La razzia des criquets au Sahel

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"Les criquets causent des dégâts énormes, ravagent nos cultures sans rien nous laisser. Ma mère m'a raconté des histoires de personnes qui étaient tellement désespérées qu'elles ont dû abandonner leurs enfants en échange de grains à manger."
Propos de Zouma Coulibaly, paysanne malienne
Publié le : samedi 1 janvier 1994
Lecture(s) : 283
EAN13 : 9782296286481
Nombre de pages : 160
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LA RAZZIA DES CRIQUETS AU SAHEL

OUVRAGES PUBLIÉS PAR PANOS PARIS:

Sida l'épidémie raciste, Renée Sabatier, Pan os-L' Harmattan, 1989, 223p. Ça presse au Sahel, Panos-UJAD, 1990, 37p. L'état de la presse en Afrique de l'Ouest francophone, Panos-UIAD, 1990, 125p. Presse francophone d'Afrique: vers le pluralisme, PanosUIAD/SEP, L'Harmattan, 1991, 28Op. Libérer la parole paysane au Sahel, Françoise Havelange, Panos-L 'Harmattan, 1991, 126p. L'Agroforesterie en Afrique, Paul Kerkof, Panos-L'Harmattan, 1991, 254p. Sida, une triple menace pour lesfemmes, Panos- L' Harmattan, 175p. Quand les pauvres du Sud s'autofinancent, Panos-L'Harmattan, 1991, 157p. Le Tchad réel, Panos/UJT/Cefod, N'djamena, 1992, 125p. Les enfants du Sahel, Sophie Bessis, Panos-Unicef-L'Harmattan, 1992, 175p. Le vrai coût du Sida, un nouveau défi (lUdéveloppement, Panos-L'Harmattan, 1993. Quand les immigrés du Sahel construisent leur pays, Panos-

L'Harmattan, 1993.

DOSSIER DE L'INSTITUT

PANOS

LA RAZZIA DES CRIQUETS AU SAHEL

Traduit de l'anglais par Una Senghor et Renaud de La Brosse

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@L'HARMATfAN, 1993 ISBN 2-7384-2371-X

@ Institut Panos 1990 Tous droits réservés 53, rue de Turbigo 75001 Paris Publication des Éditions L'Harmattan ISBN 2-7384-2371-X

La presse et les organisations à but non-lucratif sont autorisées à produire gracieusement des extraits de ce texte sans obligation d'en faire référence. Panos apprécierait néanmoins de recevoir les coupures de documents se référant à : La razzia des criquets au Sahel.

Ce dossier a été financé par le Bureau de l'USAID pour l'Afrique,dans
le cadre du projet Africa Emergeocy Locust/Grasshopper Assistance AELGA (698-0517). Panos a également bénéficié d'un financement initial de Misereor, Allemagne, pour les recherches initiales. Les opinions exprimées dans ce document n'engagent aucunement les agences donatrices. De même, les articles signés ne reflètent aucunement les points de vue de Panos ou celui des agences donatrices. Les recherches et la rédaction de ce dossier ont été réalisées par John Rowley, qui a travaillé pour le gouvernement britannique sur la désinsectisation dans le Sahel et est actuellement conseiller en questions agricoles auprès de l'Oxfam, et par Olivia Bennett. Les noms des autres auteurs sont mentionnés lorsqu'il est fait référence de leurs contributions respectives dans le texte.
Rédactrice en chef: Olivia Bennett Production: Sally O'Leary Illustrations: Philip Davies Conception de la couverture: The Graphie Partnership Impression française

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS Cbapitre 1 BRISER LE CYCLE INFERNAL Une menace venue du fond des âges Les contretemps et les erreurs d'estimation Le besoin d'approches nouvelles. Cbapitre 2 CUL TIVER LE SAHEL

Il 13

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L'environnement- Le pastoralisme
Les cultures sédentaires - Les coûts économiques Les coûts sociaux Le changement des systèmes de culture Les méthodes de lutte traditionnelles. Cbapitre 3 CRIQUETS ET SAUTERELLES Le cycle de vie - La grégarisation Une distinction erronée? 43

53 Cbapitre 4 L'INFORMATION: UN APPORT VITAL La collecte d'informations - Les méthodes d'évaluation La gestion et l'interprétation des informations. Cbapitre 5 SUR LE TERRAIN 63

Les criquets - Les sauterelles
Le début de saison - La mi-saison - La fin de saison.

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Chapitr~ 6 71 LES METHODES DE CONTROLE Le débat sur les pesticides - Le stockage et les déchets Les méthodes de contrôle avec pesticides Brigades villageoises au Niger - Les méthodes

biologiques - Les autres méthodes- La gestion intégrée
des espèces nuisibles.

Chapitre 7 101 LES ASPECTS INSTITUTIONNELS DE LA LUTE ANTIACRIDIENNE Les organisations régionales - Les services nationaux: la formation et le soutien - Les donateurs multilatéraux et bilatéraux - Les organisations non gouvernementales Les conflits et la coopération. Chapitre 8 ET L'A VENIR? Les hypothèses - L'information - Les pesticides - Les services nationaux - L'ouverture d'esprit. 123

Les autres technologies - Crise ou problème chronique? Les subventions - Les organisations non gouvernementales RÉSUMÉ Références 141 145

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REMERCIEMENTS
Ce dossier est un hommage à la mémoire de Soumana Soumera, Directeur du Service National de la Protection des Végétaux du Mali depuis l'année 1987 jusqu'à sa mort tragique en 1990. Cet homme au talent immense et au dévouement inépuisable était l'inspiration de l'excellence du travail accompli par le SNVP depuis sa création. C'est au Mali que sont implantés certains des sites de reproduction les plus importants du Criquet pèlerin et d'autres espèces. Ce pays subit également les attaques d'une grande variété de sauterelles. Le SNVP joue donc un rôle crucial dans le contrôle des principaux insectes régionaux. Soumana a si bien dirigé le SNVP, en dépit de la lourdeur des contraintes, qu'il est parvenu à entreprendre des campagnes antiacridiennes fructueuses et à acquérir un prestige considérable à l'échelle internationale.
Pendant les années (1985-1988) où j'ai travaillé avec Soumana, son désir d'avoir les moyens de gérer un service efficace pour le bénéfice des paysans maliens était continuellement contrecarré par des difficultés incessantes. Ce dossier décrit certains des problèmes auxquels Soumena et ses homologues des pays voisins ont dû et doivent encore se heurter. Certains sont inhérents à la nature de l'environnement sahélien et aux insectes qui le peuplent, d'autres à l'état actuel des connaissances et des techniques de lutte contre ces insectes. Mais ils sont dus en grande partie aux conflits de priorités et au manque de coordination des diverses activités des acteurs impliqués dans la lutte contre les criquets et les sauterelles: politiciens, donateurs, scientifiques, industriels, collaborateurs d'agence et techniciens.

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Ce dossier a pour ambition de contribuer à une meilleure compréhension et à une meilleure résolution des problèmes, tant concrets que superflus, qui caractérisent le contrôle des criquets et des sauterelles, de stimuler le débat sur ces questions et de mettre en lumière la nécessité d'une approche à plus long terme. De nombreuses personnes et de nombreuses organisations ont contribué à sa préparation, dont des membres de la FAO (Rome), de l'Institut britannique des Ressources naturelles et du PRIFAS de Montpellier (France). Nous tenons à remercier également Heywote Bekele, Simon Burne, James Deane et Wendy Davies et à exprimer une gratitude particulière à Walter Knausenberger (Bureau USAID pour l'Afrique) et à George Popov pour la qualité de leur contribution. John Rowley

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Chapitre 1 BRISER LE CYCLE INFERNAL

Au cours des 20 dernières années, des millions de dollars ont été consacrés à la lutte contre les criquets dans le Sahel, vaste bande s'étirant depuis la Mauritanie à l'ouest jusqu'à la Corne de l'Afrique à l'est. Une grande partie de ces sommes a été accordée sous forme d'assistance humanitaire périodique ne générant guère de retombées en termes d'acquisition de techniques et d'infrastructures au plan local ni de développement de bases de recherches à partir desquelles élaborer les campagnes suivantes. Les flux de ces capitaux se sont trop souvent fait l'écho de l'irrégularité de la progression des fléaux: des sommes importantes parvenaient au Sahel puis s'amenuisaient jusqu'à devenir infimes, insuffisantes au soutien de réformes et de développement de programmes de désinsectisation à long terme. La frustration de ceux qui estiment que les coûts de cette désinsectisation devraient être considérés davantage comme une sorte de prime d'assurance, en portant l'accent sur la régularité et la fiabilité des financements, a été mise en lumière en 1988, lorsque la vague la plus importante de Criquets pèlerins depuis les années cinquante a balayé le Sahel. Après quelques 25 ans où, hormis quelques poussées mineures, la menace des assauts semblait presque avoir disparu, cette vague a tristement rappelé les dégâts que ces insectes peuvent infliger. A son point culminant, elle a couvert une région allant des Iles du Cap- Vert au Pakistan et en Inde, affectant quelques 43 pays: près d'un 13

cinquième de la surface terrestre.

Une menace venue du fond des âges
La plaie des criquets est aussi ancienne que l'agriculture elle-même. La Bible rappelle que lorsque le peuple d'Israël était réduit en esclavage en Egypte, en 1491 avant JésusChrist, Moïse implora Dieu d'envoyer dans le pays du Pharaon une plaie dévastatrice: "Elles couvrirent la surface de toute la terre, et la terre fut dans l'obscurité; elles dévorèrent toute l'herbe de la terre et tous les fruits des arbres, tout ce que la grêle avait laissé; et il ne resta aucune verdure aux arbres ni à l'herbe des champs, dans tout le pays d'Egypte". [1] En 800 avant Jésus-Christ, le prophète Joël écrit: "Ce qu'a laissé le gazam, la sauterelle l'a dévoré; ce qu'a laissé la sauterelle, le jélek l'a dévoré; ce qu'a laissé le jélek, le hasill 'a dévoré!". [2] Pline attribue les famines de Cyrénaïque (800.000 morts) et de Tunisie (300.000 morts) aux assauts des sauterelles. Francisco Alvares, voyageur portugais du seizième siècle, parle d'un séjour en Ethiopie et de la dévastation causée par les sauterelles en ces termes: leur multitude, qui couvre la terre et remplit l'air, n'est pas imaginable, elles obscurcissent la clarté du soleil... (chaque fois) elles arrivent sur le sol et le laissent comme brûlé. Nous avons vu des routes couvertes d'hommes, de femmes et d'enfants, à pied ou dans leurs bras, avec leurs petits baluchons sur la tête... c'était une vision pitoyable. [3] Des récits plus récents font état d'histoires similaires d'attaques massives régulières tout au long du vingtième siècle. La plupart des descriptions font référence à l'étude historique de Zena Waloff. [4] Selon Charles Krebs, écologiste de renom: "Depuis 1908, il y a eu quatre attaques majeures (de Criquets pèlerins), allant de sept à treize ans et alternant avec de brèves périodes de récession de population durant jusqu'à six ans". [5] La dernière période d'activité majeure relativement continue, bien que ponctuée d'une alternance de poussées et d'accalmies, a duré de 1939 à 1963.
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La plupart de ces citations se référent à l'activité du Criquet pèlerin, or c'est cette espèce qui est véritablement la source des fléaux et la cible de l'action des donateurs aujourd'hui. Le criquet constitue le principal problème dans la région sahélienne où, par contre, le Criquet migrateur est en récession permanente et où le Criquet des arbres est une nuisance relativement récente et moins dévastatrice. Les criquets rouges et les criquets bruns affectent essentiellement l'Afrique australe, bien que le premier puisse remonter jusqu'au Soudan. Mais c'est le criquet du désert - en raison de sa particularité à se reproduire dans des régions isolées qui lui permet de se multiplier de manière inaperçue - qui représente la menace la plus sérieuse. Ce dossier porte donc essentiellement sur le contrôle du Criquet du désert. Il porte également sur des insectes aussi importants même s'ils occasionnent moins de dégâts dans le Sahel: les sauterelles. En réalité, nombreux sont ceux qui considèrent que les sauterelles, et en particulier les espèces qui se multiplient rapidement et se déplacent en nuées, constituent une menace plus sérieuse pour la production agricole que les attaques intermittentes de criquets. Si les dégâts causés par les sauterelles à tout moment ne constituent pas un fléau, ils se répètent tous les ans et la récurrence des pertes affecte péniblement les communautés rurales.

L'attaque

de 1986-1988

Depuis le début des années soixante, à l'exception de quelques manifestations éphémères, le Sahel n'a pas souffert des criquets. On a discuté de la dimension exacte, de la fréquence des attaques de criquets, des différentes causes de leur arrivée et de leur disparition et on s'accorde à reconnaître que le climat en est le facteur déterminant. Les périodes de sécheresse depuis le milieu des années soixante ainsi que les inspections régulières des sites de reproduction saisonniers et les opérations préventives de contrôle ont contribué à juguler le nombre de criquets. Et il semble que ce soient les bonnes pluies de 1985 qui, en
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stimulant l'accroissement de la reproduction, ont déclenché l'attaque de 1986-1988. La gravité de cette attaque a surpris de nombreux observateurs après une aussi longue période de tranquillité apparente, même si elle a suivi un schéma qui, après coup, peut être considéré comme prévisible. Pourtant on n'a pas saisi les opportunités d'agir précocement: les services nationaux n'étaient pas prêts et leur personnel mal formé, les données imprécises, les politiques des donateurs pêchaient par leur manque de coordination et leur trop grande diversité, les équipements et les insecticides trop tardifs. Le résultat final a été l'affectation de millions de dollars à des mesures d'urgence qui n'ont guère contribué à améliorer à long terme la sécurité des cultures sahéliennes. Pourquoi cette attaque n'a-t-elle pas été mieux maîtrisée? Au cours des années quatre-vingts, le Sahel était en proie à une sécheresse persistante. Un des effets a été la diminution générale de l'activité des insectes et, même si mil - la plupart de ces insectes ne posaient pas autant de problèmes que pendant les années de forte pluviométrie. En 1985, les pluies furent relativement bonnes et la population de Criquets sénégalais ( Oedaleus senegalensis qui est, en réalité, une sauterelle) atteignit des niveaux dangereux. En 1986 et en 1987,4,6 millions d'hectares répartis dans dix pays sahéliens et d'Afrique de l'Ouest bénéficièrent de pulvérisations aériennes et terrestres d'insecticides contre les sauterelles. Le sentiment général était, malgré tout, que les conditions n'avaient pas suffisamment changé pour provoquer la manifestation des espèces principales de criquets. Pourtant, on savait que les deux organisations en charge de la lutte antiacridienne en Afrique de l'Est et en Afrique de l'Ouest -l'Organisation Commune de Lutte Antiacridienne et de Lutte Anti-A viaire (OCLALA V) et la Desert Locust Control Organisation for Eastern Africa (DLCO-EA) n'avaient pas effectué d'opérations d'études ni de contrôle de routine depuis des années, les pays membres ne s'étant pas acquittés de leurs contributions. [6] En 1985, on pouvait observer des populations 16

l'on a enregistré des exceptions - comme celle des mange-

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