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A la recherche des animaux mystérieux

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160 pages
Yéti, Bête du Gévaudan, monstre du Loch Ness, grand serpent de mer… le bestiaire de la cryptozoologie fascine autant qu’il hérisse. Coincée entre scepticisme et crédulité, science pour les uns – les découvertes de l’okapi ou du saola témoignent de la validité de la démarche –, pseudo-science pour d’autres, la cryptozoologie n’en finit pas de faire débat. Pour tenter d’y voir plus clair, il est donc important de passer en revue certaines des « causes célèbres » de la cryptozoologie et, au-delà de l’existence ou non de ces animaux, de s’interroger aussi sur l’édifice culturel, sociologique et ethnographique qui s’est construit autour. Car quand bien même certains de ces êtres mystérieux n’auraient pas de réalité biologique, il n’est pas interdit d’introduire une part d’imagination, voire de rêve, dans la recherche scientifique. Si le rêve est maîtrisé, la recherche n’en devient que plus créative.
Docteur ès sciences, Eric Buffetaut est Directeur de Recherche émérite au CNRS (Laboratoire de Géologie de l’École normale supérieure, Paris), spécialiste de la paléontologie des vertébrés. Son intérêt pour la cryptozoologie, remonte à la lecture, pendant son adolescence, des livres de Bernard Heuvelmans sur ce sujet.
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À la recherche des animaux mystérieux
idées reçues sur la cryptozoologie
Éric Buffetaut
Eric Buffetaut Docteur ès sciences, Eric Buffetaut est Directeur de Recherche émérite au CNRS (Laboratoire de Géologie de l’École normale supérieure, Paris). Spécialiste de la paléontologie des vertébrés, il s’est intéressé d’abord aux crocodiles fossiles, avant de se tourner vers les dinosaures et les reptiles volants. Ses travaux portent actuellement surtout sur les oiseaux fossiles. Ses recherches sur le terrain l’ont mené dans de nombreuses parties du monde, ses principaux chantiers de fouilles se trouvant dans le sud de la France et en Thaïlande. Son intérêt pour la cryptozoologie, la recherche des animaux encore ignorés de la science, remonte à la lecture, pendant son adolescence, des livres de Bernard Heuvelmans sur ce sujet. Du même auteur – À quoi servent les dinosaures ?, Éditions du Pommier, 2013. – Sommes-nous tous voués à disparaître ? Idées reçues sur l’extinction des espèces, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2012. – Chercheurs de dinosaures en Normandie, Éditions Ysec, 2011. – Que nous racontent les fossiles ?, Éditions Le Pommier, 2009. – Les Dinosaures sont-ils un échec de l’évolution ?, Éditions Le Pommier, 2008. – Les Dinosaures, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2006. – Sur les chemins des dinosaures, Éditions Aurian, 2005. – La Fin des dinosaures. Comment les grandes extinctions ont façonné le monde vivant, Fayard, 2003. – Histoire de la paléontologie, PUF, 1998. – Dinosaures de France, Éditions du BRGM, 1995. – Les Dinosaures, PUF, 1994. – Dans les traces des dinosaures, Presses Pocket, 1991. – Des fossiles et des hommes, Robert Laffont, 1991.
Issues de la tradition ou de l’air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. Les auteurs les prennent pour point de départ et apportent ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l’on sait ou croit savoir.
définition Cryptozoologie n. f.
Le terme « cryptozoologie » a été forgé à partir des racines grecques kryptos, « caché », zoon, « animal », et logos, « discours, science ». Il désigne donc la « science des animaux cachés », ceux qui sont encore ignorés de la science (mais souvent connus des habitants des régions où ils vivent, ou au moins présents dans leurs traditions). Ce néologisme est parfois attribué au naturaliste et écrivain américain d’origine écossaise Ivan T. Sanderson (1911-1973), mais c’est en fait le zoologue belge Bernard Heuvelmans (1916-2001) qui, après l’avoir inventé indépendamment dans les années 1950, lui permit de s’imposer – même si le mot apparaît pour la première fois, sans être défini, dans un livre de Lucien Blancou, Géographie cynégétique du monde (1959). L’auteur y dédie son livre à Bernard Heuvelmans, maître de la « cryptozoologie ». Suivant qu’on la prend au sérieux ou non, la cryptozoologie est considérée tantôt comme une branche ou une approche de la zoologie, tantôt comme une parascience ou une pseudoscience. C’est dire qu’elle ne fait pas l’unanimité, à la fois à cause de son sujet d’étude (qui inclut des « monstres » comme celui du Loch Ness, ou le yéti de l’Himalaya, ou encore le grand serpent de mer) et à cause des méthodes souvent jugées non-scientifiques de certains de ceux qui la pratiquent. La cryptozoologie est donc une source de débats et de polémiques portant sur le bien-fondé même de son objet et de ses approches. Il existe en effet bien des façons de concevoir et de pratiquer la cryptozo ologie, et il n’y a pas grand chose en commun entre les zoologues à l’esprit un peu aventureux, qui ne craignent pas de s’intéresser à des sujets que certains de leurs collègues jugent sulfureux, et les illuminés qui prêtent par exemple des pouvoirs surnaturels à certaines créatures mystérieuses. Et la prolifération des théories fumeuses ou invraisemblables, conjuguée à un bon nombre de frau des et mystifications avérées, n’est pas de nature à améliorer l’image de la cryptozoologie au sein de la communauté scientifique, et même du grand public. Les êtres dont s’occupe la cryptozoologie trouvent d’ailleurs souvent leur place dans les livres ou émissions consacrés aux grands mystères de l’univers, aux côtés des soucoupes volantes et de l’Atlantide. Néanmoins, si l’on retourne aux conceptions de ceux qui ont défini la cryptozoologie, notamment Bernard Heuvelmans, on peut en donner une définitio n positive, en tant qu’approche pouvant être utilisée par la recherche zoologique. En 1988, Heuvelmans lui-même en a donné cette définition : « L’étude scientifique des animaux cachés, c’est-à-dire des formes animales encore inconnues, au sujet desquelles on possède seulement des preuves testimoniales et circonstancielles, ou des preuves matérielles jugées insuffisantes par certains ». Dans la pratique, cette approche consiste à accumuler les témoignages et indices permettant de conclure à l’existence d’une espèce animale encore inconnue de la science, afin d’en proposer une desc ription et de tenter de la placer dans la classification zoologique. Toutefois, la confirmation des résultats d’une telle enquête ne peut se faire que par l’obtention d’un individu, vivant ou mort, qui pourra faire l’objet d’une description scientifique en bonne et due forme, avec la désignation d’un spécimen-type qui prendra place dans un musée ou autre collection officielle – car c’est ainsi que procède la science zoologique, qui requiert des faits concrets. On touche ici aux limites de la cryptozoologie, car vouloir définir et nommer une espèce animale nouvelle seulement sur la base de témoignages et de preuves matérielles discutables,
comme l’ont parfois fait certains cryptozoologues, y compris Bernard Heuvelmans, n’est pas vraiment une pratique admissible aux yeux des cherc heurs respectueux des normes de la nomenclature zoologique. En d’autres termes, le cryptozoologue, s’il veut conserver l’estime de la communauté scientifique, doit faire preuve de circo nspection et ne pas aller au-delà de ce que les indices dont il dispose permettent raisonnablement d’affirmer.
introduction Un savant étranger s’occupe, dit-on, d’une histoire naturelle des animaux apocryphes. Si l’auteur justifie consciencieusement son titre, il produira un ouvrage curieux.
Anonyme,Histoire naturelle des animaux apocryphes, inLa Revue britannique, 1835
Le but de la cryptozoologie est la découverte d’espèces animales encore inconnues. C’est un objectif qu’elle partage avec la zoologie la plus classique : de tout temps les zoologues se sont attachés à compléter l’inventaire des animaux connus de la science. Le postulat de départ de la cryptozoologie est que l’ère des grandes découvertes zoologiques n’est pas close, qu’il reste encore bon nombre d’espèces ignorées de la science. Il convient de préciser que les cryptozoologues s’intéressent surtout à des espèces d’assez grande taille et donc plus ou moins spectaculaires. Les nombreuses nouvelles espèces d’insectes, d’araignées, de mollusques, voire d’amphibiens, de petits rongeurs ou de petits oiseaux, décrites chaque année ne sont généralement pas présentées comme relevant de la cryptozoologie. Cela ne veut pas dire que cette dernière dédaigne ces modestes animaux, mais plutôt que ce n ’est en général pas via une approche cryptozoologique qu’on les découvre, mais plutôt lo rs du travail un peu routinier d’inventaire faunique auquel se livrent les zoologues dans le co urs normal de leur travail, qui leur permet de repérer et de décrire des espèces jusque-là complètement ignorées de la science. La façon de travailler des cryptozoologues est différente, elle se fonde sur des indices qui peuvent être de plusieurs ordres : savoirs traditionnels, récits de témoins très divers (« indigènes », voyageurs, chasseurs, scientifiques) ou objets tangibles (empreintes de pas, poils, restes anatomiques incomplets, photos et films). Ces indices sont supposés témoigner de l’existence d’êtres vivants non encore recensés par la science zoologique. Ces « bêtes ignorées », pour reprendre l’expression de Bernard Heuvelmans, ne sont donc pas vraiment inconnues, il existe des récits à leur sujet dans les traditions locales, et elles o nt été vues, parfois seulement entraperçues, parfois longuement observées, par des témoins (dont il faut évidemment estimer la véracité et la bonne foi) ; dans certains cas, des indices matériels existent, mais en général ils sont ambigus. On comprend ainsi pourquoi la cryptozoologie s’intéresse principalement à des animaux plutôt spectaculaires et souvent de taille respectable : les petites espèces très discrètes et peu remarquables n’attirent pas suffisamment l’attention pour qu’il existe à leur sujet un corpus de récits, témoignages et indices. Lorsque de telles données existent, le travail du cryptozoologue va consister à accumuler ces éléments de preuve, pour parvenir à un portrait aussi fidèle que possible de l’animal ignoré, qui lui permettra de proposer une identification. Un problème se pose alors : la science zoologique ne se contente pas de témoignages, si circonstanciés soient-ils, elle ne reconnaît l’existence d’une espèce animale que dès lors qu’un spécimen est disponible pour attester de sa réalité. Chaque espèce admise par la zoologie se doit d’avoir son spécimen-type, conservé dans une collection officielle et donc accessible aux scientifiques, qui sert de référence. Il peut s’agir d’un corps naturalisé, d’un squelette, voire d’un spécimen plus incomplet, mais suffisant pour permettre une identification précise et distinctive. En eux-mêmes, et souvent à sa grande frustration, les documents sur lesquels travaille le cryptozoologue ne suffisent donc pas à convaincre de la réalité d’une espèce la « science officielle », qui réclame des preuves tangibles et indiscutables. Et dès lors que celles-ci sont fournies, l’espèce nouvelle bascule du domaine de la cryptozoologie à
celui de la zoologie « classique ». En un sens, lorsqu’elle atteint son but et est couronnée de succès, l’enquête cryptozoologique perd son objet d’étude. Du fait même de sa nature, l’enquête cryptozoologiq ue se distingue aussi de la recherche zoologique plus classique par le fait qu’elle n’exi ge pas forcément un travail sur le terrain. Le cryptozoologue peut très bien se contenter d’accumuler les témoignages et indices au moyen d’une recherche bibliographique, et utiliser ses compétences scientifiques pour proposer une solution à l’énigme zoologique qui l’intéresse, sans pourtant se lancer à la poursuite de l’animal mystérieux dans son habitat supposé. C’est ainsi que le zoologue néerlandais Anthonie Cornelis Oudemans (1858-1943) publia en 1892 un livre sur le grand serpent de mer, faisant le point sur les nombreux témoignages au sujet de cette créature et en proposant une identification (il y voyait un phoque gigantesque), allant même jusqu’à lui donner un nom scientifique (Megophias megophias), sans avoir tenté de rechercher lui-même cette créature sur les océans du globe. De même, si Bernard Heuvelmans, le « père de la cryptozoologie », voyagea bien à travers le monde pour visiter des régions zoologiquement intéressantes, il ne monta jamais d’expédition visant à prouver de façon tangible l’existence de telle ou telle « bête ignorée ». Cela ne signifie pas que de telles expéditions n’aient jamais été tentées. Dès 1900, le quotidien britannique Daily Express envoyait sans succès en Patagonie une expédition sur la piste du paresseux géant dont on soupçonnait l’existence. Dans les années 1950, plusieurs expéditions partirent à la recherche du yéti dans l’Himalaya. Plus récemment, c’est sur les traces du prétendu dinosaure des marais d’Afrique équatoriale, le mokélé-mbembé, que sont parties différentes équipes de cryptozoologues. Le manque de succès de ces initiatives, rarement menées par des zoologues professionnels, ne doit pas dissimuler le fait que, in fine, la preuve de l’existence d’une espèce animale ne peut être appor tée que par l’obtention, sur le terrain, de spécimens démontrant cette existence. Deux découvertes célèbres illustrent bien ce point, celle de l’okapi au Congo en 1901 et celle du saola au Vietnam en 1993 : dans les deux cas, une enquête que l’on peut qualifier de cryptozoologique, fondée sur des indices divers (témoignages d’habitants de la région, restes incomplets), a d’abord permis de con clure à l’existence probable d’un grand mammifère non encore répertorié. Puis, c’est la réc olte dans la région habitée par l’animal, d’éléments anatomiques déterminants (peaux, squelettes) qui démontra que l’espèce existait bel et bien, et en rendit possible une description scientifique – avant que la capture de spécimens vivants ne fournisse aux zoologues des informations beaucoup p lus nombreuses sur les mammifères en question.