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Vivre et mourir de l'amiante

De
256 pages
Cet ouvrage est un récit, celui du travail de l'amiante à Condé-sur-Noireau en Normandie. L'histoire d'un territoire et de ses luttes syndicales sur plusieurs décennies. L'histoire des controverses entre syndicalistes. C'est l'histoire du dilemme entre avoir un emploi et préserver sa santé. Une histoire syndicale, dans un lieu où l'on vit et meurt de la même chose : l'amiante. De quoi le syndicalisme est-il fait ? En quoi l'action syndicale en entreprise est-elle complexe face à de telles problématiques ?
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Cécile Maire
VIVRE et MOURIR de L’AMIANTE Une histoire syndicale en Normandie
Vivre et mourir de l’amiante Une histoire syndicale en Normandie
Cécile Maire VIVRE ET MOURIR DE LAMIANTE
Une histoire syndicale en Normandie
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10171-2 EAN : 9782343101712
INTRODUCTIONLe présent ouvrage est un récit, celui des travailleurs de l’amiante dans un lieu choisi de Normandie : Condé-sur-Noireau. Leur histoire est abordée sous l’angle du syndicalisme mis en œuvre par les acteurs locaux au fil des décennies, et des controverses qui ont accompagné les stratégies syndicales. Le syndicalisme en entreprise, présent au cœur de ce livre, est analysé sur un terrain précis autour de la question de l’amiante, jusqu’à dégager en fin d’ouvrage un schéma d’analyse générique des collectifs syndicaux en entreprise. Avant d’entrer dans le vif du sujet, revenons brièvement sur l'histoire de l'amiante en France, qui a fait l'objet d'une expression publique à deux périodes distinctes. Dans les années soixante-dix, le grand public découvre les ravages opérés par ce matériau sur la santé de ceux qui y sont exposés, par la lutte des universitaires de Jussieu exposés au flocage, appuyant leurs actions sur des équipes syndicales ouvrières d'usines de transformation de l'amiante. Dans les années quatre-vingt-dix, après presque vingt ans d’« usage contrôlé » de l'amiante, la mort d'enseignants dans une école des Vosges floquée à l'amiante déclenchera une deuxième vague médiatique accompagnant la recomposition d'un comité anti-amiante à Jussieu.
Condé-sur-Noireau,choisi comme terrain d’enquête, territoire est située dans une zone rurale du Calvados, à 46km de Caen et à 12km de Flers dans le département de l'Orne. La commune compte aujourd'hui 5500 habitants et en a compté plus de 7000 à e la fin du XIX siècle. La Basse-Normandie est une région où l'exposition à l'amiante a été Figure 1 : localisation du terrain particulièrement d'enquête importante pour les travailleurs au cours du XXe siècle, notamment dans le bassin de Condé-sur-Noireau (industrie textile et automobile), Cherbourg (constructions navales), Caen (sidérurgie) et Dives-sur-Mer (métallurgie). En 2006, selon l’INSEE, les bénéficiaires du dispositif de départ anticipé en retraite lié à l'exposition à l'amiante sont au nombre de 2203, soit 5,3 % de l’ensemble des allocataires en France, alors que les Bas-Normands ne représentent que 2,4 % de la population totale. Dans la région de Condé-sur-Noireau, le dépôt de plainte pénale fait état de 1200 victimes de l'amiante recensées entre 1966 et 1996 ; les archives du cabinet de la médecine du travail mentionnent 1100 victimes de 1982 à 2006 dont au moins 300 morts. Le nombre de décès prématurés imputables à l'amiante en France est estimé par diverses sources entre 2000 et 3000 par an ; autour de Condé-sur-Noireau, selon les données de l'Association Locale des Victimes de l’Amiante (ANDEVA), le nombre de décès d'une pathologie de l'amiante est de l'ordre de 50 à 100 par an, ce qui représente 2 à 3% des décès annuels de l'amiante en France, alors que Condé-sur-Noireau compte à peine plus de 5000 habitants.
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La nocivité de l'amiante même aux plus faibles doses apparaîtra au grand jour et la lutte conduira cette fois l'Etat er à interdire l'amiante en France au 1 janvier 1997. Depuis cette date, on ne vit plus de la transformation d'amiante en France. Par contre, en mourir suite à une exposition professionnelle est toujours un sujet d'actualité, principalement pour une raison : le temps de latence de la maladie, qui peut se déclarer après plusieurs décennies. Selon le rapport d’information du Sénat du 26 octobre 2005, « 35.000 personnes sont mortes, en France, d'une maladie de l'amiante, entre 1965 et 1995, mais entre 50.000 et 100.000 décès sont encore attendus d'ici 2025 ». A Condé-sur-Noireau et dans les vallées environnantes, l'amiante a été importé comme matière première et transformé pendant plus d'un siècle pour fabriquer du textile résistant au feu et des plaquettes de freins pour l'automobile. A partir de 1925, les raisons sociales de l'entreprise sont successivement Ferodo, Valeo, Bendix, AlliedSignal et Honeywell jusqu’en 2013, année de la fermeture. Dès 1890, des postes de travail ont été exposés à l'amiante. Les salariés de cette industrie n'ont pas échappé sur plusieurs générations à une réalité ambivalente : celle qui consiste à vivre de l'amiante mais aussi à en mourir. Face à cette double réalité, des syndicalistes ont agi, inlassablement. Les syndicalistes qui transformaient l’amiante sont les acteurs principaux de cette enquête. Quelques-uns d’entre eux, rencontrés en entretien, seront le fil rouge de notre histoire, approfondie sur la période de 1971 à 1999. Au cours des trois décennies étudiées, les actions syndicales concernant l'amiante ont fait l'objet de vives controverses au sein du collectif de travail, entre les organisations syndicales de l'entreprise ou, plus largement, au sein de la population locale. L’examen des divergences entre les
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