Thérèse de Lisieux, son combat spirituel, sa voie

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En 1997, pour le centenaire de sa mort, la sainte sans doute la plus populaire et la plus aimée du XXe siècle a connu son apothéose : elle a été proclamée « docteur de l’Église », rejoignant ainsi la cohorte des plus grands. Mais quelle fut donc sa « doctrine » ? Elle n’a jamais employé ce mot. Pas plus qu’elle n’a parlé de l’enfance spirituelle et qu’elle ne justifie les images infantiles et la mièvrerie dont on l’a accablée, à commencer par ses plus proches. Que de scories, de surcharges, mais aussi d’oublis à son sujet depuis un siècle !C’est pourquoi, dans ce livre très neuf, Jean-François Six a voulu refaire minutieusement le parcours complet du combat spirituel de Thérèse. Et, très vite, on s’aperçoit qu’on a affaire à une forte personnalité religieuse et humaine, une personnalité créatrice, qui transforme ou remodèle les traditions héritées, s’abandonne progressivement à l’amour et non plus à la crainte, entre dans une prodigieuse intelligence de la vie trinitaire de dieu, manifeste une liberté spirituelle inouïe au sein d’un milieu confiné dans la dévotion doloriste.La « Voie » de Thérèse, ce n’est pas l’ « enfance spirituelle », mais la présence de l’Amour Trinitaire la plus grand au cœur de ce qui est petit, éprouvé, abandonné.
Publié le : mercredi 25 mai 2016
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EAN13 : 9782021337082
Nombre de pages : 456
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couverture

Du même auteur

Le Cantique des cantiques

Desclée de Brouwer, 1997

 

Thérèse de Lisieux par elle-même, 3 vol.

Scrupules et Humiliations ;

L’Amour et la Confiance ;

L’Épreuve et la Grâce

Desclée de Brouwer-Grasset, 1997

 

Lisieux au temps de Thérèse

Desclée de Brouwer, 1997

 

Lettres et Carnets de Charles de Foucauld,

Éd. du Seuil, coll. « Livre de Vie », 1995

 

Lumière de la nuit

Éd. du Seuil, 1995

 

Dynamique de la médiation

Desclée de Brouwer,

coll. « Culture de paix », 1995

 

Le Chant de l’amour

Desclée de Brouwer-Flammarion, 1995

 

L’Aventure de l’amour de Dieu :

80 lettres inédites de Charles de Foucauld à Louis Massignon

Éd. du Seuil, 1993

 

La Solitude

Le Livre ouvert, 1992

 

Religion, Église et Droits de l’homme

Desclée de Brouwer, 1991

 

Le Temps des médiateurs

Éd. du Seuil, 1990

 

Comment est-il possible de croire aujourd’hui ?

Desclée de Brouwer, 1989

 

Le Père Riobé, un homme libre

Desclée de Brouwer, 1988

 

Vie du père Chevrier, prêtre selon l’Évangile

Desclée de Brouwer, 1987

 

1886, Naissance du XXe siècle en France

Éd. du Seuil, 1986

 

Dieu cette année-là

De sciée de Brouwer, 1986

 

Guide des solitudes

Fayard, 1985

 

Les Béatitudes aujourd’hui

Éd. du Seuil, 1984

 

Combat pour les vieux jours

Centurion, 1983

 

Guy-Marie Riobé, évêque et prophète

Éd. du Seuil, 1982

 

Vincent de Paul

Centurion, 1981

 

Lorsque Jésus priait

Éd. du Seuil, 1980

 

Thérèse de Lisieux

1873-1897,

Bayard Éditions-Centurion, 1980

 

L’incroyance et la foi ne sont pas ce qu’on croit

Centurion, 1979

 

Nous cherchons le bonheur

Desclée de Brouwer, 1978

 

Le Courage de l’espérance.

Les dix ans qui ont suivi le concile 1965-1975

Éd. du Seuil, 1978

 

Les Jeunes, l’Avenir et la Foi

Desclée de Brouwer, 1977

 

L’esprit qui nous parle à travers l’incroyance

(en collaboration avec le P. Chenu)

Éd. du Cerf, 1976

 

Vie de Thérèse de Lisieux

Éd. du Seuil, coll. « Livre de Vie », 1975

 

Jésus

Éd. du Seuil, coll. « Livre de Vie », 1974

 

Thérèse de Lisieux au carmel

Éd. du Seuil, 1973

 

Thérèse de Lisieux

Beauchesne, 1973

 

La Véritable Enfance de Thérèse de Lisieux : névrose et sainteté

Éd. du Seuil, 1972

 

Du Syllabus au dialogue

Éd. du Seuil, 1970

 

Louis Massignon

Éd. de l’Herne, 1969

 

La Prière et l’Espérance

Éd. du Seuil, 1968

 

Des chrétiens interrogent l’athéisme

Desclée de Brouwer, 1968

 

Cheminements de la Mission de France (1941-1966)

Éd. du Seuil, 1967

 

Un prêtre, Antoine Chevrier, fondateur du Prado

Éd. du Seuil, 1966

 

Charles de Foucauld aujourd’hui

Éd. du Seuil, 1966

 

Littré devant Dieu

Éd. du Seuil, 1962

 

Vie de Charles de Foucauld

Éd. du Seuil, coll. « Livre de Vie », 1962

 

Itinéraire spirituel de Charles de Foucauld

Éd. du Seuil, 1958

 

Correspondance du père de Foucauld avec l’abbé Huvelin

Desclée de Brouwer, 1957

À Paul Flamand,

qui avait accueilli au Seuil, il y a quarante ans,
l’Itinéraire spirituel de Charles de Foucauld,
ce livre sur l’itinéraire spirituel de Thérèse de Lisieux
que j’aurais tant aimé qu’il puisse lire.
en très vive gratitude et affection.

Jean-François Six
4 août 1998

Préface


Jean-François Six, pénétrant connaisseur de Thérèse, poursuit son œuvre de présentation de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Les lecteurs accueillants seront fascinés, dans ce nouvel ouvrage, par la démarche, le traitement des sources, l’actualité de cette doctrine. Nombre de pages expliqueront et prolongeront bien des intuitions et des convictions du pape dans la lettre apostolique d’accompagnement et de présentation du « Doctorat » de Thérèse en octobre 1997.

Une préface n’a pas pour but de présenter l’ouvrage. Le père Six propose de concentrer notre regard sur la relation de Thérèse à Dieu, son engagement dans l’Église et sa réponse missionnaire. Sur ces trois registres, et beaucoup d’autres qui n’échapperont pas au lecteur, nous relèverons seulement quelques aspects, qui sont la réponse thérésienne très moderne à la nouveauté de son époque !

 

Dieu a partie liée avec l’homme et lui manifeste de multiples manières la délicatesse de sa tendresse. Tout n’est pas d’emblée joué pour l’homme, ni pour Thérèse. Sa liberté d’adhésion, soutenue et mise en question par l’environnement de ses sœurs et par sa communauté, les limites ecclésiales du moment, par les épreuves de santé et de foi, n’est jamais altérée. L’explication relève de l’expérience personnelle et intense de sa foi, éprouvée dans la réciprocité abandonnée de sa réponse d’amour. La rencontre aimante et révélatrice du Christ, animée, ranimée et renouvelée par l’Esprit, forge tous les consentements de la jeune carmélite. Son empressement à plonger dans le cœur de Dieu pour s’y glisser inconditionnellement l’entraîne sans faille à contempler la Trinité avant de s’y accomplir en plénitude. Jean-François Six met en valeur, chez Thérèse, la grande mystique trinitaire. Elle perçoit, à travers une expérience vécue, la Trinité comme le lieu du véritable bonheur.

Jean-Paul II souligne dans sa lettre du 14 octobre 1997, dès le début, ces aspects de la véritable rencontre de Dieu que Thérèse expérimente, formule et propose d’une manière éminente.

La réponse de Thérèse est impensable en dehors du champ ecclésial. Est-il besoin de le rappeler ? Les lourdeurs de l’Église à cette époque et sa lenteur à vivre les options évangéliques les plus accordées aux défis du temps habitent encore la mémoire. La petite bourgeoise protégée de Lisieux le pressentait spirituellement plus qu’elle ne pouvait l’analyser. Comment allait-elle réagir ? Par son engagement, la passion aimante de sa consécration, l’investissement de toutes ses ressources évangéliques et spirituelles.

Elle se place au cœur de l’Église, par choix du Christ, et sa réponse est accordée à l’appel et à l’attente de son époux divin. Cette réponse semble aisée. L’auteur de l’ouvrage nous montre pourtant les étapes, les conditions et les purifications d’une telle option.

Elle s’épanouit avec passion, confiance et amour, dans la grâce des sacrements, et l’intelligence de sa réponse la situe au cœur de l’Église.

Une telle vie se déploie au profit de l’Église dans son extension la plus large et dans la compréhension de sa mission. Les proches sont au cœur de sa prière, principalement s’ils souffrent et traversent des difficultés. Elle se rend elle-même proche de tous ceux qui ont du mal à croire, hésitent à se sentir aimés. Elle choisit de prendre sa place à la table des pécheurs et d’y demeurer aussi longtemps qu’il le faudra. Plus largement, elle s’emploie à rejoindre toutes celles et ceux qui s’engagent sur les chantiers de la mission la plus universelle, la plus lointaine, la plus risquée. À leurs côtés elle voudrait être apôtre.

Toutes ces dimensions d’accomplissement évangélique sont vécues, expérimentées et proposées, avec une simplicité, une bienveillance et une force qui entraînent l’adhésion, étonnent les plus réticents, tout en prenant des chemins détournés, surprenants, toujours inédits.

L’ouvrage de Jean-François Six ouvre un accès essentiel à la réponse thérésienne, avec une force convaincante, un attachement réfléchi, une exigence avertie, une véritable passion missionnaire.

Nous ne pouvons que lui souhaiter bon vent, celui de l’Esprit de liberté, de vérité, d’amour.

 

Le 8 mai 1998,

Anniversaire de la Première communion de Thérèse.

† Henri DEROUET
Évêque d’Arras
Responsable de l’association de fidèles
« Solitude de Thérèse de Lisieux »

† Pierre PICAN
Évêque de Bayeux et Lisieux

Avertissement


– Tous les textes cités de Thérèse de Lisieux sont extraits de l’édition intégrale de ses écrits allant de son entrée au carmel à sa mort :

Thérese de lisieux par elle même, coédition Grasset/Desclée de Brouwer, 1997.

Cette édition en trois volumes présente tous les textes – et les seuls textes – de Thérèse ; elle le fait par ordre strictement chronologique.

 

– Chacun des titres des 76 sous-chapitres reprend des paroles authentiques de Thérèse de Lisieux.

 

– Aucune note de bas de page : ceci afin que le lecteur puisse suivre de façon linéaire, sans discontinuité, le récit de l’itinéraire spirituel de Thérèse de Lisieux.

CHAPITRE 1

La maladie des scrupules


« La Première communion sacrilège »

8 mai 1884 : C’est un très grand jour pour une petite fille de onze ans, blonde comme les blés – « ma petite blondine » comme l’appelle sa grande sœur Pauline : elle va faire sa Première communion.

Elle s’y prépare ardemment depuis trois mois, aidée tout particulièrement par Pauline – douze ans de plus qu’elle – qui est entrée dix-huit mois plus tôt, en octobre 1882, au carmel de Lisieux. Un grand choc pour Thérèse : elle s’était sentie abandonnée par celle qu’elle avait, à la mort de leur mère, en septembre 1877, choisie pour être sa « petite mère ».

Comment Pauline – devenue sœur Agnès de Jésus – vient-elle l’aider ? En confectionnant pour sa petite sœur, en février 1884, un petit cahier de 96 pages – autant de pages que de jours jusqu’à la Première communion. Sur ce cahier, Thérèse doit noter, chaque jour, le nombre d’invocations envers Dieu et le nombre de « sacrifices » qu’elle a accomplis ; il est prévu que le jour de sa communion, Thérèse donnera le petit cahier à Agnès. Lorsqu’elle était encore dans le monde, celle-ci faisait faire à Thérèse enfant ses devoirs : elle va donc recevoir de la même manière le cahier de communion de sa petite sœur. Agnès donne en outre à Thérèse un petit chapelet à grains mobiles sur lequel on compte ses « pratiques », c’est-à-dire les sacrifices que l’on fait : Thérèse en notera 245 pour la semaine qui précède sa communion.

Ces invocations et ces sacrifices, Agnès les appelle les « fleurs » que Thérèse cueille pour Jésus qu’elle va recevoir. Au moment où Thérèse va entrer en retraite de Première communion, Agnès lui écrit une lettre où elle fait parler Jésus à Thérèse : « Je suis le Jésus de Teresita ; je viens de quitter les cieux pour visiter le petit parterre de fleurs qu’elle m’a préparé depuis trois mois. »

Il a été décidé que sœur Agnès fera, ce même jour – 8 mai 1884, jour de la communion de Thérèse –, sa profession religieuse ; toutes deux vont donc être ce jour-là tout de blanc habillées, en mariées qui se donnent à Dieu.

Thérèse a écrit à un jésuite, le père Pichon, le directeur spirituel de sa grande sœur Marie, l’aînée de la famille – elle vient d’avoir vingt-quatre ans – pour lui demander de prier pour elle le 8 mai ; elle lui dit qu’elle aussi sera carmélite.

Pendant que Thérèse fait sa retraite de Première communion, Agnès fait sa retraite de profession ; elle peut écrire le 6 mai à sa petite sœur : « Il n’y a donc plus que quelques heures qui nous séparent toutes deux du Grand Jour. » Et, on l’a vu, elle fait parler Jésus, qui évoque le « parterre de fleurs » – les sacrifices : « Le joli berceau de lys où je vais aller m’endormir, j’y resterai toujours. » Or il y a un « mais » : sœur Agnès ajoute en effet une petite phrase, en apparence anodine mais en réalité terrible pour Thérèse : « À moins que les lys ne se fanent, car le péché seulement pourra m’en faire sortir. »

Le péché, voilà le spectre, le spectre sans cesse évoqué ! Par Agnès dans sa lettre, par le prédicateur de retraite aussi ; les « notes de retraite », écrites au crayon par Thérèse dans un carnet bleu, sont éloquentes là-dessus. Il s’agit d’abord, dit le prédicateur, de rendre des comptes à Dieu : « Monsieur l’Abbé nous a dit (…) que Dieu nous demanderait compte des grâces qu’il nous a accordées et qu’il faudrait lui en présenter à proportion de ce qu’il nous avait donné de grâces. » Le Dieu que l’abbé Domin présente à Thérèse est un Dieu janséniste : livré à la seule justice divine, le sort de l’homme devrait être la damnation pure et simple ; mais Dieu, dans son « amour », choisit un petit nombre et leur donne des grâces de salut ; ce Dieu est un Dieu souverain, que rien ne saurait contraindre, un Dieu qui ne nous doit rien, envers qui notre dette est totale. Mais le prédicateur parle particulièrement de la mort. Celle-ci est d’autant plus présente dans la retraite de ces cinq petites filles que mère Saint-Exupère, la prieure de l’abbaye bénédictine où Thérèse est élève et prépare sa communion, est morte le dimanche 4 mai, juste avant la retraite : « Monsieur l’Abbé nous a parlé de la mort et que peut-être il y en aurait une qui ne finirait pas sa retraite. » Voilà de quoi mettre de la terreur dans l’esprit de ces filles si jeunes ! Mais l’abbé Domin ne s’en tient pas là. Thérèse écrit : « Ce soir l’instruction était sur l’enfer ; Monsieur l’Abbé nous a représenté les tortures qu’on souffre en enfer ; il nous a dit que de notre Première communion allait dépendre si nous allons au ciel ou en enfer. » Le 7 mai, ultime instruction : « M. l’Abbé nous parle de la Première communion sacrilège : il nous a dit des choses qui m’ont fait bien peur. » Thérèse se sent alors « fragile », elle n’est pas à l’aise avec elle-même ; elle dira, dans ses « souvenirs d’enfance » de 1895 qu’en cette Première communion elle avait « demandé (à Jésus) de lui ôter sa liberté, car sa liberté lui faisait peur ». Son ardent désir, en cette Communion, est de se perdre elle-même ; parlant encore d’elle-même à la troisième personne, elle écrit : « Elle se sentait si faible, si fragile que pour jamais elle voulait s’unir à la Force Divine. » Sa force vitale, sa « liberté », qui a été mise à mal à l’âge de quatre ans et demi avec la mort de sa mère, demeure pourtant au fond d’elle-même ; Thérèse est écartelée entre le désir de vivre cette liberté et la peur qu’elle a d’elle ; elle pense trouver une solution dans l’acte de communion, où elle voit « une fusion » avec la force même de Jésus, « le maître, le Roi », une « fusion » dans laquelle se résout son écartèlement.

 

Un an après la Première communion, on renouvelle celle-ci, et le même abbé Domin prêche à Thérèse et à ses compagnes, du 17 au 20 mai 1885, la retraite de « Seconde communion ». Les mêmes propos reviennent : « Ce que M. l’abbé nous a dit était très effrayant ; il nous a parlé du péché mortel, il nous a dépeint l’état de l’âme en péché en morte et combien Dieu la hait. » La troisième instruction du lundi 18 porte sur la mort, celle du 19 sur le jugement à l’heure de la mort ; le mercredi matin sur « l’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers ».

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