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Les femmes, l'enseignement et les sciences

De
241 pages
L'ouvrage, centré sur la partie scientifique de l'enseignement, retrace les étapes qui ont conduit, en un siècle, l'enseignement féminin d'une organisation spécifique à la fusion complète avec l'enseignement masculin : identité des cursus, des contenus et des épreuves, unicité des concours et des classements, mixité. Ce parcours historique montre tous les progrès réalisés et les acquis obtenus, mais aussi l'engagement et les succès des pionnières qui ont permis de vaincre les préjugés sur l'inaptitude des femmes pour les sciences.
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LES FEMMES, L'ENSEIGNEMENT ET LES SCIENCES

Un long cheminement
(XIXe-XXe siècle)

Nicole HULIN

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-05606-0 EAN : 9782296056060

@ L'Harmattan,

Nicole HULIN

LES FEMMES, L'ENSEIGNEMENT ET LES SCIENCES Un long cheminement
(XIXe-XIXesiècle)

Postface de Claudine Hermann

Nouvelle édition revue et complétée

L'Harmattan
5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u.3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan

Italia
15

Via degli Artisti, 10124 Torino IT ALlE

Illustration de couverture: Cours de physique au Lycée Racine, Paris, vers 1900, photographie anonyme, Musée national de l'Éducation-INRP, Rouen.

@ Presses universitaires de France, 2002 @ L'Harmattan, 2008

Avertissement
La question de l'orientation des filles vers les carrières scientifiques demeure d'une grande actualité. Replacer cette question dans le contexte historique de l'évolution de l'enseignement scientifique destiné aux femmes, tel était l'objet de l'ouvrage publié en 2002 sous le titre Les Femmes et l'enseignement scientifique 1, dont nous proposons ici une nouvelle édition. Le parcours historique, qui met en lumière les progrès accomplis pour atteindre l'égalité dans l'enseignement, intègre, en particulier, les résultats d'une nouvelle investigation sur l'accès des femmes aux responsabilités dans les sociétés savantes ou les associations de spécialistes ainsi qu'à l'inspection générale, dans le domaine des mathématiques, des sciences physiques et des sciences de la nature. Peu changé dans sa structuration générale, l'exposé comporte des éléments et développements nouveaux, insérés au sein des différentes sections. De plus, outre l'ajout d'une annexe supplémentaire, il a paru judicieux de présenter un récapitulatif des différents tableaux pour faciliter la lecture et, par exemple, suivre précisément l'évolution parallèle des agrégations scientifiques féminines et masculines. D'autre part Claudine Hermann, qui est la première femme nommée (1992) aux fonctions de professeur à l'École polytechnique et qui a été fonctionnaire nationale « Femmes et sciences» auprès de la Direction générale Recherche de l'Union Européenne 2, a procédé à l'actualisation de la postface qu'elle avait rédigée et qui présente un bilan sur la situation en ce début du XXIesiècle.

--------------

1. Cet ouvrage avait été élaboré avec la collaboration de Bénédicte Bilodeau pour réunir de la documentation. 2. Elle a d'abord été la représentante française dans le groupe d'expertes qui a produit le « rapport ET AN» concernant la place des femmes dans la recherche publique en Europe occidentale (1998-1999), avant d'être l'une des l'une des deux représentantes françaises dans le groupe des fonctionnaires nationaux «Femmes et sciences» (dit «groupe d'Helsinski ») de fin 1999 à fin 2005.

Avant-propos

Le constat d'une certaine désaffection pour les études scientifiques supérieures a induit une focalisation de l'intérêt sur le vivier féminin. Mais pour attirer plus de jeunes filles dans la voie scientifique il convient de vaincre certains blocages, blocages dus en partie, pensons-nous, à l'atavisme des générations auxquelles on déniait de bonnes capacités pour les sciences. Pour atteindre ce but il peut être déterminant de souligner la progression indéniable et régulière accomplie en un siècle ayant, d'une part conduit à la fusion complète des deux enseignements masculin et féminin et, d'autre part amené les femmes à des fonctions de responsabilité dans le milieu scientifique. En effet, cette histoire, trop souvent méconnue ou mal connue, devrait inciter les générations nouvelles à s'investir pour poursuivre la progression et à se mobiliser pour gommer le dernier décalage existant, celui de l'orientation vers les carrières scientifiques. Faire connaître l'histoire du long chemin déjà parcouru, tel est l'objet de cet ouvrage. En France les femmes ne représentaient en 1996 que 23% des étudiants des écoles d'ingénieurs; ce chiffre est cependant en progrès cons-

tant, mais lent, avec 9% en 1973 et 19%en 19881.Toutefois il faut bien
mesurer le chemin parcouru en quelques décennies: en 1933, une seule femme était admise au concours d'entrée de l'École centrale et deux femmes en sortaient avec le diplôme d'ingénieur; toujours en 1933, à l'École supérieure d'optique une femme recevait le diplôme d'ingénieur

opticien2. D'ailleurs ce n'est que peu à peu que les Grandes Écoles ont
introduit la mixité: l'École polytechnique, fondée en 1794, l'a introduite en 1972, mais en 2000 on n'y comptait encore que 15% de filles admises.

-------------1. Jacqueline Feldman et Annie Morelle, « "Les femmes savantes" in France: Under the glass ceiling », dans The Gender Gap in Higher Education (World year book of education), Suzanne Stiver Lie, Lynda Malik, Duncan Harris dir., Londres, Kogan, 1994, p. 56-69. 2. Jeanne P. Crouzet-Ben Aben, « Succès féminins dans les concours mixtes », Revue universitaire, n° 2, 1933, p. 240-241.

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Les femmes, l'enseignement et les sciences

La faiblesse du pourcentage d'options pour les études scientifiques ne résulte pas d'une inaptitude féminine pour les sciences, mais des choix

d'orientation. Il est bon de souligner, comme le fait Stephen G. Brush 1,
que les femmes ont apporté leur contribution au développement de la science moderne. On peut citer les lauréates du prix Nobel de physique ou de chimie: Marie Curie (physique 1903 avec Pierre Curie, chimie 1911) ; Irène Joliot-Curie (chimie 1935 avec Frédéric Joliot-Curie) ; Maria Goeppert Mayer (physique 1963 avec J.H.D. Jensen) ; Dorothy Mary Crowfoot Hodgkin (chimie 1964). On peut y ajouter trois lauréates du prix Nobel de physiologie ou de médecine: Gerty Cori (1947), Rosalyn Yalow (1977), Barbara McClintock (1983). Mais d'autres femmes ont aussi contribué aux progrès des sciences au XXe siècle: Emmy Noether (mathématiques), Cecilia Payne-Gaposchkin (astrophysique), Kathleen Lonsdale (cristallographie), Inge Lehmann (sismologie), Lise Meitner (physique nucléaire), Chien-Shiung Wu (physique des particules), Florence Rena Sabin (immunologie), Mary Douglas Leakey (paléontologie), Nettie Maria Stevens (génétique). Et la liste n'est pas exhaustive. Certaines de ces femmes se sont illustrées par leurs contributions théoriques (Noether, Mayer, Payne, Lehmann, Meitner), d'autres par leur travail expérimental (Marie Curie, Irène Joliot-Curie, Lonsdale, Hodgkin, Wu). Les raisons de la désaffection des femmes pour les carrières scientifiques ont fait l'objet de diverses analyses. À aptitudes égales les jeunes filles s'orientent moins volontiers que les garçons vers les filières scientifiques. Au niveau secondaire doit se constituer un vivier suffisant, ce qui constitue un premier objectif à atteindre. Mais, si d'une manière générale, la terminale S représente un passage obligé vers les carrières scientifiques, elle n'est pas choisie dans cette seule perspective. Il s'agit donc de
« promouvoir l'image de la science chez les femmes et l'image des

femmes dans les sciences et inciter les jeunes filles à s'engager dans les carrières scientifiques et techniques» 2.

-------------1. Stephen G. Brush, « Women in physical science: From drudges to discoverers», The physics teacher, january 1985, p. 11-19 ; «Women, science, and universities », dans Women's contributions to chemistry and chemical engineering, ACS National meeting, Anaheim California, USA,1995, p. 2-26. 2. Tel est l'objectif de l'association «Femmes et sciences» (régie par la loi de 1901), qui a été constituée en 2000. Voir, par exemple, Bulletin de l'Union des physiciens, n° 831, février 2001, p. 459. Quant à l'association « Femmes et mathématiques », elle a été fondée en 1987.

Introduction

Une notion tout à fait pertinente à introduire pour traiter de l'histoire de l'enseignement est celle de décalage, le décalage ayant des formes variées. Ainsi, à une époque donnée, peut-on considérer le décalage entre science enseignée et science savante (ou encore l'actualité des connaissances enseignées), le décalage entre les mesures décidées pour l'enseignement et la formation des maîtres, le décalage entre les mesures adoptées et leur réelle application, le décalage entre les projets de mesure et les choix faits, etc. Mais un décalage tout à fait essentiel est celui existant entre l'enseignement féminin et l'enseignement masculin, relatif à tous les ordres d'enseignement et se situant à différents niveaux: organisation, conception, programmes, horaires, etc. Des exemples pris dans l'enseignement primaire à ses différents niveaux (école primaire élémentaire, école primaire supérieure, école normale) nous permettront, dans un premier temps, d'illustrer la diversité des décalages pouvant exister entre les deux enseignements masculin et

féminin. Ainsi, les dispositions de la loi Guizot 1 sur l'instruction primaire
du 28 juin 1833 sont étendues aux écoles de filles par l'ordonnance du 23 juin 1836, sauf celle qui impose aux communes d'entretenir une école

primaire élémentaire et aux départements une école normale 2. Décalage
dans le temps donc, et avec certaines restrictions. Les différences peuvent se situer au niveau des programmes. Par exemple, les instructions de 1881 sur l'enseignement dans les écoles normales primaires soulignent des allégements pour les programmes des disciplines scientifiques quand on passe des écoles de garçons aux écoles de filles 3.En mathématiques:
« Le programme des élèves-maîtresses est un peu moins étendu, en ce qui concerne l'arithmétique, dont on a retranché, outre
-------------1. Bulletin universitaire, t. 3, 1832-1834, p. 231-243.. 2. Ibid., t. 5, 1836, p. 143-148. Les dispositions des articles 9 et Il du Titre III de la loi de 1833 ne sont pas reprises dans cette ordonnance. 3. Bulletin administratif, t. 24,1881, p. 1640-1666 (voir p. 1652, 1655-1656, 1664).

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Les femmes, l'enseignement et les sciences l'algèbre, les racines cubiques, les progressions et l'usage des tables de logarithmes; mais on a cru pouvoir y faire entrer des notions très élémentaires de géométrie plane, pour arriver à la mesure des surfaces. Il est inutile d'expliquer les motifs des retranchements: ils apparaissent d'eux-mêmes; quant aux notions de géométrie plane, ce sont, à proprement parler, des applications du système métrique que des institutrices ne doivent pas ignorer et qui se peuvent enseigner, à l'aide de quelques formules et sans démonstration théorique».

En physique on précise: «Le programme de physique destiné aux élèves-maîtresses est moins complet; il renferme néanmoins tout ce qu'il est nécessaire que des institutrices sachent de cette science; mais c'est pour elles surtout que l'enseignement doit avoir un caractère simple et expérimental [...J ». De même en sciences naturelles des allégements sont opérés: « Le temps consacré aux sciences naturelles dans les deux catégories d'écoles normales n'est point tout à fait le même, et les programmes destinés aux élèves maîtresses, à l'exception de celui de botanique, ne sont pas aussi étendus que ceux que doivent suivre les élèves-maîtres; d'autre part, le programme d'hygiène, qui, dans les écoles normales d'institutrices, est rattaché à l'économie domestique, fait partie du programme de sciences naturelles dans les écoles normales d'instituteurs. De là une répartition quelque peu différente des matières à enseigner». Ainsi dans les programmes concernant les élèves-maîtresses on trouve l'enseignement de l'économie domestique et de l'hygiène alors que pour les élèves-maîtres figure l'enseignement agricole. Bien évidemment des différences apparaissent aussi au niveau des exercices corporels: « [Le Conseil supérieur] a recommandé les promenades, les herborisations, les excursions pratiques, les travaux agricoles pour les élèves-maîtres, les travaux de jardinage pour les élèves-maîtresses; il a fait un programme détaillé de gymnastique et d'exercices militaires pour les premiers; enfin, il a introduit la gymnastique dans les écoles normales d'institutrices. Il est inutile d'ajouter - car le programme lui-même le dit - que cet enseignement doit être donné avec mesure dans les établissements de cette seconde catégorie, et seulement autant qu'il est utile pour assouplir méthodiquement les membres, développer les organes, procurer une fatigue physique qui repose de la fatigue intellectuelle, et combatte l'influence souvent pernicieuse de la vie de rêverie ou des habitudes de nonchalance ».

Des décalages apparaissent encore au niveau des horaires impartis aux disciplines. Lorsque l'arrêté du 10 août 1885 indique que le nombre d'heures consacrées chaque semaine aux leçons de sciences physiques et

Introduction

13

naturelles est porté de 2 à 3 heures en première année des écoles normales d'instituteurs, il précise que ce nombre est porté de une à deux heures

dans les écoles normales d'institutrices 1. Dans les écoles primaires supérieures2, on peut de même noter un décalage dans les horaires consacrés à un même enseignement. En 1ère année, ainsi qu'en 2e et 3e
années dans la section d'enseignement général, l'arrêté du 26 juillet 1909 fixe à 3h pour les filles et 4h pour les garçons le temps consacré à la rubrique « arithmétique appliquée, calcul rapide, algèbre et géométrie» ; si pour la rubrique « notions de sciences physiques et naturelles, chimie et notions pratiques d'hygiène », l'horaire est le même (fixé à 3h) en 1re année pour les deux catégories d'établissements, il subit ensuite une réduction de une heure (avec passage de 3h à 2h) dans la section d'enseignement général des filles3. Mais des alignements vont s'opérer. L'arrêté du 18 août 19204 identifie, pour les écoles primaires supérieures année ainsi que ceux de de filles et de garçons, les programmes de la 1ère la section d'enseignement général dans toutes les matières (sauf l'économie domestique et les travaux manuels 5). Même dans les programmes d'examen, il existe des éléments propres à chacun des deux enseignements masculin et féminin; lorsque l'arrêté du 19 juillet 1917 6 introduit au CEP une composition sur « les connaissances scientifiques usuelles» 7, il est précisé: « Application élémentaire des sciences à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, à la pêche maritime (selon les centres), pour les garçons; à la vie ménagère, pour les filles; à l'hygiène, pour les deux sexes ». C'est ainsi que, dans un centre d'examen du certificat d'études primaires appartenant à une région industrielle, le sujet retenu pour les garçons porte sur la dynamo alors que les filles ont à traiter comme sujet: « Squelette; description. Hygiène du développement osseux» 8. De son côté, l'enseignement secondaire féminin s'est constitué avec un double décalage par rapport à son homologue masculin organisé au

-------------1. Ibid., t. 38, 1885, p. 388-389, art. 1. 2. Après une première année d'enseignement commun s'ouvrent, en deuxième et troisième années, diverses sections dont une section d'enseignement général et une section commerciale, une section agricole et une section industrielle pour les garçons, une section ménagère pour les filles. 3. Bulletin administratif, t. 86, 1909, p. 473-486 (voir p. 474-475). 4. Ibid., t. 109,1920, p. 727-728. 5. Sont maintenues des spécificités concernant l'enseignement de la morale et de l'hygiène (Instructions relatives à l'organisation des cours complémentaires, des écoles primaires supérieures et des écoles normales du 30 septembre 1920, ibid., p. 1426-1497, voir p. 1456). 6. Bulletin administratif, t. 102, 1917, p. 226-227. 7. Cette composition est introduite en alternative avec une composition sur l'histoire et la géographie, au choix de l'inspecteur d'académie. 8. «Du choix des sujets de compositions scientifiques à l'examen des certificats d'études primaires », Revue pédagogique, n° 1, 1921, p. 56-57.

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Les femmes, l'enseignement et les sciences

début du XIXe siècle, décalage dans le temps et décalage dans la conception même. Après la tentative - au succès limité - de Victor Duruy, c'est la loi Sée qui marque en 1880 le début de l'enseignement secondaire féminin, entraînant à sa suite la création de l'École normale de Sèvres et la constitution d'agrégations féminines spécifiques. Cet enseignement secondaire féminin, dont les trois premières années sont couronnées par le certificat d'études secondaires, est sanctionné en fin de cursus par le diplôme de fin d'études, et non par le baccalauréat. Il ne donne donc pas accès aux facultés. Lorsque le décret du 21 février 1921 précise les conditions pour se présenter au brevet supérieur, permettant d'entrer dans la vie professionnelle, pour établir un pont entre les ordres primaire et secondaire l'exigence se porte sur la première partie du baccalauréat et, pour les jeunes filles, sur le certificat d'études secondaires ou le diplôme de fin d'études. La réforme initiée par le ministre Léon Bérard en 1924 conduit à l'assimilation de l'enseignement secondaire féminin à l'enseignement secondaire masculin. Au cours du xxe siècle, un long cheminement va mener à l'identification totale des enseignements ainsi que des épreuves d'examen et de concours. Dans le domaine scientifique, l'agrégation de sciences naturelles 1 devient mixte à partir du concours de 1931, une quarantaine d'années avant que s'opère la fusion des agrégations masculines et féminines de sciences physiques et de mathématiques (classement unique sur des épreuves identiques). L'ultime péripétie de cette évolution est la fusion en 1985 des deux Écoles normales de la rue d'Ulm et de Sèvres en l'École normale supérieure. Cependant, dès la fin du XIXesiècle, se manifestent des pionnières qui obtiennent l'agrégation masculine (de mathématiques dès 1885) et des doctorats à la faculté des sciences de Paris (ès sciences naturelles en 1888 et 1889, ès sciences mathématiques en 1893). Par ailleurs, des femmes vont demander leur admission dans des sociétés savantes. Ainsi le Conseil de la Société française de physique 2 est saisi d'une demande en février 1880, mais considère qu'il n'y a pas lieu de modifier les statuts qui ne prévoient que des candidats hommes; toutefois la personne est admise à assister aux séances de la Société. À une nouvelle demande formulée en février 1901 est adressée la même réponse; en février 1902, à l'unanimité moins une voix, il est décidé que « le règlement sera interprété dans le sens libéral et que les dames pourront être admises comme membres de la Société» et ainsi, à la prochaine séance, MmeCurie sera présentée par le Conseil de la Société. Cette décision intervient trois ans après la présentation, à l'Académie des sciences, de la note sur la découverte du radium. Lors de la célébration du 25e anniversaire de la décou-

-------------1. Nicole Hulin et Bénédicte Bilodeau, «Les sciences naturelles à l'agrégation », Revue de synthèse, 4e série, octobre-décembre 1999, p. 545-579. 2. Registre des comptes-rendus de séances du Conseil de la Société française de physique, Archives de la Société française de physique.

Introduction

15

verte, en décembre 1923, L'illustration publie un article 1 où il est fait état de la présence de plusieurs jeunes filles dans la quarantaine d'élèves assistant aux leçons données par Marie Curie avec pour commentaire:
« Par son étrangeté, par les horizons très lointains qu'elle nous ouvre sur les mystères de la constitution de la matière, la radioactivité, plus que beaucoup d'autres sciences peut-être, s'imprègne d'une poésie bien propre à séduire les imaginations féminines; les théories mathématiques qu'elle comporte deviennent chaque jour plus accessible aux cerveaux de nos compagnes, qui, sans doute, n'y sont pas plus rebelles que les nôtres, mais qui se trouvent momentanément handicapées par l'atavisme des générations auxquelles ce genre d'études fut pratiquement interdit». L'exemple d'Emmy Noether est la preuve, s'il en faut une, des capacités féminines pour les mathématiques. Après avoir étudié les mathématiques aux universités d'Erlangen et Gottingen comme auditrice libre, les femmes n'étant pas admises comme étudiants réguliers, elle passe son

doctorat en 1907. Entre autres travaux 2, elle a établi le lien entre les lois de conservation fondamentales de la dynamique (conservation de l'énergie, de la quantité de mouvement, du moment cinétique), valables pour un système isolé, et les propriétés de l'espace et du temps d'un univers idéal caractérisé par l'homogénéité du temps ainsi que l'homogénéité et l'isotropie de l'espace. Dans les premières décennies du XXe siècle les jeunes filles vont se présenter, en nombre croissant, au baccalauréat. Certaines sont reçues à l'École normale de la rue d'Ulm, deux d'entre elles seront reçues premières à l'agrégation masculine de mathématiques en 1920 et 1939. Les thèses soutenues à la faculté des sciences de Paris dans les trois premières décennies du XXesiècle attestent d'une poussée féminine, avec cependant des orientations disciplinaires privilégiées: sur soixante sept thèses, une seule est soutenue en mathématiques et les thèses de sciences naturelles
représentent un peu plus du double de celles de sciences physiques
3.

En centrant notre intérêt sur la partie scientifique de l'enseignement, qui a sa spécificité propre, nous nous proposons de retracer les étapes qui ont conduit à la fusion complète des deux enseignements masculin et féminin, marquée par l'identité des cursus, des contenus et des épreuves, l'unicité des concours et des classements, la mixité.

-------------1. F. Honoré, «Le jubilé du radium », L'illustration, n° 4217, 29 décembre 1923, p.676-677. 2. Voir, par exemple, les références qui y sont faites dans Nicolas Bourbaki, Éléments d' histoire des mathématiques, Paris, Hermann, 1974.

3. Bénédicte Bilodeauet Nicole Hulin, « Les premiersdoctorats féminins à la faculté
des sciences de Paris (1888-1920) à travers les rapports de thèses », Archives internationales d'histoire des sciences, vol. 47, n° 139, 1997, p. 295-315.

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Les femmes, l'enseignement et les sciences

Dans une première partie nous traiterons de l'enseignement secondaire et de son évolution avant d'aborder, dans une seconde partie, la question du recrutement des professeurs et du concours d'agrégation, qu'on ne peut d'ailleurs totalement dissocier de la formation à l'École normale supérieure. Une spécificité des agrégations scientifiques féminines réside dans la présence d'une composition littéraire. Aussi, il nous a paru judicieux de rassembler dans une annexe, l'ensemble des sujets posés, jusqu'à la disparition de l'épreuve, de 1884 à 1937, en les accompagnant éventuellement de commentaires figurant dans les rapports de concours. Toujours en annexe, nous produisons deux textes fondateurs sur l'éducation des femmes: d'une part, le rapport de Condorcet à la

Conventionnationale (1791) 1 où celui-ci explique que« l'instruction doit
être la même pour les femmes et pour les hommes» et que « les femmes ont le même droit que les hommes à l'instruction publique» ; d'autre part, un discours de Jules Ferry (1870) où il revendique l'égalité d'éducation pour les deux sexes, soulignant que les femmes ont « les mêmes facultés que les hommes ». Mais des préjugés vont persister sur l'aptitude des femmes pour les sciences, comme le montrent quelqu~s textes postérieurs au vote de la loi Sée que nous présentons dans une autre annexe.

-------------1. Sur ce rapport et son impact voir Dominique Julia, Les Trois Couleurs du tableau noir, Paris, Belin, 1981 (p. 377-331).

Première partie L'enseignement secondaire des jeunes filles: constitution et évolution

Chapitre

I

DES COURS DURUY À LA LOI SÉE

Si les cours créés à l'instigation de Victor Duruy ont eu un succès limité et n'ont guère survécu à la chute de ce ministre en 1869, ils constituent néanmoins une étape dans l'établissement d'un enseignement secondaire féminin et la reconnaissance d'une place pour les sciences dans les études des jeunes filles. L'organisation de ces cours Duruy est laissée à l'initiative des pouvoirs locaux et l'enseignement dispensé n'est pas uniforme sur tout le territoire. C'est grâce à l'engagement du député républicain Camille Sée que vont être créés les lycées de jeunes filles par la loi de 1880, huit décennies après l'établissement des lycées pour les garçons. Les cours secondaires de jeunes filles établis par Victor Duruy Quelques jours après son arrivée au ministère de l'Instruction pu-

blique Victor Duruy 1 expose, dans une lettre adressée à l'Empereur et datée du 6 août 1863, « le projet de réformes à accomplir »2. Tous les
ordres d'enseignement sont concernés, et Victor Duruy souligne la né-

cessité de songer à « organiser l'éducation des fiZZes» qui jusque là
échappait à l'État. Dans la circulaire du 30 octobre 1867, Victor Duruy présente sa conception de l'enseignement secondaire des filles3 qu'il faudrait fonder. Il explique: «L'enseignement secondaire des filles est et ne peut être que

--------------

1. Victor Duruy (1811-1894), normalien de la promotion 1830, est ministre de l'Instruction publique de 1863 à 1869. 2. Victor Duruy, Notes et souvenirs, Paris, Hachette, 1901, t. l, p. 196-198. 3. « Instructions relatives aux dispositions complémentaires de la loi du 10 avril 1867 en ce qui concerne l'enseignement des filles », L'Administration de l'Instruction publique de 1863 à 1869, Paris, Delalain, 1869, p. 515-525 (voir p. 523-525).

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Les femmes, l'enseignement et les sciences

l'enseignement spéciall qui vient d'être constitué pour les garçons par la loi du 21 juin 1865, et dont les langues mortes sont exclues ». Cet ensei-

gnement, qui comporte « la démonstration pratique des vérités scientifiques », peut être adapté pour les jeunes filles, précise Duruy. Ainsi, l'enseignement secondaire des filles comprendrait trois ou quatre années d'études, d'une durée de six ou sept mois, avec une ou deux leçons par jour, des devoirs remis par les élèves et corrigés par le maître, des compositions mensuelles. Le cours complet serait sanctionné et couronné par

la délivrance d'un diplôme. Victor Duruy ajoute que « les cours ne seraient pas publics; mais la jeune fille y serait conduite par sa mère, sa gouvernante ou sa maîtresse de pension, qui assisteraient aux leçons ». Pour l'organisation matérielle Victor Duruy indique: «Ces cours, s'adressant aux familles aisées ou riches, seraient nécessairement payants: 15 ou 20 francs par mois [...] Le local serait une salle de l'hôtel de ville ou de quelque édifice communal; car cet enseignement devrait être établi sous le patronage, le contrôle et la direction des autorités municipales [...] ». Quant aux maîtres, on pourrait faire appel aux membres de l'enseignement secondaire et peut-être même à quelques membres des facultés, et ils seraient autorisés à utiliser le matériel scientifique des lycées. Les cours de la Sorbonne

Pour répondre à l'appel du ministre, se crée une Association 2 pour
l'enseignement secondaire des jeunes filles comprenant des professeurs

éminents et des membres de l'Institut 3. L'article 2 des statuts de l'Association précise: « L'Association a pour but de compléter l'instruction des jeunes filles et de leur procurer les moyens de s'élever au-dessus des connaissances primaires par un enseignement analogue à celui des établissements d'enseignement secondaire spécial pour les garçons» 4. Les cours de l'Association, donnés à la Sorbonne, sont prévus pour être répartis sur trois années et porter sur la littérature, l'histoire, la géographie, l'économie domestique, les éléments de droit usuel, les sciences naturelles et physiques, « certaines notions de sciences mathématiques ». La durée des cours doit être de six mois, du 1erdécembre au 31 mai, avec trois fois par semaine une leçon de lettres et une leçon de sciences d'une durée ne dépassant pas une heure. Les devoirs écrits doivent consister soit

-------------1. Au sujet de cet enseignement, voir par exemple N. Hulin-Jung, L'Organisation de l'enseignement des sciences, Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1989, p. 286-29l. 2. Bulletin administratif, t. 8,1867, p. 515-519. 3. Pierre Duchartre, Henri Milne-Edwards, Adolphe Wurtz. 4. Cité par Octave Gréard, « L'enseignement secondaire des filles» Guin 1882), dans Éducation et instruction. Enseignement secondaire, Paris, Hachette, 1887,1. 1, p. 91-233 (voir p. 148).

Des cours Duruy à la loi Sée

21

à résumer la leçon du professeur soit à traiter un sujet désigné par lui; tous les devoirs remis doivent être corrigés et annotés.
TABLEAU 1 Programme du cours de 1èreannée (ouvert en décembre 1867) 1 er trimestre
1h -2h Mardi 2h-3h 1h -2h Jeudi 2h-3h Ih-2h Samedi 2h- 3h Chimie Histoire naturelle (La Terre) Histoire de France Mathématiques Li ttérature Économie domestique Mme Pape-Carpantier (directrice du cours normal des salles d'asile) Philippon (secrétaire de la faculté des sciences) Albert (professeur au lycée Charlemagne) Hébert (professeur de géologie à la faculté des sciences) Gérardin (professeur au lycée Saint-Louis) Cahours (professeur à l'École centrale)

2e trimestre Ih- 2h Mardi 2h-3h Ih- 2h Jeudi 2h- 3h Ih-2h Samedi 2h-3h Histoire naturelle (Les plantes) Duchartre (professeur de botanique à la faculté des sciences) Physique Histoire de France J amin (profes~eur de physique à la faculté des sciences et à l'Ecole polytechnique) Gérardin Mathématiques Littérature Géographie de France Levasseur (professeur au lycée Napoléon) Salicis (répétiteur à l'École polytechnique) Albert

Au début du mois de décembre 1867commence le cours 1 de première
année (cf. programme tableau 1). Le Bulletin administratif publie un compte-rendu de la séance d'ouverture 2, qui s'est déroulée devant quelque 220 dames et jeunes filles: «Le légitime succès des deux cours [d'Albert et d'Hébert] a été complet. Ce début est d'un heureux augure pour l'avenir du nouvel ordre d'enseignement institué à la Sorbonne ». Le Bulletin administratif donne un résumé de la leçon d'Hébert qui « a été

écoutée avec une attention soutenue ». Avant de donner une esquisse
rapide du programme de son cours, Edmond Hébert a souligné la nécessaire alliance des lettres et des sciences dans l'éducation et la complémentarité des différentes disciplines scientifiques:

-------------1. Le coût en est de 75 francs par trimestre. 2. Bulletin administratif, 1. 8, 1867, p. 693-694.

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Les femmes, l'enseignement et les sciences « L' homme a le devoir de développer ses facultés. Les lettres fécondent l'imagination, forment le goût, inspirent l'amour du beau et du bien. Les sciences exactes, par leurs méthodes rigoureuses, éclairent et fortifient la raison; elles sont d'ailleurs la clef de toutes les applications, des plus simples comme de celles qui donnent la plus haute idée de la puissance humaine. Mais le perfectionnement de nos facultés n'a pas seulement pour but l'intelligence et l'admiration des œuvres de l'homme. Il y a autour de nous un monde extérieur, soumis à des lois indépendantes de nous. Il n'est pas permis de traverser ce monde sans chercher à le comprendre: c'est là l'objet de l' histoire naturelle ou étude de la nature».

teur du 27 décembre l, consacré aux cours de la Sorbonne, et rappelle le
but des nouveaux cours:
« Combler les lacunes du système actuel de l'enseignement des filles et préparer pour l'avenir, parmi les filles elles-mêmes, un personnel de professeurs capables de porter plus tard, dans les pensionnats de jeunes filles, des connaissances qu'elles auront puisées à la source la plus sûre. Les cours de la Sorbonne sont en effet les seuls, à cette heure, où l'on puisse, par exemple, étudier les sciences qui nécessitent l'emploi d'instruments délicats ou puissants, et de tous ces appareils de démonstration qui ne sauraient se trouver dans les maisons particulières ».

Plus loin le Bulletin administratif se fait l'écho d'un article du Moni-

Ouverture des cours dans les départements Le Bulletin administratif, qui publie les textes officiels organisant l'enseignement, accompagne la mise en route des cours secondaires de jeunes filles en publiant, dès le dernier trimestre 1867, des informations sur ce qui se passe dans les différentes villes des départements 2 : dates d'inauguration des cours, personnalités présentes, locaux utilisés, prix des cours et possibilités de bourses, allocutions d'ouverture, programmes des cours, échos de presse. Tout ceci témoigne de l'intérêt porté par le ministre à l'institution. Ainsi l'inauguration des cours a lieu le 7 novembre à Limoges, le 20 novembre à Orléans, le 27 novembre à Saint-Quentin, le 4 décembre à Tours, le 5 décembre à Valenciennes, le 16 décembre à Amiens, etc. Cette inauguration est faite en présence de l'inspecteur d'académie à --------------

1. Ibid., p. 848. 2. Ibid. : Limoges, p. 519 ; Troyes, p. 552-553 et 697 ; Beauvais, p. 553 ; Orléans, p. 553 ; Auxerre, p. 635-636 et 894-898 ; Tours, p. 695-697 ; Saint-Quentin, p. 697 ; Amiens, p. 745-746,781 et 887-893 ; Valenciennes, p. 747 ; Chalons-sur-Saône, p. 781 ; Mont-deMarsan, p. 781 et 882-887 ; Rouen et Dieppe, p. 898.

Des cours Duruy à la loi Sée

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Limoges, du préfet et du maire à Troyes, du préfet, de l'inspecteur d'académie et du maire à Tours. Les locaux utilisés sont divers: salle de la mairie à Auxerre, Beauvais ou Orléans, salle de la préfecture à Tours, salle des audiences du tribunal de commerce à Amiens. Le nombre des leçons prévues et les matières traitées varient d'une ville à l'autre Les discours d'ouverture sont l'occasion de souligner l'importance de ces cours qui permettent à la France de combler son retard par rapport aux nations voisines Allemagne, Suisse, Hollande (allocution du maire d'Auxerre), et de répondre à ceux qui jugent l'institution inutile ou dangereuse (discours de l'inspecteur d'académie Bertrand à Amiens). Ainsi à Tours, avant de commencer ses leçons qui portent sur la physiologie, le professeur de sciences naturelles Tastes prononce une allocution pour rassurer son auditoire. Il s'agit, dit-il, d'« entretiens familiers », même « paternels », « où ne saurait trouver place rien de ce qui peut blesser votre délicatesse et alarmer vos consciences ». Et il ajoute: «Il est permis de supposer que je n'aurai pas consacré tant des meilleures années de ma vie à l'enseignement public, pour en être réduit à ignorer les ménagements et les réserves que m'imposent aujourd'hui le fond même du sujet et la nature tendre et impressionnable de mon nouvel auditoire ». Tastes commence ensuite l'exposé de son cours « avec une convenance, un tact parfait, et dans un langage aussi élégant que mesuré », écrit le Journal d'Indre et Loire du 4 décembre. Dans son discours d'ouverture Fierville, professeur de morale au lycée de Mont-de-Marsan, présente les différentes matières abordées dans les cours et insiste sur l'importance de l'enseignement des sciences: «Aujourd'hui, les sciences et l'industrie ont pris un développement tel que nous ne trouvons rien de pareil dans le passé. Vous devez donc vous initier aux éléments de ces sciences qui nous permettent de découvrir les lois de la nature, lois immuables, trouvées par les plus grands génies dont s'honore l'humanité, et établies par le Créateur. Telles sont les sublimes pensées que feront naître en vous, si jeunes que vous soyez, les notions de physique et de chimie». L'histoire naturelle « vous révélera les mystères de ce monde au milieu duquel nous vivons ». Quant à l'arithmétique, « elle forme l'esprit, elle le règle, elle 1'habitue à l'exactitude la plus méticuleuse, elle lui permet d'embrasser les choses de la vie d'un coup d'œil assuré. Vous vous occuperez donc d'arithmétique, et surtout de l'arithmétique usuelle, celle dont vous aurez besoin tous les jours ». Et de son côté, la géométrie a un « intérêt pratique qui la rend indispensable » ~ses déductions rigoureuses contribuent à « donner de la précision et de la netteté à la pensée comme à l'expression ». La presse se fait l'écho des premières leçons des professeurs. Ainsi, Le Moniteur du soir écrit à propos de la première leçon de Pernet, professeur de physique au lycée de Troyes:

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Les femmes, l'enseignement et les sciences «Excellente leçon, faite avec clarté, avec simplicité sur les sciences en général, leurs définitions, leurs divisions. Il s'est attaché à donner une idée de l'ensemble de son cours par des expériences très-intéressantes. Celles de l'acoustique et de l'électricité, au moyen de la machine de Ruhmkorff, ont particulièrement piqué la curiosité. On a prié le professeur de recommencer l'une d'elles. Tout l'auditoire écoutait avec une attention marquée; les jeunes filles avaient des cahiers et prenaient des notes ».

De même Le Constitutionnel écrit à propos de la première leçon de Poiré, professeur de sciences physiques et naturelles à Amiens: « [Il] a ouvert son cours par quelques réflexions judicieuses et spirituelles sur l'utilité des sciences physiques et naturelles pour les femmes, pour les mères surtout, qui se trouvent embarrassées à chaque instant par les questions les plus simples de leurs enfants et qui sont obligées de s'en tirer par des réponses évasives. Il a ensuite abordé son sujet en indiquant les caractères propres et les différences des solides, des liquides et des gaz. Enfin, il a établi la distinction qui existe ente la physique et la chimie, et marqué nettement l'objet particulier de chacune des deux sciences. Cette leçon, faite dans un langage clair et élégant, a été entrecoupée d'expériences qui ont vivement intéressé l'auditoire ».

Une satisfaction affichée Un premier bilan est présenté dans le Bulletin administratif du 24 janvier 1868 1.En deux mois, des cours secondaires de jeunes filles ont été organisés dans vingt-huit villes, et quinze autres sont sur le point d'en être dotées; et, est-il ajouté, on peut espérer que « ce succès ira croissant, à mesure que des préventions injustes se dissiperont, que l'institution actuelle ne sera plus suspectée d'être un danger pour la religion ». Certes dans certaines villes le chiffre des élèves est considérable alors que dans d'autres il est encore faible, mais « ce qui importe, c'est de constituer [...] un enseignement municipal capable de servir de modèle» et qui contribue à perfectionner les méthodes, à développer des «enseignements nouveaux et, nécessaires, l'enseignement scientifique, par exemple, auquelles femmes ne peuvent plus demeurer étrangères ». Après avoir rappelé les termes de la circulaire du 30 octobre 1867, le texte indique que « dans quelques villes, les professeurs se sont constitués en associations libres [...] mais c'est la très-rare exception». Le rôle

moteur joué par les maires est souligné: « publicité par des avis envoyés
aux journaux », inauguration de la nouvelle institution « par des discours qui en expliquaient l'esprit », et même pour quelques-uns assistance à toutes les leçons. -------------1. Bulletin administratif, 1. 9, 1868, p. 23-26.