De quelques mythes en psychologie. Enfants-loups,

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La recherche en psychologie a engendré bien des histoires fascinantes qui ont séduit l'imagination des profanes. Beaucoup se sont révélées sans fondement, mais gardent encore leur validité pour le grand public. Ce livre fait le bilan de certains de ces mythes, voire de ces mystifications, qui ont marqué les annales de la psychologie scientifique. On y trouvera entre autres la fameuse affaire des enfants-loups indiens, les " découvertes " de James Vicary à propos de la publicité subliminale, l'hypothèse de Sapir-Whorf selon laquelle la langue détermine nos perceptions, la prétendue preuve de l'héritabilité de l'intelligence, les capacités langagières présumées des singes, la transmission alimentaire de la mémoire chez les planaires. Que ces histoires trouvent leur origine dans des recherches de bonne foi mais mal orientées, ou résultent de véritables fraudes scientifiques, elles ont été propagées et amplifiées par des médias avides de sensationnel. Leur démystification, à quoi les auteurs s'emploient avec verve, est une œuvre de salubrité publique, qui devrait permettre aux connaissances scientifiques apportées par la psychologie d'être mieux comprises.



Kotaro Suzuki est professeur de psychologie expérimentale à l'université de Niigata, Japon. Il est auteur et traducteur de plus de vingt livres en japonais dont Le Monde merveilleux des illusions, Comment les animaux voient-ils le monde ?, et L'Évolution de l'esprit humain.


Jacques Vauclair est professeur de psychologie du développement et de psychologie comparée à l'université d'Aix-Marseille. Il est notamment l'auteur de L'Intelligence de l'animal, L'Homme et le Singe : psychologie comparée et développement du jeune enfant.


Publié le : jeudi 7 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021306255
Nombre de pages : 240
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Des mêmes auteurs
OUVRAGES DE KOTARO SUZUKI
Comment les animaux voient-ils le monde ? (Doubutsu ha sekai wa doumiruka ?) Shinyosha, Tokyo, 1995 Les enfants élevés par des loups n’ont jamais existé (Ookami shoujo wa inakatta) Shinyosha, Tokyo, 2008 L’Évolution de l’esprit humain (Hito no kokoro wa dou sinka sitanoka) Chikuma, Tokyo, 2013
OUVRAGES DE JACQUES VAUCLAIR
L’Intelligence de l’animal Seuil, « Point Sciences », 1995 Animal Cognition : An introduction to Modern Comparative Psychology Harvard University Press, Boston, 1996 Développement du jeune enfant : motricité, perception, cognition Belin, 2004
Collection « Science ouverte » dirigée par Jean-Marc Lévy-Leblond
TITRES PARUS DEPUIS 2000
Giorgio Israel,Le Jardin au noyer, 2000 Ivar Ekeland,Le Meilleur des mondes possibles, 2000 Laszlo Mérö,Les Eléas de la raison, 2000 Bertrand Jordan,Les Imposteurs de la génétique, 2000 Jean-François Bouvet,La Stratégie du caméléon, 2000 Stephen Jay Gould,Les Quatre Entilopes de l’apocalypse, 2000 Stephen Jay Gould,Ét Dieu dit : « Que Darwin soit ! », 2000 Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo,Ni Dieu ni gène, 2000 Michel Mayor et Pierre-Yves Frei,Les Nouveaux Mondes du cosmos, 2001 Pablo Jensen,Éntrer en matière (Des atomes dans mon café crème)*, 2001 Stephen Jay Gould,Les Coquillages de Léonard, 2001 Dominique Proust,L’Harmonie des sphères, 2001 Michel Blay et Efthymios Nicolaïdis (collectif sous la dir.),L’Éurope des sciences, 2001 Bruno Jacomy,L’Âge du plip, 2002 Jean-Marc Jancovici,L’Evenir climatique*, 2002 Stephen Jay Gould,Les Pierres truquées de Marrakech, 2002 Bertrand Jordan,Le Chant d’amour des concombres de mer*, 2002 Nicolas Bouleau,La Règle, le Compas et le Divan, 2002 Tijs Goldschmidt,Le Vivier de Darwin, 2003 Edward O. Wilson,L’Evenir de la vie, 2003 Nicolas Witkowski,Une histoire sentimentale des sciences*, 2003 Bertrand Jordan,Les Marchands de clones, 2003 Hubert Reeves avec Frédéric Lenoir,Mal de Terre*, 2003 Claude Gudin,Une histoire naturelle de la séduction*, 2003 Richard C. Lewontin,La Triple Hélice, 2003 Catherine Bousquet,Bêtes de science,2003 Nicolas Chevassus-au-Louis,Savants sous l’Occupation, 2004 Stephen Jay Gould,Cette vision de la vie, 2004 Olivia Judson,Manuel universel d’éducation sexuelle à l’usage de toutes les espèces*, 2004 Édouard Launet,Eu fond du labo à gauche*, 2004 Jean-Luc Renck,L’Ècho du quetzal, 2004 Jean Eisenstaedt,Evant Éinstein, 2005 Thomas Sandoz,Histoires parallèles de la médecine, 2005 Hubert Reeves,Chroniques du ciel et de la vie*, 2005 Bernard Maitte,Histoire de l’arc-en-ciel, 2005
Nicolas Witkowski,Trop belles pour le Nobel*, 2005 Jacques Véron,L’Éspérance de vivre, 2005 Stephen Jay Gould,Le Renard et le Hérisson*, 2005 Serge Brunier,Impasse de l’espace, 2006 Robert Barbault,Un éléphant dans un jeu de quilles*, 2006 Nicolas Chevassus-au-Louis,Les Briseurs de machines, 2006 Édouard Launet,Viande froide, cornichons*, 2006 Jean-Michel Besnier,La Croisée des sciences, 2006 New Scientist,Mais qui mange les guêpes ?*, 2006 David Berlinski,La Tentation de l’astrologie, 2006 Jean-Marc Lévy-Leblond,La Vitesse de l’ombre, 2006 Brigitte Proust,Petite géométrie des parfums*, 2006 Dominique Proust et Jean Schneider, Où sont les autres ?, 2007 Denis Noble,La Musique de la vie, 2007 Charles Frankel,Terre de France*, 2007 New Scientist,Pourquoi les manchots n’ont pas froid aux pieds ?*, 2007 Claudine Cohen,Un Néandertalien dans le métro, 2007 Christian Joachim et Laurence Plévert,Nanosciences, 2008 Matt Walker,Comment chatouiller un chimpanzé ?, 2008 Bertrand Jordan,L’Humanité au pluriel, 2008 Jean-Marc Drouin,L’Herbier des philosophes, 2008 Mick O’Hare/New Scientist,Comment fossiliser son hamster*, 2008 Hubert Reeves,Je n’aurai pas le temps*, 2008 Patrick Tort, L’Éffet Darwin*, 2008 Charles Darwin,L’Eutobiographie*, 2008 Gilles Cohen (sous la dir.),Culture maths, 2008 Édouard Launet,Eu fond du zoo à droite*, 2009 Gérard Lambert,Vérole, cancer & Cie, 2009 D’Arcy Thompson,Forme et croissance, 2009 New Scientist,Les ours blancs ont-ils le blues ?*, 2009 Jean-François Chassay,Si la science m’était contée, 2009 Ludivico Geymonat,Galilée, 2009 Jean-Michel Salanskis,Vivre avec les mathématiques, 2009 Nicolas Chevassus-au-Louis,Un iceberg dans mon whisky, 2009 Peter Westbroek,Terre !, 2009 Charles Frankel,Dernières nouvelles des planètes, 2009 Jean-Paul Delahaye,Jeux finis et infinis, 2010 Jean-Pierre Verdet,Eux origines du monde, 2010 Michel Mitov,Matière sensible, 2010 Benoît Rittaud,Le Mythe climatique, 2010 Thomas Lepeltier,Univers parallèles, 2010 Claude Gudin,Une histoire naturelle des sens, 2010 Brigitte Proust,Bel & bio, 2010 Laurent Piermont,Egir avec la nature, 2010 Robert Barbault et Jacques Weber,La vie, quelle entreprise !, 2010 Michel de Pracontal,Kaluchua*, 2010 Claudine Cohen,La Méthode de Zadig, 2011 Patrick Davous,Le Nouveau Totem, 2011
New Scientist,Pourquoi les éléphants ne peuvent pas sauter ?*, 2011 Michio Kaku,La Physique de l’impossible, 2011 Charles Fankel,Terre de vignes*, 2011 Bernadette Bensaude-Vincent et Dorothée Benoit-Browaeys,Fabriquer la vie, 2011 Nathalie Palanque-Delabrouille et Jacques Delabrouille,Les Nouveaux Messagers du Cosmos, 2011 Caroline De Mulder,Libido sciendi, 2012 Chris Herzfeld,Petite histoire des grands singes, 2012 Joan Roughgarden,Le Gène généreux, 2012 New Scientist,Pourquoi les orangs-outans sont-ils orange ?, 2012 Jean Deutsch,Le Gène, 2012 Catherine Bourgain et Pierre Darlu,EDN superstar ou superflic ?, 2013 Catherine Bousquet,Maupertuis, corsaire de la pensée, 2013 Hubert Reeves,Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve*, 2013 Marc Lachièze-Rey,Voyager dans le temps, 2013 Sylvie Catellin,Sérendipité, 2014 Louise Lambrichs (sous la dir.),Histoire de la pensée médicale contemporaine, 2014 Thomas Lepeltier,La Face cachée de l’Univers, 2014 Simon Schaffer,La Fabrique des sciences modernes, 2014 Pierre Cassou-Noguès,Les Rêves cybernétiques de Norbert Wiener, 2014 Paul Feyerabend,La Tyrannie de la science, 2014 Jean Deutsch,Le corbeau qui tenait en son bec un outil, 2014 André Didierjean,La Madeleine et le Savant, 2015 Léo Grasset,Le Coup de la girafe, 2015 Leila Schneps et Coralie Colmez,Les Maths au tribunal, 2015 L’astérisque indique les ouvrages disponibles dans les collections de poche « Points Sciences » ou « Points ».
ISBN 978-2-02-130625-5
© Éditions du Seuil, janvier 2016
www.seuil.com
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Introduction
Nombreux sont ceux à qui la psychologie scientifique peut donner l’impression d’accorder un intérêt exagéré aux aspects bizarres du comportement humain. Une telle impression, parfois justifiée par des références à l’une des histoires présentées dans ce livre, traduit en fait une méconnaissance de l’objectivité scientifique de la psychologie contemporaine et de ses domaines d’étude. Ce sont plutôt de bizarres légendes, associées à tort à la psychologie, qui frappent l’esprit du public. Aussi, pour faciliter une bonne compréhension de la psychologie en tant que science, faut-il commencer par faire le bilan de ces histoires quasi mythiques, en espérant pouvoir ensuite les extirper de la pensée populaire. On verra ainsi que ce que l’on prenait pour des « faits », des « découvertes », et leurs « explications » psychologiques, ne sont souvent que des fabrications et des histoires propagées par les médias ou des chercheurs peu scrupuleux, par goût du sensationnel. Même les véritables découvertes de la psychologie sont parfois exagérées pour susciter un intérêt plus vif dans le grand public. C’est avec l’espoir d’aider le lecteur à mieux comprendre ce qu’est (et ce que n’est pas) la psychologie, que nous lui proposons ce livre : on y trouvera plusieurs cas de mystification et de déformation de la réalité apparus au cours de l’histoire de la psychologie et malheureusement devenus partie intégrante de la vision populaire de cette discipline. Les chapitres 1 à 3 examinent ainsi trois de ces mystifications que l’on croit souvent être de véritables découvertes. Le chapitre 1 présente la fameuse histoire des « enfants-loups » Amala et Kamala, qui date des années 1920 en Inde. Leur cas, souvent mentionné, est d’abord rapporté dans le journal intime d’un pasteur anglican indien, assorti d’une vingtaine de photos comme preuves. Et il est bientôt reçu comme une découverte authentique, aussi bien par le monde académique de l’époque que par le grand public. Pourtant, en examinant les documents et les photos en détail, on peut y déceler maintes contradictions. Ce chapitre en fait le bilan et présente une analyse objective de la possibilité ou non de l’existence historique de ces enfants. En 1956, l’agent publicitaire James Vicary prétend avoir fait des « découvertes » importantes quant à la faisabilité de la publicité subliminale. Les récits de ses expériences font alors la une des journaux puis suscitent, à l’initiative même des médias, de nouvelles règles limitant l’utilisation de ce type de publicité. Le chapitre 2 examine le bien-fondé des travaux de Vicary : ces expériences sont-elles vraiment possibles ? Quel est l’impact véritable de cette forme de publicité sur les spectateurs/consommateurs ?
Le chapitre 3 concerne l’hypothèse dite de Sapir-Whorf, selon laquelle le langage possède la capacité de limiter et même de déterminer nos perceptions. Mais son influence est-elle aussi puissante qu’on le prétend parfois ? Quels arguments Whorf avance-t-il ? Et qu’en est-il de l’influence de la culture en général sur nos perceptions ? Serait-il possible que notre société, et plus généralement notre environnement, modifient nos capacités d’interprétation des données visuelles ? Ce chapitre examine aussi les expériences et résultats de chercheurs qui ont étudié, en Afrique et ailleurs dans le monde, les effets d’illusions visuelles bien connues. Le chapitre 4 propose d’examiner la question de l’héritabilité de l’intelligence. Dans les années 1950-1960, un psychologue britannique renommé, Cyril Burt, prétend avoir entrepris des recherches sur cette héritabilité et publie ses résultats dans d’importantes revues scientifiques. Selon ses conclusions, l’intelligence aurait une origine génétique. Cependant, ses analyses statistiques laissent aujourd’hui perplexe et on s’interroge également sur le nombre de sujets réellement recrutés pour mener ces recherches et aboutir à de telles conclusions. On a souvent noté que les mères tendent à porter leurs bébés sur le côté gauche du corps : quelles peuvent être les explications de cette tendance quasi universelle ? Selon l’hypothèse avancée dans les années 1960 par le psychologue américain Lee Salk, ce phénomène n’est pas une coïncidence, car le côté gauche est également le côté du cœur : le rythme de ses battements rend les bébés plus heureux et les mères le savent instinctivement. Ceci peut paraître tout à fait raisonnable, mais qu’en est-il des preuves scientifiques de cette hypothèse intuitivement acceptable ? Le chapitre 5 présente les recherches de Salk et une analyse de sa proposition. Et, à l’appui de récentes études, il évoque d’autres raisons susceptibles d’expliquer cette tendance maternelle. Le chapitre 6 présente le cas d’un cheval dit Hans le malin, très populaire à Berlin e à l’aube du XX siècle car il sait calculer. Quels peuvent bien être les secrets de son « intelligence » ? Comprend-il vraiment ce qu’on lui dit ? Sait-il réellement calculer ? La question de l’intelligence des animaux est relancée en 1979, lors de l’annonce des performances d’un chimpanzé appelé Nim, capable apparemment de communiquer avec les humains grâce à un « langage » gestuel simplifié. Ce chapitre examine en détail cette expérience et propose des explications à cette « capacité » exceptionnelle. Où se conservent les souvenirs ? Dans les années 1950 à 1960, le biologiste américain James McConnell s’intéresse aux capacités d’apprentissage de petits vers plats, les planaires. Selon ses expériences, non seulement ces animaux primitifs gardent la mémoire d’un conditionnement mais ils sont même capables d’intégrer la « mémoire » de congénères qu’ils ont dévorés. Une « molécule de la mémoire » pourrait-elle réellement être transmise d’un organisme à un autre ? Le chapitre 7 fait le bilan de ces expériences, longtemps contestées et aujourd’hui réinterprétées. « Le petit Albert » est un enfant célèbre chez les psychologues. C’est sur lui en effet que John Watson, le fondateur du béhaviorisme, va entreprendre ses recherches visant à déterminer s’il est possible de conditionner un jeune enfant à avoir peur des objets qu’il trouve attirants. On comprend tout de suite les problèmes éthiques associés à ce genre de recherche ; toutefois, en restant sur le plan scientifique, peut-on dire que Watson a vraiment démontré l’efficacité de son « conditionnement classique » ? Le monde académique accueille néanmoins ses résultats avec enthousiasme et Watson devient du coup très influent en psychologie. Le chapitre 8 décrit ses expériences et
explicite certaines de ses motivations qui n’étaient, à vrai dire, pas toujours très scientifiques. L’histoire de la psychologie est-elle « courte » par rapport à celles des autres e sciences, comme l’affirme à l’aube du XX siècle un psychologue renommé, Hermann Ebbinghaus ? La conclusion propose une comparaison du développement de la psychologie avec celui des autres sciences, et tente de répondre à cette question. La psychologie ne se fait pas toute seule : ce sont les chercheurs et les scientifiques, parfois réputés et parfois quasi anonymes, qui ont bâti l’édifice de cette science telle qu’elle existe aujourd’hui. Les recherches sont faites par des humains qui sont parfois tentés d’exagérer et même de fabriquer totalement leurs « découvertes », si cela leur permet de faire fortune ou de devenir célèbres. Pour sa part, le grand public est toujours avide de nouvelles « découvertes » excitantes et surtout exotiques, qui donnent à penser sur les mystères de l’existence au quotidien. Cependant, ces motivations (que ce soit le désir d’argent et de renommée, ou le goût du public pour les histoires mystérieuses) n’ont rien à voir avec les véritables découvertes concrètes de la science en tant que telle : il faut pouvoir séparer les faits de ce que l’on veut croire ou faire accroire. Le but de ce livre est d’exposer les éléments non scientifiques des mystifications et des légendes apparues au cours de l’histoire de la psychologie, afin de les extirper définitivement de ce domaine scientifique. Une démarche qui fera aussi découvrir les nombreux drames et scandales qui jalonnent cette histoire.
CHAPITRE 1
Des enfants élevés par des loups ?
Des enfants élevés par des loups ?
Dans les cours de psychologie, on fait souvent allusion au cas d’Amala et Kamala, deux petites filles indiennes qui auraient été élevées par des loups. Selon les récits de l’époque, ces fillettes, découvertes en 1920, se comportent comme des loups et ne manifestent aucun apprentissage humain. Amala, la cadette, meurt un an plus tard, et Kamala, l’aînée, décède sept ans après sa sœur. Grâce aux soins attentifs des époux Singh, qui ont recueilli ces enfants, Kamala parvient enfin à marcher et manifeste même un certain attachement à Mme Singh. Néanmoins, il semble qu’elle n’ait acquis, pendant ces huit années, qu’une quarantaine de mots, et sa capacité mentale n’a jamais dépassé une compréhension des plus primitives. L’histoire mystérieuse de ces deux fillettes, souvent citée par les pédagogues, sert d’exemple typique pour démontrer l’importance de l’éducation dans le développement humain et, surtout, l’influence du langage et de la culture au cours de l’enfance. Cependant, ce récit, toujours raconté de nos jours comme une « histoire vraie », n’est pas sans contenir plusieurs éléments contradictoires. D’abord, du point de vue strictement zoologique, comment ces enfants auraient-ils pu être élevés par des loups ? On sait que le lait maternel produit par une louve ne peut pas être digéré par les enfants humains, car sa composition diffère grandement du lait maternel humain. D’où une première objection : étant incapables de digérer ni la viande que mangent les loups, ni le lait maternel d’une louve mère adoptive, comment les deux fillettes sont-elles parvenues à se nourrir suffisamment pour survivre ? Deuxième objection : bien qu’on entende parfois parler d’animaux domestiques de différentes espèces qui jouent ensemble, voire qui allaitent des nouveau-nés d’autres espèces, les choses ne se passent pas ainsi dans la nature. Sans l’existence d’humains pour faciliter cette adoption, il n’existe pas de cas où le nouveau-né d’une espèce soit adopté par une femelle d’une autre espèce. La seule exception à cette règle est le cas bien connu des coucous, qui laissent leurs œufs dans les nids d’autres oiseaux. Les petits qui en sortent sont ensuite nourris par leurs parents adoptifs. On a aussi découvert dans la nature des femelles qui viennent d’accoucher de mort-nés, et qui adoptent d’autres nouveau-nés de leur propre espèce. Mais, dans toute l’histoire de la biologie, on n’a jamais découvert dans la nature une seule femelle ayant adopté un nouveau-né d’une espèce différente.
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