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JARDIN D'ALLIANCES POUR LE XXIe SIÈCLE

De
157 pages
Quels jardins pour le XXIe siècle ? A cette question posée par l’Académie des Sciences, des Arts et Belles Lettres de Dijon, Jean-Louis Guérin tente de répondre. Agronome et forestier, il nous entraîne dans un grand voyage à travers l’espace et le temps, pour aller au cœur de la relation de l’homme avec son jardin. Il esquisse à travers de nombreux exemples les formes que pourraient prendre les jardins de ces alliances nouvelles.
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Jean-Louis GUERIN

UN JARDIN D'ALLIANCES
pour le vingt et unième siècle

Préface de Michel COINTAT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Quel jardin pour le vingt et unième siècle?

Ce livre est une réponse à la question posée pour l'an 2000 par l'Académie des Sciences, des Arts et Belles Lettres de Dijon:
quels jardins pour le vingt et unième siècle?

Il a reçu le prix de l'Académie.

Entre

terre

et

ciel,

entre

pierre

et

arbre,

le jardin,

éternel

moment

d'alliances

Préface Avant-propos Une idée de jardin L'histoire des jardins des hommes Le vingtième siècle à la recherche de ses jardins Choix de jardin, choix de vie pour le vingt et unième siècle Reconnaissance et renaissance de l'esprit dans le jardin Le jardin séparé du reste du monde Les portes ouvertes du jardin Des formes et des lignes Maisons et jardins Très grands parcs Arborescences Minéraux Plantes Pierres Eaux
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Connaître

le jardin

? Premièrement

ouvrir

et passer

de

l'autre

côté

Préface

L'Académie de Dijon fait partie des sociétés savantes fort anciennes et sérieuses; elle peut s'enorgueillir d'avoir attribué en 1750 son prix à Jean-Jacques Rousseau, alors inconnu de tous, qui, en traitant des Sciences, des Arts et des Mœurs a révolutionné les habitudes de pensée du siècle des lumières. En l'an 2000, elle a choisi son lauréat: Jean-Louis Guérin, pour sa réponse à la question apparemment anodine: quels jardins pour le vingt et unième siècle? La réflexion de Jean-Louis Guérin sur les jardins de demain n'a rien à voir avec les techniques de l'horticulture, des paysages et des jardiniers. Il s'agit d'une dissertation sympathique, un peu austère, sur la notion de jardin; c'est en fait un long poème. Avec une certaine élégance, l'écriture déroule la pensée de l'auteur. Peu importe que celui-ci soit agronome et forestier, il se contente d'une promenade littéraire et d'un bouquet philosophique. On peut dire que le fil conducteur a le mérite de l'originalité. Les

idées, même jardinier tue le pas, vide

qui si

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Michel Ancien Membre Ancien Président de honoraire l'Académie du

COINTAT Ministre Parlement

d'Agriculture

Du

jardin

jaillit

un

monde

enchanté

de

symboles

10

Avant-propos

L'écrivain du jardin, qui pratique généralement le persan et le francique, vous aura sans doute dit que les mots jardin et paradis ont une source signifiante commune: le clos. Nous tous, qui cultivons notre jardin, nous le croyons aussi. D'autant que, si odeur de paradis il y a parfois au bout de notre jardin, nous connaissons bien dans notre chair combien échardes, ampoules et courbatures sont des accessoires pénitentiels nécessaires au franchissement des longues étapes du purgatoire, avant que d'espérer une place assise en cet éden. Ils ont dit clos, et non pas fermé; notre jardin, ouvert ou pas, est séparé du monde par une ligne. Il yale monde extérieur d'un coté et notre jardin de l'autre. Cette ligne séparatrice est créatrice d'un espace nouveau, né au sein du cosmos, relié à son chaos originel et à son ordonnancement évolutif, vivant de la vie de la terre mère, mais vivant aussi déjà d'une autre vie, exprimée de l'intérieur. Cette séparation et cette altérité est puissance de vie et de fertilité; elle tend vers de nouvelles alliances; elle permet d'éblouissantes découvertes, et d'effarants égarements de la liberté.

Cette création et cette vie propre du jardin n'est possible qu'en alliance reconnue et acceptée avec les lois matricielles naturelles. Tout au long de la grande aventure de l'homme sur la terre, la création et la vie des jardins vont être animées d'un souffle, le souffle de l'esprit passant à travers la matière et la transformant. L'homme, pressentant son origine et sa transcendance, séparé du monde mais y vivant et y souffrant, mû par la force intérieure qu'il tire de son aspiration à la vérité et au bonheur, va recréer son jardin paradis, en jouir pour le bonheur qu'il y vit, et en souffrir pour ses imperfections, où il le reconnaît et il se reconnaît inachevé.

Aujardin, on vient avec sesjoies et ses peines, et l'on s'en va, différent D'impasses en retours, de sinuosités en contorsions, de massacres destructeurs en conflits précurseurs de métamorphoses, d'accélérations étonnantes en renaissances improbables, le jardin chemine au pas de l'homme. L'histoire des civilisations nous apprend que si nous avons une origine commune, et donc des enracinements partagés, nous avons toujours su exploiter une grande variété d'itinéraires; l'histoire des jardins nous révèle 12

beaucoup espérance.

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13

Quel jardin pour le vingt et unième siècle? Florence Weber, auteur avec Séverine Gojard de la publication INRA Jardins, jardinages et autoconsommation alimentaire, explique la fièvre de jardinage qui s'empare de l'esprit des Français en assimilant les travaux de jardin à une nouvelle forme de loisir créatif valorisant l'individu. Mais elle ne réduit pas le jardinage à une sorte de sport culturel national, car elle ajoute qu'il est projection de l'affirmation de soi. Le jardinier s'exprime à livre ouvert dans son jardin; il affirme sa personnalité, mais aussi sa place sur la terre, et son projet de vie personnelle et sociale, et son espérance; s'il fait un jardin, c'est qu'il a un plan pour la vie. Parler du vingt et unième siècle, c'est faire un pari: le pari qu'il existe, et pour cent ans, ce siècle, alors que chacun sait que le monde terrestre n'est pas éternel, du fait qu'il a une origine et une fin, du fait de sa forme évolutive, des imprévus accidentels naturels, et bien sûr du pouvoir de l'homme à raccourcir sa propre destinée. Faisant ce pari, nous parions en même temps sur la volonté et la capacité de l'homme au réapprentissage d'une sorte de sagesse de l'autoconservation, puisqu'il semble que, si instinct primitif de conservation il a eu, il en a été globalement très oublieux au vingtième siècle. Compte tenu des dangers auxquels il s'expose par son imagination et son activité, il est vraisemblable que pour durer, l'homme devra déplacer quelque peu ses objectifs et ses itinéraires. Nous nous sommes orientés au vingtième siècle vers la conquête de plus et toujours plus d'avoirs. Désormais, notre survie dépendra certainement de notre capacité d'acceptation de renoncements, et d'adoption d'un objectif nouveau, à bénéfices plus immatériels, un nouveau principe de précaution qui voudrait que nous donnions en toutes circonstances préférence à l'être sur l'avoir. La marche du siècle, et du millénaire dont il est l'aube? Une marche de l'homme en son jardin, vers le centre de son être. Il y a une certaine urgence sociale à reconsidérer certaines dispersions mortifères et recentrer nos efforts sur des richesses intérieures plus durables. Depuis toujours, certains font de cette préférence à l'être la source d'un bonheur de vivre qui justifie et 14

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16

une œuvre d'art exprimant sa puissance conceptuelle et réalisatrice, ou, à défaut, sa vacuité insondable. Si son paradis est intérieur, un chemin vers la vérité, une réconciliation avec son origine, sa vie, son environnement, et les autres, forcément différents mais qu'il aime tels quels, alors son jardin sera une expression, peut-être modeste, mais sereine, de retrouvailles émerveillées et partagées avec l'esprit et la matière. Ces jardiniers, pas forcément architectes ni paysagistes, mais toujours bons artisans et parfois un peu poètes, existent depuis toujours; ils se sont fait rares ces dernières décennies, mais ils reviennent en foule; le vingt et unième siècle sera leur siècle ou ne sera pas. Leurs jardins existent. Chaque année on voit de nouveaux jardins abandonner les impasses sans bonheur de créations décoratives plaquées ou d'accouchements au forceps torturant la terre mère pour le plaisir furtif de cerveaux malades. Lentement, ces jardins se réconcilient avec l'âme de leur jardinier déjà pardonné. Ils se préparent ensemble à vivre une nouvelle vie de l'esprit. Nous avons approché quelques-uns de ces jardiniers, et parfois visité leurs jardins; encore qu'il faille, pour les connaître vraiment, vivre avec eux et évoluer avec eux. Nous pouvons essayer de vous en parler, mais sans doutes les avez-vous déjà reconnus, parce que vous-même, ne seriez-vous pas déjà entré, avec ces jardiniers de l'essentiel, dans ce même vingt et unième siècle? Dites-moi donc de quel homme sera habité le monde du vingt et unième siècle, et nous devinerons ensemble où il habitera et de quel jardin il entourera sa maison. Nous devinerons où il mettra les arbres dans sa ville. Nous devinerons où ses pas le conduiront, à la recherche de ses origines et de son avenir.
Là où est son paradis, là sera son jardin.

Il est sûr que les formes de projection au jardin des idées de bonheur et de paradis seront multiples. La forte crainte que l'uniformisation de la vie professionnelle, culturelle, et sociale ne nous entraîne vers le meilleur des mondes nous fait cultiver en nos

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