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Environnement-Inde : vers une deuxième révolution verte ?

De
174 pages
Les Indiens font face à d'énormes problèmes écologiques : chaque année l'Inde perd des milliers d'hectares de forêt au profit d'un développement sauvage ; ses grandes rivières, telle le Gange, sont polluées au-delà de toute mesure ; et sa population de tigres a pratiquement disparu. Mais ce sont ces soldats de la démocratie qui veillent et qui patiemment s'attaquent aux problèmes de l'eau, du recyclage ou de l'agriculture bio. L'Inde va-t-elle vers une deuxième Révolution verte ?
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Dr R.K. Pachauri
Sunita Narain
Jean Pouyet
Sophie Lehideux
Yannick Escatha
Frank Vogel
Harish Hande
Martine Quentric
Kiran Vyas
15 €
ISBN : 978-2-343-01019-9
NUMÉRO 7
LA NOUVELLE REVUE DE L’INDE
© Photo : Frédéric Soltan
Numéro 007ENVIRONNEMENT-INDE :
VERS UNE DEUXIÈME RÉVOLUTION VERTE ?2
ÉDITORIAL
L’Inde a choisi la voie la plus difficile en Asie : celle de la démocratie.
Lorsque les Chinois veulent tracer une autoroute, ou construire un barrage, ils exproprient
manu militari des millions de gens et il n’y pas – ou peu – de contestation. En Inde, la construction
d’une autoroute souffre sept ans de litiges avant d’être ouverte à la circulation.
Par contre, la démocratie indienne est un atout pour l’environnement. On rencontre ici
des grandes figures de proue de l’écologie : R. K. Pachauri, prix Nobel de la Paix et président
de l’Institut de l’Énergie et des Ressources Indiennes, Vandana Shiva, la passionaria de l’envi-
ronnement en Inde, ou bien Sunita Narain, papesse des ONG indiennes. On recense justement
partout en Inde, des Himalayas à la pointe du Kerala, des centaines de milliers de petites ONG,
qui chacune dans son coin fait son travail de fourmi.
Comme l’explique notre éditorialiste Jean-Yves Lung, dans son introduction au cahier spé-
cial sur l’Environnement, les Indiens font face à d’énormes problèmes écologiques : chaque
année l’Inde perd des milliers d’hectares de forêt au profit d’un développement sauvage ; ses
grandes rivières, telle le Gange, sont polluées au-delà de toute mesure ; et sa population de
tigres a pratiquement disparu. Mais ce sont ces soldats de la démocratie qui veillent et qui
patiemment s’attaquent aux problèmes de l’eau, du recyclage ou de l’agriculture bio. Et par
le biais de notre revue, ils apportent un message d’espoir : l’Inde va-t-elle vers une deuxième
Révolution verte ?
ÉDITORIAL© Photo : Sven Ulsa 3
Parmi les grands enjeux écologiques, l’eau pourrait donner lieu à une guerre entre la Chine
et l’Inde, comme l’expliquent Claude Arpi, notre chroniqueur « tibétain », ainsi que le général
Alain Lamballe, spécialiste de l’eau en Asie du Sud.
Notre prochain numéro traitera de l’hindouisme, une des grandes religions du monde, plus
ancienne que le bouddhisme ou la chrétienté, mais qui est malheureusement mal connue et
méconnue.
Bonne lecture !
Écrivain, journaliste et photographe,
François Gautier a été durant huit ans
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.
Il est l’auteur d’une douzaine de livres sur l’Inde, dont :
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)
Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie (Éditions du Rocher, 2012)
ÉDITORIALSOMMAIRE
POLITIQUE 74
Barrages sur les fleuves : CLAUDE ARPI 8
L’eau en Asie du Sud : LE GÉNÉRAL ALAIN LAMBALLE 12
Immolations au Tibet : CLAUDE ARPI 15
Retrait d’Afghanistan – et si on jouait la carte indienne ? : FRANÇOIS GAUTIER 18
Visite en Inde de François Hollande : AMBASSADE DE FRANCE EN INDE 20
Une visite « normale » – pour un partenariat historique : CLAUDE ARPI 23
ÉCONOMIE 27
L’innovation, clé d’un développement durable : NIRANJAN KHATRI 28
De l’énergie renouvelable pour l’Inde rurale : DR HARISH HANDE 31
La voie verte dans l’industrie du bâtiment : NIRANJAN KHATRI 35
Capitaux occidentaux et aciérie polluante en Inde : S. UMASHANKAR & S. MEHTA 37
Espace : la collaboration franco-indienne : CLAUDE ARPI 40
Yannick d’Escatha – interview : CLAUDE ARPI 44
TCS acquiert Alti S.A. : INTERNET 47
ENVIRONNEMENT-INDE 48-49
L’écologie en Inde : JEAN-YVES LUNG 50
CARNETS DE ROUTE 53
Lire les paysages – pour mieux les guérir : JEAN POUYET 54
Le changement climatique : R.K. PACHAURI 58
Problèmes écologiques : un aveuglement coupable : LE GÉNÉRAL VINOD SAIGHAL 62
SOMMAIRE© Photo : Sven Ulsa
65 OPHÉLIE AYOUAZ : Les sept plaies de l’Asie
5
69 VERS DES SOLUTIONS DE TERRAIN
70 AUROFILIO SCHIAVINA : Plages menacées de l’Inde
73 TERI : Transformer les sites de cendres volantes grâce aux champignons
75 GILLES BOULICOT : L’eau dans la biorégion d’Auroville
80 JÉRÔMEBOSSUET : Inde : faire reculer la malnutrition avec l’agro-écologie ?
85 ALOK GUPTA : Éduquer les petits paysans traditionnels
87 VERS DES SOLUTIONS : ÉNERGIE
88 SUNITA NARAIN : L’énergie solaire en inde
90 KUMKUM DASGUPTA : L’énergie décentralisée
94 TIANA RANOVONA : Innover dans le solaire – pour les populations locales
97 TEJAS JOSEF : EV future – tâtonnements en quête d’un transport écologique
99 VERS DES SOLUTIONS : SOCIAL
100 HARIBANDHU PANDA : Initiative démocratique en Inde – étude de cas en Odisha
103 PRATIM ROY :  Small is global » – développement humain et protection de la nature
106 SURESH PAREKH : L’histoire de Ruipathar
109 SOPHIE LEHIDEUX : Les femmes – pièces maîtresses de nos projets de développement
112 JURGEN PUETZ : Le Centre Palmyra, Auroville – régénérer les terres, développer...
115 ENVIRONNEMENT ET SPIRITUALITÉ
116 KIRAN VYAS : L’ayurvéda, une écomédecine
122 MICHEL DANINO : Des Indiens et des arbres
SOMMAIRE© Photo : Sven Ulsa
Les premiers hommes : FRÉDÉRIC SOLTAN 125
6 En harmonie avec notre véritable nature : MARTINE QUENTRIC 128
Un défi aux financiers : LA MÈRE (MIRRA ALFASSA) 131
CULTURE 133
Dharavi – le roman graphique : EDDY SIMON 134
Cuisine brahmine du sud de l’Inde : VIJI VARADARAJAN 136
« Saison indienne » à Toulouse – nouveau festival sur l’Inde : PHILIPPE PRATX 139
« Bonjour India » – grand festival culturel et populaire : L’ÉQUIPE BONJOUR INDIA 141
L’Inde vue par Marty le Rouge : STÉPHANE MARTINEZ 143
Quelques parutions récentes sur l’Inde : PHILIPPE PRATX 144
Le « Cinéma du réel » – Anand Patwardhan, introduction : LE CENTRE POMPIDOU 146
TÉMOIGNAGES 147
e Les Bishnoïs – écologistes depuis le xv siècle : FRANK VOGEL 148
Lakshmi – éléphante du temple de Ganesh de Pondichéry : ADNAN CIKA 151
Cinq fois le tour de la terre à vélo ! : PONDICHÉRIEN ANONYME 154
L’Inde vue et vécue par un jeune de dix-sept ans : LUCAS DUGERDIL 156
Sikkim : tourisme écologique : OLIVIER CHIRON 160
Table des illustrations 164
SOMMAIRE7
© Photo : Claude Arpi
Politique
POLITIQUEBARRAGES SUR
LES FLEUVES
SIGNAUX ALARMANTS
VENUS DE CHINE
par Claude Arpi
8
Claude Arpi, collaborateur fidèle de La Nou- conseiller politique du ministre en chef de
velle Revue de l’Inde est un spécialiste du Ti- l’État, Nabam Tuki, déclarait : « Il se peut que
bet (Le pays sacrifié, éditions Calmann-Lévy). la Chine ait détourné le fleuve ou qu’il y ait un
Notant que des projets de barrages sur plusieurs blocage artificiel qui expliquerait ce qui s’est
fleuves prenant naissance en Chine suscitent des produit. »
inquiétudes, Claude Arpi tente de voir quelles sont
Heureusement, l’information a été dé-les implications pour les pays voisins, et notam-
mentie par le gouvernement indien. À l’évi-ment pour l’Inde.
dence, les médias n’avaient pas fait leur travail
de vérification : un détournement ne peut pas
s’accomplir en un jour, ni même en un an, sans Les eaux du Tibet
que les satellites indiens ne s’en aperçoivent.
Mais il n’en reste pas moins que l’eau demeure Il y a aujourd’hui dans la République po-
un sujet sensible qui pourrait enflammer la pulaire des vues extrêmement divergentes
région. quant à la direction que la Chine doit prendre.
La même divergence apparaît entre dévelop-
pement et environnement, plus particulière- La Chine, géant économique
ment en ce qui concerne les barrages prévus
sur les fleuves chinois, qui ont été la source de Il y a bien des raisons à cette peur. La Chine
vives tensions avec les voisins de l’Inde, que est la deuxième puissance économique de la
ce soit en Asie du Sud-Est, en Inde ou même planète après les États-Unis. Pour maintenir
en Asie centrale. un taux de croissance à deux chiffres le régime
communiste de Beijing est devenu un ogre
Pour donner un exemple, il y a quelques avide des ressources énergétiques du monde.
mois, la presse indienne a rapporté que le La plupart des matières premières, telles que
Brahmapoutre s’était asséché dans l’État le pétrole, le gaz, le bois, les minerais, etc.,
d’Arunachal Pradesh. L’information a provo- nécessaires à l’alimentation du moteur écono-
qué des vagues de panique dans le nord-est du mique, peuvent être achetés hors de la Chine,
pays. Ainsi, la presse locale, devenue hystéri- sauf une : l’eau.
que, a affirmé que le Siang, connu comme le
Yarlung Tsangpo au Tibet et le Brahmapoutre Elle est donc d’une importance vitale
en Assam, avait presque disparu à Pasighat pour la Chine et ce pour deux raisons. Tout
dans l’est du district de Siang. Tako Dabi, d’abord, l’énergie hydraulique est essentielle
POLITIQUESource : Internet
à l’économie. Les ressources théoriques de L’une de ses caractéristiques est un tournant
la Chine dans ce domaine ont été estimées à en épingle à cheveux, connu sous le nom de
384 GW. Une part importante de ce potentiel Grande Boucle près de la Namcha Barwa
est situé sur le plateau tibétain (un projet de (7 782 m). Le fleuve entre peu après sur le
barrage dans la « boucle » du Yarlung Tsango- territoire indien, dans le district de Siang en
Brahmapoutre promet à lui seul 38 GW). Arunachal Pradesh, un territoire revendiqué
aujourd’hui par la Chine. Tout projet concer-
La seconde raison est que les dirigeants nant l’amont du fleuve a des conséquences vi-
chinois doivent nourrir plus de 1,3 milliard tales pour la sécurité de l’Inde.
d’habitants, avec les besoins en eau que cela
implique. Les scientifiques chinois ont établi que les
gorges du Yarlung Tsango forment le canyon
le plus long au monde. Il est huit fois plus Vers une guerre de l’eau ?
profond et trois fois plus large que le Grand
Canyon des États-Unis. En 1995, Ismail Serageldin, alors vice-
président de la Banque mondiale, écrivait :
« De nombreuses guerres au cours de ce siècle
furent menées pour le pétrole mais celles du 9
prochain siècle le seront pour l’eau. » Il n’est
pas difficile de prophétiser que si une guerre
de l’eau devait se produire dans l’avenir, ce se-
rait entre la Chine et ses voisins. Pourquoi ?
Parce que la plupart des fleuves qui alimen-
tent l’Asie prennent leur origine sur le plateau
tibétain, principal bassin hydrographique de
l’Asie. Les eaux du Tibet irriguent onze pays
et alimentent en eau douce plus de 85 % de la Au milieu des années 80, on apprit que la
population du continent, soit à peu près 50 % Chine allait construire un méga-barrage sur la
de la population mondiale. Grande Boucle. C’est un projet pharaonique.
Le barrage des Trois-Gorges sur le Yangtzé,
Dix fleuves, parmi les principaux de l’Asie avec ses 18 200 MWde capacité se trouve ra-
comme le Yarlung Tsangpo (Brahmapoutre), petissé par le projet du Yarlung Tsanpo, prévu
le Yangtzé, le Mékong et le Huan Ho (Fleuve pour produire 38 000 MW.
jaune) prennent leur source sur le plateau ti-
bétain. Il en est de même pour d’autres fleuves Pour les ingénieurs comme pour les diri-
importants tels que le Salween, l’Irrawaddy, geants chinois, il suffit de savoir que le fleuve
l’Arun, le Karnali, le Sutlej et l’Indus. descend de 3 000 m sur moins de 200 km, ce
qui lui donne un potentiel hydroélectrique
Les deux casse-tête de la Chine, la nour- parmi les plus puissants au monde. Et cela
riture et l’eau, sont intimement liés et, s’ils fait rêver les empereurs de Chine.
ne sont pas résolus, ils amèneront inévita-
blement de graves conséquences politiques et Au cours des années passées, les Chinois
sociales pour le pays comme pour ses voisins se sont fait plus discrets sur le projet, bien que
situés en aval. l’un des obstacles ait été levé le jour même où
le Premier ministre Wen Jiabao arrivait en
Inde en décembre 2010. Le dernier tunnel re-Le projet de méga-barrage
liant Metok County (à quelques kilomètres au sur le Brahmapoutre
nord de la ligne McMahon) au reste du Tibet
Le Yarlung Tsangpo, ou Brahmapoutre fut ouvert, ouvrant ainsi la voie à la réalisation
comme il est connu en Inde, a une influence d’un méga-projet. Le projet de barrage a été
considérable sur la vie de centaines de mil- jusqu’à présent démenti par Beijing, mais les
lions de personnes dans le sous-continent. projets de plus faible ampleur se poursuivent.
POLITIQUETrès récemment, la Chine a annoncé qu’elle Détourner les eaux du Tibet
avait décidé de démarrer un programme mas-
Pour trouver une solution à ses besoins en sif et controversé de barrages sur le Salouen
eau, Beijing a formé l’un des projets les plus dans la province du Yunnan (le fleuve s’écoule
gigantesques au monde : détourner les fleuves ensuite vers la Birmanie et la Taïlande).
du sud vers le nord à travers trois itinéraires
de l’est, du centre et de l’ouest. Alors que les Il y a huit ans, le Premier ministre Wen
deux premiers sont en cours, celui de l’ouest Jiabao, géologue de formation, avait suspen-
est encore en phase d’études, mais c’est là que du le programme en raison de préoccupations
l’Inde est concernée.environnementales. Le conseil des ministres
chinois a annoncé sur son site Web un plan
La route officielle de l’ouest prélèverait pour son secteur énergétique (2011-2015),
l’eau du plateau tibétain en amont du Fleuve en précisant que l’interdiction de 2004 était
jaune pour irriguer les déserts du Nord-Est maintenant levée.
chinois. Un autre projet prévoit le détour-
nement du Brahmapoutre vers la Chine. Il y « Des barrages hydro-électriques sur la
a de cela une dizaine d’années, un ingénieur rivière Nu et le cours supérieur du Jinsha
chinois nommé Li Ling et son collègue Gao (Yangtzé) et du Lancang (Mékong) vont 10 Kai, un général de l’armée de libération du commencer d’une manière ordonnée » ap-
peuple (ALP) à la retraite, travaillèrent sérieu-prend-on. Il est difficile d’expliquer pourquoi
sement sur le projet. Li Ling publia ensuite un une décision si importante a été prise avant
livre, Les eaux du Tibet sauveront la Chine, dans le changement de gouvernement à Beijing en
lequel les deux ingénieurs décrivent le projet mars et avant qu’une nouvelle équipe ne pren-
de détournement, appelé aussi le canal Shuo-ne le relais.
matan (de Shuoma au Tibet Central, près de
Lhassa, jusqu’à Tanjing en Chine).Selon le South China Morning Post de Hong
Kong : « Certains écologistes ont été stupé- Plusieurs experts ont dénoncé les plans
faits par la renaissance du plan, qui s’inscrit de Li Ling et Gao Kai et, en novembre 2006,
dans le cadre des efforts déployés par le gou- alors que le président Hu Jintao rendait visite
vernement pour promouvoir l’hydro-électri- à l’Inde, le ministre des Ressources hydrauli-
cité comme une alternative plus propre que ques, Wang Shucheng, ingénieur hydraulique,
le charbon. Cela représente une victoire sans jugea la proposition : « Inutile, infaisable et
doute longtemps attendue par les puissants non scientifique. Il n’est nul besoin de projets
lobbies des compagnies d’électricité apparte-
aussi grandioses et sans bases scientifiques. »
nant à l’État et aux gouvernements locaux,
qui promeuvent la construction de méga-bar- Pourtant, les rumeurs ont continué de cir-
rages, quels que soient les risques potentiels culer, alimentées en juin 2011 par les décla-
pour la sécurité et les conséquences sociales. rations de Wang Guangqian, un chercheur de
l’académie des Sciences, qui déclarait : « Les
La levée de l’interdiction signifie qu’avec experts chinois ont émis une nouvelle propo-
la construction de 54 centrales hydro-électri- sition, celle de détourner les eaux du Brahma-
ques – qualifiées de projets de construction poutre vers la provinces de Xinjiang au nord-
clés – une capacité de 120 GW sera ajoutée ouest. L’itinéraire, appelé le grand canal de
au réseau. L’annonce de trois nouveaux bar- l’ouest, est quelque peu différent du canal de
rages sur le Yarlung Tsangpo fait partie de l’ouest mentionné dans le projet bien connu
cette nouvelle politique énergétique. Alors de détournement nord-sud. »
que les nouveaux projets proposés à Dagu et
Jiacha auront une capacité de production de Le canal amorcerait sa course au sud de
640 MW et 320 MW respectivement, la ca- Lhassa, la capitale tibétaine. Lorsqu’il men-
pacité du projet de Jiexu n’a pas encore été tionne le nouvel itinéraire proposé, le pro-
rendue publique. On comprend que le gouver- fesseur Wang Guangqian de l’académie des
nement indien soit inquiet. Sciences chinoise semble dire que la Chine n’a
POLITIQUESource : Internet
d’autre choix que d’opter pour ce projet : « Les facile et la moins chère. Enfin, La Chine peut-
eaux du Brahmapoutre seront redirigées vers elle s’offrir le luxe d’un conflit avec l’Inde ?
le Xinjiang en suivant la voie ferrée Qinghai- L’équipe nouvelle qui vient d’accéder au pou-
Tibet et le corridor de Hexi – le segment nord voir en Chine devra répondre à cette question.
de la route de la soie, situé dans la province
de Gansu. » Ces plans ont été rejetés par de
La solution : un traité de l’eau nombreux scientifiques chinois et démentis
avec l’Indepar le gouvernement de Beijing.
La seule solution semble résider dans
Trois facteurs importants des négociations et un accord bilatéral. Si un
traité de l’eau a pu être signé entre l’Inde et Trois facteurs importants doivent cepen-
le Pakistan au début des années soixante, dant être gardés à l’esprit.
(Indus Water Treaty ou Traité sur les eaux de
l’Indus) pourquoi un accord similaire ne pour-D’abord, les lobbies de l’énergie hydrauli-
rait-il voir le jour entre la Chine, l’Inde et le que ont intérêt à voir se concrétiser le projet
Bangladesh, en vue d’assurer une vie décente aussi tôt que possible. Les barrages, que ce
pour tous les habitants de la région ?soit en Inde, au Pakistan ou au Tibet, c’est
11
du « big business » et les grandes entreprises
La fructification de tous ces méga-projets chinoises continueront leur lobbying pour
dépendra probablement de celui ou ceux qui voir ce projet aboutir.
seront les nouveaux empereurs chinois. S’ils
Le second facteur d’importance cruciale sont sages, ils prendront en compte le coût
est la perspective de rentabilité. Les dirigeants d’un conflit avec leurs voisins. Espérons que
chinois sont généralement très terre à terre et ce sera le cas et, en attendant, restons vigi-
rationnels. Ils choisiront la solution la plus lants !
POLITIQUEL’EAU EN
ASIE DU SUD
L’ASPECT POLITIQUE
par le général Alain Lamballe
12
Le général en retraite Alain Lamballe, ancien Enjeux au Pakistan
attaché militaire au Pakistan, est un spécialiste
Le Pakistan, maître des grands barrages de l’Asie du Sud. Il commente ci-dessous l’impor-
en amont, peut agir sur le débit de l’Indus ; tance des cours d’eau en cas de guerre.
en cas de pénétration profonde d’unités in-
diennes sur son territoire, il peut conduire
une « manœuvre des eaux » en agissant sur
’eau entretient avec la force des rapports les barrages, mais avec une extrême pruden-
aussi ambigus qu’avec le droit. Il en a ce. En effet, si la largeur du fleuve augmentait Ltoujours été ainsi et dans l’antiquité, démesurément, et si, de surcroît, les ponts
les plus hautes autorités religieuses et philo- étaient détruits par l’aviation adverse, l’ache-
sophiques ont parfois été interpellées pour minement des renforts pakistanais de l’ouest
décider du sort de batailles provoquées par la vers l’est du pays connaîtrait de sérieuses dif-
recherche de la maîtrise de l’eau. L’eau était ficultés. Les affluents principaux de la rive
déjà dans l’antiquité en Asie du Sud la cause gauche, coulant du nord-est vers le sud-ouest,
de conflits. Une terrible guerre a opposé les constituent aussi des obstacles pour les mou-
Sakiyas et les Koliyas au sujet du partage de vements de troupes nord-ouest/sud-est ou
la rivière Rohini. Selon une légende, Bouddha sud-est/nord-ouest.
est intervenu pour y mettre fin.
Le réseau d’irrigation, composé de nom-
S’ils ne constituent pas l’enjeu de conflits, breux canaux qui quadrillent les campagnes,
les cours d’eau peuvent aussi servir de moyens occasionne une gêne supplémentaire pour les
pour conduire les combats. Lors des guer- mouvements des troupes amies et bien sûr
res classiques, ils favorisent généralement la ennemies. Il constitue un système de défense
défensive et gênent l’offensive. Le bassin de efficace face à l’Inde. C’est la raison pour la-
l’Indus présente un grand intérêt militaire. quelle les stratèges pakistanais ne veulent pas
Le fleuve, qui coule du nord vers le sud, coupe donner à l’Inde la possibilité, en cas de conflit,
le Pakistan en deux. Il constitue une coupure d’assécher des canaux, ce qui réduirait, voire
non aisément franchissable par des unités supprimerait, leurs capacités défensives.
blindées et mécanisées ; de ce fait, il freine-
rait, voire stopperait une avance indienne L’Inde pourrait à l’inverse provoquer des
vers l’ouest, en direction des frontières ira- inondations catastrophiques pour immo-
nienne et afghane. biliser des unités pakistanaises et favoriser
POLITIQUEun contournement par ses propres troupes. l’Inde et le Pakistan en 1965 et 1971. Le mini-
La construction par l’Inde en amont sur la conflit de 1999 est resté localisé dans la région
Jhelum et sur le Chenab, dans la partie du de Kargil et aucun ouvrage hydraulique, de part
Cachemire qu’elle administre, d’infrastructu- et d’autre, n’a fait l’objet d’attaques.
res hydrauliques majeures, de barrages avec
des retenues d’eau significatives, permettrait
Enjeux dans les Himalayascette « manœuvre des eaux » dont ne veulent
à aucun prix les militaires pakistanais.
Sur le front himalayen, au nord, l’eau
pourrait aussi servir d’arme. Les inondations D’où leur vive opposition à tous les pro-
catastrophiques et de plus en plus fréquentes jets indiens. De Marala, sur le Chenab, situé
dans les régions indiennes frontalières de la près de Sialkot, partent deux grands canaux,
Chine en donnent un aperçu. le canal de liaison Marala-Ravi (Marala-Ravi
link canal) et le canal du haut Chenab (Up-
Les déferlements d’eau provoqués par la per Chenab canal). Et c’est à Bambawala que
rupture de barrages au Tibet ont détruit dans commence le canal Bambawala-Ravi-Bedian
les années passées en Arunachal Pradesh et (Bambawala-Ravi-Bedian canal – BRB canal).
en Himachal Pradesh des routes et des ouvra-
13ges indispensables à l’activité économique Les deux belligérants se sont servis des
mais aussi aux déplacements de troupes. Des canaux à leur avantage pendant le conflit qui
ponts d’importance stratégique pour l’armée les a opposés en 1965. Au Pakistan, le canal
ont été emportés par les flots en Arunachal d’Ichogil, construit après l’indépendance à l’est
Pradesh, notamment à Sagarm, Dite Dimea de Lahore, longeant la frontière indienne sur
et Nubo, en 2000. plus de 100 km constitue un obstacle défensif,
qui a empêché l’avance des troupes indiennes.
On mesure tout l’intérêt pour les Chinois
de maîtriser la possibilité d’inonder volontai-Le canal Bambawala-Ravi-Bedian consti-
rement des zones sensibles. Les inondations tua pour elles une formidable barrière. Au
ont un impact psychologique profond sur cours de cette même guerre, les troupes in-
les populations locales et réduisent à néant diennes ont opportunément détruit les berges
les efforts techniques et financiers consentis de canaux et immobilisé de cette manière une
pour développer l’économie de ces régions ex-importante force blindée pakistanaise dans la
centrées et difficiles d’accès. La construction région de Khem Karan. L’inondation volon-
d’ouvrages hydrauliques dans les États hima-taire de vastes étendues agricoles a décidé du
layens, l’Arunachal Pradesh, l’Uttarakhand et sort de cette bataille locale et arrêté l’avance
l’Himachal Pradesh devra prendre en compte des unités pakistanaises vers Amritsar. Ces
ce type de vulnérabilités. canaux conservent toute leur valeur défensive
dans l’éventualité d’un conflit futur.
Le Népal, et à moindre titre le Bhoutan,
seraient également soumis à de tels risques si La destruction, par les Indiens, des grands
leurs relations avec la Chine se détérioraient. barrages pakistanais sur l’Indus et la Jhelum
Pékin dispose ainsi sur l’Inde et les deux perturberait le système d’irrigation et anéan-
pays himalayens d’un moyen d’action pou-tirait une bonne partie du réseau d’alimenta-
vant avoir des conséquences non seulement tion en électricité et en eau des grandes ag-
dans le domaine économique mais aussi sur glomérations. Celle des grands barrages du
le plan militaire. Certains chercheurs indiens Punjab et de l’Himachal Pradesh indiens, par
spécialisés dans les problèmes de défense les Pakistanais, aurait des effets similaires.
ont avancé l’hypothèse d’un déclenchement
Le danger de représailles existe et pourrait délibéré des inondations par les Chinois qui
jouer un rôle dissuasif lors d’éventuels conflits auraient voulu tester la réalité du pouvoir de
futurs, comme ce fut le cas dans les guerres destruction qu’ils détiennent en vertu de leur
précédentes. Jamais les grands barrages n’ont position en amont. L’état-major de l’armée de
été attaqués lors des guerres que se sont livrées terre indienne s’intéresse à ces suppositions.
POLITIQUEQu’il y ait ou non des accords, les pays comme au Bangladesh, à l’avantage ou à l’in-
en amont (l’Inde par rapport au Pakistan, la convénient des belligérants.
Chine à l’égard de l’Inde) peuvent, en période
Les ouvrages majeurs, indispensables, de tensions par exemple et a fortiori en cas de
constituent des sites névralgiques, gardés guerre, retenir l’eau dans des barrages, surtout
militairement dès le temps de paix. Ainsi, les si les réservoirs de retenue sont importants et
installations de Suleimanki, sur la Sutlej, peu assécher les canaux d’irrigation. Ils conservent
après son passage au Pakistan, sont placées aussi la possibilité d’ouvrir les vannes et pro-
sous la protection d’unités de l’armée de terre voquer des inondations catastrophiques pour
alors que la frontière indo-pakistanaise n’est les populations en aval, aussi bien dans les
tenue et surveillée, de part et d’autre, que par plaines que dans des vallées montagneuses.
des forces paramilitaires. C’est une exception
Les pays en amont peuvent aussi prati- justifiée par l’enjeu stratégique des lieux.
quer la guerre bactériologique en polluant les
En période de paix, les cours d’eau for-rivières. Même si aucune action de ce type n’a
mant frontière favorisent souvent les passa-jamais eu lieu en Asie du Sud, de telles poten-
ges clandestins. Il en est ainsi sur le Gange tialités doivent être envisagées par les pays en
dans la région frontalière indo-bangladaise aval en ce qui concerne les conséquences pos-
14 entre Malda et Murshidabad, deux localités sibles, immédiates ou différées, sur les écono-
du Bengale occidental. Des incidents armés mies et sur les mouvements de troupes (di-
peuvent survenir le long des cours d’eau li-minution ou suppression de zones de culture,
mitrophes, surtout s’ils déplacent leurs lits. risques encourus dans la traversée des zones
Si les changements ont lieu dans des zones contaminées...).
sensibles (présence d’ouvrages hydrauliques
Les cours d’eau naturels et les voies d’eau et d’installations civiles et militaires particu-
artificielles comme les canaux peuvent donc lières, par exemple), une escalade de la vio-
jouer un rôle dans les combats. Dans tous les lence ne peut être exclue. Des échanges de
cas, ils conditionnent, en Asie du Sud, surtout tir se produisent de temps à autre entre les
au Punjab et au Bangladesh, la mise en œuvre forces paramilitaires indiennes et bangladai-
des forces combattantes, en gênant ou facili- ses, notamment lors de la consolidation des
tant les déplacements des unités. Les ponts berges après un déplacement de cours d’eau.
sur les rivières et les canaux (appelés coupu- Des escarmouches ont par exemple éclaté sur
res humides en langage militaire) ainsi que la Mahananda qui sert de frontière avant de
les barrages peuvent constituer des objectifs se jeter dans le Gange en amont du barrage
de guerre en eux-mêmes, susceptibles d’être de Farakka et sur la Muhuri formant frontiè-
détruits non seulement lors d’opérations ter- re entre l’État indien du Tripura et la région
restres classiques mais aussi par des actions bangladaise de Feni.
de commando ou des attaques aériennes.
eLe droit international (IV Convention Pendant la guerre indo-pakistanaise de 1971,
de La Haye de 1907, Protocole de Genève de la Special Frontier Force, une unité paramili-
e1925 et IV Convention de Genève de 1949) taire indienne composée essentiellement de
n’interdit pas en temps de guerre la destruc-Tibétains reçut la mission de détruire le bar-
tion des ouvrages hydrauliques. Les règles di-rage de Kaptai, sur le fleuve Karnaphuli qui se
tes d’Helsinki de 1966 ne font qu’interdire la jette dans le golfe du Bengale à Chittagong.
contamination de l’eau. L’ordre fut en définitive annulé.
Les nombreux bras du Gange et du Brah- Fait significatif et d’une importance ex-
mapoutre ainsi que les canaux d’irrigation trême, le Pakistan a indiqué que des réduc-
rendent les mouvements des troupes blin- tions draconiennes par l’Inde des débits des
dées et mécanisées extrêmement difficiles cours d’eau qui l’arrosent constitueraient une
dans la majeure partie du Bangladesh. En cas atteinte à ses intérêts vitaux et justifieraient
de guerre, le barrage de Farakka pourrait être le déclenchement d’une guerre, avec emploi
utilisé pour inonder de vastes zones en Inde éventuel de l’arme nucléaire.
POLITIQUEIMMOLATIONS
AU TIBET
par Claude Arpi
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Levez les yeux, compagnons tibétains, février 2013 à Amchok. Ce n’est pas tout. Le
Vers le crépuscule bleu, là-haut, 26 novembre 2012, Voice of America rapportait
Comme une tente céleste de montagne que : « Plus de mille étudiants de la préfecture
blanche, autonome de Chabcha sont descendus dans la
Mon Lama est revenu. rue pour réclamer l’égalité des nationalités et
… Sa Sainteté le Dalaï-Lama ! l’égalité linguistique ; exiger des enquêtes sur Alors qu’il vivait au loin,
les affaires locales et le respect de la vérité. La Il a voyagé de par le monde,
manifestation des étudiants en médecine de Priant pour que prennent fin les souffrances
Chabcha se déroula durant deux heures avant Des tibétains aux visages rouges,
que les forces chinoises ne la répriment bruta-Et nous sauver de l’Obscurité.
lement, blessant de nombreux étudiants. »
C’est là le poème d’une jeune nonne ti-
Le Centre Tibétain pour les Droits de bétaine de dix-sept ans, Sangay Dolma, écrit
l’homme et la Démocratie, basé à Dharamsala, avant qu’elle ne s’immole par le feu en face
précise que ces étudiants manifestaient contre d’un bureau gouvernemental à Tsekhog, près
un questionnaire politique en dix points sur de Rebkong, dans l’ancienne province d’Amdo
l’auto-immolation et contre les sessions « d’é-(aujourd’hui le Qinghai chinois). Elle décéda
ducation patriotique » durant lesquelles ils de-peu après son geste désespéré. Sur une de ses
vaient proférer des remarques désobligeantes photos elle avait écrit : Tibet, nation indépen-
contre le Dalaï-Lama.dante.
En observant le ressentiment général qui Comme des millions de Tibétains, la jeune
existe aujourd’hui au Tibet contre le régime nonne rêvait d’un retour de leur chef spiri-
de Beijing, on pourrait se demander où va tuel, le Dalaï-Lama. Elle voyait son pays natal
la Chine. Le corollaire de cette question est : libre :
Peut-on résoudre le problème avec toujours Levez les yeux, Tibétains,
plus de répression ?Regardez vers les montagnes de neige.
L’ère du pays des neiges a commencé.
Cela me rappelle la réaction de Beijing Le Tibet est libre et indépendant.
après le soulèvement du peuple tibétain en
Aujourd’hui 106 Tibétains ont accompli le mars 1959. Toute la population de Lhassa
sacrifice suprême en s’immolant, une prière (n’est-ce pas là ce que le Parti appellerait « des
similaire aux lèvres – le dernier, en date du 13 masses populaires » ?) entourait la palais du
POLITIQUENorbulinka pour protéger le Dalaï-Lama, en Le troisième point enjoint aux officiels du
l’empêchant de se rendre, sans la présence de Parti de fournir : « ... conseils et directions aux
son habituel régiment de gardes du corps, à moines et aux Tibétains sur les conséquences
une représentation culturelle dans le canton- qu’il y aurait pour eux de se rendre au domicile
nement de l’Armée Populaire de Libération du défunt pour offrir leurs condoléances ou
(ALP). des contributions pour un service de prières
rituelles. »
Beijing réprima la manifestation avec une
grande brutalité. L’agence de presse Xinhua pu- De plus, il est précisé qu’une enquête serait
blia un communiqué affirmant que : « Dans la menée : « ... pour établir si quiconque, moine
nuit du 19 mars, violant la volonté du peuple ti- ou laïque, a organisé et obligé certains officiels
bétain et trahissant la patrie, le gouvernement à se rendre à la cérémonie de prières offertes
local tibétain [l’administration du Dalaï-Lama] au défunt. » Ces menaces ne sont-elles pas une
et la clique réactionnaire des privilégiés alliée à preuve évidente que des officiels tibétains « lo-
l’impérialisme ont réuni des bandits rebelles et caux » sympathisent avec ceux qui s’immolent
lancé une attaque armée contre la garnison de par le feu ?
l’APL de Lhassa … Les vaillantes unités de l’ALP
stationnées au Tibet ont écrasé les bandits Le cinquième et dernier point avertit que 16
renégats à Lhassa le 22 (mars). À l’heure qu’il ceux qui participeraient à la prière rituelle se-
est, ces unités assistées par les populations pa- raient immédiatement démis de leurs fonc-
triotes de toutes appartenances religieuses et tions et sanctionnés.
laïques, éradiquent (sic) les bandes de rebelles
présentes dans d’autres régions du Tibet. » Pour conclure, le blâme est jeté comme
d’habitude sur la « clique » du Dalaï-Lama :
Soixante-trois ans plus tard, le ressen- « ceux qui portent l’habit de moines et recou-
timent des Tibétains demeure le même. La rent à l’auto-immolation pour créer de l’insta-
réaction chinoise est-elle différente? Com- bilité. » La situation s’améliorera-t-elle avec le
bien de temps Beijing pourra-t-il continuer à nouveau régime de Xi Jinping qui prendra ses
« éradiquer » ? fonctions officielles en mars ? C’est la ques-
tion à un million d’euros.
Déjà le 9 novembre 2012, quelque 5 000
élèves d’écoles tibétaines effectuent une mar- Jetons un regard sur l’équation politique
che pacifique de protestation près du monas- à Beijing.
tère de Tongwo, dans la préfecture de Malho.
eQuelques jours avant l’ouverture du XVIII
Le 14 novembre, une notification officiel- Congrès du Parti communiste chinois, Xinhua
le en cinq points est affichée par le gouverne- rapporte que Jia Qinglin, responsable des af-
ment « populaire » de Malho. Elle est destinée faires tibétaines au Comité permanent du Bu-
à ceux qui envisageraient de s’immoler, à leur reau politique et président du Comité natio-
famille ainsi qu’à ceux qui offrent leurs condo- nal de la conférence politique consultative du
léances ou adressent des prières au défunt. peuple, en appelle à « un plus grand dévelop-
pement des régions ethniques tibétaines de
Le premier point annonce que l’aide pu- la Chine, comme à davantage d’efforts pour
blique aux familles d’une personne qui s’est combattre la clique du Dalaï-Lama, afin d’as-
immolée sera supprimée pour une période de surer à la région une stabilité durable. »
trois ans. Il est précisé ensuite qu’il sera procé-
dé à une enquête pour établir si des fonction- Lors d’une conférence de presse, Jia décla-
naires ont rendu visite au domicile du défunt re que : « Les problèmes du Tibet sont d’une
pour offrir leurs condoléances. Le tristement importance primordiale pour le Parti commu-
célèbre Bureau de Sécurité Publique promet de niste de la Chine et pour le pays… la stabilité
« frapper durement » ceux qui se seraient livré et le développement doivent devenir une prio-
à de tels actes. rité dans les régions tibétaines. »
???
POLITIQUE