Les baleines franches

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Véritable encyclopédie richement illustrée, ce livre nous plonge dans les mers froides, à la découverte de l'univers passionnant des baleines franches. Un premier volet détaille l'anatomie et la physiologie de ces géants du monde animal, un second déroule l'histoire de leur pêche par pays de manière chronologique, ce qu'aucune histoire de la chasse à la baleine n'avait fait auparavant.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
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EAN13 : 9782296500785
Nombre de pages : 560
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LES BALEINES FRANCHESIllustration de couverture
ehuile sur cuivre du XIX siècle, collection de l’auteurJacques Soulaire
LES BALEINES
FR A NCHES
Ce volume est le soixante-cinquième
de la collection Kronos
Fondée et dirigée par Eric Ledru
SPMCopyright : SPM, 2012
ISSN : 1148-7933
ISBN : 978 -2-901952-93-0
SPM 34, rue Jacques-Louvel-Tessier 75010 Paris
www.SPM-Editions.com
Tél. : 01 44 52 54 80 – télécopie : 01 44 52 54 82
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Tél : 01 40 46 79 20 – Fax : 01 43 25 82 03 – Site : www.harmatan.frAVANT-PROPOS
C’est avec un état d’esprit comparable à celui qui nous avait
permis d’aborder lors d’un précédent ouvrage, la saga du grand
cachalot, que nous allons ouvrir le registre, tout aussi passionnant,
des baleines franches.
Remarquons tout d’abord, que si nous avions décliné le
cachalot au singulier, nous emploierons le pluriel pour les baleines
franches, car il en existe indiscutablement deux espèces, très
proches l’une de l’autre, et encore à condition d’ignorer leur proche
cousine, la petite Caperea, un animal extrêmement rare qui, du
fait de sa taille, ne peut espérer trouver sa place dans la cour des
grands.
Et si nous avons parlé de « chasse » au cachalot, nous
emploierons plutôt le terme de « pêche » à la baleine, qui lui est
généralement consacré, ne serait-ce que pour rendre hommage à Prévert.
Façon de voir les choses, que personne n’explique, car rien ne
sépare fondamentalement la capture de ces deux géants des mers.
Si les Anciens avaient fait la diférence entre le féroce cachalot et la
paisible baleine, il faut bien reconnaître que ce concept relève plutôt
de la sémantique.
Ce nom curieux de « baleine franche » n’a pas été donné par
les scientifques, mais par les baleiniers, qui avaient très vite jeté
leur dévolu sur un animal peu combatif, dont la nage était
particulièrement lente, et qui possédait une couche de lard très épaisse lui
permetant de foter après la mort. C’était la «bonne baleine», celle
dont il convenait de s’emparer. Il n’est donc pas étonnant qu’elle fut
la premières à susciter la convoitise de l’homme.
Depuis des millénaires, les Esquimaux avaient bien compris
l’importance de ces animaux dans leur écosystème, et ils s’étaient
rapidement mis à les chasser – pardon : à les pêcher – avec les
moyens dont ils disposaient. Les prises étaient rares et ne
présentaient aucune menace pour la pérennité de l’espèce.
Il faudra atendre le douzième siècle, pour voir les Basques
poursuivre ces baleines dans les eaux du golfe de Biscaye, après avoir constaté leurs échouements sur leurs côtes. Mais leur pêche
ne se montrera jamais dévastatrice.
Elle ne se transformera en un véritable massacre que quatre
siècles plus tard, lorsque les pêcheurs de morue les découvriront
par hasard dans l’estuaire du St. Laurent, autour de Terre-Neuve et
dans les baies du Spitsberg.
Dès qu’elles seront repérées dans l’hémisphère Sud et dans
le Nord Pacifque, elles seront alors décimées, au sens litéral du
terme.
Très recherchées pour leur huile et leurs fanons, elles ne seront
plus harcelées que lorsqu’elles deviendront trop rares pour assurer
la rentabilité des expéditions.
En dehors de leur aspect, qui les fait reconnaître entre toutes,
les baleines franches nous font entrer dans un monde très diférent
de celui du cachalot. Nous ne sommes plus dans les mers
tropicales, avec leur cortège d’aventures toutes plus ou moins liées aux
îles paradisiaques du Pacifque, bordées de sable blanc et de pal -
miers, mais dans un univers de glace, de neige, de brouillard et de
brume, sous des latitudes extrêmes, où le blizzard et les tempêtes
font partie du quotidien. Enfn, le légendaire Moby Dick, n’est plus
là pour nous transporter dans son univers mythique, et nous aten -
dons toujours que les débonnaires baleines franches trouvent leur
panégyriste qui saura nous transporter dans la fantasmagorie d’un
monde reconnu pour être le plus inhospitalier de notre planète.
De tous les hommes qui ont voué leur vie à la traque de ces
énormes créatures, les baleiniers polaires diféraient profondément
de ses collègues que l’on aimait qualifer de « vagabonds des mers
du Sud. » Ils naviguaient dans des mers souvent inconnues dans
lesquelles la limite des glaces variait d’une année sur l’autre, bien
qu’ils ne les fréquentaient que pendant les mois d’été considérés
comme les seuls praticables. Bien sûr, ils pouvaient espérer revenir
passer l’hiver dans leur famille, mais ils étaient toujours tenaillés
par la crainte de faire une mauvaise campagne, ou d’être la victime
d’un accident, au pire d’un naufrage. Et, si le froid représentait leur
plus grand ennemi, avec son cortège de gelures et d’afections cuta -
nées, il pouvait s’accompagner de l’insidieux scorbut qui faisait,
beaucoup trop souvent, de sérieuses ponctions dans les équipages.
Les campagnes, du moins dans les premiers jours de la pêche,
se terminaient relativement tôt dans la saison. Les navires
revenaient au port dans le courant du mois d’août, pouvant alors être
armés au commerce pendant l’hiver. Par la suite, ils demeureront
plus longtemps sur leurs zones de pêche et, revenant plus tard, ils
passeront l’hiver au sec. On en proftait alors pour examiner leurs
coques. Au printemps suivant, le cycle reprenait avec les
préparatifs d’une nouvelle campagne.
8 LES BALEINES FRANCHESLe jour du départ était le signal d’une grande fête surtout en
Écosse. Équipages, famille et amis avaient coutume de se réunir
à bord. On buvait et on dansait tard dans la nuit. Les femmes
ornaient le gréement de longs rubans de couleur verte ou rouge,
confectionnés au cours de l’hiver. Lorsque les invités étaient tous
descendus à terre, les capitaines donnaient l’ordre de quiter le quai,
et de se metre à l’ancre, à quelques encablures du rivage, de façon à
limiter les risques d’une désertion encore possible.
Peu de temps après l’appareillage, les travaux commençaient.
L’étanchéité des tonneaux était soigneusement vérifée, les cha -
loupes étaient armées par leurs patrons, les lignes soigneusement
lovées dans leurs bailles par les harponneurs. Elles se composaient
de lignes de harpon dites blanches, faites de chanvre de la
meilleure qualité, de 2,¼ inches de diamètre pour une longueur d’une
d’une trentaine de pieds, et de lignes dites noires, netement moins
souples puisque passées au goudron, de même diamètre, mais
netement plus longues, ateignant entre 200 et 250 yards. Chaque
harponneur préparait quatre ou cinq bailles.
Les équipages de ces baleiniers polaires devaient posséder
une constitution robuste et une résistance à toute épreuve. Mais,
le Grand Nord, même considéré comme un univers
particulièrement hostile, a toujours captivé les esprits et la plupart de ceux
qui avaient efectué un premier voyage dans ces hautes latitudes,
n’avaient jamais manqué, par la suite, une seule saison de pêche,
tout du moins lorsque leur condition physique le leur permetait.
Le simple matelot était typiquement un homme fruste, mal
dégrossi, plein de superstitions, ignorant totalement la notion de
confort, même le plus élémentaire.
Quant au capitaine, il devait posséder de sérieuses facultés
d’observation et savoir interpréter le moindre petit signe
annonçant de subites perturbations météorologiques. Toute erreur, toute
tentative d’exploration trop téméraire pouvait signifer l’immobili -
sation de son navire par les glaces, parfois sa destruction, donc une
mort prévisible à plus ou moins long terme. S’il devait se montrer
excellent navigateur, bon gestionnaire, et habile médecin, il
s’adonnait souvent à l’étude des minéraux, de la faune ou de la fore
locale. Souvent, les armateurs lui imposaient de se faire seconder
par un « pilote des glaces. »
Imaginons ces hommes qui, dans les premiers jours de
l’aventure arctique, embarquaient sur des navires mal conçus
pour résister aux tempêtes et aux glaces. Ajoutons l’incertitude du
lendemain, l’efroi provoqué par une navigation dans la brume
ou sous un ciel envahi d’étranges lueurs, l’inquiétude causée par
des superstitions d’origine immémoriale, telles celle du narval aux
propriétés magiques, ou du morse dont les défenses n’existaient
9AVANT-PROPOSque pour mieux pouvoir renverser leurs chaloupes. N’oublions pas
le renard porte-malheur, comme le lapin l’est encore de nos jours
chez les Bretons. Par contre, les ours étaient censés amener la bonne
fortune. La destruction d’une épave par le feu était considérée
comme une action qui présageait les pires catastrophes. Mais on
expliquait ce comportement par la perte des tonneaux de rhum qui
auraient pu faire leur bonheur !
Les conditions météorologiques qui régnaient dans l’Arctique,
les vents violents, le froid extrême, l’humidité constante, rendaient
la vie des hommes particulièrement pénible à bord des navires. Ils
étaient aussi mal logés que leurs collègues des mers du Sud, mais
en plus, ils avaient rarement l’occasion de pouvoir faire sécher leurs
vêtements, qu’ils gardaient, du reste, pratiquement toujours sur eux
tout au long de la campagne. Une autre raison de cete habitude
était le besoin d’avoir à répondre rapidement aux ordres de départ
d’une pêche. En efet, si le cachalot présente de longues périodes
de respiration en surface entrecoupées par des immersions de
quarante-cinq minutes, il n’en était pas de même pour la baleine
franche, dont le cycle respiratoire était netement plus bref. De plus,
le brouillard et les amas de glaces pouvaient former un obstacle à la
bonne visibilité de son soufe.
C’est pourquoi, quelles qu’en soient les conditions, on avait
pris l’habitude d’envoyer en urgence une chaloupe qui servait
d’éclaireur. Les hommes y prenaient place sans avoir, bien souvent,
eu le temps de s’équiper valablement. Les embruns gelaient sur
des survêtements enflés à la hâte qui ne les protégeaient pas
sufsamment.
Transportons-nous maintenant dans une chaloupe dans
laquelle les hommes exténués, courbés sur leurs avirons, essayaient
d’éviter les projections d’eau glacée et de réchaufer, comme ils le
pouvaient, leurs doigts rendus gourds par le vent et le froid. La
première embarcation mise à l’eau, se signalait par un fanion ataché
au bout d’un espar, et c’était elle qui avait le plus de chances de
piquer la baleine. Comme elle ne possédait pas une ligne
sufsamment longue, elle dépendait des autres qui devaient lui fournir des
suppléments, afn d’éviter à son harponneur d’avoir à la couper. On
a cité le cas d’une baleine qui avait entraîné derrière elle plus de
2 000 mètres de ligne, remorquant alors trois ou quatre chaloupes.
Lorsqu’elle refaisait surface, son soufe était souvent difcilement
repérable, caché par la brume ou les aspérités de la glace. Il ne
pouvait alors être détecté que grâce à la multitude d’oiseaux qui,
comme toujours, semblaient venir de nulle part et la survolaient en
tournoyaient, soucieux de faire un bon repas.
Dès que la baleine était harponnée, elle sondait en position
quasi verticale et montrait toujours son immense caudale avant de
10 LES BALEINES FRANCHEStrouver refuge dans les profondeurs de l’océan. Bien que sa
réputation de férocité ne soit pas de mise, il était nécessaire de se
protéger de son unique moyen de défense, sa gigantesque caudale qui
pouvait entraîner la destruction d’une chaloupe. À cela venaient
s’ajouter les risques habituels, tels ceux d’être pris par une ligne
folle, de voir le bordé déchiré par les glaces, ou de ne plus retrouver
le navire à cause du brouillard.
Lorsque la mer était recouverte de plaques de glace, la baleine
tentait parfois de venir s’y froter, essayant sans doute de se débar -
rasser du harpon, planté dans son lard. Presque toujours, elle se
réfugiait sous le pack. Pour l’achever, les hommes, qui auraient
pu espérer se maintenir dans leurs chaloupes en la suivant dans
les chenaux d’eau libre, se voyaient dans l’obligation de couper
leur ligne. S’ils s’acharnaient à ne pas vouloir perdre leur proie,
ils devaient alors sauter de plaque de glace en plaque de glace, en
s’eforçant alors de l’ateindre avec leurs lances lorsqu’elle refaisait
surface pour respirer.
Les baleiniers de l’Arctique ignoraient le repos dominical,
bien que sur certains navires on s’abstenait de travailler le jour du
Seigneur. À bord, ils devaient faire face à de nombreux travaux
d’entretien rendus atrocement pénibles par le froid. Le plus
classique consistant à débarrasser le pont et le gréement de la glace qui
s’y accumulait. On ne comptait pas ses heures, d’autant plus que
dans ces latitudes élevées, le soleil ne se couchait jamais. Enfn,
au travail harassant de la pêche, venait toujours s’ajouter celui du
remorquage des carcasses vers le lieu de dépeçage.
En pleine mer, le travail le plus pénible ne relevait pas
forcement des diférents épisodes de la pêche, mais du désengagement
du navire lorsqu’il était emprisonné par la glace. Cete glace devait
alors être découpée à l’aide de longues scies, dans l’espoir d’ouvrir
un chenal vers l’eau libre. Et ce travail devait être exécuté le plus
rapidement possible, car, sous le vent et les températures extrêmes,
la glace avait la fâcheuse tendance de se reformer avec une vitesse
déconcertante et de refermer son implacable étau autour du navire.
Une fois le navire désengagé et si le vent n’était pas au rendez-vous,
les hommes dans leurs baleinières devaient le remorquer à la rame,
pendant des heures et même des jours, parfois le haler à l’instar des
ânes sur les berges d’un canal.
Bien sûr, ce travail avait sa raison d’être, et l’importance des
gages savait faire oublier toutes les soufrances. Mais, parfois, une
mauvaise saison pouvait tout remetre en question, avec l’angoisse
de ne même pas pouvoir satisfaire aux besoins de la famille, ou
même, tout simplement de sa faim.
Les baleinières – on parlait plutôt de chaloupes – utilisées
dans les mers du Nord étaient généralement plus grandes que
11AVANT-PROPOScelles employées par les Américains dans la chasse au cachalot.
Elles mesuraient 26 à 28 pieds de longueur pour un bau approchant
6 pieds , et n’étaient pas systématiquement eflées à leurs deux
extrémités. Elles emportaient souvent sept hommes, un patron, un
harponneur et cinq canotiers.
Quant aux navires, ils ne diféraient pas sensiblement de ceux
employés au commerce, si ce n’est que leurs étraves et leurs couples
étaient netement renforcés. Plus tard, en dehors de l’utilisation de
la machine à vapeur, des coques en fer, et des canons
lance-harepons, la grande nouveauté du XIX siècle, sera l’instauration du
fameux «nid de pie». Cete nouveauté inaugurée par Scoresby se
montrera bien vite indispensable. C’était une espèce de tonneau
fait de lates de bois retenues par des cercles également de bois.
On le recouvrait le plus souvent de toile à voile, parfois de peaux
de phoque. Il était juste assez grand pour permetre à un homme
de s’y tenir assis sur une petite planche. Une sorte de pare-brise
amovible le protégeait du vent et on y pénétrait par une petite
trappe établie dans son fond. Les vigies qui les occupaient, pendant
parfois huit ou dix heures consécutives, proftaient ainsi de condi -
tions netement plus supportables que lorsqu’ils devaient se conten -
ter d’un bout de toile enroulé autour de leurs jambes.
Cet ouvrage, consacré aux baleines franches, est divisé en
deux parties :
‒ La première, qui aborde le domaine de la pure cétologie,
dans laquelle nous préciserons les grandes lignes relatives aux
spécifcités de ces animaux. Nous tenterons de faire le point sur
leurs origines et nous donnerons une description des espèces
dont la position dans la nomenclature est encore loin d’avoir fait
l’unanimité.
‒ La seconde nous retrace, de façon chronologique, et nation
par nation, les principaux événements qui ont marqué l’histoire de
leur pêche.
On pourra nous reprocher d’avoir omis l’histoire de la pêche
arctique par les Scandinaves, les Allemands, ou les Russes, mais
la pauvreté de ma documentation alliée à une totale ignorance de
leurs langues se sont montrées un obstacle insurmontable.
Terminons cet avant-propos en soulignant l’extrême diversité
de l’orthographe des noms propres aussi bien que la dénomination
déroutante des lieux, qui rend parfois leur localisation précise
difcile sur une carte, car ils sont le plus souvent d’origine hollan -
daise danoise ou anglaise. Le Spitsberg, par exemple, si souvent
mentionné, peut être écrit Spitsberg (avec un «S») ou Spitberg (avec
un «Z»). Nous avons opté pour la première version, celle que son
découvreur, le hollandais Barents, avait utilisée.
12 LES BALEINES FRANCHESCétologieOr igine de s ba leines fr anches
Tous les cétacés présentent des caractéristiques qui sont liées
à leur lente adaptation à une vie totalement aquatique, créatrice de
grosses modifcations morphologiques. Citons leur aspect hydrody -
namique avec la disparition des membres inférieurs et d’un
revêtement pileux, l’apparition d’une nageoire caudale horizontale, et le
« télescopage » de certains os du crâne qui a permis la migration des
narines vers le sommet de la tête afn de faciliter la respiration, lors
de la nage en surface. Ce n’en sont pas moins de véritables
mammifères qui ont le sang chaud et qui metent au monde des petits,
nourris au lait maternel.
Vues dorsales
des crânes d’un
archaeocète (a),
d’un mysticète (b),
et d’un odontocète (c).
l es archaeocètes ne
présentent aucun
signe de télescopage.
c hez les mysticètes,
l’occipital a migré vers
le haut, recouvrant le
frontal et le pariétal
au dessus de la boîte De nos jours, il est difcile d’admetre que nous n’ayons jamais
crânienne. c hez entendu parler de la théorie de l’évolution des espèces, révélée
les odontocètes,
par Darwin. Mais, pour le non-initié, il reste encore un monde à
le maxillaire et le
franchir avant de pouvoir assimiler le mécanisme qui a permis à prémaxillaire ont été
«télescopés» au dessus un petit mammifère terrestre à quatre pates qui vivait sur notre
des frontaux et des planète il y a plus de 50 millions d’années, de se transformer en
pariétaux.
d’énormes animaux qui passent la totalité de leurs vies dans le MX : maxillaires.
n : nasal. milieu marin.
PM : prémaxillaire. Pour le paléontologiste, le présent est la clé du passé. William
e xtrait de r us h oelzel
Henry Flower a été le premier à suggérer la relation possible entre dans Marine mammal
biology. les cétacés actuels et les artiodactyles, une très ancienne famille
15Origine des baleines franches mammalienne considérée comme faisant partie des ongulés
primitifs qui vivaient au Paléogène. Après Flower, Leigh van Valen a
afné cete liaison en signalant certaines analogies entre les cétacés
et les mésonychoïdes, et plus spécialement avec les condilarthres,
des animaux complètement disparus aujourd’hui qui étaient
indiscutablement des ongulés primitifs, porteurs de sabots. Par exemple,
une analyse du crâne de Pachyaena, ce mésonychoïde prédateur
disparu il y a plusieurs dizaines de millions d’années, suggère
que cet animal devait présenter de grandes ressemblances avec les
tapirs, les suidés actuels (les porcs), et les capybaras qui sont, du
reste, d’excellents nageurs.
Au cours de ces trente dernières années, des travaux basés sur
les structures moléculaires de nombreux fossiles, ont permis de
donner une certaine cohésion au groupe des cétacés primitifs que
les systématiciens ont réuni dans le sous-ordre des archaéocètes.
Mais un gros travail est encore à faire. Signalons que Thewissen, en
1998, s’est profondément investi dans cete restructuration.
La taille de ces archaeocètes variait de celle d’un renard pour
ateindre une quinzaine de mètres de longueur chez Basilosaurus.
Ces animaux sont actuellement répartis par les
cétopaléontologues, ces spécialistes des formes anciennes de cétacés, dans cinq
familles : les Pakicetidae, les Ambulocetidae, les Remingtoncetidae, les
Protocetidae et les Basilosaurocetidae.
Pakicétidés
L’espèce type de cete famille, et aussi la plus ancienne, est
Pakicetus inachus, qui vivait il y a 55 millions d’années. Les restes
fossilisés de son crâne, retrouvés dans les dépôts sédimentaires de
la mer Tethys situés au Pakistan, ne difèrent guère de la structure
propre à celles des mammifères terrestres et ne présentent aucun
signe de télescopage. Seule, une bulle tympanique modifée devait
permetre à cet animal d’entendre lorsqu’il se trouvait en immer -
sion. Sa morphologie était proche de celle de nos loutres actuelles.
Ne dépassant pas 2 ou 3 mètres de longueur, il se déplaçait sur ses
quatre pates et ne buvait sans doute que de l’eau douce.
a mbulocétidés
L’énigmatique Ambulocetus natans possédait encore des
membres inférieurs qui jouaient certainement un rôle important
lors de sa nage. Son corps présentait déjà certaines caractéristiques
propres aux animaux dont l’habitat est purement aquatique.
r emingtoncétidés
Les fossiles de cete famille proviennent de sédiments datant
du milieu de l’Éocène. Ils suggèrent que ses représentants devaient
16 LES BALEINES FRANCHES Cétologievivre dans un environnement à type de mangrove. Leurs
maxillaires portaient des dents de petite taille.
Protocétidés
Protocetus qui vivait, il y a 50 millions d’années dans l’Éocène
égyptien, ne nous est connu que par son crâne. Il possédait un
rostre eflé, des narines peu reculées, et une dentition qui fait
penser à celle des condilarthres. Eocetus et Georgiacetus, apparus sur
notre planète un peu plus tardivement, présentaient des
caractéristiques dentaires intermédiaires entre celles des Protocétidés les
plus anciens et celles des Basilosauridés.
basilosaurocétidés
Basilosaurus est le plus récent, le plus grand, et aussi le mieux
connu de tous les archaéocètes. Il vivait entre 45 et 38 millions
d’années avant notre ère.
Son crâne présentait une certaine forme d’hétérodontie
(incisives et molaires diférenciées), avec des dents aux bords dentelés.
Enfn ses sinus étaient élargis et son orifce nasal se situait encore
près du museau. Ses vertèbres étaient dépourvues de ces apophyses
massives qui rigidifent la colonne vertébrale des baleines actuelles.
Il devait vivre dans des eaux côtières chaudes et peu profondes.
Il avait sans doute perdu tous ses poils et l’usage de ses membres
inférieurs, mais peut être, était-il encore capable de se hisser à l’aide
de ses pates avant sur les plages, pour se reproduire.
Les Basilosaures ont normalement évolué vers des formes plus
récentes, notamment vers les Dorutontidés, qui avaient l’aspect de
nos dauphins et qui ont complètement disparus à la fn de l’Éocène,
on ne sait pourquoi, ni de quelle façon. On a accusé de grosses
modifcations écologiques, engendrées par les convulsions géologiques
de l’époque, d’être à l’origine de leur extinction. C’est, de toute façon,
à ce moment que sont apparus deux groupes de cétacés encore très
primitifs, mais bien distincts : le premier qui possédait des dents (les
odotoncètes), et le second, des fanons (les mysticètes). Les choses sont
en réalité un peu plus compliquées que ce schéma réducteur, car les
fanons propres aux mysticètes sont composés de kératine, matière
qui se décompose avec le temps et qui donc, ne se fossilise pas. C’est,
du reste, un problème récurrent dans l’étude de la dentition des
crânes archaïques et de la systématique des espèces disparues.
Puisque cet ouvrage se cantonne aux seules baleines franches,
nous ne nous intéresserons qu’à l’évolution de leurs ancêtres
éventuels et de leurs formes fossiles, qui a coïncidée avec une
explosion du nombre des espèces, survenue au milieu du Miocène.
Multiplication qui complique encore un peu plus la fliation des
espèces qui vivaient à cete époque.
17Origine des baleines franches Protocétidés a b
Les systématiciens distinguent actuellement trois familles de a. Vue dorsale d’un
crâne de basilosaurus. mysticètes primitifs qui semblent avoir des origines totalement
difd ’après Yablokov.
férentes les unes des autres, mais qui toutes ont montré une forme
d’évolution progressive avec la disparition des dents et l’apparition
de fanons. Ces trois familles sont les Llanocetidae, les Aetiocetidae et
les Cétotheridae, mais soulignons qu’aucun de leurs fossiles ne peut b. Vue dorsale d’un
crâne de cétothéridé.se prévaloir de posséder un ancêtre commun.
d ’après Yablokov
l lanocétidés
Cete première famille a pour type Llanocetus denticrenatus,
dont un crâne long de 2 mètres à été découvert en 1989 dans
l’Antarctique, dans l’île Seymour. L’une de ses principales
caractéristique était de posséder des dents largement espacées. Remarquons
que Mammalodon colliveri, un autre représentant de cete famille,
qui vivait il y a 24 millions d’années dans les eaux recouvrant
l’actuelle région de Victoria, en Australie, possédait une dentition
peu diférente de celle des archaéocètes les plus primitifs. Ses dents
étaient garnies de pointes saillantes, disposées en quinconce, qui
formaient une espèce de tamis, capable de fltrer la nourriture
contenue dans les sédiments des fonds sous-marins qu’il fouillait à
l’instar des baleines grises.
a etiocétidés
Aetiocetus cotylaveus et Aetiocetus polydentatus sont les espèces
typiques de cete deuxième famille de mysticètes archaïques dont
le passage sur notre planète a été très bref. Aetiocetus polydentatus
18 LES BALEINES FRANCHES Cétologiepossédait de nombreuses dents (on parle de polyodontie), alors
que d’autres espèces plus récentes ne montraient que des ébauches
dentaires et encore uniquement dans leur stade fœtal.
c étothéridés
Les cétothéridés comprennent une soixantaine d’espèces très
diférentes les unes des autres, réparties dans une trentaine de
genres.
Cetotheriopsis lintianus découvert en Autriche, et Mauicetus
lophocephalus en Nouvelle-Zélande, toutes deux disparues il y a 3
millions d’années, étaient les premières espèces, bien qu’encore
très primitives, à ne posséder que des fanons. Elles ont fait leur
apparition il y a 30 millions d’années. L’étude de la chronologie
des sédiments portant sur 10 millions d’années, dans lesquels on a
trouvé leurs fossiles, montre que la naissance, relativement rapide
de certaines diférences, s’est efectuée dans de nombreuses lignées,
réalisant alors la transition vers les formes modernes des
baleinoptéridés (les rorquals) et des baleinidés (les baleines franches).
Les plus récentes seraient apparues il y a 22 millions d’années avec
l’émergence, à la fn du Miocène, du petit Morenocetus parvus. Mais
s queletes de trois leurs ancêtres possibles nous sont inconnus et, comme le fait
remartypes actuels de quer Fordyce, « l’hiatus de 10 à 12 millions d’années qui sépare
cétacés : d’un rorqual
Morenocetus des baleines franches évoluées ne cesse pas d’intriguer
(en haut), d’une
les paléontologues. » baleine franche
(au milieu), et d’un
cachalot (en bas).
19Origine des baleines franches c étothéridés On admet toutefois que les cetothéridés, disparus au début
du Pliocène, représentent la famille la plus récente, donc la plus
évoluée des mysticètes archaïques. Leur taille variait de 2,5 à une
dizaine de mètres, et leurs restes fossilisés ont été découverts dans
de nombreuses régions du globe. Leurs vertèbres cervicales étaient
libres, leurs crânes présentaient des signes nets de télescopage,
leurs mandibules étaient étroites et n’étaient pas garnies de dents.
Les représetants de cete famille archaïque ont été répartis en
plusieurs genres : Aglaocetus, Cophocetus, Mesocetus, Mixocetus... On
pense qu’ils devaient être très nombreux. Certaines espèces parmi
les plus récentes sont considérées comme les ancêtres les plus
plausibles de nos baleines franches actuelles.Ta X in OMie d es b aleines f r anches
c lasse : Mammalia
Ordre : c etacea
Mammifères marins totalement adaptés au milieu aquatique.
Ils sont classés en deux sous-ordres : les Odontocètes, cétacés
possédant des dents, et les Mysticètes, des fanons.
s ous-Ordre : Mysticeti
Baleines dont le maxillaire supérieur est muni de fanons.
Classiquement – il n’y a pas encore si longtemps – on ne
reconnaissait que deux familles dans ce sous-ordre : les Balaenopteridae
ou rorquals, et les Balaenidae ou baleines franches.
f amilles
Récemment, certains spécialistes ont modifé leur concep -
tion de l’ancienne et grande famille des Baleinidés, en y retirant
un groupe d’animaux jugés trop petits pour en faire partie. Il
s’agissait des baleines franches pygmées qui furent classées dans
le genre Caperea, pour lequel on a créé une nouvelle famille, les
Neobalaenidae.
Puis, ayant reconnu des diférences morphologiques évidentes
entre deux grands types de baleines franches ‒ qui auparavant
constituaient à elles seules le sous-ordre des Baleinidés ‒ les
systématiciens les ont incorporées au sein de deux familles bien déf -
nies : les Eubalaenidae qui avaient pour type Eubalaena glacialis, et les
Balaenidae pour Balaena mysticetus.
Les baleines franches comprennent donc trois familles :
‒ Les Balaenidae qui ne comprennent qu’un seul genre : Balaena.
‒ Les Eubalaenidae, également monogénériques : pour Eubalaena.
‒ Les Neobalaenidae, dédiées à l’unique genre Caperea.
21Ta Xin OMie des baleines franches c lasse : Mammalia g enres
‒ Balaena. Linné, 1758. Syst. Nat. ed 10.
1777 - Balena. Scopoli. Int. ad Historium Naturalem.
‒ Eubalaena. Gray, 1864. Proc. Zool. Soc. London.
1849 - Leiobalaena. Eschricht. K. Danske Viden. Selk. Skrift Nat.
1864 - Hunterus. Gray. Ann. Mag. Nat. Hist.
1866 - Hunterius. Gray. Cat. Seals and whales Brit. Mus.
1873 - Macleayanus. Marshall. Nomen. Zool. Mamm.
1873 - Halibalaena. Gray. Proc. Zool. Soc. London.
‒ Caperea. Gray, 1846.
espèces
Eubalaena glacialis
1776 - Balaena glacialis. Müller. Zool. Danicae prodr.
1788 - Balaena islandica. Gmelin. Syst. Nat.
1792 - Balaena mysticetus islandica. Kerr. Animal kingdom.
1804 - Balaena nordcaper. Lacépède. Hist. Nat. Cétacées. (sic).
1818 - Balaena japonica. Lacépède. Mem. Mus. Hist. Nat. Paris.
1818 - Balaena lunulata. Lacépède. Mem.Mus. Hist. Nat. Paris.
1822 - Balaena australis. Desmoulin. Dict. Class. Hist. Nat.
1825 - Balaena kuliomoch. Chamisso. Nova Acta Acad. Ces.
Leopold. Caroliae.
1828 - Balaena antarctica. Lesson. Compl. œuvres de Bufon.
1840 - Balaena antarctica. Temminck. Fauna japonica.
1841- Balaenoptera antarctica. Temminck. Fauna japonica.
1841 - Balaena mysticetus antarctica. Schlegel. Abh. aus dem
Gebiete der Zool.
1843 - Balaena antipodum. Gray. Diefenbach travels in
New-Zealand.
1860 - Balaena biscayensis. Eschricht. Rev. Mag. Zool. Paris.
1864 - Balaena Sieboldii. Gray. Ann. Mag. Nat. Hist.
1864 - Eubalaena australis. Gray. Proc. Zool. Soc. London.
1864 - Macleayius australiensis. Gray. Proc..Zool. Soc. London.
1864 - Hunterus Temminckii. Gray. Ann. Mag. Hist. Nat.
1865 - Balaena cisarctica. Cope. Pro. Acad. Nat. Sci. Philadelphia.
1865 - Balaena aleoutiensis. Van Beneden. Bull. Acad. Roy.
Bruxelles.
1866 - Eubalaena capensis. Gray. Cat. seals and whales Brit. Mus.
1867 - Hunterius svedenborgii. Lilljeborg. Nova Acta Reg. Soc.
Upsala.
1868 - Eubalaena Sieboldii. Gray. Synop. whales and dolphins Brit.
Mus.
1870 - Macleayius britanicus. Gray. Ann. Mag. Hist. Nat.
22 LES BALEINES FRANCHES Cétologie1870 - Balaena cullamach. Cope. Proc. Acad. Nat. Sci. Philadelphia.
1871 - Balaena eubalaena. Gray. Suppl. Cat. Seals and whales.
1873 - Balaena Van Benediana. Capellini. Mem. Acad. Sci. Inst.
Bologna.
1874 - Balaena hectori. Gray. Ann.Mag. Hist. Nat.
1877 - Balaena tarentina. Capellini. Mem. Acad. Sci. Inst. Bologna.
1881 - Balaena Van Benedeniana. Fischer. Act. Soc. Linn. Bordeaux.
1885 - Balaena australis. Flower. List. Cet. Brit. Mus.
1890 - Balaena euskariensis. Real. Mem. San Sebastian.
1900 - Balaena cullamacha. Beddard. Book of whales.
1900 - Balaena alutiensis. Beddard. Book of whales.
1903 - Balaena glacialis. Lahille. Bol. Centro Naval.
1940 - Eubalaena glacialis. Kellog. Nat. Géo. Mag.
1955 - Eubalaena glacialis glacialis. Tomilin. Mamm. of East. Eur.
and nort Asia.
1958 - Eubalaena glacialis. Omura. Sci. Rep. Whale Res. Inst.
1958 - Eubalaena glacialis japonica. Imaizumi. Nat. Sci. and Mus.
Tokyo.
1963 - Balaena glacialis australis. Schefer and Rice. U.S. Fish Sci.
Rep.
n oms communs :
- Français : Baleine de Biscaye ou des Basques. Baleine des Sardes
ou Sarde. Grande baleine franche. Baleine de grande baie. Baleine
d’Islande. Baleine noire.
- Allemand : Nordcaper. Nordkaper. Nordweswal. Japanval.
- Anglais : Atlantic right whale. Biscayan right whale. Black right
whale. Southern right whale. Great right whale.
- Basque : Sardaco-baleac. Sarda.
- Danois : Biscayrhval. Noordcaper. Svarthval.
- Espagnol : Ballena franca.
- Esquimau des Aléoutiennes : Cullamach. Kuliomoch.
- Hollandais : Noordkaper.
- Islandais : Nordvalur. Sletbacur. Sletbag. Hauswhal.
- Italien : Balena nera.
- Japonais : Ko-kujira. Sebi-kujira.
- Norvégien : Liljehval. Lille-hval. Id. Sildual. Sletbag.Sletbak.
- Portugais : Baleia basca. Baleia franca.
- Russe : Biskaiskit kit. Iaponskii kit. Iuzhnyi kit. Nastoïachtchii kit.
- Suédois : Ishafs hvalfsk. Nordcapare.
- Tchèque : Veloryba biskejska.
Balaena mysticetus
1758 - Balaena mysticetus. Linnaeus. Syst. Nat.
1792 - Balaena mysticetus groenlandica. Kerr. Animal Kingdom.
1828 - Balaena borealis. Lesson. Oeuvres Compl. de Bufon.
23Ta Xin OMie des baleines franches n oms communs 1838 - Balaena mysticetus borealis. Knox. Cat. of anat. Pre. illust of
the whale.
1841 - Balaena mysticetus arctica. Schlegel. Abhand. aus dem
Gebiete der Zool. Leiden.
1866 - Balaena mysticetus angulata. Gray. Cat. seals and whales
Brit. Mus.
1874 - Balaena mysticetus Roysii. Dall. in Scammon : Mar.
Mammals.
1883 - Balaena mysticetus pitlekajensis Malm. Bihang. K.
SvenskaVet. Akad.Hand.
n oms communs
- Français : Baleine du Groenland. Baleine franche du Groenland.
- Allemand : Bogenkopf. Grönlandswal. Nordwal. Polarwal.
- Anglais : Bowhead. Arctic right whale. Great polar whale.
Greenland right whale.
- Danois : Bartfsch. Grönlandhval. Sandhval. Sildqval.
- Espagnol : Ballena franca.
- Esquimau de l’Alaska : Agkhovik.
- Esquimau du Groenland : Akbek. A Kulemaamiak.
Uogamachkachrbeck.
- Esquimau de la péninsule Chukotski : Akhgvopik.
- Esquimau des Aléoutiennes : Kuliamak. Kulema. Kuliomoch.
- Hollandais : Groenlandse Walvis. Grenlanse walvisch.
- Islandais : Groênlandshvalur. Nordwal. Nordvalur. Sletbacur.
Sleybag. Vatuushalar.
- Italien : Balena de Groenlandia.
- Japonais : Hokkyoku kujira. Serbio.
- Leton  : Walzius.
- Polonais : Wierloryb grenlandski.
- Portugais : Baleia groenlandica.
- Russe : Kairalic. Ingotok. Poliarskyi kit. Grenlandskyi kit.
- Suédois : Grönlandsval. Hvalfsk. Nordval. Rätval.
- Tchèque : Veloryba gronska.
Caperea marginata
n oms communs :
- Français : Baleine franche pygmée.
- Allemand : Zwetgglatw.
- Anglais : Pigmy right whale
- Espagnol : Balena franca.
- Italien : Balena pigmeia.
- Japonais : Kosemi kujira.
- Portugais : Baleia pygmeia.
- Russe : Gladkii kit.
24 LES BALEINES FRANCHES Cétologier eprésentation Déjà dans l’Antiquité, Pline l’Ancien, dans son Historia
des trois genres de Naturalis, avait parfaitement su faire la diférence entre la pacifque
baleines franches avec
baleine qui possédait de longs fanons, et le féroce Physeter d’Aris-une vue dorsale de
leurs crânes. tote (le cachalot), qui était muni de très grosses dents.
d e haut en bas : En 1758, Linné, concepteur du système binominal, créait le
balaena mysticetus, genre Balaena avec Balaena mysticetus pour type. Mais, il faisait alors
eubalaena glacialis et
une grossière erreur, en considérant que son nouveau genre ne c aperea marginata.
contenait qu’une seule espèce.l es dimensions
originales des crânes En 1776, un naturaliste allemand, O. S. Müller, réalisait que
sont respectivement
Balaena mysticetus de Linné, présentait de grosses diférences avec
de 1,97 m, 3,27 m
une autre baleine bien connue des Basques, mais aussi de ses com-et 1,47 m. n oter les
diférences du bouclier patriotes qui la nommaient nordcaper. Il la décrivait alors sous le
occipital. nom de Balaena glacialis. Signalons toutefois que le crédit de la
dese xtrait de Marine cription originale de cete espèce a été souvent atribué à un autre
Mammals, de berta. Allemand, Georg Borowski, dont le travail ne sera publié que cinq
ans après celui de Müller. Les deux espèces montraient de telles
diférences dans leurs morphologies, que le monde scientifque les
acceptèrent, sans aucune contestation. Mais elles étaient toujours
considérées comme faisant partie intégrante du genre Balaena.
Or, à peu près un siècle plus tard, en 1864, un Anglais, John
Edward Gray, du British Museum, «pulvérisateur» obsessionnel
des genres et des espèces, déclarait que si Balaena mysticetus de
Linné était bien l’espèce type du genre, Balaena glacialis de Müller
présentait sufsamment de singularités pour représenter l’espèce
type d’un nouveau genre, qu’il nommait Eubalaena. On le verra
même alourdir la nomenclature avec des synonymes génériques
inutiles et vite oubliés, tels Hunterus ou Halibalaena.
25Ta Xin OMie des baleines franches n oms communs Notons que ces dernières dénominations génériques ont été
ignorées jusqu’au jour où, en 1908, J. A. Allen, un Américain, remit
à la mode le genre Eubalaena. Et, sans que l’on sache pourquoi,
cete façon de voir les choses se généralisa, et fut reconnue comme
parfaitement valable.
Citons encore en 1864, la création d’un nouveau synonyme,
toujours sous la plume de J. E. Gray, pour Balaena glacialis : Balaena
sieboldii, en l’honneur de Karl von Siebold, professeur de zoologie
à Munich. Gray, dont l’imagination était presque aussi féconde que
celle de Lacépède, ne devait pas s’arrêter de publier, alourdissant
encore la synonymie avec Balaena antipodum, Temminckii, capensis,
britanicus, hectorii ...
Ce n’est qu’en 1998, que D. Rice, dans sa systématique des
mammifères marins, reviendra à une conception plus simple et
rationnelle, en faisant remarquer que les diférences entre les
deux espèces, rangées respectivement dans les genres Balaena et
Eubalaena, étaient bien plus faibles que celles que l’on rencontre, par
exemple, à l’intérieur du genre Balaenoptera, les rorquals, dont la
cohésion n’a jamais été contestée.
Il n’en est pas moins vrai, qu’actuellement, toutes les
publications scientifques font référence au genre Eubalaena, consacré
depuis 2000 à la suite des travaux de Rosenbaum et de ses
collaborateurs, qui ont ouvert la porte à la systématique moléculaire
appliquée aux cétacés. L’I.W.C., l’International Whaling Commission,
(la Commission baleinière internationale), validera du reste ce
genre, reconnaissant ses critères diférentiels, tant morphologiques
(présence de callosités, taille des fanons) que génétiques (ADN
mitochondrial). Nous reconnaîtrons donc volontiers la validité du
genre Eubalaena qui a pour type la baleine de Biscaye, et du genre
Balaena, consacré à la baleine du Groenland.
Par contre, nous serons beaucoup plus circonspects en ce qui
concerne la fragmentation ‒ toujours soutenue par Rosenbaum ‒ en
trois espèces du genre Eubalaena, élevant à la notion d’espèce un
groupe d’animaux qui ne vit que dans l’hémisphère Sud. Opinion
acceptée toutefois par l’I.W.C., qui a validé la nouvelle espèce sous
le nom d’Eubalaena australis, ne faisant en cela que compliquer une
approche de la nomenclature des baleines franches déjà
particulièrement confuse.
C’est ainsi que nous entrons dans le grand domaine, non
encore résolu, de la défnition de l’espèce biologique, fondée
initialement sur des critères d’interfécondité et d’isolement
géographique. Critères qui ont évidemment considérablement évolués
depuis Linné.
Il est certain que l’étude moléculaire de l’ADN permet de
metre en évidence des ressemblances (ou des diférences), non
26 LES BALEINES FRANCHES Cétologievisibles au niveau du phénotype. Il est également normal
d’admetre qu’au sein d’une même espèce un groupe d’individus qui
se trouve isolé, qu’elles qu’en soient les raisons, puisse à la longue
modifer et fxer certaines de ses caractéristiques, au point de
mériter une nouvelle spécifcation. Mais doit-on alors parler d’une
espèce ou d’une simple sous-espèce ? Les scientifques n’ont pas
encore établi un véritable consensus sur ce sujet.
eRemarquons qu’au XIX siècle, une polémique s’était déjà
ouverte au sujet de la validité d’une espèce créée par Antoine
Desmoulin, du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, lorsqu’il
entra en possession du squelete d’une baleine franche capturée en
Afrique du Sud. Bien qu’il n’eût à sa disposition aucun moyen de
comparer cete nouvelle acquisition à un exemplaire provenant de
l’hémisphère Nord, il créait en 1822, une nouvelle espèce, Balaena
australis, en se référant à son origine australe. Son squelete complet
avec ses fanons, trône actuellement en bonne place dans la grande
galerie du Muséum de Paris. Or, pratiquement rien ne le diféren -
cie des autres squeletes qui ont été préparés pour d’autres salles
d’anatomie, si ce n’est de minimes diférences osseuses au niveau
de la région sus-orbitale du crâne. Par ailleurs, la morphologie des
individus habitant les deux hémisphères est strictement identique.
Seule serait à prendre en compte la non-miscibilité de sujets qui ne
peuvent se rencontrer puisqu’ils ne peuvent pas franchir la barrière
des eaux chaudes équatoriales. Critère qui, à notre avis, ne devrait
pas sufre pour mériter la création d’une nouvelle espèce, mais qui
pourrait, cependant, être remis en question, du fait de l’avènement
de l’incontournable science moléculaire.
Faisons un retour sur Balaena glacialis et plus précisément sur
son stock de l’hémisphère Nord. Se basant sur une évidente
ségrégation de deux populations, l’une atlantique et l’autre pacifque, de
nombreux cétologistes ont jugé bon de les identifer sous la forme
de deux espèces. Ils ne faisaient alors que reprendre la
nomenclature établie par Bernard Germain Étienne de La Ville, mieux connu
sous le nom de comte de Lacépède, qui en 1818, avait décrit Balaena
japonica, à partir de la couleur du revêtement cutané d’une baleine
qui lui avait fourni par un aquarelliste japonais.
Ce binome est actuellement actualisé en Eubalaena japonica, la
baleine franche du Japon, par la quasi totalité des systématiciens
qui s’appuient sur deux critères : la biologie moléculaire et l’habitat
dans un bassin océanique qui lui est propre.
L’I.W.C. a ofciellement reconnu comme valables les deux
espèces de baleines franches de l’hémisphère Nord, sous les noms
d’Eubalaena glacialis et d’Eubalaena japonica. Cherchant à améliorer
encore la précision de la nomenclature, cete organisation recon -
naissait la spécifcité d’une troisième espèce, Eubalaena australis, la
27Ta Xin OMie des baleines franches n oms communs baleine franche australe, essentiellement individualisée par son
habitat exclusif dans les eaux de l’hémisphère Sud.
La taxinomie des baleines franches a toujours fait l’objet de
controverses. Elles ne sont pas terminées. D’autant plus que la
fragmentation de la calote glaciaire, due au réchaufement climatique,
risque, à plus ou moins long terme, de modifer la répartition dans
la masse océane des diférentes populations de l’hémisphère Nord,
actuellement encore bien établies.
Nous préférons considérer les trois espèces ofcialisées du
genre Eubalaena que comme de simples sous-espèces :
‒ Eubalaena glacialis glacialis
‒ Eubalaena glacialis japonica
‒ Eubalaena glacialis australis baleine d es b asqu es
eubalaena glacialis, Muller. 1776
Baleine de Biscaye, Baleine franche noire
Grosse baleine ateignant 15 à 18 mètres de longueur.
Dimorphisme sexuel assez important : les femelles, plus grandes,
peuvent ateindre un poids de 90 tonnes, alors que les mâles pèsent
en moyenne 50 à 55 tonnes. Les sujets de l’hémisphère Sud sont
légèrement plus petits que ceux de l’hémisphère Nord.
Aspect massif du corps, cylindrique, depuis l’œil jusqu’au
milieu du dos, donné par une couverture de lard d’une quarantaine
Vue dorsale d’un
sujet montrant la
localisation des
callosités.
d ’après c ollet, tiré
de The book of Whales
de r ichard e llis.
29b aleine des b as ques eubalaena glacialis, Muller. 1776 a b
de centimètres d’épaisseur, sans constriction visible au niveau de a. Vue latérale du
crâne de balaena la région cervicale. Comparée à un rorqual ou à un cachalot, de la
glacialis.
même taille, Eubalaena glacialis paraît, dans son ensemble, beaucoup
plus globuleuse. Tiré de Whales of the
World. l yall Watson.Peau de couleur noire ou gris très foncé, avec parfois des
nuances bleutées ou brunes, plus claires chez les jeunes. Coloration
étant, du reste, à l’origine de son nom commun anglais de black b. Vue dorsale du
crâne. e xtrait de The right whale, c’est-à-dire de baleine franche noire. Présence sur de
book of Whales, de
nombreux sujets de plages blanches, irrégulières, au niveau de r ichard e llis.
l’abdomen, alors que cete tache s’étend, une fois sur cinq environ,
depuis la gorge jusqu’à la région ombilicale. De très rares
spécimens complètement blancs ont été signalés dans l’hémisphère
austral.
Tête énorme, représentant à peu près le quart de la longueur
totale de l’animal.
Rostre étroit, dont la longueur et la concavité augmentent avec
l’âge, recouvert par la gencive dans laquelle s’implantent les fanons.
La mandibule porte une lèvre très haute, véritable lippe, dont
la portion supérieure s’emboîte parfaitement dans la concavité du
maxillaire supérieur.
Présence sur l’extrémité antéro-supérieure de la tête de
callosités très particulières : formations cornées de couleur jaunâtre,
constellées, chez les adultes, de bernacles et d’autres parasites. Ces
callosités se retrouvent autour des yeux, à l’extrémité du maxillaire
inférieur, et autour de l’évent. On note toujours, entre-elles, la
présence de vibrisses.
Fanons relativement étroits (30 cm au niveau de leur base
d’implantation), pouvant ateindre, au milieu du maxillaire, 2,4
mètres de longueur. Leur nombre est de 206 à 268 de chaque côté.
30 LES BALEINES FRANCHES CétologieIl est de 229, en moyenne, dans la population du Nord
s quelete d’ eubalaena Pacifque. Leur couleur, parfois jaunâtre, varie du gris-foncé au noir.
glacialis montrant Langue, particulièrement volumineuse, de couleur gris bleuté.
l’importance de la
Absence de sillons ventraux et d’aileron dorsal.tête, la disparition des
Nageoires pectorales grandes, massives et larges, de forme membres inférieurs,
la transformation des variable.
membres supérieurs
Nageoire caudale très large, de couleur uniformément noire,
en nageoires, et
pouvant ateindre une envergure de 7,50 mètres chez les plus les vestiges des os
pelviens grands spécimens. Elle est dans son ensemble concave dans sa
partie postérieure et ses deux lobes, aux extrémités pointues, sont
séparés par une profonde encoche. Son bord postérieur est parfois
échancré par des morsures de prédateurs, des orques en général.
Vertèbres cervicales au nombre de 7, comme chez tous les
mammifères, réunies en une seule et même masse, comprimée
longitudinalement, interdisant toute mobilité à cete région.
On dénombre 14-15 vertèbres dorsales, 10-12 lombaires et 26 ou
27 caudales, soit un total de 56 à 58 vertèbres. Les os dits à chevrons
ne se retrouvent qu’au niveau des douzièmes et treizièmes
vertèbres caudales.
Chaque vertèbre présente une apparence très massive avec des
épiphyses plus ou moins fusionnées entre elles.
Les épiphyses transverses et spinales possèdent de gros
tubercules à leurs extrémités.
Des quatorze côtes, les centrales sont les plus développées et
peuvent ateindre une longueur de 2,10 mètres, la dernière étant la
plus courte. Certains auteurs font varier leur nombre de 13 à 15, du
moins chez les sujets du Nord-Pacifque,
Le sternum mesure 50 centimètres de longueur, pour 35 à
38 centimètres de largeur.
Les phalanges des cinq doigts sont ainsi distribuées :
I (3), II (5), III (6), IV (4-5), V (4).
On retrouve toujours des vestiges d’os pelviens qui, selon
Hosokaw, présentent un dimorphisme sexuel : 45 centimètres de
longueur sur 7,5 de largeur chez les mâles, 20 centimètres sur 6 à 7
de large chez les femelles. On rencontre également un fémur
dégénéré, bien individualisé, de structure spongieuse.
31b aleine des b as ques eubalaena glacialis, Muller. 1776 Pas de cœcum, au niveau intestinal.
Pénis de 3 mètres de longueur.
Si quelques cétologues, Omura en particulier, ont toujours
considéré la baleine de Biscaye comme une espèce à part entière, la
quasi-totalité des scientifques, se basant sur des critères molécu -
laires et de distribution géographique, reconnaissent que certaines
diférences intrinsèques permetent de la diviser en trois espèces
distinctes.
Nous avons donné notre opinion sur cete pulvérisation des
genres et des espèces dans le chapitre consacré à la taxinomie.
Mais, comme il existe indiscutablement une population australe
et une population nordique, elle même composée de deux stocks,
de très nombreux systématiciens ont admis leur séparation en
trois espèces que nous préférons considérer comme de simples
sous-espèces :
‒ Eubalaena (Balaena) glacialis glacialis. Muller, 1776.
– Eubalaena (Balaena) glacialis japonica. Lacépède, 1818.
– Eubalaena (Balaena) glacialis australis. Desmoulins, 1822.
eubalaena glacialis glacialis / eubalena glacialis
C’est la North Atlantic right whale des anglophones, notre
baleine franche de l’Atlantique Nord. Appellation sans doute trop
restrictive dans sa dénomination latine, car cete baleine ne vit pas
uniquement près des glaces, dans les eaux froides du nord-ouest de
l’Amérique, du détroit de Davis, de l’Islande et du Spitsberg, mais
aussi, de novembre à mars, dans les eaux plus chaudes de Madère,
des Bermudes ou de la Floride.
Eubalaena glacialis a complètement disparu des eaux du golfe
de Biscaye qu’elle afectionnait auparavant. On a bien évidemment
accusé les pêcheurs basques d’en être responsables. Mais les
historiens, dans leur majorité, admetent que leurs prises n”ont jamais
dépassé la dizaine annuellement.
Il nous faut enfn tenir compte de la possibilité d’une modif -
cation majeure de l’habitat provoquée par certaines conditions
climatiques générales qui auraient agi sur la température des océans
ou sur la direction des courants marins. L’efet de serre observé
aujourd’hui pourrait encore dans l’avenir restreindre les zones
dans lesquelles on rencontre aujourd’hui cete baleine.
La population atlantique de cete espèce, extrêmement pauvre,
est estimée de trois cent cinquante à quatre cent cinquante
individus. Mais elle était beaucoup plus élevée au Moyen Âge, où il
est possible qu’elle ait ateint une dizaine de millers d’individus.
Gaskin, en 1991, l’estimait à quinze mille environ, pour une période
se situant entre 1560 et 1600, à une époque donc où elle avait
déjà été sérieusement réduite par la pêche. Reeves, en 1992, en se
32 LES BALEINES FRANCHES Cétologiea b
a. d istribution référant au montant des importations dans les ports, donnait une
mondiale fourchete netement plus faible, évaluée entre mille à deux mille
d’eubalaena
têtes. Grande disparité donc dans ces estimations qui comportent, il
glacialis metant en
faut bien le dire, une grande part d’inconnues.évidence les trois
groupes : atlantique, Cete population, très appauvrie de nos jours, est particuliè -
pacifque et austral. rement bien étudiée par les Américains et les Canadiens, dans la
l yall Watson.
baie de Fundy et dans le Roseway Basin. Zones situées au sud de la
Nouvelle-Écosse, où de forts courants, mélangeant une eau froide
b. Vue d’artiste avec les nutriments, amènent une très forte production de plancton,
d’eubalaena glacialis principalement au cours des mois d’été.
dans son milieu.
Depuis une trentaine d’années, de nombreux chercheurs amé-n otons la tache
ricains préoccupés par la constante déplétion de ce stock, s’inté-ventrale et la grande
fexibilité de l’animal. ressent aux eaux côtières de la Géorgie et de la Floride dans
lesd ’après r ichard e llis. quelles les femelles viennent metre bas, entre les mois de décembre
et de mars, avec un pic en janvier et février. Leurs principaux sujets
de travail consistent à évaluer son importance, et à déterminer son
taux de natalité, sans oublier les inévitables études
comportementales permetant d’élaborer les directives qui seront proposées aux
autorités pour la protection de l’espèce.
Une équipe de cétologues a ainsi établi, au fl des ans, un
catatalogue de quatre cent cinquante-neuf baleines, répertoriées
à la suite de l’examen de plus de 250 000 clichés photographiques
pris entre 1935 et 2004. On s’est ainsi rendu compte, qu’après une
période heureuse de régénération dans les années quatre-vingts
du siècle dernier, cete population est actuellement en régression
annuelle de 2 % environ.
Pour Scot Kraus et Rosalind Rolland, qui viennent de publier
leurs travaux dans un ouvrage particulièrement bien documenté,
The Urban Whale, le déclin de l’espèce serait avant tout lié aux
activités de l’homme. En efet, la mer du Nord-Atlantique est, sans aucun
doute, l’une des plus fréquentées du monde. Le passage de très
nombreux navires de commerce ou de pêche, associé à la pollution
provoquée par l’industrie ou l’agriculture, ont un impact
extrêmement néfaste sur l’écologie de ces baleines.
33b aleine des b as ques eubalaena glacialis glacialis / eubalena glacialis Il est également possible que le lent réchaufement des océans, l es diférents
secteurs de ainsi que certaines intoxications provoquées par certaines algues
l’a ntarctique établis
puissent se montrer particulièrement nocives.
par la c ommission
De plus, une mortalité accidentelle, loin d’être négligeable, baleinière
internationaleserait principalement provoquée par les collisions avec des navires
dans la proportion de 38 %, et par des étranglements dans les flets
de pêche pour 12 %. Ce qui explique les mesures de conservation
prises par les gouvernements des États-Unis et du Canada,
concernant la limitation de la vitesse des navires et certaines restrictions
dans l’utilisation des flets de pêche.
eubalaena glacialis japonica / eubalaena japonica
C’est la North Pacifc right whale, la baleine franche du
NordPacifque. On la rencontre depuis la mer de Béring jusqu’en
Basse-Californie, et de la mer d’Okhotsk jusqu’au sud de Taïwan.
Quelques individus ont été récemment signalés dans le golfe
d’Alaska, au sud des îles Aléoutiennes, mais leurs zones de
prédilection restent les eaux côtières de la Russie, de la Corée,
et du Japon. Cete population, beaucoup moins bien étudiée que
celle de l’Atlantique Nord, paraît en situation précaire. Elle a été
estimée récemment à neuf cent vingt-deux individus pour la mer
d’Okhotsk, mais de nombreux cétologues pensent que ce chifre
dépasse certainement la réalité et qu’il devrait être netement revu
à la baisse. Aucune étude ne nous permet actuellement d’afrmer si
cete population est en train de se reconstituer ou non.
eubalaena glacialis australis / eubalaena australis
Il s’agit de la Southern right whale, la baleine franche australe,
qui habite les hautes latitudes des mers antarctiques. Nous n’avons
pas une idée exacte de sa répartition, mais nous savons qu’elle est
extrêmement vaste.
34 LES BALEINES FRANCHES CétologieCete population de l’hémisphère Sud est infniment moins
bien connue que celle de l’hémisphère Nord, du fait de
l’immensité de son habitat et de la rareté, toute relative d’ailleurs, des
recherches scientifques dont elle fait l’objet.
Avant les ponctions massives dont elle a été l’objet au cours
e du XIX siècle par les baleiniers anglais, américains et français, on
pouvait la rencontrer en grand nombre, au cours de l’été austral,
dans les baies de la Nouvelle-Zélande et des îles Chatam, autour
des îles Auckland et Campbell, tout le long des côtes sud et sud-est
de l’Australie, et du Chili.
Les femelles migrent au printemps vers des zones tempérées,
pour metre bas et copuler, avant de retourner, en été, dans des
zones plus froides, riches en plancton. Migration qui reste
cependant relativement peu importante dans son amplitude, surtout si
on la compare à celle de la baleine grise de Californie qui reste la
championne en la matière.
Seule la population de la région de la péninsule de Valdes,
au nord de l’Argentine, a fait l’objet de longues et de nombreuses
études. Elle a été rendue célèbre grâce aux travaux de Payne et
aussi, il est vrai, par l’ouverture du whale watching (observation des
baleines) aux touristes. Les baleines, au cours de l’été austral, qui
dure de juillet à octobre, viennent près des côtes pour metre leurs
petits au monde. Elles forment parfois des groupes de plusieurs
centaines d’individus qui ont permis leur observation permanente
et leur recensement pratiquement complet, grâce à une identifca -
tion photographique poursuivie pendant de longues années.
D’autres régions fréquentées par les femelles gravides sont
les côtes de l’Argentine, de l’Uruguay et du Brésil, ainsi que celles
de Tristan da Cunha et du cap de Bonne-Espérance. Signalons que
c’est dans cete partie du monde, dans les eaux côtières bordant
l’extrémité de l’Afrique du Sud, principalement entre False Bay et
Delagoa Bay, que l’on a le plus de chances de rencontrer Caperea
marginata, la baleine franche pygmée, cete petite «cousine» si rare
et si peu connue.
Les zones dans lesquelles la baleine franche australe se nourrit
sont très mal identifées, bien que nous ayons de bonnes raisons de
penser qu’elles se situent près des îles sub-antarctiques, comme la
Géorgie du Sud.
On considère qu’Eubalaena glacialis australis hiverne dans
de vastes régions qui s’étendent depuis le sud du cap de
BonneEspérance jusqu’aux côtes sud et ouest de l’Australie et de la Tasmanie.
On la rencontre encore actuellement autour des îles Creuzet et
Kerguelen et dans les eaux de la Nouvelle-Zélande et de l’Afrique
du Sud. Sa large distribution favorise la dispersion d’un stock
estimé à huit mille têtes qui semble se reconstituer actuellement au
35b aleine des b as ques eubalaena glacialis australis / eubalaena australis niveau de l’Afrique du Sud, principalement autour du cap Agulhas.
Des expéditions récentes ont montré qu’il était possible de
l’apercevoir parfois au-delà de ces limites, en décembre et en février.
McIntosh pense qu’elle est plus rare dans les eaux glacées que dans
les eaux légèrement plus tempérées, comme l’avaient déjà constaté
les anciens baleiniers qui faisaient le maximum de leurs prises
e e entre les 30 et 45 degrés de latitude Sud.
Actuellement, les secteurs III et IV antarctiques délimités par
la Commission baleinière internationale, semblent les plus
fréquenetés, alors qu’auparavant c’étaient les secteurs I et II, entre les 25
e degrés W. et les 15 degrés E.
e eCete baleine vit entre les 40 et 50 degrés de latitude Sud,
e et ne dépasse pratiquement jamais le 60 degré. Distribution très
étendue, qui favorise la formation de sub-populations capables,
selon Rosenbaum, de présenter une certaine mixité, à l’inverse
de leurs cousines de l’hémisphère Nord, qui ne possèdent pas
cete faculté, car elles vivent dans des bassins océaniques séparés.
Conditions qui limitent la consanguinité et qui peuvent expliquer
la bonne santé apparente de ces baleines « australes », puisque leur
population croit de 5 à 7 % par an. Signalons que tous les travaux
de Rosenbaum sont basés sur des identifcations génétiques et
photographiques.
g énéralités
La physiologie d’Eubalaena glacialis présente de très grandes
ressemblances avec celle de toutes les autres espèces qui composent
l’ordre des cétacés.
Nous avons exposé dans notre ouvrage, Le Grand Cachalot les
grandes lignes de cete partie de la cétologie, et nous ne pouvons
qu’inciter nos lecteurs à s’y reporter s’ils désirent acquérir plus
d’informations.
d istribution des
callosités au niveau
de la tête de la baleine
des basques.
Tiré de Krauss.
36 LES BALEINES FRANCHES CétologieMais comme le cachalot possède des dents, et les baleines
franches des fanons, on conçoit très bien que ces deux espèces de
cétacés présentent de grandes diférences anatomiques et physio -
logiques, notamment au niveau de leur alimentation. Nous allons
tenter de les passer en revue.
bonnet
Le bonnet est, avec les fanons, la principale caractéristique de
la baleine de Biscaye.
Ce nom de bonnet, a été donné par les baleiniers, avant qu’il
ne soit adopté par les naturalistes. Il désigne des callosités qui se
positionnent sur une grande partie de sa tête.
Ces callosités sont disséminées de façon aléatoire et rarement
symétrique sur la portion antérieure de la mandibule, autour
de l’évent, au dessus des yeux, ainsi que sur les lèvres. Les plus
volumineuses se situent au niveau du rostre. Leur importance, leur
morphologie et leur topographie, sont des éléments sufsamment
constants chez un même animal, pour qu’ils puissent permetent
son identifcation photographique qui reste la base de l’établisse -
ment d’un véritable fchier.
Ces formations callositaires sont souvent accompagnées
d’éléments annexes, de structure comparable, mais qui ont la
particularité d’être toujours plus importants chez les mâles que chez
les femelles. Ce qui a permis à Roger Payne et à Eleanor Dorsey
d’émetre l’hypothèse qu’ils pourraient servir d’arme naturelle, au
moins à certains mâles envers d’autres mâles, surtout en période
d’activité sexuelle, car ils présentent tous alors une fréquence
inhabituelle de lésions cutanées, à type de profondes érafures.
Le bonnet, irrégulier, est infesté par de nombreux parasites :
des cirripèdes, dont des anatifes qui appartiennent à plusieurs
espèces, et des cyames, que l’on appelle encore des « poux de
baleine ». Ces parasites forment la proie de nombreux oiseaux –
principalement des Larus dominicanus – qui viennent se nourrir en
se posant sur la tête des baleines, lorsqu’elles nagent en surface.
Ils infestent les callosités en grande quantité, et sont facilement
d essinés par r ichard
e llis, voici de gauche
à droite :
c yamus gracilis,
c yamus ovalis et
c yamus erraticus.
37b aleine des b as ques bonnet retrouvés autour des yeux, dans les replis de la commissure labiale,
autour de l’évent et dans les fentes uro-génitales et mammaires. Les
plus nombreux sont indiscutablement les cyames, Cyamus ovalis,
Cyamus gracilis, et Cyamus erraticus largement représenté sur les
individus de l’hémisphère Nord. Cyamus catodontis, rencontré
principalement dans l’hémisphère Sud, est considéré comme infestant
surtout les cachalots, mais on explique sa présence chez E. glacialis
par la coexistence de ces deux grands cétacés dans les hautes
latitudes australes.
Toutes ces espèces de parasites se rencontrent principalement
au niveau de l’implantation des vibrisses, au nombre d’une
centaine, qui peuvent ateindre 25 millimètres de longueur, et qui,
parfois, sont assez difciles à dissocier, car elles sont incluses dans
les callosités. On peut également en compter une trentaine ou
une quarantaine autour de l’évent et seulement quelques-unes au
sommet du museau.
On a également observé parfois sur la peau des baleines
franches, un flm de diatomées formant alors des plaques jaune-ver -
dâtres, dont l’agent responsable est Coccconeis ceticola.
Pour compléter la liste des parasites d’Eubalaena glacialis, citons
quelques parasites internes dont Ogmogaster, un trématode très
courant, et Tetrabothrius, plus rare, alors qu’il infeste presque
toujours les baleinoptères. Aucun d’eux ne semble avoir un quelconque
efet notable sur la santé de leurs hôtes.
f anons a. Vue interne de la
partie supérieure de Les fanons représentent la deuxième grande caractéristique
la bouche montrant
des baleines franches. le tamis formé par les
Ce sont de longues lames fexibles cornées et épidermiques, franges des fanons.
Tiré de d uhamel faites de kératine, la même matière que nos ongles ou nos cheveux,
du Monceau.
ou encore que la corne des bovidés. « Elles sont composées de fbres
longitudinales juxtaposées, que l’on peut isoler jusqu’à les réduire
b. e n haut, fanon de
baleine franche.
e n bas celui
d’un baleinoptère
beaucoup plus petit.
d ’après d uhamel a b
du Monceau.
38 LES BALEINES FRANCHES Cétologiee n haut, en petits fls fexibles résistants qui peuvent être tressés en nates
coupe transversale ou en cordes. »
d’une tête de rorqual
Les fanons afectent une forme eflée longue de plus de deux
dont la structure est
mètres qui peuvent ateindre deux mètres quarante, avec une identique à celle d’une
baleine franche, si ce base triangulaire large de dix-sept à trente centimètres. Ils sont
n’est la petitesse des au nombre de deux cent cinquante environ, séparés les uns des
fanons.
autres par un intervalle inférieur au centimètre et implantés dans
e n bas, la gencive du maxillaire supérieur, à l’instar d’un store vénitien.
e . glacialis sur un plan Les plus grands, bien évidemment, se situent au niveau de la partie
de dépeçage.
centrale du maxillaire où ils s’implantent dans la région la plus
concave du rostre.
Pour permetre aux fanons de trouver leur place, ce rostre a
pris, au cours d’une longue évolution, une forme arquée, qui
autorise une parfaite occlusion de la bouche grâce aux lèvres d’un mètre
cinquante de hauteur, qui recouvrent la mandibule. Même lorsque
la bouche est complètement ouverte, les extrémités des fanons
ateignent toujours son plancher, si bien que lorsqu’elle se referme,
leurs extrémités sont obligées de se tordre. Les fanons s’incurvent
alors en dedans au niveau de leur portion antérieure, et en dehors,
dans leur portion postérieure. Le degré de ces courbures reste
spécifque à chaque animal et difère sensiblement d’un individu à
un autre.
39b aleine des b as ques f anons Ces fanons, sont d’une couleur noire ou gris-bleuté qui noircit
avec l’âge, mais qui paraissent plus clairs à l’état frais que lorsqu’ils
sont secs.
Leurs franges internes sont moins foncées, d’un gris-brunâtre,
chez les jeunes en cours d’allaitement. Elles s’entremêlent dans
tous les sens, parvenant à former un enchevêtrement, une sorte de
tamis, qui laisse s’écouler librement l’eau de mer, tout en retenant la
masse des animalcules qu’elle renferme.
On peut apercevoir sur leur surface des épaississements
transversaux droits dits de croissance, semblables à ceux que l’on
rencontre chez les rorquals. Ce qui avait donné à Scoresby, en
1820, l’idée de les assimiler aux couches observées sur les cornes
des bovidés, pouvant ainsi présenter une certaine utilité dans la
détermination de l’âge des baleines. Ruud un célèbre cétologue
norvégien, s’était fait l’apôtre de cete méthode en l’appliquant aux
rorquals. Il reconnaissait toutefois que plusieurs facteurs pouvaient
intervenir dans la formation de ces épaississements transversaux
et que chaque séquence devait représenter une année de la vie de
l’animal.
Mais du fait de l’usure des fanons, ces épaississements ne
peuvent correspondre qu’à une courte période de vie, estimée à six
ou sept ans tout au plus. Ce qui limite leur intérêt comme moyen
d’estimation de l’âge qui, de toute façon, ne pourrait s’appliquer
qu’à de jeunes sujets.
En réalité, ces épaississements sont formés par un renfement
local de la couche corticale qui correspond à des variations de la
production de kératine, pendant une durée bien déterminée. La
raison pour laquelle cete production de kératine n’est pas
uniforme n’est pas claire, mais il est vraisemblable qu’elle ne s’efectue
que lors d’une certaine modifcation du métabolisme observé, par
exemple, lors des périodes de gestation, de lactation, ou au cours
de pénuries alimentaires. Enfn, on a fait remarquer que, dans le
monde animal, l’homme est le seul à présenter des troubles de la
croissance des phanères en cas de malnutrition. Pour compliquer
les choses, on peut admetre que les frotements subis par les
fanons peuvent stimuler la formation de kératine, tout en les usant.
Or, cete usure devrait théoriquement être plus importante lorsque
les baleines sont en période alimentaire dans les eaux froides où
la nourriture est abondante, que dans les eaux plus chaudes ou
subtropicales, moins riches en plancton.
Si cete méthode semble peu indiquée pour déterminer l’âge
d’Eubalaena glacialis, il en existe d’autres qui peuvent être utilisées
avec plus ou moins de succès. Elles doivent toutefois être
concordantes si l’on veut leur atribuer une valeur universelle, ce qui est
malheureusement loin d’être toujours le cas. Citons le comptage
40 LES BALEINES FRANCHES Cétologiedes corps jaunes dans les ovaires, ou celui des « couches » qui
peuvent être observées dans les bouchons de cérumen.
La croyance générale veut que les grands animaux vivent plus
longtemps que les petits. Cuvier disait dans son Histoire naturelle des
Cétacés : « La durée de leur vie [des baleines] doit être considérable
si l’on en juge par analogie avec celle des autres animaux à
mamelles. » Une souris vit tout au plus trois ans, alors qu’un éléphant
ateint facilement soixante-quinze ans. Par ailleurs l’âge maximum
que peut ateindre un animal est en rapport direct avec son taux de
métabolisme qui décroît avec l’augmentation de sa taille. Règle qui,
bien entendu, ne peut être considérée comme absolue. Les
chauvessouris, par exemple, possèdent un taux de métabolisme élevé, bien
qu’elles ateignent facilement l’âge respectable de vingt ans , malgré
leur petite taille. Mais il est vrai qu’elles présentent de longues
périodes d’hibernation. Les baleines, constamment en mouvement,
même lorsqu’elles dorment, ne peuvent avoir qu’un métabolisme
exceptionnellement élevé, bien que n’ayons aucune possibilité de le
mesurer.
Devant un âge de puberté relativement précoce, certains
cétologues ont pensé que l’espérance de la vie des baleines franches
devait être courte, entre trente-cinq et quarante ans. Or, on a
retrouvé des harpons bien identifés dans le lard de quelques
animaux, qui nous permetent d’afrmer leur ancienneté, puisqu’ils
avaient été lancés au moins une cinquantaine d’années avant d’être
récupérés. D’un autre côté, Hamilton, en 1998, a rapporté qu’une
baleine cataloguée sous le numéro 1045, devait déjà avoir
soixantedix ans lorsqu’elle avait été vue pour la dernière fois. Les travaux
e récents de ce début du XXI siècle, de George et de ses
collaborateurs, basés sur l’étude des modifcations de l’acide aspartique dans
le cristallin des bowheads, nous permetent, par extrapolation, de
donner à Eubalaena glacialis une longévité qui pourrait ateindre
facilement la centaine d’années. Un record donc, partagé avec
l’homme, au sein des mammifères !
Revenons à nos fanons et penchons-nous maintenant sur leur
structure interne : on voit alors qu’ils sont formés par de longues
tubulures, parallèles les unes aux autres, enfermées dans une
paroi corticale bien homogène. Ces tubulures creuses, aux parois
kératinisées, ont un diamètre uniforme sur toute leur longueur.
Elles sont libres entre-elles, n’étant réunies par aucun tissu
conjonctif. Elles peuvent donc glisser les unes sur les autres, réalisant
ainsi un ensemble particulièrement fexible. Combinaison qui,
par ailleurs, apporte un maximum de force pour un minimum de
poids. Remarquons à ce sujet qu’un cylindre creux présente à peu
près la même rigidité que s’il était plein, et qu’une structure en «T»
procure la même solidité qu’une poutre pleine.
41b aleine des b as ques f anons Enfn, ces tubulures sont ouvertes au niveau de leurs extrémi -
tés distales, car elles sont usées par le phénomène du frotement.
Elles doivent donc se renouveler constamment et compenser leur
usure par une croissance en longueur, qui ne peut se faire qu’à
partir de la gencive. C’est en efet la gencive ‒ lisse chez le fœtus ‒
qui donne naissance aux fanons et qui, très vite, va présenter deux
larges rangées de papilles, formant alors des petites aspérités qui
correspondent à des dents primitives.
Ces aspérités vont disparaître au cours de la croissance pour
être remplacées par les lames cornées des fanons, confrmant
ainsi l’hypothèse de la présence de dents dans les formes les plus
archaïques des baleines.
Quand aux papilles fœtales, elles sont formées de replis
épidermiques, qui contiennent un tissu conjonctif parcouru par
des artérioles entourées d’un réseau de veinules qui agissent pour
les maintenir à une température constante. Irrigation sanguine
bien mise évidence par Utrecht qui avait toutefois signalé qu’il la
considérait « surprenante », alors qu’elle pourrait paraître normale
dans un tissu en contact permanent avec de l’eau froide.
Terminons cet exposé en rapportant que la gencive des
baleines, comme tous les tissus exposés à une friction continuelle,
possède un épiderme dont les cellules les plus externes
dégénèrent, au fur et à mesure de leur vieillissement. Ces cellules se
kératinisent et sont alors poussées en dehors, grâce à une
division cellulaire qui s’efectue longitudinalement. C’est ainsi que
se réalise la paroi cylindrique de ces tubulures qui s’allonge avec
l’âge, sans s’élargir pour autant. Chez l’adulte, la partie visible des
fanons est donc constituée de tissus morts. Seules, les papilles,
enfermées dans le tissu gingival, donnent naissance à des cellules
vivantes qui se reconstituent continuellement afn de compenser
l’usure.
Autrement dit, le fanon est un matériau formé au cours d’un
nombre limité d’années, plus épais dans sa partie peri-gingivale
(du fait de l’accroissement de la couche corticale), que dans sa
partie terminale soumise à des frotements continuels.
Notons que ce phénomène se retrouve chez le cheval, au
niveau de ses sabots qui possèdent, du reste, une structure
similaire à celle des fanons.
s ystème digestif
Les fanons sont parfois considérés comme le premier maillon
du système digestif des baleines franches qui ne commence
réellement qu’au niveau de l’œsophage. Ce n’est en efet, qu’après l’avoir
franchi, et pénétré dans l’estomac, que le bol alimentaire peut
commencer à être digéré.
42 LES BALEINES FRANCHES CétologieIl est facile de comprendre que la nourriture de ces baleines,
composée de minuscules animaux ait entraîné des modifcations
anatomiques au niveau de leur système digestif. La plus importante
réside dans le rétrécissement du diamètre de leur œsophage qui,
même distendu, ne dépasse jamais une vingtaine de centimètres. Il
n’aurait donc jamais pu permetre le passage du prophète Jonas.
L’estomac comporte trois poches qui communiquent entre
elles par des ouvertures relativement étroites. Il présente une
certaine analogie anatomique avec celui des ruminants terrestres,
comme les vaches, les rennes ou les chameaux, bien que chez ces
animaux, la fonction digestive de ces trois poches soit
complètement diférente.
– Le premier compartiment est une simple dilatation de l’œsophage.
Il est tapissé par un épithélium rugueux, jaunâtre, dépourvu de
glandes, qui ne possède donc aucune action sécrétrice et
communique largement avec le second compartiment.
– Le second compartiment, le plus grand, peut contenir une tonne
de nourriture. Son épithélium rouge-pourpre, de texture assez
douce, forme de nombreux replis réticulés ou parallèles et secrète
de l’acide chlorhydrique ainsi que de la pepsine, une lipase qui
hydrolyse les lipides.
– Le troisième compartiment présente des parois d’une couleur
encore plus foncée, tirant sur le brun-rouge. D’aspect velouté, il
communique avec le duodénum par un pylore particulièrement
étroit qui possède un grand nombre de glandes pyloriques.
L’intestin ne présente aucun caractère spécifque, si ce n’est
qu’il pratiquement impossible de distinguer un petit et un gros
intestin.. Sa longueur est considérable.
Sa muqueuse présente un grand nombre de plis longitudinaux
recoupés par des rides transversales qui lui confèrent alors un
aspect réticulé et qui donnent naissance à un système d’alvéoles
celluleuses. Disposition qui remplit le rôle de valvules et s’oppose
au retour des matières fécales liquides et d’un rouge brun sufsam -
ment soutenu pour en colorer les parois.
L’anus est netement séparé du sillon ventral uretro-génital.
Le pancréas, similaire à celui des autres mammifères, présente
un canal excréteur qui se réunit avec celui qui vient du foie, avant
de pénétrer dans le duodénum. Il n’existe pas de vésicule biliaire,
ce qui constitue une énigme, d’autant plus que de nombreux
animaux, appartenant à des ordres très variés, en sont également
dépourvus.
Le canal hépatique se réunit au canal pancréatique avant de
déboucher dans l’intestin. Un canal commun débouche alors dans
le sac duodénal sur une saillie qui correspond à l’ampoule
de Water.
43b aleine des b as ques s ystème digestif a limentation
Nous savons, au moins pour la plupart d’entre nous, que les
baleines franches ne se repaissent que de plancton. Ce nom qui
vient du grec plagktos et qui peut être traduit par « qui erre », est
donné à un ensemble d’êtres vivants très petits, qui fotent plus ou
moins passivement dans le milieu marin.
Ce plancton, dans ses déplacements horizontaux, est
intimement lié aux divers courants marins. Quant à ses déplacements
verticaux, ils sont favorisés par de véritables foteurs remplis de
gouteletes d’huile qui diminuent sa densité, mais également par
des expansions qui font ofce de parachute ou de rames, comme
chez les copépodes.
Ce plancton est composé par des milliards d’organismes vivants,
aussi bien animaux que végétaux. Il est assez difcile d’en donner sa
composition exacte et encore plus d’en formuler sa constitution qui
varie énormément selon les saisons et sa distribution. C’est, en tous
cas, la base de la nourriture d’un grand nombre d’espèces marines,
qui comprend aussi bien les requins baleines (qui ateignent une
quinzaine de mètres), que les raies mantas, les manchots de
l’Antarctique, mais aussi une quantité invraisemblable de poissons de
toutes sortes. Toutes ces espèces et à tous niveaux, entrent alors en
une compétition impitoyable, pour la recherche de leur nourriture.
Le plancton végétal, ou phytoplancton, constitue le stock
nutritif initial du milieu marin. Essentiel dans l’économie de la mer,
il est produit, principalement pendant les mois d’été, dans les eaux
froides qui renferment alors plus de dioxide de carbone et
d’oxygène que les eaux chaudes.
La photosynthèse est favorisée par une perpétuelle luminosité
et par de puissants courants qui amènent en surface des nitrates
et des phosphates. Tout est donc en place pour amener une
invraisemblable production de ces plantes minuscules. Le phytoplancton
utilise donc l’énergie du « soleil rayonnant sur la mer » pour
permetre à la chlorophylle de produire des glucides (amidon, sucre,
cellulose) à partir de l’eau et du gaz carbonique. 
Il est composé presque exclusivement de diatomées, algues
microscopiques unicellulaires entourées d’une carapace siliceuse,
dont le protoplasme contient des gouteletes d’huile. Ce phyto -
plancton sert de nourriture à un nombre incroyable de minuscules
animaux qui peuvent former en quelques jours, dans les eaux
froides des deux hémisphères, de véritables soupes, de couleur
prononcée, souvent brun rouge, qui possèdent une richesse
alimentaire surprenante. Inutile de préciser qu’une quantité d’animaux
marins vont en faire leur délice. Les baleiniers, aussi bien que les
scientifques, lui appliquent le nom vernaculaire, d’origine norvé -
gienne, de krill.
44 LES BALEINES FRANCHES Cétologiea b
a. a utres éléments
du zooplancton
décapodes et
amphipodes formant
le krill. d essins
d’e lisabeth s ut on.
b. l es deux dessins – Dans l’hémisphère Nord, ce krill se compose d’une
invraidu haut représentent semblable variété d’espèces animales, dont diférents genres d’eu -
des diatomées et
phausiacés, telles que Boreophausia, Thysanoessa et Megacyctiphanes,
des radiolaires, qui
mais aussi de ptéropodes, mollusques appelés souvent papillons de sont des éléments du
phytoplancton, alors mer, comme Clione et Limacina. Ces très petits animaux, qui ne
déque ceux du bas font passent pas un ou deux centimètres, ont une partie du corps
transpartie du zooplancton.
formée en de véritables ailes qui autorisent une certaine nage et d essins d’e lisabeth
s uton dans Whales les aident à s’emparer de diatomées et de dinofagellés. L’un d’eux,
and dolphins de Clione borealis, minuscule limace, ne possède pas de coquille, alors
r onald M. l ockley.
que Limacina helicina en possède une, spiralée, de trois millimètres
environ. Ces deux espèces sont de petits gastropodes nageurs, qui
a certains moments de l’année, sont si nombreux qu’ils colorent la
mer sur des kilomètres carrés.
Mais dans le Nord-Atlantique, ce sont les petits copépodes,
les «puces d’eau», de la grosseur d’un grain de riz, appartenant au
genre Calanus qui forment, pour Klumov, la principale nourriture
d’Eubalaena glacialis. Il s’agit alors essentiellement de Calanus fnmar -
chus qui possède de longues antennes, implantées sur sa tête, lui
permetant de petits mouvements, mais aussi de Calanus plumchrus
et de Calanus cristatus. Pour Allen, la nourriture de cete baleine
consiste principalement en Calanus fnnmarchius, et accessoirement
en Thysanoessa inermis.
Les zones d’engraissement du groupe atlantique d’Eubalaena
glacialis se situent aux environs de Cape Cod, dans la partie basse
45b aleine des b as ques a limentation euphausia superba.
Tiré de Whales de
s lipjer
de la baie de Fundy, dans le nord du golfe du Maine, au large de la
Nouvelle-Écosse, dans le golfe du Saint-Laurent et près des côtes
nord de Terre-Neuve. Des concentrations de quelques dizaines
d’individus n’y sont pas exceptionnelles.
– Pour Mathews, les baleines franches australes se nourrissent
surtout d’Euphausia superba, sur les côtes de Patagonie. Ce ne serait
qu’autour de la Nouvelle Zélande, des Falklands et de la Patagonie
qu’elles consommeraient, en proportion non négligeable, des larves
de Grimothea, et une forme post-larvaire de Munida gregaria.
Euphausia superba met deux années pour parvenir à sa taille
maximale qui peut alors ateindre six à sept centimètres. Mais les
formes intermédiaires, plus petites, plus nombreuses, voisinent
généralement avec un nombre incalculable d’autres d’espèces
planctoniques. Ces « petites crevetes » sont remarquables à l’état frais par
leur double coloration : orange au niveau de l’abdomen, des pates
et des antennes, et verte au niveau du thorax. La couleur orange, si
commune chez de nombreux crustacés, a pour origine le carotène,
précurseur de la vitamine A, très abondant dans le foie des cétacés
et qui est même retrouvé dans leur lard. Ce qui d’ailleurs confère
une couleur à l’huile obtenue lors de sa fonte et en diminue la
valeur, bien que ses qualités n’en soient pas altérées. Les matières
fécales en sont également imprégnées. Quant à la couleur verte
d’Euphausia, on la doit à son alimentation, faite exclusivement d’une
diatomée, Fragilariopsis antarctica, végétal contenant de la
chlorophylle, qui va produire par photosynthèse des matières organiques,
notamment de microscopiques gouteletes de graisse, et cela à
partir du gaz carbonique dissous dans l’eau de mer. Autrement dit,
les rayons de la lumière solaire sont indispensables aux diatomées,
donc au krill qui s’en nourrit. Les concentrations maximales sont
alors rencontrées près de la surface, et dépassent rarement la
profondeur de six à sept mètres.
Signalons qu’il est cependant possible de ramener, avec des
flets spéciaux, un très riche plancton jusqu’à une profondeur
de cinq à six cents mètres. Ce qui expliquerait que les baleines
franches, en période de gavage, sondent parfois pendant une
46 LES BALEINES FRANCHES Cétologied essin d’euan d unn
montrant une baleine
franche en train de
se nourrir. n oter
les callosités sur sa
tête et l’ouverture
appréciable de sa
trentaine de minutes, et quelques fois plus, à la recherche de leur
bouche qui écope la
nourriture, bien que l’on n’ait aucune idée sur les moyens qu’elles soupe de plancton.
metent en œuvre pour la déceler à d’aussi grandes distances.
Il existe bien évidemment une corrélation étroite entre la
distribution des baleines et les zones de prolifération du plancton.
Et comme certaines parties des océans sont particulièrement plus
propices que d’autres à son développement, elles favorisent une
certaine concentration des baleines. Citons les pôles et certains
territoires où les courants froids rejoignent des eaux plus chaudes.
La vent, les marées, les fonds sous-marins, éléments qui agissent
sur les variations de température des océans, jouent donc,
indirectement, un grand rôle dans la répartition des baleines franches. Il
est certain que les techniques modernes qui permetent de surveil -
ler cete température par rayons infra-rouges, à partir de satellites,
pourront nous donner une meilleure connaissance de la production
de ces masses planctoniques.
Comme le krill permet la croissance rapide des baleines,
certains industriels russes ont pensé qu’il pourrait être récolté
directement, fournissant ainsi une source de protéines marines, la
plus riche du monde. Aussi est-il normal qu’ils aient songé à
courtcircuiter le passage par les baleines, surtout dès que leur chasse se
fut montrée peu rentable. Ils ont alors mis leur nouveau produit
sur le marché, mis en boîtes de conserve vendues sous le nom
générique de krill. Ils ont également essayé d’en tirer une huile qui
malheureusement n’est pas consommable par l’homme, mais qui
possède les mêmes propriétés lubrifantes que la sperm-oil, l’huile
de cachalot. Ces tentatives furent un échec économique complet, le
contraire aurait pu avoir des conséquences désastreuses pour toute
la faune marine. Nous venons de parcourir l’éventail des espèces
qui constituent la source alimentaire de la baleine de Biscaye.
Nous allons voir maintenant les moyens qu’elle met en œuvre
pour ingérer cete nourriture : Lorsque la baleine s’alimente en
47b aleine des b as ques a limentation surface, son rostre s’élève au dessus de la surface de l’océan, alors
que le reste de son corps reste immergé. Sa lippe est abaissée et
sa mandibule est à soixante degrés. Sa bouche est donc largement
ouverte, et elle nage d’un mouvement lent et uniforme, à une
vitesse de deux nœuds, tout au plus. Sa cavité buccale présente
alors une ouverture antérieure triangulaire, dont la surface peut
être évaluée environ à six ou sept mètres carrés. Elle devient une
sorte d’écope, limitée en bas par le plancher qui réunit les deux
branches de la mandibule, en haut par le maxillaire supérieur
fortement arqué qui permet la création, sur ses deux faces
latérales, d’une grille réalisée par les fanons. L’espace entre les deux
maxillaires est fermé par les énormes lèvres inférieures, que nous
avons qualifées de véritables lippes, hautes d’un mètre cinquante
environ, et qui s’élèvent de chaque côté comme « les parois d’une
soute à charbon ». Comparaison très imagée, un peu vieillote, faîte
epar un naturaliste à la fn du XIX siècle.
La baleine franche engoufre ainsi une énorme masse liquide
dans laquelle nagent des nuages plus ou moins denses de
copépodes et d’euphausiacés. Lorsque la baleine pense avoir suf -
samment amassé de nourriture, il ne lui reste plus qu’à fermer sa
bouche et à racler l’amas d’animalcules retenu par le tamis réalisé
par les franges internes des fanons, et enfn à l’avaler.
Mais nous ignorons les moyens qu’elle doit metre en œuvre
pour y arriver.Nous savons seulement que les baleinoptères, leurs
cousines, dont le volume buccal est beaucoup plus petit, expulsent
l’eau à travers le fltre des fanons, grâce à leur langue qui agit
comme un immense piston.
Cete langue, quant à elle, est constituée de façon quasi exclu -
sive par du tissu spongieux, mais elle possède toutefois un tissu
musculaire très important, beaucoup plus développé que celui
des rorquals, qui donc, devrait lui permetre des mouvements très
complexes. Notons qu’après la mort, ces tissus se décomposent
rapidement et que les gaz, libérés par la putréfaction, gonfent cete
langue comme un ballon. Ce qui a fait dire, à tort, que la baleine
pouvait augmenter son volume à volonté, afn de favoriser l’inges -
tion du bol alimentaire. Mais là encore, nous igorons comment la
baleine rassemble le krill pour le diriger ensuite vers le pharynx.
Si les baleines franches se nourrissent en surface, elles
peuvent aussi le faire en immersion. En réussissant à installer un
radio-transmeteur, sur le dos de l’une d’elles, Winn à pu noter
qu’elle passait 97 % de son temps à vingt mètres sous la surface.
Dans la baie de Fundy, en 2003, Baumgartner et Mate ont suivi
un groupe de baleines qui s’alimentaient à cent mètres et même
quelques fois, à deux cents mètres de profondeur. Ces diversités
sont intimement liées aux diférents stades larvaires de Calanus
48 LES BALEINES FRANCHES Cétologiee n haut, à gauche :
vue latérale d’une tête fnnmarchus . Evidemment, une grande concentration de ces
copéde baleine franche,
podes est nécessaire pour satisfaire les besoins alimentaires d’une
la fèche indique la
baleine, qui doit par ailleurs pouvoir les localiser en se servant sortie de l’eau après
avoir été fltrée. e n d’un sens particulier qui nous est inconnu. Par ailleurs, le
zoobas et à gauche : vue plancton est un piètre nageur, et il ne se concentre que lorsque des
transversale montrant
conditions physiques particulières sont réunies, et nous devons la position du rostre,
des fanons et de la bien reconnaître, là encore, le peu de nos connaissances sur ce
langue. sujet.
À droite : vue
Eubalaena glacialis s’alimente aux hautes latitudes, six mois supérieure avec les
fèches indiquant le par an, pendant le printemps et l’été, époques pendant lesquelles
fux de l’eau chargée de la nourriture est très abondante. Nous avons vu qu’elle le fait en
plancton.
surface, mais aussi en eau profonde, lors de plongées qui peuvent
d ’après Werth.
être assez facilement observées à partir d’un petit avion. On la voit
alors émerger en recrachant d’importantes masses d’eau boueuse,
prouvant à l’évidence qu’elle peut également s’alimenter en raclant
les fonds sous-marins
En période de gavage, la baleine de Biscaye se déplace
généralement par petits groupes de deux à quatorze individus qui
présentent, le plus souvent, un caractère familial, à la diférence des
bowheads qui peuvent se rassembler en une cinquantaine et même
parfois une centaine d’individus. Groupes qui adoptent alors la
formation des oies sauvages qui se tiennent « les unes derrière
les autres, décalées latéralement d’une distance comprise entre la
moitié et trois fois la longueur de leur corps ».
Ces formations ont été observés par Würsing, par voie
aérienne, pendant près de trois heures, sans qu’il puisse le faire
plus longtemps, du fait de ses réserves limitées en carburant.
49b aleine des b as ques a limentation Il suggérait que cete période alimentaire devait cependant se
poursuivre pendant des jours entiers et même pendant plusieurs
semaines consécutives. Il n’en est pas moins évident que dans les
zones dites de gavage, les déplacements des femelles gestantes
restent intimement liés à la recherche de la nourriture. Payne, en
1976, avait suggéré que les vibrisses localisées autour de la bouche
pouvaient leur permetre d’interpréter la richesse et la concentra -
tion du zooplancton, très variables d’une année sur l’autre.
Ce n’est qu’une fois rassasiées, à l’approche de la mauvaise
saison, que les baleines franches se dirigent vers des eaux plus
tempérées, parfois même subtropicales, pour metre bas et copuler,
amorçant alors une véritable migration.
Pour la réaliser, elles doivent faire appel à leur mémoire
qui a emmagasiné une quantité de situations topographiques et
de contours bathymétriques ou acoustiques particuliers. Cete
mémoire parait d’autant plus vraisemblable qu’elles savent revenir,
au bout de plusieures années et toujours à la même époque, dans
les eaux qui les ont vu naître et dans lesquelles elles ont passé les
premiers jours de leurs vies.
Peut-être, plus simplement, savent-elles interpréter la salinité
de l’eau de mer comme le font les saumons, ou possèdent-elles la
possibilité de détecter certains éléments chimiques dissous dans
les océans ? Mais elles doivent aussi certainement savoir utiliser les
émissions sonores, émises par leurs congénères, qui se propagent
à de grandes distances et qui peuvent leur servir de guides. On
a également émis l’hypothèse que le soleil pourrait leur servir de
boussole et qu’elles seraient capables, comme les tortues ou les
cachalots, d’interpréter certaines informations géomagnétiques qui
leur fourniraient alors une somme non négligeable de
renseignements. Au cours de leur migration, la vision utilisable uniquement
dans les moments de clarté, ne présente certainement qu’un rôle
insignifant, alors qu’elle doit être très utile dans la localisation
de la nourriture, d’autant plus qu’il est reconnu que de nombreux
éléments du zooplancton émetent une certaine bioluminescence.
En plus de leur mémoire topographique, les baleines doivent
sans doute en posséder une autre qui doit leur permetre de détec -
ter les zones et les moments propices à l’éclosion du krill. Parmi
toutes ces conjonctures, nous devons bien admetre que les moyens,
certainement très sophistiqués, qui permetent la détection de
nourriture, nous sont encore totalement inconnus.
Quant aux besoins alimentaires d’Eubalaena glacialis, ils sont
évidemment énormes, alors que cete baleine ne peut compter que
sur le zooplancton pour maintenir son métabolisme basal à un haut
50 LES BALEINES FRANCHES Cétologieniveau. Si nous savons qu’environ 2 000 calories/jour nous sont
nécessaires, nous ne pouvons qu’extrapoler ce chifre pour estimer
celui qui pourrait lui être appliqué.
Kenney, qui s’est penché sur cete question, nous a donné une
large fourchete estimative qui se situe entre 400 000 et un plus de
4 millions de calories/jour. Autrement dit, Eubalaena glacialis devrait
avaler entre 0,25 et 2,6 billions de Calanus fnnmarchus par 24 heures,
et encore à condition que ces copépodes soient parvenus à leur
ultime stade de croissance. Ce qui correspond à une
consommation évaluée entre 0,6 et 6,4 % de son poids. Mais en réalité nous ne
possédons aucun moyen nous permetant d’évaluer valablement le
métabolisme d’une baleine.
Bearsley, en 1996, utilisant un appareillage techniquement
très sophistiqué et fondamentalement très fable, estimait que
chaque mètre cube d’eau de mer contient 331 000 copépodes de
type Calanus. Il en concluait que cete concentration était sufsante
pour satisfaire les besoins caloriques journaliers d’une baleine de
Biscaye, en moins de dix minutes.
Appréciation quelque peu diférente pour Baumgartner et
Mate qui, en 2003, estimaient que la concentration de Calanus au
stade C5 (c’est à dire au stade d’adulte), n’est que de 15 000 par
mètre cube et que ces animalcules sont ingérés par la baleine sur
la base de 66 millions par heure. Pour ces deux biologistes, ses
besoins caloriques journaliers d’une baleine ne seraient obtenus
qu’au bout de trois heures.
En 1995, quelques chercheurs du Woods Hole Oceanic Institution,
ayant constaté un net ralentissement du taux des naissances chez
la baleine de Biscaye, se sont posé la question de savoir s’il était
réellement lié à la raréfaction de la nourriture, donc des copépodes.
Ils s’étaient en efet rendus compte que les femelles étaient plus
maigres que de coutume et qu’il serait bon de pouvoir évaluer
l’épaisseur de leur lard, afn d’avoir une estimation de leur santé. Ils
demandèrent alors à un fabricant de matériel échographique,
spécialisé dans la médecine vétérinaire, d’adapter sa technologie à la
mesure de l’épaisseur de la couche graisseuse d’Eubalaena glacialis.
Bien évidemment, la construction d’un tel appareillage fut un
challenge, mais il a toutefois permis, entre 1998 et 2002, d’efectuer
cent soixante-douze échographies dans la baie de Fundy et cent
seize en Afrique du Sud. Les résultats n’ont fait que confrmer ce
que l’on savait déjà : les sujets de l’hémisphère Sud possèdent une
couche de lard plus épaisse que ceux de l’hémisphère Nord, et ce
qui parait évident : son épaisseur diminue chez les femelles au
cours de l’allaitement, alors que chez les baleineaux qui en
proftent, elle augmente considérablement.
51b aleine des b as ques a limentation h uile
Nous avons cité les principaux éléments qui sont propres à
la baleine de Biscaye. Il en existe de nombreux autres, beaucoup
moins visibles, qui méritent d’être examinés. La composition
chimique de leur lard, par exemple, est l’un d’eux.
En règle générale, ce lard très épais produit 40 % de son poids
en huile lorsqu’il provient de la caudale ou des régions thoraciques,
mais il ateint près de 75 % pour les parties dorso-ventrales et
génito-urinaires.
Dans l’ensemble, cete proportion est plus élevée dans le lard
que dans les viscères, et plus élevée dans les viscères que dans les
muscles. Et, si la langue en fournit 30 %, le cœur n’en produit tout
au plus que 2 %.
Les caractéristiques de cete huile sont bien particulières :
– Sa couleur est jaune-clair, avec une tendance vers l’orange. Par
contre celle qui provient des viscères est plus foncée et exhale une
odeur assez écœurante.
– Son indice de réfraction varie entre 1,469 et 1,476 pour l’huile qui
provient du lard. Il est situé entre 1,473 et 1,447 dans les
échantillons ayant pour origine la masse musculaire, et de 1,470 à 1,476
pour ceux qui sont fournis par les viscères.
– Sa viscosité varie énormément suivant son origine.
– Son poids spécifque varie entre 0,912 et 0,925.
– Son indice iodé varie entre 114 et 143.
– Son acidité dépend de son rancissement activé par l’oxygène
ambiant, de sa décomposition due à une lipase, et aussi des
conditions de son stockage. Elle est de toute façon assez basse, variant
entre 0,1 et 2,2.
– Son contenu insaponifable, qui se situe entre 0,60 et 1,80, est à
son niveau le plus faible lorsque l’huile est extraite du lard, pour
être à son plus haut dans les échantillons provenant des muscles
ou des viscères. De toute façon, il difère radicalement de celui du
cachalot et des odontocètes en général, pour se rapprocher de celui
des rorquals. Les acides gras non saturés, provenant de la digestion
des Calanus, sont plus importants que ceux qui sont produits par les
euphausiacés de l’Antarctique. L’insaturation de l’huile d’Eubalaena
glacialis dépend donc de la nourriture ingurgitée. Elle reste plus
élevée que celle des rorquals, mais elle est inférieure, par contre,
à celle de la baleine grise de Californie. Le pourcentage des acides
insaturés est de 70 %, qui sont formés d’acides en C 20 et en C 18.
– Les acides gras saturés représentent 30 % de la masse totale de
l’animal. Ils sont représentés essentiellement par l’acide myristique,
palmitique, stéarique, arachidique, et béhénique. Ils sont plus
abondants que dans les huiles de poisson où ils ne dépassent pas 20 %
de la masse totale.
52 LES BALEINES FRANCHES Cétologiec oupe transversale
d’un coeur de baleine
franche montrant
les très gros piliers
et l’épaisseur du e ncéphale
myocarde. L’encéphale de la baleine de Biscaye ne difère pas morpholo -
Tiré de s lijper.
giquement de celui des autres baleines. Il est strictement analogue
à celui de la baleine du Groenland, et le caractère commun, partagé
entre ces deux espèces, réside en l’importance de leur poids, qui
se situe entre 2,4 et 3,2 kilos. Poids, qui curieusement reste stable,
dès que ces animaux ateignent la longueur de quatorze à quinze
mètres.
C’est donc un très gros cerveau, qui reste cependant petit, si
on le compare à celui du cachalot, trois fois plus important, qui
détient donc indiscutablement le record de volume et de poids dans
le monde animal. Mais les biologistes s’intéressent beaucoup plus
au rapport entre le poids de l’encéphale et celui de l’animal en son
entier. Il est dans le cas des baleines franches de 0,0038. Un autre
rapport est souvent étudié : celui du poids du cervelet/ poids total
de l’animal, qui est alors de 0,0009.
s ystème cardio-vasculaire
Le système cardio-vasculaire d’Eubalaena glacialis est
comparable à celui des autres cétacés.
Nous savons que plus un animal est gros, plus lents sont les
batements de son cœur. Celui d’une souris bat 650 fois par minute,
celui d’un chat 150, celui d’un humain ou d’un cochon 70 fois, pour
descendre à 30 chez un éléphant. Le rythme cardiaque de la baleine
franche est de 4 par minute. Fréquence qui reste stable au cours de
ses plongées, alors que dans l’espèce humaine, elle varie
considérablement, passant au cours des apnées, de 70 batements/minute à
35. Chez le castor cete diférence est netement plus signifcative,
puisqu’elle passe de 240 à 20. Réponse réfexe à une immersion
provoquée par un stimulus hypophysaire.
Ce ralentissement du rythme cardiaque que l’on appelle une
bradycardie, s’accompagne d’une vaso-constriction, au contraire
de ce qui est observé chez les mammifères terrestres, où l’apnée
provoque une vasodilatation. La raison en est pour la baleine,
53b aleine des b asques encéphale l’absolue nécessité de gérer ses réserves en oxygène sanguin. Irving
pense que cete vasoconstriction diminue considérablement l’afux
sanguin au niveau des masses musculaires peu sensibles à l’anoxie
afn de préserver l’irrigation du cerveau, et à degré moindre,
celui du myocarde. Rappelons que si nous pouvons sans grand
dommage arrêter la circulation dans un membre à l’aide d’un
garrot pendant une trentaine de minutes, nous ne pouvons laisser
notre cerveau, sans oxygène pendant plus de 4 à 5 minutes sans
risquer sa destruction défnitive. Un autre efet de cete diminution
de la circulation sanguine est de ralentir l’accumulation de l’acide
lactique dans la masse musculaire.
Sur le plan purement anatomique, le cœur des baleines
franches ressemble à celui des autres cétacés. C’est une énorme
masse musculaire qui représente 0,8 du poids total de l’animal.
Rappelons que ce rapport est de 0,3 chez l’hippopotame, de 0,7 chez
le cheval et de 1 % chez la chauve-souris. Pour les physiologistes,
le volume cardiaque d’un animal est fonction de ses aptitudes
physiques, telles sa puissance et sa possibilité d’adaptation à un efort
physique.
Mais ce qui frappe le plus, c’est sa grande largeur par rapport
à sa longueur, car sa morphologie s’est adaptée au volume
thoracique qui est le plus large de tous les cétacés. Zimmermann à, par
ailleurs, établi qu’un cœur élargi dans le sens transversal, n’est pas
conçu pour soutenir des eforts prolongés.
Ce cœur, qui renferme de très gros piliers, est constitué d’un
myocarde trois à quatre fois plus épais au niveau de ses cavités
droites que de ses cavités gauches. C’est du reste, en dehors de son
poids, la seule diférence majeure avec celui des autres mammifères
terrestres.
Le plus étrange du système cardio-vasculaire des baleines
franches ne réside pas dans l’énormité de ses diférents éléments,
cœur, artères et veines, mais dans la présence de réseaux de petits
vaisseaux, que l’on nomme les retia mirabilia, et qui ont des
caractéristiques diférentes de celles de nos capillaires. Ce sont de véri -
tables pelotons de nombreuses artérioles et de nombreuses veinules
qui s’interposent entre deux veines. Bien que cete disposition
se rencontre chez un certain nombre d’animaux, on la considère
comme inhabituelle, et à juste titre, on lui a donné le nom de réseau
merveilleux. C’est Brechet, un chirurgien français, qui dans son
Histoire anatomique et physiologique a été le premier, en 1836, à
signaler cete structure particulière qui est toutefois moins développée
chez les baleines franches qu’elle ne l’est chez d’autres cétacés, le
cachalot en particulier.
Ces réseaux sont particulièrement importants au niveau du
thorax, où le sang est amené par les artères intervertébrales et
54 LES BALEINES FRANCHES Cétologieintercostales qui s’anastomosent en de nombreuses branches d’un
diamètre identique, avant de se diviser imperceptiblement pour
former un nouveau réseau complet. Notons qu’au point de vue
fonctionnel, les vaisseaux aférents sont de type élastique alors que
les vaisseaux qui participent au réseau sont de type musculaire.
C’est à dire que leurs parois sont formées par une couche de fbres
lisses au lieu de fbres élastiques.
Seul, un examen microscopique permet de démontrer que
dans une telle formation, les veines sont en moins grand nombre
que les artères, et que leurs parois, dépourvues de tissu musculaire,
sont beaucoup plus minces. Enfn, elles ne possèdent pas de valves,
et autorisent donc une circulation sanguine dans les deux sens.
Parfois, les artères de ces réseaux forment un écheveau
vasculaire qui baigne dans un tissu adipeux consistant en de grandes
masses de cellules graisseuses bien individualisées dans un tissu
conjonctif lâche. Disposition comparable à celle que l’on rencontre,
par exemple, à l’extrémité des pates des chiens où de petits cous -
sinets graisseux contribuent à l’amortissement des chocs. Ainsi la
structure, le parcours des vaisseaux pelotonnés sur eux-mêmes,
les nombreuses branches et anastomoses, ainsi que l’épaisseur de
la paroi musculaire des artères permetent de concevoir que ces
réseaux sont capables de supporter de brusques changements de
volume. Ils peuvent contraindre le courant sanguin à cheminer
dans un parcours fait de très petites artères aux contours sinueux,
réalisant un système régulateur très efcace de son fux.
Si ces réseaux sont particulièrement développés au niveau des
régions thoraciques et céphaliques, où ils représentent une réserve
sanguine très appréciable, ils le sont également à la base du crâne,
autour de la région hypophysaire, de l’articulation
temporo-maxillaire et de la bulle tympanique, où ils jouent le rôle d’amortisseurs
des pulsions du courant sanguin qui devient alors régulier et
laminaire.
La régulation de la pression sanguine n’est pas la seule
fonction dévolue à ces réseaux merveilleux. Il en existe certains dans
lesquels la disposition des vaisseaux ne forme pas ces entrelacs que
nous avons décrits, mais une division en de très nombreux
vaisseaux parallèles les uns aux autres et qui ne communiquent que
très peu entre-eux.
Un système similaire, toujours superfciel, se retrouve au
niveau de la nageoire caudale et dans les nageoires pectorales,
dans lesquelles un grand nombre d’artérioles se trouvent
entourées par un réseau de veinules longitudinales. Notons que de
très nombreuses veinules superfcielles, elles aussi, favorisent le
retour du sang vers les réseaux abdominaux. Une telle disposition
permet à la surface relativement grande de la caudale d’agir comme
55b aleine des b as ques s ystème cardio-vasculaire d’un échangeur de température, le sang artériel chaufant le sang
veineux qui est refroidi par le milieu ambiant.
Remarquons que la caudale n’est pas le seul élément
permettant ces échanges thermiques, et que toute la surface tégumentaire
y participe.
On peut déceler d’autres réseaux essentiellement veineux,
mais moins bien développés, au niveau de la région pelvienne, des
organes sexuels et à la base des nageoires pectorales.
Curieusement, les phoques n’en possèdent pas. Notons que
chez les baleines franches, la circulation de retour par la très grosse
veine cave difère de celle des autres baleines qui présentent à ce
niveau un sphincter musculaire qui leur permet d’en faire varier le
diamètre.
Il existe par ailleurs des veines spinales volumineuses qui sont
dépourvues de valves, ce qui laisse supposer une circulation dans
les deux sens, selon les besoins de l’animal. On retrouve cete dis -
position chez les siréniens, les pinnipèdes et même chez les chats.
Ces veines spinales permetent au sang du cerveau de retourner
dans la cavité thoracique et abdominale lorsque, pour une raison
quelconque, le fux normal est perturbé, permetant ainsi d’éviter
un dysfonctionnement au niveau du système nerveux central. De
même, le sang abdominal pourrait, sous certaines conditions, être
dirigé vers le thorax via les veines spinales, alors que cete fonction
est habituellement dévolue à la veine cave.
Les quatre caractéristiques principales du système
vasculaire des baleines franches : le réseau artériel bien développé au
niveau du thorax et du cou, le réseau abdominal bien structuré, la
distension des veines hépatiques et de la veine cave inférieure, la
présences de grosses veines dans le canal vertébral, sont des
dispositifs qui ne se rencontrent habituellement que chez des animaux
vivant en étroite relation avec le milieu marin. On admet
généralement qu’ils sont une adaptation à la plongée. Mais les travaux les
plus récents n’ont pas confrmé cete notion que l’on croyait pour -
tant fondamentale. Enfn, il est difcile de prétendre que le rôle
des réseaux artériels consiste essentiellement au simple stockage
du sang et à son éventuelle injection dans la circulation, selon les
besoins de l’animal.
Il paraît toutefois évident que la veine cave et les veines
hépatiques, très volumineuses, jouent le rôle de réservoirs sanguins. Il
est possible, lorsque l’organisme exige un important afux de sang,
que celui-ci, stocké dans l’abdomen, puisse retourner au cœur non
seulement par la veine cave, mais aussi par les veines spinales.
Toutes ces modifcations sont peut-être en étroite relation avec
les diférences de pression qui doivent se manifester au niveau de
diférentes parties du corps lors des plongées. La bradycardie, ainsi
56 LES BALEINES FRANCHES Cétologie

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