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Le christianisme à l'ère écologique

De
110 pages
La relation christianisme-écologie est un sujet d'actualité. La visite de Nicolas Hulot et de François Hollande au Vatican le 24 janvier dernier avec pour perspective la conférence sur l'environnement fin 2015 à Paris en témoigne. Ce livre permet d'appréhender la relation christianisme-écologie dans toute sa complexité. La civilisation judéo-chrétienne, moteur de la modernité, a oublié la nature. Cette dernière se rappelle à nous avec la crise écologique mondiale qui est aussi une crise morale. Il s'agit aujourd'hui d'élargir le message altruiste chrétien à notre maison la Terre et à tous ses habitants, de construire une éco-spiritualité capable de répondre aux défis soulevés par la destruction de la planète. L'auteur propose d'élaborer une nouvelle éthique qui intègre aux acquis du christianisme ceux plus récents de l'écologie.
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Jean-Claude LACAZE
LE CHRISTIANISME A L’èREéCOLOGIQUE
« Tu aimeras ta planète comme toi-même »
LE CHRISTIANISME À L’ÈRE ÉCOLOGIQUE
Jean-Claude LACAZELE CHRISTIANISME À L’ÈRE ÉCOLOGIQUE « Tu aimeras ta planète comme toi-même »
Du même auteur : Expérimentations en écosystèmes marins contrôlés, Océanis, Institut océanographique, Paris, 1979. La pollution pétrolière en milieu marin, De la toxicologie à l’écologie, Masson, 1980. Livre rouge des espèces menacées en France : espèces marines et littorales menacées, Secrétariat de la faune et de la flore, Muséum national d’Histoire naturelle, 1987. La dégradation de l’environnement côtier: conséquences écologiques, Masson, 1993. Les Biocénoses marines et littorales de Méditerranée : synthèse, menace et perspectives, (En collaboration). Secrétariat de la faune et de la flore, Muséum national d’Histoire naturelle, 1994. L’Eutrophisation des eaux marines et continentales: causes, manifestations, conséquences et moyens de lutte, Ellipses, 1996. La pollution des mers.Flammarion, 1996. Le christianisme face à la crise écologique mondiale, L’Harmattan, 2009. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01808-9 EAN : 9782343018089
PROLOGUE
Une humanité en déroute !
Face à la crise écologique le silence du christianisme est étonnant. Plombé par les dogmes accumulés au cours des siècles, 1 par le refus de toute réforme , il tourne le dos aux sciences de la nature, aux réalités écologiques. Le constat se révèle accablant: pour l’Église romaine, la cause de l’environnement paraît marginale, alors qu’elle se manifeste, au contraire, comme le lieu d’émergence où se posent aujourd’hui les questions de Dieu, de 2 l’expérience spirituelle et de l’engagement éthique.L’acquisition d’une écospiritualité semble être le seul contre-pouvoir à notre 3. société techno-économiqueIl en va de l’avenir même de notre espèce.
e En ce début du XXIsiècle, aurore de l’ère écologique, le vivant est en danger dans sa biodiversité. Si les activités destructrices de l’homme se poursuivent à la vitesse actuelle, la moitié des espèces de plantes et d’animaux sur la planète pourrait avoir disparu ou être en voie de l’être avant la fin de ce siècle. Lorsque l’environnement se dégrade, les problèmes sociaux, psychologiques, moraux, spirituels, s’accumulant, la situation devient ingérable. Avec les Trente Glorieuses, période de forte croissance, notre société est devenue au sens absolu du terme une société de consommation générant une révolution mentale qui nous dit que vivre c’est consommer. Cette
1 Hans Küng,Peut-on encore sauver l’Église ?Seuil, 2012. 2 André Beauchamp,Environnement et Église, Fides, 2008, p. 163. 3  Jean-ClaudeLacaze,Le christianisme face à la crise écologie mondiale, L’Harmattan, 2009.
frénésie consumériste est particulièrement pernicieuseelle s’est 1 emparée de notre âme elle-même.société, insatisfaite Notre psychiquement et moralement, paye son bien-être matériel par un mal-être moral.
Il y a 2000 ans, l’élan emphatique de Jésus a «révélé » l’altruisme élément essentiel de notre patrimoine génétique, racine d’une conscientisation des comportements collectifs.Nos sociétés occidentales «amorisées »sont le produit de la civilisation chrétienne, un phare pour les autres civilisations. Toutefois, la construction chrétienne, en liant le message de Jésus (le Nouveau Testament) à la Bible juive (l’Ancien Testament) qui porte une vision limitée et anthropomorphique de l’univers, n’était pas viable sur le long terme: la nature avait été oubliée. La crise écologique en est la conséquence.
Face à la dégradation de la planète, une étape nouvelle s’impose, celle de l’élargissement du commandement d’amour de Jésus à la totalité de notre écosphère. Ce message impliqued’aimer la nature pour elle-même, seule façon de réaliser une adéquation entre populations, ressources et l’environnement, c’est-à-dire respecter les préceptes de l’écologie et entrer dans un nouveau modèle de civilisation fondé sur une plus grande empathie.
L’écologie estdevenue l’un des vrais enjeux de notre temps. Elle induit une refondation de nos valeurs, des sagesses ou des spiritualités anciennes, un renouveau des croyances. La conscience écologique qui pénètre progressivement les sociétés occidentales génère une réforme de notre mode de pensée, de nos spiritualités. Elle nous conduit à intégrer les sciences de la nature dans la religion. L’altruisme au plus haut degré, spécificité chrétienne, doit englober la nature du fait de la parenté inter-espèces, de cette incroyable unité du vivant que nous révèle la science, un gage d’harmonie entre les constituants de la biosphère. Aussi, le 1 André Beauchamp,op. cit.,p. 35. Les mots et expressions suivis d’un astérisque sont définis dans le glossaire à la fin du livre.6
commandement d’amour élargi: «Tu aimeras ta planète comme toi-même» doit être d’urgence ajouté aux dix commandements du décalogue.
Les accusations
En 1967, l’historien américain et théologien protestantLynn 1 White(1907-1987) a accusé le judéo-christianisme d’être en bonne partie responsable de la dégradation de l’environnement, à cause d’injonctions bibliques de laGenèse quidemandent de remplir la terre et de la soumettre, ce qui aurait conduit les croyants juifs et chrétiens à dévaloriser la nature et à la dominer. Toujours selon White, les religions de la nature, tels les anciens paganismes et les religions asiatiques, auraient été plus respectueuses de la terre et des diverses espèces végétales et animales qui s’y trouvent. Cette opinion n’est pas isolée.
En fait la thèse de l’origine chrétienne de l’anthropocentrisme moderne se fait jour dès 1965 dans,Avant que nature meurele célèbre 2ouvrage deJean Dorst(1924-2001). Dorst, qui fut un de mes maîtres au Muséum, opposait nos conceptions occidentales qui voient dans l’homme la création suprême à laquelle tout doit se trouver soumis, aux philosophies et religions orientales qui prescrivent le respect de la vie sous toutes ses formes.
Cette vision occidentale du monde proférée dès l’antiquité, portée par l’enseignement chrétien pour qui seul l’homme compte, ne prédisposait pas à comprendre et à respecter le fonctionnement du milieu naturel, à acquérir une conscience écologique. La réalité du monde et de la nature était occultée, cette dernière n’étant qu’un décor. 1  LynnWhite historien des sciences et des techniques médiévales, a soutenu la thèse de la responsabilité du christianisme dans la dévastation de la nature par la techno science occidentale avec l’articleThe historical roots of our ecological crisis, Science, 1967, pp. 1203-1207. Traduction, Alain de Benoist :Les racines historiques de notre crise écologique. Écologie ?Krisis, 15, 1993, pp. 60-71. 2 Jean Dorst,Avant que nature meure,Delachaux & Niestlé, 1965, p. 27. 7
PourThéodore Monod(1902-2000), grand naturaliste, un autre de mes maîtres au Muséum, «les trois monothéismes (…), se sont enfermés dans la conception triomphaliste d’un homme préposé à la domination du monde (…). Ce mythe orgueilleux de “roi” de la création est, bien issu des écritures, et l’on ne peut être surpris de le voir s’installer à titre de postulat au cœur de la théologie chrétienne (…). Ce puissant courant anthropocentrique, qui veut un cosmos crée pour une espèce animale particulière,l’Homo sapiens, s’est vu puissamment renforcé par l’insensibilité du 1 cartésianisme à l’endroit de l’animal . » Le philosopheEdgar Morinn’est pas en reste « Le christianisme qui nous a façonnés est une religion totalement ouverte sur l’humain, avec ces valeurs cardinales que sont la charité et l’amour, 2 mais fermée à la nature et au monde animal . » Le christianisme est donc accusé d’avoir contribué à l’exploitation irresponsable de nos ressources terrestres. Qu’en est-il ?
1 Théodore Monod,Et si l’aventure humaine devait échouer,Grasset, 2003, pp. 16-17. 2  EdgarMorin,L’an I de l’ère écologique et dialogue avec Nicolas Hulot, Tallandier, 2007, p. 105. 8
I. LA CONSTRUCTION CHRÉTIENNE
L’Église qui se forme à Jérusalem dans les semaines qui suivent la crucifixion, est constituée de groupes de Juifs. L’ouverture du christianisme aux non-juifs se fera difficilement, opposant Pierre, puis Jacques, «le frère de Jésus» qui lui succède, à Paul, converti sur la route de Damas. Ce dernier, qui perçoit sa mission au sens large baptise aussi bien des Juifs que des païens. Les communautés se sont entre-temps constituées, chacune autour d’un Ancien, et elles se sont régionalement regroupées avec un évêque qui gère la vie religieuse dans sa région.
Parmi les chrétiens émerge peu à peu le projet de donner un statut aux documents relatifs à la vie et à l’enseignement de Jésus (évangiles, lettres etc…) qui, depuis le milieu du Ier siècle, circulent dans les différentes communautés chrétiennes. Le processus aboutira à la constitution d’une Bible pour les chrétiens. Celle-ci va réunir deux corpus d’écrits distincts,le Nouveau Testament,recueil des nouvelles écritures chrétiennes etl’Ancien Testament, (laBible juive) qui assurait des racines, une généalogie, au message de Jésus. Effectivement ce dernier ne pouvait être accueilli, imposer sa philosophie que si l’essentiel de la croyance précédente, porté par la Bible juive, était maintenu.
Les constructeurs de l’institution chrétienne, c’est-à-dire les entourages successifs de Jésus, vont, pour établir la nouvelle religion, lier les deux corpus, ils vont également « sacraliser » leur action, bâtir une institution appropriée. Ils assuraient ainsi la pérennité de l’ensemble, sa solidité, la maintenance dans le temps. Structure hiérarchique autoritaire,l’institution-Égliseallait pendant 2000 ans imposer une vision du monde axée sur les deux corpus précités