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L'économie mondiale face au climat

De
274 pages
Ce que le protocole de Kyoto va changer... Arrêter de rejeter des gaz qui alimentent le réchauffement planétaire va devenir l'affaire des producteurs et des consommateurs. S'en dégagent des contraintes accrues pour l'économie, avec des opportunités nouvelles aussi - à condition d'en maîtriser la complexité. L'auteur nous y invite avant de proposer une prospective environnementale, technologique et institutionnelle de l'atténuation de l'effet de serre attribuable aux activités humaines. Il livre les "fondamentaux" qui permettront au lecteur d'interpréter faits nouveaux et dispositions additionnelles.
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L'ECONOMIE MONDIALE FACE AU CLIMAT

Collection Économie et Innovation
dirigée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis
Dans cette collection sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Ces ouvrages s'adressent aux étudiants de troisième cycle, aux chercheurs et enseignants chercheurs. Les séries Krisis, Clichés et Cours Principaux la collection. font partie de

La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations (responsable: Blandine Laperche).

La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples et fondamentaux qui s'adressent aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles universitaires en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

André GABUS

L'ECONOMIE MONDIALE FACE AU CLIMAT
A responsabilités accrues, opportunités nouvelles

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

INNOVAL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

HALlE

tQ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5050-8

A mes nombreux amis forestiers qui ont à cœur de restaurer durablement les forêts tropicales dégradées en en valorisant mieux les produits et les services. Plus particulièrement, à JeanJacques Faure et Bernard Cassagne, ainsi qu'à tous ceux qui entendent de même, par une gestion raisonnée des stocks de carbone que celles-ci représentent, contribuer à l'atténuation de l'effet de serre (sans leurs interrogations, et aides aussi, cet ouvrage ne serait pas) ; A tous les autres qui me sont pareillement chers et qui, avec d'autres talents, œuvrent dans le même sens ou s'attachent à développer et promouvoir connaissances et techniques plus respectueuses à la fois de la personne humaine et de notre milieu naturel;

A tous ceux qui, sans dogmatisme, s'engagent à concilier développement économique et responsabilité environnementale ;
Aux esprits curieux des efforts déployés pour tenter de sortir du désordre le monde contemporain;

Enfin, à mes premières lectrices et premiers lecteurs, et en particulier à Colette et Philippe Kundig-Marchal, sans l'attention desquels lectrices et lecteurs du livre auraient trébuché sur mes nombreuses fautes et erreurs; celles qui pourraient subsister ne sont toutefois imputables
qu'à l'auteur.

PRÉFACE

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE: UN DÉFI POUR LES ÉCONOMISTES

L'activité humaine est polluante; le sont en particulier les activités économiques de production et de consommation. Toute pollution a un aspect territorial: il y a focalisation des émissions et les processus de diffusion et de concentration ont un caractère spatial. A chaque type de pollution correspond donc une affectation territoriale particulière de son impact. En général, la dimension du territoire affecté est assez réduite; la plupart des problèmes d'environnement ont ainsi un caractère local et touchent la qualité de la vie (dont on sait depuis longtemps que c'est un phénomène qui n'est perçu par les individus qu'à l'échelle de leur mobilité territoriale et se limite donc essentiellement aux réseaux de voisinage). Parfois, comme c'est le cas avec la pollution des fleuves, l'impact s'étend aussi sur le territoire dépassant les frontières nationales. Dans toutes ces situations, le contrôle démocratique local, régional, national, voire transnational, permet le développement de politiques actives de protection de l'environnement. Toutefois, quand on se réfère à l'émission de gaz à effet de serre et à la menace de changements climatiques susceptibles de modifier les conditions de vie future de tous les habitants du monde, on se trouve devant une situation nouvelle: Comment défendre démocratiquement les intérêts des générations à venir? Et, si nous obtenons le silence comme réponse à cette question, que peuvent apporter les économistes et leurs analyses en vue d'une solution pour un problème à caractère mondial comme celui que nous venons d'évoquer? Pour l'économiste, lorsqu'un phénomène de rareté se développe et s'accentue dans le temps, ce sont les prix qui

doivent principalement contrôler son évolution. De plus, lorsque les prix signalent clairement que l'offre ne pourra satisfaire la demande, la technologie sera appelée à la rescousse : rien n'est plus stimulant pour la créativité scientifique et technologique que la perspective d'une rareté croissante. Hélas! l'atmosphère est un bien non-économique, ou du moins elle est perçue comme telle: l'air est un bien libre. La rareté ne se manifeste guère, même lorsque nous commençons à percevoir que la pollution de l'air pourrait nous entraîner vers des changements planétaires. Faudra-t-il, comme Richard III de Shakespeare, attendre les raz-de-marée pour échanger nos royaumes pour un cheval? Devant la nouvelle menace et l'inexistence du garde-fou des règles économiques de comportement des prix et des technologies, la société civile est à la recherche de nouvelles formules de régulation qui puissent intervenir à l'échelle du monde. Les regards se tournent de suite vers le système international, la communauté des nations, la formule des Nations Unies. Néanmoins les nations ne peuvent s'abstraire de réactions nationalistes; elles défendent les intérêts de leurs citoyens, pouvant même placer ces intérêts au-dessus de ceux de l'ensemble des citoyens du monde. Dès lors, de nouveaux agents prennent corps dont les stratégies s'élèvent souvent audessus de ces nationalismes. C'est la montée de nombreuses ONG, voire d'entreprises globales incapables de respirer dans les territoires nationaux. La solution des problèmes mondiaux qui affectent le futur de tous les citoyens du monde devient un processus complexe dans lequel interviennent des intérêts publics et privés, égoïstes et altruistes, sociaux et politiques - processus qui appelle au concept de "contrat mondial" dont le Groupe de Lisbonne s'est fait le porte-parolel. En évoquant le besoin d'un "contrat mondial pour la Terre", le Groupe de Lisbonne a voulu renforcer le rôle de la participation des nouvelles forces de la société civile dans les processus de décision internationaux qui touchent à l'avenir de la planète. Rio, Kyoto, Marrakech, Johannesburg... toute une suite de succès et d'échecs dans cette nouvelle voie contractuelle, mais c'est la voie par laquelle le problème des changements climatiques a désormais acquis ses lettres de noblesse. Le but implicite de cette globalisation de l'environnement est aujourd'hui assez clair: s'il n'y a pas de citoyenneté mondiale
1 The Group of Lisbon: 1995. Limits to Competition, MIT Press, Cambridge, Mass.,

10

qui puisse contrôler démocratiquement la pollution à cette échelle, faisons de l'atmosphère un bien économique qui permette de faire intervenir les mécanismes de prix et de développement technologique propres aux phénomènes de rareté. Dès lors, les émissions de gaz à effet de serre et leurs effets sur le changement climatique sont ainsi devenus un champ privilégié pour l'analyse économique et pour l'expérimentation de nouvelles formes de marchés ou de nouvelles pratiques de régulation fiscale. Intemaliser le coût futur pour la société mondiale de ces pollutions revient à modifier la structure finale des prix relatifs des biens: le prix d'un bien par rapport à celui d'un autre devra désormais reproduire mieux que par le passé les poids différents des émissions de chacun. La demande des biens fortement émetteurs sera ainsi freinée par la main invisible du marché. Tout changement des prix relatifs a un effet important dans la distribution des revenus; certains se sentiront discriminés et ne manqueront pas de faire entendre leurs voix. Ce sont ces effets distributifs (réels ou potentiels) qui appuient les arguments de ceux qui conditionnent les politiques globales de l'environnement à des accords multilatéraux engageant sans exception toutes les parties en cause, comme si la compétitivité des nations devait en dépendre. C'est vrai, quand on envisage un marché mondial des droits d'émissions, qu'une entente entre les Etats-Unis et l'Europe serait meilleure que la formation de deux blocs concurrents, voire antagonistes. Mais, c'est vrai aussi que la protection de l'avenir du monde a une valeur éthique qui ne saurait être soumise au pouvoir à court terme de la compétitivité. Le changement climatique est un enjeu global qui requiert une action globale, mais qui n'enlève aucune responsabilité, bien au contraire, à l'action locale. Pour comprendre mieux cet enjeu, dans ses multiples aspects économiques, scientifiques, technologiques, institutionnels, le livre d'André Gabus deviendra une lecture de référence pour tout citoyen du monde. La "société de l'information", qui chaque jour nous étreint avec plus de force aveugle, nous fait croire qu'il n'y a pas de nouveaux sujets; nous avons acquis une culture de la superficialité dans laquelle plus rien ne nous surprend. Nous jonglons avec effets de serre, changements climatiques, marchés des droits d'émissions du CO2, taxes écologiques et autres protocoles de Kyoto comme si tout cela faisait partie de notre science et de notre conscience.

Il

L'économie mondiale face au climat oblige à réfléchir sur ces évolutions majeures, parce que André Gabus les dissèque pas à pas, démystifie l'ensemble, le rend humain. C'est donc devant un instrument démocratique que nous nous trouvons, un outil pour développer la pensée juste suivant l'idéal platonicien. Le XXI" siècle sera le siècle de la complexité; le rapprochement des agents, l'effacement des distances ira nécessairement de pair avec l'intensification et la diversification des interactions. La multiplication des éléments et des relations dans les systèmes dynamiques, non-linéaires, c'est cela la complexité. Dans ce monde, les structures logiques seront nos seuls guides et c'est dans la force du raisonnement que nous retrouverons la liberté.
EMILIO FONTELA, Professeur honoraire, Université de Genève, Madrid, mai 2003

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INTRODUCTION

Pense et agis comme si tu devais mourir demain ou vivre cent ans.
DITS DE L'ORIENT

Ce début de siècle restera sans doute marqué par les premières tentatives concrètes d'atténuer l'effet de serre. Cellesci s'opèrent sur des fondements climatiques encore mal assurés et sur la base d'accords internationaux sans doute exagérément directifs quant au choix des moyens, avec surtout les pays en développement et les Etats-Unis en marge de contraintes concertées... et des lobbies actifs à prétendre le contraire. L'essentiel est néanmoins qu'au niveau des nations, des actions sont désormais en marche, porteuses qu'elles sont de perspectives prometteuses à long terme. On peut raisonnablement espérer que les efforts entrepris par les unes stimuleront un engagement plus marqué par les autres et transformeront ainsi une première parade en une riposte appropriée au réchauffement planétaire. Au moment de la mise sous presse de cet ouvrage, le sort en est pratiquement jeté: avec la ratification annoncée par la Russie permettant d'atteindre le quorum requis, le protocole de Kyoto devrait entrer en vigueur fin 2003 I courant 2004. Ainsi, sur des fondations établies au cours des deux décennies écoulées, notre village global, par peur ou conviction, s'est résolu à ériger sa cathédrale pour se protéger de dérèglements climatiques d'un nouveau type, ceux d'origine humaine. Ce monument juridico-politique, qui restera en construction continue encore longtemps, est déjà le lieu de référence des politiques et mesures nationales qui nous sont proposées pour participer à l'atténuation de l'effet de serre. Entrepreneurs,

travailleurs ou consommateurs vont devoir se plier à des règles nouvelles, dérivées de la constitution onusienne sur le climat que cet édifice représente. D'où l'intérêt de le visiter. Dès lors que les Etats-Unis par leur adhésion problématique viendront sans doute un jour parachever sa construction et que les pays en développement présentement sur le parvis en accepteront à l'avenir toutes les servitudes, l'économie mondiale ne sera plus jamais tout à fait comme avant. Les conditionscadres pour que celle-ci fonctionne en diminuant ses rejets de gaz alimentant le réchauffement planétaire sont désormais établies. Les contraintes vont se préciser dans les années qui viennent. Mais ce qui a un coût pour les uns est souvent un bénéfice pour d'autres. Les grands de l'économie s'en sont déjà avisé; aux nouveaux venus au jeu vital des économies en émissions de gaz à effet de serre de prendre part à la nouvelle donne et d'essayer d'en tirer les moins mauvaises cartes. Tous sont concernés ou vont l'être. Cet ouvrage s'adresse plus particulièrement à un large public éclairé qui est en train de prendre conscience que la riposte au changement climatique n'est pas tant une affaire de gouvernements que de comportements citoyens, que des taxes sur le gaz carbonique et autres mesures restrictives ne font du sens que par rapport à un dessein global de parvenir à diminuer la pression des humains sur leur milieu naturel. Il voudrait néanmoins ne pas s'en tenir aux stratégies et aux grandes idées, aussi généreuses soient-elles; il propose au lecteur de descendre aux niveaux des moyens pour contenir le réchauffement planétaire et des implications de leur mise en œuvre, quitte à revenir avec le bagage technique et économique ainsi acquis à une meilleure appréciation des enjeux sociopolitiques et de leurs réponses aux plans local, national, régional et international. Nous espérons avoir facilité cette navigation entre niveaux très différents par de nombreux hors-texte illustratifs sous forme d'encadrés, de tableaux et de figures, ainsi que par le recours à des notes complémentaires ou techniques en bas de page et en annexe. Le lecteur aura ainsi la liberté de choisir le niveau de détail et de précision qui lui sied. Un glossaire, un index et des références (pour la plupart faciles à consulter sur internet) lui permettront d'approfondir à sa guise après avoir slalomé entre ces multiples appendices sur une piste aplanie des complexités inhérentes au sujet. Au gré des thèmes, à chacun de choisir son itinéraire de lecture. Pour reprendre plus facilement le fil de l'exposé général après de libres détours de convenance,

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des repères sous fonne de condensés et d'enchaînements ont été placés sans crainte de redondances en début et fin de chapitres. Partant du constat qu'un consensus scientifique et politique s'est établi sur la nécessité de prévenir le risque de changements climatiques néfastes, nous montrerons comment ce problème authentiquement mondial a conduit les nations à s'entendre sur une plate-fonne qui pennette à chacune d'entre elles d'agir selon ses capacités propres, tout en ayant l'assurance que ses voisines œuvrent dans la même direction. Nous identifierons les efforts requis pour conjurer les dérèglements climatiques dus à l'homme et nous en dégagerons les contraintes, notamment pour le monde des affaires et sa clientèle que nous sommes tous. Nous nous efforcerons ensuite d'appréhender les opportunités que celles-là offrent en contrepartie à l'économie et au développement technique: les astreintes vont en effet se traduire par l'introduction de procédés et produits adaptés, bref en nouveaux marchés. Ces contraintes et opportunités constituent le sujet central de l'ouvrage proposé. Faute d'accepter de revoir nos modes de vie à la baisse à une échelle sensible, la diminution des rejets en gaz à effet de serre ne pourra s'opérer que par un recours à des technologies adéquates, existantes ou nouvelles. Le débat ouvert, qui ira sans doute en s'élargissant, sur les politiques et mesures de nature à inciter les vrais acteurs que sont les producteurs et les consommateurs à les adopter devrait ainsi se nourrir aussi des perspectives sur les retombées positives du changement, et pour le milieu naturel, et pour la société des humains. Pour saisir la portée de ce changement, l'auteur a la conviction qu'il appartient à chacun de se faire son opinion: la prospective en matière d'atténuation des changements climatiques comporte en effet trop d'incertitudes pour que nous acceptions un "prêt-à-penser" d'où qu'il vienne. L'ouvrage entend ainsi fournir les principaux éléments de base au lecteur pour lui pennettre d'appréhender à la fois les renoncements et les chances qu'impliquent les réponses à donner au consensus sur l'alerte au climat. A sa lecture, chacun devrait pouvoir définir à sa manière et pour son propre compte la nouvelle donne qui en résulte pour l'économie mondiale et pour ses propres activités.

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CHAPITRE I ALERTE AUX GAZ À EFFET DE SERRE !

o Des constituants atmosphériques devenant dangereux à concentration plus élevée o Le rôle majeur attribué dans l'évolution du climat au renforcement de l'émissivité de l'air par les activités humaines o D'autres facteurs méconnus ou passés sous silence o Des raisons de se mobiliser pour une cause valant bien la seule prévention du risque climatique communément admis L'accumulation due à l'homme de gaz à effet de serre dans l'air cause un réchauffement global. Celui-ci serait à l'origine de changements climatiques préoccupants et se traduirait à l'avenir par une élévation catastrophique du niveau des mers. Les interactions qui rendent compte du climat sont complexes et les prédictions jusqu'ici peu fiables. Sur la base d'un large consensus, l'alerte climatique est parvenue néanmoins à acquérir une légitimité scientifique et sociale. Quel qu'en soit son fondement, elle n'est pas vaine, car elle est mobilisatrice d'actions visant à tenter de réduire la pression de l'homme sur son milieu naturel.

"On n'arrête pas le progrès..." dit-on communément avec une pointe d'ironie, en ajoutant de plus en plus fréquemment par la pensée avec un certain fatalisme: "Et, en retour, on n'arrête pas d'en recevoir la facture!". Après les eaux dégradées et la

pollution de l'air], la liste des chapitres des nuisances matérielles accompagnant les activités humaines semblait close. Finie la consommation sans responsabilité pour ses indissociables déchets, ce précepte est couramment admis depuis quelques décennies par nos sociétés dites avancées qui s'emploient par ailleurs à le faire respecter par tout un chacun. Mais que le gaz carbonique qui s'accumule dans l'atmosphère devienne une menace pour le climat et que l'on en arrive à devoir prendre des mesures, voilà qui est plus nouveau. Expirer ce gaz à chaque instant ne nous gêne pourtant pas outre mesure aussi longtemps que sa présence ne nous prive pas d'oxygène. Et que d'autres gaz, aussi invisibles et inodores, puissent contribuer avec lui à une élévation durable de la température du milieu où nous vivons, cela nous paraît à la limite du vraisemblable. Ce milieu, à l'image d'une serre horticole, piège naturellement la chaleur. Soit. Mais qu'avons-nous fait pour en dérégler l'équilibre?
1. LE RENFORCEMENT L'HOMME DE L'EFFET DE SERRE DÛ À

La partie de l'énergie solaire (sous fonne lumineuse) qui n'est pas réfléchie vers l'espace est absorbée par la Terre et transfonnée en rayonnement thennique. Cette chaleur est captée par des gaz qui, de la même façon que le vitrage d'une serre, la renvoient vers la surface terrestre pour réchauffer notre planète (voir l'Encadré 1 ci-contref Ces gaz dits à effet de serre sont pour la plupart des constituants naturels de l'atmosphère; d'autres, tels les CFC utilisés comme réfrigérants, sont purement artificiels. En volume, la vapeur d'eau (H20) figure au premier rang; vient ensuite le gaz carbonique ou CO2, puis loin derrière quelques autres. Ils sont présents dans l'air en doses seulement infimes, mais leur effet de serre ou émissivité est important (voir ci-après la Figure 1, à la Section 2). Cette émissivité est notamment fonction du degré de concentration de chacun de ces gaz dans l'atmosphère. Et c'est à propos de l'évolution de cette concentration que l'espèce humaine entre en Jeu.
1 Le renforcement de l'effet de serre s'en distingue dans la mesure où les pollutions des eaux ou de l'air se définissent comme atteintes aux propriétés de l'eau ou de l'atmosphère nécessaires à la vie. 2 L'effet de serre est un phénomène naturel à replacer dans la traversée assez complexe de l'atmosphère par les rayons solaires. On en trouvera une description détaillée dans Pagney, 2000. 18

Nos diverses activités de production, transport, distribution, consommation et même de gestion des déchets s'accompagnent de rejets dans l'atmosphère. Or, parmi ces rejets, figurent des gaz à effet de serre. Avant d'être éliminés, ceux-ci se maintiennent dans l'air pour des durées variables, mais qui se chiffrent par décennies. Ainsi, le gaz carbonique y aurait une "durée de vie" évaluée entre 351 et 1202ans. On estime que, suite à son accumulation notoire depuis la fin de l'époque préindustrielle, sa concentration aurait augmenté d'au moins 25% en cent cinquante ans. La combustion d'énergies fossiles en serait la cause principale.
Paradoxalement, la source de chaleur principale n'est pas le Soleil, mais la swface de la Terre, qui chauffe l'atmosphère Marcel Leroux, 2000

Une serre sans vitrage à hauteur variable Drôle de serre que celle de surface du sol va recevoir la chaleur l'atmosphère dont le niveau supé- rayonnante durant la nuit, que lui rieur s'élève au fur et à mesure que enverra le CO2 radiatif ; les régions les flux de rayons infrarouges les moins ensoleillées bénéficieront s'accroissent sous l'effet d'une plus aussi d'un supplément d'énergie forte concentration de gaz qui ont la grâce aux émissions de l'air propriété d'absorber et d'émettre une provenant des régions plus chaudes. énergie sous forme radiative (pro- Un régime de circulation atmosphépriété dès lors mieux dénommée rique va en effet s'installer sous par le terme d' "émissivité" que par l'effet des contrastes thermiques. celui d'cffct dc scrrc). Ses couches supérieures étant Sans ces gaz émissifs (dont prises en compte, l'atmosphère (qui notamment la vapeur d'eau), la se dilate) est alors globalement température de l'air de la Terre refroidie par l'effet de serre. Pour sa serait totalement indépendante du part, le sol devient plus chaud que flux solaire qui le traverse à l'aller et l'air, augmentant ainsi considéradu flux émis par le sol vers l'espace blement le transfert d'énergie au retour. Au lieu de la moyenne solaire. L'introduction d'eau dans le actuelle de 15DC, la température système a un effet particulièrement terrestre serait de l'ordre de gran- dynamique, avec pour résultat in deur de celle de la Lune, soit -21DC fine un réchauffement de la basse mesurés lors d'une mission Apollo*. atmosphère par la surface terrestre. En injectant par la pensée un peu de gaz carbonique sur notre astre une approximation qui vaut tout autant entouré d'un air sans émissivité se (pour le maintenir sec et sans apport que celle de nos encyclopédies de nuages qui compliquent tout), la référant d'ordinaire à des calculs qui
seraient incorrects (Lenoir, 2001).

Encadré

1.1

Or, l'augmentation de la concentration gazeuse en question entraîne une élévation du rayonnement infrarouge des basses
1 2

O'Neill, 1992, cité par Lenoir, 2001. IPCC ou en français: GlEC, l'organe scientifique officiel de la Conventioncadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). 19

couches de l'atmosphère vers le sol, conduisant à une hausse des températures. Quand résultant d'activités humaines, ce phénomène est appelé "forçage radiatif anthropique" ; il se mesure en Watts par mètre carré. Tous gaz à effet de serre confondus (hors vapeur d'eau), ce forçage radiatif a augmenté de 2,5 W/m2, soit moins de 1%, en un siècle et demi. Il a provoqué une hausse de O,6°C de la température de surface, résultant de la moyenne des observations à terre et en mer. A tendance maintenue de l'augmentation de la concentration gazeuse, l'échauffement devrait donc se poursuivre, voire s'accentuer. Environ lOC par siècle, c'est à la fois peu et beaucoup. C'est surtout "beaucoup" quand on établit la causalité suivante: la hausse de la température moyenne entraînerait une fonte des glaces et une expansion thermique des océans, lesquelles provoqueraient à leur tour l'élévation du niveau des mers. Les quelques dizaines de centimètres "prévisibles" correspondraient à une avancée des mers qui devrait inonder les régions les plus basses, comme le Bangladesh et les Pays-Bas, les deltas des grands fleuves, comme le Nil ou le Niger, et de nombreuses îles situées à fleur d'eau. De plus, les cyclones qui se forment au-dessus des eaux chaudes, deviendraient plus fréquents; les courants océaniques seraient aussi perturbés, entraînant des changements climatiques durables. C'est ainsi que des constituants atmosphériques, au demeurant anodins, peuvent être considérés comme dangereux pour les humains, dès lors que ceux-ci contribuent par leurs activités à en augmenter la concentration. 2. QUID DE L'ÉVOLUTION pU CLIMAT ET DE L'INFLUENCE DES GAZ A EFFET DE SERRE? Malgré le refroidissement arctique (à l'origine des coups de froid en Europe, Amérique et Asie du Nord au cours des dernières décennies\ les moyennes annuelles des températures, globales et par hémisphère, montrent clairement une certaine tendance à la hausse. L'influence des émissions anthropiques de gaz à effet de serre est donc bien vraisemblable, mais il restait à le démontrer. A l'aide de modèles mathématiques, on parvient à simuler l'effet de l'augmentation de l'émissivité atmosphérique sur les températures moyennes. Les écarts constatés entre simulations et réalité ont pu être réduits en perfectionnant ces modèles, ce qui a convaincu la plupart des scientifiques quant à
1 qui s'expliqueraient en partie par une rupture mécanique de la banquise.

20

la pertinence du rôle majeur à attribuer aux activités humaines dans l'évolution du climat. CONTRIBUTION RELATIVE DES GAZ A EFFET DE SERRE
dans l'augmentation anthropique du rayonnement infrarouge de l'atmosphère aérosols divers
Ozone & dans le rayonnement d'origine naturelle infrarouge ou humaine

H20 terrestre 4ontinWa,;",,7%

"4#,__

- --

Gaz carbonique C02 - ""." _" aiitlllopi<pre C02 natur

IPCC, 1990 D'après lenoir, 2001 Figure 1.1 : Contribution des différents gaz à effet de serre flux infrarouge de la basse atmosphère vers le sol.

au

Dès lors que des modèles, à quelques approximations près, reproduisent l'évolution passée, on leur confère volontiers une valeur prédictive. Différents scénarios d'émissions en fonction des développements économiques, démographiques, technologiques, etc. mondiaux ont été élaborés pour évaluer l'augmentation de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre, et cela dans l'hypothèse où aucune politique et mesure n'interviendraient. En retenant un scénario moyen, le Groupement d'experts International pour l'Evolution du Climat (GlEC, plus connu sous l'acronyme anglais de IPCCI) prévoit une hausse moyenne de la température de 1,5-2°C et un accroissement du niveau moyen des mers de 40-50 cm d'ici à 2100 (IPCC, 200Ia). Ainsi, l'alarme au climat est aujourd'hui confirmée. Le lecteur qui a hâte d'en saisir les enjeux et d'en explorer les aux nuances à apporter à l'énoncé des défis à relever et à la portée des réponses que les responsables politiques et économiques entendent leur donner devrait avoir avantage à
poursUIvre.
1

conséquencespour l'économiemondiale - le sujet central de cet ouvrage - peut passer aux chapitres suivants. Celui plus attentif

Sur cet organisme, voir J'Encadré m.2 au Chapitre Ill. 21

3. AUTRES FACTEURS À L'ŒUVRE Dans son ouvrage critique "Climat de panique", le scientifique et écologiste actif Yves Lenoir relève, à propos de l'amélioration de la capacité des modèles à reproduire l'évolution passée, que la présence dans l'atmosphère de poussières et autres aérosolsl a été introduite dans les calculs comme agents refroidissants (Lenoir, 2001). Courbes des températures moyennes simulées et réelles se rapprochent alors significativement, ce qui est plutôt rassurant pour la vérification de l'hypothèse du réchauffement climatique. Mais, en clair, un autre facteur est ainsi subrepticement pris en considération pour mieux rendre compte de l'influence des gaz à effet de serre! De fait, plusieurs autres phénomènes naturels sont à l'œuvre dans l'évolution du climat et ses dérèglements. Le climat terrestre est sous influence notamment de la vapeur d'eau et de la circulation océanique. Notre propos n'est pas d'en rendre compte ici. On en donne néanmoins un éclairage partiel par quelques encadrés pour attirer l'attention sur deux points:

.
.

en plus des émissions de gaz à effet de serre hors vapeur d'eau, des activités humaines (telle l'irrigation) sont responsables de l'accroissement de l'évaporation dans le cycle de l'eau, ce qui devrait influer, et sur l'émissivité de l'air, et sur le climat (voir l'Encadré 2 ci-contre) ; l'influence de l'augmentation de la température moyenne sur l'élévation du niveau des mers est complexe et pourrait être significativement moindre que celle prédite, en référence notamment à l'insensibilité relative des calottes glaciaires aux pôles (voir les Encadrés 3 et 5 ciaprès).

Par ailleurs, on ne devrait pas sous-estimer les modifications du couvert végétal. Après la dernière période glaciaire (de -80'000 à -15'000), la déglaciation a accéléré la circulation océanique profonde, ramenant à la surface l'excès de gaz carbonique accumulé durant des milliers d'années. Si la végétation2 et notamment les forêts n'avaient pas joué leur rôle d'absorbant, la concentration du CO2 dans l'atmosphère serait supérieure à près de deux fois et demi son degré préindustriel.
1 ou particules microscopiques véhiculées par l'air; ils sont d'origine naturelle (éruptions volcaniques) ou humaine (fumées industrielles) et ont la propriété de renvoyer vers l'espace l'énergie solaire avant qu'elle n'atteigne la surface terrestre. 2 phytoplancton des océans compris.
22

Influence de l'eau Fonnée à plus de 99% par de la vapeur d'eau et pour le reste, au sein des nuages, par de l'eau à l'état liquide ou solide, l'eau des basses couches de l'atmosphère ou troposphère est estimée à 13'000 kmj. La plus grande partie provient de l'évaporation des océans. Globalement, cette eau atmosphérique compte pour 60% dans l'émissivité de l'air, d'origine naturelle ou humaine. Elle participe aussi à hauteur de 20% aux transferts d'énergie du sol vers l'atmosphère. Consommer de l'eau, au sens de favoriser son évaporation, c'est donc refroidir le sol et réchauffer l'air. Or, sa consommation aurait doublé depuis 1990. Hors déforestation, la quantité d'eau évaporée par les activités humaines en 2000 est évaluée à 2350 kmj (18% du total précité), avec au premier chef l'irrigation. Il conviendrait d'ajouter les quantités dues au déboisement (150 km\ aux barrages hydroélectriques, aux rejets des centrales nucléaires... "L'exploitation des ressources d'eau douce constitue sans doute la plus Encadré 1.2

atmosphérique grande perturbation anthropique infligée par les hommes à la biosphère [..] La question du niveau des mers est étroitement liée à celle de la gestion de l'eau" (Lenoir, 2001). Ce que le capital hydrologique entamé perd, se retrouve en effet dans les océans. L'impact de l'évaporation sur le climat mériterait d'être ainsi considéré. Les incidences de l'irrigation sur des climats régionaux, tels la vallée du Nil et l'Asie du Sud, ont été analysées. Dans le premier cas, l'air chargé d'humidité est chassé par les vents avec pour corollaire un abaissement de la température de l,1°C entre deux trentenaires annuels; dans le second cas, en restant un certain temps au-dessus du territoire, cet air aurait été responsable d'un réchauffement de 0,25°C. Mais beaucoup resterait à évaluer... en prenant notamment en compte le double effet antagoniste de la réflectivité et du rayonnement des nuages (donc de refroidissement et de réchauffement respectivement).
(D'après Lenoir, 2001)

Toujours pour situer dans son contexte l'influence des activités humaines sur le climat, on fera enfin état de la contribution, non mesurée mais vraisemblable, de l'activité solaire, notamment sur l'ennuagement et les propriétés réfléchissantes des nuages (voir l'Encadré 4). Que reste-t-il alors de l'effet de serre et surtout de l'influence de son renforcement sur le niveau des océans? Difficile à dire, puisqu'en définitive il conviendrait de répartir la tendance à la hausse des températures moyennes entre les cinq facteurs suivants: (i) le forçage radiatif supplémentaire dû aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre hors vapeur d'eau; (ii) les aérosols naturels et artificiels; (iii) la perturbation du cycle de l'eau par les activités humaines;

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(iv) les modifications du couvert végétal dues aux changements climatiques ou aux humains; (v) les variations du champ magnétique solaire qui modulent le flux des rayons cosmiques dans l'atmosphère avec pour résultante une action sur l'ennuagement et les propriétés des nuages, et là sans que l'homme y soit pour quelque chose.
Des calottes glaciaires plutôt insensibles au réchauffement climatique La menace d'une montée des métrie ne s'expliqueraient pas seuleocéans est souvent présentée com- ment par la relation entre tempérame un sous-produit du réchauf- ture de l'air et potentiel de précipitafement annoncé. Or, la fonte des tion; la trajectoire des dépressions glaces de l'Antarctique n'a pratique- qui apportent la neige au Groenland ment pas participé à la remontée des changerait aussi d'une période océans lors de la grande déglacia- glaciaire à l'autre tion qui débuta il y a 14'900 ans Les climatologues ont revu leurs (des observations de terrain ont projections d'une montée du niveau montré, en sens inverse, que la des mers à la baisse au cours des baisse des océans lors du grand deux dernières décennies. En 1980, maximum glaciaire se situait entre Schneider & Chen estimaient qu'un 50 et 250 cm). Entre cette période et doublement de la concentration du la fin de la déglaciation, l'élévation gaz carbonique se traduirait par une de la température moyenne de hausse de 750 cm. Cinq ans plus l'Antarctique n'a été que de 10°C; tard, lors de la conférence fondasa masse glaciaire a très peu varié trice de Villach, le résumé à l'intenquand la Terre est passée d'un tion des décideurs annonçait une extrême à l'autre. élévation de 20-140 cm. En 1990, Au Groenland, la situation serait alors que l'IPCC se prononce sur un aussi plutôt rassurante. Lors de la rapprochement de la date d'un grande déglaciation, sous l'effet de doublement en équivalent carbone, l'augmentation des tombées de la fourchette de la hausse du niveau neige, l'épaisseur des strates de des océans est ramenée à 7-23 cm. glace dans les carottes est passé de (d'après Lenoir, 2001). En 2001, 6-7cm à 18 cm environ, alors que la cette fourchette serait atteinte dès température moyenne augmentait de 2050 (IPCC,2001a). 6°C. De telles variations de la nivoEncadré 1.3

Sur ces cinq facteurs,

deux

-

contrarier la tendance à l'augmentation des températures due au renforcement anthropique de l'effet de serre par des rejets de gaz émissifs. Pour ce qui est des aérosols et assimilés (ii), on remarquera que la dispersion de poussières et autres particules par les industries et les transports a tendance à être contrôlée pour des raisons de santé publique; reste bien évidemment les

(ii) et (v) -

pourraient

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rejets naturels, tels ceux provenant des éruptions volcaniquesl et de l'assèchement des sols. Quant aux flux de rayons cosmiques (v), il paraît qu'ils dépendent des variations de l'activité solaire dont le cycle est de Il ans en moyenne. Leur augmentation qui se traduirait par un refroidissement transitoire ne s'inscrirait donc pas dans une tendance séculaire. En pure hypothèse, leur contribution relative dans les changements climatiques pourrait être néanmoins tellement prépondérante que l'influence du renforcement anthropique de l'émissivité de l'atmosphère deviendrait non significative. Et partant, la prévention contre l'augmentation de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre n'aurait guère alors de portée pratique.
Influence de l'activité solaire et incidence sur les propriétés des nuages Les variations de J'activité exercerait une action significative solaire ont été invoquées depuis sur les propriétés réfléchissantes des longtemps pour tenter de rendre nuages (Svensmark, H. & E. Friiscompte des changements climati- Christensen,] 997). ques séculaires. Des études récentes La réduction du flux de ces ont notamment établi des corré]a- rayons pourrait en partie rendre tions remarquables entre ]e cycle de compte du réchauffement observé l'activité solaire et les fluctuations depuis le milieu des années] 970, des températures moyennes et du caractérisé par une hausse rapide niveau des océans. Une piste pour des minima journaliers (Lenoir, son explication est proposée depuis 200]). Dans J'état de ]a production quelques années: les variations du des savoirs, l'hypothèse reste néanchamp magnétique solaire module- moins pratiquement impossible à raient ]e flux des rayons cosmiques tester. entrant dans l'atmosphère, lequel Encadré 1.4

Pour ce qui est des facteurs (iii) et (iv) (cycle de l'eau et couvert végétal), dont les effets seraient de s'ajouter au forçage radiatif supplémentaire dû aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre (i), il paraît peu vraisemblable qu'ils aient une influence prédominante, en tout cas pas au point de réduire à néant le sens d'efforts visant à contenir la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre. Au sujet des modifications du couvert végétal (iv), on relèvera que, bien qu'à un rythme annuel moindre que par le passé, le défrichement des forêts se poursuit selon l'Orga1 Après chaque éruption volcanique comportant l'injection d'une quantité considérable de poussières et aérosols dans la haute atmosphère, ]e climat se reuoidit. On estime que J'éruption du volcan philippin Pinatubo en 199] réduisit le flux solaire et provoqua une baisse de ]a température moyenne de 0,5°C pendant dix-huit mois. 25

nisation de l'agriculture et de l'alimentation des Nations Unies (FAO) ; la capacité d'absorption des émissions de gaz carbonique par le couvert végétal continue ainsi de rétrograder, favorisant son accumulation dans l'atmosphère et s'ajoutant ainsi aux autres sources du réchauffement global qui sont le fait de l'homme. Si la relation entre émissions de gaz à effet de serre et niveau des océans est ainsi complexe, les conséquences du réchauffement climatique sur l'enneigement peuvent nous paraître plus évidentes. Des nuances sont à prendre néanmoins en considération, car celui-ci entraîne à la fois une augmentation de la quantité des précipitations solides (neige) en haute altitude et un accroissement des précipitations liquides (pluie) aux altitudes basses et moyennes; d'autres facteurs sont par ailleurs ici aussi à prendre en considération (voir l'Encadré 6 à la Section 5).
Robustesse des circulations océaniques Un réchauffement de l'atmo- pée par un "tapis roulant" profond sphère induirait un réchauffement qui refait surface, notamment au des océans; la circulation du large de l'Antarctique où la circulacouloir Atlantique en serait notam- tion atmosphérique favoriserait un ment perturbée et priverait l'Europe "appel d'eau" vers le haut. Autre occidentale des courants d'air chaud moteur contribuant à des remontées qui d'ordinaire la tempèrent. des courants profonds seraient les De fait, seules les couches marées, échappant à toute influence supérieures des océans peuvent voir climatique. leurs températures moyennes L'animateur qu'est le "tapis changer relativement rapidement. roulant" océanique profond sert Les océans ne sauraient qu'enfouir aussi à restituer une grande partie du ftoid (Lenoir, 200 I). La du gaz carbonique produit par les circulation océanique profonde est décompositions organiques qui s'y en effet particulièrement robuste. effectuent. Ces émissions naturelles Ses mouvements ne sont pas déter- sont néanmoins plus que compenminés seulement par des diffé- sées par les considérables absorprences de température et de salinité. tions en surface par le phytoL'eau de surface enfouie à l'extré- plancton. mité Nord du Gulf Stream est pomEncadré 1.5

4.

SENS DE LA PRÉVENTION CLIMATIQUE

DU RISQUE

Le schéma officiel et largement diffusé par le GIEC « Rejets accrus de gaz émissifs => Echauffement => Elévation du niveau des mers => Nécessité de stabiliser la concentration des gaz incriminés» n'est pas invalidé par la prise en compte de facteurs perturbateurs autres que l'émissivité de l'air. A 26

l'exception des variations de l'activité solaire, ces autres facteurs font tous référence à une part de responsabilité des humains, non chiffrée mais évidente. La proposition de conjurer les dérèglements climatiques qui seraient le fait de l'homme peut ainsi garder son sensI. En revanche, l'élargissement de la compréhension du fonctionnement du climat indique clairement que la régulation des seuls gaz incriminés ne saurait constituer "le" levier de commande du pilotage de la gestion du risque climatique, et encore moins du climat. Une stratégie de la prévention contre le risque des dérèglements climatiques devrait sans doute faire appel à une gamme de variables instrumentales beaucoup plus étendue. Dans une perspective séquentielle où l'on forge ses outils pour agir sur la réalité au fur et à mesure que progresse l'acquisition des connaissances, la décision prise par les Nations Unies de "stabiliser [..] les concentrations de gaz à ejfet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique" (CCNUCC, 19922) peut ainsi être considérée comme le simple début d'une démarche séculaire, sinon salutaire à coup sûr. Il n'est en effet pas facile de préciser ce qu'est une perturbation dangereuse, et partant encore moins de fixer le niveau correspondant d'émissivité de l'air à respecter (point qui sera repris et développé au Chapitre VIII).
5. AU-DELÀ DE LA PRÉVENTION CLIMATIQUE

Mon propos n'étant pas de convaincre, mais d'informer (sans pour autant taire mes points de vue et doutes), il revient au lecteur de se faire sa propre opinion sur cette entreprise des humains qui se sont désormais engagés dans un processus de prévention contre les risques climatiques associés au déploiement d'activités multiples. Les actions engagées peuvent s'insérer dans une quête sans doute plus chargée de sens que le seul objectif d'influer sur des écarts de climat. Elles participent en effet de cette philosophie d'action de réduire la pression de l'homme sur son milieu naturel. Une échappée dans cette
]

Hormis dans l'hypothèse extrême non démontrée d'une prédominance de l'activité solaire, évoquée à la section précédente. Les travaux récents du Pr. Jan Veizer et de son équipe à l'Université de Bochum (Allemagne) font exception; les radiations solaires expliqueraient à raison de 2/3 le réchauffement planétaire. 2 On en trouvera de larges extraits en annexe. 27