//img.uscri.be/pth/5187d7d85172d757a0269d29bf06d51871049d6f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,13 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Cognitique

De
146 pages
Que la connaissance soit spontanée, construite, conservée, transmise, valorisée, au plan pratique il faut la gérer. La machine informatique joue un rôle primordial, sans lequel la connaissance ne serait pas exploitée avec les performances qu'on connaît actuellement. C'est de cette relation de l'Homme à cette machine à penser et à aider à penser qu'il est question dans cet ouvrage. On y aborde également les moyens de la cognitique, nouvelle "sciences du traitement automatique de la connaissance", et la pénétration de l'esprit par la technologie.
Voir plus Voir moins

COGNITIQUE Science et pratique des relations à la machine à penser

Collection

Cognition et Fonnation

dirigée par Georges Lerbet et Jean-Clallde Sallaberry
Les situations de formation sont complexes. Elles s'appuient sur des processus cognitifs eux aussi cOlnplexes. Appréhender ces situations et ces processus signifie que les sujets (chercheurs, formateurs, "apprenants"...), leurs milieux et leurs relations sont considérés comIne des systèmes autonomes en interactions. Cela conduit à mettre l'accent sur une nouvelle pragmatique éducative développée au fil des volumes de la collection.

www = iibrairiehannattan=
e-mail:

com harmattanl@wanadoo.fr

~L'tlaITnattan~2005 ISBN: 2-7475-9135-2

EAN : 9782747591355

Bernard Clavel~ie

C0
~

~

Gl'Il
~

TT"...., "....,

l l\..lUU

T~

T T...--.

. . ~CIence et pratIque . ... "1." " des relatIons a la maChIne à penser
...

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
VH:rrmattan Hon2rie ESDace L'H.a:rmathm Fac. Sciences. BP243, Université Kinshasa

L'Harmattan

HaUa
15

L'HannaHan
i2B2260

Burldna Faso
villa 96 12

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Soc, PoL et Adm. KIl'I XI - RDC

Via Degli Artisti, !Oi24 Torino

1200 logements

Ouagadougou FASO

1053 Budapest

de Kinshasa

ITALIE

BURKINA

SOMMAIRE

INTRODUCTION CONNAISSANCE ET COGNITION

9 13 13 14 15 15 18 21 21 24 27 35 35 36 43 47 49 56 72 83 84 95 99 107 113 113 119 126 133 139

I. - L'acte de connaître II. - La cognition III. - Le naturel et l'artificiel IV. - Le cerveau de l'Homme
V. - Pour une science de la cognition MACHINES ET MACHINISME

I. - Le travail, la Inain et le cerveau II. - Les machines III. - Les technologies et la Inodélisation cognitive AUTOMATIQUE ET AUTOMATION

I. - L'automatique II. - L'automation III. - La robotique
INFORMATIQUE ET INFORMATION I. - L'information II. - L'infonnatique III. - Vers la cognitique COGNITIQUE ET CONNAISSANCE
I.
-

La connaissance

comme objet

II. - Le besoin de connaissance III. - L'interaction cognitique V. - Le traitement automatique de la connaissance POSITIONS ET PARADIGMES EN COGNITIQUE I. - Le monisme et le dualisme II. Le cognitivisme et le connexionnisme
-

III. - L'auto-organisation
CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION

En 1962, le génial Philippe Dreyfus enrichissait le langage de notre quotidien en nommant Informatique ce que faisait avec l'ordinateur la société qu'il venait de créer1. Il initiait ainsi les nouvelles technologies de l'information et baptisait la grande discipline scientifique et technologique de la fin du siècle. C'est sur les mots information et automatique qu'il a forgé le néologisme : informatique. Elle est « science et technique du traitement automatique de l'information ». Le mot a été adopté en 1967 par l'Acadélnie Française et le Larousse lui admet deux définitions complélnentaires, désignant d'une part la dÎ1nension théorique d'une « science du traitement automatique et rationnel de l' infonnation en tant que support des connaissances et des communications », et de l'autre le volet concret des « applications de cette science, mettant en œuvre des Inatériels (ordinateurs) et des logiciels »2. L'infonnatique est donc une science des ordinateurs, de leur usage et de l' inforlnation qu'ils traitent, stockent, transforment ou distribuent. Et l'Homlne là-dedans? Tout allait bien au siècle de l'information; on a même créé des sciences pour l'aider, pour qu'il s'y repère, qu'il la gère, la transforme, ou l'interprète. Mais aujourd'hui celle qui nous entoure, qu'elle soit industrielle, de gestion, de santé ou plus largelnent sociale et culturelle, est d'une telle complexité qu'elle envahit, et à vouloir libérer souvent aliène. Cette complexité est telle qu'il devient urgent de rapprocher non plus l' Homlne de l' inforlnation, mais sa pensée et son cerveau du sens, des entrelacs et des structures multiformes, évolutives et continuelletnent auto-enrichies qui fondent la connaissance. Deux phénomènes se sont imposés dans ces dernières années. Le prelnier correspond à la rupture des barrières discipli1 - Société d'Informatique Appliquée (SIA). 2 - Le petit Larousse illustré de l'An deux mille, édition 2000.

naires dans le monde social, industriel, et dans les entreprises de haute technologie. Le second est celui de l'ouverture de l'offre des produits manufacturés à des classes d'utilisateurs jusqu'ici écartés de la technologie. Les nouveaux marchés qui en sont issus amènent à prendre en compte cette nouvelle majorité de clients, investisseurs ou usagers potentiels; celle de l'homme tout venant. Ainsi devient-il nécessaire de donner accès au plus grand nombre, peu, pas ou mal préparé à l'usage des outils informatiques, à leur lnaîtrise et à la compréhension utile de leurs produits informationnels. L'enjeu économique guide la recherche et adapte la technique, et l'on voit apparaître de nouvelles machines, de nouveaux usages, et de nouveaux clients pour orienter chaque jour des développements vers la piste des ordinateurs transparents de demain. Cette problématique a émergé il y a quelques années dans l'aéronautique et le spatial. Elle a pénétré progressivement les grands domaines de la santé, de l'industrie ou des services, dans l'automobile, les télécommunications et la téléphonie, l'informatique nOlnade, l'édition des produits éducatifs, culhlrels ou ludiques. Parallèlement, on est chaque année confronté à la baisse du nombre des candidats aux carrières scientifiques et techniques, alors que les exigences d'usagers non spécialistes mais qui investissent ou s'intéressent à l' enselnble des champs de la technologie, obligent à une mutation des équations simples du passé. La société est tenue au passage vers le plus grand nombre et à la mise à disposition du non scientifique d' informations spécialisées pour un accès potentiel direct à la connaissance tout-venant. Les avions devront demain se piloter comlne se conduisent les voitures, les téléphones s'utiliser COlnlne de simples prolongements de la voix, leurs écrans pennettre la lecture des bibliothèques universelles, et les autolnobiles devront gérer l'absurde complexité de la signalétique et des réseaux pour un usager naïf, distrait ou diminué, en lui permettant de téléphoner en se garant toutes seules, et ne plus craindre les accidents sur des routes trop ou mal fréquentées. Cette mutation technologique, éconolnique et sociale a été prise en compte par les sciences et technologies de l'infonnation et de la cOlnmunication autour d'un pôle multidisciplinaire qui associe sciences cognitives, infonnatique et autolnatique. Ce pôle est nOlnmé « cognitique » par analogie à l' « infonnati10

que », sa proche parente. ComIne elle, à ses débuts, elle tâtonne, mais s'organise chaque j our pour perfectionner sa théorie, ses réalisations et ses productions transversales dans un monde pourtant traditionnellement disciplinaire. Le mot cognitique a connu des fortunes diverses. ExcelleInment défini à l'origine par Jean-Michel Truong, il a fait l'objet d'un dépôt légal en 19833. L'auteur définit ainsi une « discipline scientifique et pratique technique, branche de l'infonnatique, qui a pour objet l'acquisition et la représentation fonnelle des connaissances et des Inodes de raisonnement, en vue de leur simulation à l'aide d'ordinateurs ». La cognitique a ensuite été malheureuseInent confondu à la science de la cognition, et en 1999 le mot a été utilisé par des linguistes, des neuroscientifiques et des infonnaticiens pour lancer entre Paris et Lyon un ambitieux programIne du Ministère de la Recherche. Parallèlement à la science académique, les applications se sont iInposées, et s'est ouvert à Toulouse, dans le berceau historique qui vit naître Concorde et Airbus, le premier institut européen consacré à l'ingénierie cognitive et à la cognitique industrielle4. En 2002, la Commission du Titre a inscrit la cognitique comIne discipline d'ingénieur5, et elle est apparue sur les listes du vénérable Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France6. C'est l'année suivante que, dans le bassin industriel du sud-ouest de la France s'est ouverte la première école natio-

3 - Dépôt le 30 décembre 1983 par J.M. Truong, auprès de l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), organisme public qui collationne pour la France les dépôts de marques, brevets, etc. faisant l'objet d'une propriété intellectuelle.

4 - EURISCO International - European Institute of Cognitive Sciences and
Engineering

- Toulouse.

5 - La Commission du Titre d'Ingénieur (CTI) est l'organisme en charge du contrôle des écoles d'ingénieurs et de leur agrément pour la délivrance du Titre d'ingénieur diplômé.
de France est l'institu6 - Le Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques tion historique fédérant les ingénieurs. Il a été reconnu d'utilité publique sous l'Empire. Le CNISF indexe la Cognitique con1me sous discipline des Sciences de l'Information (nlbrique 138 des Spécialités techniques et compétences professionnelles) du Répertoire Français des Ingénieurs.

Il

nale d'ingénieurs en cognitique. Elle s'est développée sous la forme d'un institut pluridisciplinaire à vocation européenne, sous l'égide de grands groupes industriels de la métallurgie 7, de l'électronique et des systèInes embarqués. Aujourd'hui, dans la conjonction de la recherche universitaire et de l'innovation industrielle, la cognitique se définit comme « science et technique du traitement automatique de la connaissance ». Elle s'insère dans le vaste dOInaine de l'informatique et des technologies de l'information, en prenant en compte les dimensions du biologique et du social, de la gestion et des humanités. Petite fille de la cybernétique, elle en adopte les paradigmes qui lui permettent d'aborder la cOInplexité de son objet d'étude: la connaissance. Elle se structure en réseaux de compétences et s'ancre dans les théories de l' auto-organisation et la description des programmes ou des artefacts cognitifs. Elle place l'ordinateur, cette machine métallique et électronique à classer et à reCOInposer le monde, au centre de son action et des développeInents qu'elle Inobilise dans tous les champs de la connaissance, de sa maîtrise ou de son appropriation par I'Homme du XXlème siècle. Cet artefact à penser, souvent mal et différeInment du cerveau, parfois bien mieux et souvent de manière plus fiable, est une Inachine en évolution continue qui n'a pas fini de nous étonner. La cognitique entend la mettre à disposition utile, efficace et plaisante d'un HomIne que la technologie a tendance à dépasser, isoler et aliéner. S'il s'agit des supports, ordinateur et cerveau, il s'agit également de leurs usages, de leurs cOInplémentarités, des prolongements et de cette transparence qui nous fait oublier que nous pensons avec un organe. Nous oublions déjà que c'est par cette machine que notre connaissance s'établit, et oublierons bientôt que c'est d'elle dont dépend grandement notre vie moderne, et peut-être notre futur et notre survie.

7 - L'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie est une fédération des entreprises productrices, transformatrices et utilisatrices de métaux: aéronautique et spatial, autolllobile et ferroviaire, automatique, électronique, infonnatique, etc.

Chapitre I CONNAISSANCE ET COGNITION

I. - L'acte de connaître L'Homme est un être de connaissance. Depuis qu'il est humain, il veut savoir. Depuis que l'enfant sait parler, il pose à ses parents toutes les questions, sur tout, et sur n'importe quoi. Certains diront, sur ce qui le rend HomIne, et l'on sait intimement que s'il ne les pose pas, il ne le deviendra que difficilement. Pas de limite aux questions hlunaines, et cette appétence cognitive correspond à un besoin. C'est une base comporteInentale commune de la pensée de chacun. Elle pousse à l'exploration des phénoInènes qui nous entourent: ceux qui sont sensibles et donc directement saisis par nos sens; ceux inaccessibles, modélisés dans un espace de représentation ou parfois décrits en langage Inathélnatique, et dont notre seule conscience est purement formelle. Cette connaissance du monde, qui s'élabore chez l'enfant, en fonction du développement de ses capacités à voir, à écouter, à se mouvoir, à élaborer des relations, puis de ses aptitudes, linguistiques et imaginaires, se perfectionne tout au long de la vie. Elle amène l'hoInme adulte à toujours vouloir en savoir plus. Comment fait-il, comment organise-t-il ses savoirs, COlnlnent les transmet-il à autrui? Ces questions, que beaucoup se sont posées, sont suffisantes pour définir la notion de connaissance. C'est à la fois l'acte de connaître et le processus qui motive cet acte, le réalise et l'inscrit dans le passé, et c'est à la fois le résultat et le contenu de ce qui reste de l'acte une fois celui-ci tenniné. Connaître est un acte motivé, tel que peuvent l'être la faÎln ou la soif, le besoin territorial, le désir de reproduction, et leur épanchelnent par la lnise en œuvre des stnlctures adéquates du cerveau. Le résultat de cet acte est appelé connaissance, les processus de sa mise en œuvre cognition~

II. - La cognition Dans une première acception, la cognition désigne l' enselnble des fonctions qui réalisent la connaissance. On peut la décomposer en deux chapitres: les activités et les stnlctures cognitives En terlnes d'activités, elle a été assimilée au traitelnent naturel de l'information par l'Homme. Sa conception a évolué, et elle est aujourd'hui rapprochée des processus de connaissance et de représentation des connaissances des animaux, et donc des humains, ou des machines évoluées. Cette inscription aux êtres naturels et artificiels est fondamentale. Elle prend d'ailleurs une valeur particulière dans le cas de systèmes hybrides ou de systèmes sociotechniques. De manière incarnée, la cognition est ce qui pennet au sujet pensant d'avoir un savoir sur l'extérieur, sur lui-mêlne, sur son rapport au monde. Elle permet aussi de Inodéliser et d' appréhender l'insensible ou l'incertain. Ainsi, la cognition est-elle la base des connaissances spontanées, des connaissances formelles et des objets imaginatifs. Elle entretient avec le temps un rapport particulier qui lui pennet d'élaborer des items datés, dans l'actuel, dans le passé et la mémoire, dans le futur et l' anticipation ou le proj et. De manière artificielle, elle correspond à l'enselnble des moyens, procédures et opérations réglées qui sont Inis en œuvre par et dans un artefact (programme, robot, réseau, etc.) afin qu'il puisse ajuster un comportement adapté aux conditions imposées par son environnement et par le projet qui lui est assigné. Dans une seconde acception, la notion de cognition recouvre l'ensemble des contenus de pensée produits ou mis en œuvre par la cognition-processus. Elle désigne alors une cognitioncontenus, en rapport avec les connaissances et les représentations qui sont vécues par le sujet pensant. On lui préfère souvent le tenne générique de connaissance.

14