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La Confédération paysanne aujourd'hui

de Jean-Philippe Martin (Auteur)

publié par

harmattan

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La Confédération paysanne est porteuse de débats et d'alliances sociales. Elle tente de répondre aux défiés qui concernent l'ensemble du mouvement syndical. Comment mener de front défense professionnelle et projet de société ? Quel répertoire d'actions privilégier ? Une stratégie médiatique ne comporte-t-elle pas trop de risques ? Comment construire un mouvement paysan international ? Comment renouveler les militants ?
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LA CONFEDERATION PAYSANNE
AUJOURD’HUI
eUn syndicat face aux défis du XXI siècle











© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55258-6
EAN : 9782296552586Jean-Philippe MARTIN
LA CONFEDERATION PAYSANNE
AUJOURD’HUI
eUn syndicat face aux défis du XXI siècle
L’Harmattan








Ouvrages du même auteur :
Histoire de la nouvelle gauche paysanne. Des contestations des
années 1960 à la Confédération paysanne, Paris, La
Découverte, 2005.
A Viviane, Hugo et Léa
« Alors que je m’interrogeais… d’autres m’ont aidé à
comprendre que si le Destin - ou l’arrêt du Destin - dont tu
parles n’existe pas, il existe du moins une sorte de destin social,
celui que font et défont les hommes de leurs propres mains…»
Stratis TSIRKAS, L’Homme du Nil, 1973, Seuil, p. 30. Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.P. Chagnollaud,
B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi
complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions
Contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat
à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser
autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles
pistes à la réflexion collective.
Derniers ouvrages parus
Georges FERREBOEUF, Participation citoyenne et ville, 2011.
Philippe GOOSSENS, Les Roms : dignité et accueil, 2011.
André CHAGNON, Malades et médecins : pour mieux se
comprendre, Eux et nous, 2011.
Philippe DELOIRE, Et si la France disait oui à l’Europe, 2011.
Jean MONTANIER et Alain AQUILINA, Violences, loi du
silence, loi du plus fort, 2011.
Dominique ROTH, Economie et psychanalyse. Le progrès en
question, 2011.
Claude OBADIA, Les lumières en berne ? Réflexion sur un
présent en peine d’avenir., 2011
Levent ÜNSALDI, Le développement vu de Turquie, 2011.
Maurice T. MASCHINO, Cette France qu’on ne peut plus
aimer, 2011.
Véronique WASYKULA, RMI : vous devez savoir, 2011.
Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD, L’Impérialisme
économique. La visée hégémonique de la Chine, 2011.
Louis R. OMERT, Le Sursaut. Essai critique, social et
philosophique, 2011.
Jean-Pierre DARRÉ, De l’ère des révolutions à l’émancipation
des intelligences, 2011.
Jean-Pierre LEFEBVRE, Pour une sortie de crise positive,
Articuler la construction autogestionnaire avec le
dépérissement de l’État, 2011.
Remerciements :
Cet ouvrage doit beaucoup à tous les militants actuels et
passés de la CP ou des courants qui sont à son origine qui ont
bien voulu consacré un peu de leur temps pour répondre à mes
questions et me fournir informations et documents, et ce depuis
plusieurs années, qu’ils en soient remerciés. Les membres du
Centre d’Histoire du Travail de Nantes (Christophe Patillon,
Xavier Nerrière, Manuella Noyer) ainsi que Yannick Drouet
m’ont apporté aide, soutien et compétence.
Jean-Baptiste Poinssot ainsi que Stéphane Lemaire ont
bien voulu relire nombre de pages et m’apporter leurs conseils.
Les erreurs qui pourraient apparaître me sont entièrement
imputables.
Ce travail doit beaucoup, sans qu’ils le sachent
toujours, à des collègues d’histoire-géographie au vif
dynamisme (Christine, Danièle, Dimitri, France, Hélène,
Laurence, Laurent, Luc, Magali, Marielle, Raphaël, Sandrine se
reconnaîtront). Raymond, Anne, Annie… y sont aussi pour
quelque chose.
Les randonneurs laïques de Talleyrac ont joué leur rôle.
Introduction
La Confédération paysanne est née, en 1987, de
l’alliance de plusieurs courants du syndicalisme paysan qui se
sont affirmés à partir de la fin des années 1960 et ont rompu,
peu à peu avec le syndicalisme agricole majoritaire : FNSEA
(Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et
CNJA (Centre national des jeunes agriculteurs). La CP,
syndicat minoritaire mais très actif, est porteuse de débats
nouveaux et d’alliances sociales au-delà du monde paysan qui
font son originalité et son intérêt. L’affaire dite du Mac
Donald’s de Millau en août 1999 et son amplification
médiatique la font connaître largement en France et au-delà.
Tirée par la locomotive José Bové, elle bénéficie, un temps,
d’une large reconnaissance et participe au mouvement
altermondialiste alors en gestation, dans lequel elle joue parfois
un rôle bien plus important que ses effectifs limités auraient pu
le laisser supposer (comme lors du rassemblement sur le plateau
du Larzac en 2003).
Les « années Bové », et leur moment d’optimisme
passé, l’enthousiasme médiatique envolé, le syndicat doit
retrouver le chemin de l’action professionnelle quotidienne plus
classique. Il est confronté à des difficultés et à des défis
structurels, proches par certains côtés de ceux du syndicalisme
ouvrier ou du « mouvement social », et doit affronter nombre de
débats qui le traversent depuis sa création. Et ce d’autant plus,
qu’il essuie un revers significatif lors des élections aux
chambres départementales d’agriculture, en 2007. Des
réorientations sont entreprises afin de construire le syndicat, de
mener des actions au jour le jour, d’obtenir des résultats
concrets et de renouveler les militants. Le syndicat doit par
ailleurs gérer des relations avec des médias moins « enchantés »
11


qu’en 1999 et plus critiques au moment où son leader le plus
connu délaisse l’action syndicale pour le terrain politique et
électoral.
L’objet de ce livre n’est pas de présenter la gestation
puis le développement de la Confédération paysanne mais
plutôt d’essayer de voir comment elle tente de répondre aux
défis qui nous semblent les plus importants pour ce mouvement
et qui concernent, sous une forme ou une autre, l’ensemble du
1mouvement syndical en France .
Comment mener de front défense professionnelle et
projet de société ? La spécificité de la CP est, en effet, de
vouloir défendre les agriculteurs en refusant le corporatisme et
en tentant d’intégrer des actions et des thèmes sociétaux. Mais
au-delà des déclarations de congrès, trouver un équilibre entre
les deux est bien plus difficile qu’il n’y paraît. Parfois, en effet,
la CP a pu apparaître aux yeux de certains agriculteurs comme
focalisée sur la lutte anti-OGM ou comme trop proche des
écologistes.
Quel répertoire d’actions utiliser ? Il faut bien sûr tenter
d’innover pour attirer l’attention des médias et de l’opinion
mais aussi tenir compte des contraintes qui s’exercent sur le
mouvement : ce syndicat est minoritaire et les paysans sont de
moins en moins nombreux. Dans ce cadre nous nous
intéresserons plus particulièrement aux rapports du syndicat à la
justice et au droit et à la façon dont le syndicat a eu recours au
droit et s’est positionné face à la justice pour faire avancer ses
revendications ou ses idées.
1 Sur l’histoire de la CP, Jean-Philippe MARTIN, Histoire de la nouvelle
gauche paysanne. Des contestations des années 1960 à la Confédération
paysanne, Paris, La Découverte, 2005.
12

Pour diffuser ses idées comme pour faire connaître les
mobilisations paysannes, la CP mène des actions qui visent à
toucher l’opinion publique par le biais des médias. Cette
stratégie a semblé particulièrement payante en 1999-2000 et a
permis à la CP de toucher un très large public. Cette stratégie
trop exclusivement tournée vers les médias ne comporte-t-elle
pas des risques ? Comment y a-t-elle fait face ? Quels ont été
les débats dans le syndicat et où en est ce dernier aujourd’hui ?
Pour obtenir gain de cause, les membres de la CP sont
persuadés que des alliances sociales au-delà du monde paysan
sont nécessaires en France. Par ailleurs, la politique agricole est
de plus en plus définie dans un cadre supra-national. La CP l’a
perçu très tôt et affirmé la nécessité de mener des actions
internationales. Qu’en est-il réellement ? Où en est la
construction du mouvement paysan international que la CP a
tenté, avec d’autres, de construire ? Quelle place joue la Via
Campesina dans les mobilisations altermondialistes et dans
celles contre le réchauffement climatique ? A ce propos, il faut
étudier la question des alliances sociales que le syndicat entend
développer tant en France qu’au-delà.
Dernier défi enfin et non des moindres qui touche
l’ensemble du mouvement social. Comment renouveler les
militants, souvent chenus, de la CP ? En particulier comment
attirer des jeunes et des femmes dans le mouvement ?
Cinq défis pour un syndicat mais aussi cinq défis qui,
sous des formes différentes, se posent à l’ensemble du
mouvement syndical. Il ne s’agit pas ici de valoriser les
réponses, les pratiques ou les débats de la CP mais d’essayer de
repérer les éléments de réponse qu’elle a mis en place ou a
parfois été obligée d’expérimenter de façon plus ou moins
délibérée. Pour y parvenir nous reviendrons sur les traditions de
ce mouvement, sur son histoire, sur les différentes options qui
13
ont parfois été retenues selon les structures départementales, sur
les débats internes parfois vifs. Les réponses d’aujourd’hui ne
sont certes pas inscrites dans le passé mais la généalogie du
mouvement peut éclairer les débats, les pratiques et les
expérimentations de ce début de XXIème siècle.
14


Chapitre 1 : Défense professionnelle et projet de
société
Quand, en 1987, est créée la Confédération paysanne, le
nom complet du syndicat est : « Confédération paysanne.
Syndicats pour une agriculture paysanne et la défense de ses
travailleurs ». Cet intitulé a pour but de faciliter le
regroupement des diverses sensibilités, un temps éclatées, de la
nouvelle gauche paysanne ainsi que le rapprochement avec les
partisans d’une agriculture différente, alternative. Le syndicat se
donne pour mission de défendre les paysans définis comme des
travailleurs (rappel et concession envers les anciens
Travailleurs-Paysans). Il affirme aussi un projet social et
environnemental, la mise en oeuvre d’une agriculture paysanne
respectueuse des hommes, des territoires et de l’environnement.
Le syndicat devant tenter de mener en parallèle ces deux axes,
ce qui se révèle parfois peu aisé, d’autant plus que des questions
sociétales de dimension parfois internationale sont venues se
greffer à cet ensemble déjà difficile à mener pour une petite
organisation.
1.1 : Le projet d’agriculture paysanne… une nécessité
pour la société
Dans son texte fondateur, en 1987, la CP entend défendre
les travailleurs de l’agriculture mais affirme aussi le besoin
d’une autre agriculture, dite paysanne. Celle-ci étant présentée
comme « une nécessité pour une société moderne et solidaire »,
« une réponse aux défis de la société d’aujourd‘hui et
2demain » . Le syndicat veut démontrer son ouverture à la
2 CP, Rapport d’Orientation de 1987, p.1 et 14
15





société, son refus du corporatisme en posant les questions de la
finalité de l’agriculture et des pratiques professionnelles et se
différencier de ses adversaires dans le champ syndical agricole.
Par ces thèmes, il entend prouver que « les problèmes paysans
sont au cœur des problèmes de société : alimentation, espace,
chômage, relations avec le Tiers-Monde » et ainsi trouver des
3alliés .
Le syndicat refuse ce que certains affirment être la
« vocation exportatrice » de l’agriculture française car sont
négligés les coûts financiers, sociaux et écologiques de cette
orientation. La CP entend rappeler ce que devraient être les
fonctions premières de l’agriculture. Tout d’abord, « nourrir les
hommes en quantité et en qualité », ce qui passe pour ces
syndicalistes par le fait que les paysans d’Europe doivent être
les premiers fournisseurs des consommateurs de ce continent
afin d’assurer « l’indépendance alimentaire ». En second lieu,
« cultiver l’environnement et renforcer les équilibres naturels »
ce qui les amène à critiquer le gel d’« une partie des terres alors
qu’on continuera « à déverser des tonnes d’engrais et de
produits divers» sur d’autres. Troisième priorité, « aménager
l’espace rural » et s’ouvrir à d’autres activités : accueil,
restauration, tourisme rural… mais « cet aspect ne peut
4remplacer la production » qui « reste sous-rémunérée » . En
effet, l’agriculture paysanne doit « concilier les finalités d’une
production en quantité et en qualité suffisantes avec le respect
5de ceux qui produisent » .
3 Ibidem, p.70.
4 CP, RO, 1987, p. 15-17.
5 Ibidem, p. 70.
16




En 1987, ces affirmations renvoyaient à l’histoire des
différents groupes militants à l’origine de la création de la CP :
défense des travailleurs, refus du productivisme, valorisation de
pratiques différentes… Elles avaient aussi pour objectif de
signifier auprès des médias, des autres mouvements syndicaux
et de l’opinion, le refus du corporatisme du nouveau groupe qui
se constituait alors et son ouverture aux problèmes de
l’ensemble de la société. Enfin, la tonalité nouvelle du rapport
d’orientation permettait aussi de signifier qu’une page de
l’histoire de la gauche paysanne était tournée en s’appuyant sur
un discours en partie renouvelé ce qui facilitait l’unification des
divers collectifs militants.
Reste que ce projet d’agriculture paysanne ou plutôt les
forces consacrées par le syndicat à cette démarche ont donné
lieu à débats. Ce projet est, en effet, conçu à la fois comme
« l’objectif d’une autre politique agricole » (versant valorisé par
les militants qui privilégient l’investissement revendicatif du
syndicat) et comme « une démarche professionnelle concrète »
(versant souligné par ceux qui pensent que le syndicat doit aussi
présenter des expériences permettant à des paysans de vivre ici
6et maintenant) . La critique du productivisme, de ses excès, de
ses dégâts unifie les uns et les autres mais l’articulation entre
action revendicative et investissement syndical dans
l’expérimentation, la construction d’alternatives au modèle
productiviste partage les militants. Le débat est particulièrement
7vif entre 1998 et 2003 et donne lieu à de vifs conflits.
6 Les passages entre guillemets sont de Paul Bonhommeau dans
Confédération paysanne, Une histoire de la Confédération paysanne par
celles et ceux qui l’ont vécue, 2007, p. 13. Les interprétations sont nôtres.
7 Une histoire de …, p. 56.
17



Ceux qui privilégient le versant revendicatif et contestataire
de l’action syndicale soulignent la faiblesse des effectifs de la
CP qui à leur yeux devraient d’abord être utilisés à construire le
syndicat et à mener des actions concrètes de défense des
paysans face aux industries agro-alimentaires voire à obtenir un
changement de politique agricole. Ils rappellent que la CP n’a
pas pour vocation de défendre seulement les paysans engagés
dans des démarches agricoles jugées vertueuses ou alternatives
mais tous les petits et moyens paysans quelles que soient leurs
pratiques. Ils pensent que la plupart des paysans encore
dominés par les firmes ou les coopératives n’ont pas vraiment le
choix. Ils sont réservés vis-à-vis de l’agriculture paysanne car
ils considèrent que, s’il s’implique dans cette voie, le syndicat
ferait du « développement ». Développement dont ils ont une
image négative et qu’ils assimilent parfois à des services et aux
pratiques jugées négatives du syndicalisme majoritaire et des
chambres départementales d’agriculture. Ils constatent, par
ailleurs, que dans nombre de départements, il existe déjà des
réseaux ou des groupes qui s’impliquent dans cette démarche en
8faveur d’une agriculture plus « durable ». Ces militants
s’investiront avec plus de force peut-être dans le combat
altermondialiste.
Les partisans de la démarche d’agriculture paysanne
pensent, au contraire, qu’il est possible d’avancer sur les deux
tableaux à la fois. Pour eux, il faut prouver par l’exemple que
les orientations du syndicat sont justifiées. Les pratiques
vertueuses préconisées permettent à ceux qui les mettent en
œuvre de mieux valoriser leurs produits ce qui n’empêche pas
de mener des actions revendicatives afin de changer de
politique agricole ou d’arracher des acquis. Revenant sur le
recul du nombre d’exploitants, ils évoquent la responsabilité du
8 Une histoire de …, p. 56-57.
18




politique mais aussi celle de l’appareil de développement
(chambres, firmes, centres de gestion…), d’où la nécessité
9d’agir vis-à-vis de ces forces . Pour eux, par ailleurs, la critique
du productivisme doit s’accompagner d’une « définition
positive ». La promotion et la réflexion autour de l’agriculture
paysanne sont confiées à l’organisme de formation impulsé, en
1990, par la CP, la FADEAR (Fédération associative pour
l’emploi agricole et rural). Cette structure reçoit des
subventions qui lui permettent d’organiser stages et journées de
formation. De 1990 à 1998, plusieurs initiatives sont prises avec
en particulier des journées nationales en 1993 à Saint-Lô
(Manche), en présence du philosophe Alain Finkielkraut, un
colloque à Rambouillet en 1998, mais aussi des journées autour
de l’installation progressive à Nîmes…
Entre les deux sensibilités, les débats sont vifs dans les
instances nationales. Si vifs que certains les trouvent
« dangereux pour le syndicat » et craignent une rupture au début
10des années 2000 . Les votes ont toujours été majoritairement
favorables à la démarche qui entendait conjuguer action
revendicative et défense de l’agriculture paysanne. Cependant,
durant un temps, une partie de ceux qui animaient la vie du
syndicat sur le plan national y étaient hostiles. Ce qui était
source de conflits et de confusion. Pour signifier l’importance
de l’agriculture paysanne, la présidence de l’association de
développement proche de la CP, la FADEAR, est confiée à une
responsable nationale du syndicat, Christiane Aymonier, qui a
rejoint le secrétariat national en 2003 (où elle restera jusqu’en
9 Ibidem, p.55-57.
10 Témoignage de Brigitte Allain dans Une histoire de …, p. 112. Entretien
téléphonique avec Christiane Aymonier (membre du secrétariat national de la
CP de 2003 à 2007, Jura) du 13/2/2010 et réponse à un questionnaire de
janvier 2010.
19



2007). Les tenants de cette orientation ont regretté que dans un
« contexte politique et sociétal favorable durant la décennie
111990 » la CP ne soit pas parvenue à promouvoir son projet et
à polariser les débats. Mais cela était-il possible ?
La fin des années 1990 et le début des années 2000 ont vu
de nouvelles questions de société s’imposer dans l’agenda
militant des forces contestataires de gauche et dans le
mouvement syndical qui ont parfois pris le pas sur le projet
d’agriculture paysanne. La lutte contre la mondialisation
libérale et l’Organisation mondiale du commerce, le refus des
Organismes génétiquement modifiés, la dénonciation de la
malbouffe ont, en effet, largement occupé les énergies
militantes et attiré les médias.
1.2 : Une nouvelle question sociétale : la lutte contre
les OGM
Deux enjeux ont favorisé les rencontres et alliances avec
d’autres catégories sociales ou d’autres groupes militants. Le
refus des OGM et l’opposition à la mondialisation libérale et au
GATT (General agreement on tarifs and trade) qui l’incarnait
ont fait connaître la CP et ont polarisé l’intervention des
responsables nationaux les plus actifs à la fin des années 1990
et au début des années 2000 (François Dufour, José Bové, René
Riesel, Pierre Leroy, Bernard Moser, Nicolas Duntze…). Ces
questions ont été souvent liées entre elles dans les
argumentaires militants et ont largement contribué à fixer
l’image publique de la Confédération paysanne. En Autriche,
l’opposition aux OGM a obtenu des résultats significatifs mais
s’est structurée différemment. Les paysans n’y ont pas été des
acteurs centraux et le mouvement, porté par des associations
11 Une histoire de …, p. 57.
20





environnementalistes et des médias, n’a pas lié cette cause à
12d’autres comme l’a fait, dans un premier temps, la CP .
Le refus des OGM
Avec la question de l’utilisation des OGM en agriculture, la
CP est confrontée à une question nouvelle qui n’est pas
exclusivement agricole ou professionnelle alors que le secteur a
été touché par des crises alimentaires (dont celle de la « vache
folle » en 1996). Elle essaie dans un premier temps de collecter
des informations et de débattre. Parmi ses militants, certains ont
des liens personnels avec des associations environnementalistes
(Greenpeace) ou de soutien aux pays du Sud et la CP fait partie
de Via campesina dans laquelle un syndicat indien refuse « le
13pillage des semences traditionnelles par les multinationales » .
Dès avril 1996, lors de la Conférence de Tlaxcala (Mexique),
Via campesina aborde la question et « déplore les négociations
engagées par les firmes multinationales pour avoir la mainmise
sur les ressources génétiques ». Elle affirme vouloir
« combattre le processus de privatisation en matière de
génétique, en créant des banques de semences pour les
agriculteurs, en proposant des initiatives légales garantissant le
patrimoine génétique, en éduquant et en avertissant sur les
14dangers que représentent la bioprospection » . On le voit, le
combat, contrairement à ce qu’affirment certains, n’est pas
limité à des intellectuels urbains des pays riches. En France, la
CP participe, avec Greenpeace, la Fondation pour le progrès de
12 Franz SEIFERT, « Consensual Nimby’s, Contentious Niabys : Explaining
contrasting forms of farmers GMO opposition in Austria and France »,
Sociologia ruralis, vol. 49, n°1, January 2009.
13 Manifestation pour une alternative au GATT, de décembre 1993, Genève.
14 Via campesina, déclaration de Tlaxcala, 1996.
21

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Publié le : 31/10/2011
Langue : Français
Nombre de pages : 214
Type de la publication : Livres
Thème : Savoirs >

Science de la nature

EAN13 : 9782296465879

17/1000 caractères maximum.

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