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Emergence et cheminements de la biogéographie

De
224 pages
La Biogéographie n'a pas eu les titres de noblesse d'autres disciplines. Longtemps, son objet a hésité entre la recherche d'une classification hiérarchisée des êtres vivants (la systématique) et la prise en compte de leur répartition spatiale (la taxo-chorologie). D'autre part, la Société créée en son nom a manqué de consistance : divergences de vues, voire polémiques ; la "Commission de Biogéographie" instaurée chez les géographes n'a été qu'une enveloppe abstraite sans rôle incitateur.
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Émergence et cheminements
de la biogéographie Biologie, Ecologie, Agronomie
Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XII,
correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France
Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des
connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études
approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de
questions nouvelles ou cruciales pour l'avenir des milieux naturels et
de l'homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines
des Sciences naturelles et de la Vie.
Déjà parus
Ibrahim NAHAL, Sur la pensée et l'action. Regards et réflexions,
2006.
Maurice BONNEAU, La forêt française à l'aube du XXIè siècle,
2005.
Alain DE L'HARPE, L'espace Mont-Blanc en question, 2005.
René LE GAL, Comprendre 1'évolution,2005.
2005. Dr Georges TCHOBROUTSKY, Comment nous fonctionnons,
Jean TOTH, Le cèdre de France, 2005.
France Pologne pour l'Europe, Les enjeux de la Politique agricole
commune après l'élargissement du IQ1 mai 2004, 2005.
Louis CRUCHET, Le ciel en Polynésie. Essai d 'ethnoastronomie en
Polynésie orientale, 2005.
Henri LOZANO, Le sens des choses. une logique d'organisation de
l'univers, 2005.
2005. Pierre PIGNOT, Europe, Utopie ou Réalité ?,
Pierre DE FELICE, L'image de la terre : les satellites d'observation,
2005.
Les grandes heures de l'agriculture mondiale, 2005. André NEVEU,
Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires,
2005.
L'agriculture française en proie à l'écologisme, Claude MONNIER,
2005.
Approche évolutionniste de la sexualité humaine, Arnaud MAUL,
2005.
2004. Laurent HERZ, Dictionnaire des animaux et des civilisations,
Les cheminements de l'écologie en Europe, Michel DUPUY,
Environnement, l'hypothèque démographique, 2004. René MONET, Gabriel Rougerie
Émergence et cheminements
de la biogéographie
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
FRANCE
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Université de Kinshasa — RDC ITALIE BURKINA FASO 1053 Budapest Ouvrages de l'auteur parus à L'Harmattan
— De rail en pistes, vers le tournant
Ou comment un petit Aquitain accéda au statut de
"colonialiste"—Nouvelles, 2001
(Collection Les Tropiques entre mythe et réalité)
— Géographie des marges, 2003
(Collection Géo Physique)
— Sitio — Roman historique, 2004
— À l'aube de la géographie africaniste
Trois précurseurs disparus "en tournée", 2004
(Collection Les Tropiques entre mythe et réalité)
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diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattanl@wanadoo.fr
© L'Harmattan, 2006
ISBN : 2-296-00688-4
EAN : 9782296006881 Avant-propos
« Biodiversité », voire « biosphère » : des termes qui ont fait
fortune ces dernières décennies, à tous les niveaux des médias.
Bien qu'elle se réfère elle aussi au même phénomène — la vie —
et qu'elle l'affiche, comme eux, en son préfixe, la biogéographie
reste la parente pauvre, à l'intérieur même de la communauté
des géographes, comme l'écrit l'un des leurs, André Meynier,
en 1969 1. Outre-Manche, le géographe écossais Jay Tivy le
confirme deux ans plus tard, en une image plaisante : elle est la
Cendrillon de la géographie2. Depuis, la situation a changé dans
l'" orbis geographicus", mais, en ce début de 3 e" millénaire, le
terme et ce qu'il recouvre demeurent totalement ignorés du public.
Comble de malchance : chez les scientifiques, appellation et
contenu se sont révélés, dans leur courte existence, comme
affectés de polysémie et de glissements sémantiques ou
opérationnels — que l'on peut ressentir comme des dérives.
C'est là un état de choses plus grave que la modicité du statut
scientifique, et qui peut être tenu pour inquiétant.
Cet ouvrage se propose, d'une part, d'essayer de démêler
l'écheveau des biogéographies et, d'autre part, d'exprimer la foi
en une signification positive du symptôme supposé inquiétant :
n'est-ce pas le propre de la vie, que d'échapper à la fixation ?
Histoire de la pensée géographique en France, PUF, coll. SUP, Paris, 1969, p. 54
2 Biogeography. A study of plants in the ecosphere, Longman, Harlow, Essex, 1971,
introduction. PREMIÈRE PARTIE
LA BIOGÉOGRAPHIE :
UN MIRAGE ? I
Les premiers pas
Biogéographie, la définition paraît aller de soi : une
géographie de la vie ou, du moins, du vivant. En réalité,
beaucoup de flou enveloppe cette jeune discipline.
I. À la recherche d'un patronyme
Il est difficile de ne pas évoquer Monsieur Jourdain et sa
prose, quand on s'intéresse aux débuts de la biogéographie.
Cette remarque rejoint d'ailleurs celle qu'applique le naturaliste
Maxime Lamotte à l'ensemble d'une science pourtant infiniment
plus notoire, la biologie : Sans que le mot ait été explicité, nos
ancêtres faisaient de la biologie lorsqu'ils observaient la forme
des animaux et des plantes pour reconnaître ceux et celles qui
pouvaient leur être utiles ou, au contraire, nuisibles. Ils
faisaient de la biologie lorsqu'ils recherchaient les habitudes
ou simplement même les localisations des êtres vivants qu'ils
désiraient récolter ou chasse?.
À la charnière entre 18 et 19 ème siècles, Alexander von Humboldt
qui se comporta pendant six années comme le premier
biogéographe de terrain — et des plus authentiques — aux
"régions équinoxiales du Nouveau Continent", portait bien en
lui le souci de la répartition de ces formes [de plantes] sur la
surface de la Terre, ainsi qu'il l'exprime dans une lettre à
Schiller, en 1794. Mais il n'a pas dépassé, dans ses écrits,
l'expression de Géographie des plantes. Celle-ci n'est, par
3 Théorie actuelle de l'évolution, Hachette, Paris, 1994, avant-propos. surcroît, que parcimonieusement employée : essentiellement
dans cette même lettre où elle est associée à une Histoire des
plantes, ainsi que dans le titre du volume XX de son Edition
monumentale du Voyage et dans celui du volume XXVII, en
1805, ou encore dans son Essai sur la Géographie des Plantes
(Schcell, Paris, 1807).
Au demeurant, l'échelle à laquelle il envisage cette géographie
est bien authentiquement biogéographique, puisqu'il des plantes
rejette la seule collecte que pratiquent les misérables archivistes
de la Nature' s, au profit d'échelles plus globales : la physionomie
que présente la couverture végétale, le paysage, le souci de leur
histoire, la comparaison de leurs diverses expressions régionales 5 .
Un siècle et demi plus tard, avec la perspicacité dont il est
coutumier, André Cailleux le souligne : Humboldt, en 1804,
distingue les grandes zones de végétation terrestre du Globe suivant
la latitude et envisage la biogéographie, pour la première fois,
à l'échelle mondiale.
Après Humboldt, pendant l'essentiel du )(De' siècle, la
gestation de la biogéographie fut partagée de manière plus ou
moins affichée entre deux tendances liées à des méthodes
d'approche différentes, concernant les êtres vivants hébergés
par la Planète — méthodes qu'examinera le prochain chapitre.
Mais chez aucun des participants de l'une ou de l'autre
n'est utilisé, pas plus que tendance, le terme de biogéographie
chez Humboldt, précédemment'.
Il est, d'ailleurs, remarquable que le mot ne s'affiche dans
les publications scientifiques françaises qu'à la fm du premier
quart de siècle suivant, avec le titre du troisième tome du
4 Citation tirée de sa lettre de 1794 à Schiller (rapportée dans la thèse de Ch. Minguet,
p. 77).
5 Par exemple, l'étude comparative entre llanos, pampa et steppes, ou encore celle de la
distribution des plantes en Amérique et Afrique tropicales et celle de l'étagement des
formations en montagne.
6 A. Cailleux, Biogéographie mondiale, 1953, p. 24.
7 Une publication d'Ivan Kupèik, Cartes géographiques anciennes (Grund, Paris, 1980),
indique toutefois que le cartographe tchèque Karel Kofitska — 1825-1906 — [...] veilla à
associer les échelles de teinte [...] selon les caractéristiques bio-géographiques [...]
du paysage.
10 Traité de Géographie physique d'Emmanuel de Martonne, en 1927,
après une timide apparition une vingtaine d'années plus tôt
(1907, d'après le Robert) et son utilisation, dans la préface de la
première édition du Traité s.
Et il faudra attendre les années 60 pour le trouver dans les
dictionnaires : 1960 dans le Grand Larousse ; 1968, dans le
Dictionnaire encyclopédique Quillet et dans l'Encycloptedia
Universalis... mais il est encore absent du Littré de 1961, ainsi
que du Robert en sept volumes de 1972, ou de l'Encyclopcedia
Britannica, en 1964.
Une Société de Biogéographie, en revanche, avait vu le jour
à Paris, dès 1924.
Remarquable, également, le fait que si, en celle-ci, on parle
surtout d'animaux les publications de plus de poids, en France
comme à l'étranger, sont consacrées au monde végétal. Pour
autant l'expression de Géographie de la végétation n'est guère
employée que par J. Schmithilsen et son école, dans les années
1960. C'est de Géographie des plantes ou de Géographie
botanique que l'on parle.
Pour ce qui concerne la Géographie des plantes, après Humboldt
le premier auteur à utiliser l'expression est Joakim Frederik Schouw,
professeur de botanique à l'Université et Directeur du Jardin
botanique de Copenhague 9. Comme l'Allemand A. Grisebach,
plus tard' °, cet auteur cherche à mettre en relation les peuplements
végétaux avec les contextes climatiques.
Du côté français, une personnalité elle aussi fort célèbre apparaît,
à la fin du siècle : Charles Flahault. Ouvrier jardinier attaché au
Jardin des Plantes, en 1872, il est conquis par la botanique au point
de devenir professeur et Directeur de l'Institut de Botanique créé à
Montpellier en 1890. Il publie dans les Annales de Géographie un
Il devient à peu près impossible de poursuivre des recherches personnelles à la fois
sur la Morphologie, l'Hydrologie, le Climat, la Biogéographie et la Géographie humaine,
p. XIV, Lyon, le 30 juin 1909.
9 J.-F. Schouw, Gnaidtrag til an almindelig Plantegeognee, Copenhague—Berlin, 1823.
A.-H.-R. Grisebach, « über den Einflusz des Klimas auf die Begrenzung der natûrlichen
Floren », Linnea, 12, 1838, et Die Vegetation der Erde nach ihrer klimatischen Anorebtung,
Leipzig, 1872, (traduction française, Paris, 1878).
11 article dont le titre reprend celui de l'ouvrage de Schimper n .
Après quoi, jusqu'à la veille de la deuxième Guerre mondiale, il
produit des publications* parmi lesquelles apparaît parfois
l'expression de Géographie des plantes, comme sa mise au
Le progrès de la géographie des plantes depuis 1884. point :
Son état actuel et ses progrèslz , en 1907.
Assez avant dans le XX ème siècle, alors que le mot de
a déjà fait quelques apparitions, ceux de Biogéographie
Géographie des plantes perdurent dans diverses publications,
de par le Monde.
Ainsi, chez l'Allemand H. Walter, avec son Einführung
in die allgemeine Planzengeographie Deutschlands, préfigurant
en 1927 (Fischer, Iéna) son gros oeuvre d'entre 1951 et 1960,
élargi au delà de l'Allemagne 13. Ainsi, H. Gaussen, en France,
avec sa petite Géographie des plantes de 1933, rééditée et
développée en 1954 (A. Colin). Ainsi, en Angleterre,
l'Introduction to Plant Geography and some related Sciences,
publiée par N. Polunin en 1960 à Londres (Longmans). Ou
An encore, outre-Atlantique, la publication de E.-V. Wulff :
14. introduction to historical Plant Geography
L'expression de Géographie botanique est plutôt davantage
utilisée que celle de Géographie des plantes — parfois, d'ailleurs,
en alternance avec cette dernière, chez certains auteurs. Des noms
célèbres ici aussi se rencontrent : le plus ancien, notamment,
A. de Candolle.
Alphonse de Candolle, dans une famille de botanistes suisses,
tient une place assez comparable à celle de Charles Flahaut.
Comme ce dernier, il a des liens avec les botanistes de
Montpellier — son père Augustin avait enseigné en cette ville, au
ème tout début du XtX siècle — mais l'essentiel de sa carrière se
déroule à Genève. Ses publications sont nombreuses, notamment
Il « La géographie des plantes, avec la physiologie comme base », Ann. de Géo., 8,
1899, (A.-F.-W. Schimper, Pflanzen-Geographie, auf physiologischer Grundlage,
Fischer, Iena, 1898).
Voir bibliographie in fine.
12 in : Processus Rei Botanica, Fischer, Iéna.
13 H. Walter, Grundlagen des Pjlanzenverbreitung, Ulmer, Stuttgart, 3 tomes,
1951-1954-1960.
14 in : USA Chronica Botanica, 1950.
12 les neuf derniers tomes d'une somme amorcée par son père sur le
"règne" végétal Prodromus systematis naturalis regni vegetabilis,
ainsi que plusieurs travaux consacrés aux plantes cultivées ;
parmi ses autres publications, une Géographie botanique
15raisonnée .
De même, l'Allemand O. Drude qui, après son gros ouvrage
traitant de Géographie des plantes» 6, publie l'année suivante
en France un Manuel de Géographie botanique". Autre
personnalité étrangère célèbre, à l'aube du XX eme siècle, le Danois
C. Raunkiaer avec « Types biologiques pour la géographie
botanique » publiés dans le Bulletin de l'Académie des Sciences
du Danemark, en 1905.
À un niveau non plus international comme ce dernier, mais
plutôt régional, essentiellement centré sur la région parisienne
où il a créé la Station de Biologie végétale de Fontainebleau,
Gaston Bonnier donne des cours de botanique, confie des sujets
de recherches sur la flore à ses étudiants et publie, dans les
Annales de Géographie (1894), un article consacré à la
Géographie botanique.
En ces années charnière entre XIX ème et XXème siècles, tandis
que Clements, aux USA, parle occasionnellement lui aussi de
géographie botanique, et qu'à Bruxelles J. Massait présente une
Esquisse de la Géographie botanique de la Belgique (1910), en
France, des revues publient de temps à autre des articles d'auteurs
moins connus que Ch. Flahault, Aug. et Alph. de Candolle,
O. Drude, C. Raunkiaer, G. Bonnier ou F.-E. Clements : des articles
dont les titres affichent l'expression de Géographie botaniquel8
Alors que la Biogéographie avait enfin fait son apparition
— dans les écrits, voire des enseignements et avec la création d'une
Société et d'une revue — cette expression de géographie botanique
' 8 Genève et Masson Paris, 1855.
16 0. Drude, Deutschlands Pflanzengeographie, 1896.
Éd. Klincksiek, Paris, 1897.
18 Par exemple :
— Ch. Contejean, Géographie botanique. Influence du terrain sur la végétation, 1881 ;
— Ch.-E. Bonnet, « Géographie botanique de la Tunisie », Journ. de Botan., 1896 ;
— J. Daveau, « Géographie botanique du Portugal », Bull. Soc. Botan. Fr., 1902 ;
—L. Geneau de Lamarlière, « Etudes sur la géographie botanique du département
de la Marne », Bull. Soc. Et. Sc. Nat., Reims, 1899, 1900, 1901.
13 est encore utilisée par des auteurs célèbres, dans leurs titres de
publications : tels H. Gaussen 19, en 1934 ; J. Carles20, en 1948 ;
, en 1960 et 1967. Dans son manuel de 1964, N. Polunin21
P. Ozenda n'hésite pas à considérer que La biogéographie végétale
[est] encore appelée "phytogéographie" ou "géographie
botanique "22 .
De-ci de-là, on rencontre aussi, mais bien plus rarement,
23l'expression de Géographie de la végétation .
Au total, quelle que soit l'étiquette utilisée, on ne peut pas ne
pas remarquer que, seule, la part végétale du monde vivant est
prise en compte dans ces tentatives d'appréhension de celui-ci.
Certes, les publications concernant la faune, étudiée sous divers
angles ne manquent pas, mais on ne peut guère trouver de
références à une Géographie zoologique que dans la
contribution de L. Cuénot au Traité de Géographie Physique
d'Em. de Martonne24, ou bien dans l'ouvrage de M. Prenant qui
25affiche dans son titre : Géographie des animaux .
Quant à une prise en compte globale du vivant, il n'est
vraiment, en France, que Maximilien Sorre qui l'ait approchée,
dans sa thèse, en parlant de Géographie biologique2° — et qui
l'ait pratiquée, sans utiliser les termes, dans la suite,
considérable, de son oeuvre.
2. De la confluence à une partition ?
Géographie botanique, géographie des plantes, de la végétation :
ces expressions ne traduisent pas seulement les tâtonnements
qui ont accompagné, durant plus d'un siècle, l'éveil d'un intérêt
porté aux manifestations le plus aisément repérables de la vie
sur terre. Les termes « plante » et « végétation » n'ont, d'entrée
19 H. Gaussen Géographie botanique et agricole des Pyrénées orientales, Lechevallier,
Paris, 1934 (mais aussi : Géographie des plantes, A. Colin, Paris, 1954).
J. Caries, Géographie botanique, PUF, coll. Que Sais-Je ?, Paris, 1948.
21 N. Polunin, Eléments de géographie botanique, Gauthier-Villars, Paris, 1960 et 1967.
22 20 P. Ozenda, Biogéographie végétale, Doin, Paris 1964 (p. 11).
23 J. Sclunithilsen, Allgemeine Vegetations Geographie, De Gruyter, Berlin, 1961,1968.
24 L. Cuénot : chapitres VII, VIII, et IX du Traité, tome 3, A. Colin, Paris, 1927.
25 Éd. A. Colin, Paris, 1933.
M. Sorre, Les Pyrénées méditerranéennes. Essai de Géographie biologique, A. Colin, 26
Paris, 1913.
14 de jeu, pas la même connotation "scientifique" que celui de
« botanique ». Botanique, c'est déjà un corps de connaissances
bien constitué, un champ de recherches comme le sont la
biologie, la zoologie, la géologie... Végétation, c'est plutôt du
paysage ; plante, du légume ou de la décoration.
Cela tient à la bipolarité qui a marqué la prospection des
végétaux et des animaux répartis de par le monde, et le
traitement de l'information ainsi recueillie. La géographie du
vivant fait appel, en effet, à deux voies d'approche de celui-ci
bien différentes. L'une s'intéresse aux individus ; l'autre, à des
collectivités.
2. I. — Les inventaires et leur mise en ordre
La première s'enracine dans un lointain passé, elle a été
longuement pratiquée et le développement des conceptualisations
qui l'ont accompagnée lui a valu un statut de science authentique.
Le plus souvent, dès l'Antiquité, les "herborisations"* avaient
une connotation médicinale. Que ce soit au titre des plantes
"sauvages", cueillies dans la "nature" ou de plantes hébergées
dans des jardins botaniques, beaucoup gardèrent cette fonction
thérapeutique jusqu'aux temps modernes au point de déterminer,
dans l'équipement urbain, l'apparition d'herboristeries à côté de
pharmacies, qui ont perduré jusqu'à la dernière Guerre, en France.
Ce type de rapports au végétal a certainement valeur
universelle dans l'histoire de l'Humanité. Chez les peuples à
tradition écrite, de grands noms s'y rattachent. Sans aller,
comme certains, jusqu'à Zoroastre, on peut retenir, de part et
d'autre du début de l'ère chrétienne, quatre noms d'auteurs qui
contribuèrent à la mise en ordre, voire en concept, des
observations botaniques.
Dans la pratique ainsi que dans la littérature, on doit convenir que la part végétale
l'emporte largement sur la prise en compte des animaux. Cela tient aux difficultés de la
collecte et de la conservation. On constate d'ailleurs que ce sont les plus petits individus
— insectes, par exemple — qui font l'objet de collections de référence, comme il en est
pour les plantes. À cela s'ajoute un facteur essentiel : le rôle de certaines d'entre ces
dernières à l'égard de la santé humaine.
15 Au IVE siècle avant J.-C., deux Grecs, Aristote et Théophraste,
rédigent des ouvrages consacrés à une description de la flore et de
la faune, pour ce qui est du premier, et à une Histoire des plantes
assortie d'une tentative de classement, pour son disciple
Théophraste. De manière assez comparable, au I « siècle
après J.-C., le Romain Pline l'Ancien produit une considérable
Historia naturalis dont près de la moitié traite de botanique ;
et le Grec Dioscoride, un traité consacré à De materia medica
qui fut utilisé en pharmacologie du 1 « au 16«n` siècle, et auquel
on se référa jusqu'au le". Ce traité souligne particulièrement
le lien entre végétal et valeur thérapeutique, mais surtout, nous
semble-t-il, tient un rôle de premier plan dans le développement
d'une botanique basée sur les individus, et sur les diverses
systématiques qui s'ensuivront. Dioscoride, en effet, propose
une classification en quatre catégories : plantes médicinales,
aromatiques, alimentaires et toxiques. Un tel intérêt porté aux
"vertus" des plantes est, à l'évidence, responsable de la prise en
compte inévitable et exclusive de spécimens individuels plutôt
que de collectivités.
Fig. 1 — REPRISE DE L'OEUVRE DE DIOSCORIDE
(Fac-similé d'une information fournie par Internet :
[ntp//192.254.96.20/FIVIPro?-DB=livancpages.fp3&-Lay=listed&-
Format=livancgd2.htm&cote...])
16 PEDANII DIOSCOMDIS
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17
nn2. 1. 1. — Herbiers, collections, jardins botaniques : des banques
de données
Que ce soit lors de grandes explorations, accompagnant la
découverte progressive de la Terre, des campagnes militaires
parfois, ou bien de prospections dans des horizons familiers
— voire inattendus (les herborisations, par exemple, de Paul Jovet
dans les pavés et les ballasts parisiens) —, les échantillons collectés
avaient deux destinées : les jardins botaniques, dans une moindre
mesure, et les herbiers.
L'existence de ceux-ci est signalée depuis l'Antiquité, mais
c'est surtout avec la Renaissance qu'ils se développent, en Europe,
au point de prendre souvent valeur patrimoniale et d'être traités
comme des pièces de musée, en même temps que documents de
travail pour les chercheurs.
En France, c'est le Sud-Est qui est le premier concerné : un
médecin lyonnais, J. Girault, en confectionne plusieurs consacrés
à ces régions, à la fm du XVI ème siècle ; ils sont bientôt relayés
par les exemplaires des herbiers montpelliérains, qui préfigurent
la longue prééminence des botanistes languedociens. A la fm du
siècle suivant, un autre herbier est constitué, également, de
plantes méridionales, celui du Père Charles Pluvier, consacré
aux côtes de la Provence et qui présente l'intérêt d'être l'un des
premiers à exprimer une certaine recherche de classification
systématique — proche de celle de Tournefort qui sera examinée
plus loin. Dès cette époque, la stratégie des herbiers,
commençait aussi à puiser dans les flores exotiques. Ainsi, les
herbiers descriptifs que Jean de Thévenot avait ramenés de ses
voyages au Moyen-Orient. Ainsi, à la charnière entre XVII ème et
XVITIème siècles, ceux qui accompagnèrent l'expansion française
aux Antilles et dans l'Océan Indien — des herbiers dont les plantes
étaient souvent classées suivant leurs "vertus" médicinales.
Tournefort lui-même contribua à ces enrichissements, après sa
mission de deux années au Levant, au tout début du siècle.
Fig. 2 — ILLUSTRATION EXTRAITE DE :
LA GENEREUSE ET TRAGIQU E IICPEDITION WEROUSE
(François Bellec, éd. Ouest-France, p. 118 Rennes, 1985 ;
reprise de l'«Atlas du voyage », pl. VI)
18 I.IANNI%.111.il.E. Ill C1111.1,
,” ) (0, /d. Aleum., frdew pimoy
19 Le XVIIIème siècle augmenta considérablement le patrimoine
scientifique international, en la matière. Le grand herbier de
Linné est emblématique, à cet égard ; comme, dans une tout
autre approche du monde végétal, ceux que ramenèrent à Berlin
et Paris les deux héros du Voyage aux Terres équinoxiales,
Humboldt et Bonpland. Monumental, lui aussi, quoique moins
célèbre que les précédents — mais, néanmoins, admiré par Lamarck
lui-même — celui que constitua S. Vaillant, un Surintendant du
Jardin Royal parisien, un herbier partiellement composé
d'échantillons de Madagascar. Or J.-B. de Monet de Lamarck
était "Garde des herbiers du Roy", à la veille de la Révolution
française, comme Antoine-Laurent de Jussieu fut le Gérant des
herbiers du cabinet d'Histoire Naturelle, au passage du XVIII ème
au XIXème siècle.
C'est à cette époque que, plus ou moins appuyées sur les
herbiers, se manifestent les tentatives de classifications menant
à la Systématique, avec des nomenclatures prélinnéennes
d'abord, du temps de Tournefort, passant au système de Linné
vers la fm du siècle (herbier de John Bartram créateur d'un
jardin botanique renommé, en Pennsylvanie, ou celui que
Cuvier consacra au Nord de la France, malgré sa qualification
essentielle de zoologiste et de Professeur d'Anatomie comparée
au Jardin des Plantes de Paris).
Les jardins botaniques font, eux aussi, partie de l'équipement
consacré à l'accueil des échantillons floristiques. Ils relèvent en
fait, de la pure conservation et de l'exposition, plutôt qu'ils ne
sont documents de recherches, à l'instar des herbiers.
Il est probable que le jardin d'Aristote, géré par Théophraste,
était dans ce cas.
En ce domaine aussi, la région montpelliéraine se signale à
l'attention en France : le Jardin botanique de Montpellier est le
premier au royaume de France, en 1596. Trente années plus tard,
Guy de La Brosse réalisait à Paris le Jardin du Roy — l'actuel
Jardin des Plantes. Un autre jardin est particulièrement célèbre,
en Suède, du fait d'être associé au nom de Linné ; mais il en est
bien d'autres, plus ou moins liés à des universités, comme celui
de Copenhague, sous la direction d'un des premiers disciples de
Humboldt, J.-F. Schouw.
20 Quelques uns de ces jardins étaient privés ; beaucoup, au
Moyen-Age surtout, associés à des monastères ; ou à des écoles
de médecine, aux KVI ème et XVIIème siècles. La formule connut
un grand développement aux deux siècles suivants, en entrant
dans les cadres universitaires. Au total, de par le Monde, on
évaluait à quelque quatre cents le nombre de Jardins botaniques
importants, au XX ème siècle, et à une dizaine celui de
Conservatoires botaniques nationaux, en France.
Jardin du Roy pour la culture des plantes médicinales, 1636.Gravure sur Vélin rehaussée de gouache de
Frédéric SCALBERGE (collection iconographique de la Bibliothèque du Muséum)
Fig. 3 L'ANCETRE DU JARDIN DES PLANTES PARISIEN :
JARDIN DU ROY POUR LA CULTURE DES PLANTES MEDICINALES
Dans la même logique que celle qui explique le développement
d'herbiers et de jardins botaniques, on assiste, au cours du
XIXème siècle, à la prolifération de collections naturalistes
consacrées à la faune. Mais la formule, en ce cas, est plutôt de
caractère muséographique. Sont exposés surtout des insectes,
des coquillages, des reptiles et des amphibiens, ainsi que
beaucoup d'oiseaux. Pour cette petite faune, ce sont surtout les
visiteurs et les collectionneurs, qui sont concernés. Les
21 scientifiques y consacrent aussi leurs recherches, occasionnellement,
mais plutôt davantage, aux mammifères.
2. I. 2. — Classifications et systématique
En ce qui concerne les documents ainsi rassemblés, il est
compréhensible que l'on soit passé d'un souci de classement à
celui d'une classification obéissant à une certaine logique.
Cela est à la base de la — ou des — Systématique.
Il est intéressant de remarquer que ces classifications reflètent,
en général, les diverses phases qui ont accompagné l'évolution
des idées en matière scientifique, ainsi que philosophique.
Si Théophraste (considéré comme à l'origine de la science
botanique), au De' siècle avant J.-C., classait ses végétaux
suivant les caractères les plus évidents de leur morphologie, à
partir de la Renaissance on constate que les critères se
"miniaturisent" de plus en plus, jusqu'à reposer, en définitive,
sur des données observables au microscope. Dans le même
temps, les milieux intellectuels — et les sociétés — passaient
d'une sensibilité marquée par le fixisme, à une époque dominée
par le rationalisme, puis aux bouleversements apportés par la
théorie de Darwin qui substitue une vision globale et
dynamique aux découpages du cartésianisme.
ème Jusqu'à Joseph Pitton de Tournefort, à la fm du XVII
siècle, les tentatives relèvent encore, toutes plus ou moins, de ce
que les botanistes désignent comme des "systèmes de
classification artificiels", reposant sur des ressemblances
grossières entre individus. C'est ainsi qu'Outre Manche John Ray,
Methodus plantarum amendata, fonde ses dans son ouvrage
classements sur les caractères des graines : monocotylédones et
dicotylédones. Ainsi que Tournefort, suivant une technique qui
restera utilisée pendant un siècle, s'attache plutôt à ceux que
présentent les corolles (mais, malgré cette rusticité des procédés,
il se situe à l'aube de la nomenclature binaire, appuyée sur les
noms latins du genre et de l'espèce, nomenclature dont la gloire
sera bientôt assurée par Linné).
Ce dernier, d'ailleurs, malgré le retentissement et la
pérennité de l'essentiel de son système, relève encore quelque
peu de la "classification artificielle" : il base la sienne sur le
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