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Un botaniste autour du monde

De
258 pages
L'auteur, botaniste, nous invite à la découverte des différents milieux naturels peu connus des Européens, notamment ceux encore peu altérés par la civilisation et caractéristiques de formations extrêmement riches sur le plan de la diversité biologique, tels que les mattorales ou hauts plateaux mexicains, le bush, le veld et le fynbos en Afrique australe, ou encore le mulga, le mallee et la jarrah forest australiens.
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Yves Delange
Un botaniste autour du monde
Afrique, Amérique, Australie
Dessins de Chansocthony Delange-Hean
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03492-8 EAN : 9782343034928
Introduction Un voyagebotanique autour du monde, quel beau sujet de réflexion pour un naturaliste ! Je rapellerai d’abord que nul voyageur même parmi les plus grands ayant en tous sens contourné la Terre, n’a prospecté et vraiment connu toutes les flores du monde. Mais, avoir herborisé çà et là attentivement en différents lieux de la planète et sur les divers continents peut conduire à découvrir, même dans des sites dont les singularités ne sont pas forcément apparentes, bien des richesses à la condition que l’on ait appris comme il convient à ouvrir les yeux, à voir et à savoir s’étonner aussi bien des choses ordinaires que de celles moins communes qui se présentent à nous. Voyager par l’esprit me valait déjà dès l’enfance bien des transports car simplement dans mon orbe, à travers les noms des arbres et d'autres végétaux que je côtoyais dans notre enclos et au Jardin des plantes de la ville, se profilaient quantité de pays proches ou lointains. Ne rencontrait-on pas là en été dans les plates-bandes l'Eschscholzia de Californie et leTagetes, l’œillet d’Inde mexicain. En hiver dans l'orangerie fleurissaient lesAcaciaaustraliens dispersant leurs senteurs tandis que dans les serres, j'étais ébloui par laVictoria amazonica,Reine des eaux. Je la rêvais aussi devant des cactus géants tel leCereus peruvianus ou en découvrant les plantes succulentes du Cap et de la Namibie, tandis qu'à l'extérieur d’imposants cèdres de l’Atlas transportaient mon esprit dans les montagnes de l’Afrique. L'Asie aussi me sollicitait pour bien des raisons, tant en ce qui concerne ses richesses floristiques que sur un plan plus largement culturel mais sur cela, j'ai écrit précédemment (voir bibliographie). Tous ces noms fort évocateurs, en rapport avec l’origine des plantes, constituaient déjà une leçon de géographie, une aventure, une véritable évasion vers des pays proches ou lointains. Les pages qui suivent résument des instants d’une activité professionnelle ayant nécessité un contact permanent avec les
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arbres et des plantes. Cela à la fois dans des pays du pourtour méditerranéen alors que j’accomplissais des stages d’étude, puis au Jardin des plantes de Montpellier dès 1954 et surtout, à partir de 1971 dans les régions intertropicales, étant alors responsable des collections végétales vivantes du Muséum à Paris. Habitant sur place parmi ces réunions de végétaux pour le plus grand nombre enclos, mis à l’abri de nos rigueurs climatiques dans leurs cages de verre, puis voyageant dans des pays situés à des longitudes et latitudes diverses, j’ai été conduit à prospecter çà et là pendant plus d’un demi-siècle. Les collections botaniques du Muséum (Serres tropicales au Jardin des plantes de Paris et à Versailles-Chèvreloup, Jardin Botanique Exotique Val Rahmeh à Menton), ne représentent-elles pas déjà un petit tour du monde avec ses quelque vingt mille taxons venus des plus divers horizons ? En préambule, j’évoquerai brièvement leur histoire. Depuis plus de trois siècles, les relations entre le Muséum national d’Histoire naturelle et la nature tropicale constituent une belle histoire d’amour. Après la création du Jardin botanique le plus ancien d’Europe et du monde, celui de Padoue commandé par le Sénat de la République de Venise en 1545, en France sous le règne d’Henri IV un édit royal constituait l’acte créateur du Jardin des plantes de Montpellier, dont la direction fut confiée en 1593 au médecin botaniste Pierre Richer de Belleval. Et en 1635 Guy de La Brosse médecin ordinaire du roi Louis XIII, appuyé par Richelieu, était chargé d’établir à Paris dans le quartier Saint-Victor le Jardin du roi qui en 1791 sous la Convention, deviendra Jardin des plantes et Muséum national d’histoire naturelle. Il convient de préciser que si elles ont parfois connu des aléas, les collections végétales du Muséum n’ont jamais cessé de s’enrichir, notamment depuis cette faste époque qui était celle des « botanistes voyageurs ». Parmi ces derniers et exerçant au Jardin du roi, il y eut Joseph de Jussieu (1704-1779, frère d’Antoine et de Bernard de Jussieu) qui, sur l’initiative de Maurepas participa à l’expédition de La Condamine chargé de mesurer un arc de méridien près de l’équateur. Parti de La Rochelle en 1735, son séjour sous les tropiques dura trente-six ans. Citons aussi Jean-Baptiste Fusée Aublet (1720-1778), explorateur et fondateur du Jardin des Pamplemousses à l’île Maurice. Un peu plus tard, Philibert Commerson accompagna Louis-Antoine de Bougainville
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dans un voyage botanique autour du monde, de 1766 à 1769, tandis que René-Louiche Desfontaines (1752-1833) à la suite d'une expédition en Afrique du Nord décrivit les plantes de l’Atlas. Les relations entre le jardin des plantes de Montpellier et celui de Paris ont été un long temps durant étroites et fécondes. Pendant une fructueuse intendance, celle du comte de Buffon (1707-1788), la botanique connut un élan remarquable, notamment avec Bernard de Jussieu (1748-1836) chargé par Louis XV de dispenser un enseignement de la botanique et de constituer des collections d’arbres à Versailles, au domaine de Trianon. Avec Michel Adanson (1727-1806), puis Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) auteur de laFlore françoiseparue en 1778 et duDictionnaire des genresl de 'Encyclopédie méthodique de Panckoucke, nous avons là deux grands noms qui représentent par excellence l’éclosion de la botanique à cette époque à nulle autre comparable, celle du siècle des Lumières. Pierre Sonnerat (1748-1814) se rendit à Madagascar, aux Moluques, aux Seychelles, en Inde, en Nouvelle-Guinée et aux Philippines. Ne parlant que de quelques-uns parmi ceux appartenant à la période historique, je citerai enfin Victor Jacquemont né en 1801, grand naturaliste ami de Stendhal et de Mérimée et qui, parti en expédition pour les Etats-Unis d’Amérique et Haïti puis pour l’Inde en 1828, mourut à Bombay en 1832. Tous les végétaux ayant longtemps voyagé sur de grands voiliers arrivaient dans les ports de Nantes, de La Rochelle, de Brest ou du Havre. Ils étaient aussitôt acheminés vers le Jardin des plantes, reçus par des botanistes praticiens de grand talent, tel au XVIIIesiècle André Thouin (1747-1824), agronome, chef jardinier membre de l’Académie des sciences, chargé de « gouverner » les serres et l’ensemble des collections exotiques et tropicales. N’oublions pas l’Herbier général du Muséum, le plus grand du monde, et regroupant quelque huit millions d’échantillons auxquels il faut ajouter plus de cent mille spécimens de plantes fossiles. C’est à de nombreux naturalistes voyageurs dont certains explorèrent au péril de leur vie des contrées jusqu’alors inconnues, que l’on doit cet essor exceptionnel de la botanique, en particulier aux XVIIIeet XIXesiècles. Au Muséum, comme hier, l’étude des flores des pays d’outre-mer se poursuit aujourd’hui.
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Par rapport à la dimension de la Terre, ce ne sont que de petites portions de territoires qu’un seul homme peut parcourir et un peu connaître au cours de son existence, mais pour nous floristiciens, il s’agit en priorité de terres parmi celles qui ont été en grande partie préservées de l’intervention destructrice de l’homme. Bien que peu d'espaces naturels soient restés vierges et que ces derniers en peu de siècles se soient rétréci comme une peau de chagrin, au sein de ceux-là en tous cas, quelle richesse et quelle diversité ! En écrivant les premières pages de ce livre, en rassemblant quantité de souvenirs, de cahiers de notes, d’ensembles de moments vécus parmi les plantes, un fait s’est imposé de plus en plus fortement à mon esprit. Les orientations que nous prenons lorsque nous nous préparons à exercer une activité en faveur des progrès de la connaissance dans le domaine des sciences, dépendent bien sûr de la formation que nous avons reçue, mais aussi de raisons indicibles dont nous n’avons pas toujours clairement conscience lorsque « nous entrons dans la carrière ». Car à ce moment-là, les règnes du vivant contiennent tant de richesses que nous nous trouvons diversement sollicités. Et parmi les multiples sujets d’étude que l’on peut aborder, une observation, une plante, un détail peut s’imposer plus que d’autres à notre esprit et nous entraîner vers une voie, un thème de recherche qui restera privilégié, peut-être jusqu’au terme de votre vie. Je suis du reste conduit à penser que cette façon d’aborder une discipline est, dans la plupart des cas, très constructive. Car, n’est-elle pas formidable cette sorte d’excitation qui peut naître en nous, qui fait qu’au cours de la plus grande partie de notre existence nous allons être irrésistiblement « pris » par un sujet dont nous allons pouvoir pénétrer les arcanes, approfondir la connaissance, dont nous voudrons d’autant moins nous éloigner qu’à côté de réponses qu’il vous a données, il pose encore tant de questions nouvelles ! Les fonctions que j’occupais étaient principalement celles d’un conservateur des collections végétales, elles devaient m’obliger à me familiariser avec l’ensemble du règne mais aussi, tant ce règne est immense, à privilégier certaines études plus précisément orientées et ce fut celle des flores des milieux arides. Quand on débute dans l’exercice de cette profession, on jette d’abord son dévolu sur quelques groupes qui retiennent plus particulièrement notre attention. Pour moi, ce furent d’abord les flores méridionales,
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avec mes collègues montpelliérains, des familles et des associations végétales du pourtour méditerranéen. Les personnes qui liront ces pages remarqueront enfin que leur auteur manifestait une attirance particulière pour des régions parmi les plus ensoleillées de notre planète. Et surtout par les flores des territoires arides à divers degrés, où des contraintes de toutes sortes nous conduisent à découvrir d’étonnantes stratégies - morphologiques, physiologiques et autres - qui sont des réponses à ces excessives pressions exercées par l’environnement, exemples parmi d’autres de ce fabuleux pouvoir d’adaptation. Dans les pages qui suivent, je n’ai pas voulu abuser de la patience des lecteurs en faisant figurer de trop longues listes de plantes. Bien sûr, toutes ces plantes sur lesquelles je me penchais, par définition elles auraient eu leur place dans une telle relation de voyage mais il y en aurait eu tant ! J’ai donc - forcément de façon très succincte - voulu pour le moins esquisser les paysages en citant des genres et des espèces choisis donnant leur caractère particulier à divers faciès naturels dans le monde, mais aussi dans certains cas, en précisant certaines associations caractéristiques parfois définies par les phytosociologues. Bien que j’aie été conduit à visiter quantité de jardins botaniques et à en décrire quelques-uns, ne sont pas très présents dans ce propos les végétaux introduits, ceux cultivés et en provenance d’autres parties du globe, car les botanistes que nous sommes aspirent avant tout à découvrir les productions de la nature telles qu’elles étaient avant la présence de l’homme, lequel a si souvent perturbé, modifié les divers faciès, superficiellement ou de fond en comble. Comme je l’ai écrit par ailleurs, loin de moi la pensée et le désir de privilégier des végétaux rares ou extraordinaires ; je dirais plutôt que, simplement, ils sont tous extraordinaires ! Enfin, le lecteur pourra mieux comprendre la démarche de l’auteur en ayant présent à l’esprit le fait qu’il exerçait des fonctions qui devaient le conduire, à la fois à constituer et enrichir des collections du Muséum, à avoir des contacts directs avec les botanistes responsables de collections. Mais ce qui était le plus important c’était d'évoquer, de voir au cours de missions les végétauxin situ, dans leurs milieux naturels. N’était-ce pas là la meilleure façon de dispenser un enseignement aussi enrichissant que possible à des étudiants ou à un public aspirant à être en contact avec des scientifiques ayant travaillé sur
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