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La R.D. Congo dans la révolution numérique

De
179 pages
L'outil informatique s'impose aujourd'hui comme le socle sur lequel est bâtie la modernité de l'humanité. Cet ouvrage a pour ambition de poser les bases d'une réflexion globale sur les enjeux actuels de l'informatisation de la RDC : quels bénéfices et avantages la RDC tirera-t-elle d'une informatisation de toute la société ? A l'inverse, quels sont les effets pervers et autres manques qui résultent de la pauvreté numérique ? Comment l'Etat peut-il s'engager dans cette logique de numérisation de façon stratégique et prospective ?
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La RDCongo dans la révolution numérique
Les enjeux actuels, les défis pour demain

Sous la direction de Henri MOVA Sakanyi

La RDCongo dans la révolution numérique
Les enjeux actuels, les défis pour demain

RDCCinquantenaire

L’Harmattan-RDC

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12714-2 EAN : 9782296127142

Sommaire

Henri MOVA Sakanyi Introduction générale

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Henri MOVA Sakanyi Analyse systémique et informatisation de la société congolaise 17 Godefroid Elanga Le programme des Technologies de l’Information et de la Communication du ministère des Postes Téléphone et Télécommunications (PTT)

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David MEWA MWANGA Le réseau national de transmission « backbone » : Un objectif essentiel pour la société de l’information en RDC 51 Dominique MWEZE Chirhulwire Nkingi La réduction du fossé numérique dans nos universités à travers le projet dénommé EB@LE 59 Jean NGWANGA Enjeux et opportunités des logiciels libres pour l’informatisation des pays du Sud 69

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N’lolo MATOMBE Problématique de management des réseaux d’entreprise : Un défi à relever Yvon RAMAZANI La problématique de Démocratique du Congo

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l’informatisation

en

République 111

Jean NGWANGA Intégration de NTIC dans l’enseignement en RDCongo et les logiciels libres Yvon RAMAZANI L’impact de la nouvelle technologie de l’information sur l’Enseignement à Distance Conclusion générale

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Introduction générale
Henri MOVA Sakanyi1 L’outil informatique s’impose aujourd’hui comme le socle sur lequel est bâtie la modernité de l’humanité. Toutes les découvertes scientifiques, des plus sophistiquées aux plus banales, trouvent en la numérisation un maillon incontournable. La force des unités actives (Etats, entreprises, associations, individus, etc.) s’énumère, se décline et se démultiplie à l’aune de leurs capacités de maîtrise de l’outil informatique. La nouvelle alphabétisation et la contemporanéité des sociétés modernes, tout comme la pertinence de leur historicité, tiennent aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La puissance des Etats, la force des armées, la dextérité des inventeurs, le génie des managers, la perspicacité des chercheurs, l’art des constructeurs, voire les vertus curatives de la médecine dépendent de plus en plus de l’apport qu’introduit l’informatique dans la gestion et l’évolution de la société. Ainsi, lorsqu’un pays vient à en manquer, lorsqu’il affiche des carences dans l’acquis numérique, il végète dans des prestations médiocres et approximatives.
Henri MOVA Sakanyi : professeur des relations internationales, directeur général du CISRI. 7
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Aujourd’hui, aux indices du sous-développement d’un pays, le retard ou l’arriération informatique sont à compter parmi les premiers signes. L’instrument informatique devient dès lors une unité de mesure, un étalon, un standard qui détermine le niveau de progrès de l’intelligence collective dans une société, surtout associé. L’accès à l’Internet, l’utilisation de la fibre optique et la connexion au « backbone » sont des moyens pour évaluer le niveau d’intégration des NTIC dans la société. A titre illustratif, nous pouvons nous référer aux indicateurs TIC pour l’Afrique publiés en 2007 et mis à jour en avril 2008 par l’Union internationale des télécommunications. Les indicateurs en termes d’internautes pour 1.000 habitants, montrent la nette différence qu’il y a entre l’Afrique du Nord (13,64), l’Afrique du Sud (10,75) et celle subsaharienne (3,23). La RDC est au bas du tableau avec 0,37, juste avant les quatre derniers pays que sont, en terme décroissant, l’Ethiopie, la République Centrafricaine, le Niger et la Sierra Leone. Loin de décourager, ces statistiques doivent pousser la collectivité à mettre ensemble les intelligences afin de tirer le maximum de bénéfices liés à l’utilisation des NTIC. Les raisons du bien-fondé de l’informatisation de la société sont tellement nombreuses qu’il serait fastidieux d’en élaborer un inventaire complet. Le pourquoi ne devrait donc pas prendre le pas sur la problématique du comment ? Et du que faire ? Le comble à déplorer serait de rester aveugle face à l’évolution rapide du monde grâce à l’informatique, véritable vecteur multiplicateur de la modernisation ; de demeurer sourd aux appels stridents d’un monde qui change ; de rester cloîtré dans le silence face à la parole, à la réflexion et outputs des autres, dès lors que l’informatisation de la vie a provoqué des mutations
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profondes et rapides. Parce que nous vivons dans le même monde, il n’y a pas un marché pour les riches et un autre pour les pauvres. L’instinct de conservation doit stimuler les démunis pour réduire un tant soit peu le fossé numérique. Il n’est plus tolérable qu’il y ait d’un côté ceux qui pensent le monde, en en imposant le rythme d’évolution, et de l’autre ceux qui se plaisent, voire se complaisent à la condition subalterne en jouissant des fruits des réflexions venues d’ailleurs. La commodité actuelle qui nourrit la pensée unique ne peut être résorbée qu’en faisant participer tous les pays du monde à l’expression plurielle d’une identité mondiale ou universelle obligatoirement diversifiée. Cela étant, il s’avère donc indispensable d’élaborer une pensée stratégique sur l’informatisation de la société congolaise en butte à des défis multiples. Tout est devenu complexe en RDC parce que la problématique existentielle n’est pas suffisamment pensée. Les enjeux actuels, de tous ordres, s’ils interpellent la conscience, ils convoquent en même temps les intelligences à la recherche des solutions idoines. La numérisation pourrait être un déclic salvateur. Les défis à affronter demain imposent qu’aujourd’hui déjà, il soit élaboré un plan et une stratégie de mise en œuvre de l’informatisation de la société congolaise. Les gains de cette approche sont nombreux et se compteront dans tous les secteurs de la vie nationale : de l’armée à l’agriculture en passant par la santé, l’énergie nucléaire, l’enseignement, l’urbanisation, l’économie forestière, la circulation routière, la gestion des déchets industriels, l’état civil, les opérations électorales, les médias, la téléconférence, la climatologie, la gestion de l’espace aérien, la commercialisation des produits de base,
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la fiscalité, l’extraction minière, etc. La palette est extensible à souhait. Il existe, au stade actuel, quelques expériences d’informatisation de certaines unités actives (sociétés, médias, etc.). Il manque cependant une synergie et une intégration nationale de ces isolats quelque peu exotiques. Cette quête se veut stratégique et part d’une vision globale, organise les moyens et s’assigne des objectifs séquencés dans le temps. Dès lors, il sera d’emblée judicieux de réunir les études sectorielles existantes, les actualiser et les enrichir. Ensuite, il sera mis en place un schéma national qui ouvre la voie à des politiques publiques volontaristes et réalistes. L’autorité politique sera le dépositaire de cette volonté politique dont la dynamique irradiera l’ensemble de la société. Elle manœuvrera sur base d’un instrument managérial lui-même fondé sur une approche théorique et stratégique afin de maximiser les chances de succès. Une politique claire et nette en phase avec cette volonté sera manifestée, par exemple, à travers une évaluation chiffrée et temporaire des objectifs, notamment la détermination quinquennale du nombre d’ordinateurs, de cybercafés ou de télé-centres par zone géographique, des expériences d’utilisation de nouveaux logiciels, etc. Cette approche permettra de dégager, d’une époque à une autre, le taux et le degré de pénétration des NTIC dans le corps social. En organisant ce séminaire stratégique, le CISRI veut réunir les génies de diverses structures afin de lancer une dynamique réflexive sur cette question qui engage la survie de la société congolaise. Il s’agit de répondre aux nécessités suivantes :

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1. Quels bénéfices et avantages la RDC tirera-t-elle d’une informatisation de toute la société ? A l’inverse, quels sont les effets pervers et autres manques qui résultent de la pauvreté numérique ? 2. Comment l’Etat peut-il s’engager dans cette logique de numérisation de façon stratégique et prospective ? 3. N’est-il pas idoine d’identifier certains niveaux du système d’enseignement (primaire, secondaire ou supérieur) et y inscrire de nouveaux cours qui mettent en exergue l’informatique et l’Internet ? 4. Quelles expériences réussies de certaines unités de production internes et des Etats étrangers pourraient inspirer l’ensemble de la collectivité? 5. L’occasion n’est-elle pas propice de raviver l’intérêt pour certaines sciences « dures » de plus en plus délaissées mais qui, pourtant, sont celles qui aiguisent le génie informatique en soft et hardware (telles que les mathématiques, la physique, la chimie, la métallurgie, la géologie, etc.) ? C’est à cette envolée réflexive que le CISRI convie la strate pensante de la société. Des méandres de cette pensée ressortiront des richesses nouvelles. A l’opposé des ressources naturelles qui s’épuisent à force d’usage, les forces de l’esprit que charrie l’informatique se décuplent à chaque utilisation. Au lieu d’engloutir des énergies monumentales dans les abysses des matières brutes, l’intelligence et sa virtualité ennoblissent l’homme, bonifiant la ressource humaine d’une plus-value et d’une valeur ajoutée qui font réellement la richesse des nations :
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il n’y a de richesse que d’hommes. D’autres pays en d’autres temps ont senti l’ardent besoin de cette métamorphose. Il pullule aujourd’hui des «egouvernements» qui font la part belle à l’informatisation des activités de l’administration publique. Il en ressort une communication institutionnelle et des services rapides, conviviaux et efficaces. Les Etats accroissent ainsi l’accès à l’ordinateur et à l’Internet. Cette volonté de popularisation et de démocratisation de l’informatique demeure cependant encore l’apanage de l’élite. Qu’à cela ne tienne, l’informatisation de l’Etat et la volonté politique qui l’accompagne devront aboutir à l’élaboration d’un programme national approprié, qui requiert une stratégie commune susceptible d’enchâsser des projets nationaux, régionaux, locaux et sectoriels. Ne pas s’engager sur cette piste novatrice serait faire preuve d’aveuglement et d’obscurantisme. Aujourd’hui et surtout demain, grâce à l’informatisation, les manières de produire vont se modifier. Il en advient une nouvelle économie. Il en est de même de la façon de travailler, de communiquer. Notre vision de la société s’en trouve durablement modifiée. Certes, l’évolution est malgré tout lente en RDC. Pourtant, cette mutation s’avère radicale. Elle nous fait entrer dans une autre ère. Après la société industrielle, s’impose ainsi une nouvelle société dite «société de l’information», société du savoir et de la connaissance par excellence. L’ensemble du tissu social en est imprégné. Même le pouvoir ou sa conception doit se repenser, car les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) décentralisent les pouvoirs et dé-monopolisent les pouvoirs publics dans leurs rôles régaliens. Elles zappent et banalisent les frontières, par exemple. D’autres bouleversements sociaux sont à venir. Les seigneurs de guerre, les pirates de mer, les pirates de l’air, surtout la dernière élection présidentielle américaine démontrent
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aujourd’hui la force et l’impact des NTIC. Néanmoins, tout n’est pas rose dans ces changements sociaux. La croissance de la cybercriminalité, par exemple, rappelle à l’esprit le côté pernicieux de l’évolution numérique. Il sied donc de ressortir le rationnel entre les peurs (catastrophisme vu les effets cataclysmiques d’Internet) et les espoirs (optimisme aveugle et naïf dans les vertus transformatrices de la technologie). Ce séminaire stratégique qu’organise le CISRI se propose de poser les jalons de ce rationnel, optimum indispensable pour tirer le meilleur parti de l’informatisation de la société congolaise. Il scrutera les opportunités nouvelles de transformations sociales qu’augurera l’informatisation de la société. Il produira des assises d’une voie idoine de la technologisation de la société en optimisant les gains de l’outil informatique au service de l’homme, et non l’inverse. Ainsi pourra-t-il éviter de tomber dans les relents bêtifiants ou dans un angélisme onirique. Le séminaire arpentera les sentiers qui privilégient la conception systémique qui, dans cette matière, pose l’informatisation comme un processus de changement social au cours duquel s’affecteront tous les pans de la société. Les pouvoirs publics seront ainsi embarqués dans une vue d’ensemble à travers notamment leur rôle de légiférer dans le domaine ou celui de l’incitation d’une nouvelle économie (fondée sur la technologie de l’information). Sous d’autres cieux, des initiatives n’ont jamais tari, bien au contraire.

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La problématique française, par exemple, date des années 70 lorsque le président Valéry Giscard d’Estaing commanda un rapport auprès de Simon Nora et Alain Minc sur « l’informatisation de la société française ». Mais, c’est plus la problématique américaine portée en triomphe par la paire Bill Clinton et Al Gore, qui a le plus secoué la vision stratégique de l’informatisation de la société. Le viceprésident américain Al Gore se fut le promoteur du document : « The National Information Infrastructure : agenda for action »(1993). Son discours prononcé devant l’Académie américaine des arts et sciences de la télévision à Los Angeles en 1994, est resté historique. Il y eut ensuite le rapport Gérard Théry au Premier ministre français « Les autoroutes de l’information » (1994). Pour la CEE, ce fut le rapport Bangemann « L’Europe et la société de l’information planétaire » (1994). Il y eut également le rapport au gouvernement anglais « Information Society Initiative » (1996) et le rapport au gouvernement allemand « Info 2000 » (1996). Après le Programme National d’infrastructure informatique américain, la France adopta des modalités d’effacement de la fracture numérique au sein de la société française. En 1997, Lionel Jospin lança le PAGSI (Programme d’Action gouvernementale pour la société de l’information). En revanche, en RDC le retard ne cesse de s’accumuler. Pour prévenir et éviter toute sorte de « vassalisation culturelle », il importe de s’engager résolument dans l’aventure numérique. L’avenir du pays et du continent en dépend. Il faut donc mobiliser les pouvoirs publics et toute la société. Pour ce faire, il n’est pas question de réinventer la roue en refaisant la même trajectoire que les « puissances informatiques ». Il est plutôt souhaitable d’opérer directement dans le haut débit afin d’éviter les écueils d’une évolution par à coup.
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En d’autres termes, il ne sera plus admis l’immobilisme, l’attentisme voire le dilettantisme. Il nous faudra accroître la pénétration d’Internet dans les différents secteurs de la société congolaise. Par delà, il sera capable de se forger des capacités d’entrer de plain-pied dans la société de l’information. Cette approche est à même de produire des outputs positifs suivants : - Compétitivité internationale ; - Nouvelles formes d’organisation ; - Valeur ajoutée à l’expertise congolaise ; - Tentative d’une insertion moins douloureuse dans la mondialisation ; - Nouveau génie congolais face à la concurrence internationale ; - Economie de l’informatique (production, distribution, consommation des produits informatiques autant en hardware qu’en software) ; - Amélioration de la capacité de flux et d’archivage des données ; - Organisation efficiente des statistiques nationales nécessaires à la recherche et aux politiques publiques, etc. Cela dit, l’idéal est de conduire l’informatique à bonifier tous les aspects ainsi que toutes les spécificités de la société congolaise. En l’occurrence, il sied d’associer l’informatique aux réseaux d’information traditionnels, oraux et tribaux. Ainsi les autoroutes de l’information d’Al Gore admettront-elles des bretelles locales qui acclimatent l’outil informatique aux réalités de terrain. La dynamique propre à ce secteur embrayera sur la croissance autant que l’informatisation sociale promouvra l’industrie culturelle. Aujourd’hui, un paradigme
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informationnel fondé sur l’informatique charrie l’évolution du monde. Il ne laissera personne insensible. L’informatisation, la virtualisation et la mondialisation doivent être mises en rapport, en connexion et en harmonie comme l’ont énoncé Philippe Breton et Serge Proulx, il y a eu explosion de la communication à l’aube du XXIème siècle1. En définitive, il devient urgent de comprendre l’impact des technologies de l’information sur l’économie, la mondialisation, la société, les comportements. JeanPierre Corniou le confirme : « L’économie est désormais numérique et globale. Les comportements et les structures en sont modifiés2. » S’inspirant de l’Inde, par exemple, nous pouvons développer un particularisme local : des services aux entreprises (informatique, télécommunications, centres d’appels) ; nous pouvons produire nos propres « maharajahs de l’informatique » (comme Infosys ou Wipro).

Ed. La Découverte, 2002. Technologie et société http://jeanpierrecorniou.typepad.com 16
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de

la

connaissance,

Analyse systémique et informatisation de la société congolaise
Henri MOVA Sakanyi La question du pourquoi pâlit en effervescence face à la ferveur de la tendance lourde que représente le comment de l’informatisation de la société congolaise. Le pourquoi semble relever d’un truisme sinon d’une banalité au moment où la problématique des voies et moyens emporte la pertinence et la faveur de l’analyse. Il ne s’agit donc plus de savoir pourquoi informatiser mais plutôt comment insérer la société congolaise dans la dynamique structurante de nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Ce comment requiert d’une part une approche stratégique et opérationnelle et, d’autre part, la mise en exergue du cadre ou mieux de l’environnement qui accueillerait l’informatisation en question. Nous optons pour le niveau systémique en ce qu’il est globalisant, totalisant et holistique. En effet, un questionnement paresseux pourrait arrêter la problématisation des enjeux aux différentes expériences sectorielles observées dans différentes unités de production de la place. C’est l’ensemble de la Nation Congolaise en tant que système ou
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