référence des philosophes du Siècle des Lumières et reste encore aujourd'hui un outil de travail précieux pour les historiens des idées. Je donnerai deux exemples de l'influence du Dictionnaire. En 1674, Louis Moréri (1643-1680) faisait paraître à Lyon son Dictionnaire historique en un volume4. Après la mort de l'auteur, le dictionnaire fut revu, corrigé, et« enrichi de Remarques,
1 S. Sorbièrc, Sorberiana ou Bons mots, Rencontres agréables, pensées judicieuses et Observations curieuses, chez la Veuve Mabre-Cramoisy, Paris, 1694, p.61-62. 2 A. Morize, « Samuel Sorbière et son Voyage en Angleterre », Revue d'histoire littéraire de la France, XIV, janvier-mars 1907, p. 274-275. 3 S. Sorbière, op. cit., p. 281. 4 L. Moréri, Dictionnaire historique, Lyon, chez Jean Girin & Barthélemi Rivière, 1674. 27

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FRATERNELLE

de Dissertations & de Recherches curieuses [...J tirées de différens Auteurs & surtout du Dictionnaire Critique de M. Baylel ». Dans l'édition originelle, le Moréri n'avait pas d'entrée sur Comenius. Une entrée apparaît dans l'édition de 1725, s'achevant par la notice suivante: « Mém. Historiques, Bayle, dict. ». Elle est bien plus courte que celle du Dictionnaire de Bayle et surtout beaucoup moins agressive. Dans la deuxième moitié de l'article, cependant, on retrouve presque textuellement les paroles et le style de Bayle, notamment dans l'évaluation des Opera Didactica Omnia:
ouvrage in-folio, dont la république des lettres n'a tiré aucun profit; aussi n'y a-t-il rien de praticable dans les idées & les règles qu'il propose. La réformation des écoles ne fut pas son principal entêtement; il donna dans le ridicule des prétendus nouveaux prophètes, qui s'imaginoient avoir la clef des prédictions de l'Apocalypse [...] 2.

Denis Diderot se servit également du Dictionnaire de Bayle pour écrire l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné. Dans le 8e volume de cet ouvrage impressionnant, il consacre plusieurs paragraphes à Comenius et à sa philosophie de la nature3. Son article commence ainsi: « Voici un homme qui s'est fait un nom au temps où les esprits voulaient ramener tout à la révélation. C'est Jean Amos Comenius4 ». Comme Bayle, mais avec des mots moins flatteurs, Diderot rappelle que Comenius est l'auteur de Janua linguarum
I L. Moréri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane Nouv. et dernière éd. rev., corr. et augm.. Paris, chez Jean-Baptiste Coignard, imprimeur ordinaire du Roy & de l'Académie françoise, 1725. 2 Ibid.., vol. 3, p. 859. 3 D. Diderot, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences. des arts et des métiers. Paris, Briasson, David, Le Breton et Durand, vol. VIII, 1765, s.v. « Histoire de la philosophie. Philosophie mosaïque et chrétienne », p. 741-745. 4 Ibid., p. 743. Sur la même page, Diderot écrit que Comenius fut « appelé en Suisse & en Angleterre. Il tit ces deux voyages ». C'est une erreur. JI fut invité presque simultanément à venirtravailler en Suède, en France et en Angleterre. Il n'a jamais visité la Suisse ni la France. 28

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