Nouvelles politiques de l'environnement

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Ce livre fait le bilan d'une fin de siècle où la qualité de l'eau a été gravement altérée, où l'urbanisation désordonnée a absorbé tant de terres arables gorgées, désormais, de produits chimiques. Il présente les politiques environnementales devant répondre à des risques naturels accrus par les pratiques sociales et économiques.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
Lecture(s) : 355
EAN13 : 9782336272535
Nombre de pages : 166
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NOUVELLES POLITIQUES DE L'ENVIRONNEMENT

www.librairieharmattan.com diffus ion.harmattan@wanadoo.fr harmattan] @wanadoo.fr
(() L'Harmattan,

2006 ISBN: 2-296-02469-6 978-2-296-02469-4 EAN : 9782296024694

Ugo LEONE, Gilles BENEST

NOUVELLES POLITIQUES DE L'ENVIRONNEMENT

Nuove Politiche per l'Ambiente (Carocci, Rome, 2002) Traduit de l'italien par Camille Schmoll

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Hannattan Hongrie

75005 Paris

Espace L'Harmattan

Kinshasa

Konyvesbolt Kossuth L u. 14-16

Facdes Sc Sociales, Pol et Adm, BP243, KIN XI
Université de Kinshasa
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L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Tortno ITALIE

L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

RDC

ITINERAIRES GEOGRAPHIQUES Sous la direction de Colette Vallat

Espace de débats scientifiques reflétant la diversité et la densité des intérêts géographiques comme la richesse méthodologique qui préside à la recherche en ce domaine, cette collection veut rassembler tous les itinéraires menant au territoire (géographie sociale, culturelle, quantitative, normative, aménagement...). Forum où rien de ce qui touche à l'homme n'est indifférent la collection donne aussi l'occasion d'ouvrir le dialogue avec de nombreuses sciences humaines en accueillant les textes présentant une réelle curiosité pour l'espace, les cultures et les sociétés.
Déjà parus Richard Laganier, Territoires, inondation et figures du risque, 2006. Titres à paraître * Alessia Mariotti, Tourisme et développement durable au Sénégal * Alexandre Moine, Comprendre et observer les territoires: l'indispensable apport de la systémique * Patrice Melé, Corinne Larrue, Territoires d'action

Sommaire

m~~~n Chapitre Chapitre Chapitre Chapitre Chapitre Chapitre

7 1 : Ecologie, écologisme et politiques de l'environnement Il 2 : Les dilemmes de I'humanité 19 3 : Quels sont les bons modèles de développement? 65 4 : Pour quelle population? Et où ? 89 5 : Comment initier un processus vertueux? 117 6: Le paysage et l'action humaine (Gilles Benest) 143

INTRODUCTION

NOUVELLES POLITIQUES L'ENVIRONNEMENT
Ugo LEONE

DE

Le titre de cet ouvrage, Nouvelles politiques de l'environnement, souhaite attirer l'attention sur la nécessité croissante d'adopter des politiques de l'environnement innovantes, en phase avec les transformations majeures qui ont caractérisé le XXème siècle. Ces transformations ont été extrêmement rapides - en particulier durant les dix dernières années - et imposent une réflexion de fond. Le XXèmesiècle a été un saeculum horribilis, même du point de vue de son impact sur l'environnement: l'eau et l'air, ressources vitales pourtant renouvelables, ont subi de telles altérations que leur disponibilité est compromise, allant même jusqu'à les transformer en vecteurs de maladies parfois mortelles; l'urbanisation effrénée a grignoté la superficie agricole, et l'agriculture n'a pu parvenir à maintenir sa productivité que grâce à la diffusion de la mécanisation et au recours à des doses massives de produits chimiques (engrais, pesticides, désherbants...); avec l'affirmation de la société de consommation, la production de déchets a augmenté de façon vertigineuse, si bien que leur traitement est devenu problématique; l'expansion des déserts, dont les causes ne sont pas uniquement naturelles, progresse au rythme de 60.000 km2 par an, tandis que l'extension des forets diminue chaque année de 80.000 km2; l'exploitation intensive du territoire a encore amoindri nos défenses face aux phénomènes naturels catastrophiques, et en a rendu les effets encore plus dramatiques, provoquant le départ, chaque année, en particulier en Afrique, de cohortes de «réfugiés de l'environnement », fuyant leur leurs terres pour éviter les famines et les inondations. Enfin, la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère est passée de 290 à presque 400 parties par million, à l'instar de la concentration de chlorofluorocarbures (CFC), qui a augmenté de façon considérable. Or, ces phénomènes sont à l'origine des changements climatiques que nous craignons tant. Ce scénario

8 apocalyptique s'est accompagné d'une augmentation sans précédent de la population, qui a doublé deux fois en 100 ans, atteignant aujourd'hui 6 milliards d'habitants. Tout cela en un siècle. C'est-à-dire sur une durée qui, comme nous l'a enseigné Albert Einstein - personnage certainement le plus représentatif du XXèmesiècle - peut être considérée soit comme relativement longue soit, à l'inverse, comme relativement brève. Mais une durée qui s'avère être incontestablement brève si on la confronte à l'âge de la planète. L'Homme est présent sur la surface terrestre depuis environ deux millions d'années; mais l'apparition d'une vie humaine proche de nos modes de vie et de nos habitudes remonte au Néolithique, c'est-à-dire à il y a environ 12.000 ans. Eh bien, ces 12.000 ans, dans le calendrier cosmique, c'est-à-dire dans la transposition en 365 jours des 4.5 milliards d'années qui correspondent à l'âge de la Terre, ont commencé un 31 décembre, précisément à 23 heures 58 minutes et 45 secondes. Aussi, vu à cette échelle, le XXèmesiècle ne représente ni plus ni moins qu'un «claquement de doigts », et toutes les transformations dont nous venons de parler ont eu lieu le temps de ce claquement. En un instant, on a atteint et perfectionné l'œuvre d'humanisation de la Terre et de domestication de la nature; mais on a aussi asservi l'environnement à l'intérêt aveugle du particulier. Tout cela s'est fait à l'encontre de l'intérêt plus général, celui d'une population présente et future qui souhaite vivre dans un environnement intègre et sur un territoire en sécurité. C'est donc la «valeur temps» l'élément distinctif de ce siècle par rapport aux autres en matière d'environnement, au sens où les dynamiques de transformation de l'environnement, dont l'homme a toujours été un acteur central, d'abord inconscient, puis, toujours plus engagé, se sont énormément accélérées. Le nœud de la question réside donc dans ce processus d'accélération. C'est pourquoi la nécessité d'atteindre certains objectifs avant qu'il ne soit trop tard prend de plus en plus l'allure d'une course contre la montre. Cet ouvrage a d'abord été publié en Italie, en 2002. Seulement trois ans se sont écoulés depuis. C'est pourquoi il nous a semblé que le contenu de cette ancienne édition était encore valable aujourd'hui sans que de grands remaniements soient nécessaires. Mais, à dire vrai, certaines choses ont changé depuis. La croissance démographique, par exemple, connaît aujourd'hui une inversion de tendance particulièrement intéressante, tandis que d'autres phénomènes, comme l'urbanisation, se renforcent encore davantage. Les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère se poursuivent de façon toujours aussi inquiétante, même si la signature par la Russie du Protocole de Kyoto, qui a permis son entrée en vigueur définitive, nourrit les espoirs d'un ralentissement, même timide, de l'accumulation de dioxyde de

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carbone dans l'air. Cependant, au même moment, les «événements extrêmes» s'intensifient et la planète subit des dévastations «naturelles» toujours plus intenses et récurrentes, dont les effets sont ressentis de façon dramatique, en particulier dans les pays les plus pauvres et parmi les classes sociales les plus défavorisées des pays riches: le tsunami du 26 décembre 2004 et l'ouragan Katrina de la fin du mois d'août 2005 en sont probablement les exemples les plus criants. Comme cet ouvrage a d'abord été pensé et écrit en italien pour un public italien, de nombreux exemples se réfèrent à l'Italie. Dans cette édition, j'ai éliminé une partie d'entre eux, pour laisser seulement les plus significatifs. En outre, cette nouvelle édition est enrichie d'un chapitre supplémentaire, qui se penche plus particulièrement sur la situation française.
U go Leone

Chapitre 1

ECOLOGIE, ECOLOGISME ET POLITIQUES DE L'ENVIRONNEMENT

L'homme, la nature, l'environnement
Avant l'homme, il y avait l'espace, et dans cet espace, la nature. Une nature non contaminée, mais pas pour autant immobile. Mieux, une nature dotée d'un dynamisme beaucoup plus fort que celui qu'on observe aujourd'hui dans certains phénomènes comme les tremblements de terre et les éruptions volcaniques. Avec l'homme est né l'environnement (<< qui l'entoure »), qu'il a ce progressivement étendu et humanisé. C'est ainsi que, dès l'origine, l'homme a instauré une relation conflictuelle avec la nature. En réalité, en dépit des modifications exceptionnelles apportées par l'être humain à son milieu de vie, d'abord patiemment, puis de façon de plus en plus rapide et désinvolte,

12 la relation entre ('homme et la nature s'est caractérisée pendant des milliers d'années par une subordination presque totale, voire par la peur. Et pourtant, sans pour autant qu'il s'en rende compte, I'homme jetait déjà, il Ya dix mille ans, les bases des transformations à venir. On pouvait déjà distinguer, parmi nos ancêtres, les plus entreprenants des plus conservateurs. «T'y voilà donc Edouard! (...) J'aurais dû le deviner, que tôt ou tard nous en viendrions là », gronde ainsi Vania, quand il réalise que son frère s'apprête à «apprivoiser» le feu. Bien entendu, le dialogue entre ces deux frères, le «progressiste» et le « conservateur », est seulement le fruit de l'imagination débordante d'un écrivain, Roy Lewis (LEWIS, 1990, p. 13). Cependant, de telles tentatives d'innovation et d'« amélioration technologique» ont probablement été appréhendées avec une sorte de crainte révérencielle. Le problème de savoir si l'homme est un objet passif dans sa relation

avec la nature et avec le milieu, ou bien si, à l'inverse, il est un sujet actif, a
traversé la réflexion de tous ceux qui ont cherché à comprendre l'influence du milieu sur le comportement des groupes sociaux et sur les différences entre les peuples habitant la surface terrestre. Les premiers à avoir réfléchi à cette question ont généralement mis en relation les différences entre les peuples avec leurs milieux de vie, et en particulier avec les caractéristiques climatiques et topographiques de ces milieux. Ces réflexions ont donné lieu à des généralisations qui, aujourd'hui, apparaissent d'une fragilité déconcertante. Les observations d'Aristote, dans le livre VII de la Politique, selon lesquelles «les habitants des régions froides sont plein de courage et faits pour la liberté », tandis que «les Asiatiques manquent d'énergie: aussi sont-ils faits pour le despotisme et l'esclavage », en constituent une illustration pertinente (ARISTOTE, cité par FEBVRE, 1922, p.lll). Depuis lors, l'évolution de la pensée scientifique sur cette question a été bien lente. Il a fallu attendre le début du XXèmesiècle pour entendre s'exprimer les voix dissidentes de géographes formés par l'Histoire comme Paul Vidal de la Blache et Jean Bruhnes en France, Isaiah Bowman et CarlO. Sauer aux États-Unis, et, de façon encore plus nette et tranchée, celle d'un historien de formation géographique tel que Lucien Febvre, élève de Vidal de la Blache. Le développement de la géographie « possibiliste » a mené, comme l'écrit Aldo Pecora, «à un réexamen approfondi de problèmes nombreux et importants, à travers l'exercice d'une critique destructrice et salutaire. Sur le plan scientifique, cette critique, dépassant les idées préconçues, libre de toute influence non maîtrisée, ouverte à tous les résultats quels qu'ils soient, a permis un examen impartial des relations entre l'homme et son milieu. Elle a refusé toute justification aux opérations politiques qui offensaient la liberté des peuples et des individus, alors que celles-ci avaient bénéficié de l'aval

13 des déterministes, d'abord indirectement, puis activement, à travers le développement de la géopolitique, une interprétation des faits humains qui semblait faite pour sanctionner la division des peuples entre les « inférieurs» et les « supérieurs» et pour justifier, par conséquent, n'importe quel type d'action intentée par les seconds aux dépens des premiers» (PECORA, 1977). Le thème des différences et des inégalités entre les peuples, en effet, a été particulièrement choyé par les géographies allemande et italienne de l'entre-deux guerres, fournissant une justification pseudo-scientifique aux politiques expansionnistes et racistes du nazisme et du fascisme. Ainsi, l'évolution de la pensée scientifique a été lente, d'une vision de l'homme comme simple exécutant des lois d'une nature déterminant chaque étape de son existence, à celle de l'homme entendu comme un des agents les plus puissants de la transformation du monde, pour reprendre la conception de Vidal de la Blache (VIDAL DE LA BLACHE, 1922). Vidal de la Blache, en effet, fut celui qui précisa le mieux cette nouvelle façon d'interpréter les relations entre l'homme et son environnement qui apparaissait au début de ce siècle, à travers une « revalorisation de l'homme» qui trouva, un peu plus tard, son affirmation majeure dans le marxisme. Engels affirmait ainsi, dans sa Dialectique de la nature, que « seul l'homme est parvenu à imprimer son sceau à la nature, non seulement en déplaçant le monde végétal et animal, mais aussi en transformant l'aspect, le climat de sa résidence, voire les animaux et les plantes, et cela à un point tel que les conséquences de son activité ne peuvent disparaître qu'avec le dépérissement général de la terre» (ENGELS, 1975, pAl). Toutefois, si aujourd'hui, comme le remarque Aldo Pecora, les géographes peuvent «généralement se considérer possibilistes, même si c'est dans des mesures variables », le mérite en revient aux impulsions apportées à la discipline par l'historien et disciple de Vidal de la Blache Lucien Febvre. « Des nécessités, nulle part. Des possibilités, partout» : telle est la leçon principale que l'on peut tirer de l'œuvre la plus connue de Febvre. L'homme est «maître des possibilités, juge de leur emploi: c'est le placer dès lors au premier plan par un renversement nécessaire: l'homme et non plus la terre, ni les influences du climat, ni les conditions déterminantes des lieux» (FEBVRE, 1922, p.284). Les rapports que les groupes sociaux entretiennent avec leur milieu constituent, en effet, le problème principal des sociétés contemporaines, au point de représenter, comme nous le verrons plus loin, un des dilemmes les plus angoissants de l'humanité.

14 Écologie et politique de l'environnement C'est durant la seconde moitié des années 60 que la prise de conscience du caractère toujours plus conflictuel des relations entre l'homme et son environnement commença à se répandre. C'est alors que se diffusa un nouveau terme - celui d' « écologie» - qui, sortant du milieu confiné des laboratoires de recherche, en particulier de celui des sciences naturelles, s'imposa avec force dans le lexique familier et quotidien. Cette diffusion du terme d'« écologie », comme cela advient toujours dans de telles circonstances, entraîna une grande confusion terminologique. C'est pourquoi, bien qu'il ne soit pas toujours très utile de discuter en détail de la signification précise des termes, il est ici important, si nous souhaitons donner un semblant de caractère scientifique à notre appréhension des problèmes contemporains d'environnement, de donner à chaque mot sa juste place et d'appeler les choses par leur vrai nom. Il convient donc de distinguer au moins trois termes, ainsi que les concepts qui les accompagnent: l'écologie, l'écologisme et la politique de l'environnement. Une première distinction importante consiste à souligner que l'écologie a pour centre d'intérêt la nature, tandis que la politique de l'environnement s'intéresse avant tout à l'homme dans la nature et à ce qui, par transformations successives, est devenu durant ces dix mille dernières années, l'environnement, son environnement: l'œcoumène. Une science de l 'homme et de la nature L'Histoire de l'écologie de Jean-Paul Deléage comporte un soustitre évocateur: Une science de l'homme et de la nature. Il s'agit bien d'une définition possible de l'écologie (DELEAGE, 1992). Pourrait-on ajouter que l'écologie est une science de l'homme dans la nature? Nombreux sont ceux qui, dès la fin des années 60, en parlent comme de la science de l'homme contre la nature. Quoi qu'il en soit, une chose semble certaine: l'écologie n'est pas uniquement une science de la nature. Il s'agit déjà d'un point de départ, qui illustre bien l'habitude, voire le risque, de revenir continuellement sur les définitions, ne serait-ce que pour les adapter aux évolutions de la société. Et c'est le cas de l'écologie. Quand, en 1866, Ernst Haeckel définit l'écologie comme «la science de l'ensemble des relations qu'entretiennent les organismes vivants avec le monde qui les entoure », il fournit la première définition du terme qui est, par conséquent, la plus authentique (HAECKEL, 1866). C'est à ce moment que naît officiellement, ou du moins formellement, une nouvelle science de l'environnement, même si 1'« écologie », si l'on y songe bien, constitue «un nom nouveau pour un phénomène ancien », comme le fit

15 remarquer Charles Elton (ELTON, 1927). Or, c'est justement depuis que cette définition a dépassé les cent ans, qu'elle a commencé à subir une série de tentatives assez vaines de « révision ». Il est clair que la définition de Haeckel soulève aujourd'hui certaines questions. On peut notamment se demander si elle peut être appliquée à l'homme, auquel cas il faudrait entendre ce dernier comme un « organisme» au sens haeckelien du terme. Si l'on considère que l'homme en tant qu'organisme ne correspond pas à cette définition, dans la mesure où il a entretenu, entretient et entretiendra encore des relations complexes avec le monde qui l'entoure, cet « ensemble de relations» doit être étudié non pas par l'écologie mais par une ou plusieurs autres sciences telles que l'histoire, la géographie, l'économie, le droit, la philosophie etc., chacune d'entre elles entretenant son propre domaine de compétence. C'est pourquoi il n'est peut-être pas très opportun de parler d'« écologie humaine» et, au fil des adjectifs, d'écologie morale, d'écologie sociale, d'écologie politique etc. Il peut être plus pertinent d'affirmer l'existence, aux côtés de l'écologie, d'une politique de l'environnement. Cette science - qui est plus ou moins directement apparentée à l'économie, à la géographie et au droit - a pour spécificité l'étude des milieux terrestres; de la relation entre l'homme et la nature qui se développe en leur sein; de l'état de tels milieux du fait de la prédominance de l'action de l'homme sur la nature; et des possibilités d'intervention technique, économique et juridique sur ces milieux, afin d'en améliorer les conditions. Cette science peut rassembler et, de fait, rassemble et satisfait les exigences de ce que certains appellent une « écologie politique ». Si, au contraire, l'on souhaite retenir que l'homme fait partie des organismes qui, dans leurs relations avec le monde extérieur, sont étudiés par l'écologie, il n'y a là non plus aucune raison de parler d'écologie humaine, morale, politique etc., car ce qui a l'homme pour objet d'analyse en étudie forcément les implications et les comportements moraux et, surtout, politiques. Dans les faits, comme le fait remarquer Jean Paul Deléage, la frontière entre ce qu'on appelle l'écologie scientifique et l'écologie politique est bien mince (DELEAGE, 1992). Maintenir cette frontière revient à légitimer le concept de neutralité scientifique. Or, il est difficile d'ignorer les implications sociales de l'écologie.

Écologie et écologisme
Il faut alors se demander si tout ce qui touche à l'environnement peut être nommé « écologie », comme on le fait avec désinvolture depuis le

16 début des années 70. En d'autres termes, il convient de se demander s'il ne faut pas distinguer l'écologie de l'écologisme. Comme le rappelle Deléage, les propositions les plus pertinentes de l'écologie sont le fruit d'une tension créatrice entre, d'une part, des questions concrètes soulevées par des pratiques sociales liées à la nature (agriculture, pêche...) et, d'autre part, les interrogations fondamentales soulevées par l'extraordinaire diversité du vivant et, au sein de cette diversité, la singularité de l'aventure humaine. La place de l'humain demeure en effet la question la plus complexe qui anime cette science (DELEAGE, 1991). S'il s'agit d'une question complexe, il s'agit également du problème le plus important et le plus passionnant de notre époque: toutes les relations humaines, et en particulier les relations que l'être humain entretient avec son environnement, se présentent aujourd'hui comme des dilemmes fondamentaux. Jusqu'à présent, l'observation de ces relations a permis de prendre conscience de la gravité de certaines situations encore inconnues; elle a donné lieu à interprétations catastrophiques et catastrophistes du futur proche de la Terre et de l'Humanité. Mais, depuis quelques temps, un autre point de vue commence à faire son chemin, un point de vue selon lequel les relations entre les sociétés et leur environnement ne seraient pas nécessairement destructrices. En ce sens, l'écologie aujourd'hui nous lance un défi philosophique précis. Elle nous demande de la considérer comme «la matrice vivante d'une nouvelle conscience et d'une nouvelle culture », bien qu'il faille reconnaître que, depuis quelques temps, cette matrice politique s'est modifiée et, d'un certain point de vue, a même régressé. C'est pourquoi la distinction entre écologie et écologisme est loin d'être inutile puisque l'écologisme est en soi fort différencié et ne peut pas être assimilé uniquement à l'écologie, aussi bien du point de vue des concepts que des réalités qu'il représente (SIMONNET, 1979a, 1979b). L'écologisme politique est un acquis contemporain sur lequel, comme le fait remarquer Joan Martinez-Alier, « les courants naturistes et végétariens, les mouvements pour une technologie verte, pour l'agriculture biologique... ont une grande influence ». Un aspect important de l'écologisme politique est de considérer l'économie comme une « écologie humaine ». De ce point de vue, «il marque l'histoire politique, car il s'agit d'une approche nouvelle» (MARTINEZ-ALIER,1991). Le rôle de l'écologisme, selon certains points de vue, peut être de grande importance. Par exemple, selon Joan Martinez-Alier, «l'écologisme politique représente la part écologique des relations internationales, en particulier quand il se confronte à des thèmes tels que la crise démographique américaine à partir de 1492, ou encore l'échange écologiquement inégal

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