France-Roumanie

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296270534
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FRANCE - ROUMANIE ENVIRONNEMENT ET CADRE DE VIE

@ l'HARMATTAN, 1992 ISBN: 2-7384-1493-1

INSTITUT

FRANÇAIS

DE BUCAREST

FRANCE - ROUMANIE ENVIRONNEMENT ET CADRE DE VIE
Colloque Franco-Roumain
Gilles Textes CARASSO réunis par et Norbert DODILLE

L'HARMATTAN 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Les textes recueillis dans ce numéro constituent le compte-rendu de la Semaine Scientifique sur l'Environnement organisée à Bucarest, du 3 au 11 juin 1991, par le Ministère de la Recherche et de la Technologie, le Ministère des Affaires Etrangères, le Ministère Roumain de l'Environnement et l'Union des Architectes de Roumanie. Le Comité d'organisation de la Semaine Scientifique était composé de: M. Alexandru Beldiman, président de l'Union des architectes de Roumanie 8 Mme Mariana Celac, architecte-urbaniste 8 M. Marian Traian Gomoiu, gouverneur de la Réserve de la biosphère du Delta du Danube 8 M. Petre Marcuta, inspecteur d'Etat en éhef au Ministère de l'Environnement 8 M. George Prisecaru, Direction des relation étrangères à l'Académie roumaine 8 M. George Romanca, inspecteur d'Etat au Ministère de l'environnement pour la Protection de l'environnement 8 M. Gilles Carasso, Conseiller culturel adjoint, chargé de la coopération scientifique et technique 8 M. Jean-Louis Morinière, attaché commercial de l'Ambassade de France 8 M. Norbert Dodille, Directeur de /'Institut français de Bucarest.

SOMMAIRE

UNE PROBLEMATIQUE DE L'ENVIRONNEMENT ROUMAIN

- Violette REY: De l'écologie à l'environnement - Nicolae CAJAL: La communauté scientifique roumaine et l'environnement - Petre MARCUTA:Situation des facteurs de 1'environnement en Roumanie
Il ELEMENTS D'UNE L'ENVIRONNEMENT POLITIQUE DE

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14 17

- loana DIMO: Les programmes de recherche du CNRS - Eric MAYER: Une approche systémique de l'environnement urbain - Michel PRIEUR: Aspects généraux du droit à l'information sur l'environnement - Eric COULET: Les réserves naturelles - Olivier HERZ: La politique française de prévention de la pollution atmosphérique III LA TECHNIQUE AU SERVICE L'ENVIRONNEMENT DE

28 41 55 70 82

- Jacques techniques

BERNARD: L'évolution des des traitements des eaux - Michel ROCHET: Le problème des déchets

96 114

L'ENVIRONNEMENT

IV

LES DELTAS

- Fernand VERGER: Les espaces deltaïques et leur aménagement - Eric COULET: La gestion des écosystèmes lagunaires méditerranéens: hasard et nécessité - Alain CRIVELLI:Conservation et gestion des pélicans nicheurs dans la région paléarctique

124 153 161

CHAPITRE

I

UNE PROBLEMATIQUE DE
L'ENVIRONNEMENT ROUMAIN

Violette

REV

(1)

DE L'ÉCOLOGIE À L'ENVIRONNEMENT

Le poète nous a mis en garde: "nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants." SAINT EXUPERY, il y a un demi' siècle. Quel paradoxe qu'une réflexion sur l'environnement! A trop croire conquérir les espaces et dominer les lieux, on a oublié le temps et les rythmes de la nature et des milieux de vie, sans lesquels aucun futur n'existera. L'heure n'est plus au doute sur la gravité des problèmes d'environnement. Chacun a éprouvé une ou plusieurs agressions dans la qualité élémentaire de sa vie à cause de dysfonctionnements de la civilisation techniciennne. Chacun sent rôder une angoisse sur le devenir de la "demeure TERRE", sur sa capacité à rester un lieu où se développe la vie. Mais cette expérience est encore si récente et souvent si confuse, que l'on pourrait presque s'interroger sur le bien-fondé de l'individualisation de cette notion, voire sur l'opportunité d'une semaine- consacrée à l'environnement. Eclairons d'abord les ambigunés inhérentes au mot.

N'y a-t-il pas de l'habillage de mode par les média, de l'effet "air du temps" dans cet emploi presque subitement généralisé du terme "environnement" pour tous les problèmes contemporains? . En mars de cette année, la célébration du centenaire de la naissance du diplomate roumain TITULESCU, a donné lieu à l'évocation du climat social, intellectuel de l'Europe de
(1) Violette REVest
équipe CNRS géographe, Professeur E.N.S de Fontenay St. Cloud,

8

DE L'ECOLOGIE

A L'ENVIRONNEMENT

l'entre-deux-guerres, à l'évocation des conditions de vie d'une époque encore proche: or rien dans cette évocation ne laissait trace d'une quelconque préoccupation sur l'environnement. Les conditions de prise de conscience n'étaient pas encore réunies. Aujourd'hui encore, Une semaine sur l'environnement à Bucarest peut prendre l'apparence d'un certain luxe, quand d'autres problèmes combien graves et urgents s'imposent à l'action... et qu'afin de donner un peu de saveur au quotidien il faut près d'un quart du salaire pour rapporter un kilo de -fraises sur la table familiale. L'hétérogénéité du contenu du terme "environnement" est un peu suspecte. Pête-mêle, on retrouve la mort des océans, le stress du bruit, l'invasion des déchets, les maladies d'allergie, la diminution de l'ozone dans la haute atmosphère. le réchauffement du climat et la sécheresse du Sahel. Ici le delta du Danube s'asphyxie, les villes manquent d'eau potable, la poudre noire des fumées a pénétré les peaux et l'humus. Métaphoriquement parlant, comment enterrer ses racines, "cum sa îngroape radacina", comment pratiquer ce réflexe ancestral des communautés villageoises roumaines, quand la terre elle-même peut devenir poison? En France, on sait mal où se balladent les déchets toxiques et comment sont gérées leurs décharges; la sécheresse de 1990 a plus' dévoilé la pollution des nappes par les engrais que le fnanque d'eau; les violences qui secouent les grands ensembles monotones des périphéries de ville sont partiellement versées au compte de la mauvaise qualité de vie que sécrètent de tels environnements urbains. De cet inventaire à la Prévert, deux observations s'imposent. La première observation décèle une double peur. On redécouvre la puissance indifférente des forces naturelles. Cyclones, séismes, avalanches ne disparaissent pas à l'heure de l'information satellitaire. On perd confiance dans une civilisation technicienne sophistiquée, dont la puissance semble incapable de s'adapter à la nature..., Cependant les peurs ne sont jamais bonnes conseillères, au delà du moment des prises de conscience salutaires.

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L'ENVIRONNEMENT

2e observation: est-ce que tout cet agrégat hétérogène relève d'une même approche? Comment peut-on spécifier une problématique de l'environnement? Quelques jalons depuis la fin du XIXe précisent le cheminement vers une attitude d'environnement. A l'amont de l'environnement s'est constituée une première sciehce de la nature prise comme un tout: l'ECOLOGIE. Sa démarche accorde plus d'importance aux relations entre les éléments qu'aux éléments eux-mêmes: elle souligne la réalité de la forêt avant celle de l'arbre et la nécessité de l'équilibre forestier pour le renouvellement de chaque arbre. Le concept de niche - milieu nettement individualisé, autonome et autorégulé dans sa reproduction - et celui d'équilibre dynamique, sont des notions centrales dans l'analyse écologique. Mais une telle approche a rapidement conduit à repérer de nombreux déséquilibres mettant en danger le renouvellement écologique. (Dans cette manière de lire la nature, le monde viv~nt fonctionne à travers un ensemble de relations/régulations, de flux d'énergie dont l'équilibre général assure la reproduction. L'équilibre entre les éléments vient-il à se rompre, l'écosystème en est altéré, voire disparaît.) En 1923 se tient le premier congrès mondial de protection de la nature, en 1948 est créeé l'Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN). Quand accidents et catastrophes se succèdent, ils soulignent l'extension des déséquilibres là où devrait exister un équilibre. Les répercussions très lointaines de ces accidents font découvrir des relations ignorées entre des espaces très éloignés. S'impose la vision nouvelle d'une interdépendance généralisée et d'un changement "global" - parce qu'à l'échelle du globe. La terre devient un seul écosystème fragile, menacée d'évolution irréversible par l'impact des sociétés. Nature et sociétés ne sont plus dissociables. Dès lors une réflexion-action sur l'ENVIRONNEMENT naît et se développe. Les mouvements politiques et associatifs

s'organisent. Un droit de l'environnement se cQ_nstitue, des
ministères tentent de le gérer.

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DE L'ECOLOGIE

A L'ENVIRONNEMENT

Mais il faut raison garder quand on pense environnement, car à chaque pas on court le risque de faire comme l'ours de la fable, qui voulant chasser la mouche qui importunait le dormeur l'écrabouilla sous une pierre. Les dérives utopiques et passéistes qui décrivent le passé meilleur et modèle pour le futur nous guettent tous. Rappelons clairement que l'anthropi~ation de la nature est aussi ancienne que la présence de l'humanité sur la terre, et qu'il n'y a pas de retour à l'identique possible. La cassure origi~ nelle de l'homme d'avec la nature est celle de l'invention du feu, cette première domestication de l'énergie qui entraîna un besoin insatiable en consommation d'énergies diverses. Dans la foulée ce fut aussi l'invention de l'agriculture, la sédentari. sation et... l'origine de la croissance démographique de l'humanité. Son poids en certaines aires asiatiques pesa très fort

sur les milieux,
/

bien avant la phase contemporaine

dite de

la transition démographique. Avoir une problématique d'environnement, réfléchir à des programmes d'environnement ne sert de rien, si ori ne pose en parallèle la QUESTION DEMOGRAPHIQUE. Bientôt la terre portera 6 milliards d'hommes et théoriquement une dizaine vers 2050 (chiffre qui prend en compte le recul de la fécondité). C'est face à cette échéance que l'on doit-penser les solutions alternatives soucieuses de conserver vivant l'environnement. C'est bien cette question qui avait été posée crûment lors de la conférence mondiàle de démographie de 1974, ... à Bucarest même. Corollaire, une réflexion-action sur l'environnement porte centralement sur la manière d'assurer l'énergie, d'approvisionner en énergie et en ressources une si gigantesque masse humaine. Penser l'environnement c'est penser la COMPLEXITE. Repérons quelques écueils qui se cachent sous ce truisme, et que les discussions dans la semaine ne manqueront pas de dévoiler. Le 1er écueil est d'ordre cognitif. La complexité de la compréhension de l'interface SOCIETES/MILIEUX (plurôt qu'homme/nature) est de" plusieurs degrés supérieure à la complexité propre à chaque face (milieux, sociétés). Elle suppose de comprendre les phénomènes à différentes échelles d'espaces, à différentes échelles de temps, et en tenant compte des rétroactions entre les phénomènes. La priorité d'une réflexion sur l'articulation des échelles de phénomènes me paraît incontestablement la caractéristique d'une analyse d'environnement. En exagérant à peine, je dirai que l'environ-

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L'ENVIRONNEMENT

nement ce n'est pas de "réconcilier l'homme et la nature", mais c'est de savoir maîtriser l'articulation des échelles de fonctionnement entre des ensembles hétérogènes. Passés les mots, la pratique en est d'une difficulté extrême. Il n'est pas question d'abandoner les disciplines ana.Iytiques, leurs résultats passés et à venir. Pour aborder l'environnement il faut donc mettre sur pied des programmes de recherche interdisciplinaires. Le décryptage du complexe n'est pas le privilège d'une science unique, mais le résultat d'une collaboration. Cette démarche est expérimentée depuis une décennie par de très gros programmes interdisciplinaires et internationaux. Les premières conclusions montrent d'incontestables avances, un réel changement d'attitudes; mais le chemin de l'interdisciplinarité a aussi ses embûches et ses écueils. Peut-être n'est-ce pas un simple hasard, si parmi ces disciplines la géographie a été choisie pour cette ouverture. La géographie, volontiers brocardée sur son champ d'investigation, trop large pour constituer un objet scientifique "pointu", devant certaines redécouvertes. Le para. sourit maintenant digme "société/milieu", le PAYSAGE comme entrée pour comprendre une société dans son territoire - de Sa physionomie

à sa pathologie,

avec ses apparences

et ses mensonges

-

les contraintes de localisations et les conflits d'usage sur l'espace, voilà quelques uns des chapitres-clés de cette discipline. Que de zones auraient pu être épargnées de la déroute écologique, si l'on avait mieux analysé le fonctionnement spatial de leurs milieux, si l'on avait défini l'interaction particulière propre au lieu - cette combinaison de phénomènes climatiques, socio- économiques, géo-topographiques et politico-cutturels~ Un autre écueil, tout différent des précédents, est celui du filtre culturel, à travers lequel se perçoit la relation société/milieu. Inutile de penser agir sur l'environnement sans en tenir compte. Inutile de prévoir une formation à l'environnement qui n'intègrerait pas la compo~ante culturelle. Chaque civilisation se définit par la singularité des rapports société/nature qu'elle a su inventer. Les paysages construits sont autant de signatures que chaque civilisation laisse sur l'épiderme terrestre, et à travers lesquels elle exprime son identité, son aire culturelle, son territoire. Il est donc assez normal qu'à l'heure où l'on perçoit la fragilité des relations société/milieux, nais-

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DE L'ECOLOGIE

A L'ENVIRONNEMENT

sent des passions pour les paysages, et que se multiplient démarches et actions prenant les paysages comme points d'appuis. Je crois que la semaine "environnement", à Bucarest puis dans le reste de la Roumanie,. sera l'occasion privilégiée pour progresser dans la réflexiOn/action. Non seulement parce que l'environnement y mérite soins urgents, mais parce que les conditions sociales et institutionnelles porteuses de J'amélioration sont quasiment à inventer en ce moment de transition critique. La matrice stylistique de la civilisation roumaine l'univers des villages, l'espace mioritique de L. Blaga - a subi l'épreuve d'une urbanisation forcée mais peu réversible. Dans quelle mesure cette. matrice offrira-t-elle une ihspiration positive pour les solutions à venir? Après l'échec de la propriété socialiste et son cortège de déresponsabilisations généralisées, quels peuvent être les cadres juridiques adéquats? Face à la puissante revendication d'un retour généralisé à la propriété privée et individualisée, certes porteuse de sens patrimonial mais à micro-échelle et avec repli sur soi, comment gérer les ressources environnementales, qui exigent une coordination large, régionale, voire transnationale? Sur la base de quels réseaux de collectivités locales responsables, de quelles agences de bassin, de quelles prérogatives de l'Etat?.. Et plus fondamentalement encore, d'où viendra et .avec quelle intensité, la confiance et la légitimité qui donnent force aux lois- et aux institutions?

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Nicolae

CAJAL

(1)

LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE ROUMAINE ET L'ENVIRONNEMENT

Protéger l'environnement, connaître les relations entre l'existence humaine et la biosphère - qui se trouve déjà dans un

stade avancé de détérioration

~

voilà, de nos jours, quelques-

unes des préoccupations principales de la majorité des Etats, autant de domaines féconds de la collaboration internationale. La connaissance globale des modifications de la biosphère, des facteurs qui influencent celle-ci, leur maintien dans les limites de plasticité de la biosphère, la rationalisation à l'échelle planétaire de l'utilisation des ressources de la biosphère, apparaissent comme impérieusement nécessaires, surtout pour assurer aux futures générations des conditions d'existence satisfaisantes. Parfaitement consciente des exigences de l'actualité internationale, l'Académie Roumaine soutient la promotion des desiderata de la Nouvelle Stratégie Mondiale de la Conservation, surtout. par l'intermédiare d'organismes spécialisés tels le Comité National Roumain pour le Programme International "L'Homme et la Biosphère", la Commission pour la Protection des Monuments de la Nature, la Commission d'Ecologie, la Commission "Biosphère-Géosphère", la Commission d'Hydro-

logie et d'Ecologie

Aquatique.

.

La problématique complexe d,e la protection de l'environnement se retrouve comme une priorité dans la thématique des recherches des quelques instituts de l'Académie Roumaine, tous plus ou moins impliqués dans ces préoccupations. L'Académie Roumaine s'intéresse tout particulièrement au développement des recherches dans ce domaine complexe qu'est la protection de l'environnement. Dans ce contexte, le développement des relations entre la France et la Roumanie,
(1) M. Nioolae CAJALS est vioe-président de l'Aoadémie Roumaine.

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LA COMMUNAUTE SCIENTIFIQUE ET L'ENVfRONNEMENT

ROUMAINE

nous permet d'espérer en un futur redressement écologique des zones géographiques profondément perturbées, conséquence d'une politique maladroite de valorisation des ressources. Nous espérons également réaliser une meilleure conservation des écosystèmes naturels représentatifs et, implicitement, la conservation efficiente du génofonds et de l'écofonds autochtones. Sans nul doute: une telle collaboration relançant des relations traditionnelles ayant connu au long des années, et surtout pendant l'entre-deux-guerres, une ampleur toute particulière, aura les meilleurs résultats dans ce domaine, considéré à juste titre l'un des plus généreux de la collaboration internationale. Nous constatons avec satisfaction qu'une place à part parmi les préoccupations de cette semaine scientifique franco-roumaine a été accordée au Delta du Danube. Le nouveau statut de Réserve de la Biosphère attribué au plus jeune territoire de notre pays implique de nouvelles obligations, mettant devant la recherche scientifique la charge d'obtenir des solutions adéquates concernant la gestion écologique de ce territoire. Comme vous le savez, l'Académie Roumaine est profondément impliquée dans les problèmes du Delta. Permettez-moi de vous rappeler en quelques mots les mérites incontestables du savant Gr. Antipa (disciple de Haeckel), ancien président de l'Académie Roumaine, considéré à juste raison non seulement comme étant le fondateur de l'hydrobiologie et de l'écologie roumaines, mais aussi comme l'un des pionniers de l'écologie mondiale. C'est à Antipa que nous devons la connaissance des mécanismes de la productivité biologique du Delta et de la zone inondable du Danube. Son nom est lié aux premières interventions et mesures pour la protection de la faune ornithologique dl,l Delta. Le volume tout à fait remarquable' d'information scientifique accumulé à la suite de ses recherches a influencé également la création, en 1938, par la Commission de protection des monuments de la nature, de la première réserve naturelle du nord-est du Delta (à Ha~macul Mare, dans la forêt de Letea). . 23 ans après, cette même commission obtenait la légifération de la création d'autres trois grandes réserves naturelles qui, s'ajoutant à la première (ultérieurement agrandie) mettaient sous régime de protection environ 10 % du territoire du Delta du Danube. Après Antipa, les recherches sur le Delta du Danube (la

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L'ENVIRONNEMENT

plupart financées par l'Académie Roumaine), faciliteront sans doute, le travail des chercheurs d'aujourd'hui. Mais, ces 40 dernières années, le Delta fut l'objet d'une exploitation (pour employer un terme doux) basée sur une pseudo-argumentation scientifique qui poursuivait presque exclusivement des bénéfices immédiats (mais pas toujours obtenus) sans tenir compte des répercussions ultérieures sur le biôme deltaïque. Par conséquent, l'exploitation du roseau, les grands aménagements piscicoles et les dessèchements de grandes surfaces faits dans le but d'aménager des "polders" (projets abandonné immédiatement après la révolution de décembre 1989), ainsi que l'endiguement de la plaine inondable du Danube et la croissance du taux de pollution des eaux, sur l'entier cours du Danube, ont entraîné de profondes modifications dans Je développement normal de la vie dans les biocénoses du Delta. La reconstruction écologique des terrains dégradés de la sorte, en corrélation aves les aspects économiques afférents, s'ajoute elle aussi à nos préoccupations d'assurer un déve-Ioppement durable, au bénéfice de la population locale, du Delta. Les considérations ci-dessus ne circonscrivent qu'une partie des investigations présentes et futures et l'expérience française pourra certainement contribuer à la protection de l'un des plus importants objectifs mentionnés sur la liste de la convention internationale de Ramsar, relativement à la conservation des régions humides d'importance internationale. Nous sommes certains que les participants de la réunion qui aura lieu à Tulcea et dans le Delta saisiront la valeur (scientifique y comprise) de ce biôme unique en Europe, inscrit à juste titre sur. la liste de la Convention internationale du patrimoine naturel et culturel mondial. Préoccupée surtout par la recherche fondamentale, l'Académie Roumaine n'ignore pas non plus l'importance de la télédétection qui, tout en dépassant les étapes de la recherche proprement dite, est devenue un puissant instrument de travail dans l'obtention de toute une série d'informations particulièrement nécessaires aux 'sciences de la Terre et aux sciences biologiques. C'est pourquoi l'Académie Roumaine a créé une commission de télédétection, avec des filiales dans le pays entier. Je voudrais exprimer encore une fois notre satisfaction pour l'organisation de cette rencontre entre les' spécialistes français et roumains dans l'espoir d'une coopération et de bons résultats dans ce domaine également.

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