Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Bioéthique et transdisciplinarité

De
156 pages
Réflexion transdisciplinaire sur les rapports entre les sciences de l'homme et son environnement, cet ouvrage défend une bioéthique ouverte à la société civile. Il reflète les défis moraux auxquels sont maintenant confrontées les biotechnologies, depuis les OGM jusqu'à la PMA. Les chercheurs rappellent que la révolution biotechnologique peut et doit contribuer à améliorer la qualité de la vie, présente et future. La bioéthique questionne finalement la nature même de l'être humain et offre la perspective d'un nouvel avenir.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

ClaudineBRELET PatrickCURMIFatimaZHORAELKEBIR SalwaHAMROUNIMouradMERDACI
Bioéthique et transdisciplinarité
Préface de Christian Byk
CultureS et MédecineS
BIOÉTHIQUEET TRANSDISCIPLINARITÉ
Cultures et Médecines Dirigée par Claudine Brelet Toute médecine est « traditionnelle ». Chacune est le produit d’une culture, d’une tradition, dont découle une certaine perception du monde et de l’être humain donnant du sens à la souffrance et à la maladie, à la naissance et à la mort… De cette vision du monde dépendent aussi une manière de diagnostiquer, des techniques et des pratiques, et les normes autour desquelles s’institutionnalise la relation soignant-soigné au sein d’une même culture. Depuis 1948, l’OMS a encouragé les soignants formés à la médecine occidentale classique à tenir compte de l’approche holistique de l’être humain et du caractère préventif des « ethnomédecines ». La mondialisation n’est pas qu’économique… À l’instar des musiques du monde s’enrichissant réciproquement, le pluralisme médical présenté dans cette collection témoigne comment et pourquoi soignants et soignés peuvent bénéficier de l’intégration de la diversité culturelle dans le domaine de la santé. Dernières parutions Michael SINGLETON,Confessions d'un anthropologue,2015. Geneviève N’KOUSSOU,?Enfants soldats… enfants sorciers Approche anthropologique dans l’Afrique des Grands Lacs, 2014.Mourad MERDACI,Anthropologie de la souffrance psychique et sociale. Le contexte psychosocial algérien, 2012. Claudine BRELET,Anthrop’eau. L’anthropologie de l’eau racontée aux hydrologues, ingénieurs et autres professionnels de l’eau, 2012. Nicolas KOPP, Marie-Pierre RETHY, Claudine BRELET et François CHAPUIS (Sous la dir. de),Ethique médicale interculturelle. Regards francophones, 2006. Bony GUIBLEHON,Les Hommes-panthères. Rites et pratiques magico-thérapeutiques chez les Wè de Côte d’Ivoire, 2007.
Claudine Brelet – Patrick Curmi Fatima Zhora Elkebir – Salwa Hamrouni Mourad Merdaci Bioéthique et transdisciplinarité Préface de Christian Byk
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07225-8 EAN : 9782343072258
Table des matières
Table des matières ………………………………………. 5 Bioéthique et transdisciplinarité : « un manifeste pour l’unité du genre humain » ?Préfacepar Christian BYK… 7Avant-propos …………………………………………… 11 La bioéthique : de « l’homme-machine » à « l’homme total »par Claudine BRELET……………... 15 Introduction ……………………………………………. 15 Interdisciplinarité, ou transdisciplinarité ? ………………. 16 De la physique nucléaire à la bioéthique………………… 18 Bref hommage à un pionnier, le Professeur Pierre Cüer…………. 18La bioéthique en évolution ……………………………… 23 L’OMS, une nouvelle définition de la santé ……………... 27 Santé, bioéthique et anthropologie ……………………… 30 Éthique, bioéthique et diversité culturelle ………………. 33 L’analyse paradigmatique ………………………………. 37 Culture… vous avez dit « culture » ? …………………… 38 L’échange linguistique et la sémantique ………………… 40 Éviter nos tendances ethnocentristes naturelles ……….. 42 Importance d’un mythe fondateur ……………………… 42 La science des Lumières et ses préjugés ………………… 44 Ethnocentrisme de la science des Lumières …………… 46 Empreinte idéologique et moulage scientifique …………. 48 Relativité de la médecine classique occidentale …………. 52 La médecine et le « nouvel esprit scientifique » …………. 56 L’ONU en 1945, un projet de civilisation ………………. 60 Bioéthique et démocratie ………………………………. 67 Les OGM : bénéfices et risquespar Patrick CURMI…… 71Introduction ……………………………………………. 71 Les modifications génétiques naturelles, moteurs de la biodiversité et gardiennes de la vie ……….. 71 Génie génétique : sortir du rôle de spectateur …………… 75 Applications de la transgénèse, quelques exemples ……….78 Micro-organismes et organismes unicellulaires………………....... 78 Bactéries transgéniques……………………………………… 79 Levures transgéniques………………………………………. 80 Plantes…………………………………………………… 81 Avantages de la transgénèse pour l’amélioration des plantes……… 82 Transgénèse végétale, outil pour la recherche……………………. 82 Transgénèse végétale en agriculture………..…………………... 83
5
Maïs Bt.…………………………………………………. 84 Plantes transgéniques résistantes à l’herbicide Glyphosate………... 85 Insectes et espèces animales…………………………….. 85 OGM et alimentation …………………………………… 86 Bénéfices et risques ……………………………………... 87 Limites de la transgénèse et perspectives d’amélioration… 87 Cas des OGM dans le domaine agricole……………………. 89Protection de l’environnement et gestion agronomique…………… 89 OGM, allergies et risques alimentaires …………………. 91 OGM, compétitivité de l’agriculture et organisation du travail ……………………………… 93 Conclusion ……………………………………………… 95 L’état de la bioéthique en Algérie par Fatima Zhora ELKEBIR………………………….. 97 Introduction ……………………………………………. 97 La situation en Algérie ………………………………….. 102 Le Conseil national de l’Éthique des sciences de la santé……….. 102 La promotion de la bioéthique …………………………. 106 Déontologie, droits de la santé …………………………. 107 Bioéthique et société …………………………………… 108 La préparation d’une charte algérienne du malade ……… 108 Création d’un réseau algérien de bioéthique ……………. 110 Mise en place d’une formation graduée et post-graduée … 110 Création de comités régionaux et locaux de bioéthique … 110 Conclusion ……………………………………………... 111 Bibliographie …………………………………………… 112 Les lois bioéthiques en Tunisie et l’assistance médicale à la procréationparSalwa HAMROUNI……... 113La garantie des droits humains ………………………….. 116 L’affirmation de certains principes…………………………… 116 L’interdiction de certaines pratiques………………………….. 121 Des sanctions excessives ………………………………... 124 Sanctions administratives…………………………………... 125 Sanctions pénales………………………………………….. 127 Clinique sociale et santé : vers une éthique de médiationpar Mourad MERDACI………………………………...... 131Objets éthiques …………………………………………. 131 Une éthique de médiation ………………………………. 136 Annexe: Bibliographie du Professeur Pierre Cüer ………. 145
6
Bioéthique et transdisciplinarité : « un manifeste pour l’unité du genre humain » ?
Christian BYK Magistrat, secrétaire général de l’association internationale « droit, éthique et science ».
« Un manifeste pour l’unité du genre humain ». C’est ainsi que le président de la République a décrit le Musée de l’Homme renaissant dans son discours inaugural du 15 octobre 2015 : « Il montre l’Humanité comme un tout indivisible dans l’espace et dans le temps ».
Gageons qu’une grande partie de ce manifeste est et sera écrite par la bioéthique, cette réflexion sur les rapports entre les sciences du vivant, l’homme et son environnement.
Comprenons aussi que cette contribution à la compréhension de l’homme implique pour la bioéthique de s’inspirer de la démarche du fondateur du musée de l’homme, l’ethnologue Paul Rivet : la transdisciplinarité sur le plan scientifique et le partage des valeurs de solidarité sur le plan de la vie en société. En même temps qu’il fondait le Musée de l’Homme, Paul Rivet ne présidait-il pas également le comité de vigilance des intellectuels antifascistes ?
Dans la jeune histoire de la bioéthique, la question de la mobilisation des diverses disciplines intéressées – évoquer les notions d’interdisciplinarité, de transdisciplinarité ou de pluridisciplinarité, c’est déjà entrer au cœur du débat – est en effet cruciale autant que récurrente.
Cruciale, car comment « renouveler les approches de la réflexion morale pour qu’elles puissent éclairer les défis du
7
1 présent » sans nécessairement analyser ces défis sous différents spectres ?
Quand les médecins et chercheurs s’interrogent sur ce que leurs pratiques produisent, voire sur ce qu’on leur demande de mettre en œuvre, et qu’ils ne trouvent plus seuls des réponses, l’appel aux acteurs des autres disciplines, notamment ceux des sciences humaines et sociales, apparaît comme une nécessité même du développement de la science.
Récurrente, car la question première de la bioéthique réside dans une interrogation sur les conséquences sanitaires, sociales et environnementales de l’essor des technologies, auxquelles le fonctionnement et l’existence même de nos sociétés sont liés. À cet égard, la mobilisation des disciplines autour des technologies se fait aussi comme une défiance vis-à-vis de la science et de la biomédecine, comme une déconstruction du pouvoir des médecins.
La pluridisciplinarité est donc ambigüe : si elle se veut un outil pour mieux comprendre ce qui nous arrive comme phénomène global et s’intègre progressivement à l’essor de la science et de la technologie, elle est aussi une manière de (ré)introduire des acteurs étrangers par leurs disciplines aux praticiens des technologies questionnées.
La mobilisation des disciplines, que configure la bioéthique, a donc deux visages : celui d’une science ouverte au monde, parce qu’elle prend conscience de ses propres limites, et celui d’une contestation des pouvoirs de la science et de la technologie sur le monde que d’aucuns s’inquiètent de voir partir à la dérive.
1 DOUCET, Hubert. « Les méthodes empiriques : une nouveauté en bioéthique »,Revista Colombiana de Bioética,vol. 3 nº 2, décembre 2008 : 9
8
Le premier visage de la bioéthique pluridisciplinaire naît, en effet, d’un changement dans les pratiques médicales et scientifiques : la spécialisation, la technicité et la mondialisation des connaissances conduisent à une indispensable collaboration entre les divers spécialistes, en un travail d’équipe. Mais, si l’unité des spécialités fait la force de la science, elle permet aussi d’en cerner les limites au-delà du strict champ scientifique, car médecins et chercheurs prennent conscience de ce que leur éthique traditionnelle n’est plus suffisante pour aborder les nouveaux défis de la société techno-scientifique. À défaut de formation aux humanités, ils leur lancent donc un appel à faire de la science l’objet de leur étude. Mais, parallèlement à ce premier visage, imprégné de l’idée que « science sans conscience n’est que ruine de 2 l’âme » , il existe aussi un mouvement de contestation des dérives que la science fait courir aux hommes. Celui-ci trouve des racines dans le constat des crimes commis par les médecins nazis, mais aussi dans la peur de la guerre nucléaire et sera relancé par la « philosophie » exprimée par le mouvement de mai 68 : la remise en cause des autorités et l’affirmation des droits individuels, mouvement qui se perpétue aujourd’hui avec la contestation des experts, notamment en raison de leurs liens d’intérêts avec les complexes (militaro-)industriels. Nécessité cruciale, la mobilisation des disciplines autour du champ de la bioéthique apparaît ainsi comme une réalité ambivalente, une démarche dont il est souvent difficile de percevoir clairement le sens autrement que par l’émergence d’une complexification des acteurs, d’une multiplication des procédures sensées organiser le débat social, mais qui semblent l’enfermer tout autant dans un nouveau 2 RABELAIS, François.Pantagruel (1542). Paris, Gallimard, 1964, chap. VIII, « Comment Pantagruel, estant à Paris, receult letres de son père Gargantua, et la copie d’icelles » : 137.
9