Comment nous fonctionnons

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Bien que disposant d'un prodigieux organe -le cerveau- qui devrait nous permettre une vie sereine, rationnelle, sage et sensée, nous demeurons par bien des aspects des animaux soumis aux conditions qu'imposent notre constitution et nos fonctions physiologiques. Ce livre souhaite décrire comment nous fonctionnons corporellement, mentalement et socialement de façon "normale", c'est-à-dire habituelle. Bien que chaque personne diffère des autres nous partageons de nombreux traits dépendants de notre physiologie.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
Lecture(s) : 170
EAN13 : 9782296424562
Nombre de pages : 230
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Comment nous fonctionnons

site: W\V\.v.librairichannattan.con1 diEEusion.harmattan@wanadoo.Er e.mail: harmattan1@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9807-1 EAN: 9782747598071

Docteur Georges Tchobroutsky
Professeur honoraire à la Faculté de médecine de Paris

Comment nous fonctionnons
APERÇU COMMENTÉ DE PHYSIOLOGIE HUMAINE PHYSIQUE, MENTALE ET SOCIALE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

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Université de Kinshasa

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 TOl"ino

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

IT ALlE

Biologie, Ecologie, Agronomie Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XI! correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l'avenir des milieux naturels et de l'homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.

Déjà parus

Jean TOTH, Le cèdre de France, 2005. France Pologne pour l'Europe, Les enjeux de la Politique agricole commune après l'élargissement du 1ermai 2004, 2005. Louis CRUCHET, Le ciel en Polynésie. Essai d'ethnoastronomie en Polynésie orientale, 2005. Henri LOZANO, Le sens des choses. une logique d'organisation de l'univers, 2005. Pierre PIGNOT, Europe, Utopie ou Réalité?, 2005. Pierre DE FELICE, L'image de la terre: les satellites d'observation, 2005. André NEVEU, Les grandes heures de l'agriculture mondiale, 2005. Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires, 2005. Claude MONNIER, L'agriculture française en proie à l'écologisme, 2005. Arnaud MAUL, Approche évolutionniste de la sexualité humaine, 2005. Laurent HERZ, Dictionnaire des animaux et des civilisations, 2004. Michel DUPUY, Les cheminements de l'écologie en Europe, 2004. René MONET, Environnement, l'hypothèque démographique, 2004. Ignace PITTET, Paysan dans la tounnente. Pour une économie solidaire, 2004. Ibrahim NAHAL, La désertification dans le monde. Causes Processus - Conséquences - Lutte, 2004.

Paul CAZAYUS, La mémoireet les oublis, Tome l, Psychologie,2004
Paul CAZA YUS, La mémoire et les oublis, Tome II, Pathologie et psychopathologie, 2004.

DU MÊME AUTEUR

(Pour le grand public)
Le Métier de Médecin Avec Olivier Wong 1996, 2e édition Collection Que Sais-je?, n° 2812, Presses Universitaires France, Paris.

de

La Santé Avec Olivier Wong 1995, épuisé Collection Que Sais-je?, n° 2960, Presses Universitaires de France, Paris.
Cent une réponses aux diabétiques et à leur entourage 1980, épuisé Hachette, Paris. Comment vivre avec un diabétique Avec Pierre-Yves Traynard 2000, 2e édition Josette Lyon, Paris. Le Diabète Avec Claudine Goldgewicht 1995, épuisé Hermann, Paris. Les Limites de la Médecine Préface de Henri Atlan A paraître

REMERCIEMENTS

Nous remercions le Professeur Alain Lockhart, professeur honoraire de physiologie à la Faculté de médecine de Paris pour sa lecture attentive, ses conseils et suggestions.

INTRODUCTION

Cet ouvrage voudrait schématiser l'essentiel des mécanismes physiologiques qui nous gouvernent. Notre corps, notre esprit, notre comportement en société mais aussi celui des groupes d'individus dépendent, au moins partiellement, des fonctions de nos principaux organes, appareils et de leur coopération. La Physiologie est la discipline qui étudie les lois et les relations présidant au fonctionnement habituel (dit « normal ») des organismes vivants. Cette science repose sur l'observation et sur l'expérimentation chaque fois que cela est possible techniquement et moralement. L'observation chez l'homme, en particulier, s'est enrichie récemment de procédés non ou peu invasifs qui permettent d'apprécier l'activité d'organes peu accessible tell' encéphale. Les connaissances de physiologie nous permettent de comprendre ce qui est commun, en général, aux êtres vivants ou aux animaux ou encore spécifiquement aux êtres humains (les Hommes, quel que soit leur sexe ou leur âge). La physiologie pathologique étudie ce qui fonctionne mal en nous lorsque nous sommes les victimes d'accidents ou de maladies ou aussi à la suite d'interventions chirurgicales nécessaires mais plus ou moins délabrantes. L'étude des phénomènes physiologiques et de leurs dérèglements ainsi que celle des maladies (la pathologie selon Littré, médecin de formation, est la science médicale qui étudie les désordres) nous apprend également -en conjonction avec la génétique- que chaque être vivant est différent de ses congénères: bien qu'ayant d'innombrables points en commun les Hommes sont tous différents les uns des autres. Cette différence porte entre autres sur nos capacités physiques et mentales, nos capacités de résistance aux

affections pathologiques, notre potentiel de longévité, notre pouvoir de nous reproduire, et bien d'autres traits marquant nos dissemblances que l'on peut hiérarchiser ou simplement constater sans parler d'inégalités. Que nos différences soient d'origine héréditaire, congénitale ou acquise ou d'un mélange de ces facteurs, le fait est que chacun de nous est, en un sens, unique... de dont nos parents ne doutent pas. L'étude de populations d'êtres vivants conduit également à une conclusion bien désagréable pour ceux qui aiment les classifications manichéennes séparant sans ambiguïté les sujets normaux et les sujets pathologiques déclarés anormaux. L'observation montre que presque chaque trait, presque chaque particularité habituellement constatés, sont soumis à une distribution statistique, dite en termes propres à cette science, distribution gaussienne ou «normale ». La taille des enfants à un âge donné, par exemple, est variable au sein d'un groupe d'enfants sains: il est normal (habituel) que certains soient plus grands que d'autres et certains plus petits. La majorité se regroupant autour d'une médiane (et qui augmente en général d'une génération à l'autre ces dernières décennies en partie grâce à une meilleure alimentation). Aux extrémités de la courbe normale (gaussienne) de distribution il est impossible, le plus souvent, de décider où commencent les anomalies pathologiques en l'absence d'une cause identifiée rendue responsable. Ainsi, en suivant l'exemple de la taille, une tumeur de la glande hypophyse peut être à l'origine d'un nanisme ou d'un gigantisme. Sinon, seule une décision arbitraire purement utilitaire et dans un but précis est de mise. Nous reviendrons sur ces notions pénibles pour notre scientisme et nos besoins de normalité. Nous différons donc les uns des autres et nos capacités dépendent entre autres de nos données physiologiques. Nous pouvons ainsi comprendre, par exemple, qu'il est naturel physiologique) qu'une femme enceinte ne puisse pas, en général, effectuer un travail physiquement très pénible (peutêtre même sans être enceinte pour beaucoup d'entre elles par comparaison à ce que la plupart des mâles adultes peuvent réaliser, toujours en général, c'est à dire statistiquement). 8

On peut également constater que certains adolescents ont besoin de prendre des risques vitaux qui nous paraissent insensés. L'agressivité transitoire de certains d'entre eux aurait besoin d'être socialement canalisée pour un temps (après un choix politique réfléchi) et non vertueusement dénoncée, ou pas seulement. Un enfant, un adolescent ne sont pas physiologiquement des adultes: ils possèdent sur ce plan des caractéristiques propres. Toujours en ce sens, un homme n'est pas une femme et une personne âgée n'est pas comparable à un adulte en pleine possession de ses moyens. Inutile de préciser que ce ne sont pas les progrès de nos connaissances dites fondamentales (en physique des particules élémentaires ou en biologie moléculaire, par exemple) qui permettent de comprendre le fonctionnement coordonné de notre corps et de notre esprit et encore moins de notre vie en société. Les connaissances dites scientifiques de pointe, qu'elles portent sur la matière inerte ou sur le vivant, ne renseignent pas du tout ou très peu sur les grandes fonctions intégrées. Que les découvertes en biologie moléculaire et/ou en génétique soient à l'origine de progrès importants et permettent de déceler les défauts responsables de certaines maladies est évident et merveilleux mais il y a fort à parier qu'elles ne vous aideront pas à guérir vos crises de foie ni à comprendre comment fonctionne notre esprit ou encore pourquoi nous nous laissons entraîner par les marches militaires et autres fanfares. Dans un de ses livres le physicien Gilles Cohen-Tannoudji oppose trois infinis: l'infiniment petit, l'infiniment grand et l'infiniment complexe, celui des sciences de la vie. Sur cette échelle de complexité figurent successivement la cellule, le tissu, l'organe, l'organisme puis la population. Inutile également d'attendre d'aucune science qu'elle nous définisse «la Vie », quand et où elle commence ni qu'elle simplifie le diagnostic de son achèvement. Plus nos moyens techniques et biologiques progressent en finesse plus les frontières dans les domaines qui ne posaient pas de «problèmes» autrefois deviennent floues et moins il est parfois aisé de décider, par exemple, que cette personne assistée artificiellement est morte. 9

La physiologie se limite habituellement à l'étude du fonctionnement de nos tissus, composés de cellules, de nos organes, appareils et systèmes et à la coordination plus ou moins harmonieuse de l'ensemble constituant notre corps. Nous vivons au sein de la nature (du monde qui nous environne) et de nos semblables. Notre physiologie nous permet d'y (sur)vivre un certain temps. Elle permet à notre corps et à notre esprit d'y fonctionner, de penser en particulier. Notre moi qui englobe corps et esprit côtoie les autres moi qui en général ne s'intéressent qu'au leur, mais doivent vivre dans la société de leurs congénères. Il ne nous est pas possible d'ignorer comment fonctionnent notre corps, notre esprit et notre être social ni comment se comportent les agrégats d'être humains qui sont un tout représentant plus qu'une addition d'individus. C'est d'ailleurs une des grandes lois de ce monde qui fait que plusieurs éléments regroupés ont des fonctions plus élaborées voire nouvelles que la somme de celles possédées par chacun d'entre eux. La complexité va croissant depuis la molécule qui est plus que des atomes et la cellule qui est plus que ses constituants pour ne souligner que deux exemples. Quant à la foule elle a sa propre physiologie. Il est indispensable que nous n'ignorions point notre physiologie par simple désintérêt, que nous ne la niions point par angélisme métaphysique ou politique, et que nous ne la méprisions point par orgueil. Nous sommes avant tout des animaux, de la catégorie des mammifères dits supérieurs, peutêtre les seuls à nous savoir mortels et dotés d'une mémoire collective transmise plus ou moins intégralement de générations en générations, préjugés et opinions incluses. Nous sommes également équipés d'un organe prodigieusement complexe qui nous dote d'une conscience de nous-mêmes et nous rend capable de penser et de parler, de généralisation et d'idéation. Animal social, parlant et pensant, l'être humain, ni ange ni bête tient des deux. Plongé dès sa venue au monde dans un univers peuplé d'autres humains, même si cela se limite à une personne qui en prend soin, le petit humain ne peut être conçu comme 10

vivant dans «l'état de nature» si cher aux penseurs furieusement abstraits. Dans l'état de nature nul ne s'hominise, nul ne s'humanise. L'humain à sa naissance possède de très nombreuses potentialités. Celles-ci, sélectionnées puis transmises du fond des âges comportent, entre autres, les capacités de parler, de se tenir debout et d'identifier aisément les visages humains. Ces capacités sont innées, mais seule l'immersion parmi les humains permettra au petit de l'Homme de devenir «achevé »...plus ou moins bien à vrai dire. Ces étapes sont chronologiquement assez étroites et le petit élevé par des singes ou des loups (pour nous en tenir aux histoires célèbres) ne sera jamais capable de rattraper les compétences non acquises aux moments où elles pouvaient et devaient l'être. Pourquoi cette absence relative d'intérêt pour le fonctionnement et les besoins physiologiques du corps, de l'âme et ceux de l'individu social et du groupe auquel il appartient? L'homme de la rue d'aujourd'hui semble plus enclin à tutoyer la physique quantique, les espaces infinis ou la biologie moléculaire qu'à s'interroger sur son propre fonctionnement. Il est probable que plusieurs facteurs déterminent cette attitude. Le scientisme ambiant et les enthousiasmes médiatiques l'ayant persuadé que la science pouvait tout, il en a déduit que la technique s'appuyant sur les connaissances fondamentales maîtrisera sans peine, au besoin, les petites et grandes faiblesses de nos êtres tout en nous rendant indépendants et maîtres de la Nature. Ces illusions nées aux temps des Lumières n'ont fait que croître et embellir avec les développements des techniques. Associées au déclin de la religiosité, à l'acceptation simpliste des discours vulgarisateurs expliquant, par exemple, la naissance et le fonctionnement de l'Univers, jointes à la fascination exercée par l'informatique, ces illusions que d'aucuns qualifieraient de démoniaques, peuvent conduire à ne voir dans les humains que des cerveaux presque anorganiques dominant l'Univers, pratiquement coupés de leurs racines animales. Il n'est que de voir comment sont déniés aux humains des instincts au profit des conduites soiIl

disant raisonnées, sociales et éducationnelles. Quant aux problèmes sociaux, à l'évidence, ils relèvent aux yeux du plus grand nombre exclusivementdu politique - ce qui veut dire dans notre pays du pouvoir central - et jamais de la physiologie, de ses limites ou de ses anomalies (émotions et sentiments inclus ). L'égalitarisme étendu dogmatiquement au delà de son champ juridique interdit toute réflexion sur les différences hiérarchisées ou non mais indéniables, entre les personnes, entre les sexes et entre les âges...les seules revendications en ce domaine ne portant que sur les différences librement choisies. Il est clair que les revendications d'égalité et de similitude, nées avec les temps démocratiques comme y insista Tocqueville, ne sont pas toujours compatibles avec les faits de nature, biologie et pathologie en particulier. Quoi de plus irritant que ces obstacles animaux opposés aux désirs permanents de nos esprits égalitaires? À la rigueur les différences sur lesquelles nous pensons pouvoir agir pourraient être acceptées: ainsi les inégalités physiques en matière de performance, que l'on peut peut-être estomper à force d'entraînements et de volonté, sont tolérables même si nous ne pouvons pas tous devenir champions olympiques. Mais où sont les moyens de supprimer les inégalités de taille pour en revenir à cet exemple simple? La meilleure des hormones de croissance aura pour effet d'accroître la taille de tous mais il y aura toujours des plus petits et des plus grands que moi. Quant à accepter qu'il puisse y avoir des différences intellectuelles entre des citoyens égaux en droit par ailleurs, il n'en est pas question, comme le notait déjà l'auteur mentionné ci-dessus. Soulignons aussi que les notions de développement et de maturité dans l'espèce humaine sont souvent escamotées ne serait-ce que pour éviter de s'interroger sur ce que sont réellement les enfants et les adolescents, considérés de nos jours comme des adultes un peu jeunes. Ce sont avant tout des consommateurs, du moins dans les pays riches, soi-disant libres et aptes à faire des choix difficiles (en dépit de leur immaturité 12

et de leur faibles connaissances) que l'institution scolaire, par exemple, ne doit pas brimer au nom de cette liberté en leur imposant, entre autres exigences, de faire des efforts pénibles d'apprentissage. Le corps est l'objet de toutes les préoccupations esthétiques et soi-disant sanitaires mais peu s'interrogent sur son fonctionnement. Un autre phénomène contribue à cette volonté d'ignorer que nous sommes aussi des animaux, c'est la surestimation proprement insensée des comportements rationnels censés diriger nos actions. L'Homme serait un être fondamentalement logique, cohérent qui n'aurait pas ou peu de conduites irrationnelles et, comme déjà souligné, bien sur, peu ou pas d'instincts, quel que soit le sens que l'on donne à ce terme. Auj ourd 'hui certes, I'Homme, individuellement et socialement et ses petits se comportent en apparence et dans certains domaines autrement qu'il y a quelques décennies, mais, sous le vernis technologique, égalitaire et démocratique - sous certains cieux favorisés - il est peu probable que la physiologie des êtres humains ait changé: nous naissons immatures et devrons apprendre au milieu des autres à parler, à penser, à supporter et même à respecter certains de nos proches, puis à accepter en général au moins quelques unes des contraintes de la vie en société. Nous devrons passer les temps douloureux de la puberté puis de l'adolescence: I'hominisation des petits de l'homme est un long travail; lorsqu'il n'est pas effectué par les parents puis par l'école il ne conduit qu'à une humanisation partielle. Nos préjugés, nos idées préconçues et nos exigences irrationnelles sont peut être différents de ceux de nos parents mais il est vraisemblable que l'animal en nous est le même. Émotions, sentiments et croyances intuitives (même erronées), violence latente ou explicite selon l'âge et le degré de maturité sont plus ou moins intenses et contrôlés mais continuent de diriger la plupart de nos conduites, peu rationnelles quoi qu'on en pense ou qu'on le rêve! Le désir, la peur, (les passions en général) et l'imagination restent des ressorts fondamentaux à l'origine de nos comportements et si les modifications des conditions de la vie en société changent ce n'est pas 13

nécessairement pour les apaiser: l'avidité par exemple s'exacerbe d'autant que chacun «a sa chance» comme le soulignent complaisamment les divers médias. Quant à l'animal grégaire et social, sa physiologie profonde n'a pas dû changer si l'on en juge par le désarroi de nombre d'individus d'aujourd'hui sans repères fermes, sans modèles ni limites, livrés à eux mêmes dans ce monde occidental d'individualisme, et, du moins en théorie, on ne peut plus égalitaire. Nous respirons, digérons et, en général, fonctionnons comme de tous temps même si la technique peut en partie suppléer certaines fonctions défaillantes. La procréation demeure pour l'essentiel traditionnelle, limitée dans le temps de la vie des femmes qui continuent au mépris de l'égalitarisme biologique implicitement revendiqué à porter in utero les petits de l'espèce. Nos innombrables petites et grosses misères corporelles demeurent sans remèdes, les médecins étant mieux armés pour transplanter des organes que pour soigner les rhumes ou l'irritation chronique du gros intestin. Nous mourons toujours et ce savoir précoce et omniprésent qui est peut-être propre à l'être humain dans le règne animal sous-tend probablement à travers ce sentiment de finitude nombre de nos conduites. En un mot comme en cent nous demeurons en partie des animaux, descendants de nos lointains ancêtres chasseurscueilleurs et pourvus à ce jour d'un gros cerveau dont nous pourrions nous servir pour penser, tâche pénible, angoissante et apportant peu de récompenses. Traditionnellement la physiologie étudie les fonctions des tissus, des organes, des appareils et systèmes, mais peu ou point celles des cellules qui sont les constituants élémentaires des tissus. Ceux ci composent les organes, souvent assemblés en appareils chargés d'une fonction spécifique mais non unique. L'appareil respiratoire, par exemple, comprend essentiellement les bronches, les poumons et les vaisseaux qui les irriguent, le tout en charge de faire passer l'oxygène de l'air vers le sang et de rejeter dans l'atmosphère le gaz carbonique du sang en 14

provenance des tissus. Les organes sont composés de différents tissus chacun comportant ses cellules constituantes. Celles-ci sont les éléments de base constituant notre organisme, siège des phénomènes élémentaires et fondamentaux de la vie. Une courte annexe leur est consacrée à la fin de ce livre. Il est difficile de décider d'aborder l'étude du cerveau avec tout l'encéphale qui comprend aussi le cervelet et le tronc cérébral ou d'isoler ce phénoménal organe pour n'en parler qu'à propos de la conscience de soi, du langage et de la pensée, entre autre. Le cerveau sécrète-t-illa pensée, le sentiment du « moi» et la métaphysique ou la foi, par exemple, ou bien l'« esprit» est-il autre chose qu'une fonction... animale particulièrement développée capable de s'étudier elle-même? Nous savons si peu de choses (malgré les connaissances acquises depuis une vingtaine d'années) concernant notre fonctionnement mental, spirituel et ce que nous appelons l'âme qu'il serait présomptueux de décider que les matérialistes purs et durs ont raison de dire que le cerveau non seulement est le support de l'esprit mais qu'il le crée ou que les spiritualistes sont en droit d'affirmer que l'esprit agit sur le cerveau. Il est peut-être plus simple dans cet ouvrage d'étudier les activités vraiment très corporelles du tronc cérébral, du cervelet et du cerveau qui contrôlent quelques fonctions vitales ou sensitivomotrices d'une part et les fonctions du cerveau proprement dit qui gère les perceptions, sensations, sentiments ainsi que le langage et la pensée d'autre part. De fait, les choses ne sont pas aussi simples, bon nombre de nos actions raisonnées étant probablement sous le contrôle partiel des parties du système nerveux central les plus anciennes impliquées dans les émotions et la prise de décision. Situées sous les hémisphères cérébraux du néo-cortex, elles seraient ce cheval dans la locomotive selon une hypothèse des années 60 popularisée par Arthur Koestler. Cette hypothèse opposant la raison aux émotions est fortement remise en question actuellement par de nombreux chercheurs qui estiment indissociable et utile la coordination entre nos capacités émotionnelles et rationnelles. 15

Arbitrairement nous traiterons donc des centres nerveux à propos des grandes fonctions corporelles (par opposition aux activités mentales ou sociales) réservant de parler du cerveau à l'occasion de ce qui a trait à l'esprit, aux émotions, sentiments et aux activités où l'homme agit avec ses semblables. Ce choix ne prétend pas apporter de réponse même partielle à l'éternelle question des rapports entre « l'âme» et la machinerie humaine. Comme le souligne André Comte-Sponville, l'union de l'âme et du corps est évidemment inintelligible et : « Que l'âme soit unie

au corps - que le corps agisse sur elle comme elle agit sur lui cela ne résout pas le problème mais le constitue ». La caractéristique peut-être la plus forte des êtres vivants (de la « Vie») est la capacité de prélever à l'extérieur de l'être des substances qui seront utilisées, transformées pour certaines, puis en partie rejetées. L'homme comme d'innombrables espèces prend dans la nature de l'oxygène et des nutriments glucidiques, lipidiques et azotés ainsi qu'une foule de substances minérales et organiques. Il en transforme beaucoup, en synthétise certaines et conserve celles qu'il ne sait pas fabriquer mais dont il a un besoin vital ou fonctionnel telles les vitamines ou certains acides gras dits de ce fait « essentiels ». L'oxygène est produit par la plupart des végétaux qui absorbent du gaz carbonique et rejettent ce gaz vital pour nous. Nos nutriments sont produits par d'autres êtres vivants. Et comme disait le père du physicien Feynman: « tout ça est dû au soleil à qui tout doit tout. .. sauf les marées». Il sera donc capital de nous intéresser au dehors et au dedans, à ce que nous ingérons, inhalons et adsorbons et à ce que nous rejetons, excrétons et fabriquons. Il est nécessaire de comprendre comment nous savons distinguer ce qui nous est propre, ce qui est à moi de ce qui nous est étranger, le non-moi m'étant a priori néfaste? Plusieurs approches des phénomènes physiologiques sont donc possibles, les plus usuelles étudiant les appareils et les fonctions. Celles-ci peuvent être également classées (arbitrairement comme il en est de toutes les classifications) selon les conséquences de leurs défaillances. La suppression d'une fonction pouvant entraîner la mort ou non, et ceci rapidement, 16

voire instantanément ou non. L'usage de machines capables de pallier certaines défaillances vient compliquer les schémas simplistes d'autrefois, posant de monstrueux « problèmes» éthiques à notre espèce malheureusement moins bien équipée intellectuellement et moralement que techniquement. L'homme peut vivre, penser et même communiquer, sans presque aucune mobilité volontaire, sans pouvoir se reproduire, sans le secours de la totalité de ses sens, en ne possédant pas ou plus d'innombrables fonctions dont nous oublions quotidiennement l'existence comme par exemple la sensibilité proprioceptive (qui nous informe entre autre de la position de nos membres) ou la sensibilité douloureuse ou au chaud. Mais si la circulation sanguine s'arrête ou si elle ne véhicule plus d'oxygène ou de glucose la mort (au moins cérébrale) ne saurait tarder. Il en va de même si le foie ou les reins sont détruits ou si une hormone vitalement nécessaire n'est plus produite, telles l'insuline ou 1'hormone minéralo-corticoïde. Ce sont là, en pratique, les deux seules hormones sans lesquelles la survie est très brève. Autant on peut survivre sans hormones sexuelles par exemple, autant leur présence est indispensable à l'utilisation du nutriment cellulaire de base, le sucre glucose, pour l'une et à la rétention du sel (le chlorure de sodium) dans l'organisme pour l'autre. Les thérapeutiques d'aujourd'hui peuvent suppléer ces carences, du moins dans les pays riches où, en général, les malades ont accès aux médicaments. Ce livre abordera arbitrairement donc deux grandes divisions physiologiques s'interrogeant sur le fonctionnement de l'Homme animal (le corps, ses machines) puis sur celui de l'Homme mental, spirituel (le cerveau... et l'âme) et social (la vie au milieu deiet avec les autres). Pour la suite nous écrirons homme pour parler des êtres humains ou du mâle de l'espèce indifféremment. Que l'on veuille bien pardonner ce sexisme. La femme est physiologiquement la femelle de l'espèce. Leur progéniture est successivement un embryon, un fœtus (in utero le plus souvent) puis un nouveau-né, un nourrisson, un bébé, etc L'enfant stricto sensu est étymologiquement l'être humain qui ne parle

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pas... mais une mère dit toujours « mon enfant », même lorsque celui ci est devenu père ou mère. Une bibliographie sommaire est adjointe mais le lecteur doit savoir que les ouvrages de physiologie humaine générale sont très peu nombreux, en langue française tout particulièrement, et rédigés pour les étudiants en médecine. La vulgarisation dans ce domaine est parcellaire, suivant les modes et engouements du moment. Les dictionnaires encyclopédiques sont de bonnes sources d'information. Cet ouvrage ne peut être ni exhaustif ni détaillé. Les digressions physiopathologiques ou autres sont arbitraires, n'obéissant qu'aux caprices de l'auteur dont le but essentiel est de réinsérer les grandes bases de notre fonctionnement dans notre vie quotidienne régie, semble-t-il, essentiellement par des abstractions désincarnées. Partiel et partial donc, mais se limitant aux faits à peu près certains.

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PREMIÈRE PARTIE

L'HOMME

«

MACHINE »

I LE DEDANS ET LE DEHORS

Comme tous les organismes vivants dignes de ce nom

-

même unicellulaires- I'homme est séparé du monde qui l'entoure par une enveloppe, formée chez nous par la peau et les muqueuses. Nous nous efforçons de maintenir à l'intérieur du corps une température stable et des conditions biologiques permettant aux fonctions de s'exercer au sein du milieu intérieur (comme on parle du milieu familial). Quelques orifices autorisent l'air, l'eau et la nourriture à pénétrer et aux excrétions à quitter le corps. Les organes des sens ouverts sur l'extérieur nous permettent de percevoir une partie des vibrations de l'air, une partie de la lumière, quelques saveurs et odeurs. Les sensations tactiles incluant, après apprentissage, la perception approximative des formes et volumes appréhendés, nous aident à manipuler les choses. Nous apprenons aussi à percevoir les positions de nos membres dans l'espace, soumis à la pesanteur, grâce à notre système nerveux. Nul ne peut affirmer que la «nature» et le «réel» sont intrinsèquement tels que nous les percevons, c'est à dire que ce que nous en savons serait équivalent sans homme sur le globe pour les analyser ou serait autre. Ceci est un bel exemple de la capacité de penser de certains cerveaux humains dont les préoccupations ont parfois le mérite de ne pouvoir disposer de réponse, autorisant des débats permanents. (Notons cependant qu'un philosophe de notre temps a affirmé qu'une question n'en est une que s'il existe une réponse). C'est la vue qui nous sert probablement le plus pour percevoir l'extérieur mais cette perception est d'une complexité

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inouïe: c'est le cerveau qui «voit », l'oeil en lui même est insuffisant bien que nécessaire comme en témoignent les cas de cécités secondaires à des lésions cérébrales et ceux très fréquents d'amblyopie. Un très long apprentissage dès la naissance nous permet de voir et surtout de corréler les données de la vision à nos sensations proprioceptives et motrices...sans parler de la profondeur de champ liée à la vision binoculaire. L'extérieur est aussi plein de menaces et nous sommes agressés sans cesse par des agents physiques (rayons solaires, rayons cosmiques, froid et chaud, sans parler des météorites), chimiques et toxiques naturels présents dans d'innombrables végétaux et animaux. Des êtres vivants unicellulaires comme certaines bactéries n'ont de cesse de venir peupler notre tube digestif. Depuis peu nous savons que des formes de vies rudimentaires peuvent gravement nous nuire tels les virus (dont les rétrovirus) qui poussent la malignité jusqu'à utiliser notre propre et merveilleuse machinerie cellulaire pour se reproduire, sans parler des prions dont il est difficile de prétendre qu'ils vivent puisqu'il s'agit de morceaux protéiques «tordus» possédant cependant le pouvoir de modeler pathologiquement nos propres protéines.

Le milieu intérieur Un bon mot a décrit l'homme comme une goutte d'eau sale (salée) isolée au sein d'un univers immense et hostile. De fait le corps humain contient environ 60 à 70 pour cent de son poids en eau. Un cinquième de cette eau est extra cellulaire, sous forme de plasma, liquide interstitiel et liquide transcellulaire. Le liquide cérébro-spinal qui entoure notre système nerveux central est peu abondant mais ses variations de volume ou son infection sont redoutables. L'eau extra cellulaire demeure en dehors des cellules en raison du pouvoir osmotique des substances dissoutes qui empêchent l'eau de rentrer dans les cellules. Le sodium sous forme de chlorure essentiellement y est l'ion (1' électrolyte) majeur. Si l'organisme perd du sodium, sous forme d'eau salée, 22

par transpiration, fuites digestives ou rénales, une déshydratation extra cellulaire s'ensuit, qui entraîne une diminution du volume du plasma, en particulier, effondrant le volume sanguin. La pression artérielle chute et conduit au collapsus vasculaire responsable d'une baisse des débits de perfusion des tissus, cérébraux entre autres. Stricto sensu, le « milieu intérieur» est le milieu extra cellulaire, intermédiaire entre milieux extérieur et intracellulaire et siège des échanges avec ceux cI. L'eau intracellulaire représente une masse énorme (environ 45 pour cent de la masse corporelle) dont la diminution entraîne une déshydratation intracellulaire desséchant nos cellules et que la soif vient traduire: la déshydratation extra cellulaire par perte de sel si elle est prédominante ne donne pas soif: c'est le sel qui manque et qui sera surtout fourni, en général par tablettes ou en perfusion. Les deux déshydratations sont associées en pratique car il est impossible de ne perdre que du sel pur! Les cellules, en nombre gigantesque, baignent dans l'eau et en contiennent nécessairement même dans le tissus osseux. Le muscle comporte au moins 70 pour cent de son poids en eau, ce qui met le kilogramme de protéines animales, sous forme de beefsteak par exemple, à un prix élevé. L'ion essentiel, mais non quasi unique, du secteur intracellulaire est le potassium. Le milieu intérieur est aussi stable que possible et s'efforce coûte que coûte de maintenir constants les volumes en eau corporelle, les concentrations de ses « constantes» ainsi que sa température. Les concentrations ioniques, la neutralité électrique entre cations et anions, la pression osmotique, le degré d'acidité (concentration en ions hydrogènes), la concentration en glucose et la régulation des gaz sanguins et de la pression artérielle sont - avec le maintien de la température interne - parmi les grandes priorités de l'organisme. Toutefois certaines variations sont mieux « tolérées» que d'autres: alors que certaines grandeurs sont très précisément réglées, par exemple la pression osmotique du milieu intérieur ou la pression de gaz carbonique dans celui-ci, d'autres le sont moins telle la pression artérielle qui monte au

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