L'Homme et le mystère du cosmos

De
Publié par

Prenant acte de l'infinie complexité de l'univers, organisé par des forces et des ondes invisibles qui nous structurent également, nous, êtres humains, l'auteur, dans la lignée des réflexions de Teilhard de Chardin, interroge la valeur ontologique d'une telle construction : la rationalité qu'elle renferme n'est-elle pas le signe d'une intelligence intégrée au cosmos ?
Publié le : lundi 1 janvier 2007
Lecture(s) : 250
EAN13 : 9782336251844
Nombre de pages : 199
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

L'HOMME ET LE MYSTÈRE DU COSMOS

www.librairieharmattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ~L'Hannattan,2007 ISBN: 978-2-296-02390-1 EAN: 9782296023901

Jacques Séverin Abbatucci

L'HOMME ET LE MYSTÈRE DU COSMOS
Sous le regard de Teilhard de Chardin

Avant-propos André de Peretti

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur Techniques de Télécobalthérapie Radicale, Expansion scientifique française, Paris, 1968 et 1972. Préface du professeur Maurice Tubiana.

Schémas thérapeutiques de cancérologie du Centre François Baclesse, Expansion scientifique, Paris 1976. Techniken der kurativen Telecobaltherapie, Ferdinand E. Verlag, Stottgart, 1976. Manual de Terapêutica am Oncologia, Faculté de Taubaté, Brésil, 1977. Traduction Pinto.
Techniques de Radiothérapie (photons-électrons), L'Expansion Scientifique Française, Paris, 1981. Préface du professeur Maurice Tubiana.

Head and Neck Oncology Clinical Management, Pergamon Press, 1989. Manuel de cancérologie, Doin, Paris, 1984 et 1989. L'Esprit-Matière, ou les Deux Faces de l'Univers, Publibook, Paris, 2004. Préface du professeur Pierre Chaunu

À Yvette hors de l'espace et du temps cette méditation d'une terre passagère

TABLE
AVANT-PROPOS PROLOGUE PREAMBULE
L'HOMME ENVOI LE DOMAINE PHENOMENAL Le monde matériel Le monde immatériel L'Esprit et l'évolution LE DOMAINE SUPRAPHENOMENAL La Foi en la création L'Incarnation
LES DEUX AILES DE LA. VERITE Science et Sagesse L'échelle des valeurs autour de nous

par A. de Peretti

Il 27 29
31 33 37 37 60 84 93 95 105 111 111 112

ETOILE

PUISSANCE ET MYSTERES DE L'UNION CREATRICE
DE LA MATIERE A LA PENSEE Au commencement il y avait l'énergie Au commencement l'énergie devint matière Nous sommes de la matière qui vit Nous sommes de la matière qui pense La Totalisation Humaine L'union en Oméga La réalité terminale

123 125 126 127 130 135 139 145 148 151 153

L'ESPERANCE L'ESPERANCE

Teilhard ou l'union créatrice La priorité du tout L'avenir de l'humanité EPILOGUE LA FOI EN L'ESPRIT ISSUE FLORETUM REMERCIEMENTS GLOSSAIRE INDEX BmLIOGRAPHIE

155 157 159 169 171 175 177 187 189 195 199

AVANT-PROPOS
par André de Peretti* Depuis l'envol d'un Prologue inouï, pathétique autant que savant, jusqu'à l'envoi généreux d'accords en «fioretti» épars dans un Floretum, en passant par un attentif déchiffrement d'harmonies et de discordes scientifiques, c'est un Chant du Monde, amplifiant et rectifiant celui de Jean Giono, que Jacques Séverin Abbatucci nous invite à entendre, sinon même à solfier ou entonner avec lui. Et c'est un chant de marche pour un solidaire cheminement, nous entraînant à nous mouvoir par enthousiasme, en enchantement, avec légèreté, au travers des marches et démarches d'un univers devenu diaphane dans son Evolution même, comme le voyait, le prévoyait, notre ami Pierre Teilhard de Chardin. Car « la surface des choses a été percée », nous rappelle le professeur, l'oncologue Abbatucci : en sorte que, chaque jour davantage, l'Espace et le Temps, la Matière et la Vie, les Ondes et les Corpuscules, le Solide et le «Vide », l'Energie et l'Information, le « Dedans» et le « Dehors », le « Matériel» et « l'Immatériel », sont composés, accordés et illuminés par le feu d'artifices (et d'artefacts !) que les multiples Sciences, en simultanéisation d'étayage et d'étincellement, nous offrent en fête!

. M. de Peretti m'avait promis une préface. Le texte qu'il me propose très
généreusement est beaucoup plus que cela. Par son ampleur et sa richesse, il a les caractères d'une œuvre en soi. En le qualifiant d'avant-propos, je souhaite souligner l'importance qu'il revêt à mes yeux et exprimer à son auteur toute ma gratitude pour l'extrême bienveillance qu'il exprime à mon égard. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore suffisamment André de Peretti, je me permettrai de rappeler quelques-uns de ses titres. Polytechnicien, docteur ès lettres et sciences humaines, il a exercé de multiples responsabilités: ingénieur, professeur, parlementaire, psychosociologue, formateur de chercheur, écrivain, poète. TI a été le conseiller, en France et à l'étranger, de plusieurs ministres de l'Éducation. TI a présidé une commission ministérielle sur la formation des personnels de l'Éducation nationale (1981-1982). TI est aussi l'auteur d'oratorios, de pièces de théâtre et de spectacles.

Ne peut-on, comme notre auteur, être émerveillé de tant de conjonctions, d'affinements, de «reliances », et d'éclat? Et ne peut-on même en venir à s'exclamer, comme on le voit faire par un nombre croissant de savants, de scientifiques, de mathématiciens: en émoi mais aussi en vigilance devant la nouvelle Civilisation mondiale, la nouvelle « Humanitude» (oui, Albert Jacquard) en gésine dans notre «Hominescence» (oui, Michel Serres) ? En et par celles-ci se construit, comme l'appelait de ses vues et de la plénitude de ses vœux, Teilhard de Chardin, une «noosphère» saluée par Edgar Morin, irrésistiblement ultime au cœur de la « Création» ! *** Car il s'effectue bien, comme cela est souligné dans les pages de cet ouvrage, une rencontre (serait-elle inattendue?) entre, d'une part, des pionniers et tenants de la Science toujours plus humaine, et, d'autre part, les « Clercs» d'antan et de toujours comme de toutes les Spiritualités et Religions: convoqués aux fins de célébrer, en « Gloire» oserais-je dire, quoiqu'à distance, dans les positions respectives et les hypothèses ou les inévitables croyances, la Création, l'Evolution (continue et discontinue), du Monde en phosphorescence dans son Devenir, autorisant une «Patience dans l'Azur» (oui, Hubert Reeves, après Paul Valery !). Diaphanie, Dialogues, Dialogiques, se suivent et se supposent entre « Le Cristal» et « La Fumée» (chers à Henri Atlan). Des dialogues sans confusion ni ostracismes se manifestent, en effet, comme devenant possibles. Jacques Séverin Abbatucci en propose un intelligent dessin, non sans conserver quelque distance d'un «Dessein Intelligent », ou même d'un «Hasard» insidieusement divinisé sinon ménagé comme «bonne à tout faire» ! Même si nous paraissons dégagés de la Caverne de
Platon et de ses reflets clairs-obscurs
(<<

spumato »), l'énigme

de l'Etre nous trouble (Ah ! Sphinx !) pour une réponse personnelle ? Mais la mise en œuvre de contrastes, de dialogiques en oppositions et tensions croissantes, s'avère incontinent opportune pour accompagner nos efforts humains à la poursuite de la complexification en laquelle nos perceptions accrues et nos théorisations - 12-

audacieuses palpent, discernent, modélisent, représentent un « Réel» encore « Voilé» (nous prévient Bertrand d'Espagnat I), mais bien pincé sous ses apparences d'une déroutante « simplicité»! Humour ou pudeur de ce «Réel»? Peut-on l'atteindre ou l'étreindre sans l'offusquer» ? Que de stratégies, de tapinois, il nous faut encore mettre en œuvre pour l'approcher, le ressentir, en apprécier «l'étrangeté» ? Et ne faut -il le forcer? *** Pour affiner ou acérer nos investigations, pour armer nos constructions affectives et mentales, nous disposons de plus en plus, il est vrai, de moyens d'instrumentations considérables. Ce que nous ressentons et pressentons de la Réalité extérieure ou intérieure à nos personnes et à nos systèmes sociaux est désormais vivifié, illuminé, par le développement exponentiel de moyens de perception, de discrimination, d'extraction, de calcul, d'émergence, d'information, soutenus dans et par l'efflorescence des interactions, des interfertilisations, étendues, déjà, à l'échelle planétaire. Informatique, Internet, puissants moteurs de recherche ainsi que de réitérations (chères à Benoît Mandelbrot), « puces» électroniques et « lasers », nanotechnologies et cyclotrons, scanners et satellites, en désordre et entre autres ?!.. Nous disposons désormais de «prothèses» , puis-je dire presque «insensées» !, pour exorbiter nos sens, et pour activer, solidariser ou interféconder nos inspirations ou visualisations les plus personnelles ou même « fractales ». Et c'est bien en vue de défier, d'émincer jusqu'à de la transparence (et vers la transcendance ??), les épaisseurs de durées et de distances, d'hétérogénéité et de complexité, qui opacifiaient ou obstruait nos intuitions et nos représentations. «La Science est une ville immense », disait jadis Jacob Robert Oppenheimer, contemporain du père Teilhard. Une ville? Immense? Unifiante ? Illuminée? Comme on peut le juger, je ne me suis pas, en ces lignes, dissocié de «l'émerveillement» que nous expose ou auquel nous expose Jacques Séverin Abbatucci: en considération de la « Splendeur du Cosmos ». Je ne me séparerai pas non plus de son compagnonnage avec Pierre Teilhard de Chardin, sur les
- 13-

pistes phénoménologiques, noogéniques, que le grand Jésuite a courageusement déblayées. Et je voudrais bien ne pas m'écarter un tant soit peu des richesses rassemblées dans les présents témoignages sur « l'Homme Etoilé» ou la « Puissance et (les) Mystères de l'Union Créatrice ». Mais comment choisir entre tant d'expressions heureuses, tant de formulations saisissantes, qui fourmillent, « étoilées », écarquillant nos regards ?! J'aurai envie de les citer toutes, et de les explorer une à une! La sagesse et mes limites me ramènent naturellement à oser un tri, un échantillonnage incertain, « hasardeux» (pourquoi pas, puisque le « hasard» fait si bien les choses !). Je dirai d'abord, - allons, je me risque! n'est-ce vital? -, ma benoîte satisfaction en raison du vaste élargissement assuré à nos souffles par la dénonciation du « Vide» bienvenu qui nous environne et nous habite: depuis les galaxies éparpillées en amas creux, jusqu'aux rocs ou os et atomes qui pour leur compte sonnent eux aussi creux! Nous sommes dorénavant conviés à remplir, de nos plénitudes, cet évidement des apparences «rugueuses », ce creux distendu où peuvent vibrer les «quarks» ou de « supercordes ». Ah ! Combien ce «vide» est propice à nos souhaits de caser de l'inattendu et de nous immiscer dans la Nature « prophétiquement» ! Car, et certes, Georges Charpak et Roland Omnès peuvent être entendus par chacun de nous: Soyez savants, devenez prophètes puisque « par un paradoxe inattendu, le butin transcendant rapporté par la science offre plus de grandeur à la méditation qu'aucune tradition ». Méditons donc, « butinons» !... Je puis, dès lors, avouer mon adhésion plénière à l'optimisme foncier, de la pensée « chantante », en écho sur le Cosmos déluré, méditée et psalmodiée par Jacques Séverin Abbatucci, homme de l' Art et de la Science. Il s'agit bien, à ses côtés, de récuser le pessimisme trivial, mais aussi le «catastrophisme» mondain, spasmodique, en mal médiocre d'un « millénarisme» adjuré pour chaque jour ou ère! *** - 14-

Je sais bien, pourtant, qu'il ne manque pas de conjurations pour objecter, par une dénégation sourde, à la richesse unifiante de l'Evolution, à la constance rusée de la Cosmogénèse, au redressement même de la nuque (encore «raide ») des Humains. Il s'agit obstinément, pour certains, de récuser toute certification accordée à une finalité des choses et des êtres, à l'obtention des certitudes d'une «Promesse» pourtant incessamment « revisitée ». Il faudrait, selon eux, s'en tenir à un frileux immobilisme, ceinturé « d'imprévisible» : pour bien résister aux tentations de notre anthropomorphisme candide, pour consacrer piteusement notre néant. Il faudrait? Notre auteur, à juste titre, en appelle à notre fierté d'hommes, ne fermant pas les yeux devant l'éblouissement du « dasein », en compagnonnage avec André Malraux: «Le plus grand des mystères n'est pas que nous ayons été jetés au hasard dans une profusion de matière et d'étoiles: c'est que de notre prison nous puissions tracer de nous-mêmes des images suffisamment fortes pour nier notre néant ». Devrions-nous nonobstant fouler aux pieds notre «pensée », ramenée à de curieux enlacements de neurones, et « dé- entitésée » par le soin (morbide ?) des spécialistes de neurosciences? Peut-on encore s'abaisser au besoin niais de se nier? Doit-on obturer notre caverne platonicienne et narcissique? Faudrait-il même chasser comme une mouche agaçante notre esprit? Et tourner carrément le dos à l'Esprit, au Souffle initiateur et inspirateur, « communiel » ? Tout simplement!
*** Même si l'on se soucie de ne pas tout renfermer dans un anthropocentromorphisme béat, reconnaissons avec modestie qu'il n'est pas « commode» (au sens d'Henri Poincaré) de nous éliminer de nous-mêmes, - sinon par masochisme égrillard-, des « accidents» de l'Evolution cosmique. Nous y sommes, «conaissants» (avec Paul Claudel) dans «l'Emergence» d'un « Plan» éventuel, «intuitif», conjoignent tant d'autres « Emergences» successives. Quatre, suprêmes, de ces Emergences sont relevées par Jacques Séverin Abbatucci aux quatre coins de tous les «ordres» ou « scènes» scientifiques. Ce fut d'abord celle de «l'Energie », - 15-

au « Commencement ». Il y eut ensuite celle de la « Matière », en laquelle, par des « filaments» vibrants, l'Energie « devint ». Puis, assumant une montée dans et vers la Complexité fécondante, la « Matière» sut accoucher d'un minuscule et unique « ancêtre» de la Vie: et ce LUCA (Last universal cellular ancestor), ainsi unitairement au départ (ADN compris), se démultiplia conséquemment, et fantastiquement, en ce que nous appelons avec désinvolture la « Vie ». Ce n'était pas fini en fait d'Emergence! La « Vie », avec provocation, a donné (inconsidérément) apparition tardive, (fortuite ?), à « l' Homme », en et pour «0,0013 % de l'histoire de l'Univers ». Et le tout de cette «histoire» apparaissant d'ailleurs, pour certains cerveaux, comme dénuée «d'objet» (mais pas d'objectivité !), encore plus de « sujet », a fortiori de « sens». Pour ceux -là, finitude, oui; «finalité» anthropomorphique, si aguichante pourtant, non! Destination aucune (la nullité existe !). Débats... *** Cependant, encore nonobstant, les scientifiques qui fouinent dans tous les recoins et articulations du «butin» arraché à l'Energie, à la Matière, à la Vie, à l'Homme, se heurtent invariablement: à des « Invariants» ; à des Forces (quatre, encore, dûment énoncées par leurs émergences) ; à des jeux incontournables de « symétries », « d'oscillations» et de « régulations» ou « d'équilibres» ; enfin, à d'indiscutables « Lois» (non falsifiables au cours de toutes les vérifications entreprises ?). De tels « a posteriori», surpassant et inversant les « a priori » périmés qui étaient chers à Emmanuel Kant (l'Espace, le Temps), ne nous diraient donc rien sur l'imposition sournoise d'un «Plan» cachottier? Sans doute, on peut, pensant s'en détourner, attribuer, en toutes choses ou supputations, la paternité (ou pattern-ité) des Emergences à un dernier Emergé, le Hasard, grand seigneur, négligent vis-à-vis des prétendus « antihasards », roturiers, dont voudraient se targuer ces nouveaux et derniers venus qui se titrent du nom d' Hommes. .. Nous!

- 16-

Mais nous qui osons même donner des ordres à la Nature, la vêtir de nos abstractions pour mieux la dévêtir! Et nous allons jusqu'à nous déclarer plus malins que le Chaos qui sait, lui, aboutir tout seul à se donner des « Lois» (Oui, Prigogine), qu'il nous confierait même en une digne prosopopée! Peut-être que j'exagère ici dans mes propos: ceux-ci risqueraient de n'être point, dans leur adolescente vivacité, convenables par rapport aux sages développements dont ils sont prétendus s'inspirer! Qu'on me pardonne. .. *** Toutefois, je vais encore m'enhardir à dire, fut-ce à la cantonade ou à la marge, qu'il ne serait pas congruent, pour nous hommes, de nous confiner dans l'étroitesse d'un anthropomorphisme d' homo faber, récusant toute intuition, toute intervention, toute imagination, toute audace de l' homo sapiens, si pertinemment rêveur. La complexité auscultée dans « l' organogenèse », plus elle se développe, plus lui conviendrait-il d'être confiée au bon Hasard, néanmoins complaisant? Idem pour «1' homéostasie» idoine pour assurer la Vie? Et aussi pour le bon voisinage que s'accordent la Vie et la Mort en se congratulant dans la grâce de « l' Apoptose » ? Tout pourrait aller de soi, sans origine et sans but, sans prévisibilité ni direction, à l'envers de ce que l'Homme se suggère pour lui-même? Tant pis... ou tant mieux? Certes, les néo darwiniens peuvent se féliciter de leur fidélité à leur « père ». Tout peut bien marcher pour eux, selon une « fabrication» sans mystères ni symbolisations superflues, droite et sans boucle d'origine ni de pourquoi (antiscientifique ?).
Pour leur satisfaction, l'Homme ne «passerait plus », comme l'entendait Pascal, l'Homme. La «Matière» serait d'abord et toujours «debout»: quitte à entériner, tout en pestant contre lui, le « Panthéisme », avec le « Veau d'Or », à tous les niveaux et aux dépens de toutes les « gnoses» ou prétentions transcendantales ! On pourrait enfin se donner la liberté de mettre fin à la tentation humaine, au «péché originel» qui est dans « l'Intention », selon laquelle on voudrait circonvenir la Nature et fermer l'écrin d'Univers où elle se prélasse, grâce à une

- 17-

« pomme» de complicité grignotée par le fameux Adam et cette Eve coquine! Serait-ce possible d'en finir?! ! *** Je sais bien que nombreux seront, et sont encore et toujours, ceux de notre Espèce qui entendent gourmander celle-ci et l'enfermer dans un auto centrisme dénué de signification et de saveur ou de lucarne. Certains essaient même, avec talent, de mettre en actualisation, en œuvre, des potentialisations ou des processus réputés dépourvus d'intentionnalité. Ils le font aux fins (non intentionnelles ?) de vérifier, avec l'accélération et la grâce itérative des ordinateurs, que la répétition ne varietur, hostinato rigore, arrachée à Léonardo -, de ces processus mêmes, et de leurs « hasardeuses» (ou réputées telles) combinaisons, ferait naître l'apparence d'une intentionnalité convaincante: mécaniquement, stockastiquement, auto construite (tout est dans 1'« auto» !) ; et pourquoi pas infalsifiable (mais alors, encore scientifique ?). Ainsi, pourrait être définitivement dénoncée et mise à l'écart la supercherie de tout coup de pouce originel et intentionné, de tout « clinamen » refusé même à Lucrèce et à son « de natura rerum» ! Et se verraient aussi exclues toute orientation du mouvement consenti au Monde, toute inconvenante origine ou toute superfétatoire finalité. A ce compte, au-dessus des hommes, le Monde serait débarrassé des redevances à quelque Absolu ou Déité superflus et suspects. Sacré non !... Tout sens, tout aboutissement, toute valeur (et donc toutes qualifications inséparables de nos expérimentations les plus humaines, les plus quantifiantes !) appelleraient donc le sifflet d'un hors-jeu ou d'une fin de partie. Tant pis pour tout ce qui pourrait être reconnu honnêtement comme des créations humaines extirpées à la Nature impavide: si sublimes soient-elles. Mais que vaut, depuis Freud, la « sublimation» ! Et que valent toutes les humaines créations artistiques ou techniques, éthiques ou mathématiques, métaphysiques ou mystiques? J'en oublie... poussières ou détritus? Et en quelles «intentions» dont on aurait « pavé» quelque lieu inconfortable? *** - 18-

On doit juger que je me suis, une fois de plus, emballé, sinon cabré, en m'étant abusivement poussé jusqu'aux fossés de délimitations d'un auto nihilisme narquois. Je devrais plutôt sans tarder, revenir au plus près de ce que notre auteur nous invite posément à, dialogiquement, effectuer (et consacrer ?!). Il est possible, en effet, de converser en circulant, en commun, sur des portions de ces cheminements nouveaux, tortueux du Devenir - défrichable, imaginable? - avec des scientistes probes, des gnostiques ou néo gnostiques, des spécialistes de neurosciences, des humanistes, des agnostiques, des athées sereins, et même des panthéistes. Le professeur Abbatucci fait justement état des possibilités de rencontres fructueuses, estimables. Et il me fait ainsi me remémorer ma première rencontre avec le père Teilhard de Chardin. Il était venu (fin 1938 ou début 1939), à ma demande, rejoindre le groupe des camarades que nous étions, frais émoulus de Polytechnique, en formation à l'école d' Artillerie alors à Fontainebleau. Nos échanges se firent au petit collège d'Avon, dont le directeur, le père carme Jacques, notre hôte, serait, quatre ans plus tard, déporté à Auschwitz: pour avoir accueilli et justement caché trois enfants Juifs - souvenirs impérissables.. . ' Je puis tenter de déchiffrer - en écriture microscopique, sur un minuscule carnet consacré alors à « l'Instruction Générale sur le Tir» les notes, (discutables ?), prises au cours de notre entretien. Le père nous décrivait des compagnonnages possibles, toutefois jusqu'à des «carrefours» de séparation, avec des personnalités de tendances diverses, sinon antagonistes, dans leurs «jugements de valeur ». Il observait que ceux-ci « s'appuient sur (des) postulats ou options implicites dans les esprits par tempérament ». On ne tient «pas toujours compte» de ces options. Il nous proposait alors de « classer ces postulats et (choix) fondamentaux », d'en faire, à propos des parcours possibles, une « carte », pour « mieux comprendre nous-mêmes (la) topographie des gens avec qui causer, figurant (une) série de raisons d'opter en présence de la vie ». Il lui importait, pour nous alerter, de catégoriser clairement « les choix sur (des) valeurs de l'être (ou - de n'être pas -) ». Une première distinction pouvait s'opérer entre des
- 19-

« pessimistes» et des « optimistes» : à propos de la condition humaine et de la priorité de l'être sur le non-être. On ne peut ignorer, même s'il consentait, sur un bout de chemin, à deviser et convenir à propos des « passivités» négatives de l'existence, l'option d'un optimisme fondamental adoptée par Teilhard de Chardin. Au « carrefour suivant », se retrouvent en rencontres, en présence, entendait-il dire, «Monistes» et Pluralistes: car «on n'est pas seul (dans la) Relation entre être et non-être », opposait-il aux « Monistes ». On commencerait, dans cette rencontre à toucher le «fond des attitudes ». Car il s'agirait de « l'achèvement (de) l'individualité », mais aussi de « la valeur
du moment, de l'instantané être» . », et de la «foi dans l'idée (du) plus

Dans « l'unité» inhérente au « Monisme », il serait cependant possible de « se fermer sur soi », en omettant de « s'unir avec le reste », comme y pousse dans son fond «l'idée panthéiste ». Pour celle-ci, «l'être s'achève dans la totalité ». L'alerte du « Pluralisme », du «Panthéisme », pourrait être utilement entendue, accueillie, au cœur même de tout« Monisme ». Teilhard s'attachait, en effet, à nous présenter ensuite la diversité, les divergences, selon lesquelles s'écarteraient, de carrefours en carrefours, les «Monistes ». Il distinguait un «premier groupe, oriental », suivant un « geste d'évasion (hors du) filet où l'on est pris ». Il importe donc, intérieurement, pour ses adeptes, de «faire la nuit », en sorte que «par cette négation du multiple, on trouve l'un ». Il opposait alors le parcours d'un « deuxième groupe (qui) se trouve (amené) à un geste d'évolution », assumant la « transformation du multiple », mais en se « subdivisant (soit) 1, vers l'inconscient, (soit) 2 vers le plus de conscience, (allant) au maximum (vers) un pôle de Conscience ».

*** Le père en venait à évoquer le « Terme de l'être ». Etait-ce en rappel du « Pluralisme» ? Il nous parlait de l'accueil, par certains, d'un « multiple de nature divergente », pour lequel il n'y
aurait
«

pas de terme absolu ». Mais « chaque individu se cons- 20-

titue (son,. ou en?) absolu. Le monde se terminant dans l'étincelle de son Dieu ». Pour un «deuxième groupe », en revanche, le «multiple (est) mauvais », et « Dieu (est) indéfinissable parce qu' (Il) s'obtient par négation complète ». Il conviendrait, en ce point, de « penser à déterminer ce qui se cache sous (le) terme de Nirvanab ».
Teilhard évoquait alors un « troisième groupe », se définissant approximativement, dans ma notation, par un « Multiple final ». «Dans (ce) cas, (le) Multiple », - symbolisé par un schéma présentant de multiples points insérés dans un angle aigu, en pointe -, les éléments, les «choses autour de nous (seraient) par nature convergentes ». Il faudrait donc avoir le « courage de pousser jusqu'au bout dans leur sens» ces choses, ou ces démarches personnelles, « de nature convergente ». « L'unité se fait quand (elles sont) poussées dans leur sens». Je ne puis ici oublier combien allait bientôt m'accompagner et me soutenir, - dès la guerre et, à partir de Juin 1940, en captivité pour cinq ans -, cette incitation teilhardienne à l'entraide respectueuse et confiante entre compagnons « d'options» et de spiritualités différentes: en vue de nous « pousser», les uns les autres, à progresser vers «nos sens» respectifs, sûrs de leur convergence finale.

Cette incitation pourrait se préciser encore dans la forte maxime: «Tout ce qui monte converge ». Nos dialogues nos controverses, devaient et doivent toujours avoir pour motif, mieux encore que pour règle, de nous entraider à aller au plus loin dans nos « sens» ou sentiers personnels et originaux, en « montant ». C'était un encouragement, fécondant, à poursuivre ou entreprendre des rencontres et des démarches en voies d'œcuménisme, mais aussi de dialogues interreligieux : avec la confiance pour toutes les formes de pensée, d'idéal et de rattachement.

***

- 21 -

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.