Le cèdre de France

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Le présent ouvrage est une monographie du cèdre de l'Atlas, essence la plus représentative de la France méridionale. L'ouvrage donne des renseignements scientifiques, techniques et de vulgarisation sur la botanique, la biologie, l'écologie, la génétique, la sylviculture, la production, la qualité technologique, l'utilisation du bois, etc. La France se trouve en tête des pays où le cèdre a été introduit. Une collection de photos et une bibliographie complètent l'ouvrage. Les sites remarquables sont cités ainsi que les massifs importants.
Publié le : mardi 1 novembre 2005
Lecture(s) : 302
EAN13 : 9782336250939
Nombre de pages : 208
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Le cèdre de France
Étude approfondie de l'espèce

Biologie, Ecologie, Agronomie Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XII, correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l'avenir des milieux naturels et de l'homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.

Déjà parus

France Pologne pour l'Europe, Les enjeux de la Politique agricole commune après l'élargissement du rr mai 2004,2005. Louis CRUCHET, Le ciel en Polynésie. Essai d'ethnoastronomie en Polynésie orientale, 2005. Hemi LOZANO, Le sens des choses. une logique d'organisation de l'univers,2005. Pierre PIGNOT, Europe, Utopie ou Réalité?, 2005. Pierre DE FELICE, L'image de la terre: les satellites d'observation, 2005. André NEVEU, Les grandes heures de l'agriculture mondiale, 2005. Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires, 2005. Claude MONNIER, L'agriculture française en proie à l'écologisme, 2005. Arnaud MAUL, Approche évolutionniste de la sexualité humaine, 2005. Laurent HERZ, Dictionnaire des animaux et des civilisations, 2004. Michel DUPUY, Les cheminements de l'écologie en Europe, 2004. René MONET, Environnement, l'hypothèque démographique, 2004. Ignace PITTET, Paysan dans la tourmente. Pour une économie solidaire, 2004. Ibrahim NAHAL, La désertification dans le monde. Causes Processus - Conséquences - Lutte, 2004.
Paul CAZA YUS, La mémoire et les oublis, Tome

L Psychologie, 2004

Paul CAZAYUS, La mémoire et les oublis, Tome II, Pathologie et psychopathologie,2004. PREVOST Philippe, Une terre à cultiver, 2004.

Jean

TOTH

,

Le cèdre de France

Etude approfondie de ['espèce

Préface de Richard MOREAU

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie

75005 Paris

Espace L'Harmattan

Kinshasa

Konyvesbolt Kossoth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Univ=ité de Kinshasa - RDC

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisli, 15 10124 Torino ITALlE

L'lIarmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

www.1ibrairieharmattan.com e-mail: harmattanl@wanadoo.fr cgL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9264-2 EAN : 9782747592642

DÉDICACE A Gisèle, ma femme, pour le soutien moral qu'elle m'a toujours donné dans les moments difficiles et qui de plus m'a apporté l'aide d'une efficace collaboratrice, et à mes deux fils, Patrick et Pascal, pour leur amour de la nature.

REMERCIEMENTS

Tout d'abord je remercie très chaleureusement Monsieur le professeur Richard MOREAU qui a accepté de lire mon manuscrit, de l'inclure dans la collection qu'il dirige et d'en faire la préface. La réalisation de cet ouvrage n'a pu se faire que grâce à la collaboration de tous ceux qui de loin ou de près sont intéressés par le Cèdre. Je tiens à remercier M. Jean PARDÉ, Directeur de Recherches au CNRF, qui m'a initié à cette essence et qui, durant mes années de recherches, m'a patiemment conseillé sur l'ensemble de mon travail, ainsi que M. Maurice TURREL, technicien à l'époque de la réalisation de la plupart des recherches. Son infatigable énergie et sa volonté d'aboutir dans mes analyses et mes observations, quelquefois très longues et très fastidieuses, son esprit de collaboration et son dévouement sans faille méritent d'être soulignés. Il ne faut pas oublier tous ceux qui, avec une remarquable abnégation et un souci très haut de bien servir la science, ont renforcé la certitude des résultats obtenus par leurs observations personnelles sur le terrain, observations dont ils m'ont fait part. Je ne puis pas tous les citer ici mais qu'ils soient assurés de ma gratitude.

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PRÉFACE
Quand on dit cèdre, on dit Liban et on pense à la Bible: le Cantique des Cantiques évoque en effet le bois du Liban (cèdre ou cyprès d'ailleurs, tous deux étant les bois nobles par excellence) avec lequel le roi Salamon construisit un pavillon nuptial. Plus loin, la bien-aimée laisse éclater son amour pour son roi dont elle compare le visage au mont Liban et dont elle dit qu'il est distingué comme les cèdres. Les grands cèdres font maintenant la gloire des parcs. Le genre Cedrus se répartit en quatre espèces montagnardes, l'une en Asie mineure (Liban), l'autre dans le Nord de l'Afrique (Atlas), la troisième dans l'Himalaya et la quatrième à Chypre. Le cèdre du Liban est le plus connu des quatre pour son port majestueux et son feuillage toujours vert qui le rendent très ornemental. Sur le plan écologique, d'après les études et les observations effectuées, il est plus rustique que le Cedrus atlantica, originaire des montagnes de l'Algérie et du Maroc où cette espèce vit à des altitudes comprises entre 1.200 et 2.000 mètres, sous un climat de montagne de type méditerranéen, lumineux et sec, avec des hivers longs, mais sans froid excessif, et des étés courts et chauds. Supportant la sécheresse, il forme de beaux peuplements sur des sols variés, surtout au Maroc. Dans ces conditions, on comprend que les forestiers français l'aient introduit dès 1860 dans nos montagnes méridionales où il forme, sur le mont Ventoux et ailleurs, de beaux peuplements qui se régénéraient naturellement, voire puissamment, et qui s'installaient facilement dans les clairières. Le cèdre de l'Atlas fut donc rapidement naturalisé dans le Midi. Les circonstances lui sont tout aussi favorables plus au nord et en général partout où le chêne pubescent domine franchement. Une essence aussi plastique était donc une bénédiction pour repeupler des milieux difficiles, reprendre des plantations d'essences ayant souffert du froid ou de la chaleur et surtout faire réinvestir par la forêt les milliers d'hectares incendiés du Midi de la France. Or, le cèdre est lui-même peu inflammable et élimine le sous-étage herbacé. Cette belle essence a donc tout pour plaire et peut être considérée comme une panacée. C'est pourquoi il était plus qu'utile de lui consacrer un ouvrage d'ensemble. Jean TOTH était le plus qualifié pour le rédiger. En effet, ingénieur de recherches forestières à la Station forestière de l'INRA d' Avignon, il a consacré près de trente ans de sa vie à des travaux sur trois essences principales: le chêne vert, le pin noir et le cèdre, mais c'est ce dernier qui l'a le plus occupé. 9

En 1978, il lui a d'ailleurs consacré sa thèse de docteur-ingénieur soutenue devant la Faculté des Sciences de Marseille. A ce sujet, je tiens à rappeler que la thèse de docteur-ingénieur, malheureusement supprimée avec celle, ancienne, d'Université qui était ouverte à tous, représentait l'équivalent pour les ingénieurs du doctorat ès-Sciences d'Etat. C'est dire l'importance du travail de Jean TOTH. Sa vaste connaissance sur le cèdre passa bien sûr par un long séjour en Algérie qui lui donna l'occasion de sillonner les cédraies parfois très anciennes de l'Atlas algérien. Auparavant, à ses débuts comme ingénieurforestier en Hongrie, il avait dirigé une pépinière d'essences exotiques, parmi lesquelles se trouvaient des exemplaires du cèdre de l'Atlas et surtout de l'Himalaya. Curieux retour des choses, la révolution hongroise, à laquelle il participa très activement, décida de la carrière de ce forestier débutant, en le contraignant à quitter le pays; il eut alors l'opportunité de s'installer en France où il allait s'occuper... du cèdre. Je l'associe aux jeunes Hongrois réfugiés en France que j'ai connus en 1956 à la suite de la révolution de Budapest et dont l'un est devenu mon ami. C'est une des nombreuses raisons qui me rendent heureux de l'accueillir comme auteur dans cette collection. Le livre de Jean TOTH est une somme sur le cèdre: tout y est, la botanique, la génétique, la biologie, l'écologie de l'essence, sa foresterie bien sûr et la technologie du bois. La bibliographie est bien entendue à la hauteur. Enfin, point essentiel pour un aussi bel arbre, l'aspect esthétique n'a pas été oublié. Au total, c'est un livre très complet et bien illustré que l'auteur offre à un public qui n'a pas besoin d'être averti pour y trouver son grain. Bonne route donc à cet ouvrage qui devrait être utile à des générations de forestiers et d'amateurs de beaux arbres et de vastes futaies. Professeur Richard MOREAU

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INTRODUCTION

La région méridionale de la France, compte tenu de son climat, de son sol et de sa végétation, occupe une place privilégiée dans l'ensemble du pays, avec une surface totale boisée de 2 549 000 ha. Ses arbres et ses forêts sont spécifiques à la région tels que le chêne vert, le chêne pubescent, le micocoulier, le pin d'Alep, le pin parasol, le pin de Salzmann comme essences autochtones et le pin maritime, le pin noir d'Autriche, les cèdres (Atlas, Liban, Chypre, Himalaya), les sapins méditerranéens, les cyprès et les eucalyptus comme essences introduites. De par leur résistance vis-à-vis des agressions diverses, les arbres, les bosquets ou les massifs forestiers ont présenté, au cours des décennies, une sorte de gradation. Certains ont régressé par leur vulnérabilité, d'autres ont peu évolué, alors que beaucoup d'autres ont réussi à progresser. Le fragile équilibre biologique de la forêt, surtout en région méditerranéenne, est de plus en plus menacé. Ainsi l'ensemble de la forêt, depuis de nombreuses années, y a subi des destructions importantes dans son intégrité écologique, économique et paysagère. Heureusement, il y a eu une sorte de compensation, étant donné le taux élevé de reboisements. C'est ainsi qu'en parlant de la France forestière des erreurs sont souvent commises en disant que sa surface boisée régresse au cours des années. En consultant les statistiques nous constatons que c'est le contraire qui se produit. Les grands froids de 1965, 85 et 86 ont fait souffrir de vastes peuplements de pins d'Alep (Pinus halepensis Mill.) dans plusieurs départements du Sud-Est de la France. Le froid de 1965 a déclenché l'affaiblissement des massifs de pins maritimes (Pinus mesogeensis Gaussen) de la Côte d'Azur, parure fort réputée il y a quelques décennies encore. Les insectes ravageurs tel que les cochenilles (Matsucoccus feytaudi Duc) et les pissodes (Pissodes notatus), ont profité de la vulnérabilité des arbres à la suite de ce froid et fait disparaître ainsi 60 000 hectares d'une belle forêt productive. Les plantations de pins noirs d'Autriche (Pinus nigra Am.ssp nigricans Host.) ont été très affectées par les deux années de sécheresse de 1989 et de 1990. Un peu partout, fin août 1990, nous avons remarqué une mortalité plus ou moins importante, un dessèchement de nombreuses pousses de l'année ou bien d'une partie de la cime. Il faut aussi préciser que cette essence avait déjà beaucoup souffert de défoliations successives et quelquefois massives dues à la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa Sciff.)

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A cela s'ajoutent des incendies de forêt sur des surfaces de plusieurs dizaines de milliers d'hectares, surtout en 1989 et 90 (50 000 ha en 1990) dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Var, des Alpes maritimes, du Vaucluse et du Gard. Ici, l'écosystème de la chênaie méditerranéenne fut sérieusement atteint en profondeur puisque le chêne vert (Quercus ilex L.) essence feuillue à feuilles coriaces et persistantes brûle mieux, en tout cas aussi bien, que certains résineux: ceci a été démontré par l'expérimentation de l'Institut National de la Recherche Agronomique, Recherches Forestières d'Avignon (voir photo n° 1). C'est dans ce désarroi écologique qu'on a commencé à reparler plus sérieusement de l'emploi du cèdre et de ses possibilités offertes pour combler le vide. On a fait de plus en plus appel à lui en tant qu'essence peu inflammable, pour son remarquable pouvoir d'élimination de la végétation herbacée et surtout pour sa puissance de régénération naturelle dans beaucoup de stations écologiques. Il supporte bien la sécheresse d'été puisqu'il achève la majeure partie de sa croissance annuelle fin juin. Pour mieux connaître le cèdre sur lequel nous avons mené pendant plus d'un quart de siècle des recherches biologiques, écologiques, physiologiques, sylvicoles, climatologiques, nous n'avons pas hésité à aller de plus en plus loin dans nos investigations d'études et d'observations. Il faut expliquer aussi les différentes raisons qui ont motivé la rédaction et la publication de ce livre sur le cèdre. Il y a bien des années, nous avons, au cours de nos déplacements professionnels, rencontré des profanes passionnés par la nature confondant "pin et sapin" et "cèdre et cyprès". Aujourd'hui cette erreur se fait beaucoup plus rare grâce à la vulgarisation des informations due à l'importance de plus en plus grande de l'environnement dans le quotidien. Pendant les 27 années de recherches que nous avons effectuées sur le cèdre, de très nombreuses occasions nous ont été données d'être accompagnés par les forestiers du terrain, des praticiens pleins de bon sens, de gentillesse et surtout de connaissances pratiques. Ces déplacements, appelés "tournées", étaient toujours agréables et fructueux. Un jour notre rendez-vous fut fixé près d'une maison forestière tout à fait isolée et entourée de beaux cèdres déjà âgés qui attirèrent l'admiration et les commentaires de tous et de chacun. Nous étions en septembre, époque où les cèdres sont ornés des chatons mâles. L'un d'eux se distinguait par l'abondance de ses fleurs érigées comme de petites bougies sur un arbre de Noël. Bien que très surprenant, ce spectacle reste très habituel pour les forestiers travaillant sur cette essence.

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Photo n° 1. Paysages dévastés, après l'incendie de forêt d'août 1989 ; dans le secteur de Cabrières d'Avignon (Vaucluse). Plusieurs centaines d'hectares de chêne vert et de pin d'Alep ont été détruits par le feu sur un substrat calcaire très superficiel: haut: les chênes verts sont entièrement brûlés par le feu bas: seule la cédraie a pu être sauvegardée. 13

Un collègue, beaucoup plus âgé que nous et associé à notre recherche depuis peu, nous dit alors les conclusions de ses observations; "Voyezvous, cet arbre plein de petits cônes donnera dans deux ans des quantités de graines; d'ailleurs cet arbre doit produire régulièrement et abondamment des cônes !" C'était vraiment délicat de le décevoir... Pourtant il fallait bien l'informer qu'il faisait là une erreur fondamentale. Ce cèdre n'avait jamais produit de cônes abritant des graines. C'était un arbre d'apparence mâle avec ses chatons donnant du pollen. Dans le chapitre consacré aux fleurs, nous aborderons la dioïcité apparente du cèdre. La troisième motivation émane à la fois de nos diverses publications (plus de trente sur le cèdre) éparpillées dans différentes revues, des actes de séminaires, des articles scientifiques et techniques, et des notes de vulgarisation. Toutes ces publications n'étaient accessibles qu'à un nombre restreint de personnes, surtout des spécialistes abonnés aux revues. Donc un assemblage et une mise à jour des connaissances paraissaient indispensables. Enfin, en consultant des études et des publications sur le cèdre, nous avons découvert des lacunes, voire des erreurs parfois sérieuses: "l'erreur n'est-elle pas humaine ?" Nous avons vu là l'occasion d'apporter un nouvel éclairage. Avant d'entreprendre la rédaction de l'ouvrage, il serait bon de préciser comment ma passion du cèdre est née. En 1967, vers le mois de novembre, après sept années passées au cœur du Sahara en Algérie pour la participation à la réalisation d'un espace vert, j'ai quitté l'Algérie et réintégré la France. Un de mes articles, intitulé «L'Aspect forestier d'une plantation saharienne », me permit de rencontrer M. Jean PARDÉ, rédacteur en chef de la Revue Forestière Française qui décida de le publier. En tant que Directeur de la Station de Sylviculture et de Production au sein du Centre de Recherches Forestières à Nancy de l'Institut National de la Recherche Agronomique, près de l'Ecole forestière (l'ENGREF), il cherchait un responsable pour diriger une petite équipe, fonctionnant comme antenne de sa Station, équipe installée en Provence, en Avignon. Avant de prendre ma fonction, j'ai effectué un stage de six mois à Nancy. Ces six mois m'ont permis non seulement de voir de très près les différentes tâches scientifiques et techniques des recherches en milieu forestier, mais aussi d'aller en Provence et de me familiariser avec la forêt méditerranéenne. C'est ainsi que je découvris les cédraies du mont Ventoux, du Lubéron et bien d'autres, moins importantes.

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Je fus enchanté de voir ces magnifiques massifs s'implanter et progresser dans un milieu très difficile sur le plan écologique. Je fus amené à constater la force et la vigueur de cet arbre admirable pouvant remplir toutes les fonctions que les forestiers attendent d'une essence. Cependant il faut ajouter que, durant mon long séjour en Algérie, j'eus l'occasion de traverser l'Atlas algérien entre Alger et le Sahara, de sillonner les vastes forêts, y compris les vieilles cédraies. Leur état de santé était très différent de ce que j'ai pu voir en France. Auparavant j'avais vécu comme jeune ingénieur forestier en Hongrie, où, dans un secteur au sud-ouest du pays, les cèdres avaient été expérimentés, surtout le cèdre de 1'Himalaya, dans le but de diversifier le paysage forestier hongrois. J'avais dirigé une pépinière où, parmi les espèces en élevage, il y avait toutes sortes d'exotiques, notamment le cèdre de l'Atlas en petit nombre et le cèdre de l'Himalaya en nombre important. Leur réussite avait été spectaculaire sur le plan de la croissance juvénile et leur beauté étaient indescriptible. Malheureusement d'une part, mais fort heureusement d'autre part le destin a voulu qu'il y ait une révolution et que je doive continuer mon oeuvre de jeunesse en France.

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PREMIERE PARTIE CHAPITRE 1 BOTANIQUE, LES QUATRE ESPECES DE CÈDRES: ATLAS, LIBAN, HIMALAYA, CHYPRE Dans ce qui suit, nous essaierons de traiter les divers aspects du cèdre et de transmettre les connaissances scientifiques et techniques acquises sur les quatre espèces et surtout sur le cèdre de l'Atlas. Ce dernier a pris une ampleur considérable en France grâce à l'affinité écologique existant entre ses pays d'origine (Maroc et Algérie) et son pays d'adoption, la France. Son importance économique grandissante et son extension considérable sont des atouts pour son avenir. Cependant nous avons pensé qu'il ne faut pas négliger complètement les trois autres espèces: Liban, Himalaya et Chypre. En effet les deux premières offrent une certaine complémentarité au cèdre de l'Atlas malgré leur faible occupation du sol actuellement. Quant au cèdre de Chypre, il est extrêmement difficile de voir la situation clairement. Il est vrai que cette essence est pratiquement inexistante dans les plantations forestières; toutefois nous avons quelques résultats à communiquer. 1.1. BOTANIQUE Si des arbres ont connu une renommée prestigieuse dans les temps les plus reculés, ce sont bien les cèdres. Le geme Cedrus fait partie de l'embranchement des Spermatophytes (plantes à semences), sousembranchement des Gymnospermes (plantes à ovule nu), au groupe de conifères (arbres qui portent des cônes), de la famille des Pinacées (Pins) et de la sous-famille des Abiétacées (sapins). Il comprend quatre espèces (Link 1841) : on dit aussi que le cèdre est un résineux, puisque les différentes parties de l'arbre contiennent de la résine. Toutefois il existe une différence quant au bois: celui des pins a des canaux résinifères, alors que celui du cèdre est sans canaux et tout imprégné de résine. Les quatre espèces sont: -Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica Manetti) : -Cèdre du Liban (Cedrus libani Barr.) -Cèdre de Chypre (Cedrus brevifolia Henry) -Cèdre de l'Himalaya (Cedrus deodora Loud.)

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Le genre Cedrus se distingue des autres genres de Pinacées par la présence de deux sortes de rameaux, les uns courts (mésoblastes), portant des aiguilles persistantes rassemblées en rosettes, portés par d'autres rameaux de longueur normale (auxiblastes) garnis d'aiguilles disposées en spirales. Les feuilles (aiguilles) de cèdre sont persistantes, contrairement au mélèze, et leur durée de vie est de 3 ans. Cependant chaque année 1/3 des aiguilles tombent et sont renouvelées. Le cèdre est un végétal ligneux, c'est-à-dire qu'il a une tige rigide, formée de bois, avec une croissance monopodiale orthotrope, ce qui veut dire qu'il présente un tronc unique et droit. Ses branches sont disposées en verticilles (leur dénombrement permet de connaître l'âge de l'arbre). Dans de nombreuses communications botaniques, les auteurs donnent souvent des caractères qui ne permettent pas la distinction claire et nette entre les quatre espèces, surtout entre les deux premières; par exemple, la forme tabulaire du cèdre du Liban n'est pas un caractère distinctif. En effet s'il fait la table lorsqu'il a cessé sa croissance en hauteur, son frère en fait tout autant en vieillissant. D'après nos observations et nos recherches, nous essaierons d'appréhender quelques descripteurs assez sûrs pour caractériser chacune des espèces (voir tableau ci-après).

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Caractères Aiguilles Croissance juvénile Epoque de pollinisation Cônes (long.)** (diam.)** Durée maturité Facteurs de désarti culation des cônes Ouverture des cônes Poids de 100 graines

C. atlantica 15-25 monocyclique mIseptembre 5à8 3à5 2 ans alternance humiditéchaleur gel-dégel

C. libani 15-35 monocyclique mIseptembre 8 à 10 4à6 2 ans alternance humiditéchaleur gel-dégel

C. brevifolia 5-10 monocyclique

C. deodara 30-50 polycyclique

début début septembre novembre 5à7 3à4 2 ans 9 à 12 5à7 1 an

alternance chaleur humidité- seule chaleur gel-dégel

haut 5-8 g

bas 9-11 g

haut 5-6 g

centre 10-12 g

* mm, ** cm Tableau n° 1: Caractères botaniques et biologiques des quatre espèces du cèdre.
L'appellation "cèdre" ne doit pas être confondue avec d'autres espèces résineuses: les cèdres sont des Conifères (présence de cônes), de la famille des Pinacés, de la sous-famille des Abiétacés. Arbres majestueux, ils n'ont rien à voir avec les cédratiers qui sont des agrumes. La ressemblance de ces noms est purement accidentelle.

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Le nom Cedrus vient du grec Kedron, tenne qui indique à la fois les cèdres et les autres arbres au bois précieux et balsamique. Mais là aussi il faut être vigilant! En effet les anglophones ont coutume de traduire le mot anglais cedar par le mot cèdre en français. C'est commettre une erreur car le mot cedar, aux États-Unis par exemple, s'applique à diverses espèces résineuses de la famille des Cupressacées; il est généralement précédé d'un qualificatif précisant l'espèce en question: libocèdre = Incense cedar, cyprès de Lawson = Port-orford cedar, thuya géant = Western red cedar, genévrier de Virginie = Pencil cedar ou Red cedar. Toutefois, depuis quelques décennies, la littérature forestière américaine mentionne déjà les véritables cèdres (Atlas, Liban, Himalaya) en les appelant Atlas cedar, cedar of libanon et Deodar cedar. Ces trois espèces sont implantées avec succès aux Etats-Unis et principalement dans l'Etat de New York. 1.2. LES CÈDRES DANS LEURS PAYS D'ORIGINE. On rencontre des peuplements autochtones de cèdre de l'Atlas en Afrique du Nord, Maroc et Algérie (pas en Tunisie), de cèdre du Liban en Asie mineure, au Liban et en Turquie, de cèdre de Chypre dans l'île de Chypre et de cèdre de l'Himalaya en Inde, sur le versant sud de l'Himalaya occidental, en Afghanistan sur la partie nord-ouest de l'Himalaya et aussi dans la vallée de Kumauli au Népal occidental. Les cartes 1 et 2 donnent la répartition géographique des peuplements autochtones du geme cedrus, dans le monde. La superficie occupée par les cédraies autochtones est très importante. Le cèdre de l'Himalaya couvre plus de 500 000 hectares sur l'ensemble de la haute montagne de l'Himalaya. Le cèdre du Liban couvre 150 000 hectares globalement, sur le Taurus et des reboisements récents, en Turquie. Au Liban on ne trouve qu'un nombre restreint de stations et elles ont une surface réduite. La plus connue est celle de la forêt relique de Bécharré. Le cèdre de l'Atlas couvre 156 000 hectares pour l'Afrique du Nord (130 000 au Maroc, 26 000 en Algérie). Le cèdre de Chypre ne couvre que quelques dizaines d'hectares.

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