L'énigme de la Vénus hottentote

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Fabuleuse aventure que celle de la Vénus Hottentote, de son vrai nom Sarah Baartman. Jeune africaine aux formes hallucinantes, arrachée à son pays natal par deux escrocs qui, en 1810, vont l'emmener à Londres puis à Paris pour l'exhiber comme une bête de foire, un Elephant man au féminin. Exploitée dans des conditions sordides qui donneront lieu à un retentissant procès, elle enflamme le monde scientifique et devient célèbre avant de mourir, en 1815. C'est alors que commence pour elle une surprenante destinée posthume.
Récupérée par les savants de l'époque, son corps difforme sera moulé et exposé au Muséum, puis au musée de l'Homme à Paris où la Vénus excitera la curiosité de plusieurs générations de visiteurs. Et voici qu'aujourd'hui, près de deux siècles après sa mort, un nouveau rebondissement relance les mésaventures de Sarah Baartman ; des ethnies sud-africaines exigent la restitution de ses restes afin de les inhumer dans son pays d'origine. L'Hottentote est devenue l'enjeu d'un imbroglio diplomatique entre la France et l'Afrique du Sud.
Une histoire fascinante dont le dénouement est encore incertain.

Gérard Badou est écrivain et journaliste. C'est au cours de l'une de ses enquêtes qu'il a découvert l'odyssée de Sarah Baartman.
Publié le : mercredi 8 mars 2000
Lecture(s) : 31
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709639811
Nombre de pages : 203
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Prologue
I. L’enfant de Bonne-Espérance
© 2000, éditions Jean-Claude Lattès.
978-2-709-63981-1
DU MÊME AUTEUR
L’Etat de santé, Buchet-Chastel, 1985.
 
Les Nouveaux Vieux, Le Pré-aux-Clercs, 1989.
 
Le Corps défendu, Jean-Claude Lattès, 1994.
 
Histoires secrètes de la Psychanalyse, Albin Michel, 1997.
A Françoise
Remerciements
Portes closes et bouches cousues...
Les voies conduisant à l’histoire de Sarah Baartman se sont révélées tortueuses et encombrées d’obstacles inattendus. Ma gratitude va à celles et à ceux qui m’ont aidé à faire sauter quelques verrous et qui m’ont guidé vers les bonnes sources. Merci à Francine N’Diaye, Marie Mauzé, Michel Izard, François-Xavier Fauvelle, Christophe Reilhac, Frédéric Couderc... Et à quelques autres.
« L’expérience nous prouve, malheureusement, combien il faut de temps avant que nous considérions comme nos semblables les hommes qui diffèrent de nous par leur aspect extérieur et par leurs coutumes. »
Charles Darwin, 1871.
« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. »
Claude Lévi-Strauss, 1987.
PROLOGUE
UCUN des visiteurs du musée de l’Homme n’a pu rester insensible à la vision de la Vénus Hottentote, cette Africaine statufiée dans son moulage de plâtre brun. D’un réalisme tel que certains crurent y voir un vrai corps naturalisé, une momie rembourrée. Le visage, surtout, est bouleversant, les yeux fermés sur une douleur muette. La bouche entrouverte, exhalant un dernier souffle, interminable. Bizarrement, c’est ce visage — celui d’une morte — qui semble donner vie à ce corps jadis moulé à même la peau du cadavre. Lourdes mamelles en forme d’outres, pendantes. Hanches aussi larges que des calebasses. Croupe sidérante, prolongeant la silhouette par une protubérance aussi massive qu’un monstrueux balluchon de chair. Et, dissimulé entre les cuisses épaisses, le sexe, mystérieux, pendouillant comme une chair molle.A
Autant d’énigmes dans cette sombre nudité qui fascine les regards et trouble les esprits. Gênés, les enfants rient, et les parents ronchonnent. A leurs yeux, il s’agit là d’un monstre, au sens banal du terme : un être anormal, une aberration de la nature. Mais, à l’inverse d’une répulsion, c’est une attraction qu’elle exerce sur le public, éveillant au tréfonds de l’esprit d’autres images, immémoriales, découvertes dans les cavernes de nos lointains ancêtres, ces « Vénus callipyges » aux formes abondantes, et dont la signification échappe aux savants : représentation de la déesse Mère ? Figure de la femme essentielle ? Symbole de fécondité ? Archétype du désir sexuel ? Simples objets érotiques ? Toute cette gamme d’interprétations incertaines ne fait qu’accroître le mystère. Or, la même équivoque émane de la Vénus Hottentote, plantée là, debout, en grandeur nature, extraordinairement présente. Et d’autant plus troublante qu’elle est noire, africaine, plus qu’étrangère : exotique ! Donc définitivement autre.
Telle est la configuration des traits génétiques, anatomiques et ethniques qui déterminent l’identité de ce personnage insolite. S’y ajoutent les caractéristiques des lieux et des temps qui l’ont vu naître, en 1789.
En cette fin du XVIIIe siècle, la pointe extrême de l’Afrique australe était le théâtre des violences qui opposaient les Noirs aux colons hollandais, les fameux Boers. L’asservissement aux Blancs était souvent le seul moyen d’échapper au massacre. Ainsi la future jeune « Vénus », esclave de la crainte, fit-elle l’apprentissage de la soumission.
Telle est la cruelle conjonction des faits qui président aux destinées de cette bizarre créature, apparemment condamnée à n’être qu’un objet de curiosité. Et cela au-delà même de sa mort, lorsque l’on a fait de son moulage une pièce de musée, flanquée de son propre squelette, comme sur ces tableaux anciens appelés « vanités », par lesquels les peintres exprimaient la précarité de la jeunesse promise aux inéluctables ravages du temps. Allégorie dérisoire car, en l’occurrence, cette femme contrefaite ne prétendait évidemment pas incarner la beauté, du moins aux yeux des Européens. Voici l’impitoyable description qu’en donnait déjà, de son vivant, en 1810, un observateur anglais nommé Bernth Lindfors :

Ses traits les plus caractéristiques concernent surtout son énorme derrière et l’élongation de son « tablier génital », particularités anatomiques qui la rendent plus proche des babouins que des êtres humains.

A lire ces mots que personne n’oserait plus formuler aujourd’hui, on peut imaginer les sarcasmes qui accablèrent cette pauvre fille affublée du titre de « Vénus », le summum de la dérision ! Mais aussi, quel titre de gloire ! A vingt ans, la Vénus Hottentote accédait à une imprévisible célébrité. Son nom s’affichait en lettres capitales sur les murs de Londres et il défrayait la chronique dans la presse britannique. A Paris, des enseignes de boutiques à la mode seront peintes à son effigie et, sur les grands boulevards, le théâtre du vaudeville consacrera sa renommée. Comment en est-elle arrivée là ? Par quel prodige une sauvageonne aux formes grotesques, soumise à un quasi-esclavage dans la brousse sud-africaine, a-t-elle pu accéder à une telle notoriété dans deux des plus grandes capitales d’Europe ? Epoustouflante destinée qui s’achèvera sous le scalpel de Georges Cuvier, l’un des plus grands savants de l’époque. Ainsi la Vénus Hottentote continuera-t-elle d’exciter les fantasmes de plusieurs générations de curieux émoustillés par son étrange physionomie.
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