L'équivocité vive

De
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Au cœur de cette réflexion se trouve la question de la représentation du vivant : aujourd'hui, vivre ce n'est plus seulement résister à la mort, selon le mot de Bichat, ou sélectionner c'est-à-dire conserver des variations "utiles" dans un contexte donné, selon la théorie darwinienne de l'évolution, mais aussi être capable de faire usage de la mort, de
négocier en permanence avec elle en ne cessant à la fois de l'initier et de la suspendre.
Publié le : mardi 1 avril 2008
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EAN13 : 9782296194946
Nombre de pages : 334
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L' éq

u ivocité Vive
du Vivant

Une nouvelle représentation

Epistémologie et Philosophie des Sciences
Collection dirigée par Angèle Kremer-Marietti La collection Épistémologie et Philosophie des Sciences réunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier les concepts et les théories scientifiques, et offrant le travail de préciser la signification des termes scientifiques utilisés par les chercheurs dans le cadre des connaissances qui sont les leurs, et tels que "force", "vitesse", "accélération", "particule", "onde", etc. Elle incorpore alors certains énoncés au bénéfice d'une réflexion capable de répondre, pour tout système scientifique, aux questions qui se posent dans leur contexte conceptuel-historique, de façon à déterminer ce qu'est théoriquement et pratiquement la recherche scientifique considérée. 1) Quelles sont les procédures, les conditions théoriques et pratiques des théories invoquées, débouchant sur des résultats? 2) Quel est, pour le système considéré, le statut cognitif des principes, lois et théories, assurant la validité des concepts?

Dernières parutions Saïd CHEBILI, Une histoire des critiques philosophiques de la psychologie,2008. Lelita OLIVEIRA BENOIT, Sociologie comtienne: genèse et devenir, 2007. Jean-Pierre COUTARD, Le vivant chez Leibniz, 2007. Joseph-François KREMER, Les formes symboliques de la musique, 2006. Francis BACON, De la justice universelle, 2006. Léna SOLER (dir.), Philosophie de la physique,2006. Robert PALEM, Organodynamisme et neurocognitivisme, 2006. Christian MAGNAN, La science pervertie, 2005. Christian MAGNAN, La nature sans foi ni loi, 2005. Lucien-Samir OULAHBIB, Méthode d'évaluation du développement humain, 2005. Zeïneb Ben Saïd CHERNI, Auguste Comte, postérité épistémologique et ralliement des nations, 2005. dans la logique Pierre JORA y (dir.), La quantification moderne, 2005.

Laurent

Cherlonneix

L' éq

u ivocité Vive
du Vivant

Une nouvelle représentation

L'Harmattan

DU MÊME AUTEUR

Nietzsche: santé et maladie, l'art, Paris, philosophique, 2002, 322 p. (vol. 1)

L'Harmattan, colI. L'ouverture

Philosophie médicale de Nietzsche: la connaissance, la nature, Paris, L'Harmattan, colI. L'ouverture philosophique, 2002, 226 p. (vol. 2) Philologie de Nietzsche: attentat de la pensée ou maladie? « Introduction aux leçons sur Œdipe Roi de Sophocle» & « Introduction à l'étude de la philologie classique », introduction, traductions, notes et présentations, à paraître

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com di ffusi on, harmattan@wanadoo,fr harmattan I @wanadoo,fr

ISBN: 978-2-296-05340-3 EAN : 9782296053403

«

La définition

qui se définit elle-même
est celle que recherche Nicolas

et définit
toute

toutes choses intelligence. »

de Cues

Ouvrage issu de recherches au Centre Marc Bloch et à l'Institut Max-Planck en histoire des sciences de Berlin, publié avec le soutien des Fondations Thiers (Institut de France et CNRS), Maison des Sciences de l'Homme de Paris et Fritz Thyssen de Cologne

CONSEIL

Un dictionnaire des termes faisant notions sans

en fin d'ouvrage techniques notamment

offre à la lectrice ceux de nature

ou au lecteur biologique.

les définitions Il introduit ce

à un réseau de la biologie majuscule

de concepts cellulaire

permettant contemporaine.

de s'initier

aux principaux

objets et avec ou etc. y est au plus

La règle pour l'écriture survie, mort, Mort

des mots: Toutefois

Vie,

vie, surVie,

également

formulée.

les sections

3, 4 et 5 du chapitre

quatre,

proche des modèles Celui-ci peuvent

de la biologie,

demeureront

arides pour tout non biologiste. plus autonomes, au dictionnaire 1 & 2 du chapitre

pourra peut-être être abordés

en faire l'économie. par tout lecteur

Les autres textes, de se reporter

acceptant

s'il en a besoin.

Il s'agit des chapitres

trois & cinq, des sections

quatre ainsi que de l'ouverture

& de la conclusion.

OUVERTURE

Nous

Vivons

des temps connaît

exceptionnels. actuellement d'une réflexion et les

Épicentre

d'un

phénomène métabiologique

qui la qui la

dépasse, propulse du Vivant

la biologie

une révolution affectant

aux avant-postes que le sens théoriques

aussi bien notre conception de la Vie humaine. Les

représentations

conséquences sentir cancers, philosophie, Contre aussi

et pratiques

de ce changement que dans les stratégies de la biologie

se font et se feront de guérison des

bien sur notre longévité

aussi

bien sur le développement

que sur celui de la sociales. mais aussi

de la théologie

mais aussi de l'éthique à travers mythe l'histoire toujours

et des sciences de la philosophie Vivace

le fil rouge que constitue occidentale l'ancien

de la science

de la vie sans mort, affaire à la

nous commençons suspension des
«

de comprendre à l'initiation

que la Vie a en permanence est plongée intranucléaires

comme

de la Mort, que celle-ci moléculaires et même

au centre (de la
» à

activités

intracellulaires,
nucléique»
cellulaire

réplication

à « l'expression
»

génétique
«

», de la « différenciation
»

la « reproduction

et à la

régulation

de tous

ces

phénomènes)

caractérisant métaphysique retrouve

classiquement qu'elle paraisse,

la Vie la question

- des

bactéries

à l'homme.

Aussi

de la ou des définitions Nous sommes

de la Vie se les témoins Ce

donc au centre

de notre contemporanéité. en profondeur

d'un changement bouleversement

touchant

nos représentations

du Vivant. en biologie

est notamment

lié à la montée en puissance

et dans »,

les sciences
d'.. apoptose

médicales
ballet

des notions
moléculaire

de
dont

..

Mort

cellulaire

programmée

», mais aussi de .. nécrose

programmée l'enjeu

», lesquelles

font de toute son

Vie un équivoque renouvellement

est sa continuation, Nous savons

ou l'auto-initiation chaque

de sa disparition.

par exemple normale les

que nous détruisons plusieurs milliards

jour activement cellules.

et de façon

parfaitement

de nos propres

Des protéines

- notamment

9

cas pas es - et bien d'autres
«

« signaux»

ou molécules

(comparables

à de
«

microscopiques
»

paires de ciseaux ») sont continuellement et de l'extérieur
(notamment

en train de

tenter

d'initier

de l'intérieur
les maladies
»

de nos cellules
ces mêmes certaines contre

leur auto-effacement
effets. De même la ou même la bactéries)

tandis que d'autres lutte contre
«

suspendent

en permanence

régulation

de populations

cellulaires

supposent

non seulement
la faculté disparaître. d'initier

une faculté
chez les le

cellulaire autres combat acquièrent l'extérieur

de se faire disparaître leur propre capacité contre la maladie

mais également

à se faire eux-mêmes mais l'autorégulation une nouvelle

Non seulement

cellulaire

la moins pathologique il ne s'agit pas «de faculté

de nos jours » de tuer l'autre laquelle

signification:

mais d'exploiter appartient

sa plus propre et primordiale

à s'auto-effacer, qu'à chacune l'histoire

aussi bien aux pathogènes le développement de populations

(les microbes) individuel est

de nos cellules.

L'ontogenèse,

de l'initiation

de la Mort cellulaire initialement nous apprend formés

entières

de cellules

(50% des neurones formation Ameisen du fœtus

sont ainsi supprimés et immunologiste

au cours de la Jean-Claude à la mort, à l'inexorable selon une de et

le médecin

l

Vivre n'est plus seulement formule

une entreprise

de résistance

selon la célèbre augmentation formulation mutations

de Bichat, ou d'extorsion vers un maximum

de néguentropie de dispersion,

du désordre plus physique,

ou de sélection

c'est-à-dire donné,

de conservation selon le darwinisme

ou variations

conformes

à un contexte

le néodarwinisme,

mais aussi une capacité
»

à continuellement

faire usage de la

Mort, à la
après

«

réguler

en ne cessant de la bloquer mais aussi de l'initier. Notre Elle tient à
d'inhibition)
«

existence est ainsi de plus en plus étonnante.
seconde (des et depuis «protecteurs» des milliards protéiques ou facteurs
«

l'action

»

- seconde
facteurs en », des
de

d'années

- de multiples

qui répondent

permanence
« activateurs» transcription

en les bloquant à des
(ce
»

exécuteurs
par

», des « anti-protecteurs
exemple des «facteurs

sont

des

protéines,

de l'ADN

en ARN messager).

Mais elle dépend

aussi de notre

1

La sculpture

du vivant,

Paris,

Le Seuil,

[1999],

2003,

p. 88.

10

faculté

à transgresser

la suspension

de la Mort,

donc

à lever

la suspension

d'activité
«

des

«

activateurs

" et à provoquer
de cellules

ainsi l'élimination

des cellules

dites cas la de

inutiles

", « défectueuses" l'élimination

voire « dangereuses" tout

et même, dans certains à fait nécessaires et dont

non souhaités, disparition

sera signe de maladie immunitaire, humaine), CD 4).

(telle dans le cas du sida l'auto-élimination du célèbre rétrovirus

notre système l'immunodéficience des récepteurs

sous l'emprise

VIH (virus de T dotés

avec l'auto-élimination

des lymphocytes

C'est la raison pour laquelle dialectique biologie cessent Vie-Mort.

la Vie doit aujourd'hui en effet d'une

être comprise espèce

au sein d'une inédit en

Elle répond

de ballet

mais bien connu au cinéma, de s'accorder et s'opposer

dans la littérature, représentants

le théâtre,

l'opéra

où ne

ou signaux et d'initiation

de Vie et de Mort. de la Mort qui et de la temps

Elle relève s'articule

d'un jeu permanent

de suspension

aux phénomènes cellulaire.

conservatoires Le concept

classiques

de la prolifération complète en même

différenciation

de dialectique

qu'il entre en résonance maladie voudraient proposée toutefois dans

avec la dialectique deux ouvrages

nietzschéenne précédents.2

de la santé et de la Les pages qui suivent

manifester

que la dialectique

définit un ballet extra-médical où mutuellement
«

ou non réduit complètent
«

au médical

où s'harmonisent et s'affrontent

et s'inhibent,

se
»

et s'activent
de Mort ».

et se bloquent

signaux

de Vie

et

signaux

Une telle perspective de rendre concept Descartes, métabiologique ne pas concerner Spinoza, histoire,
2

sur une notion aussi massive ultérieurement, l'histoire une relecture

et actuelle

ne manquera

pas du

nécessaire, de Vie dans

et une mise à l'épreuve A côté d'auteurs

de la philosophie.

comme

Schopenhauer

ou Nietzsche,

son développement

à la lumière

de la philosophie Héraclite, Kant,

de la Vie qui apparaît le stoïcisme, par ailleurs

de nos jours ne peut pas Nicolas de Cues,

Aristote, Hegel.

l'épicurisme,

Leibniz, si nous

Sans

se restreindre

à une telle du statut des

connaissons

aujourd'hui

un bouleversement

Vol. 1 : Nietzsche: santé et maladie, l'art, Paris, L'Harmattan, 2002, 322p., vol. 2 : Philosophie médicale de Nietzsche: la connaissance, la nature, Paris, L'Harmattan, 2002, 226 p.

11

phénomènes relativiser lointains.

Vitaux un certain Ceci

cela

ne peut

manquer

de renverser héritées

ou du moins récents

de ou tels

nombre

de perspectives

de passés grands

concerne

en premier
«

lieu certains
»

biologistes,

l'essentiel
Hugo auteur

et incontournable
théorie Dawkins,

co-inventeur

de l'évolution

Charles Darwin, tel
Weismann, et tel plus et

De Vries, d'une

le père de la théorie sur l'immortalité

de la mutation, potentielle

tel August

des unicellulaires

récemment donc

qui fait du gène le facteur l'absence d'harmonie

sur lequel opère la sélection préétablie avec certaines de ces nouvelles

l'évolution.

Mais biologiques aussi

considérations passé concerne synonyme

et métabiologiques le platonisme elle-même), (qui

rémanences Nodier

du un

est selon

Luc-Marie

de la philosophie

Heidegger, besoin

qui croit pouvoir Michel

se passer Henry, qui

pour l'essentiel hérite du mythe tort Bergson prescience élément s'agisse sociologue
projet

de la Vie tout en ayant de l'immortalité,

de la Mort,

ainsi que Georges

Canguilhem et le Mouvant à l'élan

qui critique celui-ci

à
a la

au moment de reconnaître

précis où dans La pensée une essentielle finitude

vital.4

Un autre Qu'il ou du d'un

caractérise du naturaliste

la proposition Darwin,

vers laquelle

nous nous acheminons. Michel Morange vis-à-vis

du biologiste

et historien

transdisciplinaire

Edgar Morin, tous ont des réticences
que

de définition

de la Vie - bien

tous soient en fait absorbés par un tel
naturelle. Michel Morange telles celles du pouvoir complexes et -

propos et que tous au fond proposent une telle définition. Ainsi Darwin définit la
vie comme qui préfère un processus réserver d'évolution par sélection la notion de définition - la définit possédant métabolique Edgar Morin, à des entités théoriques

des mathématiques de reproduction une activité structures.5
3

de fait comme

une entité détentrice moléculaires

en outre des structures intense méfiant conduisant à l'égard

à la réplication
de tout
«

de ces mêmes maître
»

concept

et en

Anatomie du Bien, Explication et commentaire des principales idées de Platon concernant le plaisir

et la souffrance, la bonne façon de vivre, et la vie en général, Paris, La Découverte/MAU.S.S., 1995. L'Esprit Matériel, Nouvelle anatomie où l'on profane et décrit par le menu les derniers secrets de Platon, Paris, L'Harmattan, L'Ouverture Philosophique, 2006.
4

Etudes d'histoireet de philosophiedes sciences concernantles vivantset la vie,cf. Le concept et
Vrin, 2002, p. 353sq.

la vie, Il, Paris,
5

La vie expliquée?

50 ans après I a double hélice, Paris, Odile Jacob, 2003, p. 174 & 176sq..

12

même temps obsédé

par la Vie, la caractérise

comme

l'unidualité

du phénotype comme

(une forme) et du génotype (un « patrimoine»
système de systèmes de systèmes?

génétique)6

ou encore

Dans ce contexte, je propose d'assumer

clairement le projet de définir la Vie que le naturaliste, le biologiste ou le sociologue transdisciplinaire se refusent à assumer tout en le mettant en

permanence plus ou moins clandestinement en œuvre.
informée
maintenant scientifiques

Si la philosophie

-

par la connaissance
les problèmes désormais par abordent

scientifique
excellence

nécessaire
philosophiques

- n'assume
que que fera-t-elle

pas
et

certains

de plus en plus ouvertement,
«

que lui restera-t-il savoir
Marek
»

à dire?

Si

le vide barbare dans l'organisation
«

de notre

(selon l'expression

de Morin),

le vide idéologique»
(selon

laissé par le pur
l'immunologiste - Par des

développement

des concepts

technico-scientifiques par la philosophie, à la philosophie nécessaire

Los) n'est pas habité qui s'intéressent ».8 Ce qui

par qui le sera-t-il? ou par des et stimulant

scientifiques sauvages remplacer

«philosophes ne saurait prenne son

est certes

mais

la tâche du philosophe. de la biologie,

Il faut donc que la philosophie non seulement pour apprendre

envol en direction

et tenter avec cette dernière à neuf du est la

elle d'analyser, de comprendre,
ou certains de ses aspects sa plus propre monde spécificité

de récapituler voire de « clarifier»
proposer

les plus novateurs,

mais aussi pour reprendre une représentation Quelle

tâche à elle la philosophie: une fois encore:

et demander

qu'est-ce

que l'homme? de pensée?

de la Vie humaine

en tant que Vie douée

Mais aussi à ce qui est

et plus généralement: Mort?

quelle est la spécificité

de la Vie par rapport

Par rapport aux phénomènes à ce qui est purement Qu'est-ce

de la Mort qui sont en Elle? matériel ou, dit-on encore,

Ou par rapport Qu'estsont jadis

à l'abiotique,

inanimé?

ce que la Vie? leurs
6
7

que la Mort? est-il

Quelle vraiment

est leur parenté? restreint

Quelles

différences?

Le Vivant

aux frontières

La Méthode
La Méthode
système interrelation,

2, La Vie de la Vie, Paris, Le Seuil, 1980, p. 124.
1, La Nature
de systèmes; & 99. p. 101

de la Nature,

Paris,

Le Seuil,
désigne une

1978,
unité

p. 99. La nature
globale constituée

elle-même
par des

est définie
éléments

comme en
8

et le système

Edgar

Morin,

La Méthode

3, La connaissance

de la connaissance,

Paris,

Le Seuil,

1986,

p. 21.

13

prescrites minéral? biologie

par une biologie A l'heure synthétique

fondée

sur la distinction

de l'organique au moment

et du où la de

de l'auto-démantèlement prépare les conditions
«

des cellules, de possibilité

pour la fabrication

futures synthèses de cellules
aussi sûrs que le mécanique Mort et le Mort hors la Vie? aussi langue faudrait science originaires et d'une les affilier et premières classification

Vivantes et artificielles », sommes-nous toujours
l'inorganique inanimé, l'inanimé sont d'une il ou ces questions En s'inspirant

est inorganique,

- On le sent immédiatement, que fortement proposées actuelles.

autrefois

par Christian générale,

von Wolff,

non plus à une métaphysique

à une ontologie naissante

de l'être en tant qu'être

mais plutôt à une métabiologie qui se posent

et qu'il parce

s'agit de faire croître. qu'elles

Il s'agit de questions siennes

à la philosophie

sont originairement en outre

et aujourd'hui

plus que jamais. ultérieure qu'apparaisse d'une future

Elles constituent éthique

le préréquisit

à l'élaboration

- aussi urgente

et nécessaire

voire prioritaire

aujourd'hui

cette dernière. qu'il convient profondeur secondaire

C'est au nom même de l'éthique, de mettre le Vivant. en question Nous même l'idéologie

sans préjuger du contrôle peut

de son contenu, en ou une

en interrogeant paraître abstrait

n'ignorons

pas qu'il

et peut-être alors

inutile de chercher

à emprunter

aujourd'hui

telle direction, l'espèce précédent

que les techniques des choix

de manipulation urgents

des gènes

placent sans la

humaine

devant

cruciaux,

et des problèmes kantien d'associer

et alors que menace les visions

toujours

l'ancien

interdit

métaphysique,

du monde,

et la science,

la connaissance.

A quoi bon,

de ce point de vue, poser des questions les poser sans jamais déjà possible son dynamisme y pouvoir répondre

si vastes si l'humanité de façon assurée? scientifique

n'a cessé de se - Ce à quoi il est lui-même puise et

de répondre

que le questionnement continuel

dans le renouvellement ne rend tellement et son attrait,

de ses propres

théories

qu'un tel renouvellement au contraire excellence fondamentales sa vigueur Vivant.

pas vain la science faisant d'elle

qu'il en constitue par

un phénomène

En réalité,

de l'affrontement

avec les deux

questions

couvées

en particulier

par les neurosciences

et la génétique

14

moléculaire l'éthique général.

dépend médicale, Ces deux

au contraire de l'éthique questions

l'ensemble appliquée sont,

du questionnement à la recherche

relevant

de en plus

et de l'éthique les

je le répète, quelle

les questions

fondamentales. humaine

La première

demande:

est la spécificité Qu'est-ce

de la Vie

en tant que forme de Vie douée de pensée? demande: par rapport quelle est la spécificité à ce qui est Mort? à l'élaboration conditions aussi

que l'Homme? à l'inanimé, - Ce sont là où ils en

La seconde c'est-à-dire autant

de la Vie par rapport que la Vie?

Qu'est-ce

de préalables les ultimes

de toute éthique de possibilité. actuelles

dans la mesure

constituent durable nécessaire, insuffisamment

A défaut

d'un affrontement l'éthique

avec ces questions urgente

qu'originelles,

-

aussi

et légitime

soit-elle

- ne peut

que croître

sur le fond pas souvent de

examiné

de sa propre

possibilité.

Ne risque-t-elle

de ce point de vue de se déployer

dans l'orbe qui n'est certes

pas illégitime

ce que Descartes nommait sa
morale réclamé comparable que plus tard?

«

morale par provision»
sur un salaire

? S'agirait-il alors d'une
être pleinement d'une comme de de procéder présupposer,

à un acompte

qui ne saurait

Ne risque-t-elle

pas surtout devrait

instrumentalisation simple dépendance

d'elle-même morale

en tant qu'elle

voire juridique

de la technique,

la possibilité

J'encadrement pas cela l'examen éthique même

de la Vie humaine qu'il convient évoqué

et plus généralement au contraire peut de mettre

du Vivant?

Et n'est-ce Seul

en question?

fondamental dans la mesure

véritablement

préparer

une éventuelle de la Vie douée à et

où se mettre en quête de la spécificité de celle du Vivant

de pensée demander:

et, pour commencer, qu'est-ce

c'est aussi se préparer pour la Vie humaine

qui fonde exactement

notre respect

pour la Vie en général? Notre éloignement vis-à-vis du dédain ou de l'ignorance pouvoir de certains philosophes est

qui se sont intéressés devenu chance
A

à la Vie en croyant

se passer

de la biologie

grand.

Les circonstances la signification
de

nous séparent

aussi de ceux qui n'ont eu la
«

de connaître

Vive de la Mort cellulaire
de près et

programmée exploiter

».

l'inverse,

il convient

s'intéresser

d'oser

15

philosophiquement les concepts,
biologie cellulaire a récemment ses propres disciplines.

les modèles, découverts,

tous ces ballets protéiques proposés et imposés la biologie

que la de

à l'intérieur

Que la science avec la nature

et notamment

aient quant à posées, trop

elles des problèmes qu'un certain vastes, légitimée scientifiques Morange

holiste

des questions les contraigne

à l'instant

réductionnisme

méthodologique mais n'enlève

à les déclarer

cela est compréhensible ainsi qu'il tels a déjà

rien à leur nécessité, ouverture

d'ailleurs de certains Michel

été dit par l'exemplaire en France Jean-Claude

actuellement Chapouthier.

Ameisen,

ou Georges

Bref, les temps une clarification sciences

sont mûrs pour une véritable épistémologique mais

interdisciplinarité

métabiologique, collégiale des

aussi une discussion de la nature

humaines

et des sciences

et un accomplissement de Vivre », fût-elle à

philosophique

de la révolution

copernicienne

qu'il nous est donné

partir de son épicentre
copernicienne, cernée a souvent par la mort comme

biologique.

La référence

à la
planètes

«

révolution

été galvaudée.

Elle est pertinente

ici : la Vie, autrefois et le soleil, accomplit chose de la Vie.

la terre par les autres

désormais

son thanatocentrisme.

La Mort est devenue

quelque

16

METABIOS

Chapitre

premier

LA NÉGATION

VIVE

o 'un

ancien monde (...) la production et l'extinction des habitants passés et " présents du globe sont le résultat de causes secondaires, telles que celles qui déterminent la naissance et la mort de
l'individu.
»

Charles Darwin'

La Mort est un fantôme qui a hanté la « biologie» bien avant que ne naisse la
biologie moderne. En vérité, elle angoisse la Vie depuis
«

l'aube

de l'aube.

Pourtant si de tout temps les poètes s'en émeuvent

les biologistes ne savent

en réalité qu'en faire. ,,2 Aujourd'hui, après Sade, après la Terreur, après Schopenhauer, après Nietzsche, Bataille et Heidegger - sans évoquer le encore comme une XXème siècle ou même le christianisme -, le biologiste François Jacob ne semble guère éprouver de difficulté à la présenter
«

bizarrerie

»3.

De façon plus générale la modernité scientifique n'est peut-être à

l'origine rien d'autre que le geste naïf et persévérant de frontalement s'opposer à Elle. Le «principe cartésienne d'inertie» - fondateur de la modernité, elle-même et la supposée directement liée à l'émergence de la science moderne - constitue la tentative d'importer en physique l'antique permanence
« (...) »

incorruptibilité du supra-terrestre: est, pendant que rien ne le change
(la physique) des Principes

chaque chose demeure en l'état qu'elle
Selon lui il n'y a donc pas dans les

est-il écrit à l'article 37 de la seconde partie

de la philosophie.

1 (Je souligne.) L'Origine des espèces, éd. Daniel Becquemont, trad. E. Barbier sur la base de la 1ère édition de 1859, Paris, GF-Flammarion, 1992, chapitre XIV:" Récapitulations et Conclusions »,

p. 547. Les chapitres 1 & 2 du présent ouvrage constituent la refonte et le développement d'un article « De la vie sans mort à la Vie en suspens, déclenchement et répression de l'apoptose neuronale», 2004, Bulletin d'Histoire et d'Épistémologie des Sciences de la Vie 11 (1) : 117-139. Ces analyses ont par ailleurs été traduites pour deux des quatre sections d'un article soumis pour 2 Jean-Didier Vincent, Qu'est-ce que l'Homme?
3

publication: « Life-related consequences of self suspension philosophic and historic view on programmed cell Death ».

and initiation of cell Death - a

Paris, Odile Jacob, 2000, p. 271.

La Souris, la Mouche et l'Homme, Paris, Odile Jacob Poches, 2000, p. 40. 19

choses viendrait matériel. matière stable

matérielles

d'autre

principe

de changement

ou d'usure

que celui qui à tout système de la plus un

de l'extérieur modifier
Transmutée est donc chargée

l'état de stabilité

en soi inhérent terrestre,

en une sorte d'immortalité de présider

la permanence décrété réaliser

aux destinées

d'un ici-bas censé

que les dieux d'Epicure, équilibre
»

dont le corps

était pourtant

perpétuel

entre pertes et gains atomiques.
«

Il se pourrait

toutefois

qu'un

tel
cas

«

équilibre
l'ouverture

antique et un tel
à une

bricolage

»

soient finalement plus proches de
L'article 37 contient en tout de non
«

nous que la stabilité

sans faille du principe application

d'inertie.

extra-physique

de ce principe

corruptibilité
même.
,,4

physique. A titre de justification
masse de matière demeurera

ultime, il est écrit que:

(n.) rien de soiou

ne se porte par l'instinct de sa nature à son contraire, De même qu'une extérieur

ou à la destruction

dans J'espace, sans frottement

sans facteur

d'altération,

en l'état qui est le sien si elle est

sur place, ou continuera ledit espace, mort. causée Celle-ci

à l'infini son trajet si elle est lancée en ligne droite dans vivant,

de même dans le monde ne peut être qu'un agression

il n'y a pas de principe interne de
une usure ou une blessure à la nature du vivant en cause. devant la conscience intime du sous les Xavier

dérèglement,

par quelque

en soi extérieure la même angoisse

Le même effort - en réalité fait que les choses différentes

ne se passent biologiques

probablement

pas ainsi - affleure comme

conceptions

de la vie que des auteurs

Bichat puis August que Darwin, vivant,

Weismann

ont proposées des deux

par la suite. Nous allons voir aussi d'une pensée évolutive du

le plus connu

inventeurs

développe

une conception adaptées

où vivre consisterait

avant tout à préserver n'étant qu'une de place

des structures conséquence

(la disparition

et la mort en général

de cette sélection).

Il n'y a de ce fait pas véritablement évolutionniste.

initiale ou première

pour la Mort dans le principe

Cette façon de voir n'est donc pas nouvelle

ni même seulement

moderne.
«

Ainsi

que le rappelle

«

l'anatomiste

»

de Platon, le divin principe de la

biologie

4

Je souligne.

Œuvres

philosophiques,

éd. F. Alquié,

tome

III, Paris,

Garnier,

1973,

p. 185sq.

20

platonicienne» ne connaît condition portant

5

en-deçà et au-delà de la chute en cette prison qu'est le corps,
«Ainsi la bonté du bien le meilleur sera-t-elle la et la plus profitable. du bien-être, Le bienfaisant et bien

pas la mort:

de l'être la plus salutaire par excellence, le sommet

celui ou cela qui ne peut plus
»6

perdre son bonheur ni d'aucune manière se manquer à soi-même, le voilà tel qu'en
séparées

lui-même

il apparut,

le Bien de Platon.
Nietzsche

Deux idées

sont ainsi
de celle ou tout court. Il

profondément

liées que depuis

il était de bon ton de croire à jamais Le bien définit la condition ni du tout se perdre

et dans des mondes étanches.

celui ou cela qui ne peut perdre est lié à l'indestructibilité les siècles

son bonheur

du lien qui l'unit à soi, en une secrète immanence aucune: de la vie selon Michel l'auto-affection.
jusques

amitié par-delà Henry, c'est-àdu bien et de
milieu de la

avec l'indécollable

dire du se sentir sans distance
la vie est finalement

L'identité
au beau

redécouverte
«

et affirmée

pensée

de Platon:
tantôt j'ai
»7

(.n) l'idée [du bien] signifie
la vie selon (n.) l'intelligence

tantôt la vie selon le plaisir des
d'une âme pour (...), tantôt (.n) cette

êtres humains,
vie (n.) que

appelé

« Dieu»

et qui était

Platon

(. n) la vie elle-

même (...). comme vie: vie
«
«

C'est à chaque fois et toujours à la vie que reconduit le bien, tout
avait précisément reconduit toute représentation que la vie. est-elle? de l'être à la
»

Nietzsche
L'être,

nous n'en avons pas d'autre platonicien, encore

représentation fois quelle

Mais cette C'est

du

bien

une

(...) l'inamissible

bien-être de la Vie et des Êtres Vivants qui constituait la (n.)
»8

réalité en sa forme la plus divine.
vie divine: mais qui ne peut et ne pourra c'est la toute heureuse
5
6

La vie en sa forme la plus accomplie est la
ou de repousser sa fin

c'est la vie non qui ne cesse de suspendre jamais se défaire principe

de son plus propre

bien-être,

vie d'un immortel

qui n'est autre que dieu lui-

Jean-Louis

Cherlonneix,

« La vérité du plaisir et le problème de la biologie platonicienne
n03, Paris, 1986, pp. 312-338.

Revue

de Métaphysique

et de Morale,

", in
La

Luc Marie Nodier,

1995, Anatomie

du Bien, Explication

et commentaire

des principales

idées de

Platon concernant le plaisir et la souffrance, la bonne façon de vivre, et la vie en général, Paris, découverte/M.A.U.S.S., p. 130, je souligne. 7 Jean-Louis Cherlonneix, 1992, « Le bien et le plaisir chez Platon », Revue du Mauss 12, p. 166.
8

Jean-Louis

Cherlonneix,
secrets

L'esprit
984,

matériel,
Paris,

Nouveffe
L'Harmattan,

anatomie
coll.

où l'on profane

et décrit par le menu
2006.

les derniers

de Platon,

L'ouverture

philosophique,

21

même: « (...) le mouvement de la vie tel que Platon l'a compris, [est] tout entier tendu vers une inviolable autosuffisance (...). »9 ln fine, le faisceau des concepts
ici associés produit quelque chose comme une unité platonicienne fondamentale la vie, et presqu'inaudible de la vie et du au plus propre commencer des du bien, de la vie, du bien-être, finalement de dieu lui-même. de l'inamissibilité du lien à soi qu'est

enchevêtrement platonisme cœur du

y a un incroyable et aujourd'hui " de la vie et du bien - de la philosophie « restauré» Platon. Ceci par cet anatomiste implique pour

- minutieusement platonisme encore de

conséquences

non remarquées

relativement

aux prétendus

errements et le

de la métaphysique grand promoteur Platon laquelle reconduit christianisme diraient et qu'en

occidentale. de la philosophie

Que Nietzsche,

connu pour être l'inventeur manière

de la vie, soit d'une certaine

déjà en sur

ce sens ce dernier de l'Occident

n'ait pas fini de déterminer signifie que Heidegger

la piste

se joue l'esprit la métaphysique

se trompe

lorsqu'il du le

à un oubli de l'Être. à Platon

S'il a fallu tout le périple ce n'est pas comme soit bouclée, n'a jamais

pour en revenir certains

par Nietzsche, que la boucle

peut-être

hegeliens,

ce n'est pas été dans un de la

non plus que le cercle soit vicieux. oubli de plus en plus profond Vie. Autre conséquence, été décrit comme monde soleil.

L'esprit

de l'Occident

de l'Être mais tout simplement de Platon redescente

à la recherche

le problème

et des philosophes dans
«

a souvent
»

celui de l'impossible

la caverne

de notre

une fois que le philosophe Comment passer, générale pour

a eu la force de contempler reprendre la terminologie spéciale? et souffrante
«

en face le dieu de Wolff, de la de

métaphysique l'autosuffisance

à la métaphysique

Comment solitude

passer

du bien à la trop humaine

du moi dans le

monde?

Comment réconcilier ces interminables
et éternelle? Comment l'immuable

vallées de larmes»
le problème

avec la
pas

vie immuable

a-t-il pu engendrer

ce monde n'est-il

de mort qui est une prison pour nous? devenu
9

Or aujourd'hui

inverse?

Et cela ne souligne-HI

pas ceci que la philosophie

a vraiment

Jean-Louis Cherlonneix, Anatomie du Bien, Explication et commentaire des principales idées de Platon concernant le plaisir et la souffrance, la bonne façon de vivre, et la vie en général, Paris, La
p. 140sq.

Découverte~auss,

22

changé?
principe, enfoncer

Notre

problème

en effet étant

est désormais entendu que

celui nous

de la remontée ne cessons ultimes

au

au philosophique, toujours davantage

de nous de la Vie, de

vers le monde des composantes que de gènes, de facteurs

là où l'on n'entend cytokines,

plus parler

de transcription,

d'interleukines

et de protéines.

A moins que regarder

la Vie au travers

des expériences ce cas,

à la paillasse aura

ne soit une manière toujours à traduire

d'aller à Dieu. Mais même en le langage technique de

le philosophe scientifique

l'interprétation

en celui d'une métabiologie. l'ampleur
«

A vrai dire la traduction à accomplir.
saut dans

ne suffit pas pour désigner s'agit évidemment
philosophique. encore

de la tâche

et du chemin

Il
le

d'une création
Il ne suffira jamais

de novo », d'un insubstituable
de manger à la table intimement liée soit-elle

de la biologie à la biologie.

il faut

que croisse

la philosophie,

aussi

A cet égard, contemporanéité

notre point de départ hérite de la conscience y compris la plus biologiquement d'avant la biologie subtile

intime de ce que la s'inscrit dans une

ancienne tradition « biologique»
dit, nous sommes face à une l'ancienneté refoulée. se situerait tant qu'elle

moderne. aussi

Ainsi qu'il a été ancienne que

angoisse

ancienne,

du monde - que biologistes La troublante unidualité

et philosophes

ont ensemble

longtemps

de l'affirmation

et de la négation

en tant qu'elle

au cœur même de l'affirmation,

l'unidualité

de la Vie et de la Mort en configuration elle l'est aussi
«

serait le pouls de la Vie elle-même, un problème

cette mystérieuse pour Platon,

n'est pas seulement

ou une objection

bien pour la philosophie
l'indubitable sagesse

que pour la biologie

moderne:

L'ingénue
séparer.

et

du cœur humain

unit ce que Platon

crut devoir

Cette inquiétante fusion des contraires que la vie réalise à l'encontre
pensée, la biologie d'une certaine platonicienne pensée de la vie, est peut-être - de la philosophie: elle affronta, toutefois un problème que celle-ci

de la de

le plus grave problème

rencontra

en effet, que très consciemment avoir maîtrisé, lézarde

et qu'elle estima selon l'apparence qu'il attend son heure, telle une

dont on peut penser dissimulée

invincible

dans le soubassement d'un majestueux château

23

fort construit
à cet héritage périphérie.

pour l'éternité.

»10

Or Darwin dont personne n'ira soupçonner
ou pire encore est pourtant en dehors de la vie du moins principiellement de la sélection de qualités naturelle

qu'il
à sa

soit en réalité fixiste,

spiritualiste

fidèle à sa manière

qui refoule

la mort sinon

Il répète lui aussi l'ancien

refus d'articuler

la Vie à la naturelle, utiles à un

Mort. La vie n'est appelée celle-ci organisme étant d'abord

à mourir qu'en conséquence tout la conservation
«

et avant

en un contexte

donné:

La sélection

agit uniquement au égards, variations qui

moyen de la conservation des variations

utiles à certains
»

persistent en raison de cette utilité même.
« élimine» ou « repousse» des « variations

Certes il dit aussi que la sélection
nuisibles ».11 Mais cela ne signifie

nullement le principe organismes darwinienne) naturelle,

que la sélection

serait le commun la préservation (comme

principe

articulant

dans la chair ou La mort des

même du Vivant et des espèces
«

& l'élimination. explicitement

le dit

l'épigraphe

est l'effet d'une la conséquence

cause secondaire », l'effet indirect de la sélection des qualités utiles - et nullement

de la conservation

son effet immédiat.
'pouvoir sont prédominant' causal l'effet

Comme
immédiat

le dit clairement
concerne du processus indirects, individus

Jean Gayon
les adaptations: de sélection.

:

«

La thèse du
les de la où les des

de la sélection

les adaptations En revanche, lointains,

extinctions sélection ressources autres n'en

(n.) sont des effets naturelle.
»12

et plus ou moins adaptés

Bref,

les

à un contexte

sont limitées est qu'une

survivent en vertu de la sélection.
conséquence. Dans l'ensemble, et puissant ressort

La disparition c'est bien

"aspect

conservatoire
«

qui est le plus caractéristique des individus

de la sélection:

Dans la préservation

et des races favorisés

dans une lutte pour

10

Je souligne.

Ibid.,

p. 28.

11

Op. cit. pp. 132, 159, 525, 527, 529, 532, 544, 548. Pour les deux contre-exemples,
conservatoire de la sélection Tel-Gallimard, 1993, p. 918 favorables (...) ".

voir pp. 130 et
voir aussi Darwin, la

133. La citation est tirée de la p. 159. Sur l'aspect André Pichot, Histoire de la notion de vie, Paris, sélection naturelle accumulait les petites variations
12

naturelle, : Chez

"

Université

"

La théorie

de l'évolution:
les savoirs,

que signifie
vol. 1, Paris,

« darwinisme"
Odile Jacob,

aujourd'hui?
p. 209.

de tous

2000,

"

in Qu'est-ce

que la vie ?,

24

l'existence

qui se manifeste

régulièrement

par intervalles,

nous trouvons

le

moyen de sélection le plus puissant et le plus constamment
Par la suite, les deux piliers du darwinisme De Vries continueront de refuser fidèlement
«

à l'œuvre.
Weismann

»13

que sont August

et Hugo de la Vie à

toute forme d'association

la Mort. Selon Weismann
substance vivante
«

La mort n'est pas un attribut
reprenant

essentiel
terme

de la
que

(...) ». Et plus précisément,

le même

Darwin:
apparition

(.u) l'usure des cellules, des tissus est une adaptation secondaire, et
de la cellule, aussi bien que la mort supérieurs,
»

(.u) la mort

en général,

n'a fait son

qu'avec

les organismes

compliqués.
14

Elle ne se rattache

donc pas à la véritable nature de la cellule (.u).
Insistons sur ce point. Dans la conférence fit l'objet d'une publication la vie laquelle d'entrée annexes.15

qui vient d'être citée sur La durée de

à part en 1882, Weismann
des cellules dans la huitième mériterait

annonce de ses

qu'il traitera Il reconnaît

de la Mort normale qu'en réalité

un tel développement

une autre qui un
16

place - le corps du texte - mais il fait tout de même ce choix organisationnel n'est en réalité pas anecdotique. C'est tout un contexte
«

et en ce sens schéma darwinien»

programme,
en train

relevant comme le dit Michel Morange d'un
que celui consistant

de s'imposer,

à mettre (a Mort cellulaire en annexe
C'est en outre ne une

au moment
décision certainement

même où il s'agit de traiter de la longévité. biologiste plus reproduire s'intéressant aujourd'hui. à la Or même cette

qu'un

question décision

pourrait

apparemment

insignifiante harmonie trentaine
«

de Weismann avec la conception de pages plus loin:

est importante fondamentale
«

parce qu'elle

est tout simplement

en une
»

qu'il a de la mort et qu'il explicite

La mort, c'est-à-dire

le fait que la vie soit limité

(u.) ne doit être envisagée

que comme

une Zweckmassigkeits-Einrichtung,

13

Op. cit., p. 525, je souligne.

August Weismann respectivement in La vie et la mort, 1883, p. 116 et La durée de la vie, 1881, p. 58 (je souligne" secondaire») in Essais sur l'hérédité et la sélection naturelle, trad. Henry de Varigny, Paris, Reinwald et Cie, 1892. Cf. André Pichot, Histoire de la notion de vie, Paris, TelGallimard,
15

14

1993, pp. 861, 901 & 902.

Ueber die Dauer des Lebens, ein Vortrag von Dr. August Weismann, Iéna, Verlag Gustav Fischer, 1882, préface p. III. 16 La vie expliquée? 50 ans après la double hélice, Paris, Odile Jacob, 2003, p. 186.

25

une disposition

appropriée,

comme

une concession comme

aux conditions
»17

extérieures absolue dont

de la vie, elle ne doit pas être conçue

une caractéristique

la nécessité serait enfouie dans l'essence de la vie.
propos ne font que confirmer ce que le lecteur sinon dès la préface, du moins dès la troisième

Encore une fois, de tels
pouvait déjà conclure, où il est

attentif

phrase de la conférence
».18

écrit «(...) que la vie de l'individu a ses limites naturelles
limites naturelles contre toute attente de la pensée c'est-à-dire simple nullement peut-être - que Weismann

Car si la vie a ses
déjàur

et que telle est la mort (la limite de la vie), cela signifiait

sans le savoir fut le redécouvre

épicurienne

de la mort. Hors de la vie il y a l'au-delà hors-la-vie. de la Mort L'appartenance

de la limite, voire la donc ici Cela

la mort qui est par définition d'une intime relation critiquée:

possibilité envisagée

à la Vie n'est

ni même

elle est évacuée 8 et ses analyses

dès le départ.

étant Weismann pour s'interroger particulier. fameuse, clairement plutôt

n'attend

pas l'annexe

sur la mort cellulaire et chez l'Homme en que très
»1~

sur les raisons question

de la mort en général une réponse

À cette à savoir de libérer

il apporte

aussi

darwinienne (c'est-à-dire die Besseren La mort

qu'il est plus utile pour la vie de mourir la place pour ceux qui sont des individus du succès
«

meilleurs, usés.

que d'entretenir indirecte

de plus en plus

est la

conséquence nécessaires devenus conservation justement nécessaires. première sélection,

reproductif

de ceux qui réunissent

les qualités

dans un contexte usés ou inadaptés de l'espèce. peuvent Position mais

donné.

Ceux qui meurent

le font parce qu'ils sont concourant à la

à telle ou telle des activités
Ils sont devenus l'espèce inadaptés et disposent

par rapport encore

à ceux qui des qualités

conserver

qui fait bien de la mort non un principe des adaptations: «D'après

ou une cause le principe de

la conséquence nécessaire

il est donc

que la vie des individus

- leur immortalité

17

Ueber

die Dauer

des Lebens.,

op. cit., p. 33.

18

Ibid., p. 1, cf aussi p. 33. Weismann

réitère à la page 90 la même définition

appliquée

au niveau

cellulaire. p. 38 :

La mort cellulaire dépend J'ai essayé de reconduire " cellules somatiques ". 19 Ibid., p. 31.

dit-il du caractère limité du remplacement cellulaire ", cf. aussi " la mort à une capacité limité de se reproduire de la part des

26

originaire

étant admise se réduise

- ait été diminuée

de la part qui est inutile à l'espèce, perspective temps aussi d'obtenir vitale

il des que

fallait qu'elle individus possible.

à la durée offrant la meilleure aussi longue et en même pas ou plus

à l'existence
»20

Ceux

qui

n'appartiennent La disparition

à cette

configuration

conservatoire

disparaissent.

des inadaptés

ou de ceux qui se sont de la Vie mais une du caractère utiles à la

usés n'est pas un principe conséquence fondamentalement conservation du principe

de Mort inscrit dans la définition de sélection, une conséquence

conservatoire

de la sélection

des caractères

de l'espèce. on le voit bien n'exclut nullement mais accompagne et soutient

Cette conception au contraire

la thèse d'une tendance

fondamentale

de la vie à se conserver

au

sens de ne pas mourir, précédente contexte l'idée d'une étonnante)

de lui être soustrait,
«

ainsi que le postulait

dans la citation (et dans ce

immortalité

originaire

». Une assez célèbre confirme

métaphore - récurrente

cartésienne

cette thèse fondamentale. - de la pièce ou du rouage précisément du mouvement l'image du qui selon dans «

C'est la métaphore à l'intérieur
«

dans la conférence21 Weismann emploie au principe

de la machine. usé ou cassé, dans le traité

ressort

»

conformément sur les

Descartes
«

Passions

de l'âme se

rompt

une montre»

ou « un automate

», lequel sinon - et ce point est capital est en fait parfaitement compatible

se
de

meut de soi-même la représentation l'extérieur, laquelle

».22 Or cette cassure traditionnelle est d'ailleurs

avec

de la mort en tant que faucheuse assumée illimitée lorsque Weismann

venue

explique

que la

raison de la perte de la capacité qu'à l'extérieur n'exclut de l'organisme.23

de se reproduire ou l'usure

ne peut être cherchée de la pièce en question extérieures comme dit

La rupture

en effet nullement

qu'en soi et sans toutes ces perturbations à ne pas cesser de se mouvoir de soi-même

le vivant aurait tendance Descartes,
20

c'est-à-dire

à durer éternellement comme

le dit non sans témérité

Ibid. Je souligne.

21 22

Ibid., pp. 8, 26, 30sq, 86 (citation de Bertin). Les passions de l'âme, « Quelle différence
de Descartes, tome XI, Adam

VI, in Œuvres
23

et Tannery,

il y a entre un corps vivant et un corps mort. ", article
Paris, Vrin, 1996, p. 330sq.

Weismann,

art. cit., p. 38. 27

Weismann ligne droite finalement propriétés

- aussi éternellement dans l'espace,24

qu'un corps demeurant au principe

au repos ou lancé en d'inertie.25 L'usure et

conformément

la cassure intrinsèques

et donc

la mort ne sont de ce point de vue pas des mais le résultat ici bas parce étant de la fréquentation bas nous nous à de

de la vie individuelle Nous mourons

ou de l'usage usons

du monde.

qu'ici

-

l'originelle reprises.26 cependant laisse

immortalité

de la vie

admise

et répétée

nombreuses Il ne faudrait

pas croire Weismann

que ce postulat dans l'ignorance cellulaires,

d'immortalité,

quelle

qu'en

soit la source, aujourd'hui cellules cellules Weismann,

de ce que nous appelons c'est-à-dire remplacées ont, l'idée que les par d'autres comme le dit

la régulation

des populations

d'à peu près tous les tissus sont régulièrement plus jeunes, atteint une fois que les plus

anciennes

la limite de leur pouvoir cellulaires, des cellules Weismann

reproductif. s'empresse

Parmi ces Zel/wechsel, de citer l'exemple des ceux

ces remplacements cellules sanguines,

d'« innombrables»

tissus dont notamment des muscles écrire:
«

des glandes rythme

et des tissus conjonctifs,

celles du squelette,

et (à un Je crois - et il vitaux

plus lent) celles des tissus nerveux. et déjà possible l'ont déjà aujourd'hui fait - selon

Il va même jusqu'à de soutenir laquelle

qu'il est d'ores ajoute

la proposition

que certains

les phénomènes

caractéristiques remplacement Pourtant réflexion

des animaux des éléments

supérieurs

à savoir des pluricellulaires de la plupart se reproduit

sont liés au des tissus.
»27

morphologiques

- et cela est capital car cette situation de nombreux auxquels entre cellules
des principes

aujourd'hui

dans la

biologistes vient

- cela n'affecte

en rien ses présupposés se greffer la célèbre germinales
des
47 :

fondamentaux, distinction
24

au contraire

maintenant

germinales
de la matière

(Propagationszellen, cellules
issus de la physique

La transposition

à ceux de la physiologie
à la page

corps (...) " 25

organiques paraît audacieuse. Elle est pourtant le fait de Weismann lui-même les corps organiques sont éternels, comme la matière en général est éternelle. pendant que rien ne" le change. in Principes de la philosophie Il, Œuvres

Cf. de nouveau l'article 37 ;

" La première loi de la nature; que chaque chose demeure en l'état " cit., tome IX,

qu'elle est, p. 84sq.
26

Weismann,

art. cit., p. 31, cf aussi pp. 30, 32, 37, 46 (immortalité
47, 87.

potentielle

des unicellulaires,

potentia Unsterblichkeit), 27 Ibid., p. 27.

28

pour

la propagation c'est-à-dire Fortpflanzungszellen,
qu'il dit immortelles et d'autre

cellules pour la
somatiques,

reproduction) somatische

part cellules

Zellen qu'il reconnaît être mortelles.28 Le permanent disparaître

dans les corps de cellules n'est de ce point de vue qu'une optimisationde plus
en faveur de la vie - et non un jeu de la Vie avec la Mort nous obligeant à dialectiser c'est-à-dire à reconnaître un certain équilibre de la Vie et de la Mort

et par conséquent une certaine équivocité.Que l'on parle comme Weismannde
remplacement « programmée» cellulaire, c'est-à-dire ou comme aujourd'hui de Mort cellulaire de la Mort d'initiation voire d'auto-initiation

cellulaire, il s'agirait de toute façon et dans tous les cas de caractéristiques ou de propriétés sélectionnées comme étant favorables aux espèces en lesquelles

elles se sont maintenues. Le vivantcontinueraitsur ce pointcomme sur tous les
autres et ainsi qu'il l'a toujours fait, de ne vraiment retenir ou sélectionner que ce qui lui est favorable. On le voit, il est possible de trouver dans ce type de raisonnement un appui extrêmement rassurant pour tous ceux qui aujourd'hui encore continuent de voir dans la montée en puissance des thèmes de l'apoptose et de l'auto-initiation de la Mort cellulaire un moyen de plus d'ailleurs selon eux et comme le pensait aussi Weismann29apparu seulement au cours et non à l'origine de l'évolution - donc un phénomène de plus au service de la vision conservatoire du vivant. De fait, si la mort n'est pas co-présente à l'origine de la vie, la question est tranchée dès le départ et il est raisonnable de continuer de laisser à la mort une place secondaire au sein de la vie. La mort, et plus particulièrement les phénomènes de mort cellulaire n'apporteraient donc aucun bouleversement fondamental conceptuel majeur; ils n'entraîneraient aucun d'un rééquilibrage phénomènes dans la Vie des phénomènes pro-Vie et des

pro-Mort. Avec eux, il ne serait nullement question

dépassement de l'ancien déséquilibre hérité de Platon, reproduit par Darwin et
28 29

Ibid. p. 36sqq.

assurance que " ceci que l'usure des tissus est une caractéristique seconde et acquise, que la mort
de la cellule de même que la mort en général n'a été introduite qu'avec les organismes des animaux supérieurs. " complexes

Ibid., p. 87 :

1/ me semble que de la durée éternelle des unicellulaires

on ne peut déduire avec

29

explicité de

par Weismann. du

Rassurons-nous, de

pourrait-on sur

dire, la vie continue la mort:

sinon

l'emporter

moins

«prédominer» resterait

la dimension le dit bien

conservatoire

de la sélection

naturelle

première

ou, comme

Darwin

«

prédominante,

paramount»30 par rapport à son sens éliminatoire.
massif de matériel cellulaire visés permanente, par exemple

Bref,
par

les phénomènes Weismann humain, disparaître,

de remplacement

de même que la régulation de milliards de cellules

dans le corps

se faisant elles-mêmes moyen de plus
«

tous les jours activement inventé
»

tout cela ne serait qu'un

par l'évolution

pour continuer

de laisser être une plus ancienne - aussi ancienne

dissymétrie

que le darwinisme

et que la biologie moderne Quant à la stabilité
«

en effet que la pensée occidentale. réintroduite par De Vries sous sa au niveau des unités la mobilité de

d'ensemble

des espèces (décrivant

théorie

de la mutation»

génétiquement », l'évolution

d'hérédité
l'espèce la stabilité

que sont les
à des périodes du
«

«

pangènes
»31),

et « réduisant

définies

elle s'harmonise weismannien
«

au fond assez bien avec (aujourd'hui nommé ADN) est
les ou

plasma

germinatif»

transmis de génération en génération au titre de
que De Vries place la permanence
« fluctuations»
«

l'hérédité
dans

». La différence
(dont

ou la « fixité»

le phénotype dans

sont

faibles)

là où Weismann

la place

le génotype

plasma

germinatif

inaltérable» sont modifiés,

(qui se transmet ajoutés ou perdus,

« inchangé introduisant la spéciation.

»32). Pour

De

Vries,

les pangènes

une théorie Pourtant l'un

mutationnelle et l'autre privilège fixistes

ou saltatoire

de l'évolution

qui explique

partagent

implicitement

avec Darwin

une conception

où la vie a un non

du fait que la mort est secondaire; une forme paradoxale appelons de préséance l'ADN

il Y a chez ces évolutionnistes de la conservation. varie mais

Pour De Vries les

ce que nous espèces

maintenant

dans l'ensemble
transmis

sont fixes. Pour Weismann en vertu d'une

l'ADN est fidèlement quasi explicite

de génération de la vie aux
aujourd'hui? » in Paris,

en génération
30
31

philosophie

Jean Gayon, 2000,
Hugo De Vries,

Qu'est-ce

« La théorie de que la vie ?, Université de tous

l'évolution:
les savoirs,

que signifie « darwinisme»
vol. 1, Paris, Odile Jacob,

p. 209.

Espèces

et variétés,

leur naissance

par mutations,

trad. L. Blaringhem,

Alcan, 1909, 32 Cf. Pichot,

p. 442. Cf. A. Pichot, ibid., p. 929.

op. cit., pp. 907 & 928.

30

présupposés

conservatoires. contre

Dans les deux cas nulle vie ne saurait soi, conformément à la transposition

activement

agir de soi-même

dans le vivant du
«

principe d'inertie dont la justification
porte par l'instinct de sa nature

ultime déjà citée est que

(...) rien ne se
de soi-

à son contraire,

ou à la destruction

même. ,,33 Le problème que recouvre cette dénégation
ce qu'il philosophie reconstruire
cartésianisme

est donc majestueux
qui scelle l'unité est donc à relire

en
et du

définit

non seulement à Michel

une Henry

métaphysique - dont

de la

de Platon

l'histoire

- mais également
au darwinisme.

en ce qu'il hante

la modernité

scientifique

La Négation

Vive
"(...)"une agitation fiévreuse en nous demande à la mort d'exercer ses ravages à nos dépens". L'être mortel, d'une certaine manière chacun le sait, est un être mourant. Par la grâce de l'amour, cet "être est la contestation qu'il fait de l'être en lui-même", il est "la révolte de l'être" contre soi ou "le mouvement par lequel l'être dépasse l'être", Il ne maudit plus, sans le savoir, ou plutôt sans le comprendre, il bénit la fêlure qui l'ouvre à ce qu'il aime..." "(...) l'amour est le nom du "pouvoir (qu'a) l'être de parvenir au contraire de l'être" (...)."34

y a-t-il vraiment rémanence

un ancien monde? Quelle

Et si tel est le cas n'est-il aujourd'hui notre conception
«

qu'une Est-

du passé?

est aujourd'hui

du Vivant?

elle véritablement
neurones. neurobiologie: Meurent-ils? développés radicalement la série des

en rupture avec celle de cet
anime entre autres comment les neurones qui

ancien monde"
et depuis «surVivre" une fois

? - Partons des
années et comment qu'ils se sont la

Une question

quelques

peuvent-ils en Vie

Qu'est-ce et connectés inverse

les maintient

en réseau?

Et à l'inverse plus?

- si c'est un phénomène Quelle est, par exemple, par les vagues non

- comment

ne surVivent-ils

événements de disparitions

moléculaires massives

sous-tendue de neurones

pathologiques

enregistrées

au cours du

33
34

Descartes, Principes de la philosophie,
1983, p. 186.

Il, art. 37, Œuvres philosophiques,
Georges Bataille in
«

III, Paris éd. Alquié,
n, art. cit.,

Garnier, p.105.

Jean-Louis

Cherlonneix

cite partiellement

Le dieu

d'indifférence

31

développement d'interrogations

embryonnaire apparemment

des vertébrés? classique

Notons d'entrée

qu'une

telle série

d'un point de vue évolutif

- elles portent

sur

«

la surVie»
d'une

et donc la sélection,
tout autre forme.

et d'autre
les

part sur l'élimination
même de la question modèles développés en embryologie,

des
à un en en

neurones problème

- correspond

en fait et dans la formulation En effet,

neurosciences génétique

mais aussi en immunologie, en biologie cellulaire

en cancérologie, et moléculaire

et en général

supposent partout de
«

mais sans jamais le problématiser
signais l'apoptose
»

- que lorsqu'il

est question

surVival
»35.

et en général

de

«

surVie encore

», il est en fait question la Mort cellulaire
«

de suspendre Ce

ou plus généralement

programmée

35 «

Sur l'histoire et l'épistémologie de la mort cellulaire, le lecteur se référera à l'excellent chapitre IV Les raisons du réel: la mort cellulaire» de Claude Debru dans Philosophiede /'inconnu:le vivant

et la recherche, Paris, Puf, colI. science, histoire et société, 199B. La notion de Mort cellulaire" programmée» (programmed cell Death, pcD) date de 1964 (cf. Programmed cell death. IL Endocrine notamment Lockshin Richard A & Williams C.M., 1964, " potentiation of the breakdown of the intersegmental muscles of silkmoths. », J. Insect Physiol. 10 : 643-9.) Voir aussi notre dictionnaire à la fin de l'ouvrage. Le concept s'est complexifié depuis 1964. Il définit certes en général les événements génétiques et moléculaires intracellulaires de régulation de l'auto-effacement par opposition à la nécrose accidentelle, liée à un facteur d'initiation externe, par exemple la blessure d'une membrane. Mais les choses sont plus compliquées: la Mort cellulaire « programmée» peut elle-même être activée ou inhibée de l'extérieur de la cellule. Ensuite les chercheurs parlent aussi désormais de «nécrose programmée» (Cf. Marek Los et allii « Death mode - switching apoptosis to necrosis, the role of PARP-1 », communication personnelle) ou de « necrosis-like pcD» qui conduit en vertu de processus en partie spécifiques et en partie apoptotiques à la Iysogénie (la cellule se déverse alors littéralement sur l'entourage). Néanmoins, il doit disposer de facteurs demeure que pour parler de Mort cellulaire" programmée ", la cellule internes (donc issus de son génome) dont l'expression (qu'elle soit ou non stimulée de l'extérieur) conduit à l'auto-effacement cellulaire. Par ailleurs, la nomenclature de la Mort cellulaire programmée» (qui n'exclut de son champ que la nécrose ou Iysogénie accidentelle) contient aussi " l'autophagie, indépendante de l'activation des caspases (protéases ou enzymes découpant d'autres protéines, initialement connues pour leur rôle pro-apoptotique) et impliquant la formation de grosses vacuoles cytosoliques et dans certains types cellulaires, de cellules dites noires (" dark cell

Death »). Le terme biologique de « Mort cellulaire 'programmée' » est par ailleurs commode car il couvre vraisemblablement tout le spectre de l'évolution, contrairement à celui d'apoptose, plus original mais qui renvoie aux processus d'auto-effacements stéréotypés décrits ci-dessous et dont ne dispose pas tout organisme. Pour éviter la répétition passive d'un présupposé mécaniste sur le Vivant véhiculé par la notion de « programme» de Mort j'emploie l'expression d'auto-initiation et d'auto-suspension de la Mort cellulaire. La notion d'apoptose (apoptosis) date de 1972 (cf. J.F.R. Kerr, AH. Willie, & AR. Currie, 1972,

« Apoptosis : a basic biological phenomenon

with wide ranging implications

in tissue kinetics

»,

British Journal of Cancerology 26: 239-57.) L'apoptose est une forme de Mort cellulaire programmée », peut-être la plus sophistiquée d'un point de vue évolutif. Elle renvoie selon " l'étymologie grecque, à la chute des feuilles, des pétales et des fleurs. Une cellule en apoptose est une cellule qui disparaît «proprement », selon une succession d'étapes stéréotypées. Elle commence par se couper de son environnement, n'exposant plus par l'intermédiaire de ses propres récepteurs les « signaux» moléculaires spécifiques qui permettent aux récepteurs des lymphocytes 32

qui transforme

les interrogations de suspension

initiales

en la suivante:

quels sont les facteurs ? Bref, au lieu de

et les mécanismes

et d'initiation

de l'apoptose
«

fonder la problématique
conservation aujourd'hui c'est-à-dire du surVival

de la Vie sur celle du seul
de ce qui n'a pas affaire au sens de la suspension «fondement»

survival»

au sens de la
part cellulaire,

à la Mort, la recherche de l'auto-effacement

ce qui constitue radicalement

un tout autre nouveaux.

et implique utilisé

des présupposés est toujours le

Pourtant,

le vocabulaire

vocabulaire
l'abrite.

darwinien du « survival»
lequel

dont il ne nous est pas dit qu'il a un tout avec l'ancien des biologistes mais concept qui

autre contenu,

n'est pas a priori en harmonie si la majorité

Tout se passe en réalité comme cellulaire découvraient monde. Il revient

de l'autola

effacement langue

un Nouveau

Monde

en utilisant

de l'ancien

donc au philosophe

de travailler

le regard

de ceux qui veulent incognita exprimer explorateurs La génétique années reconnaît

bien se risquer à visiter avec lui ces nouvelles Jean-Claude Ameisen - de sorte qu'elles que refoulent

terres - Terra clairement

puissent

la révolution

métabiologique

en général

les yeux des

qui l'ont jusqu'à

présent précédé. au cours des

du petit vers Caenorhabditis e/egans, produite un paysage aux recherches de fond toujours des actuel

80, constitue

pour ces questions. américains Les protéines Horvitz, qu'ils

Elle est associée Sulston et Brenner,

embryologistes

couronnées

en 2002 par le prix Nobel. à l'initiation et au suspens

ont découvertes T (appartenant à la

et associées

de l'apoptose

dans les

«

sous l'action de certaines enzymes de les « reconnaître" comme « Vivantes ". Au contraire, notamment les caspases - l'ADN nucléaire est « méthodiquement" coupé par des ADNases en segments de 200 paires de bases, au terme d'une cascade de réactions (de phosphorylations) préapoptotiques. Progressivement, la cellule s'effondre sur elle-même, offrant au regard du chercheur
une série de corps dits
«

deuxième ligne de défense ", l'immunité adaptative du système immunitaire)

apoptotiques

la

«

première ligne de défense ", l'immunité innée) ou bien des cellules voisines se chargent alors
ne
«

", des petits

« ballonnets

". Les macrophages aucune contraire

(appartenant

à

de faire progressivement son environnement,

disparaître la cellule qui ne crée «se déversant" pas, comme

ce faisant c'est au

lésion ni infection dans le cas d'une cellule
«

nécrotique

en train de

Iyser ". C'est

pourquoi

les chercheurs

parlent

ici de Mort

notion d'apoptose a depuis été complétée par celle d'apoptose non classique (apoptosis-like pcD) caractérisée notamment par un moindre découpage de l'ADN, éventuellement pas d'activation des caspases ; dans ce cas la cellule disparaît proprement comme dans l'apoptose ; dans d'autres cas d'apoptose non classique, il y aura Iysogénie du cytoplasme. Cf. Marcel Leist & Marja Jaattela, 2001, « Four deaths and a funeral: from caspases to alternative mechanisms ", Nature Reviews Molecular Cell Biology 2: 1-10. Voir aussi la note 47 du chapitre 4 du présent ouvrage.

propre ". La

33

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