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A propos de la science (Tome 1)

De
404 pages
La science est à la fois un processus de connaissance et de compréhension du monde, et un phénomène social. Ce dernier aspect a pris de plus en plus d'importance avec le développement technique qui tend à redéfinir l'ensemble de la société, autant le rapport des hommes au monde que le rapport des hommes entre eux. Ce premier tome propose des écrits sur les sciences de la matière et de la lumière, sur l'astronomie, le mouvement, la mesure, ou sur ce personnage emblématique de la science contemporaine qu'est Einstein.
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ÀPROPOSDE
LASCIENCE
AutourdelamatièreLesRendez-Vousd’Archimède
CollectiondirigéeparNabilEl-Haggar
UniversitéLille1–SciencesetTechnologies
ÀPROPOSDELASCIENCE
«Autourdelamatière»
SousladirectiondeNabil El-HaggaretRudolfBkouche
RogerBalian
FrançoiseBalibar
AndréBrahic
PhilippeBreton
Jean-MarieBreuvart
JeanCeleyrette
GillesCohen-Tannoudji
MichelCrubellier
GuillaumeDurand
IsabelleGrenier
ÉtienneGuyon
PierreKerszberg
MarcLachièze-Rey
BrunoJacomy
Jean-ClaudePecker
YvesPierseaux
JeanSeidengart
GérardToulouse
Jean-PierreVerdet
XavierVerley©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56213-4
EAN : 9782296562134Remerciements à :
- la Direction générale pour l’enseignement supérieuretl’insertio n
professionnelle, ministèredel’Enseignement Supérieuret dela Recherche
- la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Nord-Pas de Calais
(DRAC), ministère delaCulture et delaCommunication
- leConseil RégionalNord-PasdeCalais
- la Villede Villeneuved’Ascq
qui subventionnent les activitésorganiséespar l’EspaceCulture.
- l’agent comptabledel’UniversitéLille 1
- l’équipedel’EspaceCulturedel’UniversitéLille1 :
Nabil El-Haggar, Vice-président de l’Université Lille 1, chargé de la
Culture, dela Communication et du PatrimoineScientifique
JacquesLescuyer, directeur
Communication/Éditions :
DelphinePoirette, chargéede communication
Edith Delbarge, chargéedeséditions
Julien Lapasset, infographist e
Audrey Bosquette, assistante aux éditions
Administration :
Dominique Hache,responsable administratif
JohanneWaquet, secrétairededirection
Angebi Aluwanga, assistant administratif
BrigitteFlamand, accueil - secrétariat
Relationsjeunesse/étudiants :
Mourad Sebbat, chargédes relationsjeunesse/étudiants
MartineDelattre, assistanteprojets étudiants
Patrimoinescientifique:
AntoineMatrion, chargéde mission PatrimoineScientifique
Régietechnique :
JacquesSignabou, régisseur
Café culturel :
JoëlleMavet
L’ensemble des textes a été rassemblé par Edith Delbarge, chargée des
éditions et Audrey Bosquette, son assistante.Collection
«LesRendez-Vousd’Archimède»
«Questionsde développement :
nouvellesapprochesetenjeux »
sousladirectiond’AndréGuichaoua –1996
«LeGéographe etlesFrontières »
sousladirectionde Jean-PierreRenard–1997
«Environnement :représentations
etconcepts delanature »
sousladirectionde Jean-MarcBesse
et Isabelle Roussel– 1998
«La Méditerranéedesfemmes »
sousladirectionde Nabil El-Haggar– 1998
«Altérités:entrevisibleetinvisible»
sousladirectionde Jean-FrançoisRey–1998
«Spiritualitésdu tempsprésent :fragments d’uneanalyse,
jalonspour unerecherche »
sousladirectionde Jean-FrançoisRey–1999
«Emploiet travail:regardscroisés»
sousladirectionde Jean Gadrey –2000
«L’École entreutopie et réalité »
sousladirectionde Rudolf Bkouche
etJacques Dufresnes –2000
«LeTemps etsesreprésentations »
sousladirectionde Bernard Piettre –2001
«Politique et responsabilité:
enjeux partagés»
sousladirectionde Nabil El-Haggar
etJean-FrançoisRey–2003«Les Dons del’image»
sousladirectiond’Alain Cambier –2003
«L’Infini dansles sciences,
l’artetla philosophie»
sousladirectionde Mohamed Bouazaoui,
Jean-Paul Delahayeet Georges Wlodarczark–2003
«La Ville endébat»
sousladirectionde Nabil El-Haggar, Didier Paris
et Isam Shahrour –2003
«Art etsavoir,
dela connaissanceà laconnivence»
sousladirectiond’Isabelle Kustosz– 2004
«Le Vivant
enjeux :éthique et développement »
Sousladirectionde Nabil El-Haggar
etMaurice Porchet– 2005
«Le Hasard: uneidée,unconcept,unoutil»
SousladirectiondeJean-Paul Delahaye– 2005
«Que cachent nosémotions ? »
SousladirectiondeJean-Marie Breuvart –2007
«Àpropos delaculture»
Tomes1 et 2
Sousladirectionde Nabil El-Haggar –2008
«La Laïcité,ce précieux concept »
Sousladirectionde Nabil El-Haggar –2008
«Visages delajustice»
SousladirectiondeJean-François Rey –2010
«Le mondevuà lafrontière »
Sousladirectionde Patrick Picouet– 2011Àparaître prochainement:
«L’Enfant »
«La Guerre »SOMMAIRESOMMAIRE
Avant-propos p.19
Par Nabil El-Haggar
Introduction p.21
Par Nabil El-Haggar
ChapitreI
Matièreetlumière
Lumières du ciel. Immensitéet métamorphose p.41
Par André Brahicet Isabelle Grenier
Qu’est-cequela matièreaujourd’hui ? p.51
Par GillesCohen-Tannoudji
ChapitreII
L’astronomie
Promenade danslesystèmesolaire. p.65
L’explorationdusystème solaire
Par AndréBrahic
Le retourd’unecosmologiespéculative p.87
Par Pierre Kerszberg
La cosmologierelativisted’Einstein p.109
èmeauXXI siècle
ParMarc Lachièze-Rey
Copernic,le dernier ptolémaïque p.125
ParJean-Claude Pecker
15L’astronomieàla Renaissance p.133
ParJean-Pierre Verdet
ChapitreIII
LeMouvement
Le mouvement,unconcept en mouvement p.143
ParJean-Marie Breuvart
ème èmeLe mouvementau MoyenÂge latinXIII -XV siècle p.157
ParJean Celeyrette
Aristote:le mouvementsansl’inertie p.171
Par MichelCrubellier
L’image en mécaniquedes fluides p.193
Par Étienne Guyon
«Le Tournantde1900 » p.213
Àproposdu mouvement,Whitehead et Bergson
ParXavierVerley
ChapitreIV
Lamesure
La mesure en mécaniquequantique : p.247
une révolution conceptuelle
Par Roger Balian
La mesuredutemps,une histoired’instruments p.265
Par Bruno Jacomy
16ChapitreV
Einstein
Einsteinoula hardiessed’une je une hétaïre p.281
Par Françoise Balibar
Whitehead et Einstein p. 299
Par Guillaume Durand
Espace-temps,accélérationminimale p.319
et horizon hyperbolique
Par Yves Pierseau x
Lathéoriede larelativitéselon Cohen, p.337
Natorp et Cassirer
ParJean Seidengart
Savoir confère responsabilité : p.367
Einstein etson héritage
Par Gérard Toulouse
ChapitreVI
Intelligenceartificielle
Cerveaux et créaturesartificielles : p.377
auxsourcesde la créativitétechnique
Par PhilippeBreton
Bibliographiedesauteurs p.391Avant-propos
Par Nabil El-Haggar
Vice-présidentdel’Université Lille1,chargé dela Culture,de
la Communication et du Patrimoine Scientifique
Ce livre est le vingt-troisième titre de la collection Les
Rendez-vous d’Archimède. Il occupe sans nul doute une place
particulière dans cette collection car il interroge la science et la
culture qu’elle engendre. Pour l’université scientifique qui est la
nôtre, c’est d’abord la communauté scientifique dans son en-
semble qui est questionnée.
Ce travail s’intéresse à la question de la culture scientifi-
que qui constitue un pilier fondateur de notre projet : la scienc e
en tant que culture, mais aussi en tant que figure symbolique de
l’ambition démocratique.
Étant donné le très vaste champ de réflexion autour de la
scienceet de la culture scientifique, nous avons retenuquelques
thèmes qui nous semblent centraux pour poser un regard criti-
quesurla problématique « Culture scientifique et démocratie ».
La lecture des textes proposés dans cet ouvrage, complété
par un second tome «À propos de la science, scienceet socié-
té » ,met en évidence la complexité de l’accès à la culture scien-
tifique et la place qu’elle occupe dans une société de consom-
mation et de médiatisation àoutrance.
C’est certainement une illusion que de prétendre, à tra-
vers une séries de conférences, cerner cette question si com-
plexe, qui passionne depuis toujours, et continue à susciter un
intense débat. La richesse de ce travail réside dans la multiplici-
té des intervenants et des champs disciplinaires.
19Grand merci aux auteurs qui ont bien voulu s’associer à
cette démarche dans son intégralité, aux membres du comité
scientifique grâce auxquels ce travailaété rendu possible, et
plus particulièrement à Rudolf Bkouche qui a bien voulu co-
diriger cet ouvrage.
Je profite de cet avant-propos pour signaler aux lecteurs
qui découvrent cette collection que nous travaillons depuis plus
de dix-huit ans pour que Les Rendez-vous d’Archimèd e restent
un espace de réflexion, de pensée, de rigueur et de liberté. La
pensée a besoin d’espaces de liberté où échanges et rencontres
trouvent vie en dehors de toute logique utilitaire. Les savoirs et
les connaissances, fruits d’une construction lente et complexe
des rapports que l’on peut avoir au monde, fondent l’ensemble
des rencontres proposées lors de ces rendez-vous. Cet espace
multiforme se veut un lien indissociable entre la culture et
l’éducation.
Je rappelle également aux lecteurs qu’ils peuvent décou-
vrir sur notre site la revue culturelle Les Nouvelles
d’Archimèd e, trimestriel gratuit qui traite de questions diverses
à travers des approches multidisciplinaires. Vous pourrez y lir e
des articles relatifs aux thèmes de l’année et y retrouver réguliè-
rement les rubriques Paradoxes, Mémoires de sciences,
Humeurs, Repenser la politique, Jeux littéraires, Vivre les
sciences, vivre ledroit…,Àlire, L’art et la manière…
Alors, si notre démarche et nos publications vous intéres-
sent, n’hésitez pas à nous contacter et à en parler autour de
vous.Le public est notremeilleur média !
http://culture.univ-lille1.fr/INTRODUCTION
ÀPROPOSDELASCIENCE
ParNabilEl-HaggarIntroduction
À propos de la science
Par Nabil El-Haggar
Vice-président de l’Université Lille 1, chargé de la Culture, de
laCommunication etdu Patrimoine Scientifique
Cet ouvrage collectif est la somme de contributions four-
nies dans le cadre des Rendez-vous d’Archimèd e. Ces conféren-
ces, données par des scientifiques, universitaires et chercheurs
issus de disciplines diverses, se sont déroulées entre 2006 et
2010. Au côté de la diversité disciplinaire, il faut noter la plura-
lité des approches de la science, de son développement théori-
que et technique, des conséquences sociales, économiques et
culturellesqui endécoulent.
À notre époque, la place qu’occupe la science dans
l’ensemble des composantes qui font notre société est considé-
rable.La science s’impose sans ambiguïté en phénomène struc-
turant de la marche de toutes les sociétés humaines, ce qui est
encore plusvrai en Occident.
En fait, plus que la science, ce sont les indénombrables
applications et usages ditsscientifiques qui font«phénomène»,
bien que les techniques peuvent se développer en dehors de la
recherche ditescientifique.
I.Lesenjeux
Le développement de la recherche scientifique et techni-
que est désormais considéré comme un enjeu fondamental car
les avancées de la recherche et des techniques conditionnent le
développement de l’économie. Il n’en demeure pas moins que
le progrès des connaissances reste l’enjeu majeur permettant
23d’appréhender et de comprendre le monde.La volonté de
comprendre et d’inventer, la recherche de la maîtrise et de la
performancesontinhérentes au«progrès» del’humanité.
L’accès à la connaissance engendre deux principaux en-
jeuxqui s’entremêlent : comprendre le monde pour que le plus
grand nombre de nos concitoyens soient éclairés et accéder au
pouvoir de poser un regard critique sur la société pour se cons-
truire sa propre vision du monde. Ce qui, a priori, est indispen-
sable pour que la démocratie puisse s’exercer et empêcher ainsi
ou, au moins, limiter les excès d’un pouvoir scientifique et/ou
technique qui, pour de multiples raisons, peut être instrumenta-
lisé par le pouvoir politique. Nous savons que ce dernier a sou-
vent tendance à se libérer des contraintes que l’exercice démo-
cratiquepourraitluiimposer.
Or, l’histoire de l’humanité nous apporte chaque jour des
preuvesde ladominationdeshommes par leshommes.
« Connaissance et puissance sont pour l’homme une
1même chose»,écrivait Francis Bacon en1520 .
Avec l’aide, voire la complicité de la science, des techni-
ques et des scientifiques, les « enragés» de la domination sont
susceptiblesd’acquérir unepuissance considérable.
Cette dynamique, quiacontribué par le passé aux crimes
commis contre leshommes,peut encoreperdurer aujourd’hui.
Avec la révolution agricole, l’homme s’est imposé sur la
nature et c’est sans doute l’étape décisive qui apermis à
l’humanité de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Quant au x
conséquences désastreuses que l’on connaît de cette domination
exercée par l’homme, elles sont autant dues à notre ignorance
de la nature qu’au développement considérable des techniques
cesdernierssiècles.
C’est pourquoi il est impératif que la puissance de la
science et des techniques soit sous le contrôle et la surveillance
deladémocratie.
1
Jean-Marc Levy-Leblond, L’Esprit du sel, éd. du Seuil, collectio n
«Points Sciences »,1984.
24Par ailleurs, le progrès scientifique et les réalisations
techniques permis par la recherche scientifique sont bien plus
importantsdepuisquelquesdécennies.
Cette extraordinaire évolution de la science nous suggère
sans cesse de nouveaux concepts, ce qui nous inviteàrevoir en
permanence notrevisiondu monde.
Dans un texte consacré à «la matière », Gilles Cohen-
Tannoudjiécrit:
«Depuis la naissance de la science moderne, marquée
par la révolution copernicienne et la mécanique newtonienne, la
conception physique de la matière a connu des évolutions déci-
èmesives qui ont culminé, au début du XX siècle, avec la théorie
de la relativité et celle des quanta. Aussi bien en philosophie
qu’en science, la matière est pensée au travers de sa mise en
relation avec d’autres concepts ou catégories. En philosophie, le
problème du rapport de la matière à la pensée détermine la ligne
de partage fondamentale entre les philosophies matérialistes,
qui supposent le primat de la matière sur la pensée, et les philo-
sophies idéalistes pour qui c’est au contraire la pensée qui
2primesur la matière. »
II. Usagesdestechniques
Nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète à
accéder quotidiennement aux usages, extrêmementdiversifiés,
issus des techniques, et côtoyons au quotidien les objets, ma-
chines et d’indénombrables produits réels et virtuels issus de la
recherche scientifiqueettechnique.
Nous savons que les réalisations scientifiques et techni-
ques sont puissantes, comme nous savons qu’elles ne sont pas
neutres. Elles pèsent sur nos comportements et structurent notre
environnement, orientent nos besoins, influent sur nos habitu-
des etsurtoutsurla marchede l’économie.
2
Gilles Cohen-Tannoudji, «Qu’est ce que la matièreaujourd’hui?»,
À propos de la science,autour de la matière,chap. 1,p.53.
25Ces réalisations nous étonnent, nous heurtent, mais elles
nous émerveillent aussi.
Dans le chapitreIde ce livre, AndréBrahic et Isabelle
Grenier décrivent cet émerveillement: «Comme une horloge,
le ciel tourne inexorablement au-dessus des dunes, toujours
dans le même sens, à la même allure. Sommes-nous au centre
d’un monde entouré d’une coquille protectrice sur laquelle
sont peintes de jolies étoiles ? Sommes-nous au contraire
assis sur un caillou parcourant sans cesse des immensités sans
3bornes ? ».
III.Science et modernité
La science qui enfante sans cesse de nouveaux concepts
et nouvelles techniques est source permanente de modernité.
Capable d’un renouvellement permanent, elle est parfaitement
en mesure de mener le combat de la « modernité» et de le ga-
gnersansdifficulté.
En effet, à travers le temps, tout au long de leur histoire,
science et techniques se sont imposées comme fossoyeurs du
passéetporteursde progrès.
Selon Henri Meschonnic: « La modernité est ce qui re-
4paraît sous tous les étouffements.» L’auteur de Modernité,
Modernité écrit: « Dans une société qui privilégie l’aventure
techno-scientifique et le court terme des plans de rentabilité
plutôt que le long terme des projets de société, la modernité du
sujet est peut-être ce qui empêche la collectivité de devenir la
5programmationde l’individu. »
Il est certain que la modernité ne peut se passer de la
science et des techniques et autant la science que les techniques
ont besoin de la modernité qui s’avère indispensable pour
continuer à progresser. Néanmoins, une question persiste: si la
3
André Brahic et Isabelle Grenier, Lumières d’étoiles, les couleurs de
l’invisibl e,éd. Odile Jacob, 2008,chap.I,pp.16-25.
4Henri Meschonnic, Modernité, Modernité, éd. Folio,1993, p.13.
5
Henri Meschonnic, id.
26modernité épouse les nouveaux concepts apportés par le progrès
scientifique et technique, nous sommes encore loin de
l’appropriationdeces conceptspar leplusgrandnombre !
Ce qui met en évidence le décalage permanent entre une
modernité pensée et une modernité de pacotille.Cette dernière,
triomphante, a réussi à se transformer en une modernité de
consommation qui, à son tour, a réussi à enterrer l’un des plus
beaux concepts politiques: la citoyenneté, pour la transformer
en« commercialité» etles citoyens en consommateurs.
On comprendra alorsaisément que l’appropriation des
nouveaux concepts proposés par la science ne peut être une
priorité puisqu’elle est contradictoire avec la réussite de la
commercialité.
Cette transformation est une condition sine qua non pour
que le grand marché mondial soit rentable et viable. Il s’agit
bien d’une modernité commerçante qui vend tout ce qu’elle a à
vendre. Les produits issus des techniques et de la recherche
scientifique sont particulièrement attirants et commercialement
rentables.
De plus, nous savons qu’il n’est pas facile d’accéder aux
concepts nouveaux sans accompagnement adéquat. «Tout le
monde ne peut pas regarder en face un conceptqui fait vaciller
6les concepts. »Comme, au-delà des discours, cette appropria-
tion n’est pas une priorité de la modernité, elle n’est alors pas
considérée comme uneprioritédupouvoirpolitique.
IV. Science, techniques et démocratie
Au-delà des multiples définitions données par les uns et
les autres de la modernité, la science et les techniques sont por-
teuses de concepts qui participentàrefonder notre vision socié-
tale et culturelle.Elles structurent nos sociétés et nous sommes
d’excellents consommateurs des techniques. Si elles parvien-
nent à s’imposer à nous, c’est parce qu’elles sont utiles, facili-
6
Aragon, Introduction à 1930 ; La révolution surréaliste, n° 12,
15décembre1929, p.57.
27tant la vie de tous les jours, elles nous séduisent suffisamment
pourquenousne puissionsplusnous enpasser.
Mais la vraie question est ailleurs, il ne s’agit pas de vou-
loir se passer à tout prix des techniques. La question essentielle
est de permettre à chacun d’avoir la capacité, en citoyen respon-
sable et acteur de la marche collective, d’avoir le recul néces-
saire pour poser un regard critique sur la société et de pouvoir
choisir de se lier ou non à une modernité dont les priorités ne
sontpassiennes.
Dans une démocratie, un citoyen éclairé se donne le droit
de penser son projet de société, de dessiner le «vivre ensem-
ble» et son avenir social, économique,culturel et politique, de
partager savision avecles autres.
En d’autres termes, s’il est nécessaire de soutenir la re-
cherche scientifique, les inventions et réalisations techniques, il
est aussi légitime de pouvoir remettre en cause ces choix et de
pouvoir en discuter. Comme il appartient aux citoyens de pou-
voir décider d’être les acteurs de leur avenir et de refuser ainsi
de se soumettre à des considérations politiques, scientifiques et
techniques qui cherchentàmaîtriser le bien commun au nom de
la science et des techniques et encore moins au nom de la
rentabilitééconomique.
Les sciences et les techniques sont l’œuvre de l’homme
et doivent rester sous le contrôle de la démocratie.C’est
d’autant nécessaire que l’instrumentalisation politique, sociale,
commerciale et culturelle de la science devient particulièrement
« rentable».
Nous ne devons jamais oublier qu’il est indispensable de
garder la maîtrise de notre œuvre scientifique et des conséquen-
cesde nos réalisationstechniques.
Rappelons que la science et les techniques, qui ont un in-
térêt stratégique, intéressent de très près les puissances politi-
ques. Elles engendrent des enjeux politiques et économiques si
considérables qu’elles échappent aux surveillances démocrati-
ques.
28À l’image de tous les grands sujets qui engendrent des
enjeux de pouvoir et qui structurent notre vie en société, le pou-
voir, quel qu’il soit, ne se démène pas pour que la démocratie
s’enmêle.C’estpourquoilascience,la recherchescientifiqueet
lestechniques échappent aux grandsdébatsdesociété.
À l’occasion de l’installation du Haut Conseil de la
Science et de la Technologie, François Fillon, Premier ministre,
adéclaré :
« Fonder notre discernement sur la compétence des seuls
experts, réduire le périmètre de nos débats à leur seule confron-
tation, c’est en réalité prendre le risque d’un biais que ni les
responsables politiques, ni les citoyens, ni les scientifiques eux-
7mêmes, nesontprêtsà accepter. »
Pour que cette belle déclaration soit efficace, il faudrait
qu’elle soit opérationnelle. Pour être opérationnelle, elle doit
d’abord être étayée par une démarche et une méthode claire-
ment établies et accessibles à tous. Celles-ci devraient expliciter
comment le politique permet au plus grand nombre de nos
concitoyens d’être éclairé et de se sentir concernépar les enjeux
du développement scientifique et technique et quels espaces il
met en place pour de véritables débats démocratiques, loin de
nombreuxlobbiesindustriels,économiques, politiques…
Enfin, le Premier ministre devrait nous préciser comment
il compte garantir une totale transparence dans les comptes-
rendus,quidoivent êtrepublics,desditsdébats citoyens.
Or, il se trouve que la culture d’une démocratie de
proximité efficace, intègre et transparente, ne fait pas naturel-
lementpartiede l’exercice démocratique français.
C’est dire à quel point le développement de la science et
destechniques estune questionquinous concerne tous.
En d’autres termes, si le développement scientifique et
technique est si indispensable qu’il est inhérent à la marche et
7
François Fillon, Premier ministre,à l’occasion de l’installation du
Haut Conseil de la Science et de la Technologie, Paris, 15 janvier
2010.
29au «progrès » de l’humanité, il est aussi vrai que les applica-
tions qui en découlent ne devraient nullement s’exercer contre
l’humanité,les femmes etleshommesquila composent.
V. Lascience estune culture
La science est une œuvre humaine, elle évolue avec son
époque et son développement dépend des choix des scientifi-
ques et des moyens que politiques, industriels et divers mécènes
veulent bien lui accorder.La maîtrise des conséquences de la
recherche scientifique n’est possible que si deux conditions sont
remplies:
- la première est que les fabricants dela science restent et
s’affirment en chercheurs éclairés, indépendants, dotés d’une
conscienceéthiqueetd’uneculture universitairehumaniste,
- la deuxième est que l’institution universitaire, ou
l’organisme de recherche, qui abrite les chercheurs cesse
d’exiger de ces derniers uniquement de l’efficacité et de
l’excellence technique au mépris de la pensée et de la vision du
monde: le chercheur se situe dans le monde qui l’entoure et
non dans un monde instrumentalisé au service de la seule renta-
bilité immédiate. Cette logique à court terme pourrait remettre
en cause leprincipe mêmed’Université.
VI. La pensée, unéternel combat
Les universités européennes ont toujours connu bien des
pressions. Contrôle des contenus des cours par l’Église, ferme-
tures administratives plus au moins longues en France, pros-
criptiondestextesde Descartes àla Sorbonne en1675…
Nous savons combien le combatàmener pour obtenir la
liberté de penseraété long et douloureux. Dans lesdémocra-
ties, l’université est devenue ce lieu libre où la pensée
s’épanouissait,unlieude réflexion,de recherche, d’éducation et
de diffusion des savoirs et de culture. Mais aussi un lieu où le
regard critique exigeant, posé par les universitaires sur la socié-
té et les pouvoirs garantissait la bonne marche des institutions
30politiques,économiques, culturelles etsociales.
Là où la démocratie est absente, l’université et les univer-
sitaires remplissent souvent leur rôle de force intellectuelle
critique de contestation et de proposition. Encore aujourd’hui,
beaucoupd’entreeuxpayent auprix fortcet engagement.
« L’intellectuel doit d’abord vouloir survivre et vivre
comme intellectuel, précisément parce qu’il subit des forces de
dégradation interne énormes et qu’une formidable pression
politique, idéologique, technocratique... tend à le laminer et le
8détruire.»
L’intellectuel peut donc faiblir sousles pressionsdiverses
et entraîner avecluil’affaiblissementdela pensée.
Si l’Université moderne ne risque pas la fermeture sur
ordre de l’autorité politique, si ses intellectuels sontàl’abri de
pressions morales ou physiques les obligeant à renoncer à leurs
idées ou à changer leurs cours, ils sont en revanche les proies de
pressions subtiles autrementplus modernes, mais aussi effica-
ces.
L’inévitable refrain de l’enseignant-chercheur: « Je n’ai
pas le temps ! »signale une grande menace. Débordé, dépassé,
stressé par les contraintes administratives quotidiennes, la
course à la publication dans des revues bien identifiées, d’où la
hantise d’une carrière qui progresse peu, le tout formant ainsi la
principalemenaceà lavie intellectuelleuniversitaire.
Plus d’une fois, des collègues, qui s’étaient engagés à
écrire dans notre revue de réflexion pluridisciplinaire Les
Nouvelles d’Archimèd e, ont fini parrenoncer, optant pour des
revues dont l’impact sur leur carrière est significatif.Le risque
de sous-tendre la réflexion intellectuelle universitaire aux résul-
tats de la recherche est nuisible, en premier lieu à l’universitaire
lui-même dont la réflexion intellectuelle s’appauvrit dans une
spécialisation et une technicisation à outrance, s’éloignant du
monde qui l’entoure et, en second lieu à la richesse d’une ré-
flexionintellectuelleglobale.
Ajoutons à cela la volonté de dévaloriser le savant devant
8 èmeEdgar Morin, Pour sortir du XX siècle, éd. du Seuil,
collection«Points», Paris,1984,p. 265.
31la vulgarisation des savoirs…: l’institution universitaire – au
sens large – comme lieu de pensée libre est sérieusement mena-
cée.
Ainsi s’achève l’industrialisation de l’activité intel-
lectuelle, ce que Denis de Rougemont appelait, en 1935, la pro-
9létarisation de la pensée .
Jürgen Habermas écrit d’ailleurs à ce propos : «La
sciencemoderne a jeté son masque et a renoncé à l’exigence
plénière de la connaissance théorique au profit de l’utilité
technique... »
VII. Université et recherchescientifique
L’histoire singulière de l’université française fait qu’elle
ne se pense toujours pas, ou peu, en dehors de l’enseignement
etdela recherche, commeune institution productricedeculture,
uneinstitution culturelle.
Pour nombre d’universités françaises qui se sont donné
une mission culturelle, elle se limite à l’organisation de quel-
ques événements dont la finalité reste l’animation de la vie étu-
diante sur des campus construits il y a quarante ans et qui pei-
nent souventàse donner une âme. C’est une vision réductrice et
médiocre de la culture universitaire. La culture ne serait donc
qu’une « affaire de vie étudiante», ce qui n’est pas sans consé-
quences autant sur un plan politique, que culturel, universitaire
et financier.
La réduction de la cultureà cette dimension minimaliste
confirme que l’université française est non culturelle et qu’elle
doit le rester. Cette vision médiocre des responsabilités de
l’institution universitaire est hautementpolitique. L’université
et les universitaires qui la font en sont aussi responsables. Un
grand nombre d’universités, et une part non négligeable de la
communauté universitaire de notre pays, «partagent», cons-
ciemment ou non, cette vision qui sévit depuis si longtemps.
9
Denis de Rougemont,Penser avec les mains (1935), éd. Gallimard,
collection«Idées», Paris, 1972.
32Heureusement, une minorité a pris conscience que la culture,
dans toutes ses dimensions, contribue à donner à l’institution le
pleindroitdese revendiquer universitaire !
C’est pourquoi, parallèlement à l’enseignement et à la re-
cherche, l’université et les universitaires ont aussi de grandes
responsabilités enmatièredeculture.
VIII. Comprendre le monde
Intéressons-nous plus particulièrement à l’absence de la
culturedansl’université etseslaboratoires.
Selon Kant, les Lumières devaient répondreà la ques-
tion: qu’est-ce que s’orienter dans la pensée? Ce qui revient à
penser par soi-même,autrement dit: « Chercher la pierre de
10touchedela vérité ensoi– c’est-à-dire en sapropre raison. »
Depuis, Kant a été rejoint par Condorcet, Ricœur et par
nombrede sociétés riches et pauvres qui affirment que l’accès à
la culture, aux savoirs et aux connaissances est indispensable
pour accéder à l’intelligibilité du monde et permettre ainsi à
chacunde se construiresa propre visiondu monde.
L’université estle maillon fondamentalqui rend cet accès
possible.
Or, l’université française de masse n’est pas le pivot de la
création, de la réflexion ou de la vie intellectuelle de la Cité et
ne cherche pas à l’être pour plusieurs raisons, dont deux essen-
tiellement: elle n’a pas hérité de cette tradition culturelle et la
République a fractionné l’enseignement supérieur en deux
grandes familles. D’une part, la «noble» qui regroupe les
grandes écoles, instituts divers, Collège de France, etc., à qui
l’on a confié la formation des élites de la nation et, d’autre part,
celle qui sera chargée, à partir des années soixante, de former
unemassed’étudiants avec des moyensdérisoires !
Cette configuration a secondarisé et marginalisé
l’université durant les quarante dernières années qui ont forgé
l’institutionuniversitaireactuelle.
10
Emmanuel Kant, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?,
éd.Vrin,Paris, 1959(1786),pp.87-88.Trad.Alexis Philonenko.
33D’autre part, les élites qui détiennent le pouvoir et font le
quotidien de la France ne connaissent pas l’université. Soit par
manque d’intérêt, soitparmépris !
Un changement est néanmoins en train de s’opérer.Cer-
tes, il prendra beaucoup de temps, mais cette situation,très dé-
savantageuse, pourrait changer !
Ce qu’on sait peu c’est que, malgré les déboires et les fai-
bles moyens de l’université, l’essentielde la productionissue de
la recherche scientifique dans notre pays se fait dans
l’université.
D’ailleurs, si l’université en France ne se conçoit pas en
institution culturelle, elle s’affirme et se conçoit en revanche
comme étant naturellement la principale productrice de recher-
chesscientifiques et techniques.
La tradition de non-culture qui est la sienne fait qu’elle
ne s’était pas ou très peu intéressée à la culture qu’engendre la
recherche scientifiquefaite dansses laboratoires.
C’est pourquoi, pour exemple, la conservation et la valo-
risation du patrimoine scientifique qui a rendu cette recherche
possible ont été oubliées durant des décennies et qu’une partie
non négligeable de notre patrimoine scientifique s’est retrouvée
dansdesdécharges publiques.
Encore aujourd’hui, il est rare de trouver, dans les uni-
versités, des professionnels de la conservation et de la valorisa-
tiondupatrimoineoudela médiationscientifique.
Néanmoins, une prise de conscience s’amorce,qui
conduit certaines universités à reprendreen main une partie de
leursupposéeresponsabilitéculturelle.
C’est par le biais de la diffusion de la culture scientifique
que certaines universités ont décidé de s’intéresser à la culture.
Il leur appartiendra de ne pas tomber dans le traditionnel piège
des «tiroirs» classant la culture scientifique à part,sous pré-
textequ’ellene faitpaspartiedelaculture !
Persister à classer la culture scientifique en dehors de la
culture est une manière de séparer la science des autres champs
34de la pensée et d’en faire une activité intellectuelle exception-
nellequinécessiteun traitementpolitiqueexceptionnel.
Cet intérêt pour la culture scientifique se manifeste trente
ans après la décision de l’État de confier la diffusion de cette
11culture scientifique à de nouveaux lieux appelés CCSTI , cons-
truits dans les années quatre-vingts et gérés par des
« médiateurs» chargés d’expliquer la science à la Cité, plutôt
qu’auxuniversitésquilaproduisent.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les universités et
les universitaires ne se sont pas montrés concernés!Quant aux
pouvoirs publics, ils n’ont pas exigé de la communauté et de
l’institution universitaires qu’elles prennent en charge la diffu-
sion de la culture scientifique qu’elles produisent ! Ce qui ré-
sume bien la vision que l’on avait de l’université et le manque
de confiance dans sa capacité à s’ouvrir à la Cité.Un état de fait
vécu commetotalementordinaire !
En guise de conclusion
Comme nous l’avons écrit plus haut, la maîtrise des
conséquences de la recherche scientifique n’est possible que si
«les faiseursde la science» restent et s’affirment en chercheurs
éclairés, indépendants, dotés d’une conscience éthique et d’une
cultureuniversitairehumaniste.
Or, la réalité au quotidien est tout autre, elle est même à
l’opposédecetteexigenceculturelleincontournable !
Il est normal d’attendre des chercheurs des résultats
comme il est normal d’être jugé sur le résultat obtenu. Ce qui
est anormal, c’est que l’évaluation des chercheurs et des univer-
sitaires en général se cantonne au dit résultat dont la rentabilité
doit êtreimmédiate etselonles critèresdu moment.
Ne pas juger les universitaires et les universités sur la to-
talité de leurs missions est un danger dont les conséquences se
fontdéjàsentir en France et ailleurs.
11
Centre de CultureScientifiqueTechniqueetIndustrielle.
35C’est inacceptable parce que c’est d’abord une formede
harcèlement au profit de ladite efficacité immédiate et de la
supposée« excellence».
C’est aussi dangereux parce que cela se traduit concrète-
ment par une incitation à l’enfermement et à la non-pensée.
Aussi, c’est mépriser les chercheurs qui pensent ! Ceux qui se
situent dans le monde qui les entoure en tant qu’homme, scien-
tifique et chercheur à la fois. Ces chercheurs, susceptibles
d’inefficacité, sont menacés de stigmatisation et d’une carrière
incertaine.
C’est dangereux parce que c’est lesamener à ne passe
soucier du culturel, c’est-à-dire de l’éducation d’un regard criti-
que sur les savoirs, condition sine qua non pour une prise de
recul nécessaire et pour donner un sens àl’entreprise de la
connaissance. Or, nous savons que « ce culturel qui met de la
distance entre l’homme et le vital indispensable à la survie hu-
12maine » est en conflit avec «l’utile» etl’immédiateté.
Les chercheurs dépourvus d’un regard global sur le
monde, dépourvus d’une culture universitaire humaniste se
technicisent tout en s’affaiblissant pour ne plus être aptes à
porter un regard critique sur leur recherche et ne plus savoir
maîtriserla recherchequ’ilsproduisent.
«D’une culture adaptéeau temps présent, on passeàcet
extrême, la culture adaptée à l’instant présent, c’est-à-dire une
façon grossière de s’emparer de l’utilité momentanée. Si l’on
croit que la culture a une utilité, on confondra rapidement ce qui
est utile avec la culture. La culture généralisée se confondra
13avecla haine dela vraie culture. »
12
Hannah Arendt, La Crise de la cultur e,éd. Gallimard, collectio n
«Idées», Paris,1985.
13
Friedrich Nietzsche, La Volontéde puissance, tome II.CHAPITREI
MATIÈREETLUMIÈRELUMIÈRESDUCIEL
Immensitéetmétamorphoses
ParAndréBrahic
etIsabelleGrenier