La science, creuset de l'inhumanité

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En 1610, Galilée promeut un mode de connaissance qui se veut une lecture mathématique de l'Univers. Face à lui, l'Eglise. Un long combat s'engage alors, lois contre lois. Un siècle et demi plus tard, tandis que naît la fabrique industrielle basée sur le charbon, les philosophes optent pour ces "lumières". Ce savoir qui voulait mettre la subjectivité à distance aura réussi au-delà de toute espérance : c'est l'être humain que la rationalité calculatrice a rendu obsolète.
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296491953
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humanié
ustions C ontmporins C ollection dirigée par B  équignot et D  Rolland C hômage exclusion globalisaion… amais les « quesions conemporaines » n’on éé aussi nombreuses e aussi complexes à appréhender Le pari de la collecion « Quesions C onemporaines » es d’offrir un espace de réflexion e de déba à ous ceux chercheurs milians ou praiciens qui osen penser auremen exprimer des idées neuves e ouvrir de nouvelles pises à la réflexion collecive D rnirs ouvrgs prus Séphane Scrive ’ E urope au temps des euf ou la fin des illusions  Marie Saige ’U face aux violences sexuelles de son personnel  Vanessa F argnoli Viols comme arme de guerre  eanacques L ED OS etite contribution à l’histoire de la radio   eanacques L ED OS etite contribution à l’histoire de la télévision  ulien DE N E UL C oncentration éditoriale et bibliodiversité   Roland G ULLON a éditerranée à l’épreuve de la globalisation  E sher R E ST A a société patriarcale face à la résistance des femmes  E sher R E ST A D u matriarcat au patriarcat   Saïd KOUT A N e devenir du métier d’ingénieur  B ernard G OURM E L E N andicap projet et réinsertion A nalyse des processus identitaires pour les travailleurs handicapés   E ric S A RTOR e socialisme d’ A uguste   ean C hrisophe TORR E S D u narcissisme ndividualisme et amour de soi à l’ère postmoderne  Yvon OLLV E R a D ésunion française E ssai sur l’altérité au sein de la République   oachim M A R C USST E FF a société sousinformée  
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eanMarc Royer
sin rust  l’inhumnité
D écoloniser l’imaginaire
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occidenal
5-7,
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© LH A RM A TT A N , 2012 l É cole-Polytechnique ; 75005
http://www.libr irieh rm tt n.com diffusion.h rm tt n@w n doo.fr h rm tt n1@w n doo.fr
 B : 978-2-296-96233-0 EA : 9782296962330
Paris
l n’ét it évidemment p s im gin ble de critiquer l dém rche scientifique s ns un minimum de sources sérieuses à l’ ppui du r isonnement. l en résulte un nombre import nt de notes de b s de p ges et de renvois à des "notes de fin de texte". C es dernières sont des développements p rticuliers ou bien des documents nnexés de plusieurs p ges qui peuvent se lire de m nière tout à f it indépend nte. uis-je enfin ttirer l’ ttention du lecteur sur le f it que toutes les cit tions remplissent un rôle très méticuleusement él boré d ns le cheminement du propos.
" 'ét is conv incu, à l'heure de l mondi lis tion comme G ér ld B erthoud qu'il f ll it dénoncer les r v ges cognitifs et culturels du " dogme de l' mm culée C onception de l cience ", selon l formule fr pp nte de ierre huillier. "  cques G rinev ld 1 "  is précisément cel nous r mène à l’occident et à s construction im gin ire de l’évolution des sociétés d ns le mythe du progrès, qui joue un rôle essentiel d ns s cosmogonie. n s it le rôle qu’ joué cette figure d ns l légitim tion de l’entreprise coloni le u  e siècle. e siècle qui vient de finir, cepend nt, lui porté un coup presque f t l et tous les piliers de cette représent tion se sont effondrés, tous s uf un : le progrès technique [et scientifique d ] . A l in G r s 2 " " l est sûr que m h rdiesse p r îtr s crilège. C e n’est p s s ns hésit tion que je me suis décidé à écrire ces lignes, u risque de p sser pour un contempteur des D ieux que je ne suis point. A ucun f n tisme ne m’inspire, ucun zèle iconocl ste ne me pousse.  is j’ ime et je recherche librement l vérité. A y nt été mené – p r devoir professionnel à considérer le tr gique imbroglio d ns lequel l’hum nité civilisée se déb t présentement, j’ i voulu en conn ître les c uses profondes pour mieux en discerner l signific tion réelle et l’issue prob ble. C ’est insi que je me vois contr int d’écrire : A u commencement, il y l cience. " ules s  c 3
A ux rtistes indociles. A om in oll nd, G eorges D uh mel, A ldous uxley, G eorges rwell, r evin, ivi ne F orrester, A ndré elter, A rm nd G tti, B e udoin de B odin t.
n gr nd merci à  ndrine  rch l dont l lecture ttentive du m nuscrit permis bien des cl rific tions. 1  cques G rinev ld,  révolution industrielle à l'é helle de l'histoire hum ine de l   iosphère , éenne des sciences soci les, uméro  1 -134 (2006). 2 ev A ul eienuro G pr s, A rt et te hnique d ns le f it milit ire : une question nthropologique , http://cetco -r fr/ D ocuments/ rt histoiremilit ire.pdf 3 ules s  pcr, .euxtnri vitpdiusn1.texterédigéen1_922,p ru en 1923 d ns   evue de  ris, publié en volume en 1936 chez ieder et de nouve u en 1989 chez C lm nn. C ité p r l revue A lli ge °52 http://www.tribunes.com/tribune/ lli ge/52/ s  c_52.htm
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PR EA M B UL E
" i l’on considère l situ tion ctuelle, situ tion non p s de crise, m is de décomposition, de dél brement des sociétés occident les, on se trouve dev nt une ntinomie de première gr ndeur.  voici : ce qui est requis est immense, v très loin […] C ompte-tenu de l crise écologique, de l’extrême inég lité de l rép rtition des richesses entres les p ys […] de l qu si impossibilité du système de continuer s course présente, ce qui est requis est une nouvelle cré tion im gin ire d’une import nce s ns p reille d ns le p ssé, une cré tion qui mettr it u centre de l vie hum ine d’ utres signific tions que l’exp nsion de l production et de l consomm tion, qui poser it des objectifs de vie différents pouv nt être reconnus p r les êtres hum ins comme v l nt l peine. […] C el n’est p s seulement nécess ire pour éviter l destruction définitive de l’environnement terrestre, m is ussi et surtout pour sortir de l misère psychique et mor le des hum ins contempor ins. " C ornélius C stori dis, juin 93. 4 " A cceptons-nous de prendre l mesure politique de ce moment tout nouve u ? our l première fois d ns leur histoire multimillén ire, les sociétés hum ines sont men cées d ns leur existence physique, et cel du f it même de leur ctivisme économique et technique inconsidéré. ’hum nité se révèle c p ble de détruire l b se même de son être historique. […] C ’est pour ffronter ce moment singulier qu’il nous f ut él rgir notre culture politique à de nouve ux outils conceptuels […], devenir f miliers vec de nouve ux types de dossiers, et encore él borer un nouvel im gin ire ". e n C hesne ux, m rs 2007. 5 " C ette p rt des r pports soci ux qui existe à l’intérieur des individus est ce que j’ ppelle leur rm ture "idéelle et subjective", qui n’est p s f ite seulement de représent tions m is ussi de principes d’ ction et d’interdictions. […] n mesure donc le rôle immense de l’im gin ire d ns l construction des ré lités soci les et des subjectivités qui les vivent et les reproduisent. "  urice G odelier, nov. 2008. 6
D ns l deuxième p rtie du 19 e siècle, l science ét bli son hégémonie bsolue en ccident. D epuis, nul ne peut éch pper u désir de scientificité qui lui est m ssivement inoculé depuis son enf nce, s ns pour cel qu’il soit en mesure d’y répondre vec ses propres mots. C ette injonction p r dox le et imp r ble se tr nsforme insi en un " trou " inconscient d ns l’ordre symbolique du sujet (le l ng ge). n des moyens dont dispose l’idéologie pour devenir inintelligible et invulnér ble, c’est justement d’infiltrer le l ng ge, les mots de ch que jour. C ’est d ns l critique r dic le de ce " modèle symbolique emb rqué " et d ns celle de l’im gin ire qu’on lui propose à peu de fr is, que le sujet des ch nces de m intenir une p role viv nte, et le monde de survivre.
12. 54 C .e C nst C orhie sdnise, u x,m C o o nt n é st e r d ui e r l e ’in u s n i e gn if u i l tu n r c e e. p o e l s iti c q r u r e ef d o e ur l s ’é d u o l l o b g y ie ri,nt A hleli g,e eu°i6l,1,19h9tt6p.:/p/w1ww. t 6 ribunes.como/tdreilbiuern,e/ C l o li m m ge u / n 6 1/ u p ge4/p ge4.html  urice G té, s ien e, ulture , C  éditions, 2009. p 44
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A V E RTISS E M E NT
" l f udr it que les scientifiques b ndonnent leur préoccup tion exclusive pour l recherche et l découverte, et qu’ils entreprennent de f ire de l science un objet de médit tion. l f udr it qu’ils commencent à org niser leurs idées et à trouver un voc bul ire critique c p ble de les exprimer un tr v il déjà été f it pour l littér ture, l peinture, l musique, l’ rchitecture, l’éthique, l religion, l politique, l guerre, l’histoire, les sentiments collectifs et individuels, les jeux, les sports et les utres p sse-temps … l n’y   ujourd’hui ucun signe d’une telle tr nsfigur tion de l science, et même p s d’une conscience de s nécessité. " 7 " B ien que l’époque soit féconde en polémiques contre l fonction, et l notion même de critique d ns le dom ine rtistique, il me p r ît que l’ ctivité scientifique qu nt à elle, est l rgement en m l de critique et qu’elle ur it tout à g gner se doter de critiques de sciences " 8 B ien fou celui ou celle qui croir it que les scientifiques ou les chercheurs ont un dessein m chi vélique. C omme tout un ch cun ils sont sensibles à l be uté du monde et à son immense prodig lité, ux moments de bonheur fugitifs et ux tourments de l’ mour, à l’envoûtement de l musique ou à celui des utres rts. E t les plus ouverts d’entre eux de nous r conter les joies profondes et étonn ntes ressenties à l résolution d’une énigme qui les poursuivis jours et nuits dur nt des nnées. ue celle-ci soit in ccessible u prof ne entr îne-t-il de douter d’une p role qui se dit u service du s voir, du progrès ou de l’hum ine condition ? urtout lorsqu’il devient évident que des pplic tions en sont ttendues pour l s nté et le bien-être de tous. ui pourr it croire que le but des chercheurs est encore orienté vers l domin tion de l   ture comme le dis it D esc rtes, t nt le l beur de ceux-ci p r ît ujourd’hui plus pros ïque, plus ré liste d ns ses mbitions ? E t d’ illeurs lorsque cel   rrive, comme d ns le c s de l découverte de l pénicilline p r exemple, qui pourr it s’en pl indre ? E n quoi imer une science ou imer les m thém tiques empêche-t-il d’être ouvert u monde et ux utres ? E n rien, évidemment. jouter is qu’il f ut voir l’honnêteté de reconn ître chez cert ins d’entre eux l’exemple du cour ge et d’une cl irvoy nce que toute une vie n’ p s démenti. C ’est l r ison pour l quelle je me suis tenu à dist nce de toutes les pproches qui consistent de f cto en une décl r tion de belligér nce à l’ég rd des scientifiques, en v nt des priori qui constituent ut nt de sign ux de rupture du di logue et sont les signes v nt-coureurs d’un ffrontement stérile. A ffirmer que l science n’est
7 F urç t,  s ien e sui id ire , F r nçois- vier de G uibert, 1999. p71. -  evy-eblond dit à peu près l même chose d ns  pierre de tou he , G llim rd, 1996 pp 10 et 11 et d ns l revue 8 A lli ge(jene iblpo nsd,did é s e i p e r n é ci e s n e s e u s r t l p s nt l é r i r o t ,rit ée).rm nn, 2010, p 84.   evy-
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qu’une construction soci le ou que l science n’est que politique, c’est leur décl rer l guerre, comme le dit s belle tengers. enter une critique de l ou des sciences ne peut se f ire contre les chercheurs, m is suppose p r contre un minimum d’écoute de leur p rt, même si les thèses v ncées sont inh bituelles ou dér nge ntes comme celles du physicien F r nçois urç t : " n ren ontre à tous les oins de rue une thèse qui relève plus de l’idéologie que de l pensée ritique : l s ien e ne peut p s être jugée, p r e qu’elle se orne à dire e qui est.   ne utre forme de l même thèse disqu lifie tout jugement sur l s ien e en rgu nt, non de l’o je tivité de ses énon és, m is de s propre existen e so i le : elle est l à , inévit  lement, don quel sens y ur it-il à prétendre l juger ? " 9 l v de soi ég lement qu’ dopter une ttitude critique vis-à-vis de l dém rche scientifique n’empêche ucunement d’être circonspect.  r exemple, l’extension " du physic lisme " 10 d ns ce qui été ppelé " les sciences hum ines ", n'est p s à mettre u compte de l dém rche scientifique m is de son us ge busif et même, comme on le verr plus t rd, de son mésus ge. 'ex men de ce mésus ge renvoie à une histoire et une sociologie de l science, c'est-à-dire à un point de vue critique certes intéress nt, m is extérieur à l’ex men de l dém rche scientifique dont il ser question d ns cet ouvr ge. D e plus, ce qui constitué m quête initi le, mon point de dép rt, c’est ce que d’ ucuns ppeller ient l’ n lyse, l " déconstruction " de l’im gin ire 11 d’un monde que je juge, comme d’ utres, r dic lement obsolète puisqu’ ussi bien ce monde décl ré " l’obsolescence de l’homme " 12 près s’être ppuyé, à ses débuts, sur un hum nisme fl mboy nt. C ’est u cours de ce tr v il que l’hypothèse princeps concern nt l pl ce de l science d ns l’im gin ire occident l moderne s’est progressivement imposée à moi. on p s que l science en soit l’unique ressort.  is j' i été conduit à n lyser de près comment l n iss nce, l’ gencement, l méthode, le corpus scientifique peu à peu constitués, ont f çonné cet im gin ire occident l moderne depuis C opernic, B runo, G lilée. A n lys nt l structure de l conn iss nce scientifique, je tenter i de voir quelles réson nces, quelles synergies ont été ou sont encore à l’œuvre qui peuvent rendre compte des lignes de force de cet im gin ire. E t nt donné l sévérité de l critique (qui n’ét it en ucune m nière prévue ou progr mmée, je dem nde u lecteur de m'en f ire le crédit), on pourr s’étonner de ce que cette étude ne débouche ni sur un " rejet " de l science,
910 F r nhçyosiics liusrmç et,: e s ien e sui id ire , F r nçois- vier de G uibert, 1999. pp 91 et 128. mprunt illégitime des principes, de l dém rche ou des conclusions de l 1 p 1 h yesiqmuee.ré fèéroeloegxipslmiceitdeûmàen F t àulr çd té.finitionde C ornélius C stori dis, emprunt nt insi en p rtie l voie qu’il ouverte. 12 C ’est le titre des livres de G ünter A nders, uteur bond mment cité d ns cette étude et sur lequel je reviendr i en dét il.
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