La science en Russie

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La Russie peut-elle être qualifiée aujourd'hui d'hyperpuissance? La puissance économique et politique est avant tout militaire, mais aussi scientifique et technologique... Qu'est devenue la science soviétique après la disparition de l'URSS? Est-elle parvenue à occuper une place appropriée dans ce nouvel environnement économique et social? Peut-elle se mesurer encore avec la "science occidentale"? L'auteur présente une analyse économique des changements intervenus au sein du secteur scientifique russe depuis les années 1990.
Publié le : vendredi 1 avril 2005
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EAN13 : 9782296391079
Nombre de pages : 192
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@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8014-8 E~:9782747580144

LA SCIENCE EN RUSSIE
LA NOUVELLE ORGANISATION DE LA RECHERCHE

Collection «L'esprit

économique

»

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l'apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L'esprit économique» soulève le débat, textes et images à l'appui, sur la face cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production et d'échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement... Ces ouvrages s'adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu'aux experts d'entreprise et d'administration des institutions.

La collection est divisée en cinq séries: Economie et Innovation, Monde en Questions, Krisis, Clichés et Cours Principaux.

Le

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages d'économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l'étude des ressorts fondamentaux de l'économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d'histoire de la pensée et des faits économiques. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui s'adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Vladislav BOUSSYGUINE

LA SCIENCE EN RUSSIE
LA NOUVELLE ORGANISATION DE LA RECHERCHE

INNOV AL 21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE L'Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

INTRODUCTION

La science et la technologie affectent de façon de plus en plus importante notre société. Elles modifient sans cesse non seulement le fonctionnement de l'industrie et des services, mais également de nombreuses pratiques quotidiennes de la plupart des êtres humains. Une grande partie des activités de recherche s'effectue dans le domaine public. Les règles institutionnelles de la recherche publique se trouvent aujourd'hui au cœur des débats politiques dans de nombreux pays, ce qui attire tout naturellement l'attention des chercheurs en sciences sociales sur ces sujets. Certaines questions de ces débats présentent un caractère « universel» dans la mesure où ils touchent la plupart des pays du monde ayant un secteur de recherche développé. Nous pouvons citer entre autres le problème de la valorisation des résultats de recherche obtenus au sein du secteur public (Maurer, 2002, pp. 5-14 ; OECD, 2003). D'autres questions peuvent être spécifiques au pays considéré. A titre d'exemple, en France, une version provisoire du projet de loi d'orientation et de programmation de la recherche et de l'innovation l, prévoyant notamment de renforcer « le volume des crédits alloués aux projets de recherche par rapport au financement récurrent des structures2 », a provoqué une réaction très négative de la part de nombreux chercheurs du secteur public3.
ILOPR!, la version du 7 janvier 2005 est disponible sur http://www.sncs.cnrs..bellevue.fr/IMG/pdf/ cofidentieI_ rrojetdeloidorientation.pdf (14 février 2005). Voir LOPR!, page 14. 3 Voir http://recherche..en-danger.apinc.org.

La recherche scientifique en Russie n'a pas échappé à cette attention particulière des décideurs politiques. Héritière de la science soviétique, dont chacun se souvient des grandes réalisations qui avaient valu à l'URSS le statut d'une superpuissance, elle possède toujours des actifs matériels et des chercheurs de qualité dans de nombreux domaines. Le présent ouvrage est consacré à l'étude d'une des composantes principales du secteur scientifique russe: les centres de recherche de l'Académie des Sciences de Russie (ASR), appelés par la suite centres de recherche académiquesl. Les économistes ayant étudié le système scientifique russe sont globalement d'accord sur le fait que très peu de changements structurels ont été accomplis au sein de l'ASR (Balazs, 1997, Radosevic, 2003). Ainsi, l' ASR a pu préserver sa structure organisationnelle et son mode de gouvernance, notamment le mode de redistribution du financement de l'Etat. Néanmoins, malgré la conservation de l'ancienne structure de l'ASR, de considérables changements sont survenus dans le fonctionnement de cette organisation suite à la disparition du contrôle du Parti Communiste exercé sur elle. Au niveau des centres de recherche, d'importants changements organisationnels ont également eu lieu suite à leur adaptation aux nouvelles conditions économiques et sociales. Cette adaptation a conduit à l'apparition de nouvelles formes d'organisation interne, qui ne sont pas nécessairement les mêmes selon les centres de recherche. L'objectif principal de cette ouvrage consiste à expliquer et à évaluer ces nouvelles formes d'organisation interne. L'ouvrage se découpe en deux parties. Dans la première partie, nous étudions l'environnement économique dans lequel s'insère l'activité de l' ASR (chapitre 1), puis la structure de l'ASR (chapitre 2). Plus précisément, nous examinons tout d'abord les liens de l'ASR avec le secteur industriel, l'Etat et les organisations d'origine étrangère dans le but d'établir le cadre institutionnel dans lequel se situe l' ASR. Ensuite, nous étudions les mutations de la structure de l' ASR depuis l'époque soviétique. La deuxième partie est consacrée à l'étude de la structure interne des centres de recherche académiques. Nous identifions des types de centres de recherche et proposons des modèles de
1 Précisons que cet adjectif ne devra pas être confondu avec ce que l'on entend par « académique» dans le monde occidental, qui est souvent synonyme d'« universitaire ».

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jeux correspondant à ces types (chapitre 3). Le recours à la modélisation nous permet d'examiner l'efficacité comparative de ces différents types des centres de recherche. Cette étude théorique est complétée par une analyse empirique (chapitre 4). Notre analyse de cas permet de comprendre pourquoi les centres de recherche ont choisi telle ou telle forme d'organisation. En outre, nous réalisons des tests statistiques pour évaluer les différences observées dans l'efficacité des centres de recherche en question. Les résultats obtenus à l'aide de ces deux études théorique et empirique nous permettent de proposer certaines orientations en matière de politique publique dans le domaine de la recherche.

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PREMIÈRE PARTIE L'ACADÉMIE DES SCIENCES DE RUSSIE ET SON ENVIRONNEMENT

INTRODUCTION

Avant de nous livrer à une analyse micro-économique du fonctionnement des centres de recherche de l'Académie des Sciences de Russie, ce que nous ferons dans la deuxième partie, il nous apparaît indispensable dès à présent de fixer le cadre institutionnel à l'intérieur duquel les activités de ces centres de recherche se déploient. Dans la première partie, nous poursuivons deux objectifs principaux. Premièrement, nous déterminons les liens du secteur académique avec son environnement, lesquels constitueront les paramètres exogènes des modèles que nous nous proposons d'élaborer. Nous étudions notamment les liens du secteur académique avec le secteur industriel, l'Etat et les organisations étrangères. Deuxièmement, nous nous intéressons à la structure organisationnelle et au mode de fonctionnement de l'ASR, et notamment au mode de prise de décision dans cette organisation. L'étude de l'environnement dans lequel s'insère le secteur académique de la Russie peut se faire à la lumière de l' approche de Systèmes Nationaux d'Innovation} (SNI). Les études faisant référence à cette approche dépassent le cadre standard consistant à confronter de façon statique l'offre et la demande de nouveaux produits et de nouvelles technologies. L'approche de SNI s'intéresse au fonctionnement de différentes composantes du Système d'Innovation et aux liens et aux interactions entre ces composantes. L'utilisation de cette approche dans notre étude est justifiée par le fait qu'elle permet d'évaluer non seulement l'état actuel du système d'innovation russe, mais également d'envisager des scénarios possibles de développement futur de ce système. Ainsi, nous ne nous limitons pas à la considération de cet état actuel qui est en effet en état de crise. Nous cherchons également à savoir quel sera le « futur proche» du système national d'innovation de la Russie et quelle sera la place du secteur académique à l'intérieur de ce système. La description détaillée du système national d'innovation russe dépasse le cadre de cet ouvrage. En outre, une telle description nécessiterait un grand volume de données, por1

Voir notamment Lundvall (1992), Nelson (1993), ainsi que OCDE (1997)
synthétique.

pour une présentation

tant notamment sur les interactions de différentes composantes de ce système, lesquelles sont inaccessibles aux chercheurs. De plus, la réalisation d'une telle description est rendue d'autant plus difficile qu'il n'existe pas d'études de qualité sur lesquelles l'on pourrait s'appuyer. Nous avons donc choisi de réaliser une étude à échelle réduite du système d'innovation russe, centrée sur l'évolution de la demande et de l'offre de R&D. Nous nous concentrons sur le fonctionnement de l'appareil productif et sur la description du secteur de R&D. Nous considérons également le comportement de l'Etat dans ce domaine et les liens des agents économiques russes avec des organisations étrangères. La décision d'étudier non seulement le secteur académique mais tout le secteur de R&D peut être justifiée par la nécessité de prendre en considération d'autres producteurs de résultats de R&D que ceux qui constituent le secteur académique. Ainsi, nous supposons que l'étude des liens entre le secteur académique d'un côté et les entreprises industrielles russes, l'Etat et les organisations étrangères de l'autre exige, pour être complète, une analyse des partenaires, mais également une analyse des concurrents des centres de recherche de l'Académie des Sciences de Russie. Dans le chapitre I de cette partie nous fournissons une description de l'approche de SNI et une application de cette approche au cas de la Russie. Le chapitre II est consacré à la place du secteur académique dans le secteur de R&D et, plus généralement, dans le système d'innovation de la Russie. Dans ce chapitre, nous mettons l'accent sur la place particulière qu'occupe la science académique en Russie. Nous abordons les spécificités du fonctionnement de l'Académie des Sciences de Russie et soulignons l'existence de deux logiques différentes dans ce fonctionnement, à savoir la logique d'Etat et la logique marchande. Finalement, nous nous livrons à une réflexion sur la pérennité du modèle actuel de fonctionnement de cette organisation.

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CHAPITRE I : L' ANALYSE DE LA DEMANDE ET DE L'OFFRE DE LA R&D EN RUSSIE

Dans ce chapitre, nous examinerons l'environnement dans lequel s'insèrent les centres de recherche de l'Académie des Sciences de Russie. Pour cela, nous emprunterons certaines techniques de l'approche de Systèmes Nationaux d'Innovation (SNI). La section 1.1 est consacrée à la description de cette approche. Les sections 1.2 et 1.3 sont consacrées à l'examen des composantes principales du Système National d'Innovation de la Russie, qui sont respectivement l'appareil productif et le secteur de recherche-développement. Dans les sections 1.2 et 1.3 nous étudierons les actifs et les modes de fonctionnement de ces secteurs. Nous envisagerons non seulement l'état actuel des secteurs industriel et de recherche-développement, mais également leur évolution depuis l'époque soviétique. Cette mise en perspective historique permettra d'expliquer la persistance de certaines pratiques héritées de l'époque soviétique dans le fonctionnement de ces secteurs. La coexistence de nouveaux et d'anciens modes de fonctionnement conduit dans certains cas à une stratification des organisations appartenant à ces secteurs, ou à la constitution de ce qu'on appelle « l'économie à deux (plusieurs) vitesses ».
1.1. L'APPROCHE DE SYSTEMES NATIONAUX D'INNOVATION (SNI)

L'approche traditionnelle technologique met l'accent sur les coûts (tels que les dépenses de recherche-développement, les dépenses en activité innovatrice, etc.) et les résultats (tels que

l'augmentation du chiffre d'affaire et de la productivité, le nombre de brevets obtenus, etc.)l. Cette approche paraît être assez limitative: à titre d'exemple, il s'avère impossible, dans le cadre d'une telle approche, d'évaluer la capacité d'un système économique à innover. L'approche de système d'innovation utilise une autre méthodologie qui permet d'étudier des phénomènes jusqu'alors situés en dehors du cadre de l'analyse traditionnelle. 1.1.1. Les définitions et la méthodologie de l'approche de SNI L'approche de systèmes d'innovation2 (SI)3 s'intéresse à la description structurée de l'organisation et de celles de ses stratégies qui contribuent au comportement innovateur dans une région déterminée. Par ailleurs, cette approche s'intéresse à l'identification des institutions et des acteurs qui déterminent ce comportement innovateur (Nelson, 1993). Dans le cadre de cette démarche, l'attention principale est accordée à l'analyse des relations et des interactions entre divers agents économiques impliqués dans l'activité innovatrice. Parmi ces agents économiques, notons les firmes privées, les centres de recherche, les universités et, à un niveau plus détaillé, les employés de ces organisations. Ces interactions peuvent prendre la forme de recherche commune, de contacts personnels des employés, d'achats d'équipement, etc. Les flux d'information entre les agents économiques se trouvent au cœur de l'approche de SI. Ce sont à la fois l'information codifiée telle que les publications, les brevets, etc. et l'information noncodifiée telle que les connaissances tacites transmises par la communication directe qui sont analysées dans le cadre de cette approche. Les études des SNI soulignent le rôle déterminant joué par le gouvernement et certaines institutions dans le fonctionnement de l'appareil productif du pays. Selon la définition de Metcalfe4,
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OCDE (1997), p. 3. Il existe de nombreux articles et livres consacrés à l'étude des SNI, voir La notion la plus fréquente est celle de Système National d'Innovation.
Social d'Innovation. On parle ainsi que de Système Sectoriel définitions différentes de SNI. « Le système national d' inno-

Freeman (1987), Lundvall (1992), Nelson (1993). Amable et al. (1997) utilisent le terme Système également de Système Régional d'Innovation d'Innovation (Malerba et Orsenigo, 1997). 4 Voir OCDE (1997, p. 10), qui propose cinq Parmi elles, celle de Patel et Pavitt (1994) est:

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« Le système national d'innovation est un ensemble d'institutions qui contribuent conjointement et individuellement au développement et à la diffusion de nouvelles technologies et qui fournit le cadre dans lequel les gouvernements conçoivent et mettent en application des politiques pour influencer le processus d'innovation. Ainsi, le SNI est un système d'institutions interconnectées pour créer, utiliser et transférer connaissances, acquis et qualifications qui définissent les nouvelles technologies ». L'objectif principal des études menées dans le cadre de l'approche de SI consiste souvent à montrer la relation existant entre certaines caractéristiques du SI considéré et les performances économiques. La compréhension du mécanisme de fonctionnement du SI permet de déterminer les points clé sur lesquels doivent s'appuyer les politiques économiques. De telles politiques peuvent influer sur les interactions entre les agents économiques, elles peuvent également déterminer l'incitation fiscale, le financement étatique, la situation concurrentielle, le cadre législatif de la propriété intellectuelle. Du point de vue de l'approche traditionnelle, l'utilisation de politiques économiques peut être justifiée pour corriger certaines « défaillances du marché », notamment celles dont l'apparition est due au sous-investissement du secteur privé dans la R&D. L'approche de SI propose l'existence de «défaillances systémiques» qui ralentissent l'activité innovatrice. Les défaillances systémiques se manifestent par une coordination insuffisante des agents économiques, par une incohérence de la recherche publique par rapport à la science appliquée développée par le secteur privé, par une imperfection de la circulation de l'information, par une capacité réduite des entreprises privées à introduire de nouvelles technologies. Dans l'étude d'un système d'innovation, l'attention principale est accordée au secteur industriel. Les flux d'information principaux se forment avant tout dans la recherche commune entre firmes industrielles (OECD, 1997, p. Il). La collaboration dans la recherche entre les firmes privées se développe rapidement, surtout dans les domaines nouveaux où
vation consiste en les institutions nationales, leurs structures d'incitation et compétences qui déterminent la vitesse et la direction de l'apprentissage technologique (ou le volume et la composition des activités génératrices de changements) dans le pays donné».

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les investissements en R&D sont considérables, par exemple, dans la biotechnologie et la microélectronique. De telles collaborations permettent de réunir des ressources matérielles et humaines et donc de bénéficier d'économies d'échelle et de complémentarité du capital humain. Les contacts informels entre les employés de ces firmes forment eux aussi des flux d'information considérables mais difficiles à quantifier. Un autre objet d'étude important dans le cadre de l'approche de SI est le secteur public de R&D et ses interactions avec le secteur privé. Un des principaux facteurs qui détermine un système d'innovation est la qualité de la recherche publique et celle de ses liens avec le secteur privé. La recherche effectuée dans les centres de recherche publics et dans les universités constitue la base de la recherche appliquée. En outre, la recherche financée par le secteur public est une source importante de nouvelles méthodes et de nouveaux outils. Finalement, une partie de la recherche menée dans le secteur public l'est au profit du secteur privé. La capacité des firmes privées à utiliser des connaissances scientifiquesl est une caractéristique importante du SI2. Les études empiriques réalisées dans le cadre de cette approche se fondent sur les données de base suivantes: - enquête innovation au niveau de la firme, une telle enquête s'intéresse principalement aux sources de connaissances à partir desquelles sont réalisées les innovations; - analyse de clusters3, centrée sur les interactions s'exerçant à l'intérieur de certains groupes de firmes liées par une chaîne technologique ou par des relations de réseau. Outre les flux d'information, les phénomènes suivants sont abordés: migration du capital humain, liens institutionnels, stratégies de firmes innovantes. Les conclusions obtenues par les études empiriques plaident en faveur de la mise en place de certaines politiques économiques, parmi lesquelles on peut noter celles ayant pour but4 :
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Parmi les sources de ces connaissances,notons: contrats de recherche,bre-

vets, publications dans des revues scientifiques. Les firmes peuvent également extraire le nouveau savoir de nouveaux équipements et technologies. 2 Le facteur géographique y joue un rôle important. Ainsi, les organisations scientifiques stimulent l'activité innovatrice des entreprises situées dans leur environ, comme le montrent les exemples du cluster biotechnologique de Boston près du MIT et Silicon Valley près de l'université de Stanford et de celle de Californie. 3 Sous l'influence de l'ouvrage de M. Porter (1990). 4 Voir OCDE (1997, pp. 41-42).

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- de promouvoir la création de réseaux et de clusters privilégiant les interactions entre agents économiques. Ces politiques peuvent notamment viser à favoriser l'organisation de recherches communes avec la participation de centres de recherche publics, à encourager la mobilité du personnel qualifié à l'intérieur du cluster; - d'améliorer la capacité à innover des firmes privées, en particulier par le biais d'une simplification d'accès à l'information technique, d'un encouragement des investissement dans la recherche-développement, dans la formation continue, dans les technologies de l'information et des communications.
1.1.2. La coexistence de différents Systèmes d'Innovation Les études empiriques ont révélé des différences substantielles et persistantes dans les systèmes d'innovation des pays de l'OCDE. Même des pays similaires du point de vue de la situation macro-économique peuvent avoir des profils technologiques et des capacités à innover très différents. Il est généralement admis que les systèmes d'innovation évoluent en suivant des trajectoires largement déterminées par le régime passé et actuel de génération des connaissances. Ce régime est à son tour déterminé par les facteurs institutionnels. Amable et al. (1997, p.262) proposent la classification suivante des systèmes d'innovation et de production: . (Dans le) système marchand, l'avancée des connaissances fondamentales, ainsi que le développement de l'innovation aboutissent à des connaissances codifiables, pouvant donc faire l'objet de transactions. La force de ce système est marquée en matière de biologie, logiciel, industrie des loisirs, ... . (Dans le) système méso-corporatiste, le développement de nouveaux produits de la consommation de masse se fonde sur la mobilisation des compétences accumulées en vue d'un renouvellement continu en fonction des attentes de consommateurs aux demandes très différenciées. L'avantage (de ce système sur d'autres) est évident dans le domaine de l'électronique grand public, des nouveaux moyens de transport, de la robotique... . Au système social-démocrate serait confié le soin de fournir les nouveaux biens collectifs associés à l'éducation, la santé, le vieillissement de la population, les exigences de recyclage et de préservation de l'environnement. On pense (ici) à des innovations marquantes orientées vers le système éducatif, les nouveaux appareils médicaux, ou encore l'invention de procédés économisant les matières premières. 19

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