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L'anesthésie-réanimation en France

De
336 pages
La réanimation fait partie intrinsèque de l'anesthésiologie. Ce sont en effet les méthodes utilisées par les anesthésistes qui ont permis les premiers succès de la réanimation respiratoire. Ces méthodes se sont rapidement appliquées à toutes les situations critiques mettant en jeu le pronostic vital, qu'elles soient d'origine médicale, chirurgicale ou traumatologique, faisant ainsi reculer à chaque nouvelle étape les limites de la vie. Mais aussi que d'obstacles à surmonter pour faire reconnaître aux anesthésistes-réanimateurs un statut à part entière.
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Chapitre XI La réanimation
Dans des circonstances aussi pressantes et quand la vie des malades dépend de la promptitude et de l’opportunité du secours, les médecins se feront une religieuse obligation d’apporter à l’exercice de leur art plus d’empressement encore que dans les temps ordinaires. La nuit et le jour ils seront toujours prêts. Rapports et instructions de l’Académie Nationale de Médecine sur le choléra-morbus 1831. François J. Double, rapporteur..
Chap XI
La réanimation moderne a une date de naissance précise : le 27 août 1952. C’est le jour où l’anesthésiste Bjrn Ibsen ventila une jeune fille qui se mourait d’asphyxie au cours d’une poliomyélite à forme bulbaire. De ce jour, il parut indispensable de prendre en charge la respiration des insuffisances respiratoires aiguës, quelles qu’en soient les causes, dès l’instant où elles apparaissaient réversibles. La réanimation moderne, c’est aussi, comme l’avait défini Jean Hamburger quelques années plus tôt, le maintien ou le rétablissement d’un équilibre du milieu intérieur aussi proche que possible de la normale. Pour y parvenir, il faut mettre en action des suppléances. La réanimation vise donc à se substituer aux organes défaillants par la mise en jeu de suppléances, qu’elles soient mécaniques, pharmacologiques ou autres. Cette conception et les techniques qui en découlent ne sont pas sorties brusquement du néant vers 1950 ; elles ont été l’aboutissement de deux démarches bien plus anciennes qui les ont précédées : 1°) la ressuscitation des noyés et des asphyxiés, ou ranimation; 2°) le maintien en survie des animaux de laboratoire. Plus tard, les développements chirurgicaux et anesthésiques aboutiront inéluctablement à des soins intensifs qu’en France on appelleréanimation.Première partie. Les origines de la réanimation moderne Ranimerest un vieux mot :c’est rendre à la vie, donner plus d’éclat et de force aux objets physiques. La pluie douce ranime les plantes, on ranime le feu qui s’éteignait(Littré). Très tôt on a établi la relation entre la respiration et la combustion. Cette e notion fut même, pour les chimistes du XVIII siècle, un des critères d’analyse des gaz : Priestley introduisait, dans les cloches où il recueillait lesairsqu’il avait produits, une bougie, une plante, un animal. Ainsil’air vital (le futur oxygène) entretenait la vie d’un petit animal et ravivait la flamme de la bougie. Notons que Littré ne donne pas le substantif correspondant. La ressuscitation fut appelée aussi ranimation, terme qui est resté consacré aux soins donnés à l’extérieur de l’hôpital et que l’on a pu longtemps apparenter au mot ‘secourisme’. Ranimation respiratoire. La ranimation des animaux de laboratoire Déjà les hommes de laboratoire pratiquaient régulièrement l’insufflation pulmonaire directe soit à l’aide d’un soufflet soit avec une seringue. Le plus illustre et sans doute le premier (mais y a-t-il un premier dans l’histoire de la médecine ?) fut le Flamand André Vésale (1514-1564) qui à l’aide d’un roseau placé dans la trachée et
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1 d’une seringue avait entretenu la respiration d’un chien . En 1814, Benjamin Collins Brodie (1783-1862) à Londres, put, par l’insufflation dans la trachée au moyen d’un  2 soufflet, maintenir en vie une ânesse à qui il avait injecté du curare . Magendie utilisait une seringue dont le corps introduit dans la trachée était perforé d’un petit 3 trou obturable au doigt . A sa suite, Claude Bernard (1813-1878) assurait au moyen du soufflet la survie de ses animaux de laboratoire curarisés, tout comme le feraient ses successeurs qu’il avait directement ou indirectement formés (voir chapitre VIII, la curarisation). Au décours des premières expériences avec les anesthésiques volatils, les animaux présentaient souvent des arrêts cardiaques. Plouviez, de Lille, 4 s’efforçait de les ramener à la vie : M. Plouviez (de Lille), après avoir prolongé les inspirations d’éther ou de chloroforme, jusqu’à la mort apparente des animaux qu’il soumettait à ses expériences, est parvenu, le plus souvent, en leur poussant de l’air dans les poumons au moyen d’un soufflet, comme cela se pratique dans l’asphyxie, à rappeler ces animaux à la vie. Il conseille de recourir au même moyen, pour l’homme, si des accidents pareils venaient à se manifester. Il ajoutait que l’insufflation avait pu prolonger des phtisiques : inutilement, l’un d’euxavait vécu 48 heures de plus qu’il ne devait vivre …Gréhant et Paul Bert avaient maintenu un chien sous un respirateur mécanique 5 pendant plus de dix heures . A la fin l’animal mourut mais, dit Paul Bert, … … on n’avait pas pris de précaution pour réchauffer et humecter l’air insufflé, dont la température était d’environ 12 °. Ceux qui travaillaient dans les laboratoires tout en pratiquant leur métier de médecin ou chirurgien, comme plus tard Tuffier, appliquèrent tout naturellement ces techniques à l’homme. L’asphyxie d’origine infectieuse Dans le traitement des asphyxies d’origine inflammatoire et infectieuse, les auteurs du Moyen-Age s’en rapportent toujours aux Anciens pour justifier leur technique. Gui de Chauliac, dans saGrande Chirurgie, citait Avicenne (en même temps qu’il invoquait les Latins et les Grecs) pour le traitement desesquinancies (maladies infectieuses du pharynx et du larynx, angines asphyxiantes). C’est soit letubagedu 6 larynx, soit la trachéotomie qu’il recommande selon les cas . 1 Vesalius A. De corporis humani fabrica. Libri septem. Basilae : J Oporinus ; 1543. 2 Brodie BC.Physiological researches. Note E. 1851 : 136. 3 Magendie F. Précis élémentaire de Physiologie. Paris : Méquignon & Marvis ; 1825. 4 Plouviez G. Chloroforme.Rev Med Franc Etrang1849 ; 98 : 264-265. Voir aussi : Quelques mots sur l’éthérisation en médecine. Sur les moyens de remédier aux accidents, Lille : Leleu ; non daté. 45 p. 5 Bert P. Expérience d’empoisonnement avec le curare.CR Soc Biol1868; S3, 9 : 174-175. 6 Chauliac (de) G. La Grande Chirurgie,1363. Edité par E. Nicaise, Paris : Félix Alcan ; 1890. p 159. Les deuxNdu motcannule rappelle qu’il s’agissait de petites tiges végétales creuses, lescannes, qu’on trouve dans le midi de la France.Esquinancie,mot du latin médical, du greckunaykê: collier de chien. Evoque l’étranglement du collier lorsqu’on tire sur la laisse.
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Et quelquefois, dit Avicenne, on doit y introduire une cannule faite d’or ou d’argent*, et semblables pour aider à la respiration. Or quand les esquinances sont plus véhémentes, et que les médicaments n’y valent rien, et on croit que le malade se perdra, Avicenne dit, que ce dequoy on espère qu’il euadera, est l’ouverture de la canne ou gargamelle(la trachée)et doit on faire le trouentredeux anneaux, tellement qu’il puisse haleiner : le laissant ouvert durant trois jours et non plus, jusques à temps que la malice du mal soit passée. Puis soit cousu et incarné.* La cannule peut estre faite courbe, laquelle sera mise en force dans le gosier. (…) Mais si l’étroitesse est sous le gosier, il faut mettre le tuyau dans la trachée, si faire se peut. Le chirurgien Pierre-Joseph Desault (1738-1795) utilisa, lui, des sondes œsophagiennes en gomme chez un blessé qui avait reçu un coup de feu par la bouche : c’est une fausse-route (felix culpa)qui le conduisit à penser, qu’introduites dans les voies respiratoires, elles pourraient soulager les patients souffrant d’esquinancies. On pourrait même, pourquoi pas, mettre deux sondes, l’une pour la 7 respiration, l’autre pour la nutrition . Il introduisit ensuite par la narine gauche une grosse sonde de gomme élastique garnie de son stylet …, l’enfonça jusques à la partie moyenne et postérieure du pharinx… Mais au lieu de suivre cette voie (l’œsophage), la sonde entra dans le larinx. On en fut averti par une espèce de gargouillement et par l’agitation de la flamme d’une chandelle présentée à l’ouverture.(…) L’utilité de ces sondes n’est pas bornée aux maladies qui empêchent la déglutition, elles pourraient être employées avec succès dans celles qui affectent les voies de la respiration toutes les fois que l’obstacle sera situé au dessus des bronches. Ne pourrait-on pas même, dans les cas où la respiration et la déglutition seraient empêchées en même temps, telles que certaines esquinancies, des plaies du cou où le larinx et l’œsophage auraient été atteints, passer une sonde par chaque narine et engager la première dans l’œsophage et la sonde dans le larinx. (On les fixerait au bonnet du malade … et on aurait bien soin de mettre en place à chacune un signe distinctif pour ne pas pousser l’injection dans celle qui répondrait au larinx). M. Desaux ne les a pas encore employées dans ce dernier cas, mais il se propose d’en faire l’essai à la première occasion favorable. e Au XIX siècle la laryngite diphtérique fut la principale indication de la trachéotomie. Le chirurgien Félix Caron (1745-1824), pour soutenir le séméiologiste F.J. Double qui préconisait la trachéotomie dans cette pathologie, alla jusqu’à 8 dire en 1812 , … … que le gouvernement devrait rendre responsable le praticien qui laissait mourir un enfant croupalisé sans avoir tenté la trachéotomie. Pierre Bretonneau (1778-1862), à Tours, la pratiqua chez les petits diphtériques et en  9 10 donna les règles . Armand Trousseau (1801-1867) en devint l’apôtre convaincu . Letubage inventé en 1858 par J. Eugène Bouchut (1818-1891) aurait pu être une alternative à une opération alors grevée d’une énorme mortalité parce que pratiquée
7  Desault PJ. Coup de feu par la bouche.J Chirurgie 1793 ; 1: 11-18. Voir aussi le traitement des esquinanciesin J Chir1796 ; 4 : 1793-96. 8 Le séméiologiste François-Joseph Double avait participé auConcours International sur le Traitement du Crouporganisé en 1807 par Napoléon à la suite du décès du jeune prince Louis de Hollande. Double y recommandait la trachéotomie. 9  Bretonneau P.Des inflammations spéciales du tissu muqueux et en particulier de la diphtérie ou inflammation pelliculaire. Paris : Crevot ; 1826. 10 Trousseau A.Mémoire sur un cas de trachéotomie pratiquée dans la période extrême du croup.J Conn Med Chir1833; 1 : 3.
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 11 à la période extrême du croupmais ce tubage fut condamné par Trousseau et ne revint en France que trente ans plus tard des Etats-Unis (cette affaire est traitée plus longuement au chapitre XIII, § I, Accès aux voies aériennes). On utilisa alors aussi bien des tubes courts rigides (tubage) que des sondes longues souples, urétrales ou œsophagiennes (intubation) que redécouvrirent, eux aussi, les chirurgiens.La noyade. Lesboîtes-entrepôtsLe motranimationété employé jusqu’à la moitié du vingtième siècle pour a désigner les tentatives de sauvetage des personnes noyées ou asphyxiées (ce mot est encore employé dans la réglementation du secourisme). La ranimation des noyés se e développa au XVIII et laSociété formée à Amsterdam en faveur des noyés, 1768, fut la première société de secours imitée dans de nombreux pays. On institutionnalisa les soins portés sur la voie publique aux noyés et aux asphyxiés. En France, le médecin Antoine Louis (1723-1792) fut en quelque sorte le théoricien de la noyade. Il démontra que c’était l’introduction de l’eau dans les poumons par des mouvements respiratoires qui était la cause de la mort. Il préconisait l’insufflation, le bouche-à-bouche plutôt que la trachéotomie (qu’on appelait à cette époque  12 bronchotomie) . Antoine Portal (1742-1832) refit les expériences de Louis et 13 confirma ses hypothèses et son mode de traitement . Le matériel Pour faciliter le sauvetage des noyés, les édiles municipaux firent installer au bord des fleuves le matériel jugé nécessaire, c’est-à-dire les stimulants, ainsi que les instruments d’ insufflation et de réchauffement et encouragèrent par des récompenses sonnantes et trébuchantes les personnes qui signalaient aux autorités un accident ou avaient sauvé un noyé. L’apothicaire Philippe-Nicolas Pia, ancien échevin de Paris, fit disposer bénévolement (la seule récompense qu’il retire de sa découverte, est de jouir en silence du plaisir d’avoir été utile à la société) sur les bords de la Seine desboîtes-entrepôtscontenant tout le matériel et son mode  14 d’emploi pour secourir les noyés . Ces boîtes contenant un matériel jugé précieux n’étaient pourtant pas fermées à clé, afin de ne pas perdre de temps au moment de porter secours.
11  Bouchut E. Du tubage de la glotte par la dilatation forcée du larynx pour la guérison du croup.Bull Acad Med1858; 22 :1160. 12 Louis A. Mémoire sur la bronchotomie. Mémoire de l’ Académie Royale de Chirurgie1768 ; 213 Portal A. Instructions sur le traitement des asphyxiés par le méphitisme, des noyés et des enfants qui paraissent morts en naissant.Paris : An IV. 1 vol. in 8°. Un premier ouvrage paru vers 1880 eut jusqu’à six éditions. 14  Pia PN. Lettre à l’auteur de ce recueil. Observations de la physique.L’histoire naturelle 1775 ; 5 : 398-405. Voir aussi :Manière méthodique d’administrer aux noyés les secours qui peuvent leur être utiles pour les rappeler à la vie lorsqu’ils paraissent l’avoir perdue, pourvu qu’il reste en eux un principe d’existence quelconque, quand même il ne serait pas évident. Paris : 1778, 1 vol.In-12°. Avec J.J. Gardanne, Pia est l’auteur d’unAvis au peuple, publié en 1774 par ordre du gouvernement sur les moyens de prévenir et de remédier à ces accidents.
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