Le musée vert

De
Publié par

Publié le : lundi 1 janvier 0001
Lecture(s) : 246
EAN13 : 9782296279117
Nombre de pages : 318
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LE MUSÉE VERT

Collection Environnement
....

Ouvrir une collection « Environnement» en sciences sociaJes est un défi dans la mesure où chacun met sous ce vocable un contenu différent. Il existe pourtant un droit de l'environnement et des programmes de recherches qui s'adressent à des économistes, des sociologues, des politistes, des historiens, des ethnologues. Ce champ de réfléxion traverse en fait l'ensemble des disciplines de sciences sociales et fédère des objectifs plutôt qu'il ne fonde un nouvel objet. Cette situation engendre une grande dispersion des travaux et freine leur diffusion. Cette collection voudrait y pallier parla publication d'une part de dossiers présentant des recherches approfondies, d'autre part d'ouvrages de portée plus générale destinés à un plus large public. Maryvonne BODIGUEL
Ouvrages parus: Kiss A. (sous la dir.), L'écologie et la loi: le statut juridique de l'environnement, 1989. Bertolini G., Le marché des ordures: économie et gestion des déchets ménagers, 1990. Collectif, Pas de visa pour les déchets vers une solidarité Afrique/Europe en matière d'environnement, 1990. Reveret J.P., La pratique des pêches, comment gérer une ressource renouvelable? 1991. Mermet L., Stratégies pour ['environnement, la nature jeu de société? 1992. Dans la série environnement « dossier» :

Bodiguel M. (sous la dir.), Produire et préserver l'environnement, quelles réglementations pour l'agriculture européenne? 1990. Thebaud-Mony A., L'envers des sociétés industrie/les, Approche comparative franco-brésilienne, 1991. Romi R., Les espaces humides, Le droit entre protection et exploitation des territoires, 1992.

1993 ISBN: 2-7384-1987-9

@ L'Harmattan,

B. KALAORA

LE MUSÉE VERT
Radiographie du loisir en forêt

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

REMERCIEMENTS

Je. remercie tout particulièrement les membres du Laboratoire d'Economie et de Sociologie Rurale de la station INRA d'Orléans, ainsi que tous ceux et.celles qui m'ont aidé dans ce travail. Et surtout Mr A.Brun" N. Decourt'l N. Eiszner, N. Gersen, H. Lefebvre, E. Lemattre, H. Mendras, A. Sicat...

Le sud-o\1est de la forêt de Fontainebleau (phQtographie d'une carte touriStique. d'après la carte I. G. N. au 1/25000). En traits gras, les principaux itinénûrea proposés aux randonncurs.

;:;:::;::

..
~:;

~

Forêt domaniale -id-. en cours d'acquisition Autre forêt
I

Rebord de plateau

,

Zone bâtie 5
I

70km I

LE MUSÉE VERT : 15 ANS APRÈS, 1978-1993

Ce livre écrit en 1978 et publié en 1981 aux éditions Anthropos est un produit des Trente Glorieuses. Les traits les plus caractéristiques de cette période sont la modernité et l'avènement de couches moyennes consommatrices de biens et de loisirs qui profitent du partage des
bénéfices provenant d'une croissance régulière.

Dans une société divisée en classes sociales, chaque citoyen, malgré les différences de niveau, pouvait espérer participer aux fruits de la croissance et accéder à un statut supérieur par la dotation d'un capital économique et culturel.. Ce désir de mobilité ascendante exacerbait la concurrence et la compétition entre les classes, les unes revendiquant un partage plus équitable de la croissance et la démocratisation de l'éducation, les autres se mobilisant pour maintenir les barrières culturelles, cultivant leurs dîfférences par des stratégies de distinction à l'égard de la moyenne. Dans cette perspective, la forêt nous est apparue non comme un bien naturel hors jeu des compétitions sociales mais comme un produit culturel: sa fréquentation est le signe de l'appartenance ou du désir d'appartenance à l'élite économique et/ou culturelle. La pratique de la forêt à l'instar d'autres équipements de récréation est l'occasion d'affirmer son statut et de se démarquer de ceux qui sont exclus de la société de consommation et de loisirs. Fréquenter la forêt, c'est alors participer aux valeurs de la modernité. L'enquête menée en forêt de Fontainebleau nous a conduit à construire une typologie des attitudes et des comportements propres aux différents usages et usagers. La première attitude est celle que nous qualifions de cultivée. Elle est le fait d'une élite sociale, se sentant menacée par la

consommation de masse et qui recourt à des stratégies de distinction pour se réserver l'accès à la nature, maintenant ainsi à l'écart sur le plan spatial et symbolique les gens qu'elle désigne comme vulgaires. La forêt est perçue comme un paysage artistique et sa pratique requiert la mobilisation de compétences esthétiques que les couches privilégiées tentent d'imposer comme norme de la consommation. La deuxième attitude est celle des couches moyennes dotées de peu de capital culturel, pour qui la fréquentation de la forêt est le signe de leur ascension sociale, de la distance parcourue pour échapper aux modes de vie propres aux classes populaires. La forêt n'est pas un attribut du paysage, mais un espace public où le contact est recherché dans l'objectif d'afficher les biens acquis symbolisant la modernité et le confort matériel (voitures, équipements de plein air, etc ). Enfin~ le troisième groupe est celui des couches populaires, peu représentées en forêt de Fontainebleau, qui rejettent cet espace qu'elles qualifient de non adapté à leurs valeurs et pratiques. L'analyse des pratiques de la forêt comme équipement de loisirs apparaît comme un excellent révélateur des valeurs de la société. Durant les Tren te Glorieuses, le modèle de la vie bonne était centré sur la consommation sans limite de biens et le plaisir d'acquérir était conforté par une logique sociale qui voulait que celui qui consommait le plus était celui que l'on respectait le plus. La maîtrise de la nature était le principe de base d'édification de la vie bonne qui reposait sur le partage des bénéfices d'une croissance illimitée. Ceux qui refusaient cette vision étaient rejetés et considérés comme des marginaux. L'irruption sur la scène nationale lors des élections municipales, puis européennes de 1989, et enfin régionales de 1992 du vote "écolo" a traduit l'émergence en France, d'une préoccupation qui déborde largement le cadre strictement politique et dont les couches moyennes et certains intellectuels se sont faits les porte-drapeau [André Gorz, "Capitalisme, socialisme, écologie" 1991 - F. Guattari "Les trois écologies" 1989 Michel Serres "Le contrat naturel"]. La montée du mouvement associatif de défense de la nature et de l'environnement, l'efficacité de la pression qu'il exerce sur les pouvoirs publics forment sans doute l'un des traits les plus manifestes du changement de la société française. Selon M.A. Rendu, journaliste au Monde, on peut évaluer la force du mouvement associatif français engagé dans l'environnement à 5.000 militants actifs ,et disponibles, 100.000 adhérents, 1 million de sympathisants acceptant de donner un coup de main ou de signer une pétition, le tout encouragé par les bulletins de vote de 3,5 millions de citoyens.

-

La perspicacité du mouvement associatif dans la bataille de l'environnement a entraîné révolution du droit dans des domaines aussi divers que ceux des entreprises ,polluantes, de l'urbanisme, de la

protection de la nature, de l'eau, du bruit, etc , les associations étant les. inspirateurs et parfois mêmes les formulateurs de cet arsenal juridique. Certains vont même jusqu'à parler de la France "écolo" (Le Monde, 12 Juin 1992) signifiant par là l'écologisation des secteurs vitaux de la société française (l'économie, l'agriculture, la politique). La question de l'environnement semble donc être un thème auquel la société moderne ne peut plus se soustraire et dont la prise en compte modifie le consensus traditionnel, à savoir celui de la maîtrise de la nature comme commun dénominateur de la vie bonne. En effet, la prise de conscience des menaces qui pèsent sur la nature et l'environnement modifie la représentation que l'on se fait de ces biens. Biens limités, ils ne peuvent être multipliés à souhait. Il ne s'agit plus de savoir si nous participons à la richesse de la société, mais de préserver les éléments du patrimoine biologique et physique constitutifs de notre environnement afin de le maintenir en état pour les générations futures. En d'autres termes l'accroissement des richesses économiques et symboliques ne peuvent plus être les seuls déterminants légitimes de la bonne vie. L'échec de la maîtrise de la nature dont les sociétés industrialisées subissent les effets à l'échelle de l'Europe se traduit par la recherche de nouveaux fondements de la vie bonne qui font une place plus grande au renoncement, à l'ascèse, à la frugalité, en bref, à la moralisation de nos rapports à la nature. Dans cette quête de purification, les excès et les débordements, valeurs autrefois considérées comme des attributs de la puissance, sont de nos jours objets de controverses et apparaissent comme. non vertueuses (la lutte généralisée contre la corruption est sans doute l'effet de la moralisation et du désir social de purification). L'empathie avec la nature et la soumission vis-à-vis d'elle sont les nouveaux idéaux recherchés. Ils renvoient à une morale située au delà des principes de justice et de rétribution puisque la lutte contre les inégalités ne peut plus, comme ce fut le cas dans les Trente Glorieuses, être atténuée et rendue acceptable par la recherche d'une production croissante fondée sur l'exploitation sans frein de la nature. Ce changement traduit-il l'avènement d'une culture environnementaliste, c'est-à-dire l'ancrage dans les mentalités d'une conscience environnementale modifiant les comportements et les attitudes à l'égard de la nature ? Dans ce scénario idéal, la représentation de la forêt s'ordonne autour de schèmes écologiques et les usagers adoptent des attitudes conformes au maintien de l'écosystème forestier. La forêt n'est plus un support pour des pratiques consommatoires où l'homme est le centre autour duquel tout doit s'organiser, mais devient un lieu fréquenté pour ses attributs écologiques avec le souci de ne pas nuire à l'intégrité biologique du milieu. "Diligence et prudence" sont les attitudes requises au lieu de l'agressivité et de la conquête caractéristiques des pratiques

centrées sur la seule consommation. La connaissance du biotope devient un passage obligé du sentiment de la nature et le microscope se substitue à l'oeil non averti du touriste. Les nombreux sondages d'opinion sur les problèmes d'environnement peuvent nous faire croire à la naissance de "1'Homo-écologicus". En effet,{ la majorité des sondés se disent préoccupés par les menaces qui pèsent sur l'environnement et la nature. Cependant, le fait que 90% de la population française s'estiment concernés ne nous renseigne en rien sur l'acquisition de nouvelles dispositions écologiques susceptibles d'être mises en acte dans les comportements. Un taux de sensibilisation n'est pas une mesure de la conscientisation environnementale, si l'on entend par là, la capacité de modifier ses comportements pour se mettre en accord avec la nature et l'environnement. Le manque de données fiables sur les pratiques environnementales des français empêche de répondre à la question de l'existence d'une culture environnementaIiste. L'identi... fication de comportements écologiques spécifiant une nouvelle relation à la nature suppose la construction d'indicateurs pertinents. Pour cela, il faudrait croiser des descripteurs informant sur les comportements environnementaux dans les situations de la vie quotidienne avec des indicateurs caractérisant des pratiques de loisir en symbiose avec l'écosystème forestier ou naturel. L'écologisation des comportements des français reste donc une hypothèse gratuite tant qu'elle ne peut être validée

par des enquêtes en profondeur sur la quotidienneté. Les quelques informations éparses sur l'existence d'une sensibilité écologique témoignent certes de révolution des mentalités mais non d'une
transformation des habitus, du culturel à l'habitus écologique.

Une enquête sur les français et la forêt réalisée à la demande de rO.N.F. en 1991 par B.V.A. sur un échantillon représentatif de la population française âgée de 18ans et plus (N = 1.011 personnes) apporte des résultats significatifs sur l'évolution de la perception des forêts-loisirs. Ils témoignent de l'importance que prend l'écologie dans les représentations. A la question sur le rôle prioritaire de la forêt, 54% des enquêtés pensent qu'elle est amenée à devenir une réserve naturelle alors que pour 31% il s'agit d'un lieu de détente et pour 13% de production de bois. Bien que les réponses à cette question varient selon les C.S.P. et le niveau de l'éducation, il n'en reste pas moins que le rôle de réserve naturelle de la forêt est unanimement partagé par l'ensemble des couches sociales, la fonction d'accueil ou de lieu de détente étant reléguée au second rang même parmi les classes populaires (cf. tableau 1 et 2).

LES FRANÇAIS ET LA FORÊT

Enquête B.V.A. - 1991 = N Tableau 1
Ensemble T/lOO = Produire du bois 12,8 Produire du bois 21,2 20,4 Réserves naturelles 53,9 Réserves Naturelles 57 58,8

= 1011

personnes

Le rôle prioritaire de la forêt française

Lieu de détente 30,9 Lieu de détente 21,8 20,8

Non Réponse 2,3

C.S.P. du chef de famille Agriculteurs Petits artisans et commerçants Profession libérale et intellectuelle Ouvriers

4,1 Il,3

64,9 53,1

29,7 34,1

Tableau 2
Niveau dtinstruction du chef de famille Primaire Jamais allé à l'école Supérieur

Produire du bois 21,6 56,8 8,9

Réserves Naturelles

Lieu de détente 34,3

39,2 43,2 63,4

25,3

Par ailleurs quelque soit l'appartenance à un parti politique, tous mettent en avant la forêt réserve, à l'exception du Front National qui confère une place importante à la forêt détente (Cf. Tableau 3).

LE RÔLE PRIORITAIRE DE LA FORÊT FRANÇAISE

Tableau 3

Ensemble T/100 = Affiliation à un parti du chef de famille Ecologistes U.D.F. R.P.R. F.N. Extrême gauche

Produire du bois 12,S Produire du bois 5,4 8,3 IS,9 IS,S 31,4

Réserves naturelles 53,9 Réserves Naturenes 68,4 66,9 51 43,3 56,1

Lieu de détente 30,9 Lieu de détente 24 23,4 2S,7 40,9 12,5

Non Réponse 2,3

Quant à l'opinion que les français se font des associations et du mouvement écologiste à propos de la défense des forêts, eUe est
fortement positive, SO%considèrent que l'action des écologistes en faveur des forêts est plus importante que celle de l'D.N.F., les bûcherons et les collectivités territoriales étant cités en dernier lieu. Seules les agriculteurs émettent des réserves sur les écologistes. Enfin interrogés sur leurs motivations principales dans la sortie en forêt, 69% des Français mettent en avant la promenade en forêt et 40% l'observation de la faune et de la flore, peu mentionnée par les enquêtés dans les années 75 qui étaient dans l'ignorance du milieu physique et biologique. Ces résultats méritent quelques commentaires. Ds montrent le chemin parcouru depuis 1975. La référence à l'écologie était le fait de marginaux, alors qu'aujourd'hui elle est partagée par l'ensemble des acteurs sociaux. Les écologistes apparaissent même comme une force de proposition en tenne de gestion et d'aménagement et les forestiers se voient ramenés à une position inférieure. Toute une tradition s'effondre qui conférait au forestier la maîtrise de la nature et la gestion de l'espace naturel.

.

La rhétorique écologique envahit la sphère des loisirs et du tourisme et cette imprégnation est le symptôme d'un changement des mentalités qui ne peut être ramené au seul effet de mode. Des données sur le marché des articles des sports estivaux pour le cru 92 constituent des indices de l'évolution des pratiques de nature. Ainsi la randonnée et la marche à pied avec chaussures, tentes et sacs à dos prennent les devants sur les sports plus techniques tels la planche à voile et le tennis par exemple (Cf. Libération, "Le Marché de la randonnée tient le haut du pavé" 28 Juillet 1992). Le Vieux Campeur, boutique mythique des randonneurs a écoulé pas moins de 30.000 sacs à dos, 35JX)()paires de chaussures de montagne et 1.500 sacs de couchage. Si le trekking au Népal ou en Islande reste une activité prisée, la randonnée de montagne pratiquée en famille sur les pentes accessibles et ne présentant pas de difficultés connaît une popularité croissante. Le "stakhanoviste austère" est ,concurrencé par l'''écolo-branché''. On marche deux jours en famille ou avec des amis dans le Cantal ou en Lozère, quand on se lançait autrefois dans une randonnée d'une semaine avec le Club Alpin Français. Selon le journaliste de Libération, "on assiste à un phénomène d'engouement pour les sports proches de la nature et accessibles pour tous".

-

Autre signe de cet engouement, le succès que connaît le V.T.T.. Un million d'unités vendues en 1991, soit cinq fois plus qu'en 1988.Au dire d'un forestier chargé de l'accueil du tourisme en forêt de Fontainebleau, le V.T.T. est en passe de devenir un problème pour le gestionnaire, car les pratiquants de plus en plus nombreux considèrent l'usage de celui-ci comme écologique et méconnaissent les conséquences d'une pénétration sans discernement... Toutes ces données montrent l'importance que prend la thématique écologique dans les pratiques de loisir et dans la représentation que s'en font les usagers. L'image de la forêt se recompose à partir d'une vision écologique, la représentation esthétique dans ce ré-agencement n'étant plus la norme à laquelle doivent se conformer attitudes et pratiques au risque d'être dévalorisées. Il est probable dans ce contexte que l'intérêt pour la flore, la faune, le milieu physique et biologique soit amené à jouer un rôle plus grand dans la définition de la bonne conduite et relègue à un rôle mineur le modèle rousseauiste de la contemplation de la nature fondé sur le jugement de goût. A l'imposition d'un mode légitime de consommation de la nature par les élites se substitue un modèle plus consensuel construit autour de valeurs écologiques. En conséquence, les stratégies de distinction et de différenciation des élites sont mises à mal par le modèle écologique de consommation de la nature, plus ouvert et consensuel que le modèle esthétique. La circulation plutôt que la verticalité semble devoir ordonner les comportements et les attitudes. En d'autres termes, la théorie Simmelienne de la circulation généralisée semit plus opérationnelle et plus féconde pour comprendre les pratiques

actuelles de la nature dans une société en perpétuel mouvement, que celle, Bourdieusienne, de la reproduction. Il ne s'agit là cependant que d'une hypothèse... Dans une telle perspective le style artistique ne serait plus le seul mode valorisé et valorisant de la fréquentation de la forêt, il deviendrait un mode ordinaire au même titre que d'autres, telle tourisme écologique. Le marché touristique présenterait une gamme de produits diversifiés, de l'artistique et culturel à l'écologique et pédagogique. Il n'y aurait pas une bonne façon de voir et de pratiquer l'espace, mais des manières diverses dont aucune ne pourrait prétendre remporter sur l'autre et aspirer à l'universalité, toutes ces visions distinctes s'alimentant à partir de condiments écologiques... Ce scénario est une projection des tendances actuelles; rien ne garantit aujourd'hui qu'il se réalisera, mais il s'agit d'une des évolutions possibles. Pour l'heure, l'écologie est à la relation à la nature, ce que le féminisme était aux rapports entre les sexes dans les années 80. Insidieusement l'écologie, comme le féminisme en son temps, pénètre les consciences sans pour autant avoir des effets immédiats sur les comportements. L'adhésion à ses valeurs constitue certes une donne nouvelle, mais elle n'implique pas de manière mécanique une modification des comportements. D'après nos informateurs forestiers, l'écologie relève de l'ordre du discours, et les usagers y recourent majoritairement pour signifier l'intérêt qu'ils portent à la nature sans changer réellement leurs attitudes à l'égard de la forêt. La négligence semble toujours de mise et chaque sortie apporte son lot de détritus, de déchets et de promeneurs qui ne s'éloignent pas de leurs voitures. Si l'analogie avec le féminisme est valide nous sommes cependant tenus de prendre au sérieux cette évolution des valeurs. Elle ne serait pas seulement de l'ordre du discours ou de l'idéologie mais pourrait préfigurer de profonds changements à venir ? Au tenne de cette exploration qui conjugue les genres, où présent et projection du futur sont intriqués et qui de surcroît se fonde sur des données éparses et de seconde main, quelle est la part entre le certain et

l'incertain?
L'adhésion des pratiquants de la nature aux valeurs écologiques nous paraît un fait incontestable. Elle est le propre de couches moyennes, les plus nombreuses à pratiquer des activités de nature et les plus sensibles à l'argumentaire écologique. C'est en leur sein que les mouvements et les partis écologiques puisent leurs forces et acquièrent une légitimité politique. Paradoxalement cette montée de l'écologie peut même devenir un facteur de risque pour l'environnement naturel puisqu'elle favorise

l'augmentation de la demande sociale en matière de loisirs verts. L'idée de réserve naturelle dans l'esprit du public n'est pas incompatible avec la fréquentation de ces mêmes espaces. Comment l'écologie pourra-t-elle alors se concilier avec l'essor touristique et dévastateur? Tel sera le dilemne auquel devront faire face les aménageurs et les décideurs politiques: satisfaire la demande écologique croissante tout en préservant les espaces naturels... Les changements de comportements, par contre, relèvent d'un univers incertain. L'absence de travaux et d'enquêtes autres que les sondages, ne facilite par la saisie des évolutions, tout au plus pouvons nous faire des hypothèses. Ces hypothèses doivent être soumises à l'épreuve des faits et

du terrain. Puisse cette introduction créer de nouvelles vocations et
conduire des chercheurs et étudiants à engager des travaux sur un champ aujourd'hui laissé en friche; notre but serait alors largement atteint.

A V ANT .PROPOS

La forêt comme préoccupation actuelle Intérêt de l'étude

Depuis plusieurs années déjà on assiste à la disparition progressive ou à l'altération profonde des massifs boisés situés' aux abords des grandes villes. Cette évolution apparaît aujourd'hui préjudiciable à la collectivité. Un fait social nouveau apparaît que l'on peut qualifier de conscience éco.' logique: la prise en. compte de l'urgence de la défense (du. . maintien) du milieu et des équilibres naturels. La' protection des forê~s joue désormais un rôle essentiel dans 'la défense de l'environnement. Outre les fonctions écologiques, (et économiques) du domaine forestier, le développement de l'urbanisation a fait naître chez les citadins, une demande d'espaces naturels péri-urbains comme lieux de loisirs' ~t favoriser .le contact avec la nature d'autant que- les forêts (en particulier pour la Région Parisienne) sont les seuls esp~ces naturels libres (1). Toutes ces raisons ont fait prendre
(1) Il ne faut pas toutefois, oublier que les 3/4 des forêts Sont privées et interdites au public. Dans la région parisienne, par exemple sUr 241 850 ha, les seules forêts ouvertes au public sont les forêts domaniales, soit 62 670 ha, et 6 700 ha de forêts des collectivités. ,

12

Bernard KALAORA

conscience. à la collectivité de la fonction écologique mais aussi sociale de la Forêt. Les acteurs sociaux, quelque soit leur horizon d'appartenance s'accordent à recon1J.aître la nécessité' de sauvegarder' les forêts menacées. Car la forêt est pensée dans l'ilitemporalité d'une approche. anthropologique: la nature comme dépense physique ou contemplation esthétique passe pour un besoin naturel. La Forêt est ainsI'justifiée non comme fait de nature, encore moins comme pratique sociale, mais comme dimension de l'humanité. D'autre part, la forêt se présente comme un espace libre, accessible et ouvert à toutes les catégories sociales: ceux qui en ont le plus besoin en disposeraient le plus, les .pratiques de plein air sont accessibles à tous. Quelle soit fondée sur une idée de la nature humaine ou sur une philosophie de la nature anhistotique, l'approche de la forêt fait l'économie des relativismes socio-culturels. De plus, .,avec le développement urbain, la forêt trouve une autre justification. Elle est un équipement social dont l'utilité est d'autant plus grande qu'elle est située à proximité des grandes villes et qu'elle joue le rôle de limite institutionnelle de la croissance urbaine (I). Annexée à l'urbanisation, la forêt est un obstacle naturel à la progression anarchique du tissu des villes, un antidote à ses carences. Pourtant, ce besoin de nature n'est pas la cause des pratiques de la forêt. La cOl1sommationde la forêt ne relève pas, d'une économie individuelle des besoins mais d'un réseau de contraintes sociales et culturelles ou entrent en jeu des représentations différenciées selon les groupes, le rang social, le statut, le mode d'appropriation de la culture. Ces représentations vont susciter certaines attitudes et modeler les pratiques à l'égard de la forêt. 'C'est l'ensemble de ce réseau que nous nous proposons de dénouer.

(1) La forêt péri-urbaine est un élément de la trame verte: sa sauvegarde ne vise pas seulement à protéger la nature mais à limiter les effets d'une croissance urbaine et anarchique. En ce sens, elle est un outil de la politique urbaine.

INTRODUCTION La forêt comme préoccupation Intérêt de l'étude actuelle;

Jusqu'au début des années 1960, seules étaient mises en avant les fonctions économiques et écologiques du domaine forestier. Lorsque le développement de l'urbanisation a fait naître chez les citadins une demande. d'espaces naturels péri-urbains comme lieux pouvant accueillir des pratiques de loisirs, et surtout lorsque l'extension de la surface urbanisée, ainsi que celle,de l'espace réservé aux équipements produc-' tifs et de services, a limité aux seules forêts (particulièrement dans le cas Parisien) l'espace naturellibré,.le gonflement du volume de la fréquentation de ces espaces posant des problèmes de gestion et, exigeant l'élaboration d'une politique d'accueil. a fait prendre conscience à la'-collectivité de la fonction sociale des forêts. C'est tout d'abord la conn8.issance du phénomène de fréquentation de la forêt, de sori volume, de ses modalités, 'des facteurs intervenant dans sa détennination, qui a orienté .les premières recherches. C'est d'ailleurs toujours le problème de l'encombrem~nt qui reste dominant et qui sollicite l'attention (les chercheurs (l'enquête nationale sur la fréq~entation des .forêts- enquéte I.N.S.B.E. réalisée par Monsieur Ballion - est ainsi

14

Bernard KALAORA

préfacée: «Le présent texte a pour but de rendre publics les principaux .résultats d'une Enquéte Nationale réalisée en 1973 avec la collaboration de l'I.N.S.E.E. avec pour objectif central la fréquentation des forêts par les ménages»). Ces enquêtes (1), malgré leur diversité (enquêtes de marché, études psychosociologiques) font apparaître un ensemble de constantes. Toutes elles soulignent: -l'importance numérique de la fréquentation des forêts .et l'augmentation de son volume (pour la région parisienne, 5 millions de visiteurs qui effectuent près de 60 millions de v~sitespar an ; pour la seule forêt de Fontainebleau: 9 millions de visites par an). -le caractère général et persistant de l'inégalité sociale devant l'accès à la forêt-loisir. En effet, l'augmentation du volume de la fréquentation du public dans les forêts de la région parisienne, comme dans celles de France, n'atteint pas toutes les couches sociales. Celles qui en bénéficient le plus sont les catégories sociales qui, par leurs diplômes, leurs revenus et leurs conditions de vie (bon ou mauvais logement par exemple) occupent dans l'échelle socio-économique une position privilégiée, suivies par les couches moyennes (catégorie sociale qui comprend des populations d'individus non homogènes)..Pour citer un exemple, 22% des individus ayant un diplôme supérieur au bac ne sont jamais allés en forêt durant l'année écoulée, ce qui est le cas de 54% des individus qui n'ont aucun diplôme (Echantillon National Re-' présentatif de 3000 ménages français). Quant aux ouvriers, il sont sous représentés dans les forêts, si l'on compare leur proportion à celle de la population active.
.

réalisée par la SA.RE.S. : «la fréquentation des forêts de la région parisienne» (avri11969), -l'enquête nationale déjà citée de l'I.N.S.E.E., - des enquêtes réalisées par les Offices Forestiers Régionaux sur des ~enains spécifiques (forêt de Bondy , d'Orléans). Ces enquêtes ont donné lieu à des études dont les objectifs étaient de rendre compte de la .signification et de la pertinence des résultats quantifiés d'un point de vue sociologique: travaux de MI BALLION (<<Lesemtions entre statUt socio. r culturel et frequentation de la forêt», 1973. Laboratoire d'Econométrie de l'Ecole Polytechnique) et de nous-mêmes (<<Problémotique de lafréquentation et de8 représentations de 14forêt péri-urbaine; le cas de 1IlForêt de Fontainebleau».

. l'enquête

(1) Les plus importantes sont:

.

Orléans, LN.RÂ. 1975).

Le musée vert

15

.Dans le cas de la Forêt de Fontainebleau, ces faits sont encore plus marqués. Sur 633 individus interviewés en forêt (1), se trouvaient seulement 3% d'ouvriers contre 34% de membres de la strate supérieure (cadres supérieurs, professions libérales, enseignants 22%) et 35% de cadres moyens~. Il y a donc sur-utilisation du bien forêt par les co~ches supérif1~resau demeurant les plus privilégiées (l'intensité de la visite et sa fréquence croissent aussi avec le diplôme et la catégorie socio-professionnelle). -l'influence du niveau culturel dans la consommation de forêt, celle-ci est encore plus déterminante que le revenu. A revenu égal, ceux qui possèdent un diplôme ont plus de chances de fréquenter la forêt. -l'existence de différences dans la manière de se représenter et d'utiliser l'espace forêt. On peut schématiquement distinguer entre ceux qui ont une relation noble à la Nature, qui' viennent y chercher le sentiment perdu d'une nature et y retrouver leur identité (la nature a des attributs d'ordre esthétique: promenade, découverte du paysage, recherche de la solitude, préférence pour des types marqués de paysage) et ceux qui ont un~ relation instrumentale et qui perçoivent la forêt non ppur elle-même mais par opposition à la vie moderne. La place dans l'échelle sociale mesurée par des caractéristiques économiques et culturelles sont les critères pertinents de ces différences. La variable socio-culturelle apparaît toutefois .plus déterminante, les étudiants et enseignants ayant des attitudes et comportements très marqués par rapport aux autres couches sociales (2). Toutes ces recherches quantitatives malgré.l'împortance de leurs résultats ont toutefois leur limite. Si elles pennettent de constater que la population parisienne n'est pas eu en situation d'égalité vis-à-vis.de l'utilisation des espaces forestiers, èlles n'apportent pas des éléments de connaissance sur les mécanismes et les processus qui .aboutissent à la produc.
tion de privilèges.
(1) «Problémtltique de ltl fréquentlltion et des représentations de la forlt
péri-urbaine» (KALAORA B. INRA - Orléans).

(2) J. MANDILLE, M. BEDENEAU, B. KALAORA : «Analyse factorielle de8 représentlltions, et perceptions de 10;orêt péri-urbaine» (Dec. 78, I.N .R..A. f . Orléans).

-16

.

Le musée vert

En effet, comment expliquer que cette «pratique libre» (1) qu'est la fréquentation de la forêt, qui ne semble que' peu dépendre du capital économique d'un individu qui dé,tennine la différenciation dans l'accès aux biens marchan'ds soit elle aussi une pratique r~pondant à la logique de l'inégalité des chances et des possibilités? La sur-utilisation de ce bien par les.catégories sociales les plus favorisées est paradoxale. Raisonnant en tennes de besoins, on aurait pu exactement supposer le contraire. Etant donné l'ensemble des contraintes quant à l'utilisation de l'espace, auxquelles sont soumis les urbains, il était logique de penser que la demande d'espace aurait été d'autant plus forte que l'on avait affaire à des catégories socio-économiquement défavorisées (tant sur le plan des conditions de logement, que.de travail). Dans cette logiq~e, c'étaient donc ceux qui avaient le plus besoin de forêt qui auraient dû la fréquenter. Dans la forêt de Bondy, située dans un environnement urbanisé et populaire, plus de 50% des visiteurs sont des cadres et professions libérales (20% des ouvriers et employés, pour la plupart mal logés, sont des usagers). Rien done a priori ne pouvait pennettre de poser que la demande de nature était socialement déter-

nrinée.

.

Que~ sont alors les processus sociaux qui limitent l'ae~ès des plus défavorisés à ce bien? Quelles sont les conditions qui aboutissent à la production de privilèges, dans le cas de ce bien, dont la consommation est fonnellement ouverte à tous, mais réellement réservée à quelques uns? Tels sont l'ensemble des problèmes auxquels nous voudrions répondre.

(1) Les forêts domaniales sont publiques. Il n'y' a pas de droit d'entrées ou de prix prohibitifs qui en limiteraient leur accès. Dans Je cas de Paris, elles sont relativement proches.

.ChapitreI L'INFORMATION, LES DONNEES EXISTANTES Ce que disent les statistiques et les études sociologiques...

A LES DONN£ES STATISTIQUES ET LES ENQUETES 1 ..Les Forêts de la Région Parisienne:

-

l'enquête de la SARES

, ,

C'est pour répondre aux préoccupations de l'aménagement que les premières enquêtes sur les modalités de la fréquentation de la forêt ont eu lieu. Conserver et protéger les espaces boisés près des villes du fait du développement en tache d'huile de l'urbanisation, et en même temps accueillir les citadins pour leur procurer détente et récréation, tel est le problème devant lequel le forestier se trouvait dès 1960 et qu'il devait rapidement résoudre. De 1967 à nos jours, de nombreuses études ont donc été faites. La première tentative d'une saisie scientifique de la fréquentation des forêts~est l'enquête de la SARES, réalisée en 1967. Le domaine étudié est celui de Paris et de son agglomération. D'autres enquêtes concernent des terrains plus spécifiques; c'est par exemple le cas d'une enquête réalisée par le Laboratoire d'Ecologie Végétale d'Orsay, sur la fré. quentation de la forêt de Fontainebleau (1).
(1)Cf. <<Problématique de 10Représentation de /QForêt, le cas de Fontainebleau» (document interne, INRA, Orléans 1975).

.;

~

~

18

Bernard KALA ORA

L'enquête nationale réalisée par M. Ballon, en collaboration avec l'INSEE, sur un échantillon de 3 000 ménages représentatifs de la population urbainè française porte sur les aspects quantitatifs et qualitatifs de la fréquentation des forêts et sur les facteurs qui la détenninent. Il faut ajouter à ces différentes enquêtes un certain nOItlbre d'études sociologiques sur lesquelles nous reviendrons.
1.1. Le dispositif de l'enquête SARES

. Le dispositif d'enquête adopté par laSARES comprend quatre phases que l'on peut regrouper sous deux types bien détenninés : Des enqu~tes sur les lieux d'habitats. Ce premier type comprend: . 'une recherche auprès d'un échantillon représentatif de la population de la région parisienne, qui devait apporter les éléments généraux sur l'importance globale des sorties en forêt et sur l'importance relative des différentes forêts. . une .recherche auprès d'un échantillon représentatif d'une population déterminée par son type d'habitat à proximité d'une forêt particulière (enquête de voisinage). - Des enquêtes menées en forêt. Quatre forêts ont été choisies: St-Gennam (3 560 ha), Sénart (2 600 ha), Meudon (1 100 ha), Fontainebleau (16 640 ha). Dans chacune de ces forêts, il a été procédé à deux en... quêtes particulières: . des «comptages» dans Je but de connaître le nombre de gens qui s'y rendent au cours d'une année, ainsi que l'évolution de la fréquentation et l'importance globale des sorties de la région parisienne (2 300 personnes au total dans les quatre forêts de St-Gennain, Meudon, Sénart et Fontainebleau ont été enquêtées en 29 vagues réparties au cours de l'année). Il s'agit d'une enquête sur un échantillon représentatif de la population parisienne. . des int~rviews (ou enquêtes en extension) dans le but de connaître les comportements des gens en forêts, leurs. motivations. On peut visualiser schématiquement le processus d'enquête décrit par Is SARES.

-

Le musée vert

19

ANALYSE DU VOLUME DE FRÉQUENTATION

Enquête sur un échantillonde la population de la RégionParisienne

~ANAL~I~ Partype d'habitat
Enquête voisinage de la Forêt de Meudon

Partype de forêt
Comptages en forêts de St.Germain, Sénart, Meudon Fontainebleau ~nquêtes en extension dans les . mêmes forêts Par type de forêt

Par type d'habitat

;
VUE GLOBALE

~

,

1
ANALYSE DES COMPORTEMENTS ET ATTITUDES

20

Bernard KALAORA

1.2. Les résultats de l'enquête Les facteurs explicatifs de la fréquentation ordres: objectifs et subjectifs. a) Les facteurs objectifs L'enquête ~et en évidence deux types de fréquentation, fréquentation de voisinage (personnes habitant à moins de 2 km de la forêt) et la fréquentation à distance (plus de 2 kM). 60% des visiteurs ont moins d'une demi-heure de trajet. Il en résulte que la proximité d~ la forêt est un facteur détenninant de la sortie. Plus on habite près de la forêt, plus on y va. Mais cette situation privilégiée ne conc~rne qu'une faible partie de la population de la Région Parisienne: seuls 8%des habitants de la Région Parisienne habitent à moins de 2 km d'une forêt, soit 800 000 personnes. Il en résulte que si ce facteur est détenninant dans la vi~site d'une forêt (4' 750 000 visiteurs pour la région parisienne, soit une personne sur deux), les gens qui résident au voisinage d'une forêt ne représentent que 15% des visiteurs. Par ailleurs cette p.art relative des visiteurs du voisinage .varie beaucoup d'une forêt à l'autre (1). Par exemple, pour ce qui concerne la forêt de FontaiÎ1ebleau, cette part est négligeable, car cette dernière exerce une énonne attraction (1). Les gens interviewés dans la forêt de Fontainebleau viennent de loin: 44% des gens interviewés à Fontainebleau avaient fait un trajet de plus d'une heure alors qu'à Sénart la proportion était de 21,5% de 16,5% à St-Germain et de 10,5% à Meudon. La fréquentation de voisinage est donc relativement moins importante que dans les autres forêts. L'éloignement de Fontainebleau n'est pas un obstacle. à 'l'intensité et à la régularité des visites. A Fontainebleau, la fidélité est encore plus forte que pour les autres forêts, puisque 65,5% des personnes interrogées déclarent y aller toujours, contre 48% à Sénart et 54% à Meudon et que 57,5%, bien qu'habitant à proximité d'autres forêts viennent de préférence à Fontainebleau.
(1) Cf. Tableaux 1 et 2 pages suivantes.

sont de deux

Le musée vert
0\

21

o

00

~ Cd
t:Q

3SVH ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~
('f') """'"

~ co
g
.......

>< :s
('à ~

ïV~O~

g g g g g g g g g
-" """"' .....-4

~ ...,

= o N
1::

SEd ~res 3N

.5
o
"0 =' "0 tU .::: (.) o .... ~
CI.)

()

o 0

0 0

..c:
bO C'd ~
rJ'.) <L>

o

ci 00

0

0

0.0

0

0
0

0

0

~
\0
('f")

~
M

S3'til1lV

~O\OOOO'\O\OO
M

ci 0 ci

0

ci

0\ Vi

0

r--V")

=1.) C
U 1-4 ::s

~

o

A

1

T 11 I ..J.. NVH'" v

0

M

0

00

0

~

0

~

0

0

ci

0 ('f")

~

N
('f")

r--: N

~
~

.... = Q.. C'O ..... ..w (0) ...

nV31a3:NIV

~NOd

t"-('f")~\OCOO\O.~ t'-~V)\OV")\OMO'\O'\ V")\O\OV")NO\-.:.tNN

\0 0

I:'

~

~311InOa:WV'ti

OOOooOOMO'\OOV")

ci ci

\0

~

~

0

('f')

0

~

f' ("f")

.i'1

t"""

= o .......

~ ~
.......

NO an

':1'tAT a.r,

~ ~ ~ 00' ~ ~ 0 0 0 0
N

0 0

C!
0

V")

('f")

V")
...-:t

"f.t'

~ CI,)
,.2
Q..
......

'eJ

= cu = cr-

Al'H:VW

OOo\V")OOO('f")O

0

0

r:~

ci 0

0

ci M ci

\0

0

~~VN3S

co
NIV TAT'\.J'J~ .r (l a..J°
'CI')

00000'\000"' or---O('f")ooV")oV") ("'It

N

r--\0

..... (~

o ~

T

NIVS

N

0

0

('f")

0

0'\ 0
0 ('f")

0

v

('f") 0

...-:t 0

ci ci

0

M "Id"

(Go) Joo4

J: ~
.......

::s ~..... - 'Go)

CI')

CI') Go)

CD .-.. .,J::J

:s cà


-

z

fi :s

«
q'J Go)

'Go)

cr
(Q) :s .c
q'J

::E
~ ;J.)

~~ ....J ~ ....J

~

~

Z ::> Z ....J ri) [ r (-I ""'r~-J o 0 <E-cW..., f-. Q = ~ Z ~

.,

~~

....J

~

Joo4~g

~

J:!!~

~Z~::>::EZ<(-I~ <~~~<O::C::>Q) cntl)::e:E~t;L..U<Z

«

.-

w z :z ~ >o
~

22

Bemzrd KALAORA

Tableau 2
Répartition de la population dans les différentes forêts de la Région Parisienne

FORETS
Bois de Vincennes Bois de Boulogne Saint-Germain-en-Laye, Achères, Maisons-Laffitte Fontainebleau Sénart Rarnbounfet Chantilly Marly, Versailles Meudon, Chaville Ermenonville Compiègne Senlis (;retz-~aüa~ers L'Isle-Adam Montmorency Malmaison, Saint-Cucufa Chevreuse Autres

% 10,2 10,3 7,7 15,0 6,5 6,8 5,4 6,0 3,5 3,0 2,5 3,3 0,7 2,1 1,6 1,9 .2,0 Il,S 100,0

TOTAL

Le musée vert

23

Les personnes interrogées à Fontainebleau qui ont déclaré que la forêt de Fontainebleau était la plus proche de leur domicile ne représentaient que 42,5%. Cela signifie que les gens interviewés en forêt de Fontainebleau, et qui ont une autre forêt plus proche de leur domicile, vont plus souvent en forêt de Fontainebleau que

dans cette autre forêt~

.

.

Le tableau lconfume ce phénomène. En effet, 57,7% des gens dont la forêt de St-Gennain est la plus proche de leur domicile vont le plus souvent à Fontainebleaù et 41,2% le plus souvent à St-Gennain. Pour Meudon, 56,6% vont lé plus souvent à Fontainebleau et 28% seulement le plus souvent à Meudon. Pour Sénart, 64,3% vont le plus souvent à Fontainebleau et 23,8% le plus souvent à Sénart. Or, si l'on compare ces résultats avec ceux obtenus dans l'enquête en extension portant sur les trois forêts, on obtient un comportement inverse: 91,4% des personnes interviewées qui habitent près de St-Gennain déclarent aller le plus souvent à St-Gennain. Pour Sénart, la proportion est de 9,4% et pour Meudon de 86,3%. Dix fois dans l'année, il a été demandé aux personnes interviewées dans quelle forêt elles étaient allées lors de leur dernière sortie. Le tableau 2 présente les résultats obtenus. On constate l'importance de l'attraction exercée par la forêt de Fontainebleau: 15% des personnes interrogées étaient allées à Fontainebleau lors de leur dernière sortie. - La catégorie socio-professionnelle. Le statut socio-économique du chef de ménage (évalué par la catégorie socio-professionnelle, le revenu) se révèle être une variable explicative de la fréquentation. Les couches moyennes et supérie'ures spnt, dans toutes les forêts de la Région Parisienne, sur-représentées si l'on compare leur proportion à celle de la population active de cette Région. La première colonne, le recensement de 1962, permet de connaître la répartition par catégorie socio-professionnelle des habitants de la Région Parisienne.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.