Quelle contribution des universités au développement en Afrique ? Volume I

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Ces actes du colloque international de l'Université de Kara (Togo) rassemblent des contributions qui constituent un grand pas dans la lutte que les universités africaines mènent pour un mieux-être des populations, lequel passe par une meilleure maîtrise de la nature par l'homme. Voici des avancées en matière de savoir et savoir-faire par rapport à la gestion de l'espace et des ressources dont dispose l'Afrique.
Publié le : lundi 15 février 2016
Lecture(s) : 58
EAN13 : 9782140001208
Nombre de pages : 722
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Etudes
africainesQuelle contribution des universités Série Education
au développement en Afrique ?
Volume I
Ce premier volume des Actes du Colloque international de l’Université
de Kara aborde la problématique du développement durable en Afrique à
travers des travaux riches et variés. Au total, le document regroupe une
cinquantaine d’articles, présentés pour la plupart selon un plan qui va de
l’approche méthodologique à la discussion, en passant par la présentation
Sous la direction du professeurseur Gnon Babaur Gnon BBaBa ababaa
grand pas dans la lutte que mènent les universités africaines pour un
mieux-être des populations, lequel passe nécessairement par une meilleure
maîtrise de la nature par l’homme. En effet, à travers les analyses menées Quelle contribution des univ es u unniviverseersitsisiitéésés
et les résultats auxquels sont parvenus les chercheurs, des avancées sont
enregistrées en matière de savoir et de savoir-faire, par rapport à la gestion au développemen ent ent en Afrique ?AAfriAfrf iqqueque e ?
de l’espace et des ressources dont dispose l’Afrique.
VoVVo olume I m I
Environnemenemenemenentt, dt, démogrt, démogémograraaphiepphiehhieie, sansanttééé
et sécurit ur éé alimenalimennt tatair ree en A een An friqriquequeu
Né en 1961 à Bassar, Gnon BABA est professeur titulaire (CAMES) en
chimie organique et environnementale. Docteur de l’Université de Rennes 1
et docteur d’État de l’Université de Cocody-Abidjan, il a été recruté comme
enseignant-chercheur à l’Université de Lomé en 1996. Depuis novembre
2007, il est doyen de la faculté des sciences et techniques de l’Université
de Kara. Il est directeur de plusieurs thèses de doctorat soutenues et en
Illustration de couverture : © shvaista - Fotolia.com
ISBN : 978-2-343-08084-0
49 €
U(F
Quelle contribution des universités au développement en Afrique ?
Sous la direction du
Volume I
professeur Gnon Baba
Environnement, démographie, santé et sécurité alimentaire en Afrique
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Quelle contribution des universités
au développement en Afrique ?

Volume I
















Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
UWIZEYMANA (Emeline), Quand les inégalités de genre modèrent les effets du
microcrédit, 2016.
MANKOU (Brice Arsène), ESSONO (Thomas), L’impact des TIC dans les
processus migratoires féminins en Afrique Centrale, Cas des cybermigrantes maritales du
Cameroun, 2016.
BUKASSA (Ambroise V), Congo Kinshasa, Quand la corruption dirige la République,
2016.
EKANZA (Simon-Pierre), Mako, administrateur français en Côte d’Ivoire
(19081939), Un commandant à un poste colonial, au cœur des transformations économiques et
sociales, 2016.
WAIS (Ilyas Said), L’ambivalente libéralisation du droit du travail en République de
Djibouti, 2016.
KABAMBA MBIKAY (André) (dir.), Prospective pour une paix durable en RDC –
Horizon 2050, 2016.
KWILU LANDUNDU (Hubert), Sociologie de la santé au Congo-Kinshasa, 2016.
KAMTO (Maurice), DOUMBE-BILLE (Stéphane), METOU (Brusil Mirand)
(dir.), Regards sur le droit public en Afrique, 2016.
ROCHE (Christian), La Casamance face à son destin, 2016.
IBIKOUNLÉ (Salami Yacoubou), Politiques d’éducation / formation et coopération
internationale décentralisée au Bénin, 2016.
BAUDAIS (Virginie), Les trajectoires de l’État au Mali, 2015
NDZANA BILOA (Alain Symphorien), La fiscalité, levier pour l’émergence des pays
africains de la zone franc. Le cas du Cameroun, 2015.
MAMA DEBOUROU (Djibril), La résistance des Baatombu face à la pénétration
française dans le Haut-Dahomey (1895-1915), Saka Yerima ou l’injuste oubli, 2015.
EKANZA (Simon-Pierre), L’historien dans la cité, 2015.
GODEFROY (Christine), Éthique musulmane et développement. Territoire et pouvoir
religieux au Sénégal, 2015.
TAMBWA N. NKULU K., GHOANYS K., MWANACHILONGWE K.,
MPYANA K., BUKASA K., Le développement du Katanga méridional, 2015.
FODOUOP (Kengne) (dir.), Le Cameroun. Jardin sacré de la débrouillardise, 2015.
DJILA KOUAYI KEMAJOU (Rose), Le droit pénal des affaires au Cameroun,
2015.
ATTISSO (Fulbert Sassou), Le mal togolais. Quelle solution ?, 2015.
Sous la direction du
professeur Gnon BABA



















Quelle contribution des universités
au développement en Afrique ?

Volume I

Environnement, démographie, santé
et sécurité alimentaire en Afrique



Actes du colloque scientifique international de l’université de Kara
12-16 mai 2014








































































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08084-0
EAN : 9782343080840
REMERCIEMENTS
Plusieurs sponsors et généreux donateurs ont répondu à l’appel de
l’Université de Kara lorsqu’elle a pris l’initiative d’organiser son premier
colloque scientifique international. Leur apport a été déterminant pour
l’organisation de ce colloque et pour la réalisation des présents actes.
L’Université de Kara tient donc à leur exprimer sa profonde gratitude.
L’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), le Service de
Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) de l’Ambassade de France au
Togo, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la
Délégation de l’Union Européenne au Togo, la Société TOGOCEL, la
Loterie Nationale Togolaise (LONATO), la Société TOGOTELECOM, la
Société NECOTRANS, la Brasserie du Bénin (BB), la Société Nouvelle des
Phosphates du Togo (SNPT) sont de ces institutions dont l’appui multiforme
a permis à l’Université de Kara de réaliser cette gageure.
Elle ose croire que le succès de cette première messe scientifique
constitue le meilleur encouragement pour l’organisation de nouvelles
rencontres scientifiques auxquelles elles apporteront le même appui. SOMMAIRE
REMERCIEMENTS .................................................................................................. 5
AVANT-PROPOS .................................................................................................... 13

Conférences plénières ............................................................................................. 19

Quel enseignement supérieur pour le développement futur de l’Afrique ? .............. 21
Gestion des déchets urbains : quels enjeux et quelles approches pour un
développement durable en Afrique ? ........................................................................ 27
Les cultures africaines dans les Universités : une voie novatrice pour sortir le
continent de son atonie ? .......................................................................................... 37
Problématique des urgences vitales en Afrique : de la formation à la
recherche pour et par l’accès aux soins de qualité et de sécurité
Problems of vital emergencies in Africa: from learning to research to and
through access to a secure and high quality care ...................................................... 57

Environnement et développement durable & démographie et
aménagement du territoire .................................................................................... 69

Propriétés insecticides des huiles essentielles d’Ocimum basilicum L et
d’Ocimum canum Sims sur Aphis gossypii, ravageur du cotonnier au Togo ............ 71
Effets in vitro des extraits de Jatropha multifida et Lannea kerstingii, deux
plantes utilisées dans le traitement des mycoses au Togo ........................................ 81
Impact des pratiques culturales sur la culture du coton au Togo et risques
sanitaires ................................................................................................................... 89
Typologie et structure de Khaya senegalensis (desr.) A. Juss. (meliaceae) sur
les Monts Défalé (préfecture de Doufelgou) ............................................................ 99
Quantification et essai de décomposition expérimental des déchets
organiques dans la ville de Parakou (Nord-Bénin) ................................................. 111
Nature des dommages des piqûres alimentaires des punaises (Heteroptera)
sur les boutons floraux du cotonnier ....................................................................... 129
Caractérisation phytoécologique des habitats de Dioscorea praehensilis
Benth. dans la zone écologique IV du Togo ........................................................... 139
Gestion du potentiel écotouristique des forêts de la basse vallée du fleuve
Ouémé au Bénin ..................................................................................................... 157
Paramètres environnementaux et prévalence des infections respiratoires
aiguës dans le troisième arrondissement de Cotonou ............................................. 173
Le développement local à l’épreuve de la mobilité en milieu sahélien à
travers la « région » de Téra au Niger .................................................................... 189
Gestion des conflits en lien avec la transhumance dans le Bassin Béninois du
fleuve Niger en Afrique de l’Ouest ........................................................................ 207
La problématique du déguerpissement des occupants des rues et des trottoirs
des quartiers centraux et périphériques d’Abidjan ................................................. 217
De l’usage massif des motocycles à la mobilité urbaine inclusive à Lomé ............ 239
L’enclavement de la ville de Mandouri au Nord Togo : quels effets sur les
populations ? ........................................................................................................... 263

Sciences de la santé ............................................................................................... 285

Déterminants socioculturels de l’anxiété préopératoire des patients adultes
programmés dans les Services d’Anesthésie-Réanimation de deux hôpitaux
de Parakou au Bénin ............................................................................................... 287
Utilisation des bandelettes réactives urinaires dans les urines limpides pour
améliorer les résultats d’ECBU .............................................................................. 299
La sérologie du cytomégalovirus sur le sang des donneurs à Lomé est-elle
nécessaire pour la transfusion de sang cytomégalovirus négatif aux sujets à
risques ? .................................................................................................................. 309
Profil hématologique des patients vivant avec le virus de l’immunodéficience
humaine naïfs du traitement anti rétroviral en milieu rural au Togo ...................... 317
8 Evaluation de l’apport de l’échographie dans l’appendicite aiguë chez
l’adulte aux CHU de Lomé ..................................................................................... 325
Intérêt du bilan audiométrique dans la visite médicale d’entreprise ....................... 331
Influence du déficit auditif des élèves et de l’environnement
socioprofessionnel des parents sur la scolarité des élèves ...................................... 337
Otites : aspects épidémiologiques, diagnostiques et thérapeutiques ....................... 343
Profil sociodémographique de l’hystérie de conversion au CHU Campus de
Lomé ....................................................................................................................... 349
Apport de l’échographie scrotale dans le bilan d’infertilité masculine à Lomé ..... 359
Pratique du test de Rorschach au Togo : quelle utilité ? ......................................... 365
Evaluation de la qualité de l’accueil aux urgences médicales du CHU
Sylvanus Olympio de Lomé ................................................................................... 375
Polymorphismes des gènes du système rénine-angiotensine et hypertension
artérielle essentielle au Burkina Faso ..................................................................... 381
Diagnostic précoce de l’infection à VIH par PCR chez les enfants-nés de
mères séropositives au laboratoire Biolim / UK du CHU Kara : bilan
d’activités de l’année 2013 ..................................................................................... 389

Agriculture et sécurité alimentaire ..................................................................... 395

Effets de la fumure minérale et des prédateurs sur la dynamique de
population du puceron Aphis gossypii Glover 1877 (Homoptera : Aphididae) ...... 397
Test de comportement de dix nouvelles variétés de cotonnier (Gossipium
hirsutum) en milieux contrôlés au Togo ................................................................. 407
Rejet-écailles déshydratés "semences" améliorées pour la production du
bananier plantain (Musa AAB) cv Corne 1 ............................................................. 415
Perception paysanne de la floraison des ignames africaines cultivées
(Dioscorea. cayenensis – Dioscorea. rotundata et Dioscorea. dumetorum)
du Centre du Bénin ................................................................................................. 427
Les insectes comestibles au Togo : diversité et potentiel économique ................... 437
Isolement et caractérisation de souches lactiques productrices de
bactériocines ........................................................................................................... 449
9 Détermination des points critiques lors de la transformation artisanale de
l’arachide en galettes « kluiklui » ........................................................................... 459
Etude de la croissance de deux variétés de panicum maximum et effets de leur
association avec deux espèces de légumineuses ..................................................... 469
Evaluation de la valeur économique de deux champignons comestibles sur les
marchés d’Abidjan (Côte d’Ivoire) : Volvariella sp et Termitomyces sp ................ 479
De nouvelles variétés performantes pour relancer la production d’arachide au
Togo ....................................................................................................................... 489
Evaluation participative, gestion de la diversité et impacts des changements
climatiques sur la production et la diversité du sorgho dans le Département de
l’Atacora ................................................................................................................. 495
Le Conseil aux Exploitations Familiales mis en œuvre par le projet
PROCOTON au Nord Bénin dans le contexte des changements climatiques ........ 505
Stratégies d’adaptation à la variabilité climatique dans la commune
d’Aplahoue (Bénin) ................................................................................................ 519
Stratégies d’adaptation paysannes aux contraintes pédo-climatiques dans la
commune de Za-Kpota (Bénin) .............................................................................. 531
Vulnérabilité socio-économique des pêcheurs aux contraintes climatiques
dans la Commune des Aguégués (Bénin) ............................................................... 547
Perception locale de la variabilité climatique sur les activités agricoles dans la
commune rurale de Ramongo au Burkina Faso ...................................................... 559
Contribution des petits barrages à la sécurité alimentaire au Burkina Faso : le
cas du barrage de Boura ......................................................................................... 579
Stratégies de maîtrise des eaux de surface à des fins agricoles dans la
commune de Lokossa (Bénin) ................................................................................ 597
Variabilité moléculaire inespérée des begomovirus infectant le manioc
(manihot esculenta crantz) au Togo ....................................................................... 609
Effet de cinq types de fumure sur le rendement et la sensibilité à la pourriture
des fruits à la maturité de deux variétés de tomate (Solanum lycopersicum L.)
au Togo ................................................................................................................... 619
Évaluation de la résistance de cinq cultivars de tomates vis-à-vis des viroses
dans les conditions agro-écologiques de la région maritime du Togo .................... 629
Inventaire et étude épidémiologique du tomato yellow leaf curl virus (tylcv)
sur quelques plantes cultivées et sauvages du Togo ............................................... 637
10 Evaluation des performances agronomiques de cinq clones de manioc
(Manihot esculenta Crantz) sélectionnés vis-à-vis de la maladie de la
mosaïque du manioc au Togo ................................................................................. 645
Activités insecticides de l’huile essentielle de Cymbopogon schoenanthus
(L.) Spreng. sur les larves de stade II de Dysdercus voelkeri Schmidt
(Heteroptera : Pyrrhocoridae) ............................................................................... 655
Mécanisation de l’agriculture en zone tropicale : Contribution à la
simplification des formules utilisées pour calculer la Principale
Caractéristique des machines agricoles convenables à un tracteur donné .............. 665
L’Association de l’élevage à l’agriculture dans la Région des Savanes au
Togo (années 1950-fin années 1980) : une promotion réussie ? ............................. 681
Type de famille, qualité de la relation parents-enfants et engagement scolaire
chez les élèves au Togo .......................................................................................... 699



11 AVANT-PROPOS
2004-2014, l’Université de Kara a dix ans d’existence. Après ce laps de
temps, riche d’expériences, elle a décidé d’ouvrir un nouveau chapitre avec
une ferme volonté d’opérer en son sein des mutations nécessaires. Elle a pris
le ferme engagement d’accroître son utilité sociale et sa capacité d’appui au
processus de développement, afin de contribuer ainsi à relever les défis que
rencontre le Togo dans sa quête de devenir un pays émergent à l’horizon
2024.
A cet effet, elle s’est dotée d’un plan stratégique décennal de
développement, élaboré au regard des nouvelles exigences du contexte
national et international de l’enseignement supérieur, marqué par
l’émergence de l’économie du savoir, ainsi que par la globalisation et la
compétition scientifique et technique.
Prenant la mesure des enjeux que soulève un tel environnement,
l’Université de Kara a fait du développement et de la promotion de la
recherche scientifique l’un des axes majeurs de son plan stratégique, en vue
de devenir un pôle attractif et d’apporter des réponses appropriées aux défis
du développement de notre continent. L’organisation d’un colloque
scientifique international, pour clôturer les activités commémoratives de ses
dix ans d’existence, répond à cette noble ambition.
Le thème choisi, « Quelle contribution des universités au développement
en Afrique ? », traduit la volonté partagée des partenaires de l’enseignement
supérieur de replacer l’institution universitaire au cœur des débats en tant
que partenaire privilégié des différents acteurs dans la conception et la mise
en œuvre des politiques de développement. A cet égard, la recherche
scientifique et technologique doit devenir la pierre angulaire pour accélérer
le processus de développement, en particulier dans les pays africains.
L’Université de Kara, en collaboration avec d’autres universités
africaines, se doit de mobiliser les ressources pour assurer la promotion et le
rayonnement des activités de recherche. La participation de chercheurs
chevronnés et de jeunes chercheurs du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte
d’Ivoire, de la France, du Gabon, du Niger, du Nigéria, du Sénégal et du
Togo est la preuve vivante de ce que doit être la contribution des universités
au développement de l’Afrique. Les conférences plénières et les communications réparties en plusieurs
domaines ont apporté et proposé des pistes de réponses à la problématique
de l’apport des universités au progrès économique, culturel et social de
l’Afrique.
La présente publication est l’écho des travaux du colloque organisé par
l’Université de Kara, du 12 au 16 mai 2014, à l’occasion des festivités de
son dixième anniversaire. Elle rassemble les textes des conférences plénières
et des articles qui ont été rigoureusement soumis à un comité scientifique
international.
Puissent ces actes recevoir l’audience de la communauté scientifique
internationale et apporter quelques réponses à la sempiternelle question du
développement de l’Afrique.
Prof. Paalamwé Komi TCHAKPELE
Président de l’Université de Kara
14*
COMITÉ DE RÉDACTION
- Professeur Gnon BABA
- Dr Akoété AMOUZOU
- Dr Komlan KOUZAN
- Dr Laré KANTCHOA
- Dr Padabô KADOUZA
- Dr Tom-Irazou TCHALIM
- Dr Nakpane LABANTE
- Dr Komlan ALEMAWO
- Dr Abalo ATATO
- Dr Kwamivi N. SEGBEAYA
- Dr Tchaa PALI
- Dr Abdou-Fataou TCHAGNAO
- Mlle Koudjoukalou ATCHOLADI
- M. Tamba KOLANI
- M. Essoron AGNALA
COMITÉ SCIENTIFIQUE
Président : Professeur Paalamwé Komi TCHAKPELE, Université de Kara
Vice-présidents :
- Professeur Koffi AHADZI-NONOU, Université de Lomé
- Professeur Adama KPODAR, Université de Kara
Membres :
- Professeur Messanvi GBEASSOR, Université de Lomé
- Professeur Toyi ASSIH, Université de Lomé
- Professeur Saliou TOURE, Université Félix Houphouët Boigny, Abidjan /
Université Internationale de Grand Bassam - Professeur Koffi AKPAGANA, Université de Lomé
- Professeur Thiou Komlan TCHAMIE, Université de Lomé
- Professeur Kou’santa Sabiba AMOUZOU, Université de Kara
- Professeur Gnon BABA, Université de Kara
- Professeur Comlan de SOUZA, Université de Lomé
- Professeur Mireille PRINCE DAVID, Université de Lomé
- Professeur Isabelle Adolé GLITHO, Université de Lomé
- Professeur Adovi N’Buéké GOEH-AKUE, Université de Lomé
- Professeur Egnonto Koffi-TESSIO, Université de Lomé
- Professeur Koffi Agnon BALOGOU, UnivLomé
- Professeur Moctar BAWA, Université de Lomé
- Professeur Ibrahim CHITOU, Université de Paris 13
- Professeur Yvonne BONZI COULIBALY, Université de Ouagadougou
- Professeur Jean-Maurille OUAMBA, Université Marien Ngouabi
- Professeur Kokou TCHARIE, Université de Lomé
- Professeur Koffi-Sa BEIJA, Université de Lomé
- Professeur Kossi NAPO, Université de Lomé
- Professeur Komlan SANDA, Université de Lomé
- Professeur Gado TCHANGBEDJI, Université de Lomé
- Professeur Patrick POINT, Université de Bordeaux IV
- Professeur Géro Fulbert AMOUSSOUGAH, Université Abomey-Calavi
- Professeur Koffi Ayéchoro AKIBODE, Université de Lomé
- Professeur Adoté B. BLIVI, Université de Lomé
- Professeur Jérôme ALOKO-N’GUESSAN, Université Félix Houphouët Boigny
- Professeur Nicoué Lodjou GAYIBOR, Université de Lomé
- Professeur Komlan Messan NUBUKPO, Université de Lomé
- Professeur Raymond VERDIER, Université Paris-Ouest Nanterre
- Professeur Koffi Badjow TCHAM, Université de Lomé
- Professeur Abou NAPON, Université de Ouagadougou
- Professeur Kodjona KADANGA, Université de Lomé
- Professeur Musandji NGALASSO-MWATHA, Université de Bordeaux 3
- Professeur Bakoé BAKONDE, Université de Lomé
- Professeur Koffi N’DAKENA, Université de Lomé
- Professeur Bertrand SOGBOSSI, Centre Universitaire de Savè
- Professeur Amadou SEIBOU H. MAIGA, Université Gaston Berger, Saint-Louis
- Professeur Ouateni DIALLO, Université des Sciences et Techniques et
Technologies de Bamako
- M. Kwami Gabriel NYASSOGBO, Maître de Conférences, Université de Lomé
- M. Nadédjo BIGOU-LARE, Maitre de Conférences Agrégé Université de Lomé
16- M. Akoété AMOUZOU, Maître de Conférences, Université de Kara
- M. Babakane Djobo COULIBALEY, Maître de Conférences, Université de Kara
- M. Koffi Mawunyo AGBENOTO, Maitre de Conférences, Université de Kara
- M. Kako NUBUKPO, Maitre de Conférences, Université de Lomé
- M. Kossi GNEYOU, Maître de Conférences, Université de Lomé
- M. Kossi BADAMELI, Maître de Conférences, Université de Kara
- M. Lalle Y. LARE, Maitre de Conférences, Université de Lomé
- M. Barthélémy BIAOU, Maitre de Conférences Agrégé, Université de Parakou
- M. Akuété AGBODJI, Maitre de Conférences Agrégé, Université de Lomé
- M. Pitchaki F. HEMOU, Anesthésiste-Réanimateur des Hôpitaux de Paris
17

CONFÉRENCES PLÉNIÈRES Quel enseignement supérieur
*pour le développement futur de l’Afrique ?
Résumé
Dès leur accession à l’indépendance, les pays d’Afrique ont assigné au
système d’Enseignement Supérieur, des objectifs ambitieux et notamment
celui de devenir la clé du développement durable.
èmeEn ce début du XXI siècle, l’enseignement supérieur connaît un essor
sans précédent et tous ses partenaires s’accordent à reconnaitre son
importance primordiale pour le développement économique, social et
culturel. Toutefois, nous devons admettre que l’enseignement supérieur est
en crise dans presque tous les pays d’Afrique : les effectifs augmentent de
façon exponentielle alors que les financements des Etats diminuent.
Face aux tendances actuelles de l’enseignement supérieur et aux défis
qu’il doit relever au cours des prochaines années, je me propose, à la lumière
des nouvelles priorités, d’apporter quelques éléments de réflexion relatifs
aux objectifs, à la mission, au rôle et aux stratégies de développement de cet
ordre d’enseignement en Afrique.
Texte
C’est pour moi un réel plaisir et un grand honneur de prendre la parole à
l’occasion de ce Colloque scientifique International organisé par l’Université
de Kara.
Je voudrais profiter de l’occasion qui m’est offerte pour saluer très
chaleureusement mon frère et ami, le Professeur Komi TCHAKPELE,
Président de cette prestigieuse université de Kara, ce grand homme de
science que nous admirons tous.
En seulement dix ans à la tête de cette université, le Professeur Komi
TCHAKPELE et sa dynamique équipe de Doyens et de professeurs ont su
apporter des réponses pertinentes aux problèmes de formation de la jeunesse

* Saliou TOURE, Université Internationale de Grand Bassam, Université Félix Houphouët
Boigny pr_stoure@yahoo.fr ; stoure@iugb.org. africaine. Il n’est donc pas exagéré de dire qu’en peu de temps l’Université
de Kara est devenue l’une des meilleure université d’Afrique. Qu’il me soit
permis d’adresser mes vives félicitations à cette belle équipe dirigée avec
brio par le Président TCHKPELE.
Mesdames et Messieurs,
En 1962, au début des indépendances des pays africains, la Conférence
organisée à Tananarive par l’UNESCO et la Commission Economique pour
l’Afrique (CEA) sur le rôle futur de l’enseignement supérieur, avait assigné
des objectifs ambitieux aux universités africaines qui devaient devenir « un
instrument clé » du développement national.
Entre les années 60 et les années 80, un dispositif important
d’enseignement supérieur a effectivement été mis en place sur le continent
africain. Ce dispositif, qui comportait à la fois des Universités, des Grandes
Ecoles nationales et des Ecoles inter – Etats, a formé de nombreux cadres
hautement qualifiés : des médecins, des enseignants, des chercheurs, des
ingénieurs, des économistes, des administrateurs, des juristes et des
techniciens supérieurs qui constituent aujourd’hui les cadres dirigeants de
nos pays.
Toutefois, depuis les années 80, sous la conjonction d’une forte
croissance démographique, d’une crise économique aigüe et de plans
d’ajustement structurels visant notamment à réduire la part de la masse
salariale dans les budgets des Etats, l’enseignement supérieur africain a dû
faire face à un certain nombre de contraintes internes et externes parmi
lesquelles on peut citer :
– La forte réduction des ressources financières allouées par les Etats ;
– La part trop importante des aides sociales dans les budgets de
l’enseignement supérieur ;
– Les difficultés de recrutement de nouveaux enseignants qualifiés et
expérimentés entraînant ainsi un faible taux d’encadrement et la baisse
de la qualité des formations ;
– L’inadaptation des formations universitaires classiques aux besoins
réels et aux priorités socio-économiques de nos pays ;
– L’accroissement exponentiel du nombre d’étudiants ;
– Les mauvaises conditions de vie et de travail des enseignants et des
étudiants ;
– La baisse des offres d’emplois à la fin des études supérieures dans un
contexte de marasme économique très prononcé.
Confronté à ces dysfonctionnements, l’Enseignement Supérieur,
considéré à l’indépendance comme un outil indispensable pour résoudre les
problèmes du développement économique, social et culturel, a vu son image
se ternir progressivement et a perdu la confiance que lui accordaient les
responsables politiques, les employeurs, les parents et même les étudiants.
22Conscients de l’importance capitale de l’enseignement supérieur pour le
développement économique et social, et face aux enjeux et aux défis de la
mondialisation, plusieurs pays ont réalisé des réformes profondes de leur
système d’enseignement supérieur. Mais souvent, ces réformes n’ont pas été
entièrement appliquées et des difficultés demeurent.
Aujourd’hui en effet, l’enseignement supérieur se trouve interpellé pour
répondre aux défis majeurs que nous impose le nouvel état du monde. Pour
nos pays d’Afrique, ces défis sont essentiellement :
– la réalisation d’une synthèse originale et féconde entre nos traditions
et les valeurs d’une nouvelle société basée sur le savoir et les
nouvelles technologies de l’information et de la communication ;
– la promotion de l’homme ;
– la consolidation de l’Etat de droit et de l’unité nationale ;
– la réduction des inégalités entre les hommes et entre les régions ;
– et enfin la lutte contre la pauvreté.
Mais pour déterminer les principes qui doivent régir les missions et les
fonctions de l’enseignement supérieur dans les pays africains, il est
indispensable de répondre à un certain nombre de questions fondamentales :
– Comment l’enseignement supérieur peut-il contribuer à créer un
environnement socio-économique propice à un développement
humain durable de l’Afrique ?
– Comment la formation et la recherche peuvent-elles contribuer plus
efficacement à assurer la sécurité alimentaire, à améliorer les
conditions sanitaires des populations africaines, à protéger
l’environnement et à lutter contre la pauvreté ?
– Comment l’enseignement supérieur peut-il contribuer au
développement des autres niveaux et formes d’éducation et de formation ?
– Quelles réponses l’enseignement supérieur peut-il apporter à la
marginalisation actuelle de l’Afrique et comment peut-il contribuer à
l’insérer dans les circuits de l’économie mondiale ?
Si nous voulons que l’enseignement supérieur soit le moteur du
développement durable de l’Afrique, nous devons en repenser entièrement
les missions, les objectifs et le rôle et nous devons le restructurer en
fonction de nouvelles approches et de nouvelles priorités afin de mieux
préparer nos pays à faire face à la mondialisation.
L’enseignement supérieur doit viser en particulier, d’une part, à fournir
aux secteurs public et privé des cadres qualifiés et, d’autre part, il doit
former des personnes qui soient capables de jouer un rôle significatif dans la
création et le développement de la pensée et de la science.
De ce point de vue, il est clair que l’enseignement supérieur doit être
organisé avant tout pour la société et qu’il doit être au service de la
formation des citoyens. A ce titre, les représentants de la société civile et
23notamment les partenaires socio-économiques doivent être étroitement
associés aux instances de concertation, de gestion et de fonctionnement des
universités et des centres de recherches universités et des centres de
recherche.
Outre la formation des compétences professionnelles, les universités ont
également pour mission de générer, par des activités de recherche, un savoir
théorique et pratique capable de relever les défis du développement
socioéconomique et culturel. On le sait en effet, c’est la recherche qui garantit la
qualité de l’enseignement universitaire qui, à son tour, se nourrit des
résultats de la recherche.
Il s’agit donc pour l’enseignement supérieur africain :
– d’adapter ses missions aux exigences du développement économique,
social et culturel ;
– de professionnaliser les activités de formation et de recherche ;
– d’améliorer la qualité et la pertinence des formations universitaires qui
doivent s’inscrire dans la mouvance du savoir et de la technologie ;
– d’établir une plus grande intégration de la formation, de la recherche
et du développement ;
– de valoriser la recherche par la mise en œuvre de projets de recherche
pluridisciplinaires en partenariat avec le secteur privé ;
–d’instaurer une évaluation rigoureuse du dispositif d’enseignement
supérieur et de recherche ;
– d’optimiser l’utilisation des ressources humaines et financières ;
–d’assurer le partage et la diffusion de l’information scientifique et
technique.
Ce que je veux dire, c’est qu’il est temps que nos universités sortent de
leurs tours d’ivoire et qu’elles cessent de s’attacher à un modèle universitaire
éculé.
Dans le contexte actuel de mondialisation des échanges, de privatisation
des secteurs productifs de l’économie, et d’interdépendance grandissante des
nations, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique doivent
constituer des priorités pour l’Afrique.
En tant que continent en développement, l’Afrique a besoin de réaliser
des progrès importants dans les domaines de la recherche fondamentale et de
la recherche appliquée pour consolider son identité culturelle et sociale afin
de soutenir le développement économique, scientifique et technologique
du continent.
Quant à la recherche universitaire africaine, elle doit répondre aux défis
majeurs auxquels l’Afrique doit faire face. Il s’agit notamment de :
– créer un contexte politique et social favorable pour assurer la paix et
satisfaire les besoins vitaux des populations africaines (alimentation,
santé, éducation, culture, etc.) ;
24– appliquer la science et la technologie à la transformation des industries
traditionnelles et d’appliquer les techniques agricoles de pointe et la
biotechnologie à la modernisation de l’agriculture africaine ;
– réaliser des recherches dans certains grands domaines tels que la
maîtrise de la population, l’exploitation rationnelle des ressources
naturelles, la conservation de l’énergie et la protection de
l’environnement ;
– il s’agit également pour nous, enseignants chercheurs africains,
d’aider à l’émergence et à la mobilisation de communautés
scientifiques nationales ;
– préparer l’Afrique à la compétition mondiale dans les domaines
économiques, scientifiques, technologiques, culturels et de contribuer
à l’insérer dans les circuits de l’économie mondiale. Les programmes
de recherche doivent donc permettre d’accélérer un développement
économique, social et culturel à la fois plus soutenu, plus compétitif et
plus soucieux de la gestion de l’environnement et des ressources
naturelles.
Pour atteindre ces objectifs tout en tirant le meilleur parti des nouveaux
enjeux, il est essentiel que nos universités forment, pour les besoins du
développement du Continent, des scientifiques qualifiés et compétents
dans les différents domaines de la science pure, de la technologie, des
sciences humaines, économiques et sociales, car il ne saurait y avoir de
développement sans une capacité scientifique nationale.
Si, en effet, l’Afrique se contente d’importer des technologies des pays
développés au lieu de participer elle-même à la construction du savoir, il lui
sera difficile de combler le fossé qui la sépare de ces pays, encore moins de
réduire sa dépendance de l’assistance technique et scientifique extérieure.
L’Afrique doit donc disposer de sa propre cohorte de scientifiques dont
l’enracinement dans le Continent doit être encouragé. Toutefois, les acquis
scientifiques ne seront sources de progrès que s’ils sont ancrés dans les
mentalités, dans la culture et dans les comportements des populations
africaines.
Avec la mise en place d’équipes pluridisciplinaires de recherche où
l’on retrouverait des enseignants-chercheurs et des chercheurs qualifiés, des
étudiants et des professionnels motivés, et avec l’émergence d’une
communauté scientifique autochtone, l’Afrique pourrait profiter des
opportunités qu’offrent la science et la technologie moderne pour se
développer durablement et participer plus activement à la construction de la
société du savoir.
Le savoir se renouvelle très rapidement, les connaissances se
recomposent pour produire les compétences dont le monde a besoin. S’il est
légitime que tous les établissements d’enseignement supérieur aspirent à
25l’excellence, il est cependant évident qu’aucun d’entre eux ne saurait
atteindre le plus haut niveau dans tous les domaines du savoir.
Il est donc indispensable que l’on mette en place une politique dynamique
de coopération inter universitaire, régionale et internationale, qui favorise la
mise en commun et la gestion commune des ressources en vue de faciliter le
transfert et le partage des connaissances et de la technologie et qui permette
aux scientifiques africains d’accéder aux sources les plus récentes du savoir
et aux réseaux mondiaux de communication.
Cette vision nécessite l’établissement de partenariats Nord-Sud et
SudSud entre scientifiques, institutions universitaires et gouvernements. Cela
permettrait de consolider l’espace universitaire et scientifique africain tout
en favorisant la naissance de véritables centres d’excellence qui soient
capables de soutenir la concurrence avec la communauté universitaire
mondiale.
C’est dans ces conditions que les universités africaines pourront
s’organiser pour échapper à un isolement stérilisant et qu’elles pourront se
hisser à un niveau d’excellence et de reconnaissance internationale.
Chers collègues,
èmeNos universités doivent avoir pour ambition de bâtir l’Afrique du XXI
siècle, une Afrique qui aura un rôle plus agissant et qui soit capable
d’apporter au monde nouveau qui s’annonce autant qu’elle en reçoit. Mais,
pour qu’il en soit ainsi, il est évident que les Etats africains doivent investir
massivement dans les formations universitaires, la science et la
technologie qui sont les facteurs déterminants de notre avenir. En permettant
à l’Afrique de devenir rapidement un Continent émergent, les dirigeants
africains pourront ainsi asseoir les fondements d’un développement humain
durable dans le respect mutuel, la paix, la sécurité et la stabilité.
Je vous remercie de votre attention.
26Gestion des déchets urbains :
quels enjeux et quelles approches
*pour un développement durable en Afrique ?
Résumé
Les déchets urbains, résidus de consommation ou de production, ne
cessent d’évoluer en quantité, en nocivité et en complexité.
Malheureusement, des municipalités africaines, très souvent démunies,
n’arrivent pas à faire face au problème d’assainissement urbain malgré les
impacts négatifs des déchets sur la santé publique et l’environnement connus
de tous. L’avènement de nouveaux produits et donc de nouvelles générations
de déchets tels que les sachets et emballages plastiques usagés ou encore les
déchets électroniques complique davantage la gestion des déchets urbains.
Pourtant, ces résidus urbains constituent un gisement de matières premières
valorisables.
Ainsi, face aux énormes enjeux politique, juridique, économique,
socioculturel et technique pour une gestion durable, des exemples réussis
montrent que même si la valorisation énergétique reste très peu explorée en
raison des coûts d’installation extrêmement élevés et des difficultés de
stockage d’énergie, la valorisation par compostage et le recyclage des
déchets connaissent un développement remarquable.
Mots clés : déchets, assainissement, valorisation, environnement, santé.
Introduction
Liés au niveau de vie galopant des populations, les déchets urbains ne
cessent d’évoluer en quantité, en nocivité voire en complexité.
Paradoxalement, les municipalités africaines très souvent démunies,
n’arrivent pas à faire face au problème d’assainissement urbain malgré les
impacts négatifs des déchets sur la santé publique et l’environnement connus
de tous. L’avènement de nouveaux produits et donc de nouvelles générations

* Professeur Gnon BABA, Université de Kara, Faculté des Sciences et Techniques ; B.P. 404
Kara, gnonbaba@gmail.com de déchets tels que les sachets et emballages plastiques usagés ou encore les
déchets électroniques, complique davantage la gestion des déchets urbains.
Pourtant, ces résidus urbains constituent un gisement de matières premières
valorisables.
Dans ce document, après un rappel de la problématique des déchets
urbains, un certain nombre d’enjeux et des approches envisageables pour un
développement soutenu seront explorés. Des exemples encourageants qui
mettent en exergue ces approches seront présentés.
I. Problématique des déchets urbains
Les déchets urbains qui sont des résidus de consommation et ou de
production dans des agglomérations connaissent une triple évolution : en
quantité, en nocivité et en complexité. Ces résidus urbains, conséquence des
activités humaines ne sont pas sans conséquences multiformes. En effet,
l’assainissement urbain nécessite de moyens importants alors que les
municipalités qui ont la charge de ce secteur sont très souvent démunies dans
les pays en développement, en général, et dans les pays africains, en
particulier. Pourtant, nul n’est aujourd’hui sans savoir les méfaits des
déchets aussi bien sur l’environnement que sur la santé publique. La
production des déchets qui augmente, sans cesse, est, sans nul doute, liée à la
démographie galopante mais aussi au confort qu’exige, de plus en plus, le
consommateur pour sa sécurité et celle des produits. En conséquence, les
agglomérations africaines souffrent des problèmes multiformes.
I.1. Aspects socioculturels
Sur le plan socioculturel, on peut relever que la connotation négative des
déchets et le caractère péjoratif (répugnance, aversion, dégoût) freinent
certaines initiatives ; la gestion des déchets n’apparaît pas comme un secteur
attrayant.
L’avènement de nouveaux produits entrainant la production de nouveaux
types de déchets tels que des plastiques usagés, des synthétiques, des
batteries, des détergents, des déchets électroniques etc., complique
l’assainissement des localités de petits budgets.
Le caractère de jetabilité des objets ou des articles, la durée de vie limitée
des produits, les coûts de réparation élevés, … favorisent également
l’augmentation des déchets parce que presque tout va dans la poubelle des
ménages.
I.2. Aspects démographiques
Sur le plan technique, notamment l’aspect démographique, l’exode rural
densifie les agglomérations africaines avec pour conséquence la nécessité de
28satisfaire tous (augmentation de la quantité des déchets) et pose des
problèmes d’infrastructures. L’urbanisation ne suit pas malheureusement !
Elle est en panne, absente, insuffisante ou inopérante. D’une manière
générale, les infrastructures sont inadéquates si elles ne sont pas carrément
absentes. Les zones les plus défavorisées sont celles qui accueillent le plus
d’habitants.
I.3. Aspects législatifs
Sur le plan législatif, réglementaire ou institutionnel, force est de
constater l’absence ou l’insuffisance de textes, la non application des textes
existants, la mauvaise répartition des tâches avec pour conséquence des
conflits de compétences, l’absence de suivi de l’exécution des tâches.
I.4. Aspects techniques
La pré-collecte et la collecte (porte à porte, coin de rue, sélective)
connaissent des problèmes parfois liés au problème de transport. Les voies
sont inaccessibles et les engins utilisés non plus.
Les sites ne sont pas toujours aménagés et il n’est pas rare de voir des
déchets jetés dans des endroits non loin de leur lieu d’enlèvement.
I.5. Aspects environnementaux et sanitaires
Les déchets et leur gestion ne sont pas toujours éco-compatibles. On note
la non biodégradabilité des déchets plastiques ou l’acuité avec laquelle se
pose le problème des déchets électroniques. D’après un article du journal Le
Monde, au cours de l’année 2011, plus de 320 tonnes d’or soit 7,7 % de la
production mondiale de ce métal et 7 500 tonnes d’argent sont incorporés
dans des produits électriques et électroniques (ordinateurs, téléphones
portables, tablettes et autres équipements électroniques), mais moins de
15 % de ces quantités seront recyclées. Les différents compartiments de
l’environnement à savoir l’air, les sols et les eaux sont pollués du fait des
déchets non ou mal gérés. La liste des maladies qui peuvent en découler
n’est pas exhaustive : maladies hydriques, cardiovasculaires, pulmonaires,
respiratoires, etc.
II. Quels enjeux pour une gestion durable des déchets urbains ?
Les enjeux d’une gestion durable des déchets sont énormes :
29II.1. Enjeu politique
Comment satisfaire l’usager, le citoyen ? Lorsque le citoyen n’est pas
satisfait, les politiques ne sont pas à l’abri d’une sanction électorale, d’une
désobéissance.
II.2. Enjeu juridique
La réglementation et les moyens d’application des textes, et le
suiviévaluation font défaut ; le manque de clarification des responsabilités au
risque de voir naitre des conflits de compétence entre les acteurs ; le cadre
institutionnel ou législatif doit donc être suffisamment balisé pour éviter des
confusions de rôle.
II.3. Enjeu économique
Il importe de maîtriser les coûts d’investissement, de s’appuyer sur des
aspects fiables et économiquement viables ou supportables : les sources
d’investissement ou de financement doivent être diversifiées, une gestion
financière, une récupération et une gestion des taxes ou redevance saine.
II.4. Enjeu social
Le changement radical des mœurs n’est pas productif ; il faut envisager
un changement progressif de comportement du citoyen avec une stratégie de
communication appropriée à l’endroit de tous les acteurs ; la connotation
négative et le sens péjoratif réservés aux déchets doivent être positivités ;
II.5. Enjeux techniques
Ils sont de deux ordres. En amont, il faut envisager une production
écocompatible, une production respectueuse de l’environnement et, en aval, une
diminution effective des impacts négatifs des déchets ou de leur gestion sur
l’environnement et la santé publique.
Par ailleurs, un certain nombre d’objectifs sous-tendent une gestion
durable des déchets urbains : prévenir la production des déchets, éliminer les
déchets dans des conditions respectueuses de l’environnement, augmenter la
part des déchets valorisables, assurer la maîtrise des coûts de l’élimination,
garantir un service public performant, financer équitablement le service
public, développer l’écocitoyenneté, etc.
De même, la gestion durable des déchets va reposer sur un certain
nombre de principes de base répertoriés dans des différents dispositifs
réglementaires afférents à la gestion de l’environnement. Il s’agit pour la
plupart :
– du principe de précaution qui s’applique en l’absence de certitudes
scientifiquement ou techniquement établies ;
30– du principe de correction selon lequel, il ne faut pas hésiter à ajuster,
revoir les approches en cours d’exécution, si cela s’avérait nécessaire ;
– du principe pollueur-payeur qui fait obligation au pollueur de
supporter les frais relatifs aux actions préventives contre la pollution
ou celles afférentes à la mise en l’état des sites pollués ;
– du principe de prévention qui invite à agir par anticipation à
l’apparition possible ou probable d’un événement dans le cadre d’une
maîtrise des risques naturels ou anthropiques ;
– du principe de participation selon lequel chaque citoyen a le droit à
l’information relative à l’environnement mais aussi le devoir de veiller
à la préservation de l’envient et de contribuer à son
amélioration ;
– du principe de solidarité qui incite les personnes physiques ou morales
dotées de plus de moyens à contribuer davantage afin de combler les
petits moyens qui ne sauraient contribuer équitablement ;
– du principe de transparence qui invite au partage d’information et au
comportement ouvert.
III. Quelles approches d’une gestion durable des déchets urbains ?
Quelques exemples réussis permettent de se rendre compte que nos
dépotoirs regorgent d’un gisement de matières premières valorisables, ce que
certains veulent dire par "une mine dort dur dans nos ordures" en général,
ou pour faire allusion au métal noble, on parle d’"une mine d’or dur dans
nos ordures". Plusieurs pistes sont en effet envisageables pour valoriser les
déchets c’est à dire leur redonner une valeur marchande. Il peut s’agir d’une
valorisation matière ou énergétique.
III.1. Recyclage
Recycler un déchet, c’est le réintroduire directement dans le cycle de
production dont il est issu en remplacement total ou partiel d’une matière
première neuve. Les matériaux comme les plastiques, la ferraille, les
papierscartons et des verres peuvent être concernés. Les populations l’ont compris !
Ces matériaux font l’objet de récupération par les chiffonniers que certains
n’hésitent pas à appeler des "fouilleurs" voire des archéologues pour
exprimer le fait qu’ils creusent dans des dépotoirs pour rechercher la
moindre ferraille. Dans certaines villes africaines, un (1) Kg de ferraille
coûte 50 F CFA en moyenne.
III.2. Compostage
C’est une vielle méthode utilisée même en milieu paysan, pour les
déchets de culture. C’est une décomposition biologique des déchets
31organiques conduisant à un matériau stabilisé riche en substances humiques
et fulviques et appelé compost. Dans le cas des déchets urbains, seules les
fractions fermentescibles sont utilisées. Le matériau obtenu peut être utilisé
pour amendement des sols mais aussi servir en fonction de la qualité des
matières compostées, en génie civil pour les remblais. Il aussi servir à
l’alimentation de bétail (forme de conservation des aliments de bétail). Le
compostage est à la portée de tous puisqu’il ne nécessite pas d’équipements
sophistiqués. Dans le cas de nos villes, le compost peut très bien être utilisé
en agriculture urbaine et périurbaine. Il faut bien entendu prendre soin
d’éviter de contaminer les fractions fermentescible avec des produits
chimiques (lessives, médicament, batterie, produits phytosanitaires,…). Une
collecte sélective des matières compostables est donc recommandée.
Pour ceux qui en ont les moyens, le compostage peut être associé à la
méthanisation, la valorisation en biogaz des boues de vidange par exemple.
La valorisation des déchets la plus courante en Afrique est le réemploi ou
la réutilisation. Le premier consiste en un nouvel emploi d’un déchet pour un
usage analogue à celui de sa première utilisation. C’est le prolongement de la
durée de vie de ce qui est considéré comme déchet pour certains (une
bouteille d’eau minérale vidée qui sert à remplir d’eau de boisson). Quant à
la réutilisation d’un déchet, elle fait appel à un nouvel usage différent du
premier emploi (un bidon en plastique initialement contenant de l’huile qui
est ensuite utilisé pour la conservation des céréales par exemple).
La valorisation énergétique notamment par voie thermique (incinération)
n’est pas très favorable compte tenu des coûts d’investissement et d’entretien
élevés des installations. En revanche, la méthanisation à partir des boues de
vidange est envisageable.
III.3. Etude de cas
Des initiatives ne manquent pas. Le compostage des ordures ménagères
par des acteurs de la société civile avec l’appui technique des chercheurs se
développe de plus en plus.
En effet, le Laboratoire GTVD (Gestion Traitement et Valorisation des
Déchets) de l’Université de Lomé et le Laboratoire d’Assainissement,
Sciences de l’Eau et Environnement (LASEE) de l’Université de Kara ont
mis en place des plateformes de compostage des ordures ménagères, en
partenariat avec des ONG et au profit d’elles à Lomé et à Kara.
32Figure 1 : Plateformes de compostage des ordures ménagères de Lomé et Kara
Lomé, Laboratoire GTVD/ENPRO (a)
Kara, LASEE/AVROVIKA / AJAC (b)
La plateforme de Lomé gérée par l’ONG ENPRO en partenariat avec le
Laboratoire GTVD emploie plus de 30 personnes. Celle de Kara installée
pour les associations AVROVIKA et AJAC, emploie 16 personnes et
bénéficie de l’appui technique du LASEE de l’Université de Kara (Figure 1,
a et b).
Toujours dans le volet compostage, il est important de citer l’exemple du
Centre de Traitement de Valorisation des Déchets (CTVD) de Ouagadougou
(ancien centre d’enfouissement technique des déchets). Un groupement de
femmes y procède à la valorisation des ordures ménagères par compostage
(figure 2)
33Figure 2 : Plateforme de compostage des ordures ménagères du CTVD, Ouagadougou
En matière de recyclage et de valorisation des plastiques, on peut
également citer le groupement de femmes du CTVD qui valorisent les
plastiques en poudre utilisable en industrie. Il en est de même des travaux de
Philippes Yoda (Ouagadougou) qui fabrique des objets (pavés, panneaux,
plateaux,…) à partir du plastique fondu ou encore des travaux d’Amey
(Université de Lomé) qui fabrique des briquettes à partir du plastique fondu
avec ou sans adjuvants minéraux ou organiques.
Figure 4 : Valorisation de plastique
CTVD, Plastique broyé Briquette à base de plastique (Amey)
A la différence des plastiques, la valorisation des bouteilles n’est pas
encore très vulgarisée. On relève toutefois quelques exemples dont celui de
la plateforme de Lomé où les bouteilles sont broyées en plusieurs différentes
granulométries et utilisées en génie civile (badigeon).
On peut citer également, au Ghana à titre d’exemple, la collecte et le
démantèlement des déchets électroniques. Ce secteur emploie environ 30
000 personnes. Une tonne de téléphones cellulaires sans batteries donnerait
3,5 kg d’argent (Ag), 340g d’or (Au), 140 g de palladium (Pd) et 130 kg de
cuivre (Cu).
34Conclusion
Les déchets urbains dans des PED en général et des pays africains en
particulier constituent un gisement de matières valorisables. La prise en
compte des enjeux encourus en matière d’assainissement urbain et
l’implication de tous les secteurs (privé, public, formel, informel) de même
que de tous les acteurs (chercheurs, ONG, politiques, bailleurs, ménages,
services, consommateurs…) peuvent faire du traitement de ces résidus
urbains, de véritables opportunités pour un développement soutenu. Des
initiatives de valorisation de ces résidus, non seulement réduiraient de façon
notable leurs nuisances sur l’environnement et la santé publique, mais aussi
créeraient des emplois.
Références bibliographiques
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sable silteux et de liant de sachets plastiques, colloque scientifique international
de l’Université de Kara, 12-16 mai 2014.
Belyaeva O.N., Haynes R., 2009, Chemical, microbiological and physical properties
of manufactured soils produced by co-composting municipal green waste with
coal fly ash. Bioresource Technology 100, 5203–5209.
Charnay F., 2005, Compostage des déchets urbains dans les PED : Elaboration d’une
démarche méthodologique pour une production pérenne de compost. Thèse de
Doctorat N° 56. Université de Limoges ;
Hargreaves J.C., Adl M.S. Warman P.R., 2008. A review of the use of composted
municipal solid waste in agriculture. Agriculture, Ecosystems and Environment
123, 1-14.
Kolédzi K. E., Baba G., Tchangbédji G., Agbéko K., Matejka G., Feuillade G. et
Bowen J., 2011, Experimental study of urban waste composting and evaluation
of its agricultural valorization in Lomé (Togo); Asian Journal of Applied
Sciences (2011), 4 (4), 378-391.
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Tchangbédji G., Baba G., Agbéko K., Bailly J.R., Lacout J.L., 2005, Monitoring of
natural phosphate dissolution during composting process, Phys. Chem. News, 23,
124-127.
Site web :
http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/06/une-mine-d-or-et-dargent-ignoree-dans-les-dechets-electroniques.
Wackmann G., Environnement et éco-société, ellipses, 2011 ;
Yoda Ph. Association pour l’Innovation et la Recherche Technologique appropriée
en environnement (revalorisation déchets plastiques), Ouagadougou.
35Les cultures africaines dans les Universités :
une voie novatrice pour sortir le continent
*de son atonie ?
Résumé
En 1960, 17 pays de l’Afrique sub saharienne, anciennement colonisés
par la France et la Grande Bretagne surtout, accédèrent à la souveraineté
nationale et internationale, et donc à l’indépendance. Quelques années plus
tard, entre 1965 et 1970, ils résolurent, presque tous, de s’engager dans une
voie novatrice pour un développement accéléré de leur part : la formation, in
loco, de leurs élites. Ils se dotèrent alors sur place d’Universités, ce qui leur
permit de disposer, rapidement, de cadres de haut niveau, dans beaucoup de
domaines de savoirs.
De 1970 à nos jours, cette implantation d’Universités ne s’est pas
arrêtée ; elle s’est poursuivie, jusque dans les zones les plus reculées de
nombreux pays du continent, faisant ainsi de l’Afrique, un lieu de formation
des élites. Il en est ainsi de Franceville au Gabon, de Ziguinchor, Thiès,
Saint-Louis au Sénégal, Kara au Togo…
Or lorsqu’on regarde de très près ce continent, cinquante ans après les
indépendances, une réalité reste frappante : malgré des taux à deux chiffres
qui créditent le continent d’une croissance à venir au point de le présenter
comme « l’avenir » du monde, la persistance de la pauvreté, de la précarité,
du mal vivre, du mal-être ; en gros, de l’atonie, du sous-développement,
alors qu’a contrario l’Asie, sous-développée aussi il y a quarante ans, a
réussi le tour de force, depuis de longues années, de se hisser au rang de
« dragon », et donc de grande puissance mondiale, au point de concurrencer
durablement des Nations européennes et américaines. Une question alors se
pose : comment le comprendre ? Pourquoi l’Afrique reste-t-elle comme
condamnée durablement à végéter dans son mal être, à être le continent de
l’arriération ? Est-ce par fatalité ? Ou est-ce parce qu’elle a plutôt fait le

* Hugues Mouckaga, Professeur Titulaire, Historien, Université Omar Bongo, Libreville
(Gabon). Université Omar Bongo, Libreville (Gabon), Tél. : 0024107967481 e-mail :
hmouckaga@yahoo.frchoix de paradigmes de développement surannés ? La solution majeure,
n’est-elle pas d’ordre culturel avant et après tout ?
Cette communication vise à établir le diagnostic des Universités
africaines. Elle se propose aussi de s’interroger sur l’essence des cultures
africaines et de montrer en quoi ces cultures, exploitées au mieux et servies
aux jeunes élites en formation dans les différentes universités, peuvent être
une solution durable pour le développement du continent.
Mots Clés
Universités, Indépendance, Développement, Sous développement, Cultures.
« Gare à celui qui bâtit sa maison en utilisant des briques de beurre de karité »
Proverbe sarakollé
Introduction
En 1960, après une parenthèse coloniale de cinq siècles, ponctués par
l’esclavage, la traite et la colonisation, avec l’une des conséquences
épouvantables que fut la saignée de ses ressources minérales, naturelles et
humaines, l’Afrique et plus spécialement celle située dans la partie sub
saharienne, accéda à la souveraineté nationale et internationale. Dans cette
eroptique, dix sept (17) pays, dès le 1 janvier, exception faite pour la
GuinéeConakry, dont le tonitruant « NON » de Sékou Touré permit d’acquérir son
indépendance pratiquement séance tenante, en 1958, se virent octroyer leur
autonomie. Même ceux des pays dont les dirigeants avaient souhaité une
« indépendance progressive, graduelle », quitte à avoir le statut de
« Département d’Outre Mer », n’y purent rien ; ils devinrent indépendants !
Alors que depuis les années 1940 l’essentiel de la formation de leurs élites se
réalisait pour l’essentiel dans les Universités et autres centres formations de
la Métropole, ces pays prirent alors une décision majeure : former leurs élites
in domo et donc disposer de cadres hautement formés et nourris « à la
mamelle nationale » aux fins de permettre le développement tous azimuts.
Dès lors, à compter de 1965, des Universités furent créées dans la plupart de
ces pays : Cameroun en 1965, Bénin, Togo et Gabon en 1970, Niger en
1973, Haute-Volta en 1974, Guinée-Conakry en 1984 ... qui s’ajoutèrent à
celles déjà existantes : Tananarive (Madagascar) en 1861, Dakar (Sénégal)
en 1959... à telle enseigne que dans certains pays, existent aujourd’hui, outre
celles qui sont installées dans les capitales administratives et politiques,
celles qui ont été implantées jusque dans les provinces! Mais qu’en dire
aujourd’hui ? Ces Universités, ont-elles rempli leurs missions initiales,
autrement dit celles de former des élites et, par extension, de contribuer au
développement des pays sur lesquels elles sont implantées ?
38D’autres savants, véritables Universitaires et soucieux de proposer des
solutions viables, l’ont fait avant nous. A eux se sont mêlées des institutions
internationales, soucieuses de trouver des remèdes à ce que certains ont
considéré comme une « mission inachevée » de nos Universités. A ces
travaux se sont ajoutés des tables rondes, des Symposiums, etc., toujours
portés par la même ambition. A notre tour, nous nous y engageons. Dans
cette optique, nous examinerons d’abord la question de la formation. Ce qui
nous amènera à cette interrogation : les Universités africaines, ont-elles
réussi le tour de force de former des élites nationales ? Après quoi, nous
examinerons le deuxième versant de notre question : ces Universités,
ontelles pu faire décoller l’Afrique au plan de son développement ? Si non,
pourquoi ne s’essaieraient-elles pas « à la culture » ?
I. Une mission réussie : la formation des élites
« Le bonheur c’est de continuer à désirer ce que l’on a déjà » Saint Augustin
Lorsqu’on jette un coup d’oeil sur les textes fondateurs des Universités
africaines, une évidence saute aux yeux : la part fondamentale prise par la
formation des élites. Il en est ainsi de l’ordonnance n° 30/71/PR du 19 avril
1971 créant et organisant l’Université Nationale du Gabon, appelée, en
abrégé, U.N.G. En son article 2, il est ainsi stipulé : « L’Université Nationale
a pour mission l’élaboration et la transmission de la connaissance, le
développement de la recherche et la formation de l’homme. Elle doit
s’attacher au plus haut niveau et au meilleur rythme de progrès les formes
supérieures de la culture et de la recherche et à en procurer l’accès à tous
ceux qui en ont la vocation et la capacité. Elle doit fournir aux secteurs
publics et privés des cadres dans tous les domaines et participer au
développement économique et social ». En parcourant ce passage, les
objectifs visés par l’Etat en cette année 1970 qui donnèrent lieu à l’ouverture
de l’Université Nationale du Gabon, U.N.G., avant que celle-ci ne se muât,
en 1978, en Université Omar Bongo (U.O.B.), étaient sans équivoque : il
fallait former les Hommes, autrement dit les hommes et les femmes, de
manière intégrale, pour les mener à un niveau de connaissance le plus élevé
possible et faire d’eux des élites, des piliers majeurs du développement.
Nous ne doutons pas que le Gabon ne fût pas le seul pays à avoir adopté et
déterminé ces missions cardinales ; les autres pays, tous les autres, firent
inévitablement comme lui. Et pour cause : après une période de colonisation
qui s’était soldée par la main mise du colonisateur sur tous les leviers de
commande et sur tous les secteurs, surtout névralgiques de la vie des
différents pays, il était urgent que les nouvelles entités territoriales
maintenant indépendantes devenues, maîtresses de leur destin, se prissent en
main et décidassent par elles-mêmes, de leur devenir.
39Certes, « les Universités de première génération » autrement dit celles
qui datent des années 60-70 « dans leur ensemble ont été créées par les
anciennes puissances de tutelle », ce qui donna lieu à « des encadreurs
français en majorité » ; bien évidemment « les programmes, les structures,
les diplômes étaient assimilés à des diplômes français, avec.. une validité de
plein droit » (Komlavi Fofoli S. : 116) mais au final, ces Universités visaient
le même objectif : doter les pays où elles étaient implantées d’élites. Les
dirigeants africains n’en avaient d’ailleurs guère le choix ; ils ne pouvaient
compter durablement sur les coopérants ; il leur fallait disposer de leurs
propres cadres ! C’était une question d’honneur, de fierté nationale. Au-delà,
c’était une question de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale ! En
poussant le trait, l’on peut dire que c’était une obligation incontournable. Il
se créa ainsi, non seulement toutes les Facultés, mais aussi les grandes
écoles. De même, d’année en année, il fut déversé sur le marché de l’emploi,
des nationaux formés et prêts à occuper les divers domaines de la vie
professionnelle : Historiens, Géographes, Economistes, Juristes, Biologistes,
Administrateurs, Fiscalistes, etc. Ceux qui ne disposaient pas de tous les
domaines de spécialisation chez eux ? Ils se tournaient vers les pays voisins
ou continuèrent à s’adresser à la Mère Patrie.
Certes, les taux d’échec restent élevés, ce qui ne permet toujours pas à
tous les Etats de couvrir l’intégralité de leurs besoins.
Mais globalement, une réalité demeure : l’Afrique, par le biais de ses
Universités, a réussi le tour de force de former des cadres, des élites,
autrement dit des femmes et des hommes compétents dans divers domaines
de spécialité. Elles sont parvenues, depuis leur création, à former des élites
nationales d’un haut niveau de technicité, au point que les « mannettes » des
différents secteurs de la vie économique, sociale et culturelle des différentes
Nations sont, pour l’essentiel, tenues par des cadres formés localement,
grâce à l’expertise des Enseignants, pour la majeure partie d’entre eux
nationaux, qui y professent. D’ailleurs. au-delà des étudiants issus des
différentes sous-régions d’Afrique, ne voit-on pas, dans l’une et l’autre de
ces Universités, affluer ceux issus de certaines Universités du Nord?
Convaincus de bénéficier d’un savoir et d’un encadrement pointus dans
l’une ou l’autre de ces Universités, ils y affluent, s’y installent, et repartent
dans leurs pays d’origine, souvent satisfaits des résultats obtenus et des
prestations qui y ont été fournies.
Comment s’en étonner? Depuis leur création au Moyen Age, en Europe,
lorsque fut fondée la Sorbonne en 1215, alors qu’elle était appelée
Universitas magistrorum Scholarium parisiensiensium pour la simple raison
qu’en ces lieux se trouvaient réunis les maîtres et leurs disciples pour leur
donner l’occasion d’instaurer un climat d’échanges, de partage quasi
confraternel, sans oukases, sans sectarisme, avant d’être suivie par Oxford,
en 1249, Cambridge, en 1284, Heidelberg, en 1386, Cologne, en 1388, et
Tübingen, en 1477, les Universités ont toujours été des espaces de sécrétion
40des savoirs, des temples de connaissance, des vecteurs de la science ;
autrement dit, si l’on en croit Le Larousse, un « ensemble organisé de
connaissances relatives à certaines catégories de faits ou de phénomènes »,
un « ensemble de connaissances humaines sur la nature, la société et la
pensée acquises par la découverte des lois objectives des phénomènes, et
leur explication ». S’étant dotées d’une autre vision qui consacre le recul de
la théologie, au départ science par excellence tenue en main par le Pape qui
faisait de l’église son lieu d’expression privilégiée pour mener un combat
rude contre les mécréants et les détruire physiquement, les Universités ont
toujours été ces milieux où l’on manipule les savoirs, la connaissance, non
pas de manière empirique, par à-coups, où tout ce qui s’entreprend obéit à
une forme de hasard, sans aucune vérification a priori et a posteriori, mais
un domaine qui s’applique à tout ce qui obéit à des lois, à des règles, à des
normes, à ce qui est vérifiable, tangible. Les Universités ont donc toujours
été l’environnement, le milieu approprié où vit et s’épanouit le domaine
scientifique, un domaine qui fonctionne par la preuve, où la science vit au
quotidien et s’applique à tout ce qui s’intègre dans un cheminement
méthodique, calculé, mesuré. Elles ont toujours été cet espace où la science
est reine, en ce qu’elle obéit à une démarche dosée, rationnelle, où la raison
l’emporte sur l’instinct, où tout ce qui se fait est du domaine des savants,
c’est-à-dire de ceux qui savent, de ceux qui maîtrisent la scientia, ce
domaine intellectuel qui procure la sagesse au plus haut point et qui pourvoit
de tous les éléments de connaissance susceptibles de se laisser hisser au rang
des divinités. Sur cette base, les Universités africaines ne pouvaient évoluer
différemment. S’étant inspirées du modèle occidental, elles aussi ont érigé la
science en maîtresse ; elles ont fait de cette discipline un domaine relevant
de la quasi transcendance, de la surhumanité, où l’on crée en permanence, où
l’on dépasse son ego, son moi étriqué, ses propres contingences, pour se
hisser à une autre dimension. La science qui y est enseignée,
n’implique-telle pas raison, logique et rationalité, mais aussi examen réfléchi, recherche
de possibilités contraires, autocritique, prudence dans l’affirmation
définitive? N’induit-elle pas vérification des limites et de la validité des
affirmations, écoute des causes, compréhension, collaboration mentale pour
comprendre le point de vue de l’autre, modestie, goût de l’effort, volonté de
dépassement? Elle impose la maîtrise des postulats, des concepts, mais aussi
les méthodes et les lois qui fonctionnent selon des règles établies et
applicables à tout domaine intellectuel. Des efforts quasi titanesques ! Des
exigences de tous les instants ! Des vertus quasi jupitériennes et donc qui
relèvent presque du domaine des divinités ! Ainsi structurées, les Universités
africaines font de ceux qui y professent, des presque dieux ! Ce ne sont point
des personnages ignorants, analphabètes, qui ne savent rien. Ce sont des
personnages au-dessus des autres, car placés en permanente lévitation. Ils
s’élèvent constamment, pour aller à la recherche d’un ailleurs, d’un meilleur,
d’un mieux-être, d’un idéal, de la perfection ! C’est pourquoi un
41Universitaire ne peut être qu’un savant, quelqu’un qui manipule la
connaissance à un haut degré, qui crée des savoirs à partir de rien, qui leur
donne vie et corps ainsi que substance, et qui contribue grandement à donner
à l’espèce humaine une contenance plus dense. C’est pourquoi, également,
sa finalité est de former des esprits équilibrés !
Il y a deux cents ans, dans le texte qu’il réalisa à l’occasion de la
fondation de l’Université de Berlin, en Allemagne, Wilhem Von Hombolt,
disait d’ailleurs, en substance, ceci : « C’est une particularité des institutions
scientifiques supérieures que de toujours considérer la science comme un
problème non encore entièrement résolu et, par conséquent, de ne jamais
cesser de chercher ». Parlant de l’Europe, J.J. Rousseau, au XVIIIe s.,
« siècle des Lumières », ne disait-il pas à son tour que « si on brûle toutes les
bibliothèques et on détruit les universités et les académies, l’Europe
retombera dans la barbarie »? Et Condorcet, ne renchérissait-il pas en ces
termes : « Enfin, aucun pouvoir public ne doit avoir ni l’autorité ni même le
crédit, d’empêcher le développement des vérités nouvelles, l’enseignement
des théories contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts
momentanés... »? L’Universitaire africain donc participe ainsi à la floraison
d’idées, à leur brassage et à leur vitalisation, mais aussi à leur mobilité et
donc à leur circulation, en les rendant communes, en les faisant s’approprier
par le plus grand nombre. Il les rend aussi plus pointues, plus acérées et, du
coup, recule les limites de l’ignorance Il participe à la conservation du savoir
comme patrimoine de l’humanité, à sa transmission intergnénérationnelle, au
dialogue avec les autres, mais aussi à la culture de la tolérance, de la raison
et de la liberté ! Mieux il se revêt du vêtement du Scholasticus, ce nom que
Pline le Jeune donna à son ami Suétone, pour faire ressortir ses qualités
d’érudit, d’homme de méditation, dégagé de la vie active, vivant dans le
commerce des livres, assez proche des antiquaires ; qualités qu’il énumérait
ainsi : probissimus, honestissimus, eruditissmus vir. Il forme, forme, et
forme !
Un Universitaire qui s’y applique se montre ainsi digne d’être dans son
milieu, le milieu universitaire, conçu pour incarner à la fois la mémoire et la
curiosité de la société. Car, il est une vérité quasi dogmatique : sans
mémoire, aucune société ne vivrait ; elle s’affadirait et ne pourrait aspirer au
progrès ; elle ne pourrait donc envisager d’avenir et serait condamnée à
évoluer comme un navire ivre ! C’est dans ce cadre que dans le milieu
universitaire les Enseignants portent l’appellation d’«
enseignantschercheurs » : ils transmettent le savoir, les savoirs, mais ils le créent
également tels des quasi dieux ! Il y a 2500 ans, cet élan créatif, le
philosophe présocratique grec Xénophane, le faisait ressortir par ces propos :
« Les dieux n’ont pas tout révélé aux hommes dès le commencement : c’est
avec le temps et en cherchant qu’ils peuvent découvrir des améliorations ».
L’auteur grec ne le spécifie pas, mais de telles aptitudes ne peuvent se
réaliser pleinement sans la mise en branle d’un certain nombre de vertus,
42dont la majeure reste, de notre point de vue, l’humilité, caractéristique
première de l’homme des sciences, de l’Universitaire. Sans être l’homme des
certitudes, l’Universitaire, scientifique avéré, en effet, ne cultive-t-il pas à
outrance cette vertu? Chaque jour, au sortir de son lit, il se convainc de cette
formule socratique : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ».Il se
persuade de ne pas avoir une connaissance encyclopédique, de détenir la
science infuse, celle-ci étant du domaine de Dieu. Il ne peut se convaincre
d’être un savant accompli, il doit plutôt intégrer la réalité selon laquelle c’est
« en ferraillant tous les jours qu’il deviendra ferronnier » ; autrement dit sa
scientificité ne pourra être complète et entière que s’il accepte de se
considérer comme un « infiniment petit » qui apprend tous les jours, qui se
frotte aux autres, aux grands, à ceux qui savent et qui peuvent lui apporter
davantage ! II doit faire sien le principe selon lequel « personne ne se fait
jamais seul » ; il lui faut s’assurer que « le grand d’aujourd’hui a été
nécessairement le petit d’hier ». C’est pourquoi l’homme de science
véritable se remet permanemment en cause et ne peut s’offusquer de
s’entendre dire que ses productions scientifiques pêchent au plan du fond ou
de la forme et donc méritent d’être revues.
Imbu de cette vertu majeure, l’on ne saurait donc ne pas l’admettre :
l’Universitaire, ouvrier de la science, est un phare de la société. Comment ne
le serait-il pas ? N’est-il pas nanti du diplôme le plus élevé que puisse
délivrer toute Institution Universitaire, le Doctorat? Pour mener sa carrière,
ne s’astreint-il pas au quotidien à un labeur sans relâche qui passe par la
publication d’articles scientifiques de haute volée, de bonne facture, appelés
à être publiés dans des revues scientifiques, disponibles en petit tirage car
accessibles uniquement par les savants ? C’est un permanent insatisfait, car
cherchant toujours à découvrir, quitte à remettre en cause, quelque temps
après, les fruits de ses découvertes, y compris celles qui ont fait l’objet d’un
satisfecit général ; c’est un homme qui vit dans la tourmente, car obsédé par
son propre dépassement ; c’est un homme qui vit dans l’enfermement que
requiert le laboratoire et où son intelligence reste en permanent éveil. Le
laboratoire, en effet, n’est-ce pas cet espace adapté à l’expérimentation, pour
la vérification des faits, mais aussi pour l’enfermement sur soi, gage d’une
lévitation réussie? Muni de son attirail spécifique, blouse, gants, bottes,
stylo, blocs notes, éprouvettes, etc., c’est là que le scientifique y trouve son
aisance. Loin de tous les bruits ambiants, mondains, de toutes les tracasseries
démotivantes, plongé au milieu des livres, cherchant le moindre indice dans
le fatras de documents mis à sa portée, lisibles ou non, parfois broussailleux,
parfois indéchiffrables, parfois inaudibles, c’est le lieu idéal où il dialogue
avec toutes ses sources, communique avec ses informateurs, mais aussi
réfléchit, crée, donne une existence à une idée, à un concept, s’enferme en
lui-même, discute avec lui-même et avec les autres, échange sur une
question, soulève les bonnes interrogations ou y apporte des tentatives de
réponses. Le laboratoire, voici donc l’espace dans lequel vit au quotidien
43l’Universitaire. Non point un espace brumeux, fumeux, impénétrable,
hermétique, mais un univers ouvert, convivial et vivable ; un espace où l’on
se sent à son aise et où la production peut être la plus abondante et la plus
vivifiante possible. Le laboratoire doit donc être pris, senso latu, comme un
milieu propice à toute réflexion, à toute création, à toute inventivité, car
réunissant toutes les conditions pour ce faire : la possibilité d’un
compagnonnage utile et efficient, la facilité d’un recours ou d’un concours
confraternel, le retrait du monde ambiant, avec ses miasmes et ses autres
distractions. Le laboratoire, lieu par excellence du scientifique, doit donc être
vu comme ce cadre où une réflexion peut éclore, mûrir et aboutir. Chacun
peut donc avoir le sien ! Ce peut être dans la forêt, parmi le gazouillis des
oiseaux ; ce peut être aussi dans sa maisonnée... L’essentiel est que toutes les
commodités s’y trouvent pour permettre toute forme de création, de
conceptualisation! On pense, non seulement à l’éprouvette, aux macchabées,
aux cartes, au crayon papier, au stylo, au bloc notes, mais aussi à
l’ordinateur, à l’imprimante, au scanner. Ce qui veut dire que le scientifique
ne saurait se complaire d’un univers bruyant, fortement sonorisé et peu
propice à la concentration! Travailler en laboratoire, voilà donc ce à quoi
s’astreint, au quotidien, l’Universitaire, car obsédé par la nécessaire
trouvaille, par l’absolue découverte de toutes choses, omnia, diraient les
Latins, afin de les sortir de la brume, de l’inexistence, pour les rendre
vulgaires, les mettre à la disposition de tous et de leur donner une certaine
applicabilité. II y mène la recherche fondamentale, mais il y entreprend aussi
la recherche appliquée, celle-là même qui a une applicabilité concrète.
N’estce pas de cette recherche appliquée qu’émanent des découvertes qui
permettent d’améliorer le quotidien des populations et, plus largement, de
l’humanité? Les découvertes sur les soins appropriés du cancer, du SIDA, de
la sclérose des plaques, du paludisme, etc., émanent de la recherche, soit-elle
fondamentale ou appliquée. Vu sous cet angle, l’Universitaire africain,
comme ses congénères d’autres cieux, est au service de l’homme ; il lui sert
de base dans sa vie quotidienne ! Imagine-t-on alors ce que serait le genre
humain sans des scientifiques, mieux, des savants et donc des Universitaires,
y compris africains ? Un milieu désert, vivant dans la barbarie, où l’espèce
humaine serait livrée, les mains nues, à toutes les avanies, sans arme, sans
possibilité de défense ! Il ne serait immunisé contre rien ! Honneur alors aux
Universitaires ! Honneur aux Universitaires africains !
Certes, on fera peut-être à certaines Universités le grief de fonctionner
avec un trop plein de Laboratoires et Centres de Recherche et d’être peu
efficaces en termes de rentabilité et de productivité, étant entendu que la
science commande que l’on travaille en équipe, que l’on mette tous les
moyens en synergie, que l’on mutualise toutes les potentialités. Bien
évidemment, il en est qui se gausseront encore des Universitaires, chercheurs
aussi par essence - car la recherche induit la formation, l’enseignement ;
l’une se fait en amont tandis que l’autre se fait en aval-, en tenant des propos
44du genre « les chercheurs qui cherchent et qui trouvent on les cherche alors
que ceux qui cherchent et ne trouvent pas on les trouve », donnant ainsi leur
imprimatur à tous ces négrophobes de tous poils qui pensent que l’Afrique
ne mérite aucun crédit car elle n’a pas donné naissance à un Lavoisier, à un
Platon ... et à un Prix Nobel, mais l’essentiel n’est-il pas là? : tous les outils
que nécessite une Université pour sa réelle opérationnalité existent dans nos
Universités, comme il en existe dans celles du monde. Les Universitaires
africains, autant que leurs confrères du Nord, secrètent, eux aussi, la
connaissance, manipulent tous les avoirs utiles et sont des savants. C’est
grâce à eux que l’on a la possibilité de former des élites, de transmettre le
savoir acquis et les valeurs vivantes qui en sont sous-tendues, mais aussi de
progresser vers l’inconnu et le nouveau, dans la perspective d’un univers
meilleur, de choses merveilleuses, mirabilia.
Résultat : grâce aux Universités implantées sur le continent, et surtout à
ceux qui y professent, les Universitaires, l’Afrique est parvenue à maîtriser
tous les domaines de connaissance, à être, pour l’essentiel, présente sur
l’ensemble des terrains de la science et à faire entendre, de par le monde, sa
voix. Au-delà, ils ont réussi à doter les pays où ils exercent leurs activités de
cadres de haut niveau, qui soutiennent la concurrence avec ceux d’ailleurs.
Mais question : pourquoi, malgré la présence de ces élites, le
développement de l’Afrique se fait-il toujours attendre?
II. Un échec : l’amorce du développement
« Avant de parler, assure-toi que ce que tu vas dire est plus beau que le silence »
Proverbe japonais
Des qualificatifs, en effet, sont utilisés, pour qualifier toujours les pays
africains dans leur quasi intégralité : pays en voie de développement, pays à
revenu intermédiaire, Pays Pauvres Très Endettés ; des termes aussi variés
les uns que les autres mais qui renvoient, tous, à une seule et même réalité :
l’arriération du continent et surtout de la partie sub saharienne. Partout, les
mêmes maux apparaissent : précarité de l’existence, morbidité, mal
gouvernance, scolarisation au rabais, etc. Après avoir cherché à se doter d’un
tissu économique et à se lancer dans la voie de l’industrialisation, ce tissu a
volé en éclats, est tombé en lambeaux et s’est décousu, au point d’amener
tous nos Gouvernants à recourir aux fameux P.A.S., les Programmes
d’Ajustement Structurel, avec leur cortège de mesures anti sociales, qui ont
engendré chômage par vagues entières et accru la misère. Partout, les rues
sont défoncées, partout les hôpitaux manquent de médicaments, partout les
établissements scolaires pâtissent d’effectifs pléthoriques, partout se sont
installés les délestages..., alors que le PIB, le Produit Intérieur Brut,
instrument par lequel l’on juge de la situation d’un pays, n’est pas toujours
des plus bas. Pendant de nombreuses années, des solutions clés en main ont
45été souvent proposées à nos Etats, souvent par des Institutions
Internationales, de la trempe de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire
International, FMI. Théorisant dans des hôtels fumeux à partir des concepts
usés appris machinalement dans les Universités occidentales où les thèses de
Keynes qui professaient la théorie de la « main invisible » et des autres
penseurs avaient été quasiment ingurgitées, ils venaient en Afrique les
ressasser et les servir sur un plateau, comme des potions magiques, donnant
des leçons, imposant des oukazes qui paraissaient alors comme des solutions
miracle! Mais le résultat est là, effarant : l’Afrique est toujours à la traîne
malgré ses Universités, malgré ses cadres bien formés, malgré ses
Universitaires, souvent de talent. Certes, la responsabilité de ces Instances
internationales ne saurait être la seule mise en cause car beaucoup de
dirigeants africains, y ont contribué fortement, par leur impéritie, leur
kleptomanie, leur anti nationalisme, qui les ont amenés, souvent, à brader les
richesses nationales à leur propre et unique profit, à se soucier, comme d’une
guigne, de la vie la meilleure de leurs compatriotes, ce qui a fini par faire
d’eux et de leur parentèle ainsi que de leurs affidés, des potentats locaux, des
nababs des temps nouveaux dont les comptes bancaires sont sans cesse
alimentés dans les paradis fiscaux et autres banques européennes soumises à
la loi du silence, au point de susciter parfois l’ire des Organismes
Internationaux qui, au prix de mille scandales relayés par la presse
occidentale à sensation, montrent, à la face du monde, le haut niveau de mal
gouvernance africaine! Mais cette responsabilité de ses Instances
internationales ne saurait être minorée. Question, donc : pourquoi les
Universités n’ont-elles pas permis d’atteindre ce niveau de développement
tant souhaité ?
Il en est qui répondront et ce à raison : les Universitaires ne sont pas des
décideurs politiques. Ils ne participent en rien dans les orientations
qu’arrêtent les Chefs d’Etat et les membres de leur Gouvernement dans
l’orientation, tant politique qu’économique et religieuse de leurs pays. Ils
sont donc aux antipodes des pôles de décision.
D’autres avanceraient ceci, et à juste titre également : s’il est admis que
les Universitaires ne constituent nullement le pouvoir exécutif, il n’en
demeure pas moins qu’ils forment un pôle de pouvoir important ; leurs
propos, leurs idées, leurs orientations « valent de l’or » ; ils ont un réel
poids ; leur corporation est un lobby puissant qui fait autorité, en ce sens
qu’ils sont les vecteurs des savoirs, de la connaissance, de la science et
peuvent durablement influencer le cours des choses. N’ont-ils pas, entre
leurs mains, le destin de jeunes étudiants, personnages en formation, en
formatage et dont le poids social est déterminant ?
Quel type de thérapeutique alors trouver? Faut-il seulement rêver d’une
autre race de décideurs, qui pensent leurs pays d’abord, et donc qui se dotent
du manteau de patriotes, ceux-là même qui honnissent la mal gouvernance,
le népotisme, la corruption, l’enrichissement illicite? Faut-il, comme certains
46l’ont préconisé, amener à une forte implication, en faveur de l’Afrique, de
ses fils, qui pantouflent ailleurs, où ils mènent grand train, se contentant de
critiquer les travers du continent sans s’y investir pleinement? Faut-il
simplement modifier les termes de l’échange et rendre les lois du marché
plus justes, plus équitables? Faut-il que les fils et les filles d’Afrique qui sont
installés outre-Atlantique et outre —Méditerranée et mènent une vie décente
rapatrient vers le continent une partie de leurs ressources pour stimuler les
économies locales et les rendre compétitives ? Faut-il que les fils et les filles
d’Afrique s’arment de foi, une foi vive, une foi qui soulève les montagnes,
pour faire comme Socrate, le sorcier, qui, au nom de l’éthique et des valeurs
grecques, se donna la mort en ingurgitant la cigüe, avec ce qu’il en résulta, la
libération de l’Occident, la création de l’humanisme dans l’humanité, Saint
Paul, dont l’action nous est transcrite dans les Saintes Ecritures et dont le
courage a permis de délivrer la foi de la loi, posant ainsi, là, un acte
fondateur en faveur de l’avènement véritable du christianisme, Descartes et
Galilée, tout près de nous, dont le courage dont ils firent montre devant
l’omnipuissance du clergé, incarné par le Pape, dont les bulles étaient sans
appel, aboutit à l’acceptation des nouvelles procédures intellectuelles ?
Des solutions hardies ont toujours été proposées, toutes aussi pertinentes
les unes que les autres. Des ouvrages ont été réalisés, y compris par des
savants, fruit d’une réflexion féconde et de haute volée. Des colloques, des
conférences, des Fora, des symposiums ont souvent eu lieu, proposant des
pistes à explorer. Mais rarement, on a pensé à faire de l’Université ce point
de départ vers un continent développé. Pourtant, à l’heure de la
mondialisation et de la globalisation, les Universités africaines ne sauraient
ne pas être cette rampe de lancement si nécessaire au continent. Invité à
animer, en 2006, une conférence sur l’Université gabonaise à l’orée du XXIe
siècle, le Professeur gabonais François Owono Nguéma, le faisait d’ailleurs
si bien remarquer, par ces propos :
« Dans ce XXIe s. commençant et qui s’inscrit dans une logique planétaire pour
ne pas dire mondiale baigné par un flux torrentiel d’échanges, par une
concurrence effrénée, par une course ininterrompue à la modernisation, pour
une capitalisation massive de ses produits, la palme ne pourra revenir qu’à ceux
qui auront accepté de s’inscrire dans la même logique. Il leur faudra s’armer de
tous les outils bien à même de leur permettre de se vendre sur le marché des
savoirs. Il faut que l’offre de formation que vont produire nos Universités soit
d’un niveau élevé pour répondre aux attentes que les consommateurs en
attendent ; il faut que les savoirs que l’U O. B. et les autres Universités
gabonaises produiront soient à tous les coups compétitifs et donc d’un niveau
très appréciable pour être choisis par ceux qui pourraient être amenés à les
solliciter. Il nous faut des Universités qui aient conscience de la valeur
marchande de leurs savoirs, de leurs produits ».
En tenant ces propos, il ne pouvait si bien dire car dans cet univers
impitoyable, où la course est à la créativité, au génie fécondant, à la
47productivité de masse et de qualité, où l’heure est à l’échange, où la
circulation de l’information se fait, comme qui dirait, à une vitesse de
supersonique, il n’y aura guère de place pour les esprits timorés ou rétifs au
progrès ; il n’y aura guère de place pour les Universités qui ronronnent, dont
les acteurs font du sur-place et brillent par leur archaïsme, leur faiblardise ; il
n’y aura guère de place pour celles qui ne veulent point prendre place dans le
train de l’innovation. Il faudra donc, pour les Universités africaines, vivre et
donc exister parmi les autres, ou mourir ! En le disant, nous sommes en droit
de penser que le Professeur Owono Nguéma rejoignait, là, ce que disait un
éminent universitaire, s’exprimant sur la nature véritable des Universités
appelées à exister et à avoir pignon sur rue, au cours d’une rencontre
organisée, il y a quelques années, dans un pays asiatique, et que nous citons
de mémoire
« Aujourd’hui, beaucoup d’Universités sont au creux de la vague parce qu’elles
n’ont pas voulu s’inscrire sur le chemin du progrès ; elles n’ont pas voulu
comprendre et réaliser que les valeurs qui ont présidé à la création et au
fonctionnement de ces Institutions, il y a maintenant trente, quarante ou
cinquante ans, sont maintenant surannées, dépassées, obsolètes ! Il faut
maintenant, plus que par le passé, que l’on comprenne que les Universités sont
devenues de vrais outils de développement, de formation, de progrès parce que
devant conduire la recherche, l’innovation, parce que devant former des femmes
et des hommes capables, compétents et bien aguerris face aux défis qui nous
interpellent. Sinon, qu’elles ferment purement et simplement !»
Mais en le disant, le Professeur Owono Nguéma n’innovait guère sur la
question. Bien avant lui, des propos de la même veine avaient été tenus sous
plusieurs latitudes. Sans avoir un regard planétaire, nous nous limiterons à
ceux que tenait le Professeur Bruno Bekolo Ebe, ancien Recteur de
l’Université de Douala, dans une communication qu’il avait intitulée La
réflexion prospective sur l’Université africaine du 21e siècle,
communication faite au cours d’un colloque que présidait J-P Tedga. Nous
nous en tiendrons aussi aux propos que tenait Monsieur le Professeur
Ahmadou Lamine Ndiaye, dans le cadre d’une communication portant le
titre de L’intégration de l’Université africaine, toujours réalisée à cette
occasion. Après eux, d’autres réflexions savantes ont eu lieu sur la question.
Mais nous nous limiterons à cet opus magnum qu’a réalisé, il y a quelques
années, le Professeur Marc-Louis Ropivia, au titre plein d’à-propos,
L’Afrique et le Gabon au XXIe siècle. Révolution développementaliste ou
développement du sous-développement. Dans cet ouvrage, l’auteur trace des
sillons suffisamment profonds pour ancrer durablement les Universités
africaines, et les inscrire, pour de bon, dans le concert des Universités
mondiales. Après avoir fait un diagnostic sans complaisance de nos pays
africains, il propose une voie de sortie, nous dirons une thérapeutique, la
prise en compte de nos cultures dans l’ordonnancement de nos Etats.
48La culture, ou si l’on veut, les cultures ! le mot est lâché. En effet, quand
la Sorbonne, Université aujourd’hui séculaire et des plus prestigieuses au
monde par la qualité des enseignements qui y sont dispensés mais aussi et
surtout par la concentration de personnages de très haut niveau, férus de
science, parfaits savants dans leurs disciplines, fut créée, au Haut-Moyen
Age, en 1215, quelques années avant Oxford, en 1249 et Cambridge en
1284, et longtemps avant les Universités de Heidelberg en 1386, de Cologne
en 1388 et de Tübingen en 1477, n’était-elle pas entre les mains des clercs,
des hommes d’église? Elle était tenue en mains par des Docteurs de la loi,
qui donnaient la priorité de la formation à certains enseignements parmi
lesquels se trouvent, en bonne place, la théologie, la philosophie. Elle était
une Institution d’enseignement en direction des séculiers et donc s’inscrivait
dans une logique culturelle précise ; celle d’une société judéo-chrétienne, qui
avait été alimentée par des réalités propres et qui tenait à rester conforme à
l’héritage séculaire qui s’était accumulé pendant des générations entières. En
tant qu’institution du savoir, elle rassemblait des maîtres et des disciples,
ceux-ci venant se cultiver et recevoir des savoirs à l’instar de l’honnête
homme et donc tout simplement se cultiver, sans aucune finalité
professionnelle. Concentrée à Paris et visant d’abord ceux qui étaient nourris
d’un réel parisianisme, elle était ainsi vue comme l’Universitas Magistrorum
Scholarium Parisiensium. La Sorbonne n’avait donc pas été créée dans un
contexte an-culturel, ex nihilo. La culture, le passé, l’histoire du peuple
français avaient été les ferments de cette création. Voilà pourquoi toutes les
Universités, même si elles sont pourvues d’une réelle autonomie qui les ont
amenées à être en rupture, dans leur structuration, avec celles d’alors, elles
n’en restent pas moins des calques de ces Universités-mères ; elles
fonctionnent sur le modèle de l’église; elles sont hiérarchisées ; elles
reconnaissent la prééminence aux aînés, à ceux qui bénéficient d’une sorte
de primo-consécration. Elles ont formé des générations entières de cadres de
très haut niveau, qui font autorité de par le monde, qui séduisent toujours par
leur capacité à secréter la connaissance et à reculer les limites de l’ignorance,
elles ont fortement contribué à booster le développement, non seulement de
la France, mais aussi de l’Allemagne, de la Grande Bretagne, etc. Dans le
contexte de dotation de nos différents pays de cadres de haut niveau
susceptibles d’aider à son développement et de lui permettre de
s’autonomiser au plan des savoirs, de la science, de la technologie ; disons
de tous les modes de connaissance, nos pays, ont-ils tenu compte de cette
base, de ce socle ? Ont-ils cherché à intégrer ce paradigme dans la
structuration de leurs Institutions Universitaires? Certes, quelques aimées
après la création de ces Institutions, a été procédée, dans la majeure partie
des pays, l’Africanisation des programmes, mais cela ne touchait en rien à
leur âme même : y continuait à être pris en compte et à être
« fondamentalisés », l’âme, l’esprit et la lettre des Universités occidentales,
49ratant ainsi l’occasion d’un recentrage intérieur, d’une redéfinition plus
objective et plus cohérente de ces Universités.
Cette question des cultures nationales, dans la formulation des
Universités africaines plusieurs années après leur fondation, nous paraît donc
importante à tous points de vue, quintessente, fondamentale. Comment ne le
serait-elle pas quand on jette un regard vers ceux qu’on appelle aujourd’hui
les « dragons asiatiques », par exemple, ces pays d’Asie du Sud-Est qui
apparaissent comme des mastodontes, des géants, et dont l’avancée étonne et
même inquiète les Nations traditionnellement avancées ? N’ayant pas
appliqué les théories de Keynes et autres libéraux qui ont construit leurs
réflexions sur le concept de la « main invisible », ne s’étant pas abreuvés aux
sources du marxisme - léninisme et ne s’étant pas nourris du Capital, ils se
sont frayés leur propre voix, une voix unique, fondée essentiellement sur la
primauté des cultures nationales, donc de l’être sur l’avoir. Les Universités,
comme toutes les autres strates des sociétés, ne furent pas en reste. Toutes se
sont toujours appuyées sur leur socle identitaire. Or, comment fonctionnent
nos Universités? Comme des entités périphériques, e des structures
excroissantes, qui se comportent et vivent alors comme des pâles copies de
modèles conçus ailleurs, par d’autres gènes, par d’autres experts ès
pédagogie, par d’autres experts ès didactique, qui y déversent leurs
tombereaux d’expériences, d’acquis, les réduisant alors au rang de
consommateurs impénitents. Ayant été formés dans les Universités
occidentales, où elles ont été gavées de cultures en vigueur dans ces pays,
nos élites en fonction dans ces Institutions, reproduisent alors ce qu’elles y
ont appris, ce qui les amène souvent à faire du psittacisme.
Mais au préalable, comment peut-on concevoir la notion de culture? Une
définition lapidaire, a souvent été formulée : « c’est ce qui reste quand on a
tout oublié ». Cette brièveté qui contient en elle une réelle imprécision, ne
doit pas faire cependant oublier que cette notion renvoie à l’identité d’un
peuple, à ses us et coutumes, à ce qui fait sa spécificité dans un
environnement donné. Elle renvoie au génie, à ce qu’un peuple a de
particulier, de spécifique, et qui le détermine par rapport aux autres.
Connaître sa culture, ses cultures, c’est donc se connaître soi-même, savoir
qui on est et, au-delà, d’où on vient. Cette notion inclut les données
matérielles et immatérielles, celles qui sont de l’ordre du perçu, du visible,
mais également de l’invisible, du compréhensible et de l’incompréhensible ;
elle renvoie aux éléments de la pensée, aux phénomènes du monde ; elle est
fondatrice de l’éthique, autrement dit de ce qui fait chaque être. Vue sous cet
angle, la culture peut se définir comme « ce que l’on ne peut oublier ». Dans
cette optique, qu’il nous plaise de faire référence à Cicéron, ce grand avocat
romain de l’Antiquité, cet intellectuel éclectique, ce citoyen membre de ce
qu’on appelait la noblesse sénatoriale, cet homme politique de grande
envergure, qui aura marqué son temps par ses écrits mais aussi par sa
50contribution à donner à la vie politique de son temps, la dimension qui fut la
sienne :
« Ignorer ce qui s’est passé avant qu’on ne soit né, c’est être toujours enfant.
Qu’est-ce en effet que la vie d’un homme si par le souvenir du passé, il ne s’y
ajoute pas à ses devanciers dans une trame continue? »
Pour prolonger cette pensée cicéronienne, nous n’aurons pas d’autre
choix que de recourir à la sagesse gabonaise, celle-là même qui nous a
fécondé. C’est le cas de celle-ci, issue de la tradition mbede, et que l’on
pourrait traduire par ces termes :
« Si l’aiguille ne passe pas, le fil ne suit pas non plus. »
C’est également le cas de cette autre sagesse, toujours mbede, que l’on
peut traduire par ces termes
« Si la main ne peut pas ouvrir un paquet, comment le pied le pourrait-il?»
Des mots qui sont marqués du coin du bon sens, qui ont une réelle
profondeur. Le premier, celui énoncé par le grand avocat, l’homme du
barreau romain Cicéron, ne fait-il pas appel à l’absolue nécessité de la
maîtrise du passé, du passé d’entre ses compatriotes, de leur culture mais,
au-delà, de la nôtre ? Il montre que pour arriver à maturité, pour grandir et
par conséquent pour avoir une parfaite maîtrise des questions d’ordre social
et humain, pour être un véritable homme ou une véritable femme, il existe un
seul passage obligé : s’imprégner des réalités du passé, s’instruire de
l’expérience des anciens, s’abreuver à la source de ses parents, de ses
grands-parents, de ses ancêtres, de ses aïeuls, c’est-à-dire aller jusqu’à ses
racines, c’est-à-dire apprendre son Histoire. Pour nous résumer, disons donc
que pour Cicéron, la formation de tout l’Homme doit nécessairement être
imputable à la connaissance de ce qui s’est réalisé pendant la période ayant
précédé sa naissance. Tout ce qui s’est inscrit dans ce cadre chronologique,
n’avait-il pas la réputation d’être célèbre? C’étaient des faits élogieux,
dignes d’être retenus, parce qu’émanant des Anciens, considérés comme des
Sages ; ils avaient, ce que les Romains dénommaient la sapientia, une vertu
qui les rendait proches des dieux et qui faisait de ceux qui en étaient dotés,
des personnes dignes d’éloge. Les Romains parlaient alors, pour désigner
tout ce que les Anciens, leurs ancêtres, avaient conçu, de faits illustres, res
inlustres. Cela nous fait penser à ces propos que tenait le Président français
François Mitterrand : « Un peuple qui n’enseigne pas son Histoire est un
peuple qui perd son identité ». Cette antériorité ressort aussi des deux
aphorismes gabonais que nous avons énoncés plus haut. Tous montrent
l’ordre chronologique, l’ordre de passage, qui relève de l’évidence. Ils
renvoient aux Anciens ; parce qu’ils sont nés avant, parce qu’ils ont été les
premiers à se confronter à des réalités de toutes natures, ils sont considérés
comme les premiers, ceux qui viennent avant les autres, ceux qui précèdent
51les autres. Ce sont des annonciateurs, des éclaireurs ; leurs enseignements
permettent de participer activement à la formation de chacune et de chacun
des citoyens. Les Romains et les Gabonais, on le voit, sont donc d’accord sur
la place des Anciens ; ils sont en harmonie sur la nécessité de prendre en
compte leurs traditions, leur passé, leurs cultures, pour leur accorder une
place centrale dans le cycle de formation de l’espèce humaine. Et pourtant,
ils n’ont pas vécu à la même époque!
Certes, d’aucuns pourraient être amenés à arguer que la pensée
cicéronienne fait surtout référence à l’apprentissage de l’Histoire, une
discipline bel et bien enseignée dans tous ses compartiments au sein de nos
Institutions universitaires et donc qui permet aux Universités gabonaises et
aux autres Universités d’Afrique sub saharienne en général d’être en phase
avec les recommandations de l’avocat romain. Mais à ceux-là, nous
pourrions être amené à répondre par ces propos : si Cicéron parle d’Histoire,
ce n’est pas en tant que discipline scientifique, c’est en tant qu’outil de
formation de l’Homme. Il fait surtout référence au passé, au vécu qui s’est
accumulé, et qui contient une suite d’enseignements utiles à chacun d’entre
les hommes. C’est donc à cet outil-là qu’il nous renvoie. Idem pour les
aphorismes que nous avons énoncés ; ils montrent l’utilité du passé et font
penser à d’autres témoignages que les Anciens ont laissés, sur leur
importance et sur celle de la tradition, des cultures. Il nous vient à l’esprit les
propos tenus par un autre personnage romain, du nom de Marius, qui se
singularisa par la hargne de sa lutte contre l’un des premiers résistants
africains, originaire de la Numidie, en Afrique du Nord, Jugurtha :
« La gloire des ancêtres, disait-il, est comme un flambeau pour leurs
descendants ».
Nous pensons aussi à Joseph Ki-Zerbo, ce grand homme politique
africain, cet historien célèbre, cet intellectuel de haut vol, originaire du
Burkina Faso, qui disait :
« Sans identité, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les
autres, un ustensile ».
Notre identité, voilà donc ce qui nous paraît être un mot fort dans ce que
nous devons attendre d’une Université africaine en ce XXIe s. Ce mot
suppose que chacune et chacun d’entre nous sache au préalable d’où il vient,
ce qui le particularise, ce qui le distingue des autres, qu’ils soient Français,
Chinois, Japonais, Indiens, et tutti quanti. Ce mot suppose que chacune et
chacun d’entre nous connaissent et maîtrisent avant et après tout leurs
propres repères, qu’ils connaissent leurs origines, qu’ils sachent ce qu’ils
doivent à leurs ancêtres, ce qu’il leur revient de transmettre à leur tour, et
qu’ils s’imprègnent des réalités qui ont façonné l’univers dans lequel ont
vécu les leurs à une époque déterminée. Ainsi, ils seront maîtres de leur
destin, ainsi ils resteront maîtres d’eux-mêmes et éviteront d’être comme des
52esclaves, comme des « SDFM », des « Sans Domicile Fixe du Monde ». Nos
pays ont un passé glorieux, riche, nous dirions même gloriolisant. Ils
disposent d’un trésor inquantifiable, inépuisable. Pourquoi ne pas utiliser ce
trésor pour tenter de trouver des solutions à nos problèmes de
développement qui s’apparentent aujourd’hui à un serpent de mer, à une
forme de quadrature du cercle ? Pourquoi ne pas puiser à pleines mains dans
ces richesses que nous ont léguées nos parents pour voir ce qui peut nous
permettre de solutionner la question développementiste ? Nous
sommesnous un tant soit peu posé la question de savoir si, avant de solliciter les
réformettes initiées par d’autres puissances qui, elles aussi, à l’expérience,
donnent le sentiment de se chercher, de voguer d’une trouvaille à une autre
et donc de ne pas cerner le vrai problème, nous nous sommes d’abord
tournés vers nous-mêmes, nous nous sommes regardés en face, nous avons
cherché en notre dedans, en notre intérieur? En gros, avons-nous d’abord
cherché ce qui est en nous avant d’aller voir ce qui est en autrui ?
Avonsnous le sentiment d’avoir trouvé les véritables raisons de ce qui amène
l’Afrique à ne pas amorcer son développement ? Voici donc quelques pistes,
non exhaustives par ailleurs, que nous nous permettons d’énumérer :
Première piste : En définissant une autre approche du développement ;
celle qui tiendrait compte non pas uniquement des agrégats
macroéconomiques, mais aussi de nos réalités africaines. Cela reviendrait à voir
comment concilier la croissance selon les normes occidentales avec
l’absence de pauvreté, de précarité et de mal vivre ? Et pour ce faire, les
économistes seuls ne seraient pas aux premières loges ; ils seraient assistés
des Historiens, des Ethnologies, des Anthropologues, des Sociologues, des
Psychologues, etc.
Deuxième piste : En faisant de l’apprentissage de l’Histoire africaine et
plus spécialement de celle de chacun de nos pays, un enseignement-clé dans
tous les départements de nos Universités, en les inscrivant dans les différents
programmes d’enseignement, au point d’en faire des disciplines, non point
optionnelles, mais obligatoires. Cette étude ne serait pas alors que livresque ;
elle serait pratique car elle donnerait lieu à des « descentes sur le terrain »,
dans l’arrière-pays, qui offriraient l’occasion de se frotter au passé, de
toucher du doigt la vie des populations qui s’y trouvent. A cet enseignement
seraient associés d’autres, dont l’effet serait de consolider les savoirs
traditionnels des apprenants : l’ethnobotanique, la pharmacopée, la médecine
ancestrale, la médecine tropicale, l’entomologie, l’herpétologie, les
technologies artisanales, l’architecture et les matériaux ligneux de
construction, les plantes alimentaires, la gastronomie ; etc.
Troisième piste : En initiant dans toutes les filières d’enseignement et en
leur donnant un caractère obligatoire, l’apprentissage de nos langues
maternelles, à commencer par celles aux accents fédérateurs, autrement dit
qui ont des allures de langues nationales. La compréhension linguistique qui
se dégagerait, non seulement permettrait aux uns et aux autres de penser
53dans les langues du terroir, de penser en eux-mêmes, mais aussi de
rapprocher les étudiants les uns des autres, de les ancrer dans leurs milieux
respectifs, et de faire sauter tous les verrous d’incompréhension, tous les a
priori négatifs qui plombent l’unité nationale. Sans renoncer aux autres
modes linguistiques, tous, à terme, réfléchiraient d’abord en Gabonais, en
Congolais, en Togolais, en Béninois, en Camerounais, etc. Ils trouveraient
des solutions d’autant plus accessibles et facilement réalisables qu’elles
seraient inscrites dans leurs gènes.
Quatrième piste : en initiant des enseignements, dans toutes les filières,
sur nos religions traditionnelles, le vaudou, le Mwiri, le Bwiti, le Nyembè, le
Ndjobi…, ce qui permettrait aux uns et aux autres des étudiants de les
connaître par le menu et de choisir, éventuellement les autres religions :
chrétienne, musulmane, bouddhique...- et les sectes initiatiques —Franc
maçonnerie, Rose Croix-en toute connaissance de cause. Mais aussi en
établissant un pont régulier entre les Universités et les connaisseurs de la
tradition, souvent oubliés dans le tréfonds des villages, délaissés de tous,
alors qu’ils constituent une source inépuisable d’informations sur le vécu des
sociétés anciennes. Sait-on toujours qu’Hippocrate de Samos dont les règles
d’éthique ont traversé les âges et les frontières au point de servir de base de
fonctionnement chez les médecins actuels, conçut les règles qu’il énonça et
même sa pratique médicale en associant essentiellement la culture en
vigueur dans son univers, l’univers grec? A l’heure du réchauffement
climatique, où les températures s’affolent et connaissent un véritable
dérèglement qui rend particulièrement étouffantes nos demeures érigées,
souvent en parpaings, n’est-il pas opportun de revenir aux fondamentaux en
matière de construction, tels qu’ils furent adoptés par nos ancêtres dont les
demeures permettaient une régulation des températures?
Cinquième piste : En faisant de l’Université le lieu par excellence où se
secrète et se solidifie le respect de la hiérarchie, le patriotisme, l’altruisme,
au détriment des considérations étriquées. Des occasions pourraient alors
créées pour cultiver cet ancrage : le rassemblement par exemple autour du
drapeau, à heures régulières, où chacun serait à sa place.
Sixième piste : l’encouragement à la consommation des produits locaux,
dont on vanterait les avantages chaque fois et qui seraient réalisés par des
experts nationaux, qui disposeraient de budgets conséquents comme soutien
à la recherche et à la production nationales.
Septième piste : dans cette optique, pourquoi ne pas encourager ceux qui
sont nés en ville et qui n’ont jamais dépassé le cadre urbain à aller souvent
en province, à aller dans le pays profond et ceux qui n’ont jamais dépassé le
cadre de leur terroir, de leur village, à aller vers la ville, à aller dans d’autres
provinces, dans d’autres villes?
Certains pourraient considérer cette approche que nous proposons comme
un brassage d’utopies, d’irréalités, de rêves, ou encore comme des solutions
déjà proposées et qui se sont révélées inopérantes. Mais à ceux-là nous
54rétorquerons : les grands projets, ne comportent-ils pas à la base une dose
d’utopie? Quant aux approches déjà explorées, peut-on véritablement
déduire qu’elles ont été poussées jusqu’au bout de leur exécution ?
N’ontelles pas fait l’objet d’un abandon en cours d’exécution ? L’Afrique,
continent considéré, jus qu’alors, comme le continent-repoussoir, celui sur
lequel on s’apitoie le plus, le continent de la mal gouvernance, de la
pestilence, du mal-être, de la mal bouffe, du mal vivre, celui où tout se
décline en négatif, en clair-obscur, celui qui, côté underground, révulse et
prête parfois à sourire et à moquerie, ne mérite - t il pas que des solutions
non ordinaires lui soient proposées pour sortir de son atonie? Sans être
opposé à cette objection, nous pensons donc qu’après avoir mis souvent
l’accent sur le matériel, avec les résultats et les impasses qui en ont résulté, il
reste temps d’inverser la tendance, pour mettre au premier plan l’immatériel,
car c’est ce qui puise ses racines dans l’immémorial et qui a des chances de
durer.
Proposer d’autres pistes, c’est courir le risque de rater le coche du
développement intégral et durable. L’exemple des dragons asiatiques, sont là
pour nous le prouver. Vivement donc l’Homo Africanensis!
Conclusion
Que l’on nous permette donc l’outrecuidance de le dire tout net, pour
conclure : nos Universités sont des milieux où se secrète la connaissance, où
les savoirs se cultivent, où a lieu la formation des élites, mais elles sont au
creux de la vague. Plusieurs années après leur création, elles n’ont pas pu
accompagner l’Afrique dans son développement. Les politiques qui s’en sont
occupés ont échoué dans cet objectif : nos Universités, ne pourraient-elles
pas être ces leviers qui pourraient permettre d’amorcer ce développement?
Nous y avons répondu et nous croyons à cette thérapeutique. Il y a donc un
choix cornélien à faire : ou continuer sur la même lancée, ou changer de cap.
La deuxième option nous semble la plus appropriée. C’est la voie des
cultures, à inscrire au fronton de nos Universités, ce socle que personne ne
peut éviter, sauf s’il veut finir « SDFM », « Sans Domicile Fixe Mondial »
Un sage africain ne disait-il pas qu’ « on ne peut pas développer une Nation
avec un génie d’emprunt ».?
Bibliographie
Debbash C., 1976, Histoire contemporaine de l’Université de Pékin à Berkeley en
passant par Paris, Paris, Sedes,
Emane J., 2000, Une sociologie de l’Université en Afrique Noire francophone,
Abidjan PUCI,
Fourastie J., 1972, Faillite de l’Université ? Paris, Gallimard,
55Jouve E., 1982, Université et développement solidaire, Genève, Berger Levrault,
Moussavou G., 2005, L’ Etat et le système d’enseignement supérieur et de recherche
scientifique au Gabon, Thèse pour le Doctorat Nouveau régime, Université de
Picardie Jules Verne,
Ropivia M.-L., 2007, L’Afrique et le Gabon au XXI e siècle. Révolution
développementaliste ou développement du sous-développement, Paris, mare &
martin,
Sawadogo G., 1998, L’avenir des Universités africaines : mission et rôle, AUA,
Tedga J.M., 1988, Enseignement Supérieur en Afrique Noire francophone : LA
CATASTROPHE? Paris, L’Harmattan,
Komlavi Fofoli S., 1992, « Quelle coopération avec les Universités du sud »? in
Démocratisation, économie et développement : la place de l’Enseignement
Supérieur, coll. Universités Francophones, AUPELF-UREF, vol. 2,
Ki-Zerbo J., 1975, « L’Africanisation des programmes de l’enseignement
supérieur » in Les problèmes des années 70, AUA,
Zinsou E.M.Y., 2009, L’ Université de Côte d’Ivoire et la société, Paris,
l’Harmattan.
56Problématique des urgences vitales en Afrique :
de la formation à la recherche pour et par l’accès
*aux soins de qualité et de sécurité
Problems of vital emergencies in Africa:
from learning to research to and through access
to a secure and high quality care
Résumé
Justification : Intérêts institutionnel, scientifique et socio-sanitaire.
Transformation relation médecin-malade : information claire, loyale,
appropriée et consentement éclairé.
Objectif : actualiser un projet pilote pluridisciplinaire et transversal
d’enseignement et de recherche pour et par la qualité et la sécurité des soins.
Projet intégré : D’Enseignement (formation transversale des acteurs), de
Recherche, de Soins de Dépistage et de prévention. Logique partenariale et
collaborative en équipe. Quels débouchés pour le tronc commun du Master
Spécialisé des Urgences ? Quels indicateurs de suivi et d’évaluation en vue
de recommandations standardisées ?
Difficultés : couverture sociale insuffisante, inertie organisationnelle et
disparités par exode rural.
Conclusion : Nécessité d’une équité d’accès aux soins de proximité, de
qualité et de sécurité ; une formation et une recherche adaptées aux besoins
associées à la maintenance locale et la prise en charge sur place des urgences
vitales. Les réseaux de soins, grâce aux techniques innovantes à l’instar de la
révolution numérique et de la télémédecine sont enfin une source

* Pitchaki F. HEMOU, E-mail : pitchakihemouf49@gmail.com. Tel. +336 26 42 25 91.
1-2 2 2 1Pitchaki F. HEMOU , Hamza SAMA , Pikabalo TCHETIKE , Mourad BENYAMINA ,
1 3 2 2Séenam KUTOATI , Amr MOGHAZY , Bakoé BAKONDE , Yao KASSANKOGNO ,
2 2 2 2Kadjika TOMTA , Moufo BELO , Samuel K. AHOUANGBEVI , Datouda REDA , Martin
4 1 1-2 1K. CHOBLI , Kodjo F. AHOLU , Georges GBIKPI-BENISSAN , Alexandre MEBAZAA .
1. France 2. Togo 3. Egypte 4. Bénin. d’encouragement aux échanges professionnels fructueux et d’enrichissement
mutuel dans ce transfert adapté des sciences et technologies de la santé.
Mots clés : Formation, recherche, filières et réseaux de soins,
partenariats, évaluation
Abstract
Rationale: Institutional interest, scientific and socio-sanitary. Changing
the patient-doctor relationship ; clear information, loyalty and appropriate
informative consent.
Objectives: Update the multidisciplinary cross-sectional pilot study of
learning and research to and through access to a secure and high quality care.
Project Topics: integrated project for Teaching: Learning objectives -
organizational matrix of actors ; Research, care, prevention, screening.
Rational of partnerships and collaborative teams. Stages: Sensitization,
information and education. What opportunities for a common body for the
specialized Master of Emergency? What procedures and fellow’s indicators
towards recommended standards?
Difficulties: insufficient social coverage, organizational stagnation and
disparity caused by the rural exude.
Conclusion: There is a need to an equal access to proximity, secure and
high quality care as well as education and research adapted to the needs
associated with local maintenance and management of vital emergencies.
The care networks, like telemedicine, enhanced by innovative techniques
and digital revolution, are encouraging sources of successful professional
exchange and mutual enrichment in this transfer of knowle dge adapted to
technologies and sciences of health.
Key words: Education, research, networks and groups, partnerships,
evaluation.
Introduction
La définition des Urgences Vitales et des acteurs est inclusive, concept
transversal de prise en charge nécessitant des compétences
pluridisciplinaires, et synergiques dans les domaines des urgences, de
l’anesthésie réanimation, de la traumatologie, de la douleur, de la
maintenance biomédicale, de la médecine des catastrophes et de la
prévention – gestion des crises et Vigilances Sanitaires.
Les acteurs de la Médecine d’Urgence sont donc tous ceux impliqués
dans le réseau des urgences sans distinction de statut : personnel médical et
non médical des secteurs publics ou privés, des forces armées, des
sapeurspompiers, et des secteurs associatifs ou communautaires (société civile).
58RATIONNEL. Pourquoi planifier la formation des acteurs des
urgences en Afrique ?
D’une superficie de plus de 30 millions de km2 dont plus de 24 millions
pour la seule Afrique subsaharienne, le continent africain est confronté à de
multiples contraintes géopolitiques, démographiques et socio économiques.
Il comprend d’une part l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Libye,
Maroc, Tunisie) et d’autre part l’Afrique au sud du Sahara avec ses 49 Etats.
La Médecine d’Urgence est un problème et une préoccupation de Santé
Publique et d’actualité mondiale et plus particulièrement dans les Pays en
Développement notamment en Afrique. Cette préoccupation que partagent le
public et les professionnels de la santé s’explique par la fréquence et
l’ampleur des risques vitaux ou fonctionnels avec un impact défavorable
pour le développement du continent : forte mortalité infantile (enfants de
moins de 5 ans) et mortalité prématurée des adultes.
Indicateurs Sanitaires
Intérêt institutionnel, scientifique et d’économie de la santé
Trois principaux groupes d’indicateurs
Les indicateurs d’état de santé : mortalité, morbidité et espérance de vie
Les indicateurs de moyens et de production :
Indicateurs matériels et Indicateurs de ressources humaines notamment
la démographie médicale (en moyenne pour 100000 habitants : 1Médecin
Anesthésiste-Réanimateur en Afrique Subsaharienne avec de fortes
disparités, 3 à 5 au Maghreb contre 15 pour les standards internationaux).
Quatre principaux Centres Francophones de formation en DES (Diplômes
d’Etudes Spécialisées) d’Anesthésie-Réanimation, bien évalués en Afrique
Subsaharienne : Abidjan, Cotonou, Dakar, Yaoundé
Les indicateurs complexes ou composites :
Espérance de vie corrigée de l’incapacité, la richesse des pays (ressources
naturelles, dépenses de Santé/PIB), la mortalité infantile et niveau
d’éducation de la population :
Espérance de vie entre 50 et 60 ans en Afrique (fortes disparités) contre
80 ans et plus en Europe et en Amérique
Inadéquation du rapport de la demande (besoins accrus) sur l’offre
insuffisante en Afrique (comparé à celui des pays à haut revenu comme les
USA) selon les Rapport de l’OMS 2006 : charge de morbidité totale de 24 %
(vs 10 %) ; personnel de santé mondial de 3 % ou moins (vs 31 %) ;
dépenses de santé de moins de 1 % PIB (vs 10 à 15 % et plus).
Double paradoxe de Kofi ANAN (ancien Secrétaire de l’ONU) :
contraste saisissant d’un continent potentiellement riche mais où la plus
59grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec moins
d’un dollar par jour
Prise en charge à contraintes multiples : sociodémographiques,
économiques et sanitaires
– maladies transmissibles endémo-épidémiques en Afrique (Paludisme,
SIDA, Fièvre Ebola, méningites, toujours d’actualité et à mortalité
élevée
– maladies non transmissibles : mortalité maternelle et infantile ;
nouvelles menaces avec en tête les traumatismes et les accidents
vasculaires cérébraux (AVC), complications de l’hypertension et ses
facteurs de risque
– fléaux médico-sociaux : trafic illicite de drogue et de faux
médicaments inefficaces et nuisibles
– catastrophes naturelles, technologiques, environnementales ou de
société
– transformation de la relation médecin-malade avec une ouverture vers
la société et le droit du patient à une information claire, loyale et
appropriée pour son consentement éclairé.
– coût du péril médical et financier des évacuations sanitaires
(EVASAN), des problèmes de prise en charge à l’étranger, Forte
demande du public en formation
Formation, soins, recherche et innovation sont indissociables : moins de
50 chercheurs par million d’habitants en Afrique Subsaharienne contre 500
et plus pour les standards internationaux (classification de SHANGHAÏ 2013
des Universités et Facultés de Médecine mais sans corrélation entre
performance des systèmes de santé et stratégies de recherche innovante
OBJECTIFS. Former pour mieux soigner
La formation, initiale et continue des acteurs de la chaîne de survie est
un outil fondamental d’accompagnement de tout projet prioritaire pour la
réalisation de ses objectifs, de la conception-réalisation aux résultats
attendus en passant par la maintenance : elle doit être planifiée, transversale
et inclusive, de la base au sommet de la pyramide sanitaire
Objectifs généraux : Vocations et missions des systèmes de santé
Le système de santé se définit comme une interface indispensable entre
prestataires et bénéficiaires des Soins de santé relatifs à la Médecine
préventive, curative et palliative. Selon le Rapport 2000 de l’OMS sur la
santé dans le monde (1), le système de santé « inclut toutes les activités dont
le but essentiel est de promouvoir, restaurer ou entretenir la santé ». Cette
performance globale est guidée par les exigences d’équité d’accès aux soins
se basant sur trois objectifs pertinents : un objectif final et deux objectifs
intermédiaires : amélioration de l’état de santé en termes de niveau et de
60distribution ; niveau de réactivité par rapport aux besoins de la population
(respect de la personne et attention accordée au client équité de la
contribution financière
Objectifs spécifiques
– Renforcer les capacités africaines à la prise en charge sur place des
urgences vitales et de la prévention-gestion des crises ;
– Assurer le maintien de la chaîne de survie allant du secourisme de
base aux techniques médicales les plus élaborées ;
– Faire l’état des lieux des principaux fléaux médico-sociaux et des
besoins en formation. METHODOLOGIE
Ecole Internationale Africaine de Médecine d’Urgence des
Catastrophes et des Vigilances Sanitaires (EIAMUC-VISA) de Kara
(Togo), pôle d’excellence Régional des sciences et technologies de la santé.
Actualisation d’un projet pilote pluridisciplinaire d’enseignement et de
recherche pour et par la qualité et la sécurité des soins : HEMOU P. : Projet
pédagogique 2002 (2)
Projet intégré d’enseignement, de recherche et de soins de qualité et
de sécurité à objectifs pédagogiques, de recherche, de prévention, de
dépistage et de soins, priorités indissociables pour une couverture sanitaire
universelle.
Quelle stratégie de mise en œuvre ?
Le projet répond au plan stratégique à une triple logique au minimum :
territoriale, de responsabilité et d’innovation (culture de la recherche) :
Approche territoriale et régionale d’harmonisation et de mutualisation
des moyens en termes de ressources humaines, financières et des plateaux
techniques à défaut de standardisation
Logique de proximité et de responsabilité, partenariale et collaborative
d’équipes et non d’individus, au sein des Groupements de Coopération
Sanitaires (GCS) et de réseaux et filières de soins universitaires et non
universitaires, publics, privés ou associatifs : c’est la complémentarité
villehôpital avec une notion de « masse critique » pour viser l’efficience. En
secteur hospitalier comme libéral, outre les maladies transmissibles,
certaines filières s’avèrent prioritaires comme les urgences vitales,
l’obstétrique, la médecine générale, la radiologie, la cancérologie et
l’ambulatoire chaque fois que possible pour minimiser les multiples
contraintes de l’hospitalisation classique
61Logique d’innovation à 5 axes
Stratégie incitative et de fidélisation adaptée aux besoins en formation,
recherche et soins
Culture de la recherche en élargissant le champ des activités de recherche
à tous les établissements publics ou privés : recherche pragmatique
(opérationnelle et transrationnelles du laboratoire au patient puis à la
communauté) pour une couverture de santé universelle
Nécessaire adaptation au monde du numérique, un recours aux
techniques de simulation et à la télémédecine en complément des méthodes
classiques (enseignement magistral, enseignement inter-actif, travaux
dirigés et ateliers pratiques, enseignement tutorisé, formation continue)
Soins de santé primaires toujours prioritaires et d’actualité : prévention,
dépistages combinés diagnostiques, vaccinaux ou thérapeutiques, soins,
pharmaco-épidémiologie, vigilances sanitaires
Ouverture des universités et des établissements de santé à la société du
fait de la transformation de la relation médecin-malade : droit du patient à
une information claire, loyale et appropriée en vue de l’obtention de son
consentement éclairé (expliquer, convaincre et éduquer) passage du modèle
biomédical (médecine par les preuves ou evidence based medcine) au
modèle bio-psycho-socio-éducatif et culturel (de la médecine des maladies
vers celle de la personne).
Pour atteindre ces objectifs, quatre grandes fonctions sont requises.
Prestation des services (publics, privés ou mixtes) et choix des priorités
avec des mesures incitatives basées sur la performance ; production des
ressources pour maintenir l’équilibre, dans le temps et dans l’espace, entre
investissement et dépenses renouvelables.
Financement : L’absence de couverture sociale généralisée en Afrique
doit faire privilégier le système de prépaiement (par assurance ou mutuelle)
par rapport au coût direct des dépenses de santé presque entièrement à la
charge du patient ou de sa famille.
L’administration générale en termes de stratégie ou de management en
matière de réglementation, d’information et de concertation.
En exerçant mieux ces fonctions communes indépendamment du niveau
de développement de chaque pays, les premiers bénéficiaires seront les
pauvres en particulier la population rurale.
Quelle organisation pratique ?
Le constat de la multiplicité des contraintes démontre l’urgence des
besoins en formation mais aussi qu’il n’existe pas de « Formation clé en
main » et l’enseignement devra être adapté. Par conséquent, l’Expérience
Africaine est à bâtir et la prise en compte des réalités du continent constitue
un préalable obligatoire à l’établissement de tout « Référentiel Local ». Un
62des objectifs prioritaires est le désenclavement des formations sanitaires
rurales, les plus confrontés à la prise en charge et au transport des malades
vers les hôpitaux de proximité ou les hôpitaux de référence : c’est
l’approche centripète de l’organisation de la Médecine d’Urgence et des
secours définie par la CIMUVISA dans son « Appel de Conakry » en 1997.
Figure 1 : Schémas et débouchés du tronc commun du mastère spécialisé
des urgences
63Figure 2 : URGENCES VITALES : Formations Transversales des Acteurs
64Résultats attendus – Critères de suivi et d’évaluation des
performances
L’originalité de ce projet repose, outre les structures d’accompagnement
et d’appui (hospitalières d’accueil ou d’aval, pré-hospitalières), les
procédures opérationnelles standardisées, sur le caractère transversal
(figure2), pluridisciplinaire, synergique et mobilisateur du thème face à
l’actualité, à la préoccupation des pouvoirs publics et des professionnels de
la santé ainsi qu’à une forte demande du public. C’est un projet de
renforcement agissant en complémentarité et en coordination avec les atouts
(structures et programmes) existants. Chaque année du tronc commun est
sanctionnée par un certificat ou un diplôme, rendant les acteurs opérationnels
dès la fin de la première année. Outre la progressivité de la formation le
projet offre d’intéressantes possibilités de perfectionnement ou de
perspectives de carrière.
La formation des acteurs peut être optimisée à trois niveaux.
– pré-universitaires : améliorer et encourager l’initiation au secourisme
de base tel que les gestes d’urgence, la sécurité incendie, la sécurité
routière dans les établissements scolaires et professionnels.
– universitaires : développement de modules obligatoires (ex
EVASAN, Echographie) ou optionnel (ex épidémie et management
catastrophes ; douleur et urgences ; traitement des brûlures) dans les
centres de formation paramédicale et au cours du deuxième cycle des
études médicales.
– post-universitaire : au titre de formation pluridisciplinaire, initiale,
continue ou d’accompagnement des stratégies de prévention et de
réponse aux urgences.
– La sensibilisation et l’évaluation des besoins permettent d’orienter le
choix des domaines prioritaires de Formation. C’est un devoir pour
toute autorité sanitaire de mettre en place des plans de prévention des
risques et des stratégies de réponse aux urgences individuelles ou
collectives. La sensibilisation revient donc à convaincre en premier les
Pouvoirs Publics de l’intérêt social et médico-économique de ces
plans dans une approche inter étatique, en tenant compte de la capacité
de mobilisation du secteur privé et de la société civile
Critères de viabilité et de pérennisation : projet décennal
d’objectifs et de moyens
L’organisation pratique ne peut se concevoir qu’à court, moyen et long
termes en en tenant compte de la nécessité d’amélioration ou de l’utilisation
des structures de formation existantes. Les disciplines concernées se
rapportent principalement, aux urgences et sinistres sanitaires incluant la
65prise en charge des brûlures, à l’anesthésie, à la maintenance biomédicale,
ainsi qu’à la douleur (Figure 1).
Le potentiel de pérennisation (tableau de développement des capacités)
est garanti par l’engagement des partenaires et le suivi régulier des
indicateurs de performance que sont les comptes rendus d’étapes et
d’évaluationdesactionsréaliséesetàréaliser (analyse des points forts et des
points faibles du projet) et les audits (internes ou externes) prenant en
compte la satisfaction des bénéficiaires et portant sur le niveau de
l’enseignement et les résultats obtenus aux fins de réajustements qui
s’imposent.
Rapport OMS 2013 : Recherche pour la couverture sanitaire universelle
Difficultés - obstacles
– Absence de couverture sociale généralisée (Assurance Maladie par
répartition et par capitalisation)
– Inertie organisationnelle et cloisonnement des formations
– Exode rural (carence de mesures incitatives et de fidélisation)
– Les limites sont inhérentes surtout aux contraintes socio-politiques (le
problème de souveraineté des Etats étant un sérieux obstacle à une
approche d’intégration), économiques et sanitaires du continent.
– Barrières linguistiques. Une Session d’Harmonisation entre Sociétés
Savantes Anglophones et Francophones aux JIAMU Cotonou 2014 (4)
a préconisé à court terme des jurys mixtes aux examens et concours ; à
court, moyen et long termes l’apprentissage obligatoire des deux
66langues français et anglais dans chaque pays membre ; présentation
notamment de la WACSA, de la SARANF et de la CIMUVISA.
Soutiens attendus - rôle des partenaires
Cette nouvelle approche de Coopération multilatérale doit privilégier une
dynamique régionale de développement sanitaire faisant appel aux
partenaires de développement universitaires, institutionnels avec possibilité
d’extension aux collectivités locales. Elle implique la mise en place de
groupes de réflexion (comité de parrainage, de pilotage, conseils
pédagogique et corps enseignant) mixtes Nord-Sud et Sud-Sud. La mise à
disposition d’outils pédagogiques et de centres de documentation servirait de
structures d’appui à ce projet.
Perspectives
Les réseaux des urgences semblent incontournables dans cette stratégie
d’unification et de standardisation des ressources matérielles et humaines. Ils
passent nécessairement par le désenclavement des formations sanitaires
rurales les plus confrontées au transport de malades vers les hôpitaux de
proximité. Ils requièrent grâce au soutien des partenaires de
développement : l’amélioration et la réhabilitation des réseaux de structures
de proximité d’accueil de traitement et d’orientation des urgences ; la
réhabilitation des réseaux routiers régionaux ou internationaux le soutien
logistique (octroi d’ambulances) et de communication.
A terme il faudrait envisager le renforcement des capacités africaines de
coordination des structures d’appui de prise en charge sur place des
urgences allant des districts sanitaires, assurant les soins de santé primaires
et de prévention, jusqu’aux centres de référence avec les missions de soins,
d’expertise, d’enseignement et de recherche en matière de médecine
d’urgence en Afrique.
C’est l’approche Centripète de l’organisation de la Médecine d’Urgence
et des Secours adaptée aux réalités locales.
Conclusion
Le constat
Il existe dans la plupart des pays africains une inadéquation entre les
besoins et les ressources disponibles. Celle-ci ne peut être résolue que par
des formations initiales et continues des acteurs de la Médecine d’Urgence
afin de répondre à un triple souci d’anticipation de standardisation et
d’harmonisation des moyens et des pratiques sur le terrain.
67Les attentes
Comme le soulignent si bien le PNUD et l’OMS, il ne saurait y avoir de
développement économique sans développement sanitaire, éducatif ou
social. De même, pas de développement sanitaire sans médecine d’urgence.
La prise en charge sur place des urgences et des sinistres sanitaires en
Afrique ne peut être optimisée que par la formation adaptée des acteurs de la
Médecine d’Urgence en ayant bien à l’esprit que l’avenir de cette discipline
sur le continent sera avant tout le fait des africains eux-mêmes. Elle requiert
l’appui de la solidarité internationale en vue du renforcement des capacités
africaines de formation, de maintenance et de prise en charge sur place des
urgences vitales et de la prévention – gestion des crises.
La formation a en outre un impact médical et socio-économique
favorable : à la baisse de la mortalité et de la morbidité, l’amélioration du
niveau et de la qualité de vie ; à l’accroissement de la productivité (réduction
de l’absentéisme) et enfin à l’encouragement à l’investissement, au tourisme
et aux échanges professionnels dans le cadre d’une Coopération
décentralisée Nord-Sud et Sud-Sud.
Remerciements
1-2
GROUPE DE TRAVAIL ET DE LECTURE : Pitchaki F. HEMOU ,
2 2 1Hamza SAMA , Pikabalo TCHETIKE , Mourad BENYAMINA , Séenam
1 3 2KUTOATI, Amr MOGHAZY, Bakoé BAKONDE, Yao
2 2 2KASSANKOGNO, Samuel K. AHOUANGBEVI, Datouda REDA ,
2 2 1Kadjika TOMTA , Moufo BELO , Kodjo F. AHOLU , Georges
GBIKPI1-2 4 1BENISSAN , Martin K. CHOBLI, Matthieu LEGRAND, Alexandre
1 1 2 2MEBAZAA , Claire COUTZAC , Komi TCHAKPELE , Gnon BABA
Bibliographie
Rapport OMS 2000 : La Santé dans le Monde Quels plans de Formation pour les
Acteurs de la Médecine d’Urgence en Afrique ?
Projet Inter-Africain de Partenariat Pédagogique 2002 Pitchaki Frédéric. HEMOU,
Mémoire de Management et de Santé Publique (français/anglais), Université
Paris7 Denis Didérot - Assistance Publique – Hôpitaux de Paris-Ecole des Mines
de Paris
Rapport OMS 2013 : Recherche pour la couverture sanitaire universelle
JIAMU 2014 : Journées Internationales d’Anesthésiologie et de Médecine
d’Urgence, Cotonou, Bénin 23 au 26 juin 2014
68

ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE
& DÉMOGRAPHIE ET AMÉNAGEMENT
DU TERRITOIRE Propriétés insecticides des huiles essentielles
d’Ocimum basilicum L et d’Ocimum canum Sims
*sur Aphis gossypii, ravageur du cotonnier au Togo
Résumé
L’effet aphicide in vitro des huiles essentielles (HE) d’Ocimum canum et
d’O. basilicum ont été étudiées sur Aphis gossypii. Les tests effectués selon
la méthodologie de l’IRAC ont révélé que l’huile essentielle d’O. canum et
ses composés majoritaires terpinéol-4 et linalol possèdent des propriétés
aphicides. Leurs DL ont été respectivement de 2390 ; 2080 et 3560 ppm. 50
Pour l’HE d’O. basilicum et son composé majoritaire estragole, les DL ont 50
été respectivement de 1400 et 700 ppm.
Mots-clés : Aphis gossypii, Ocimum canum, terpinéol-4, linalol, O.
basilicum, estragole.
Introduction
L’utilisation des pesticides chimiques de synthèse a été longtemps
considérée comme le moyen le plus efficace et économique pour la
protection des cultures contre les ravageurs. Cette méthode de régulation
produit des effets non intentionnels sur l’écosystème, les espèces non cibles
et la santé humaine. Leur utilisation régulière et intensive a exercé une
sélection sur les populations de ravageurs, favorisant ainsi le développement
de divers mécanismes de résistance aux molécules actives. L’apparition
d’individus résistants chez les insectes cibles a donc renforcé
progressivement l’intérêt pour des méthodes alternatives de protection des
cultures. En effet, le développement de résistances par les populations

* 1 2 1 2 Pikassalé K. Akantetou , Koba Koffi , Pali Kilimou , Bokobana E. Magnim , Nafadjara A.
2 3 4 2Nadio , Wiyao Poutouli , Raynaud Christine , Komla Sanda
1. Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA), BP 1163, Lomé, Togo.
pakantetou@yahoo.fr; +228 90 33 75 92. 2. Unité de Recherche sur les Agroressources et la
Santé Environnementale, Ecole Supérieure d’Agronomie, Université de Lomé, BP. 20131,
Lomé Togo. 3. Laboratoire de Chimie Agro-Industrielle, Arômes et Métrologie Sensorielle,
UMR 1010, INP-ENSIACET, 118, route de Narbonne, 31077 Toulouse cedex, France.

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