La Science et le sens de la vie

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Jadis, l'homme attribuait un sens aux expériences de la vie: il expliquait le tonnerre par la colère de Zeus, considérait les récoltes comme un bienfait de Dieu. La science a démythifié tout cela en identifiant les causes mécaniques des phénomènes naturels. Sur la lancée de ces conquêtes, de nombreux scientifiques ont alors affirmé que demain la science expliquerait aussi la conscience de l'homme, les racines de son apparent libre-arbitre, et que la notion d'" esprit " apparaîtrait aussi dénuée de sens que le sont aujourd'hui le " phlogistique " ou l'" éther " invoqués autrefois pour expliquer la combustion ou la propagation de la lumière.

Partant de sa spécialité, l'informatique, qui se trouve au coeur du débat sur la nature de l'esprit, Jacques Arsac nous entraîne dans un voyage épistémologique à travers la physique, les mathématiques, le langage. Il nous montre ainsi, d'étape en étape, qu'à l'image de l'informatique qui manipule des symboles sans jamais s'occuper de leur signification, la science en général porte sur des représentations, non sur les objets eux-mêmes. Pur formalisme, la science ne peut nous dire s'il existe une dimension de la réalité qui lui est extérieure. affirmer l'existence de cette dimension est une croyance... mais affirmer sa non-existence l'est tout autant.

Le débat autour de l'intelligence artificielle résume parfaitement l'enjeu philosophique de ce questionnement de la science. Si tous les raisonnements ne sont que la résultante d'un calcul, il ne fait aucun doute que nous serons un jour en mesure de fabriquer des machines à penser. Mais que sera alors devenue l'humaine condition? Si, en revanche, l'initiative et la créativité ne sont pas entièrement réductibles à des calculs, si le sens des mots est une valeur ajoutée qui ne peut se déduire des mots eux-mêmes, il restera toujours une place pour l'homme.

Jacques Arsac, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de physique, ancien astronome, diplômé de philosophie des sciences, fut le premier titulaire d'une chaire de programmation en France et l'un des pionniers de l'informatique dans notre pays. Professeur émérite à l'université Paris VI, correspondant de l'Académie des sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Machines à penser (1987).
Publié le : mercredi 6 octobre 1993
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213673950
Nombre de pages : 276
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Avant-Propos
Chapitre premier. Science et croyances
© Librairie Arthème Fayard, 1993.
978-2-213-67395-0
Du même auteur
Transformation de Fourier et théorie des distributions, Dunod, 1961.
La Conduite des ordinateurs, Dunod, 1967.
La Science informatique, Dunod, 1970.
La Construction de programmes structurés, Dunod, 1977.
Premières Leçons de programmation, Cedic-Nathan, 1980.
Les Bases de la programmation, Dunod, 1983.
Jeux et Casse-Tête à programmer, Dunod, 1985.
Les Machines à penser, Le Seuil, 1987.
Préceptes pour programmer, Dunod, 1991.
Je dédie ce livre à mon épouse chérie, à mes filles et mes gendres mais pas à mes petits-enfants : quand ils pourront le lire il sera, je l’espère, dé – pas – sé.
 
Je m’y aventure en terre étrangère
chez les philosophes.
Pour me rassurer
j’ai suivi leurs cours.
Ma gratitude va à mes maîtres,
Madame Engel-Tiercelin,
Messieurs Bouveresse et Mosconi,
les Pères F. Marty et G. Martelet.
Je ne suis pas sûr d’avoir été
un bon élève.
Avant-propos
Pendant que ce livre mijotait dans ma tête comme un plat de carottes sur le coin d’une cuisinière à bois (car c’est comme cela qu’on réussit les meilleures carottes, en espérant que cela vaille aussi pour les livres), je reçus la visite d’un ami à qui j’exposai mes préoccupations. Voici à peu près la conversation qui s’ensuivit :
– Je ne te suis pas très bien. Tu dis que tu veux écrire un livre sur la science et les croyances. Pourquoi ne dis-tu pas « science et foi » comme tout le monde ?
– Parce que la foi chrétienne n’est qu’une parmi beaucoup de croyances possibles. J’en parlerai bien sûr, parce qu’elle me tient trop à cœur, mais ce ne sera pas le centre du livre.
– C’est un sujet bien usé, sur lequel on a déjà tellement publié ! Et tu n’as aucune chance ! Tu n’es jamais passé à la télévision, tu n’es pas académicien, tu n’es pas philosophe...
– C’est vrai. Comme l’a écrit un journaliste, je ne suis qu’un scientifique de second plan. Mais je m’occupe d’informatique, et c’est peut-être pourquoi j’ai un regard sur les sciences autre que celui du physicien que je fus, ou du biologiste que je n’ai jamais été. Ce pourrait être utile au lecteur. Cela mérite au moins qu’on essaie...
– On a déjà tout dit sur science et foi ! Le scientisme sévissait au siècle dernier, et l’Église le lui rendait bien en condamnant les scientifiques et en les faisant taire. Puis le scientisme est mort, et l’Église a reconnu l’autonomie de la science : elle n’est pas du même ordre que la foi, et aucun conflit ne peut éclater entre elle et la science...
– Ton aperçu historique est succinct mais me paraît exact, je le développerai dans un chapitre. Mais je ne suis pas d’accord avec tes conclusions. S’il n’y a théoriquement pas de conflit entre la science et la foi, nous portons tout de même des images ou représentations du monde qui peuvent être remises en cause par des découvertes scientifiques, et la foi en est alors un temps ébranlée. Si le scientisme consiste bien à affirmer au nom de la connaissance scientifique quelque chose qui n’en relève pas, alors il n’est pas mort du tout.
– A condition qu’il y ait quelque chose qui ne relève pas de la science ! Ce n’est pas évident !
– Entièrement d’accord avec toi. C’est la question centrale de mon livre. Y a-t-il quelque chose en dehors de la science ? Je voudrais essayer de montrer que la science ne peut pas répondre à cette question. En conséquence de quoi, dire qu’il n’y a rien en dehors de la science, c’est affirmer une croyance, au même titre que dire que la science n’est pas le seul mode de connaissance.
– Tu vas parler du big-bang ?
– Pas de big-bang.
– Alors de physique quantique et de relativité...
– Pas de physique quantique ni de relativité, ni d’évolution ou de darwinisme...
– Tu passes ainsi à côté des points chauds !
– A côté de certains seulement. Je crois que le débat a changé de lieu, se focalisant sur le cerveau. Diverses sciences aujourd’hui s’en préoccupent : la neurobiologie, les sciences cognitives, l’informatique. La question est posée de savoir si l’esprit est distinct du cerveau. S’il n’y a que de la physico-chimie de neurones, le mental se réduit au neural, selon la formule de Jean-Pierre Changeux, l’esprit est le sommet de l’évolution philogénétique. Lors d’un débat à l’Académie des sciences en novembre 1991, quatre neurobiologistes ont déclaré que l’esprit n’est autre que l’activité physique du cerveau, seul le professeur Karli déclarant qu’il est irréductible à la physico-chimie.
– C’est parce que la neurobiologie est encore jeune et qu’on ne voit pas clairement les résultats obtenus.
intelligence artificielle
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– Tu attaches trop d’importance à des phénomènes secondaires. Il ne s’agit pas vraiment de science ici. L’informatique est une nouvelle technologie dont quelques spécialistes amplifient les pouvoirs afin de justifier leurs demandes de crédit ou de se faire un nom dans les médias. Tu ne peux pas prendre cela au sérieux...
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