La production cotonnière en Haute-Guinée

De
Publié par

De 1986 à 1999, les populations rurales de Haute-Guinée ont été attirées par la culture du coton. Mais en dépit de facteurs stimulants, celle-ci est restée marginale en comparaison à celle de certains pays frontaliers comme le Mali et la Côte d'Ivoire. Néanmoins, elle a joué un rôle de principal vecteur de développement rural. Le processus de privatisation de cette culture en Guinée en 2000, par sa définition et son échec, se présente comme une expérience singulière en Afrique de l'Ouest.
Publié le : lundi 1 novembre 2010
Lecture(s) : 505
EAN13 : 9782296710818
Nombre de pages : 235
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat


DEDICACE
Je dédie ce travail à ma mère Mariam DIAKITE, décédée en 1993
en Guinée et à mon père Daouda SANGARE, décédé en 1997 en
Côte d’Ivoire. Que la terre de ces deux pays leur soit légère.
Amen.





REMERCIEMENTS
Ils s’adressent en premier lieu à messieurs Philippe JOUVE et
Alain BONNASIEUX pour avoir dirigé mes travaux de recherche
qui ont abouti à l'édition de cet ouvrage.
J’adresse aussi mes remerciements à l’ensemble des membres
du Laboratoire Dynamiques Rurales de l'Université Toulouse le
Mirail et à mes professeurs de l’Université de Conakry.
Mes remerciements vont également aux nombreuses personnes
qui ont su m’apporter leurs aides et conseils. Parmi ceux-ci, figure
M. Sansy KABA DIAKITE, directeur d’Harmattan Guinée.
Enfin, je ne saurais terminer sans témoigner de ma reconnais-
sance envers mon épouse SANGARE Marie-Christine pour le
soutien et l’aide apportée pour l'édition de cet ouvrage.






SIGLES
BM : Banque Mondiale
CAOPA : Centre d’Appui aux Organisations Professionnelles
Agricoles
CFD : Caisse Française de Développement
CFDT : Compagnie Française pour le Développement des fibres
Textiles
CGC : Compagnie Guinéenne de Coton
CIDT : Compagnie Ivoirienne pour le Développement des Textiles
CMDT : Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles
CRAB : Centre de Recherche Agronomique de Bordo-Kankan
CRD : Communauté Rurale de Développement
DAGRIS : Développement des Agro-Industries du Sud
DR : District Rural
FAC : Fonds d’Appui à la Coopération
FED : Fonds Européen de Développement
FMI : Fonds Monétaire International
GENIB : Groupement d’Entreprise de Négoce et Intermédiation
Bancaire
GPC : Groupement des Producteurs de Coton
GV : Groupement villageois
IMDL : Impôt Minimum de Développement Local
IRAG : Institut de Recherche Agronomique de Guinée
LPDA : Lettre de Politique de Développement Agricole
OP : Organisation de Producteurs
PACV : Projet d’Appui aux Communautés Villageoises
PAS : Programme d’Ajustement Structurel

PCGK : Projet Coton Gaoul- Koundara
PCK : Projet Coton Kankan
PDRHG : Projet de Développement Rural de la Haute-Guinée
SAG : Société Aurifère de Guinée
SGS : Société Générale de Surveillance
SNSA : Service National de la Statistique Agricole
SOFITEX : Société des Fibres Textiles du Burkina Faso
SYCOV : Syndicat des Producteurs Cotonniers et Vivriers du Mali
UEP : Unité d’Entretien des Pistes






10
GLOSSAIRE
« Bankudu » : sols sableux ou sablo-limoneux
« Bèredu » : sols gravillonnaires
« Bowé » : terme indiquant la présence de plusieurs plateaux
latéritiques
« Côrôni » : le coton
« Dougoutigui » : chef de terre
« Dougouyéléman » : rotation des parcelles
« Fila kê » : éleveur peuhl
« Foroba » : champ commun au niveau des familles
« Foua » : clairière inapte à la pratique agricole
« Foudou kourouni » : mariage limité dans le temps
« Kari» : classes d’âge ou de circoncision
« Kignédu » : sols gravillonnaires à texture fine
« Nagban » : champs à sols sableux, dépourvus de cailloux.
« Nako » : jardins potagers
« Ourandjan » : champ individuel
« Sangban » : la partie de l’exploitation agricole laissée en jachère
« Sangban koro » : ancienne jachère
« oura » : jeune jachère
« Sénè koura » : nouveaux espaces agricoles, nouveaux champs
« Sin’dji » : lait maternel, lien maternel
« Sômon » : anacarde
« Tiékoroba » : les vieux
« Tiga » : arachide
« Ton » : groupe de travail
« Tonkansigui » est l’adjoint du chef du groupe de travail
« Tonkuntigui » : chef du « ton »
« Wèrè » : enclos où sont parqués les bœufs
« Yèrèyé » : liberté ou indépendance


PREFACE
Alain Bonnassieux
Philippe Jouve

La production du coton et l’organisation de la filière ont donné lieu
à de nombreuses études dans les pays d’Afrique de l’Ouest comme
le Burkina Faso, le Mali ou le Bénin où cette production occupe
une place centrale dans l’économie de ces pays. En revanche, en
Guinée, le caractère récent et la modestie de la production ont fait
que cette filière de production y a été peu étudiée. C’est un des
mérites de l’ouvrage d’Omar Sangaré que de pallier ce déficit
d’information. Mais il présente surtout l’intérêt d’apporter une
contribution significative au débat très actuel sur les modes
d’encadrement des filières coton et des sociétés paysannes dans les
pays du Sud.

Il permet aussi d’appréhender les problèmes de développement en
Haute-Guinée, vaste région de savane frontalière du Mali et de la
Côte d’Ivoire, peuplée majoritairement de Malinké, dotée de
potentialités insuffisamment exploitées et affectée par une forte
pauvreté.

La réalisation de cet ouvrage marque l’aboutissement d’une
recherche de plusieurs années sur l’évolution de la filière coton
guinéenne qui a donné lieu à la soutenance en décembre 2007
d’une thèse en géographie co-encadrée au sein de l’UMR
Dynamiques Rurales de l’Université Toulouse le Mirail par Alain
Bonassieux chargé de recherche dans cette UMR et Philippe
Jouve, Professeur à l’IRC de Montpellier SupAgro.

Pour mener à bien son étude sur l’évolution historique des
dispositifs d’encadrement et leurs impacts, Oumar Sangaré a fait
preuve de beaucoup de ténacité pour surmonter les contraintes

matérielles auxquelles il a été confronté. La problématique de la
thèse a du être remaniée à plusieurs reprises suite à l’évolution du
contexte. Ses recherches ont commencé au terme d’une période au
cours de laquelle la production a connu une forte progression dans
le cadre d’une approche intégrée d’appui à la culture du coton.
Cette dynamique s’est ensuite inversée, du fait d’une politique de
libéralisation de la gestion de la filière basée sur le clientélisme et
aussi de la diminution de compétitivité du coton africain face à la
concurrence de productions subventionnées, notamment celles des
Etats-Unis.

Le travail est fondé sur une bonne connaissance des travaux
scientifiques sur la question de l’évolution des modes
d’encadrement de la production cotonnière. Les recherches de
terrain faites avec des moyens limités ont été judicieusement
menées et exploitées. L’exploitation de nombreux documents de
projets et des études techniques faites par ces projets a compensé la
faiblesse des travaux de recherche sur le coton en Haute-Guinée.

L’approche historique choisie permet de bien rendre compte des
discontinuités de l’histoire du coton en Haute-Guinée. La
caractérisation des différents modes d’encadrement depuis la
colonisation jusqu’aux années 2000 est approfondie. Les limites
des approches sectorielles et coercitives mises en œuvre sous la
période coloniale et sous le régime de Sékou Touré de 1958 à 1984
sont mises en évidence. Les parties qui sont consacrées aux
èmemodalités d’encadrement sous la 2 république sont très étoffées.
Les comparaisons qui sont faites entre d’une part les différents
systèmes intégrés mis en place, dans le cadre du PDRHG et du
PCK entre 1986 et 2000 et d’autre part entre ces systèmes et les
insuffisances de celui qui a cours avec la privatisation de la filière
après 2000 sont riches d’enseignements.

Pour expliquer l’évolution de la production cotonnière, Oumar
Sangaré met particulièrement l’accent sur les différentes modalités
d’appui à la promotion du coton, mises en œuvre par les structures
d’encadrement et leurs rapports avec les systèmes de production
adoptés par les agriculteurs. La cohérence entre les objectifs
14
(exogènes) de l’encadrement et ceux (endogènes) des producteurs,
(dont l’importance dans les processus d’innovation a été mise en
exergue par de nombreux chercheurs) est selon Sangaré un des
facteurs-clés de l’adhésion des paysans au coton. Il ne sous-estime
pas pour autant l’influence des dynamiques externes, notamment
des mutations de l’environnement global sur l’évolution de la
production cotonnière. Ainsi dans l’ouvrage, sont évoqués le
manque de cohérence des politiques de développement en Guinée
depuis l’époque coloniale, la place souvent trop réduite qui est
dévolue à l’agriculture par rapport aux richesses minières dans la
production de ressources pour le pays, enfin l’incidence de
l’instabilité des prix du coton sur le marché international.

L’ouvrage fournit de nombreuses informations qui rendent compte
des spécificités de la situation du coton en Haute-Guinée. Les
différents itinéraires techniques sont décrits, la place restreinte
qu’occupe le coton au sein des exploitations, (0,25 ha à 0,50 ha) est
caractérisée. On voit que l’extension des productions est limitée
dans l’espace, la plus grande partie étant localisée dans les zones
de Mandiana et de Suigiri au Nord-Est de la Haute-Guinée, où les
conditions agro-climatiques sont plus favorables et la pression
foncière réduite. Bien que la production n’ait jamais dépassée les
40 000 tonnes, Oumar Sangaré nous montre, en utilisant les
témoignages de nombreux producteurs que pendant les années
1990, le coton a joué un rôle important dans le développement
d’une région enclavée, à l’économie faiblement monétarisée,
confrontée à des difficultés aigües de communication à cause du
manque de routes praticables.

Le rôle qu’ont exercé les approches intégrées mises en œuvre par
1 2le PDRHG et surtout le PCK au cours de cette période est bien
mis en évidence. La diversité des services qui ont été fournis aux
producteurs dans le cadre de celles-ci et l’assurance qu’ils avaient
de pouvoir vendre leur coton à un prix garanti ont entraîné une
hausse notable des productions et une amélioration des conditions

1 Projet de développement rural de Haute-Guinée
2
Projet Coton Kankan
15
de vie. Sur le plan technique, les conseils prodigués avec l’aide de
paysans formés ont favorisé une amélioration des méthodes de
production. La fourniture d’équipements et d’intrants à crédit a
contribué au développement de la traction attelée et à la hausse des
rendements. Les intrants destinés en priorité au coton ont été aussi
utilisés par les producteurs pour accroître les productions vivrières,
surtout celle de maïs. Le niveau de formation des paysans au sein
de la population, où le taux d’illettrisme était très élevé, a
progressé avec les actions d’alphabétisation. Il y a eu un effort
d’organisation avec la mise en place d’organisations locales de
production de coton. Pour les populations, c’est dans le domaine de
l’aménagement du territoire que les approches intégrées ont eu les
effets les plus marquants. La construction de routes et de pistes
pour évacuer les productions a permis de relier de nombreuses
zones rurales qui étaient isolées ce qui a dynamisé le commerce.

La progression des revenus qui a accompagné la hausse de la
production de coton a été utilisée par les producteurs pour
améliorer leur habitat, leur habillement, leurs moyens de
déplacement et leur santé. Ces transformations ont contribué à
rehausser l’image du paysan dans l’opinion. Par ailleurs les
ristournes accumulées par les groupements les mieux organisés ont
souvent servi à construire des infrastructures communautaires.

A la différence de nombreux rapports d’expertise qui se focalisent
sur les actions des structures d’encadrement pour analyser les
processus de développement, Oumar Sangaré s’est intéressé au rôle
déterminant qu’exercent les interactions entre les services fournis
par les structures d’appui et les dynamiques sociales endogènes
dans l’adoption d’innovations. Ainsi, il nous montre que c’est la
conjonction entre la possibilité d’accéder à des intrants et des
équipements à crédit et un souci d’autonomisation des cadets au
sein des exploitations qui a été un des facteurs-clé de
l’augmentation du nombre des producteurs de coton. Un grand
nombre de jeunes en position de dépendants vis-à-vis de leurs
aînés au sein des exploitations familiales ont profité des
opportunités offertes par le PDRHG et le PCK en matière d’accès à
16
des intrants et des équipements pour prendre leur indépendance et
fonder leur propre unité de production.

Toutefois, les objectifs des producteurs et ceux des structures
d’encadrement n’ont pas convergé au point d’entraîner un
accroissement considérable de la production. Pour expliquer la
place modeste occupée par le coton dans les exploitations
agricoles, Oumar Sangaré, met l’accent sur le caractère
opportuniste des stratégies paysannes. Dans la majorité des unités
familiales, où l’autosuffisance alimentaire constitue une priorité,
l’adhésion des paysans au coton a été souvent motivée par l’accès à
des intrants et des équipements à crédit qui ont été utilisés pour
améliorer les productions vivrières. Le terme habile de « détour
stratégique » est employé pour qualifier ces stratégies. Mais la
prévalence des logiques d’autosuffisance n’est pas la seule cause
du caractère restreint de la production cotonnière. Elle s’explique
aussi par les exigences des itinéraires de culture, les aléas de la
pluviométrie, la hausse des prix des intrants et l’irrégularité des
prix d’achat du coton réduisant les marges perçues par les
producteurs. A cause de ces facteurs, le coton a été souvent perçu
comme une culture moins rentable que certaines productions
vivrières mais permettant l’accès aux intrants, aux conseils et
génératrice de revenu monétaire.

Cette fragilité de la place acquise par le coton dans les systèmes de
production est apparue lors de la privatisation de la filière qui a été
conduite de façon précipitée et sur des bases clientélistes. Il s’est
avéré qu’en l’absence d’un partenariat entre une structure comme
Dagris (ex-Compagnie Français de développement des textiles)
spécialisée dans l’appui aux filières cotonnières africaines, l’Etat
guinéen et des organisations de producteurs représentatives, la
pérennité de la filière coton ne pouvait être assurée dans une
région où son développement était récent et dans un environnement
international caractérisé par la fluctuation et la baisse du prix du
coton. La nouvelle société à qui a été rétrocédée la filière coton,
faute de moyens et de bonne gestion, n’a pas été en mesure
d’assurer la fourniture d’intrants et la collecte de la production, ce
qui a provoqué un effondrement de la production. Ni les pouvoirs
17
publics, pour lesquels la production du coton ne représente pas un
enjeu important (à cause de la faiblesse des ressources qu’elle
procure à l’Etat), ni les organisations de producteurs, dont la
compétence pour la plupart ne dépasse pas l’échelle locale, ne sont
réellement intervenus pour redresser la situation. Face à cette
carence, les sociétés rurales ont cherché à s’adapter : à la place du
coton elles ont développé des productions vivrières telles que,
l’arachide, l’igname et dans une moindre mesure la noix de cajou à
partir de la culture de l’anacarde, manifestant ainsi leur capacité de
résilience. Mais, la croissance de ces spéculations est fondée
principalement sur des logiques de profit individuel à court terme
et a une incidence limitée en matière de construction territoriale.
Le désengagement de l’Etat et le retrait des organismes
d’encadrement para-publics se sont accompagnés, comme dans
l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, d’une extension du rôle des
ONGs et des organisations autonomes de producteurs. Mais
comme le montre l’ouvrage de Sangaré leurs interventions ont un
impact local et sectoriel et ne sauraient pallier les insuffisances des
interventions de l’Etat et de ses services dans la région. Ainsi le
cas de l’effondrement de la filière coton en Haute-Guinée fournit
une illustration supplémentaire des dégâts provoqués par la
politique de libéralisation imposée aux Etats de la région au cours
des dernières décennies et par une privatisation peu soucieuse de
l’intérêt général.




18

INTRODUCTION GENERALE
Le processus de production moderne du coton en Guinée, à des
fins commerciales et industrielles est relativement récent comparé
à celui de certains pays d’Afrique de l’Ouest comme le Mali, le
Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire.
Dans ces pays, l’historique de la production à grande échelle du
coton remonte aux débuts de la colonisation avant de connaître un
essor au lendemain des indépendances nationales à partir de 1960
sous la supervision de la Compagnie Française pour le
Développement des fibres textiles (CFDT), aujourd’hui renommé
GEOCOTON.
En Guinée, des expériences de production moderne du coton
ont été initiées durant la colonisation et les premières années du
régime socialiste de Sékou Touré. Mais, les véritables actions en
faveur de la diffusion du coton ont été initiées après la
normalisation des relations politiques avec la France à partir de
1978. Le raffermissement des relations entre les deux pays s’est
matérialisé en autre par le lancement au début des années 1980
d’un projet de développement cotonnier sous l’encadrement de la
CFDT.
En Guinée, la politique de développement cotonnier a été
menée principalement en Haute-Guinée et dans une moindre
mesure en Moyenne Guinée.
1. Brève présentation géographique de la Haute-Guinée
La Haute-Guinée est l’une des quatre régions naturelles de la
Guinée, voir carte ci-dessous. Elle est limitée à l’Est et au Nord par
la République du Mali, à l’Ouest par la Moyenne Guinée et au sud
par la Guinée Forestière et une partie de la Sierra Leone. La région
couvre une superficie de 101100 km2, soit 41% du territoire
guinéen.


La Haute-Guinée est majoritairement peuplée par l’ethnie
Malinké aux côtés de qui vivent des minorités ethniques : les
Diallonkés, les Peuhls, les Toucouleurs, les Wassoulonkés, les
Lélés, les Kourankos, les Koniankés et des Kissiés à la frontière
avec la Guinée Forestière. Cette région comptait, selon le
recensement général de la population de 1996, 1.404.206 habitants
avec une densité moyenne de 14 habitants au km². C’est la partie la
moins peuplée de la Guinée. Comme au niveau des autres régions
naturelles, la population est inégalement répartie. Les centres
urbains concentrent 20% de la population régionale. L’essentiel de
la population régionale est donc rural avec plus de 80%. Dans les
villages ou dans les villes, la population communique généra-
lement en langue Malinké.
De par sa position géographique, à cheval sur les zones
soudaniennes (plus sèche) à l’Est et guinéenne (plus humide) au
Sud, la Haute-Guinée permet la pratique d’une diversité de
productions.
Sur le plan agricole, la région permet la céréaliculture (mil, le
sorgho, le riz, le maïs), la culture de tubercules (le manioc, la
20
patate douce et l’igname), le maraîchage (oignons, aubergines,
gombos, tomates, etc.) et certaines cultures commerciales (ara-
chide, kénaf, le tabac, le coton, l’anacarde, les mangues et les
agrumes). Ces différentes productions sont structurées grâce au
fleuve Niger et ses affluents. L’élevage de bovins, d’ovins, de
caprins et de volaille sont aussi pratiqués en Haute-Guinée. La
région possède le deuxième cheptel bovin de la Guinée après le
Fouta Djallon. Il existe aussi une intégration de l’élevage dans la
pratique agricole. Le cheptel bovin est utilisé dans le cadre de la
culture attelée.
Outre les produits du sol, la Haute-Guinée possède aussi
d’importantes ressources minières d’or et de diamant. En dépit de
la présence de quelques unités modernes d’extraction, ces deux
productions sont majoritairement exploitées sous la forme
traditionnelle, notamment l’or depuis l’époque précoloniale.
Cependant, en dépit de la présence de ressources naturelles
pouvant assurer de meilleures conditions de vie aux populations, la
Haute-Guinée est la région la plus pauvre du pays. La pauvreté est
plus perceptible en zone rurale qu’en zone urbaine.
Face à cette situation, des politiques de développement rural ont
été initiées depuis l’indépendance de la Guinée en 1958.
Globalement, ces différentes interventions du pouvoir central se
sont soldées par des échecs. Néanmoins, à partir de 1985, la
production cotonnière est apparue comme une expérience
singulière dans ce sombre tableau de l’action publique.
2. La problématique de la production cotonnière en Haute-
Guinée
Comparée à la situation cotonnière du Mali et du Burkina Faso
où le niveau de production oscille entre 200 et 600 000 tonnes de
coton graine, la production de la Guinée est assez limitée car elle
n’a jamais atteint le seuil de 50 000 tonnes. Le coton représente
3selon l’OCDE (2006) , 30% des exportations totales au Bénin et au
Mali contre 56% au Burkina Faso. Cette situation est différente en

3 OCDE, Objectif développement : le coton en Afrique de l’Ouest, un enjeu
économique et social, éd OCDE, 2006, pp 54-55.
21
Guinée où près de 90% des recettes sont fournies par l’exportation
des produits miniers comme le diamant, l’or et surtout la bauxite.
Si le coton occupe globalement une place marginale dans
l’économie guinéenne, par contre en Haute-Guinée, cette culture a
été introduite pour servir de vecteur du développement des zones
rurales à l’image de ce qui a été fait dans les espaces de savane du
Nord de la Côte d’Ivoire ou du Sud Mali.
Le processus de diffusion du coton en Haute-Guinée a connu
trois principales formes d’encadrement : les expériences de
production sectorielle avant 1985, la production intégrée de 1986 à
1999 et la privatisation de 2000 à 2007. L’évolution de la
production cotonnière a connu d’importantes fluctuations du fait de
ces différents modes d’encadrement.
A ce sujet, notons que cette situation n’est pas due uniquement
aux encadrements par le haut, mais aussi par ceux que se donnent
les sociétés rurales au niveau de l’organisation de leurs activités et
des espaces où les gens vivent. La diffusion du coton dans les
zones rurales de Haute-Guinée est ainsi liée aux choix individuels
de chaque exploitation agricole mais aussi aux actions initiées par
les structures d’encadrement au sein de politiques nationales
agricoles, fortement orientées par des bailleurs de fonds étrangers
comme la Banque Mondiale et la Coopération Française.
La compréhension des transformations engendrées par le coton
passe ainsi par la prise en compte des interventions de l’ensemble
des acteurs (extérieurs et endogènes) dans le processus de diffusion
de cette culture dans la région.
Pour analyser les différentes périodes d’encadrement de la
production cotonnière et leurs impacts en Haute-Guinée, notre
démarche méthodologique est de type diachronique, axée sur les
recherches documentaires et des enquêtes de terrain.
Les recherches documentaires ont porté sur les documents
techniques réalisés par les structures d’encadrement de la
production : rapports de campagne, de missions, de stages, etc.
Cette recherche a montré qu’à part des mémoires d’étude et des
rapports de mission, très peu de travaux ont porté sur la production
du coton en Guinée, contrairement à certains pays cotonniers
22
d’Afrique de l’Ouest comme le Mali, la Côte d’Ivoire, le Burkina
Faso ou le Sénégal.
L’analyse des travaux menés au niveau des autres zones
cotonnières d’Afrique de l’Ouest et du Centre a permis de
relativiser les conclusions fournies par l’encadrement de la
production cotonnière en Haute-Guinée et de mieux circonscrire
notre objet d'étude.
Dans la réalisation de cet objectif, j’ai entamé des enquêtes de
terrain d’une part pour vérifier la pertinence des données contenues
dans les rapports de la CFDT et d’autre part pour avoir des
informations auprès d’un ensemble d’acteurs diversifiés.
Pour collecter les informations sur le terrain, j’ai effectué deux
voyages d’étude en Guinée d’une durée totale de 3 mois. Ces
séjours ont permis de mener des enquêtes à Conakry et dans trois
préfectures de la Haute-Guinée (Kankan, Mandiana et Siguiri).
Il me semble aussi important d’indiquer que ma connaissance
antérieure de la zone cotonnière a facilité mon travail de recherche.
En effet, en plus d’être originaire de la Haute-Guinée, j’avais déjà
réalisé des enquêtes sur la thématique de la production cotonnière
dans le cadre de mémoires de Maîtrise et de DEA. Pour le diplôme
de Maîtrise de géographie en 2001, grâce à une bourse de la
Francophonie, j’avais pu mener des enquêtes sur les facteurs
d’évolution de la culture cotonnière en Haute-Guinée.
Ces recherches antérieures et le fait que je vienne de la région
m’ont permis de percevoir les mutations sociales et culturelles liées
au développement du coton. Ce lien au territoire a ainsi favorisé
des relations de proximité avec ma thématique de recherche et
contribué à orienter mon analyse au-delà des aspects techniques et
économiques mentionnés dans les rapports d’activités des
structures d’encadrement ou évoqués lors des entretiens.
Cet ouvrage commence par une première partie qui présente les
différents modes d’encadrement de la production cotonnière
jusqu’en 2007. Dans cette partie, l’analyse est portée sur les
modalités de structuration et les niveaux de production atteints
dans chaque période d’encadrement.

23

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.