L'Héritage de la liberté . De l'animalité à l'humanitude

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L'exploration scientifique de l'univers est, au fond, une interrogation sur l'homme. En témoigne l'intérêt croissant pour les sciences du vivant et les sciences de l'homme.


Mais ce retour aux questions essentielles comporte deux risques majeurs. Le premier est la tentation d'abandonner la rigoureuse discipline intellectuelle qui a permis les spectaculaires succès des sciences "dures". Le second résulte de l'intérêt même, pour chaque homme, de tout ce qui concerne l'homme, mettant à rude épreuve l'exercice de l'esprit critique.


C'est ainsi qu'en ces domaines une vulgarisation biaisée, trop souvent sous couvert de présenter les apports de la science, diffuse les affirmations dogmatiques d'une idéologie. Le développement récent de la "sociobiologie" et sa vulgarisation illustrent bien ces dangers. Que peut-on sérieusement dire aujourd'hui des fondements biologiques du comportement social ? Le déterminisme génétique pèse-t-il inéluctablement sur l'humanité ?


Au terme d'une étude attentive, Albert Jacquard nous montre comment la biologie et la génétique modernes éclairent le paradoxe central de l'homme et sa responsabilité : "Etre homme, c'est vouloir être libre. Or, je connais de l'intérieur ma possible liberté, mais mon intelligence me montre ses limites. Cette liberté, comment la construire, comment la transmettre ?"


Publié le : dimanche 25 août 2013
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EAN13 : 9782021136784
Nombre de pages : 224
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Au même auteur
ĀUX MÊMES ÉAITIONS Éloge de la différence 1978 ; coll. « Points Sciences », 1981 Āu péril de la science ? 1982 ; coll. « Points Sciences », 1984 Moi et les Āutres coll. « Point-Virgule »,1983 Cinq milliards d’hommes dans un vaisseau coll. « Point-Virgule », 1987
CHEZ A’ĀUTRES ÉAITEURS Structure génétique des populations Masson, 1970 Les Probabilités PUF, 1974 The Genetic Structure of Populations Springer, New York, 1974 Génétique des populations humaines PUF, 1974 L’Étude des isolats. Espoirs et limites ouvrage collectif sous la direction d’Ā. Jacquard PUF-INED, 1976 Concepts en génétique des populations Masson, 1977 Inventer l’homme Éditions Complexe, Bruxelles, 1984 Les sciences parlent… (ouvrage collectif sous la direction d’Ā. Jacquard) coll. « La force des idées », Hachette, 1987
COLLECTION « SCIENCE OUVERTE » DIRIGÉE PAR JEAN-MARC LÉVY-LEBLOND
BARRY COMMONER L’Encerclement JEAN-MARC LÉVY-LEBLOND et Alain Jaubert [Auto]critique de la science GÉRARD LEACH Les Biocrates SOLOMON H. SNYDER La Marijuana STELLA BARUK Échec et Maths ALEXANDER ALLAND La Dimension humaine PETER T. FURST La Chair des dieux PHILIPPE ROQUEPLO Le Partage du savoir MARIO BUNGE Philosophie de la physique STEVEN ROSE Le Cerveau conscient BENJAMIN CORIAT Science, Technique et Capital GEORGES MENAHEM La Science et le Militaire WILLIAM SKYVINGTON Machina Sapiens PIERRE ACHARD, ANTOINETTE CHAUVENET ELISABETH LAGE, FRANÇOISE LENTIN PATRICIA NEVE ET GEORGES VIGNAUX Discours biologique et Ordre social HILARY ROSE ET AL. L’Idéologie de/dans la science ALAIN DUPAS La Lutte pour l’espace
STELLA BARUK Fabrice ou l’école des mathématiques PETER S. STEVENS Les Formes dans la nature STEVEN WEINBERG Les Trois Premières Minutes de l’univers ALBERT JACQUARD Éloge de la différence PIERRE HUARD, JEAN BOSSY, GUY MAZARS Les Médecines de l’Asie EUGENE LINDEN Ces singes qui parlent G. CICCOTTI, M. CINI G. JONA-LASINIO, M. DE MARIA L’Araignée et le Tisserand MADELEINE BARTHÉLEMY-MADAULE Lamarck ou le mythe du précurseur ANDRÉ LANGANEY Le Sexe et l’Innovation PAUL FEYERABEND Contre la méthode BERTRAND GILLE Les Mécaniciens grecs AGATA MENDEL Les Manipulations génétiques CARL SAGAN Les Dragons de l’Éden ROBERT CLARKE Naissance de l’Homme BASIL BOOTH ET FRANK FITCH La Terre en colère PIERRE THUILLIER Le Petit Savant illustré WILLIAM C. DEMENT Dormir, Rêver JEAN JACQUES Les Confessions d’un chimiste ordinaire HUBERT REEVES Patience dans l’azur
PATRICK LAGADEC La Civilisation du risque ALBERT JACQUARD Au péril de la science ? JACQUES-MICHEL ROBERT Comprendre notre cerveau PAUL COLINVAUX Les Manèges de la vie MICHEL SCHIFF L’Intelligence gaspillée PHILIPPE ROQUEPLO Penser la technique PIERRE THUILLIER Les Savoirs ventriloques IVAR EKELAND Le Calcul, l’Imprévu P.-A. MERCIER, F. PLASSARD, V. SARDIGLI La Société digitale HUBERT REEVES Poussières d’étoiles STELLA BARUK L’Age du capitaine HENRI BROCH Le Paranormal MARTIN GARDNER L’Univers ambidextre RUDY RUCKER La Quatrième Dimension EVRY SCHATZMAN Les Enfants d’Uranie DOMINIQUE SIMONNET Vivent les bébés ! HUBERT REEVES L’Heure de s’enivrer HENRI ATLAN A tort et à raison ALBERT JACQUARD L’Héritage de la liberté
GEORGE GREENSTEIN Le Destin des étoiles MICHEL CROZON La Matière première WILLIAM BROAD ET NICHOLAS WADE La Souris truquée JACQUES ARSAC Les Machines à penser COLLECTIF D’une science à l’autre STEPHEN JAY GOULD Le Sourire du flamant rose
ISBN 978-2-02-113678-4.
© ÉDITIONS DU SEUIL. OCTOBRE 1986.
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Introduction
L’objectif ultime de l’effort scientifique est de rendre plus lucide notre regard sur nous-mêmes. Certes, les astronomes qui interrogent l’univers pour imaginer son origine (le fameux Big Bang, l’explosion survenue il y a quelque quinze milliards d’années, créatrice de toute matière et de toute énergie) ou qui étudient les propriétés des « trous noirs » (ces amas de matière si denses que, retenue par la gravité, la lumière elle-même ne peut s’en échapper) semblent se désintéresser de cette infime poussière qu’est l’homme, insignifiant dans le tourbillon des galaxies. A l’autre extrémité de l’observation du réel, les physiciens qui piègent les particules élémentaires dans leurs accélérateurs gigantesques, qui organisent des collisions à la vitesse de la lumière pour casser les briques infinitésimales dont est faite la matière, qui photographient la trajectoire d’un quelconque lepton dont la vie dure moins d’un milliardième de seconde, semblent bien n’avoir aucune pensée pour les êtres humains, énormes agglomérats de milliards de milliards d’atomes. Et pourtant, les questions que se posent, à propos de ce qu’ils observent, astronomes et physiciens sont des questions imaginées par des hommes ; elles n’ont d’existence qu’en raison de la présence, dans l’univers, des hommes, à mi-chemin entre ces deux infinis, l’infiniment petit et l’infiniment grand, dont le silence effrayait tant Pascal. Grâce à l’effort scientifique, ces infinis ne sont plus silencieux ; ils nous racontent l’histoire de l’univers ; ils nous livrent les secrets des forces qui dominent la matière ; le monde est devenu bavard, si bavard que des milliers de revues scientifiques suffisent à peine à contenir son discours. Le miracle n’est pas l’existence, dans les espaces interstellaires, du fameux rayonnement fossile, résidu, après 15 milliards d’années de refroidissement, de la fabuleuse chaleur qui a accompagné le Big Bang ; le miracle est que nous autres, les hommes, ayons été capables de prévoir son existence, et même de calculer avec précision sa température, bien avant d’avoir pu effectivement le déceler. Comme tous les animaux, nous explorons le monde par l’intermédiaire de nos sens ; mais nous seuls avons su en accroître indéfiniment la portée. Et surtout, nous seuls savons regarder non seulement avec nos yeux, mais avec notre cerveau. Ce ne sont pas nos sens, c’est avant tout notre intelligence qui nous permet de connaître la composition chimique d’une étoile pour toujours inaccessible, ou de constater l’étrange comportement de certaines particules élémentaires. Dans le dialogue entre l’univers et l’homme, c’est l’homme qui conduit l’interrogatoire. C’est lui qui crée les concepts et les mots nécessaires à ce dialogue. L’exploration scientifique est, en dernière analyse, une interrogation sur l’homme, qui en est l’initiateur. Ce n’est pas la réalité d’un quark qui est passionnante, mais la cohérence interne que donne l’hypothèse de cette existence à notre représentation de la matière. Et cette représentation est une activité spécifiquement humaine. Le ressort profond qui meut le scientifique, qui lui permet de traverser les périodes douloureuses de doute et d’incompréhension, est, quel que soit l’objet de sa recherche, son angoisse face à lui-même. Son besoin essentiel est un peu plus de lucidité sur l’homme, lui et les autres. Par une déviation, dont il serait passionnant de préciser l’histoire et les motifs, la science, dans notre culture et à notre époque, s’est désintéressée de la lucidité, et a visé l’efficacité. Cet objectif était sans doute plus accessible, puisqu’il a été à peu près atteint. Le scientifique, c’est un fait, réalise des prouesses ; avec son aide, l’ingénieur obtient des succès plus spectaculaires encore. Le prestige sans pareil dont jouit la science dans la conscience collective vient de cet extraordinaire savoir-faire. On commence cependant à s’interroger sur l’intérêt de cette efficacité : à quoi bon aller vite, si l’on ignore la bonne direction ? Il est de plus en plus évident que la maîtrise des forces de la nature, apportée par le progrès de la connaissance, est devenue le moteur d’une course insensée, qui se révèle une course à l’abîme. Constatant que son rythme est toujours plus rapide, nous commençons à ne plus applaudir de confiance. L’intérêt croissant pour les domaines de recherche apparemment les moins rigides, rassemblés sous le titre de « sciences du vivant » ou de « sciences de l’homme », est le signe d’un retour vers les questions essentielles, le signe d’un besoin de clarté. Cependant, ce déplacement de l’objectif fait apparaître deux risques majeurs. Le premier est la tentation d’abandonner la rigoureuse discipline intellectuelle qui a permis aux « sciences dures » d’obtenir de si spectaculaires succès. Cette discipline exige, avant tout, de préciser à chaque stade l’objet du discours : de quoi s’agit-il ? Une fois cet objet défini, il est possible de le caractériser par une série de paramètres, et de traiter les rapports entre ceux-ci, grâce éventuellement à la mise en œuvre d’un appareillage mathématique puissant. Bien sûr, cet appareillage n’a d’utilité que si les variables sur lesquelles il opère ont été
préalablement spécifiées. Mais, par son aspect souvent mystérieux, il exerce une telle fascination que certains chercheurs sont tentés de l’utiliser à vide, comme si sa seule présence assurait la scientificité du discours. Le second risque résulte de l’intérêt même, pour chaque homme, de tout ce qui concerne l’homme. Nous sommes friands de tout ce qui peut nous apporter un peu de lumière sur nos propres réactions ; or nous n’avons ni le temps ni les moyens d’aller puiser ces informations dans les revues scientifiques, où elles sont fournies avec mille détails, mais aussi avec mille précautions, et où chaque résultat est accompagné de la délimitation de son domaine de validité. Une large place est ainsi laissée à une vulgarisation biaisée qui, sous le couvert d’une présentation des apports de la science, diffuse les affirmations dogmatiques d’une idéologie. Le développement, au cours des quelque dix dernières années, de la discipline intitulée « sociobiologie » illustre particulièrement bien ces deux dangers. Il s’agit, selon les termes mêmes du créateur de cette discipline, Edward Wilson, dans l’ouvrage paru en 1975 sous le titre Sociobiology, the New Synthesis, de «the systematic study of the biological basis of all social behavior« l’étude systématique du fondement biologique de tout comportement social ». Les », implications, pour les sociétés humaines, de ce que la méthode scientifique permettra de découvrir en ce domaine sont évidentes. La moindre affirmation risque donc d’être utilisée hors de son contexte ; constat du résultat d’une expérience ou aboutissement d’un raisonnement, elle devient une arme dans un combat idéologique ; une question qui s’efforçait de mieux éclairer le problème est ainsi transformée en une réponse qui l’obscurcit. La sociobiologie représente la forme moderne d’un courant de pensée dont les origines sont fort lointaines. Il s’agit d’expliquer les comportements des êtres vivants. Ces comportements sont présentés comme les aboutissements de chaînes causales ayant leur source dans la « nature », c’est-à-dire, en termes actuels, dans le patrimoine génétique. Ce « déterminisme biologique » [38] tient compte, dans sa version nouvelle, de la révolution conceptuelle apportée par Mendel : les êtres vivants ne transmettent pas à leurs descendants leurs caractéristiques ; ils leur fournissent la moitié des facteurs (nous disons aujourd’hui les « gènes ») qui, en eux, gouvernent ces caractéristiques. La problématique posée par la sociobiologie comporte donc deux objectifs : d’une part, préciser le lien entre les caractères manifestés (le « phénotype ») et le patrimoine reçu (le « génotype »), d’autre part, expliquer comment ce patrimoine a évolué de génération en génération pour aboutir à la réalité d’aujourd’hui. La première question est celle qu’a su rédoudre Mendel à propos de la couleur ou de l’aspect ridé des pois de son jardin de Brno. Elle est aussi celle que les médecins et les biologistes résolvent peu à peu à propos des mécanismes immunologiques (les « systèmes sanguins ») ou à propos des maladies dues à des erreurs innées du métabolisme. Dans de tels cas, le lien entre le génotype et le phénotype résulte d’une chaîne causale très courte ; il est donc possible de considérer comme négligeable, en première approximation, l’influence du milieu. Lorsqu’il s’agit d’un comportement, cette chaîne causale est évidemment beaucoup plus longue et complexe, et cette complexité devient inextricable lorsqu’il s’agit d’un comportement « social », c’est-à-dire résultant de l’interaction d’un nombre élevé d’individus. Telle est cependant l’ambition des sociobiologistes : établir une correspondance stricte entre le contenu du patrimoine génétique collectif et les attitudes considérées comme « normales » par une société (par exemple dans la nôtre : le sens de la propriété, la domination des femmes par les hommes, le rejet des étrangers, etc.). La seconde question se réfère au raisonnement tenu par Darwin : le nombre des individus procréés est, dans la plupart des espèces, très supérieur au nombre de ceux qui peuvent survivre, compte tenu des ressources apportées par le milieu. La nature opère ainsi une sélection en éliminant ceux qui ont reçu des caractéristiques défavorables. Les gènes responsables de ces caractéristiques ne sont donc pas transmis. Progressivement les patrimoines génétiques « les meilleurs » subsistent seuls. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, et les déviants doivent être supprimés. Une telle doctrine, dès qu’elle est appliquée à l’espèce humaine, est fondamentalement politique : c’est la façon d’organiser la cité qui est en cause. Affirmer que la xénophobie, le sens de la propriété, ou le besoin de dominer, sont « naturels », c’est prendre partie en faveur d’une certaine structure sociale. La diffusion, à partir de l’ouvrage de Wilson, des thèses de la sociobiologie a provoqué des controverses qui ont fait rage aux États-Unis, puis, dans une présentation de ces thèses malheureusement biaisée, en France [55]. Ces controverses semblent actuellement moins violentes ; peut-être est-il temps de retrouver assez de sérénité pour que le débat puisse se poursuivre de façon constructive. Pour cela, il paraît nécessaire de le situer dans une perspective qui déborde largement les objets de polémique ; il
importe de ne pas se borner à la problématique de la sociobiologie telle que l’a définie Wilson, et surtout de focaliser l’attention sur la spécificité de l’homme. Tel est l’objectif de ce livre. Pour tenter d’y parvenir, j’ai tenu à définir avec le plus de rigueur possible, à chaque étape du raisonnement, les questions posées et les termes utilisés, pour les formuler et pour y répondre. Ce cheminement semblera souvent laborieux, parfois naïf, tant les précisions fournies sont, ou devraient être, largement connues. Mais il ne s’agit pas ici d’introduire des concepts nouveaux, d’apporter des informations inédites, simplement de mettre en lumière les données et les modèles théoriques de façon à vérifier leur cohérence. Je n’ai pas essayé d’entrer dans le jeu des sociobiologistes, qui se présentent souvent cuirassés d’observations méticuleuses, charpentés d’interprétations subtiles, fournisseurs de réponses définitives ; j’ai préféré le rôle du candide mû par le besoin insatiable de comprendre et obsédé par les questions encore ouvertes. Mais l’inconfort du questionnement peut se révéler plus fertile que la satisfaction des réponses obtenues. Le jeu de la connaissance consiste à assembler sans fin une mosaïque de faits et d’idées. Les pavés de diverses couleurs qui composent cette mosaïque peuvent n’avoir individuellement rien d’original ; l’important, c’est le sens global qui s’en dégage, et l’émotion que nous ressentons à la contempler.
Un premier chapitre rappelle quelques cas où les observateurs ont été, à juste titre, intrigués par le comportement des animaux : d’où tiennent-ils le secret d’attitudes si merveilleusement adaptées aux problèmes posés par leur survie ? Les quatre chapitres suivants s’efforcent de mieux poser cette question, en précisant ce que chaque individu reçoit lors de sa conception et comment il utilise les recettes dont il est dépositaire pour progressivement se construire lui-même. Sont introduits et discutés à ce propos les concepts clés :hasard, complexité, auto-organisation. Les chapitres 6 et 7 insistent sur les pièges que recèlent certaines techniques d’analyse, utilisées souvent sans prendre les précautions nécessaires, et que camouflent des mots rendus ambigus par l’excès de leur utilisation :corrélationethéritabilité. La référence suprême des sociobiologistes est le darwinisme ; leur grand succès est d’avoir pu, à l’aide de cette théorie, résoudre le paradoxe des « gènes de l’altruisme ». Mais que signifie l’affirmation que l’on est darwinien, et quel est le contenu réel de ce paradoxe ? C’est à ces questions que les chapitres 8 et 9 s’efforcent de répondre. La multiplicité des mécanismes de la transmission culturelle a longtemps découragé toute analyse précise. De premiers modèles sont proposés par divers chercheurs ; ils apportent la possibilité de caractériser par des paramètres mesurables les divers processus à l’œuvre. Une présentation succincte en est faite au chapitre 10. Après une réflexion sur la difficulté de remonter des effets observés aux causes supposées (chapitre 11), l’attention est attirée sur la dégradation si fréquente, notamment dans notre pays, de la discussion scientifique en une querelle idéologique (chapitre 12). Enfin les deux derniers chapitres mettent en contraste les deux cheminements que peut suivre demain l’aventure humaine : ou la construction d’une humanitude s’enrichissant, sans fin, de nouvelles découvertes et de nouvelles exigences, ou la disparition stupide dans le froid et les ténèbres de l’hiver nucléaire rendu possible par notre aveuglement et déclenché par notre folie. A nous de choisir. Homo Sapiens, nous dit Edgar Morin, est aussi Homo Demens. Nous avons, chacun et collectivement, la possibilité de devenir notre propre négatif. C’est le prix à payer si nous voulons être libres. Une fois de plus notre esprit se heurte à un paradoxe central : je connais de l’intérieur ma possible liberté, mais mon intelligence m’apporte la connaissance des barreaux qui m’emprisonnent. Être homme, c’est être libre. Cette liberté, comment et par qui m’a-t-elle été transmise ? Comment puis-je la construire ?
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