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L'éthique médicale et la bioéthique

De
73 pages

Le mot « éthique », lorsqu’il est appliqué aux sciences et à la médecine du vivant, semble recouvrir indifféremment « l’éthique médicale » proprement dite, c’est-à-dire l’exigence d’un certain comportement de la médecine au service du malade, et la bioéthique, qui est la mise en forme à partir d’une recherche pluridisciplinaire d’un questionnement sur les conflits de valeurs suscités par le développement techno-scientifique dans le domaine du vivant. Ces deux termes ont, du reste, des champs d’application voisins ou croisés lorsqu’il s’agit du don d’organe ou de l’assistance à la procréation.
Cet ouvrage clarifie les enjeux respectifs et communs de l’éthique médicale et de la bioéthique. Il met ainsi en perspective les notions de consentement, de préservation du secret, ou encore de non-discrimination, essentielles à cette éthique appliquée.


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À lire également en « Que sais-je ? »
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François Ewald, Christian Gollier, Nicolas de Sadeleer,Le principe de précaution, n° 3596.
Nicolas Aumonier, Bernard Beignier, Philippe Letellier,L’euthanasie, n° 3595.
978-2-13-073108-5
Dépôt légal – 1re édition : 2009 4e édition mise à jour : 2015, mai
© Presses Universitaires de France, 2009 6, avenue Reille, 75014 Paris
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À lire également
Page de Copyright
Introduction
PARTIE I – Bioéthique
Sommaire
Chapitre I – Histoire Chapitre II – Bioéthique et Droits de l’homme Chapitre III – À propos du don d’organes I. –La greffe de foie-reins-poumons-cœur II. –La greffe de cornée III. –La greffe de moelle Chapitre IV – L’assistance médicale à la procréation I. –Le don de gamètes II. –La fécondationin vitro(FIV) III. –L’anonymat IV. –Le statut des parents V. –La gestation pour autrui VI. –La greffe d’utérus Chapitre V – Les cellules souches et l’embryon Chapitre VI – Le dépistage prénatal Chapitre VII – Questions posées à la génétique par la bioéthique Chapitre VIII – La recherche sur l’homme I. –Les textes fondateurs II. –Les questions éthiques qui demeurent Chapitre IX – L’apport des neurosciences I. –Modification extérieure du comportement II. –La tentation de réduire l’humain à ce qu’en dit la médecine III. –La tentation de discriminer Chapitre X – L’universel éthique et l’institutionnalisation de la bioéthique I. – L’institutionnalisation de l’éthique PARTIE II – L’éthique médicale Chapitre I – Le consentement I. –Le consentement des personnes vulnérables II. –Le consentement à la recherche médicale Chapitre II – L’éthique du secret médical I. –Un changement de culture d’abord II. –Les nouvelles pratiques de la médecine et le secret III. –Les limites juridiques au secret Chapitre III – La fin de vie et la médecine I. –Les différentes pratiques euthanasiques
II. –Les soins palliatifs III. –Les législations internationales IV. –La fin de vie du nouveau-né Chapitre IV – L’éthique médicale et la fragilité des personnes vulnérables I. –Les personnes âgées II. –Les maladies mentales III. –L’eugénisme masqué IV. –Les situations de grande précarité V. –L’étranger migrant VI. –La recherche Nord/Sud Chapitre V – Éthique et infection par le virus VIH I. –Les débats éthiques sur le dépistage II. –Les mises à disposition de thérapies III. –La confidentialité IV. –L’interdiction de franchissement des frontières V. –Le problème éthique Nord-Sud de l’infection à VIH Chapitre VI – Les problèmes éthiques posés par les nanotechnologies Chapitre VII – Éthique et économie I. –La recherche médicale, l’économie et l’éthique II. –L’économie Nord/Sud et l’éthique III. –L’économie hospitalière et des soins IV. –La brevetabilité du gène Chapitre VIII – Éthique et religion Conclusion Bibliographie Notes
Introduction
L’image du vocable « éthique », lorsqu’il est appliqué aux sciences et à la médecine du vivant, offre une ambiguïté. Car il recouvre indifféremmentl’éthique médicale proprement dite, c’est-à-dire l’exigence d’une certaine forme de comportement de la médecine au service du malade, etla bioéthique, qui est la mise en forme à partir d’une recherche pluridisciplinaire d’un questionnement sur les conflits de valeurs suscités par le développement technoscientifique dans le domaine du vivant. Les deux termes – éthique médicale et bioéthique – ont donc des champs d’application voisins mais aussi croisés : par exemple en clinique, avec un donneur vivant d’organe ou pour un couple demandeur d’une assistance à la procréation. Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) n’est pas un comité dit de bioéthique, même si sa finalité première est le champ spécifique des sciences de la vie. Pour autant, il ne s’interdit pas de donner des avis sur le consentement du malade à la recherche de l’accès aux soins pour les plus vulnérables, ou même de la médecine en prison. Les lois dites de bioéthique ne concernent pas l’éthique médicale proprement dite, c’est-à-dire la relation entre la médecine et le malade ; mais le médecin ne pourra jamais s’empêcher de s’y référer en telle ou telle occasion. C’est pourquoi il a semblé opportun de tenter ici de clarifier les enjeux respectifs de l’éthique médicale et de la bioéthique :
– l’éthique médicale couvre tout le champ relationnel de la médecine ; – la bioéthique couvre le questionnement existentiel et ontologique du rapport au vivant.
Mais le mot même « bioéthique » prête plus à la confusion qu’à éclairer le concept. Pourquoi réserver ce mot à ce qui concerne seulement l’embryon, la greffe, les gènes et pas à la fin de vie, la recherche médicale ? L’embryon dans la bioéthique, la fin de vie dans la loi générale ? Le gène de l’humain dans la bioéthique, le gène des plantes (OGM) nulle part ? Comme s’il y avait plusieurs éthiques du vivant. Il est d’ailleurs étrange que cette seule loi se réfère à l’« éthique », comme si les autres aspects du rapport de la science du vivant ne pouvaient y prétendre. L’éthique enfin révisable tous les cinq ans et la recherche sur l’homme tous les vingt ans ? N’y a-t-il pas là une étrangeté qui témoignerait simplement que l’interrogation sur le début de l’existence est plus lourde que ce que l’opinion pense le plus souvent ?
I. – Éthique et morale
L’origine étymologique de ces deux termes renvoie à la même idée : mœurs communes, comportement : mos : moresen latin, d’où est dérivé le terme « morale » ; ethos : en grec, d’où est dérivé « éthique », qui porte un jugement sur les comportements, bien ou mal. La morale dans l’imaginaire collectif serait normative, articulée à des références religieuses ou culturelles fortes, fondée sur une tradition principielle. L’éthique serait un questionnement séculier, dynamique constamment en renouvellement. Claude Huriet a coutume de dire que la morale, c’est la réponse avant la question et l’éthique un questionnement sans réponse… Mais il est de fait que la morale a parfois succombé à une vision un peu désuète et que l’éthique semble plus ouverte, plus adaptée à la science contemporaine où la participation
de chacun à son élaboration est attendue. Pour autant, une éthique de la recherche sans support moral est bien fragile, et une morale qui ne s’inscrirait pas dans une éthique responsable, bien vaine.
II. – Éthique et déontologie
La déontologie crée une obligation de règles auxquelles le praticien doit se conformer. Il y a un Code de déontologie qui contient un certain nombre de prescriptions, d’actions pour le médecin. L’éthique en revanche ne peut pas se soumettre à des règles. Ainsi, si le consentement d’un malade aux soins ou à la recherche est d’ordre déontologique (il est inscrit dans la loi), son éclairage est d’ordre éthique, car justement la réflexion éthique s’interroge sur la meilleure façon d’éclairer un consentement et de lui donner sa vérité.
III. – Les références éthiques
Si, depuis au moins deux mille ans, l’humanité souscrit à quelques grands principes du Décalogue, il lui est plus difficile d’affronter la nouveauté d’une situation en termes de jugement moral. Comment aborder éthiquement une technique appliquée à l’homme qui fait soudain irruption, sans se réfugier immédiatement derrière la simple vision négative d’une transgression du passé ? Il est illusoire que la réflexion puisse fonctionner sans références, mais il est essentiel d’interroger ces références pour voir comment elles s’appliquent.
IV. – Situations nouvelles
On ne peut jamais faire l’impasse sur un arrière-plan culturel, théologique ou spirituel, car depuis toujours les actions humaines ont tendu vers le Bien et vers le Juste. Mais les références philosophiques sont aussi importantes, en particulier Kant avec ses impératifs catégoriques de devoir conférer à la volonté autonome humaine d’agir en considérant la personne comme une fin, jamais uniquement comme un moyen et de façon telle que cette action soit universalisable. À partir de ces références, la tentation nord-américaine est d’orienter la réflexion vers l’utilitarisme. En revanche, en Europe, la bioéthique a une inspiration plus axiologique, plus kantienne, même si ces séparations, oppositions finissent peu à peu par perdre tout sens, avec même paradoxalement une éthique américaine de plus en plus tentée par la réflexion non utilitariste et l’Europe par le contraire. Les Américains ont fondé la bioéthique de la recherche sur quatre grands principes : le respect de l’autonomie de la personne, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice, et peu à peu ces principes se sont appliqués à l’ensemble de l’éthique dite clinique qui concerne donc le rapport au malade : le respect de la vie est situé au sommet, mais ce simplisme apparent de respecter la vie alimente les extrêmes (comme les mouvements antiavortement et anti-interruption de traitement de sujets en état de vie végétative), autant qu’il nourrit les appréciations qualitatives sur la vie avec l’émergence de QALY(quality adjusted life year). Si l’autonomie des personnes est plus encouragée par la bioéthique américaine, l’Europe fait plus reposer la bioéthique sur la recherche d’un sens incarné, indépendant de la situationhic et nunc.La personne n’est pas propriétaire de son corps à l’opposé de la conception anglo-saxonne. On ne peut donc ni donner ni vendre ses organes, ses gamètes ou son sang. Les principes d’humanité qui refusent la réification du corps et cherchent le plus grand Bien avec les références permanentes aux Droits de l’homme ancrent fortement les lois de bioéthique françaises de 1994 révisées en 2004 et
2011 après des débats publics.
V. – Peut-il y avoir un « universel bioéthique » ?
Les Africains sont toujours surpris de l’hétérogénéité des « postures » éthiques de l’Occident et comprennent mal que celui-ci invoque sans cesse l’universel… Le respect de la dignité humaine devrait constituer cet universel. Mais l’Occident se déchire entre une conception ontologique de la dignité de tout être humain appartenant à la communauté humaine (la dignité de l’homme appartient à son humanité même, dit le CCNE en 1991) et celle seule d’un psychisme cohérent au sein d’un corps exposable. Comment ne pas être humble dans le port universel de ce message quand les esclaves ont longtemps été des « biens » et que des nazis ont exterminé, au nom de leur indignité, des malades mentaux, des personnes appartenant à des minorités spirituelles ou culturelles, juives en particulier. Où commence la personne ? Quelle est la dignité d’un fœtus avorté ? Son appartenance à l’espèce humaine pourtant ne fait pas de doute. La dignité humaine ne dépend pas des circonstances. L’avortement ne remet pas en cause sa dignité d’être humain, d’unicité. L’Europe, et en particulier la France, considère la personne comme un être dont l’existence au sein de la communauté humaine fonde sa dignité. L’universel commence là, mais c’est un universel à construire.
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