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Le philosophe et le transfert des sciences et de la technologie en Afrique

De
173 pages
L'accès aux sciences et à la technologie est un problème crucial pour les pays africains, mais il s'exprime souvent en termes de transfert et non de maîtrise de processus. Le véritable développement scientifique et technologique doit être profondément ancré dans la vie sociale et suivre l'évolution de celle-ci. Tout transfert de technologie comporte donc la menace d'une pression sur les structures du pays d'accueil souvent accentuée par le prolongement du rapport de domination.
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COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE »
dirigée par François Manga-Akoa

En ce début du XXIe siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui. L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection « PENSEE AFRICAINE » participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.

Dernières parutions René TOKO NGALANI, Propos sur l'État-nation, 2010. Pius ONDOUA, Développement technoscientifique. Défis actuels et perspectives, 2010. René TOKO NGALANI, Mondialisation ou impérialisme à grande échelle ?, 2010. Roger MONDOUE, « Nouveaux philosophes » et antimarxisme. Autour de Marx est mort de Jean-Marie Benoist, 2009. Antoine NGUIDJOL, Histoire des idées politiques. De Platon à Rousseau, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. Avenirs pluriels, Tome III, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’irrationnelle rationalité, Tome II, 2009. Pius ONDOUA, Existences et Valeurs. L’urgence de la philosophie, Tome I, 2009. Pius ONDOUA, Technoscience et Humanisme, 2009. Doumbia S. MAJOR, Le manifeste pour l’Afrique. Pourquoi le continent noir souffre-t-il ?, 2009.

Ce livre est spécialement dédié à leurs Excellences Messieurs : Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d’Ivoire et Alpha Oumar Konaré, ancien Président du Mali et Ancien Président de la Commission de l’Union Africaine.

L’histoire de l’humanité nous enseigne qu’en tout temps, les hommes ont cherché à dominer et à humilier leurs semblables qui acceptèrent souvent avec lâcheté et sans gloire le fait accompli, alors que les autres se révoltèrent contre cette barbarie, parfois les armes à la main. Alors était né le nationalisme : concept concentré du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Etant éternel et imprescriptible, tout nationalisme, toute fierté de soi à la condition du respect minimum des règles compatibles avec l’éthique de la vie dans la communauté nationale et internationale, sous peine de discrédit, quels que soient la raison du comportement ou le contenu du combat, doit être une donnée permanente pour tout homme libre. Cette vérité historique n’aura guère ébranlé la certitude d’être de certains de nos Chefs d’Etat, habitués qu’ils sont d’aller à Canossa pour s’aplatir devant ceux-là qui les méprisent et pillent nos richesses, et continuer, malgré cela, de voguer sur le radeau de la méduse des illusions, car de Canossa au radeau de la méduse, il n’y a qu’un perdant, l’Idéal, que leurs Excellences Laurent Gbagbo et Alpha Oumar Konaré ont su préserver pour la dignité de l’Afrique Noire et de l’homme africain, pendant leur mandat.

INTRODUCTION

Nul doute que l’immense travail accompli depuis des siècles et qui se caractérise par le rythme accéléré du développement de la science a été en partie motivé par l’idée que l’homme pourrait ainsi se rendre maître et possesseur de la nature. Mais un bilan des résultats de cette activité scientifique avec la technique comme application fait apparaître aujourd’hui la négativité de cette performance qui rappelle son inscription indépassable dans une nature à la profondeur de laquelle ses activités conscientes ne parviennent pas à se mesurer. En tout cas, le développement scientifique et technique n’a en rien diminué l’impuissance des hommes face aux problèmes de leur organisation collective, le déchirement de la société nationale et mondiale, la misère physique des deux tiers de l’humanité et psychique du troisième. C’est ce qui m’amène à réfléchir sur la situation du transfert du savoir scientifique et technique en Afrique, sa problématique interne, son enracinement, sa fonction sociopolitique. Pour peu qu’on pousse cette réflexion plus loin, elle conduit à se poser deux questions essentielles : le transfert des compétences scientifiques et technologiques en Afrique peut-il véritablement servir à l’élaboration d’une politique de développement économique et social ? Peut-il contribuer efficacement à la détermination des objectifs et des moyens et à la prévision de ses effets sociaux et éthiques ? Ainsi entendue, la question que je dois traiter ici ne prétend pas épuiser tout le problème. La situation actuelle de l’Afrique se caractérise par cette oscillation : la première, idyllique, quant à l’importation de la science et de la technologie, fait passer pour les idées du phénomène du développement ce qui n’est en fait qu’une philosophie oblique, une idéologie ; la seconde, empirique, persuade que la comptabilité des moyens et le recensement des objectifs constituent un véritable programme de développement. Ces deux attitudes sont négatives et ne peuvent être que rejetées ; elles sont les conséquences d’un phénomène qui renvoie à cette réflexion générale : l’identification de la science à l’Europe et à ses

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extensions nord-américaines. Cette réflexion générale repose sur le postulat suivant : la science est dans son ensemble, le fait de la seule positivité occidentale. Et quand les Occidentaux se désignent de manière confuse comme les héritiers de ceux qui ont contribué à l’élaboration de la science, c’est toujours pour revendiquer leur droit à l’exclusivité de la science. Ainsi, la science, par ses origines aussi bien que par son devenir dans les sociétés autres que celles du monde occidental, ne sera-telle introduite et développée qu’au prix d’une soumission au modèle occidental, érigé en idéal ? Partant, pour que ce modèle soit immédiatement transposable et afin que cet idéal soit réalisable, on recourt à des schémas simplistes qui n’engendrent en fait qu’un simulacre d’efficacité. Ces divers schémas se coordonnent autour de deux thèmes : la science est de nature essentiellement pragmatique, ce qui assure la transplantation du modèle ; les bénéfices de la science sont immédiats, ce qui implique un assujettissement à des objectifs commandés par des intérêts économiques ou des décisions politiques… Bref ! La science avec la technologie comme application est considérée comme un produit fini, que l’on peut importer, ce qui dispense d’une véritable politique de la science et d’une réflexion sur les facteurs sociaux propres à chaque pays. L’influence de cette conception fut considérable sur l’enseignement et sur la recherche. Elle ne fut nullement ébranlée par son échec général, ni même par l’absence de bénéfices immédiats. C’est précisément cet occidentalo-morphisme que je vais examiner afin de comprendre comment il a constitué un obstacle au développement scientifique en Afrique, comment il révèle l’ignorance dans laquelle se trouvent les cadres administratifs et les dirigeants à qui il appartient de décider d’une véritable politique dans la recherche de la science fondamentale.

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PREMIERE PARTIE

LES LIENS NATURELS DE LA PHILOSOPHIE ET DES SCIENCES

La science a toujours constitué un facteur qui exerce une action importante sur notre vie sociale ; elle fait surgir de graves problèmes sociaux et introduit ainsi un intérêt croissant dans le rapport entre elle-même et la philosophie. De par le rythme accéléré du développement de la science, son extension à presque tous les domaines de l’activité humaine, ses résultats acquièrent une portée théorique et sociale telle qu’aucun philosophe, aucun chercheur ou penseur ne peut passer sous silence ces questions qui s’élaborent selon les conditions sociales qui sont celles des philosophes, selon leur culture, leurs réalités historiques et concrètes et leur appartenance de classe. Ainsi, deux tendances s’opposent dans la solution de la question du rapport de la philosophie et de la science : le néo-positivisme par exemple érige en principe l’approche « strictement scientifique » de tous les problèmes, et réfute quant au développement de la science la valeur que représente l’examen des questions classiques de la philosophie et de la conception du monde. En tout cas une chose est sûre : la philosophie et la science constituent un tout harmonieux, en ce sens que ce sont des activités humaines parmi d’autres, qui font ressentir leur influence sur le développement de la culture humaine et qui ne peuvent donc se développer chacune de son côté indépendamment du contexte socio-économique. A notre époque, la vie sociale, économique et politique met à l’ordre du jour l’examen détaillé des fonctions concrètes dans lesquelles se manifestent les sciences et son attitude envers les autres aspects de l’activité humaine ; ce qui exige l’examen (en philosophie) des deux conceptions du monde : la métaphysique et le matérialisme dialectique. Il convient donc de distinguer d’un côté la philosophie qui part d’une interrogation sur les fondements du savoir, et des valeurs (le vrai, le beau, le bien, le mal, etc.) ce qui l’amène à remettre en cause tous les dogmes et tout ce qui est transmis par la tradition, et

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d’un autre côté d’une systématisation des croyances traditionnelles, religieuses et magiques, concernant les rapports des hommes entre eux, et les rapports des hommes avec la nature et les forces qui s’y déploient : il est donc naturel de penser que, pour qu’il y ait rapport, il faut avant tout que la philosophie considère les sciences comme un objet d’investigation particulier, qu’elle remplisse envers elle les fonctions de méthode générale et de théorie de la connaissance, et qu’elle permette aux savants d’accéder aux lois les plus générales du développement du monde. Comprise ainsi, la philosophie entretient avec les sciences un rapport qui aurait une raison d’être, en ce sens qu’elle doit fournir aux sciences leur méthode et leur théorie de la connaissance, et qu’elle doit être considérée d’une part comme le résultat d’une généralisation des données des sciences et d’autre part comme leur base méthodologique. Mais ce rapport de la philosophie et des sciences ne saurait se confondre avec l’épistémologie, qui est toujours le rapport des catégories philosophiques à une science particulière, et à la particularité de ses problèmes de constitution, de définition, de méthode comme à la spécificité de son contenu ; car le développement exponentiel des disciplines scientifiques et leurs interventions brutales dans la vie et la pensée du grand nombre exigent maintenant une confrontation à la fois renouvelée et considérablement étendue de leurs méthodes et de leurs résultats avec les principes, les catégories et les concepts de la philosophie. Partant, le matérialisme dialectique ne peut, ne pas rendre compte des découvertes de la science et les assimiler, ni renoncer à élaborer l’éclairage général sans lequel la multiplication des connaissances scientifiques conduirait la pensée humaine au mécanisme du robot, au chaos agnostique ou au renoncement irrationaliste. Ce rapport ne saurait avoir non plus d’intérêt culturel ; c'est-àdire l’intérêt de préciser les sens et les valeurs dans lesquels peut se reconnaître et s’assumer à un moment historique une société en développement, etc. que si la philosophie englobe la science dans un mouvement de réflexion sur soi de la culture en question.

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Cette réflexion sur soi de la culture par et dans la philosophie n’a elle-même de sens et de valeur que si la science est d’abord relativisée dans ses contradictions propres, par rapport à ses conditions externes autant qu’internes, donc dans une histoire qui n’est pas seulement la sienne, mais aussi l’histoire économique, sociale et politique. L’histoire de la science témoigne que les principes véritables de la connaissance se sont toujours développés sur la base de la navigation maritime, des découvertes géographiques et des nécessités de la pratique sociale et politique, du développement de l’industrie, qui enrichissent la science d’une multitude de faits nouveaux dans les domaines de la mécanique, de la thermodynamique de l’électromagnétisme, de l’optique, du nucléaire, de l’informatique, etc. Les conditions sociales et économiques des temps modernes ont provoqué le développement considérable des connaissances scientifiques concrètes. Des observations systématiques, une large utilisation de l’expérimentation et des diverses méthodes mathématiques ont permis aux savants d’expliquer bon nombre de phénomènes naturels, de découvrir une multitude de faits autrefois ignorée… Bref ! Une quantité de faits nouveaux qu’il faut étudier sur le plan théorique. C’est donc en démêlant l’écheveau complexe des phénomènes, en étudiant exactement et sous tous les aspects, en reproduisant expérimentalement et en vérifiant aussi par l’expérience les conclusions théoriques et les hypothèses, que tout progrès de la science est possible. Le rapport organique de la philosophie et de la pratique sociale sous toutes les formes est essentiel dans le matérialisme dialectique et il trouve sa confirmation sans cesse plus profonde dans le caractère du développement de la réalité sociale, de la science et de la pensée sociale. Ce développement exponentiel des sciences exerce forcément une énorme influence sur la pensée des hommes à tel point qu’aucun système philosophique ne peut ignorer le rôle de la science en tant que facteur exerçant une influence sensible sur

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toute l’existence réelle de l’homme et de l’humanité, aucun d’eux ne peut se soustraire à la nécessité de définir d’une manière ou d’une autre, son attitude à l’égard de ce fait, ce qui ne veut pas dire une soumission de l’une à l’autre, encore moins une assimilation de la science à la philosophie.

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La tentation de la philosophie

Principalement dans les périodes de crise, la philosophie a toujours voulu se donner une figure de science en adoptant un protocole de méthode qui n’est autre (souvent) que mathématique. La philosophie a cru trouver dans ces méthodes une rigueur d’enchaînement de pensée ou d’exposition qui pourrait lui permettre d’atteindre un statut « scientifique » et de devenir par là même, à l’instar de la mathématique, une science « vraie et véritable » ; « ce qui a séduit les philosophes dans les mathématiques, c’est la possibilité qu’elles ont d’avancer par leurs propres moyens conceptuels grâce à la déduction1 ». La philosophie s’attache, avant tout, aux questions du sens et de la liberté, lesquelles ne sont pas immédiatement discernables et analysables dans une sorte d’évidence historique simple. Il lui faut donc élaborer ses systèmes par les moyens d’une relecture des différentes philosophies sur les problèmes de la dialectique, du sujet et de l’objet, de l’unité de la théorie et de la pratique, de l’empirisme et du théorique, de la science et des autres formes de l’activité humaine. Tiraillée de l’intérieur, accusée de l’extérieur d’inefficacité, de n’être qu’un simple chevauchement d’idées, la philosophie a voulu alors adopter la méthode scientifique cela, parce que la science avec la technologie comme application est arrivée à une maîtrise partielle des lois du monde de la réalité par les divers méta procédés en mathématique, en physique, en biologie, la théorie de l’expérimentation et enfin l’épistémologie à mettre de l’ordre dans le chaos naturel, et à accroître des possibilités concrètes au sein des différentes civilisations. Bon nombre de philosophes ont donc pensé qu’en se démarquant de leur méthode pour adopter celle de

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Niamkey Koffi, « L’impensée de Towa et de Hountondji, Annales de l’Université d’Abidjan, Série D, Tome IX, 1979, p. 412.

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