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La presse et les périodiques techniques en Europe (1750-1950)

De
567 pages
Comment ce genre éditorial que constituent la presse et les périodiques techniques se constitue et se développe-t-il ? Sur quels moyens de production et de diffusion repose-t-il ? Quels en sont les initiateurs et les auteurs, les publics et les espaces de réception ? Quels effets a-t-il produit sur une discipline, une spécialité, sur l'identité d'un milieu technique ? Ce livre se situe au carrefour de l'histoire des techniques, de l'histoire de l'édition et de la lecture et de l'histoire de groupes professionnels.
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Collection « Recherches en Gestion »
dirigée par Luc MARCO
volumes publiés :
a) Série générale :
1. Nouvelles avancées du Management, sous la
direction de L. Marco, 2005.
2. La publicité paneuropéenne, sous la direction de
C. Toporkof, 2005.
3. Les nouveaux courants de recherche en
marketing, sous la direction de J.-M. Décaudin,
J.-F. Lemoine et J.-F. Trinquecoste, 2005.
4. Design et Marketing : fondements et méthodes,
sous la direction de J.-P. Mathieu, 2006.
5. Morale industrielle et calcul économique dans le
epremier XIX siècle, l’économie industrielle de C.-
L. Bergery, par F. Vatin, 2007.
6. Brisque. Formalisations et applications pour les
organisations, sous la direction de B. Guillon,
2007.
7. Le management de la diversité, sous la direction
d’I. Barth et C. Falcoz, 2007.
e8. L’entrepreneur français, modèle pour le XIX
siècle, par K. Goglio, 2007.
9. Les coûts des maisons de retraite, par H. Bui
Quang, 2008.
10. Apprentissages, stratégies et compétitivité sur la
longue durée : l’étonnante histoire d’Eurocopter,
par M.-D. Seiffert, 2008.
11. Méthodes et thématiques pour la gestion des
risques, sous la direction de B. Guillon, 2008.
b) Série « Les Classiques en Gestion » :
I. B. COTRUGLI (1458), Traité de la marchandise etdu parfait marchand, traduction de Jean Boyron
(1582), éditée par L. Marco et R. Noumen, 2008.
II. M. de VOLTOIRE (1607), Le Marchand,
traitant des propriétés et particularités du
commerce et négoce..., édité par L. Marco, 2009
(à paraître).La presse et les périodiques
techniques en Europe
(1750-1950)
Patrice BretIllustration de couverture : Cliché P.B.
Remerciements à la Société d’encouragement pour
l’industrie nationale
© L’HARMATTAN, 2008
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
9782296073951
EAN : 9782296073951Sommaire
Page de titre
Page de Copyright
Introduction - Pour une histoire de la presse et des
périodiques techniques
Chapitre 1er - Les techniques dans la presse
d’annonces au XVIIIe siècle en France et en
Angleterre Réseaux d’information et logiques
participatives
Chapitre 2 - L’influence française dans les premiers
périodiques scientifiques et techniques espagnols
Chapitre 3 - Les Annales des mines et la forge à la
catalane
Chapitre 4 - Le Journal des voies de
communications Histoire d’une revue bilingue russe-
français 1826-1842
Chapitre 5 - Des périodiques techniques par et pour
les ingénieurs Un panorama suggestif, 1800-1914
Chapitre 6 - Une revue « scientifique et industrielle »
militante L’Enseignement professionnel, 1862-1865
Chapitre 7 - Une revue technique et scientifique au
XIXe siècle Les Annales du Conservatoire des arts
et métiers
Chapitre 8 - Presse technique et rivalités
professionnelles Le Journal des géomètres et le
Journal des géomètres-experts 1893-1921
Chapitre 9 - L’édition technique militante au service
du taylorisme La Revue de métallurgie, 1904-1920Chapitre 10 - Une revue d’affaires née à la Belle
époque Commerce et Industries, 1907-1930
Chapitre 11 - Quand l’Administration parle... par la
plume des ingénieurs Un siècle d’Annales des
communications électriques à distance
Chapitre 12 - L’apport des périodiques techniques à
l’histoire des inventions aux XVIIIe-XIXe siècles
Les auteurs
Index des périodiquesIntroduction
Pour une histoire de la presse et
des périodiques techniques
Patrice BRET, Konstantinos CHATZIS et Liliane
PÉREZ
Dans un article de synthèse sur l’histoire de l’édition et
e ede la lecture dans la France des XIX et XX siècles,
Jean-Yves Mollier et Patricia Sorel constataient en
1999 que, en ce qui concerne l’édition scientifique, la «
1recherche en est à ses balbutiements » . Comme
souvent, il n’est pas difficile de trouver « plus pauvre
que soi ». Si les publications périodiques dédiées aux
sciences sont nettement moins bien étudiées que
celles relevant des humanités, force est de constater
que la presse technique a été délaissée par les
historiens encore bien davantage. Les quelques
travaux importants qui portent sur des périodiques
ayant trait à l’architecture et à la construction jouent à
2cet égard le rôle de l’exception qui confirme la règle .
Les revues de corps et d’institutions, qui apparaissent
en France de la Révolution au Consulat et explosent
eau XIX siècle, ou les revues professionnelles, qui se
développent ensuite dans tous les pays ont encore
3peu retenu l’attention des chercheurs . Et pourtant, nepeu retenu l’attention des chercheurs . Et pourtant, ne
serait-ce qu’en termes purement quantitatifs, les
journaux techniques ne cessent, à partir de la
Monarchie de Juillet notamment, de se multiplier et de
se diversifier pour se constituer progressivement en
un genre éditorial distinct, qui, fort de ses diverses «
espèces », occupe une place de plus en plus
imposante au sein du paysage de l’édition périodique
4en France .
Le présent ouvrage est né du constat de ce
contraste saisissant entre l’ampleur du territoire à
explorer et l’état embryonnaire de la recherche en la
matière. Il n’a certes pas l’ambition de combler cette
lacune de l’historiographie ; de façon bien plus
modeste, il entend plutôt lancer un appel à développer
les études sur l’histoire de la presse et des
périodiques techniques en proposant, à travers une
série de cas, quelques entrées possibles dans ces
terres en friche.
Plus concrètement, ce livre est issu de cinq années
de recherche et de réflexions que nous avons
souhaité ouvrir en commun en organisant – au
croisement des centres d’intérêt de nos trois
5institutions et avec le soutien du CNRS et du
6ministère de la Recherche – un séminaire et une
7journée d’études . L’objectif était de mettre en place
un réseau de chercheurs français et étrangers et de
susciter une recherche internationale sur le sujet, afin
de donner à la presse technique la place qui lui revient
à la fois dans l’histoire des techniques et dans celle de
la presse en général. Bref échantillon des
interventions présentées durant les premières années
du séminaire ou lors de la journée d’études, lescontributions réunies ici forment la principale
matérialisation écrite de cet objectif, qui s’est
également prolongé par des publications
8particulières .
Vision large de la technique et de l’objet « presse et
9périodique techniques » , longue durée, démarche
comparatiste qui embrasse plusieurs aires
géographiques, volonté de parcourir l’ensemble de
l’axe qui va de la fabrication de la publication
technique périodique à sa réception en passant par le
moment de sa mise sur le marché éditorial: telles
étaient les grandes orientations du départ. Il s’agissait
de comprendre comment un genre éditorial nouveau
se constitue et se développe – sur quels moyens
matériels de production et de diffusion il repose ; qui
en sont les initiateurs et les auteurs ; quels en sont les
publics et les espaces de réception – et quels ont été
les effets qu’il a produits sur une discipline, sur une
spécialité, sur l’identité d’un milieu technique. Enfin, la
presse et les périodiques techniques étant d’abord un
vecteur d’information, nous entendions également
travailler sur la nature de cette information ainsi que
sur les différentes formes et « styles » qui la
véhiculent.
La composition du recueil reflète donc à la fois ces
orientations générales et l’état de la recherche au
moment de la rédaction de l’ouvrage. Le pluralisme,
qu’il soit méthodologique ou thématique, a été aussi
privilégié afin de mettre en valeur la richesse et les
potentialités de ce champ d’études.
Vision large de la technique. Depuis une époque
récente, le champ de l’histoire des techniques ne selimite plus aux seules techniques de production. Elle
recouvre aussi bien les secrets et les arts de faire
edans les journaux du XVIII siècle, que le taylorisme
dans la Revue de métallurgie (Michel Letté) ou la «
science » des affaires économiques dans la revue
eCommerce et industrie (Luc Marco) à l’aube du XX
siècle.
Longue durée. Si la plupart des chapitres traitent du
elong XIX siècle, l’horizon temporel des études ici
réunies court en effet du milieu du siècle des
Lumières, marqué par la richesse de l’éclosion des
savoirs pratiques dans la presse, entre production et
marché (Liliane Pérez et Marie Thébaud-Sorger),
jusqu’aux années 1960, avec l’évolution constante
d’une revue sur un siècle (Michel Atten). Seule une
perspective de longue durée permet, en effet,
d’observer comment la question de la technique –
présente sous différentes formes, telles les annonces
techniques, dans la presse généraliste qui se
edéveloppe depuis le XVII siècle en Europe –, est
happée progressivement par un genre éditorial
nouveau ; seule la longue durée permet également de
suivre les développements et les métamorphoses
successives de cette branche de la presse périodique
10qui se déploie, en nombre et en types , dans la
eseconde moitié du XIX siècle, et dont les différentes
formes (revue généraliste à spectre large versus
revue spécialiste aux objets plus circonscrits...) sont
illustrées à travers les chapitres de l’ouvrage.
Démarche comparatiste. Si la France domine le
paysage géographique de l’ouvrage, l’international s’yest immiscé avec l’Angleterre et sa presse d’annonces
(Liliane Pérez et Marie Thébaud-Sorger), l’Espagne,
représentée notamment par les Memorias de
agricultura y artes de Barcelone (Carles Puig-Pla), la
Russie enfin, terre de la revue bilingue Le Journal des
voies de communication, où se mêlent influences
étrangères et caractère originaux (Dmitri et Irina
Gouzévitch). À coup sûr peu nombreux et disparates
dans leur facture pour permettre des véritables études
comparatives, ces cas nationaux hors de France
rappellent opportunément le caractère, sinon
international du moins européen, du phénomène de la
presse technique ; ils dessinent également d’ores et
déjà les contours d’un territoire « transnational »,
rempli d’échanges et de circulations à l’instar du destin
éditorial de ces textes écrits par des ingénieurs
français au service du tsar, publiés en Russie avant de
paraître dans des revues françaises, ou de ces
planches des Annales des arts et manufactures
regravées en Espagne. Loin de l’Europe, de telles
réappropriations marquent aussi la naissance de la
presse, avec sa composante technique, au Mexique
edans le dernier tiers du XVIII siècle, et au Brésil à la
11veille de son indépendance .
Enfin, corollaire de la volonté d’étudier dans une
perspective historique l’objet « presse et périodiques
techniques » de façon aussi large que possible, en
s’intéressant aussi bien à la fabrication de la
publication périodique qu’à sa réception sans omettre
sa mise sur le marché éditorial, les auteurs de ce
recueil ont eu la liberté d’aborder leur objet particulier
avec l’approche qui leur paraissait la plus
prometteuse, ne serait-ce que pour de raisons dedocumentation et d’accès aux sources. Ainsi, les
différentes études ici réunies exposent une palette
large de méthodes d’investigation, de problématiques
et de centres d’intérêt, tandis que, dûment
contextualisée, la question de la matérialité de l’objet «
périodique technique » – format, mise en page,
fréquence de parution, types et organisation de
l’information véhiculée... – traverse de façon plus ou
12moins appuyée l’ensemble des chapitres . Cette
question est même pour certains des auteurs le
principal objet de leur contribution.
Si l’approche monographique est majoritaire, trois
études plus synthétiques ouvrent sur des perspectives
plus larges. Ainsi L. Pérez et M. Thébaud-Sorger
interrogent les modalités du développement de la
culture technique à travers la presse d’annonces en
eAngleterre et en France au XVIII siècle, tandis que K.
Chatzis et G. Ribeill étudient l’évolution, tant au niveau
des caractéristiques matérielles qu’à celui de divers
acteurs impliqués, de la presse technique pour
eingénieurs en France au XIX siècle. In fine, Martine
Mille propose, dans un travail en cours, un essai
d’analyse de l’apport des périodiques à l’étude des
e einventions aux XVIII et XIX siècles.
Pour certains des auteurs, la revue technique,
certes instrument de circulation d’information au sein
d’un milieu, est abordée principalement comme moyen
d’organisation et vecteur de transformation de ce
milieu. C’est l’angle d’attaque adopté par Hélène
Vacher dans sa contribution sur la presse
professionnelle des géomètres français. On retrouve
cette thématique dans le chapitre de R. d’Enfert sur larevue L’enseignement professionnel comme dans
celui de M. Letté sur la Revue de métallurgie : dans
les deux derniers cas, les milieux professionnels en
question sont en outre soudés par des projets «
militants », projet éducatif tel que l’amélioration de
l’enseignement professionnel pour les uns, projet
industriel avec la promotion du taylorisme pour les
autres. Le chapitre signé par Claudine Fontanon sur
les Annales du Conservatoire des arts et métiers met
au premier plan les relations qui s’établissent entre les
divers acteurs – auteurs, éditeurs, imprimeurs –
associés à la production et la diffusion d’un périodique
technique. Dmitri et Irina Gouzévitch nous font entrer
dans les coulisses de la fabrication (difficile) d’une
revue bilingue russe-français. La contribution de L.
Pérez et de M. Thébaud-Sorger sur la presse
ed’annonces au XVIII siècle relève, quant à elle, d’une
histoire culturelle de la technique : à travers ce type de
presse, les auteurs montrent comment la technique
s’insère dans l’ « l’espace public » et participe même à
sa construction. À travers le portrait de la revue
Commerce et Industries, Luc Marco nous fait pénétrer
aussi dans l’univers des réseaux et des sociabilités
d’un milieu, celui des « affaires » pendant les
epremières décennies du XX siècle. Pour Jean
Cantelaube, le cas des Annales des mines étudié dans
sa contribution est mis au service d’une série de
réflexions sur l’écriture d’une histoire des techniques.
On laisse au lecteur le soin de découvrir d’autres
thématiques qui parcourent, sur un mode majeur ou
mineur, les différentes contributions.
En définitive, voici un livre portant sur une infime
partie d’un vaste sujet qui se présente – les différentschapitres le montrent bien – comme un véritable
carrefour où se croisent plusieurs histoires (histoire
des techniques, histoire de l’édition et de la lecture,
histoire de groupes professionnels, etc.). Espérons
que sa lecture ne manquera pas de produire quelques
vocations supplémentaires.
NOTES
1 J.-Y. Mollier et P. Sorel, « L’histoire de l’édition, du
e elivre et de la lecture en France aux XIX et XX
siècles », Actes de la recherche en sciences
sociales, 126/127 (mars 1999), 39-59 (citation p. 46).
Voir aussi J. Pluet-Despatin, M. Leymarie et J.-Y.
Mollier (dir.), La Belle époque des revues, 1880-
1914, Paris, Ed. de l’Institut Mémoires de l’édition
contemporaine, 2002.
2 Voir, par exemple, les références des contributions
de K. Chatzis et G. Ribeill ou d’H. Vacher. Dernier né
de cette littérature : J.-Ph. Garric, V. Nègre et A.
Thomine-Berrada (dir.), La Construction savante. Les
avatars de la littérature technique, Paris, Éditions
Picard/INHA, 2008, issu du colloque « Les avatars de
la littérature technique », organisé par le CDHT et
l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) les 3, 4 et 5
mars 2005 à Paris.
3 Outre les chapitres de ce livre, citons néanmoins
les travaux, publiés ou en cours, sur le Journal des
mines (Isabelle Laboulais-Lesage), le Mémorial
topographique et militaire (Patrice Bret), les Annales
des mines (André Thépot) et les Annales des ponts
et chaussées (Nathalie Montel).4 Moyennant un certain nombre d’hypothèses, Jean-
Michel Leniaud obtient pour la période 1800-1970 et
pour les seules revues d’architecture un total de six
millons de volumes (voir J.-M. Leniaud, « Introduction
», dans J.-M. Leniaud et B. Bouvier (dix.), Les
e epériodiques d’architecture, XVIII -XX siècle.
Recherche d’une méthodes critique d’analyse, Paris,
L’Ecole des chartes, 2001, p. 7-8.
5 Le Centre A. Koyré – Centre de recherches en
histoire des sciences et des techniques (CAK-CRHST)
pour Patrice Bret ; le Laboratoire Techniques,
Territoires et Sociétés (LATTS/Université Paris-Est et
CNRS) pour Konstantinos Chatzis ; le Centre d’histoire
des techniques et de l’environnement au
Conservatoire des national des arts et métiers
(CDHTE/CNAM) pour Liliane Hilaire-Pérez.
6 Dans le cadre d’un programme de l’Action
concertée « Histoire des Savoirs », lancée à l’initiative
du département Sciences de l’homme et de la société
du CNRS en 2003. Voir L. Hilaire-Pérez et M. Mille, «
Histoire des savoirs techniques : constitution de
corpus de sources et de lexiques du Moyen Age à
l’époque contemporaine », dans K. Chemla (dir.),
Action Concertée « Histoire des savoirs », 2003-
2007. Recueil de synthèses, Paris, CNRS/Ministère
de l’Enseignement supérieur et de la recherche,
novembre 2007, p. 239-250.
7 « De la technique dans la presse à la presse
e etechnique, XVIII -XX siècles», organisée le 28
mai 2004.8 Par exemple : Joost Mertens, « The Annales de
l’industrie (1820-1827): a technological laboratory for
the industrial modernization of France », History and
technology, vol. 20, n° 2, juin 2004, p. 135-163.
9 Ainsi nous avons accueilli au sein de notre
séminaire plusieurs types de publications périodiques,
allant de la revue technique spécialisée à toute
publication périodique à vocation technique, de
l’almanach du siècle des Lumières au catalogue de
vente d’instruments techniques de l’entre-deux-
guerres.
10 Les revues techniques semblent épouser alors
pleinement les nouvelles conditions démographiques,
économiques, sociales et politiques au cours de ce
siècle. L’accroissement de la population, celui des
échanges marchands et non-marchands, le
développement industriel, celui des modes de
transports nouveaux autour de la vapeur, la
mécanisation du tirage et l’apparition de nouvelles
techniques de reproduction, l’établissement progressif
de la liberté de la presse, la montée de
l’alphabétisation et la démocratisation de la lecture, la
spécialisation croissante des savoirs et de domaines
professionnels, tous ces facteurs pèsent sur le
développement et les formes de la presse technique.
11 Patricia Aceves Pastrana (dir.), Periodismo
científico en el siglo XVIII: José Antonio de Alzate y
Ramírez Mexico, Universidad aut όnoma
metropolitana-Xochimilco, 2001; Lorelai Kury (dir.),
Iluminismo e imperio no Brasil. O Patriota (1813-
121814), Rio de Janeiro, Editora FIOCRUZ, 2007. C’est le cas notamment de C. Puig-Pla, sur les
Memorias de agricultura y artes, et de M. Atten, qui
brosse le tableau de trois revues dans le domaine des
communications électriques à distance, ou de K.
Chatzis et de G. Ribeill, qui dressent un panorama des
erevues d’ingénieurs dans la France du XIX siècle,
et de Luc Marco qui présente la revue Commerce et
Industrie.erChapitre 1
Les techniques dans la presse
ed’annonces au XVIII siècle en
France et en Angleterre Réseaux
d’information et logiques
participatives
Liliane PÉREZ et Marie THÉBAUD-SORGER
Si une presse technique spécialisée prend forme au
eXIX , siècle, à mesure que des groupes
professionnels, des corps, des écoles, des sociétés
d’encouragement se dotent d’organes de diffusion et
de promotion, cette dynamique repose sur un
processus de médiatisation et de publicisation des
etechniques entamé dès la fin du XVII siècle. Le
mouvement accompagne l’émergence de publics pour
la technique au-delà de l’espace social et
professionnel des arts et métiers, sans pour autant se
confondre avec les milieux savants et académiques.
De multiples médiations visuelles et écrites
construisent l’intérêt de publics différenciés (amateurs,
savants, usagers, consommateurs,
1administrateurs...) . Par le biais de cours, de
spectacles et de démonstrations dans l’espace urbain(boutiques, manufactures, jardins, foires) et grâce à
l’essor de l’imprimé technique, des traités aux modes
2d’emploi, aux annonces et aux prospectus , la
technique se constitue comme corps de savoirs
distinct, avant même que la technologie ne soit
formalisée et enseignée dans les institutions nées de
3la Révolution . La presse d’annonces, aux antipodes
des formes consacrées de la culture savante, permet
de saisir ce mouvement d’élargissement des publics
via l’essor commercial. Le rôle de l’information dans la
construction des marchés et l’engouement
consumériste pour les nouveautés expliquent le
succès de la rencontre entre l’annonce et la technique.
Précisons ce que désigne ce genre. Les feuilles
ed’annonces existent dès le XVII siècle, émanant des
4bureaux d’adresse et des offices of intelligence , mais
la presse d’annonces se développe dans les années
1720 en Allemagne et en Angleterre où se multiplient
les Advertisers en lien avec l’économie consumériste
et l’intensité des transactions commerciales (Daily
Advertiser, General Advertiser, Gentleman’s Magazine
5or Traver’s Monthly Intelligencer) . Vers 1750, les
annonces représentent 75 % de la surface éditoriale
de certains périodiques anglais, les publicités
médicales dominant le corpus en lien avec la
6commercialisation de la santé . En France, les
annonces connaissent aussi un franc succès grâce au
lancement des Annonces ou les Affiches et avis divers
à partir de 1745, à l’échelle nationale et provinciale. «
Véritable innovation de l’espace public » selon Gilles
7Feyel , le genre se déploie sous d’autres formules ets’étend aux almanachs de commerce, en rien limités à
8de simples listes de professionnels . De plus, bien des
gazettes, des magazines et des journaux insèrent des
annonces dans leurs colonnes. La mixité du support
edevient une caractéristique de la presse au XVIII
9siècle .
La place des techniques dans la presse d’annonces
met en jeu deux processus. D’une part, une dimension
participative : l’espace public de la technique ne se
limite pas à la diffusion de savoirs mais repose sur la
sollicitation des capacités du public à juger, à débattre
des avantages des techniques et à proposer des
inventions, grâce à la mise à sa disposition croissante
10d’informations pratiques et de connaissances utiles .
Les journaux, et notamment la presse publicitaire,
suscitent de véritables « communautés du texte », des
réseaux de correspondants, de lecteurs, de
souscripteurs, de libraires, d’annonceurs qui
s’approprient le support, construisent des sociabilités
11et font du périodique un projet collectif . L’invention,
ethématique forte des journaux d’annonces au XVIII
siècle, bénéficie de cette dynamique ; elle chemine
grâce à « l’intervention de décideurs nombreux »,
12d’usagers et de consommateurs . En France, la
publicisation des techniques revêt un caractère
subversif ; elle participe du bouleversement de la
elégitimation des savoirs au XVIII siècle, de la
concurrence de l’Académie des sciences par d’autres
13instances et par un nouvel acteur, le public . En
Angleterre, le problème ne se pose pas dans ces
termes, la Royal Society of London n’ayant jamaisimposé de monopole du jugement sur les savoirs et
ayant plutôt favorisé les échanges, en interne et avec
14d’autres institutions . Comme on le verra, c’est dans
ele réseau de la Royal Society à la fin du XVII siècle
que naît le premier périodique d’annonces techniques.
La rapidité de circulation de l’information que recèle le
genre de l’annonce est en prise directe avec
l’émergence de communautés d’intérêts qui signent
une émancipation des acteurs de la technique.
D’autre part, la médiatisation des techniques et
l’élargissement des publics sont soutenus par des
15dynamiques marchandes . L’essor des
econsommations au XVIII siècle s’accompagne d’une
intensification de la publicité commerciale : cartes de
commerce, annonces, prospectus, affiches, livrets (et
16mises en scène, par exemple, dans les boutiques) .
La publicité joue de l’évènement, du goût pour la
nouveauté tout en adoptant la répétition comme mode
17de persuasion . Dans ce domaine, la presse
d’annonces occupe une place privilégiée. L’intérêt pour
le fait nouveau et l’attention aux modes façonnent le
contenu éditorial et favorisent l’accélération des
périodicités. L’invention peut devenir la matière
première des annonces et constitue parfois l’essentiel
du corpus d’un périodique comme l’Almanach sous-
verre des associés étudié dans ce chapitre.
L’enjeu est certes promotionnel. Ainsi, les vocables
« invention », « nouveauté », « secrets », qui émaillent
les rubriques d’annonces, désignent moins des
techniques de production radicalement nouvelles que
des perfectionnements et des variations sur desproduits, au gré des modes et du goût du public.
Selon Christine Velut, qui a étudié les annonces des
fabricants de papiers peints parisiens, «le vocabulaire
de l’invention est nécessaire à la valorisation du travail
accompli dans l’entreprise, valorisation à laquelle les
18périodiques contribuent indéniablement » .
L’information technique et, a fortiori les savoirs,
19semblent absents de ces stratégies commerciales .
Le thème fait écho à la dichotomie croissante entre
production et commercialisation dans l’économie
urbaine ; les boutiquiers disposent leurs produits dans
des vitrines spacieuses alors que la fabrication est
reléguée dans les ateliers et les cours, à mesure que
20progressent les réseaux de sous-traitance .
Pourtant, les stratégies commerciales promeuvent
aussi des savoirs techniques et postulent des
appropriations, tant l’explication et la mise en ordre
des pratiques, censées faciliter l’usage, participent des
21rhétoriques de persuasion marchandes . Une
littérature d’usage, éphémère, accompagne
l’économie de la mode et du luxe. La construction de
marchés élargis pour des objets sophistiqués
(montres, meubles d’ébénisterie, carrosses,
pompes...) et le financement (notamment par
souscriptions) d’équipements liés aux
perfectionnements de l’industrie et aux applications de
la science favorisent la diffusion d’informations et de
connaissances techniques par des livrets, des
prospectus, des cours et des démonstrations. La
presse d’annonces constitue le principal relais de ces
stratégies commerciales de l’information technique,
distillée dans des cercles différenciés d’acheteurspotentiels. Les inventions envahissent la presse parce
qu’elles sont à la croisée des marchés de
consommation et de communautés d’intérêts
nouvelles.
L’enjeu de cette contribution est de montrer que la
presse d’annonces constitue un point d’observation
privilégié de l’émergence de la culture technique au
eXVIII siècle. Ces journaux révèlent l’intensification
des réseaux d’information liés à la commercialisation
et la promotion de logiques participatives qui
accompagnent le décloisonnement et l’émancipation
des savoirs techniques. Ainsi, dans une première
partie, nous proposerons une typologie de l’annonce
technique pour cerner sa place et ses fonctions dans
ele corpus de plus en plus étoffé de la presse au XVIII
siècle. Dans un deuxième temps, nous étudierons la
dynamique de publicisation instaurée dans la presse
d’annonces, entre marché et bien public, entre média
économique et instrument d’innovation sociale et de
culture participative.
Fig. 1 : Daniel Lysons, Collectanea ; or a Collection of
Advertisements and Paragraphs from the Newspapers
relating to various Subjects, 1660-1823 : liste
manuscrite de journaux figurant au début du premier
volume des Collectanea. British Library, 1881.b. 6 [vol.
1 (1)].
Typologie des supports et analyse desrubriques : la plasticité de l’annonce technique
Qu’est-ce qu’une « annonce technique » ? Quelles en
sont les formes, les contenus rédactionnels ? Dans
quelles publications prend-elle place ? Quels sont ses
liens avec l’information commerciale ? Comment met-
elle en réseau des systèmes d’information ? Peut-on
déceler les inflexions du genre sur la longue durée ?
Si l’analyse statistique sur un vaste corpus n’est pas
22encore possible , on peut tenter une typologie des
formes rédactionnelles et une analyse des rubriques à
partir de sondages. Il est également possible de suivre
les mutations de l’annonce technique sur la durée
grâce à un périodique : L’Almanach sous-verre des
associés, contenant les découvertes, inventions, ou
expériences nouvellement faites dans les sciences, les
arts, les métiers, l’industrie, etc., paru de 1768 à 1856
sous différentes formules.
Diversité des supports périodiques
L’invention technique est régulièrement présente dans
les annonces des périodiques, gazettes, affiches et
journaux à vocation plus littéraire ou politique.
Cependant, une distinction s’impose entre la presse
d’annonces, la presse technique qui émerge et la
presse généraliste déjà installée.
Le premier type de périodiques, les journaux
d’annonces, fait une large place aux inventions. En
Angleterre, une variété de supports accueille les
publicités d’inventions comme le suggère la
quarantaine de titres mentionnée par l’érudit Daniel
Lysons (1762-1834) à l’entrée de sa collection de
publicités et de prospectus réunis en quatre volumes,
de cent folios chacun, les Collectanea ; or aCollections of Advertisements and Paragraphs from
the Newspapers relating to various Subjects, 1660-
231825 (fig. 1) : Mists‘s Journal, Spectator, Daily
Advertiser, London Journal, Kingdom Intelligencer,
General Evening Post, Public Ledger etc. (journaux
londoniens, provinciaux et américains). Daniel Lysons,
vicaire, fils d’un recteur du Gloucestershire, est
membre de réseaux savants et politiques prestigieux.
Chapelain de Horace Walpole, il entre à la Society of
Arts (1790) et à la Royal Society (1797), avec son
frère Samuel, grâce à l’amitié de Joseph Banks.
Banks introduit Samuel Lysons, avocat et amateur
d’antiques, auprès de la famille royale, ce qui lui vaut
le poste de garde des archives de la Tour de
Londres ; il sera aussi vice-président de la Society of
Antiquaries. Les deux frères ont le goût de l’enquête ;
ils publient un guide des environs de Londres puis une
monumentale topographie des comtés anglais. Daniel
Lysons appartient au milieu des antiquaires, hommes
de goût sensibles au renouveau de la culture curieuse
où l’invention, objet d’intérêt public, joue un rôle clé, et
soucieux de conserver les traces fragiles de l’activité
humaine, ruines, vestiges et archives éphémères. Il
rassemble ainsi des centaines de tracts et de
publicités d’inventeurs dans les Collectanea. Les
annonces sont découpées et collées, parfois annotées
et accompagnées de cartes de commerce (fig. 2). Les
deux premiers volumes concernent les peintres, les
musiciens, les fabricants d’instruments, les ébénistes,
les médecins, les pharmaciens, les galvanisateurs, les
vétérinaires, les dératiseurs. Les suivants ont trait à
différents métiers, aux transports, aux boutiques et
aux lieux de restauration. Relevant dans la presse les
inventeurs les plus médiatiques, ceux qui colonisentl’imprimé, le collectionneur restitue la chronologie des
affaires, des rivalités et des procès. Comme pour les
patents, les usages de l’annonce sont multiples,
offensifs et défensifs, souvent associés à d’autres
stratégies d’exploitation. Les Collectanea offrent une
plongée dans l’univers de l’annonce, reflétant l’essor
du world of goods et l’inscription culturelle érudite et
élitiste du système d’information qui l’accompagne.
Ces étranges volumes livrent donc une pratique de
lecture, un mode de réception de l’annonce technique,
extraite de la banalité du quotidien, déliée de ses
enjeux commerciaux, devenue pièce de collection,
suggérant la perméabilité des univers culturels aux
débuts de l’industrialisation.
En France, la presse d’annonces donne lieu à deux
types de périodiques : les journaux, dont un quotidien,
le Journal de Paris créé en 1777, au succès
grandissant, et les Affiches. Le Journal général de
France ou Affiches, annonces et avis divers centralise,
par le biais de la censure exercée par l’abbé Aubert,
l’information des affiches locales diffusées dans toutes
les villes du royaume. Cette structure favorise la
circulation et la reprise de certains articles dans
l’ensemble du réseau des Affiches, élargissant leur
aire de réception. Elles ouvrent leurs colonnes à des
articles sur des sujets variés, faisant une place
importante aux techniques. Par ailleurs, des rubriques
d’annonces à vocation commerciale sont spécialement
consacrées aux inventions, comme dans L‘Avant-
24coureur , l’Almanach sous-verre ou l’Almanach
Dauphin qui se dote d’une section intitulée « Nouvelles
nouvelles » et fait paraître dans l’édition de 1777 un
supplément de quatre-vingts pages consacré à desinventeurs, classés alphabétiquement par métiers.
L’émergence de supports mixtes, alliant l’héritage de
la presse commerciale (feuilles d’annonces) et la
publication de mémoires et de lettres, constitue le trait
majeur de la presse périodique dans la deuxième
emoitié du XVIII siècle en France. Cette évolution
s’accompagne d’une grande diversité éditoriale, dans
la périodicité, les formats, les lieux de parution.
En parallèle, en France comme en Angleterre,
certains périodiques mêlent les annonces à des
articles plus denses et se spécialisent dans la
promotion de nouveautés dans les arts et les
25sciences . Les annonces s’insèrent dans une
panoplie de formes rédactionnelles consacrées aux
etechniques. A Londres, dès le début du XVIII siècle,
existent des journaux spécialisés dans les nouvelles
pratiques, dont le contenu ne se limite pas à des
effets publicitaires. Ainsi, le Weekly Miscellany for the
Improvement of Husbandry, Trade, Arts and Sciences,
fondé en 1727 par Richard Bradley, botaniste,
hommes à projets et membre de la Royal Society of
London, offre des articles sur des objets techniques
tels que la pompe de l’académicien français La Hire
(17 octobre 1727), des lettres de lecteurs (par
exemple sur des canalisations en terre, 22 août 1727),
des conseils de jardinage, spécialité de Bradley, des
notices d’une vingtaine de lignes sur des produits
nouveaux (encre, plantes) et des « Advertisements »
en fin de numéro. Ces publicités commerciales
profitent notamment au marchand quincaillier
Christopher Pinchbeck, horloger et entrepreneur de
spectacles et dont la boutique, la Musical Clock, dans
Fleet street, sert de bureau d’adresses au journal deFleet street, sert de bureau d’adresses au journal de
26Bradley . Le milieu des annonceurs recoupe celui
des inventeurs et des hommes à projets qui jouent un
rôle clef dans la circulation des capitaux, des biens de
consommation et de l’information.
Fig. 2 : Daniel Lysons, Collectanea ; or a Collection of
Advertisements and Paragraphs from the Newspapers
relating to various Subjects, 1660-1825 : exemple
d’articles rassemblés dans les Collectanea. British
Library, 1881.b. 6 [vol. 2 (2)].
En France, ce genre est représenté par la Gazette
d’agriculture, commerce, finances et arts fondée en
1779, la Gazette des arts et métiers, les Nouvelles de
la République des lettres et des arts, émanation du
27Salon de Pahin de la Blancherie . Ces revues
périodiques nouvelles et spécialisées dans les
sciences et les arts font une place de choix aux
inventions. Ainsi la Gazette d’agriculture, découpée en
grandes rubriques telles que l’agriculture, l’économie,
les découvertes utiles, présente les nouveautés sous
la forme d’articles informatifs qui donnent la
description du procédé, la légitimation de l’Académie
des sciences et renvoient souvent à une brochure ou
à une adresse de fournisseur. La rédaction des
articles s’apparente plus à la nouvelle qu’à l’annonce.
Cette ambiguïté est aussi propre au troisième groupe
de périodiques, la presse généraliste.
Les gazettes et les magazines littéraires ne sont
pas a priori des journaux d’annonces ; ils ont unevocation de compte rendu large, politique ou littéraire.
Mais ils connaissent des changements et des
adaptations. Certaines évolutions sont dues à la
personnalité des rédacteurs qui impriment des
orientations, comme l’a étudié Yasmine Marcil dans sa
28thèse sur la diffusion des récits de voyages . Des
formes rédactionnelles intermédiaires apparaissent
comme dans le Courrier de l’Europe ou Gazette anglo-
normande, gazette traditionnelle où l’information est
distribuée par lieux et par pays, mais aussi dans une
29rubrique « mélanges » suivie d‘annonces . La mixité
des formules dans les journaux généralistes apparaît
également en Angleterre, ainsi dans Universal
Magazine of Knowledge and Pleasure (1747-1803),
associant des nouvelles sur plusieurs pages et des
annonces d’une demi-page. Les techniques se coulent
dans les deux types de rubriques. En décembre 1749,
aux quatre pages sur les pompes de la Tamise vues
30par l’ingénieur Henry Beighton , assorties d’une
planche, succèdent un nouveau moyen de corriger la
myopie sur moins d’une page. Face à cet éclectisme
anglais, c’est par le biais d’histoires et de comptes
rendus que le goût pour les récits de nouveautés
perce dans la presse généraliste en France. L’amateur
31Jean-Claude Pingeron , inlassable divulgateur de
techniques, publie régulièrement ces procédés
récoltés ou inventés dans le Journal encyclopédique,
soit 25 articles écrits entre 1771 et 1787. Le Mercure
de France, grand hebdomadaire qui par son succès et
son tirage élevé (jusqu’à 20 000 exemplaires en
321785) fait office presque de journal officiel, connaît
de nombreux infléchissements suite à sa reprise par lelibraire éditeur Panckoucke qui introduit de nouvelles
rubriques, notamment « variétés » et « inventions »,
faisant une place aux améliorations techniques. Ainsi,
le numéro de juillet 1784 rapporte en détail une
expérience de « ponts cabestans » de M. de la
Bretonnière, réalisée avec les ingénieurs des ponts et
chaussées ; le compte rendu décrit en détail le
fonctionnement du mécanisme, notamment lors de
33l’opération délicate du déchargement . Cet intérêt se
prolonge dans le récit d’expériences aérostatiques ou
34de démonstrations d’automates . Le rédacteur capte
le lectorat à travers l’exposition de procédés et de
mécanismes nouveaux, curieux et merveilleux.
La présence des sujets techniques dans la presse
généraliste s’exprime dans une variété de rubriques
qui correspondent à différents marchés : produits,
publications, prototypes, lancements de souscriptions.
Les tables des matières (non systématiques) peuvent
permettre une évaluation. Ainsi dans le Journal
général de France, les articles sont distribués en trois
parties selon la table annuelle : les comptes rendus
d’ouvrages (« livres nouveaux »), les « avis divers » et
les comptes rendus de spectacles.
Les techniques recouvrent un pourcentage assez
faible sur l’ensemble des articles des catégories «
livres nouveaux » et « avis divers ». Ce chiffre est à
peu près stable et suit l’accroissement des notices
entre 1783 et 1784 – peut-être un effet de finesse de
la table des matières. Cependant, on remarque en
1783 que dans les publications, si les belles-lettres
représentent 65% des livres recensés contre 4,5%
pour les ouvrages techniques, la technique estprésente dans 31,4% des articles de la rubrique « avis
». Celle-ci comporte notamment une section «
Inventions et beaux-arts ». De plus, la technique figure
sous le chapeau « commerce », « agriculture », «
médecine », « mécanique », « physique ». De même,
les articles techniques forment en 1784 34% des «
avis » (soit 136 sur 399), en raison notamment de la
découverte des ballons (49% des articles de la
rubrique « mathématiques, physique, histoire naturelle
» sont occupés par l’aérostation) ; ils retombent à 15%
en 1785. Au sein de la partie « annonces et avis », et
non plus des comptes rendus d’ouvrage, l’ancrage des
techniques sous des formes très variées est un fait
non négligeable. Le total est exprimé dans le tableau
suivant.
Années Total Articles « techniques » en
articles %
1781 405 11,4
1782 449 6
1783 423 14,5
1784 965 19
1785 913 5,4
Au-delà de la quantification des techniques dans la
presse généraliste, comment ce thème se manifeste-
t-il à l’intérieur des différentes rubriques, puisquel’intitulé des sections peut recouvrir des contenus très
35différents ? L’annonce semble constituer une forme
privilégiée d’exposition, inscrivant l’exposé dans un
présent ou un futur proche, à mi-chemin entre
l’information commerciale et la nouvelle intéressante.
Prenons, à titre d’exemple, une page du Journal
général de France, du 5 août 1784, où se succèdent
trois articles dans des rubriques différentes ; la
technique s’y glisse par le biais de l’annonce, comme
complément d’information ou comme publicité pour
des matériaux et des appareils. Le premier des textes,
dans la rubrique « physique », est une lettre sur les
expériences aérostatiques entreprises par le
mécanicien Jean-Pierre Blanchard en mars, mai et
juillet 1784. Intégré au récit, un détail technique capital
paraît sous forme d’annonce. Il concerne la fabrication
de l’enveloppe du ballon, car l’étoffe doit être
imperméable et expansible : « le sieur Tourillon (car
pourquoi ne pas le nommer et faire connaître les
citoyens utiles dans quelque rang que le hasard les
aient placés) est non seulement celui qui a fabriqué
préparé et construit le globe dont Blanchard s’est servi
dans ces trois voyages mais encore qui a trouvé le
moyen de fermer les coutures dont les issues sont
impossible à l’air inflammables ». Si ce paragraphe
laissait à douter qu’il s’agit d’une annonce à but
commercial, un appel de note donne l’adresse de la
manufacture et du lieu de débit « sous les arcades du
Palais Royal, n°132 ». Lui succède, dans la même
colonne, l’article « chimie », un paragraphe qui
annonce la traduction prochaine d’un périodique
36allemand lancé par Crell, les Annales de chimie ,
renvoyant cette fois au marché des imprimés. Cepériodique se définit comme « consacré aux amateurs
de physique, de la médecine, de l’économie
domestique, et des travaux des manufactures »,
destiné donc également à l’acquisition de savoirs
pratiques et techniques. Enfin, sur la colonne de droite
suit sous le titre de rubrique « invention », la relation
d’une nouvelle forme de poêle imaginée par le Sieur
Jouvet qui a reçu l’expertise de l’Académie des
sciences. L’artiste apparaît comme inséré dans
l’espace urbain parisien, car le journal a pour but de
faire connaître les lieux où l’on peut se procurer les
objets utiles : «Le sieur Jouvet demeurant à Paris, rue
St Honoré, vis-à-vis de celle de celle des Florentins n°
370 ».
Ainsi, à la pluralité des supports éditoriaux de
l’annonce technique s’ajoute la diversité du traitement
de l’information. La promotion d’inventions oscille entre
l’information pratique, l’énoncé des moyens
disponibles et une culture du divertissement portée
par le succès des curiosités, la percée du fait divers,
37le goût de l’anecdote et de la fiction , notamment
dans la presse anglaise. Le New London Magazine
ouvre une rubrique « Balloon intelligence » en 1785,
insérant les portraits des aéronautes Jean-Pierre
38Blanchard, Vincenzo Lunardi et Mrs. Sage .
Les caractères de l’annonce technique sont donc
pluriels, ni figés dans un genre éditorial, ni restreints à
un registre thématique, mais à la fois publicités
commerciales, recettes domestiques, divertissements
et culture pratique. Afin de cerner des évolutions,
après avoir décrit les journaux où apparaissent les
annonces techniques, nous proposons une typologiede cette forme nouvelle de l’échange.
Morphologie de l’annonce technique
L’annonce est une forme rédactionnelle qui assure
l’ancrage des techniques dans les circuits
d’information et ouvre de nouveaux horizons d’attente.
Le lecteur, potentiel usager, informé des noms,
adresses et prix, peut identifier les moyens de se
procurer un matériau, un objet, un savoir.
On peut identifier un premier type d’annonce,
classique et répandu : les annonces courtes. Matière
première des feuilles d’annonces et d’avis divers, ce
genre à pour vocation de renseigner sans
commentaire particulier. Forme courante dans les
feuilles d’avis et les almanachs, ces annonces se
distinguent par leur graphie dans les supports mixtes
(encadrés, typographie rétrécie), par une rédaction
courte et impersonnelle.
Un deuxième type est formé d’annonces intégrées
au corps d’un article ou d’une lettre envoyée au
journal. Dans les périodiques littéraires, sur toile de
fond d’un récit, apparaissent des annonces insérées
au contenu rédactionnel. Cette annonce, que l’on peut
qualifier « d’emboîtée », est l’occasion de présenter
des produits liés à des savoir-faire nouveaux. C’est le
cas pour le taffetas de Tourillon : le rédacteur passe
du récit des expériences de Blanchard à l’annonce du
taffetas. Il en va de même dans la présentation des
procédés inventés par Ami Argand (production
d’hydrogène, lampes), cités dans un article du
Courrier de l’Europe. Argand écrit, en tant que témoin
et acteur scientifique, une relation de la première
expérience de vol anglaise. Il s’agit du ballon deVincenzo Lunardi en septembre 1784. Dans sa lettre
au journal, qu’il rédige au passé simple, il livre le
compte-rendu du remplissage et du lestage du ballon
auxquels il a participé (« aussitôt que le ballon fut
séparé de l’appareil, nous le pesâmes pour savoir ce
qu’il enlevait »). Mais dans la continuité de ces
paragraphes, sans que l’auteur ne signale le
changement de registre, le texte se transforme en une
narration à la troisième personne et au conditionnel,
vantant les mérites dudit Argand puis exposant ses
projets d’améliorations. Il s’achève au futur par un
appel à financement pour son entreprise :
« Ces moyens joints à ceux que M. Argand à
imaginé pour extraire en grand l’air
inflammable des matières combustibles [...]
pourront à ce qu’il espère, contribuer à
perfectionner et à simplifier l’usage des ballon
aérostatique à air inflammable [...] comme le
principe de ces lampes pourra s’appliquer
efficacement au ballon à air raréfié. Il désire
que ces détails puissent intéresser les
personnes dont le zèle pour les sciences
physiques les porte à rechercher les moyens
perfectionner une découverte qui les
39honoraient » .
Par cet ajustement de la narration, le texte glisse de la
première personne au mode impersonnel de la
publicité.
Un troisième style d’annonces est celui de « l’article-
annonce » qui fait coïncider la forme rédactionnelle del’article avec celle d’une publicité, généralement via
une correspondance. La présentation du procédé ou
du produit fait l’objet d’une description adressée au
journal par le promoteur lui-même qui la complète par
une annonce. Soit l’exemple de l’article de l’inventeur
Romain dans le Journal de Paris, « Paris ce 18 août
1784 » : « je suis parvenu à perfectionner l’enveloppe
des aérostats de manière à les rendre imperméables
». Cette information, sur un sujet dont les lecteurs
raffolent, se poursuit par un avis commercial ; Romain
mentionne qu’il a fait exécuter ces ballons et qu’il les
vend : « les prix sont proportionnés à leur volume et à
leur décoration ». Il propose son savoir-faire autant
pour de petits ballons que pour des projets de plus
grande envergure, car sur de grandes machines ses «
enduits auraient le même succès ». « L’article-
annonce » lie la description technique à l’économie
des inventions et à leur possible marché, y compris
celui des « physiciens » auxquels Romain s’adresse :
« On peut voir tous les jours mes ballons chez M.
Haman qui travaille à leur construction. Il demeure rue
Bertin Poirée au coin de la rue Jean Laurier ». Par le
biais de cette feuille générale, l’inventeur prolonge
l’annonce pour le produit, laissant entrevoir les projets
à venir et incitant le public à visiter l’atelier. L’offre de
savoir s’immisce dans l’espace marchand ouvert par
les promoteurs de la science.
Ce type d’annonce donne lieu à des articles,
généralement courts, entièrement consacrés à
l’exposé d’une invention. Pour l’essentiel, ces
annonces s’insèrent à l’ordre habituel des rubriques
existantes, sans bouleverser les structures, ni mener
à la création de catégories spécifiques pour lesinventions. Le Courrier de l’Europe, où les articles
consacrés à l’aérostation prennent place dans la
rubrique « mélanges », mentionne cependant une
section « ballons aérostatiques » en table des
matières et regroupe sous ce terme les pages
concernées. Ponctuellement, le titre « invention »
apparaît.
Présente dans bien des supports périodiques,
l’annonce technique diffuse, en réseau, dans des
publics différenciés, des indications, des ressources,
un vocabulaire spécialisés et un goût pour l’invention.
Loin de se résumer à une forme stéréotypée, elle
présente une grande plasticité rédactionnelle.
Les rédacteurs ont cependant conscience de la
place restreinte qu’ils peuvent accorder à des
informations spécialisées (le problème est d’autant
plus aigu pour les journaux généralistes). Face à
l’engouement de lectorats variés pour les savoirs
pratiques, diverses solutions sont tentées. D’une part,
dans le cadre des feuilles d’annonces, le format court
des articles peut être compensé par des articles à
suivre sur plusieurs numéros. D’autre part, les
suppléments, entièrement consacrés à un objet
particulier, offrent un autre moyen. Le projet de
François-Joseph L’Ange à Lyon paraît en supplément
du Journal général de France comme une « lettre
40arrivée de Lyon pour être insérée » . Il s’agit, sur
deux colonnes, d’une pleine page de souscription pour
un ouvrage, L’art du pyronaute. L’Ange y décrit
succinctement le procédé de locomotion aérienne qu’il
préconise, en détaille les effets escomptés, puis invite
à acheter l’ouvrage qui servira de souscription à la
construction de sa machine, au prix de 243 livres dont41« le bénéfice facilitera l’exécution de mon éole » .
En dernier lieu on note l’émergence d’une presse
spécialisée donnant naissance à de nouveaux formats
d’articles plus explicites. La publication repose alors
sur une périodicité moins liée au rythme court et
informatif des feuilles d’annonces et de nouvelles, à
l’exemple de la Bibliothèque physico-économique
instructive et amusante, fondée en 1782 et rédigée
par Antoine-Augustin Parmentier et Nicolas Deyeux.
Les mêmes journalistes et amateurs qui participaient
aux différents périodiques comme le Journal
eucyclopédique ou la Gazette du commerce y
prennent part. Ils y consacrent des articles intégrés
dans de petits chapitres sur les techniques
différentes : économie rurale, nouvelles découvertes,
description de nouvelles machines, recettes, procédés
et médicaments, économie domestique, gestion
espace urbain (air, incendie), témoignant ainsi de la
mutation qui accompagnent la forme et le lectorat de
ces médias, comme l’écrivent les rédacteurs dans la
préface de leur premier volume : « les papiers publics,
nationaux et étrangers, contiennent beaucoup
d’inventions et découvertes nouvelles dans les arts
utiles et l’agrément ». Luttant contre l’éparpillement et
la fragmentation inévitable des informations dans des
feuilles généralistes mixtes « noyées dans une foule
de journaux, de petit brochures ou feuilles volantes
42» , la Bibliothèque, périodique au rythme bi-annuel,
permet de compiler ces objets « perdus pour le plus
grand nombres qui ne sont pas à portée de se les
43procurer et d’en faire l’usage » . Témoignant d’un
lectorat qui change et s’étoffe, la Bibliothèque édite (et
réédite) deux volumes annuels in-octavo de 450 pagesréédite) deux volumes annuels in-octavo de 450 pages
environ, composés de compilations et d’articles
originaux reclassés par thème.
Les journaux d’annonces savent aussi produire des
formes originales; certains tentent même une
spécialisation technicienne. Au sein du corpus des
périodiques d’Ancien Régime, se distingue un petit
groupe, les journaux d’annonces réservés aux
informations pratiques. Si l’Angleterre donne le ton
avec la Collection, for Improvement de John Houghton
dès les années 1690 (voir infra), la France se signale
par une publication atypique et de longue durée,
L’Almanach sous-verre, exemple le plus achevé du
ejournal d’annonces technique au XVIII siècle, et qui
permet, grâce à sa longévité, de suivre les mutations
edu genre jusqu’au XIX siècle.
L’Almanach sous-verre, virtuose de l’annonce
technique : publicité, technologie et anecdotes
Les Notices de l’Almanach sous-verre des associés,
contenant les découvertes, inventions, ou expériences
nouvellement faites dans les sciences, les arts, les
métiers, l’industrie, etc., forment une revue annuelle
44qui paraît pendant près d’un siècle, de 1768 à 1856 .
Ce périodique est révélateur de l’originalité des
45almanachs français , largement ouverts aux
nouveautés et aux publicités d’inventions. Les
annonceurs sont listés en fin de volume et leurs
adresses et leurs professions mentionnées. Les
annonces promeuvent la commercialisation des
inventions, dans des publics divers, en écho avec la
variété des articles proposés, biens d’équipement,
biens de consommation, procédés : utilisations variéesde la pomme de terre, remèdes, inoculations, secrets
pour raviver les couleurs, pompes à incendies,
machine hydrauliques, armes à feu etc.
Fig. 3 : Almanach sous-verre, recueil 1768-an IX
commençant par la Notice des dix premières années.
Bibliothèque historique de la ville de Paris, 105 813.
Par sa durée, cette publication, spécialisée dans
l’annonce technique, constitue un observatoire
privilégié de l’évolution de l’annonce technique depuis
les Lumières jusqu’à la première industrialisation. La
plus ancienne parution, conservée à la Bibliothèque
historique de la Ville de Paris, est un volume in-4° qui
46rassemble les numéros parus de 1768 à 1801 .
Chaque fascicule compte vingt pages, divisées en
deux colonnes paginées et porte un prix individuel, 20
sols, suggérant que chacun était vendu séparément.
La pagination est continue sur l’ensemble du volume
relié, s’arrêtant en 1801 avec la colonne 998. Les dix
premières années, 1768-1777, présentent cependant
une particularité : il s’agit d’un livret résumé de trente
pages (Notice des dix premières années...) ;
l’exemplaire vaut 24 sols (fig. 3). Autre particularité,
une Grande notice aérostatique paraît en 1785, pour
30 sols. Ce premier volume suggère déjà une diversité
de formules (des numéros annuels, un résumé sur dix
ans, un exemplaire « encyclopédique » sur plus de
trente ans). S’y ajoute une autre version, conservée à
la Bibliothèque nationale de France (BNF) : un volume
de deux tomes, le premier pour 1768-1810, le secondpour 1811-1827, composé aussi d’exemplaires de
vingt pages et une pagination continue. Pendant cette
même période et jusqu’en 1826, d’après les archives
de la BNF, paraissent aussi des feuillets légers,
intitulés Calendrier de l’Almanach sous-verre avec
l’indication des articles de la Grande notice des
47associés, pour l’année... , offrant un répertoire
paginé des articles traités dans les notices de vingt
pages, assorti d’un calendrier (fig. 4). Ces tables
reprennent donc les rubriques et les noms des
inventions parues dans les notices. Le prix du
répertoire annuel est d’une livre sous l’Ancien Régime,
et pour les années 1808-1826, existe un recueil de
tables. À nouveau, le mode de commercialisation
induit une variété du support.
À partir de 1827, les grandes notices semblent ne
plus être publiées ; on n’en trouve plus trace dans les
archives et surtout, les calendriers ne font plus
référence aux articles. La formule du répertoire
disparaît. Les almanachs allégés et divertissants
prennent le dessus. Mais la pluralité est toujours de
mise. Dans les fonds de la BNF, existent quatre séries
d’Almanachs sous-verre pour ces années. De 1812 à
1843, une version est éditée sous le titre Almanach
sous-verre pour l’année... précédé et suivi
d’anecdotes, curiosités historiques, bons moments et
calembours, ornée d’une vignette florale élégante (fig.
485) . En même temps, paraît à Rouen un Calendrier
dit Almanach sous-verre avec indication ou Notice
historique des découvertes, inventions, époques,
49usages et coutumes de tous les peuples du monde .
Ces publications évoquent des sujets aussi divers que
l’architecture, le gazon artificiel, les uniformes, citentl’architecture, le gazon artificiel, les uniformes, citent
des brevets ou des patents, donnent des recettes
domestiques et proposent des informations sur les
États, les souverains, les populations. Une troisième
version paraît entre 1837 et 1843, le Nouvel Almanach
sous-verre pour l’année..., comportant aussi des bons
mots et des anecdotes. Enfin, le dernier jeu édité de
1846 à 1856 renoue avec la formule des grandes
notices informatives sur les inventions, en lien avec les
concours agricoles notamment. Il comporte des
articles de longueur variable sur des inventions, entre
annonces et nouvelles, classés en rubriques
analogues à celles de l’Ancien Régime, mais assortis
de publicités commerciales (distinctes), d’un calendrier
50et d’anecdotes .
Fig. 4 : Calendrier de l’Almanach sous-verre avec
l’indication des articles de la Grande notice des
associés, 1788-1789. BnF : 4-WZ-8892.
Fig. 5 : Calendrier dit Almanach sous-verre avec
indication ou Notice historique des découvertes,
inventions, époques, usages et coutumes de tous les
peuples du monde, Rouen, Mégard Fils, 1825-1833.
BnF : M-V-351 (1-4). Almanach sous-verre pour
l’année ... précédé et suivi d‘anecdotes, curiosités
historiques, bons moments et calembours, Paris,
Stahl, 1812-1843. BnF, 4-WZ-8892.Bien que l’on ne connaisse pas les « Associés » qui
éditent pendant quatre-vingt-dix ans ces multiples
séries d’annonces (si ce n’est par leur adresse, rue du
Petit-Pont et rue Saint-Jacques et les libraires qui
diffusent leurs almanachs), leur dynamisme comme
entrepreneurs d’annonces est avéré. La publication
est un véritable hybride. Grâce à ses multiples
versions, elle tient du journal d’annonces classique, de
l’encyclopédie, de l’éphéméride, de la Bibliothèque
bleue et des Merveilles de l’industrie. De plus, la forme
est changeante. Aux fascicules denses de la fin du
eXVIII siècle et de la Révolution succèdent des livrets
edistrayants ; pourtant, au milieu du XIX siècle,
reparaissent des rubriques étoffées. L’Almanach sous-
verre n’est pas un titre mais l’appellation d’une
entreprise d’annonceurs, adaptée à différents publics
dont l’intérêt pour la technique et notamment pour les
inventions, revêt une grande variété de formes.
Dès sa parution, l’Almanach sous-verre signe son
originalité : les sciences et les techniques constituent
son sujet principal. Si les périodiques savants sont
erépandus dès le XVIII siècle, la presse technique est
encore peu fournie (Gazette des arts et métiers,
Nouvelles de la République des lettres et des arts,
transactions de sociétés comme le Corps
d’observations de la Société d’agriculture de Bretagne)
et les journaux d’annonces sont rarement spécialisés
dans les techniques (L’Avant-Coureur fait la publicité
51de multiples produits et spectacles ). Dans
l’Almanach sous-verre, les techniques, essentiellement
des inventions, des remèdes et des recettes (héritage
des livres de secrets), envahissent toutes lesrubriques : « Astronomie », « Physique », « Histoire
naturelle », « Règne végétal », « Règne minéral », «
Médecine », « Chirurgie », « Chimie », «
Mathématiques », « Arts libéraux », « Belles-Lettres »,
« Economie rurale », « Industrie ». Ainsi les
instruments sont légion dans les rubriques « Chirurgie
», « Mathématiques », « Chimie » ; le « Règne végétal
» recouvre les techniques agricoles (méthodes
culturales, plantes curieuses, préparations à base de
plantes, sous-rubrique « Plantes médicinales », «
Plantes économiques », « Plantes colorantes », «
Gommes, résines ») ; il en va de même pour le «
Règne minéral » dont la sous-rubrique « Métaux »
liste des manufactures utilisant des procédés
nouveaux pour le fer, l’acier, le similor ; les « Arts
libéraux » font une large place à la « Charpente », la «
Menuiserie » etc. ; les « Mathématiques » sont
présentées sous leurs aspects pratiques (méthodes
de calcul, géométrie, mesures, signaux
télégraphiques). L’Almanach sous-verre offre une
vision technicienne qui déborde les frontières des arts
et métiers et invite aux transversalités.
En ce sens, l’Almanach sous-verre offre une
technologie des savoirs pratiques et marque sa
précocité dans le champ de la culture technique qui se
edessine au tournant du XVIII siècle. Ainsi, certaines
rubriques servent une nouvelle classification des
techniques, fondées non pas sur les catégories de
métiers mais sur des logiques opératoires. C’est le cas
de la rubrique « Mécanique en 1794, qui rassemble
des objets techniques complexes, régis par des
opérations d’assemblage : horlogerie, métiers à tisser,
tours à soie, voitures, serrures, armes à feu. La «Dynamique » privilégie le principe moteur et réunit des
appareils qui mettent en jeu la maîtrise des forces et
des pressions : machines à remonter les bateaux,
moulins, pompes à feu, machines hydrauliques. Des
catégories empruntées à la science sont ainsi
réinvesties pour les besoins de la technologie. La
rubrique « Technologie » apparaît en tant que telle en
1804 et se substitue à la section « Industrie », vidée
de son contenu (fig. 6). Si le terme ne désigne pas ici
une discipline constituée et s’applique plutôt à un
ensemble de techniques de production (artisanales et
industrielles : traitement des peaux, métiers à tisser,
fabrication d’épingles, échappements de montres,
fours à porcelaine), son apparition suggère que le
périodique enregistre les déplacements et les
recompositions à l’œuvre dans l’espace savant de la
technique, tout en jouant son propre rôle dans cette
évolution.
En parallèle, à partir des années 1790, le contenu
rédactionnel des annonces se déploie. Un discours
technique construit et argumenté s’insinue dans les
rhétoriques publicitaires. L’exposé technique se glisse
ainsi dans l’information commerciale. Le contenu
promotionnel se fait plus explicatif. Ainsi, le rédacteur
d’une annonce sur un système de protection des
essieux, qui assure la sûreté des voitures (en 1794),
distingue «le moyen» (le dispositif technique) et ses «
effets » et fixe un vocabulaire spécifique (« gobelet »,
« frette »). Un style technologique se dessine au cœur
de l’annonce, comme il apparaît à la même période
dans les prospectus et les modes d’emploi. Hors du
champ savant, dans l’espace ouvert par l’annonce
publicitaire et commerciale, se forge un discours,modelé par des logiques de persuasion et qui tend à
ordonner des pratiques en corps de savoirs pour
assurer une réduction d’asymétrie d’information entre
consommateurs et inventeurs.
Cette évolution s’accompagne d’une densification
des réseaux de lecture avec des renvois fréquents
aux Annales des arts et manufactures. De plus, les
lecteurs sont orientés vers des lieux de conservation
et de promotion des inventions et non plus seulement
vers des lieux de consommation : les rédacteurs
mentionnent le Conservatoire des arts et métiers, la
Society of Arts de Londres, les sociétés d’agriculture
locales en France, la Société d’encouragement pour
l’industrie nationale et l’Athénée de Turin. Les
institutions clefs du progrès économique et de la
technologie de la première révolution industrielle, au
service des entrepreneurs et des praticiens, forment
peu à peu le substrat des « communautés du texte »
de l’Aimanach sous-verre.
Fig.6: Almanach sous-verre, recueil 1768-1827,
apparition de la rubrique « Technologie » en l’an XII
(1803-1804). BnF, V-Z-533.
Cette orientation se renforce à partir des années
1840 quand les rubriques consacrées aux inventions
réapparaissent dans le Calendrier. Le poids des
52sociabilités agricoles est dominant . L’agriculture
occupe la quasi totalité des rubriques (« Agriculture »,
« Culture », « Économie rurale et domestique », «Horticulture »). La plupart des articles comportent des
références à des sociétés d’agriculture locale
(rapports de séances), à des expositions comme en
1855 l’exposition d’horticulture des Champs-Élysées, à
des expériences menées lors de comices agricoles
(signalant le rôle des élites locales, des instituteurs).
L’Almanach sous-verre devient à son tour une sorte
d’institution de l’économie agricole, fédérant ces divers
organes et leurs publics respectifs. Le périodique
participe des corps intermédiaires qui structurent les
activités économiques et constituent les entrepreneurs
(agriculteurs ou manufacturiers) en communautés
d’intérêts. Sur le long terme, des annonces
d’inventeurs aux comices agricoles, l’Almanach sous-
verre promeut une culture participative, un goût du
projet, de l’amélioration et de la réforme. Il se situe à
l’interface des logiques commerciales et de la
promotion du bien public. Dans ce lien, révèle
l’originalité de la presse d’annonces techniques.
Les annonces techniques ou l’invention
comme culture participative
Les journaux d’annonces sont au cœur de l’essor des
marchés de consommation, du renouvellement des
modes et de la commercialisation des inventions
(biens de consommation, équipements, appareils). En
liaison, les annonces structurent l’économie des
savoirs par la promotion d’un marché du livre
technique (traités, brochures explicatives), de
démonstrations, de cours et de spectacles mettant en
scène des inventions. En effet, vendre un produit,
c’est aussi vendre une utilisation, proposer des essais
et offrir des instructions pour manipuler, entretenir,
réparer l’objet. Si les annonces font office de relais ausein de réseaux d’information qui visent à recenser
des lieux, indiquer des fournisseurs, faire l’énoncé des
ressources disponibles, elles servent aussi à fixer des
pratiques encore peu formalisées.
Dans ce rapport au public, se construisent des
communautés d’intérêts (correspondants, libraires-
imprimeurs, gérants des bureaux d’adresse, lecteurs,
usagers) et se définit une utilité sociale de la
technique. La vocation utilitaire et civique de la presse
edans la deuxième moitié du XVIII siècle trouve une
nouvelle expression dans le registre de l’innovation.
Les journaux d’annonces sont souvent l’œuvre de
fondateurs éclairés, de défenseurs du bien public,
désireux de servir leurs concitoyens, convaincus des
vertus réformatrices des inventions et attachés à une
vision morale du progrès. Pour eux, les techniques
sont au service du bien commun ; elles doivent être
compréhensibles par tous et appropriables par un
public élargi.
Deux logiques se dessinent, l’une portée par les
visées commerciales de l’annonce, l’autre par les
enjeux politiques et moraux de l’information technique.
Une culture participative prend ainsi forme entre essor
des consommations et recherche du bien public. Cette
dualité est à l’œuvre dès la parution du premier journal
d’annonces ouvert à l’invention technique, en
Angleterre.
A Collection, for Improvement of Husbandry
and Trade de John Houghton : annonces
techniques et communautés d’intérêts
Depuis les années 1650, paraissent en Angleterre des
journaux d’annonces émanant de bureaux d’adressetels que l’Office of Publick Advice et son Publick
Advertiser de 1657, vite concurrencé par d’autres
titres, le weekly Information, le Publick
Advertisements, le Mercury, le Domestick
53Intelligence . Dans ce contexte, se distingue
l’entreprise de John Houghton, apothicaire, épicier et
courtier en bourse à Londres, qui lance en 1681-1683,
en compagnie de John Beale, horticulteur, un journal
hebdomadaire d’annonces scientifiques, techniques et
commerciales intitulé A Collection, for Improvement of
Husbandry and Trade. Après un échec et une
dissension entre les deux promoteurs, Houghton
renouvelle le projet. De 1692 à 1703, paraissent 583
numéros d’une feuille bi-hebdomadaire d’annonces (in-
4°, deux puis quatre pages, pour moitié de publicités),
considérée comme la matrice du genre en
54Angleterre .
Contrairement aux précédents titres liés à des
bureaux d’information, la publication de Houghton
s’appuie sur les réseaux et les programmes de la
prestigieuse Royal Society of London. Houghton,
soutenu par Robert Hooke, est élu membre 1680 ; il
rejoint ainsi John Beale. Houghton et Beale sont
portés par les logiques baconiennes d’échange et de
55circulation des savoirs, socle de la Royal Society .
Houghton se fait l’écho ainsi des projets initiaux de
56la Royal Society : réaliser une histoire des arts et
métiers, History of Trades, et une enquête sur les
techniques agricoles (Georgical Committee) pour
favoriser les comparaisons, les imitations et par-là les
inventions. Journal essentiellement agricole, la
première entreprise de Houghton, menée avec JohnBeale, témoigne de la mobilisation des élites savantes
anglaises pour l’amélioration des techniques
culturales, notamment horticoles et de bonification
(engrais, drainage, irrigation), en liaison avec les
enclosures, les projets de banques foncières et les
politiques de diversification des productions agricoles
anglaises. L’amélioration agricole est au cœur des
projet de réforme économique prônés par les
théoriciens de l’économie dans la Royal Society
comme Thomas Mun, Roger Coke ou Andrew
Yarranton. La collaboration de Beale, jardinier éclairé
du Herefordshire, et de Houghton se noue autour d’un
projet savant et politique, qui doit aussi relayer les
Philosophical Transactions, en difficulté depuis la mort
de Henry Oldenburg en 1677. Pourtant, comme l’a
montré Mayling Stubbs, ce premier essai échoue au
bout de deux ans, en raison de la divergence de vues
57entre les deux promoteurs .
En effet, John Houghton est le chantre d’une
économie consumériste et capitaliste naissante, le
défenseur des sociétés par actions, glorifiées dans
son journal en 1694 comme agents du progrès
économique, à un moment où les investissements
spéculatifs et les loteries se débrident en Angleterre.
Loin de prôner une frugalité chrétienne des besoins
comme son ex-associé John Beale et comme les
héritiers de l’humanisme civique protestant, Houghton
plaide pour l’économie du luxe, la consommation
illimitée, les importations, la concurrence qui, selon lui,
stimule l’esprit d’entreprise et favorise l’amélioration
des techniques. Les économies de capital et de travail
alimentent le cercle vertueux de la demande, qui à son
tour renforce de l’offre de travail et les redistributionsdans une économie fluide. Houghton fait partie des
premiers économistes qui accordent un rôle moteur
58aux inventions, dans une dynamique de croissance .
Logiques de rentabilisation des investissements et de
promotion publicitaire de la demande sont donc au
cœur du projet éditorial de Houghton. Apothicaire,
courtier, installé derrière le Royal Exchange, et
membre assidu de la Royal Society, revendiquant
l’héritage baconien, Houghton est emblématique des
liaisons nouvelles que les newtoniens instaurent entre
la science, la technique et le marché dans les années
1690, marquées par des spéculations intenses sur les
59inventions et les patents , non sans liens avec la
60Royal Society . Sans surprise, un tel projet est
approuvé officiellement par vingt-quatre membres de
61la Royal Society parmi lesquels se trouvent des «
projectors » notoires, Nehemiah Grew, John
Arbuthnot, Samuel Pepys, Edmund Halley, Hugh
Chamberlen (auteur d’un projet de banque
62foncière) , convaincus de l’utilité publique d’un
journal qui entend créer des communautés d’intérêt et
des sociabilités nouvelles pour soutenir des
entreprises à risque et démultiplier les richesses (fig.
7).
La Collection, for Improvement of Husbandry and
Trade s’inscrit dans une double logique, savante et
commerciale, et compose un modèle original, où
l’intérêt privé des lecteurs-souscripteurs et des
annonceurs est placé au service de l’enrichissement
commun et du bien public. Le journal, indicateur des
prix agricoles, du cours des actions, de tables de
mortalité, de listes de professionnels (chirurgiens,jardiniers...), est truffé de publicités et d’annonces en
tout genre : loteries, offres de prêts et d’emplois,
advertisements à partir de 1693 (deux pages sur
quatre), annonces pour les propres marchandises de
Houghton (comme le chocolat) occupant les trois-
quarts de la première page dans certains numéros. Il
est aussi le support d’une entreprise encyclopédique.
La première page est consacrée à des rapports
détaillés sur des techniques (y compris commerciales)
et des matériaux variés, signés par Houghton. Les
thèmes (la brique, l’argile, le cidre, le savon, le fer, le
mercure...) sont traitées de manière systématique, sur
quelques semaines, parfois un ou deux mois. Les
sujets sont indexés en fin d’année. Loin de s’opposer
aux énoncés publicitaires, ces articles prennent appui
sur les annonces pour certains produits et
développent des descriptions approfondies. Ainsi, la
publicité récurrente pour les moules de chandelles
d’Anthony Redhead, potier d’étain à Fenchurch Street,
pour faire des chandelles de suif aussi belles que les
chandelles de cire, donnent lieu non seulement à
l’exposé des opérations dans l’annonce mais aussi à
un rapport sur le sujet (prix du suif, économie du
63métier) auquel est intégré l’avis publicitaire . Dans ce
support mixte, les limites entre l’information et le
savoir s’effacent. Ce brouillage est révélateur de
l’absence de distinction, pour Houghton, entre progrès
et profit.
Fig. 7 : A Collection, for Improvement of Husbandry
and Trade by John Houghton, F.R.S., Londres, publiépar Randall Taylor, John Hindemarsh, Robert Clavell,
William Rogers & Daniel Brown, n° 1, 10 mars 1692.
Reprint : Farnborough (Hants.), Gregg International
Publishers, 1969.
Le journal de Houghton repose sur des dynamiques
d’intéressement. C’est un « projet collectif », fondé sur
64la mobilisation de réseaux multiples , savants et
commerciaux. Le réseau fondateur est celui de la
Royal Society qui fournit appuis, amitiés, patronages,
correspondants en province dont les rapports sont
publiés sous forme de lettres, que Houghton lit aussi
65dans les assemblées de la Société . Les pratiques
de collecte et d’échange d’informations, clefs de voûte
de l’institution savante anglaise, sont un atout pour le
journal d’annonces. Natasha Glaysier a montré les
échanges multiples entre la Collection et les travaux
présentés à la Royal Society, certains paraissant
66ensuite dans le périodique . Houghton puise aussi
dans les publications des fellows et s’appuie sur les
enquêtes déjà réalisées, comme sur le cidre. La
participation au journal constitue l’une des facettes
d’un plus vaste système d’échanges avec les
membres de la Royal Society, comme Ralph
Thoresby, collectionneur et marchand de blé à Leeds
qui tient Houghton informé de curiosités et des prix du
blé, sans que ces données n’apparaissent dans le
67journal .
Au réseau de correspondants de la Royal Society,
s’ajoutent les multiples annonceurs dont Houghton
passe les publicités et qui nécessiteraient une étude
spécifique qui dépasse le cadre de ce chapitre. Lejournal signale des produits, des arrivages, des
nouveautés, des remèdes, des recettes, des
publications, des cours, des démonstrations, des
loteries, des prêts, des offres d’emploi etc. Il dessine
une géographie des réseaux d’information à Londres
et en province. Tout article, toute souscription, toute
loterie est accompagné d’une liste de points de vente,
magasins, librairies, coffee-houses (hauts-lieux des
transactions en tout genre, commerciales et
intellectuelles). S’y ajoutent les boutiques des
orfèvres, professionnels du crédit, des pharmaciens,
des quincailliers et des bimbelotiers (toymeu), au
cœur de l’élargissement des marchés de
consommation. La boutique de Houghton est elle-
même un point névralgique. Il invite à y assister à des
essais publicitaires. Ainsi annonce-t-il, « pour
l’Amélioration de l’Agriculture et du Commerce [...]
spécialement dans le Middlesex, et les Comtés
environnants, une Personne, maintenant à mon
Domicile à Bartholomew-Lane, entreprend de faire [...]
un bon Malt d’Orge de ces Comtés, et à partir de ce
Malt, une bière aussi bonne que celle faite à Derby,
Nottingham ou dans d’autres lieux réputés de nos
68jours pour cette Liqueur [...] » .
Le lectorat et les libraires constituent d’autres
communautés, diversifiées si l’on considère les modes
de diffusion du journal. Les lecteurs sont soit
souscripteurs (paiement par quarts), soit acheteurs de
numéros individuels, vendus deux pence, envoyés par
la poste ou déposés chez des libraires à Londres qui
forment dès les débuts un réseau étoffé, listé en bas
69de la deuxième page . Houghton propose aussi des
achats collectifs, de dix à vingt personnes, fournies