La hiéroglossie japonaise

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La relation avec la langue chinoise, comme véhicule de la culture continentale, est déterminante dans l’histoire de la culture japonaise. Prenant comme modèle cette forme de symbiose culturelle articulée sur le façonnage de la langue, Jean-Noël Robert propose d’adopter le terme de « hiéroglossie » pour désigner l’interaction hiérarchisée entre deux ou plusieurs langues dont l’une apparaît comme l’axe interprétatif de l’autre ou des autres, lesquelles sont menées en retour, par l’action continue de cercles de plus en plus vastes de la société, à rivaliser ensuite de « sacralité » avec leur modèle originel. Ce dialogue constant, cette relation hiéroglossique entre les deux langues s’est maintenue tout au long de l’histoire de la culture japonaise, jusqu’au dernier tiers du XXe siècle. Le discours que prononça Yasunari Kawabata, le premier écrivain japonais ayant reçu le Prix Nobel en 1968, témoigne de cette conscience linguistique. En puisant la plupart de ses sources dans la poésie bouddhique japonaise – par exemple celle des moines Dogen, Myoe, Ikkyoû –, Kawabata s’inscrit dans la tradition zen et la mystique du langage de l’école Shingon (VIIIe siècle), selon laquelle il existe un lien direct entre les signes linguistiques – écrits et oraux –, et la substance des choses, qui n’est autre que la substance même de Buddha.
Publié le : mercredi 17 octobre 2012
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EAN13 : 9782213674599
Nombre de pages : 80
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© Librairie Arthème Fayard et Collège de France, 2012.
ISBN : 978-2-213-67459-9
Les Leçons inaugurales dans la collection Collège de France / Fayard

Depuis 2003, les Leçons inaugurales du Collège de France sont publiées dans la collection Collège de France / Fayard. Quelques leçons antérieures y ont été également republiées.

164. Serge Haroche
Physique quantique (2001)
165. Jacques Livage
Chimie de la matière condensée (2002)
166. John Scheid
Religions, institutions et société de la Rome antique (2002)
167. Roland Recht
L’objet de l’histoire de l’art (2002)
169. Christine Petit
Génétique et physiologie cellulaire (2002)
170. Édouard Bard
Évolution du climat et de l’océan (2003)
171. Stuart Edelstein
(2003)Les mécanismes de la transduction du signal en biologie
172. Mireille Delmas-Marty
Études juridiques comparatives et internationales du droit (2003)
173. Pierre-Louis Lions
Équations aux dérivées partielles et applications (2003)
174. Jayant Vishnu Narlikar
Faits et spéculations en cosmologie (2003)
175. Michael Edwards
Étude de la création littéraire en langue anglaise (2003)
176.
Berchem
Tradition et progrès. La mission de l’Université (2004)
Les Leçons inaugurales du Collège de France

Depuis sa fondation en 1530, le Collège de France a pour principale mission d’enseigner, non des savoirs constitués, mais « le savoir en train de se faire » : la recherche scientifique et intellectuelle elle-même. Les cours y sont ouverts à tous, gratuitement, sans inscription ni délivrance de diplôme.

Conformément à sa devise (Docet omnia, « Il enseigne toutes choses »), le Collège de France est organisé en cinquante-deux chaires couvrant un vaste ensemble de disciplines. Les professeurs sont choisis librement par leurs pairs, en fonction de l’évolution des sciences et des connaissances. À l’arrivée de chaque nouveau professeur, une chaire nouvelle est créée qui peut ou bien reprendre, au moins en partie, l’héritage d’une chaire antérieure, ou bien instaurer un enseignement neuf.

Chaque année sont pourvues, en outre, cinq chaires thématiques : Création artistique, Développement durable, Informatique et sciences numériques, Innovation technologique, Savoirs contre pauvreté.

Le premier cours d’un nouveau professeur est sa leçon inaugurale.

Solennellement prononcée en présence de ses collègues et d’un large public, elle est pour lui l’occasion de situer ses travaux et son enseignement par rapport à ceux de ses prédécesseurs et aux développements les plus récents de la recherche.

Leçon inaugurale prononcée le jeudi 2 février 2012 par Jean-Noël Robert professeur
Leçon inaugurale no 225

Pour la seconde fois dans l’histoire du Collège de France s’inaugure aujourd’hui une chaire consacrée à la civilisation japonaise. Il y a trente-deux ans, le 29 février 1980, celui qui fut mon maître en ces études, Bernard Frank, prononçait ici-même la leçon qui ouvrit quinze années d’un enseignement mémorable, dont l’influence s’est fait sentir sur une grande partie de la génération qui s’en est suivie. Depuis sa dramatique disparition en 1996, seize ans se sont écoulés, période qui se marquerait dans le bouddhisme japonais par un « rite de la dix-septième année », cérémonie où l’on évoque dans l’apaisement du temps la personne du défunt. S’il est licite de voir, dans la solennelle réunion qu’est une leçon inaugurale, l’expression académique d’un rituel séculier, on me permettra de la dédier ce soir à la mémoire de ce grand maître.

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