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Les fossiles du Liban

De
192 pages

Les « poissons de pierre » du Liban sont parmi les plus beaux fossiles du monde, témoins d'une période vieille d'environ cent millions d'années.


Bien avant son indépendance, le Liban avait été célébré par bien des voyageurs pour ses pierres à empreintes de poissons ou de crustacés, aujourd'hui exposées dans de nombreux musées ou précieusement conservées dans des collections privées. Et pendant longtemps, les questions sur la fossilisation de ces animaux marins ou sur leur présence en haut de certaines montagnes, loin des rivages actuels, sont restées sans réponse.


Cet ouvrage est issu de la rencontre entre Mireille Gayet, paléoichtyologue, directrice de recherche honoraire au CNRS, qui a étudié de nombreux groupes de poissons fossiles en cherchant à analyser et à reconstituer leur histoire, et un Libanais, Pierre Abi Saad, archéologue, collecteur passionné et amoureux des poissons fossiles de son pays, dont il possède une extraordinaire collection à laquelle il a rendu vie par l'image avec Olivier Gaudant, photographe et infographiste.


La richesse des reproductions, la clarté des commentaires et la rigueur des informations font de cet ouvrage un merveilleux recueil d'illustrations, une étude scientifique précieuse et une étonnante balade au « Pays des cèdres » - témoignage d'un patrimoine auquel sera sensible tout amateur, scientifique ou simple curieux des fossiles.

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A VANT PROPOS
À ’heure où es médîas dîffusent de par e monde es découertes scîentîIques, pus personne n’îgnore a pré-sence au Lîban de gîsements eXtraordînaîres dîts « à poîssons ». Tout amateur, scîentîIque ou sîmpe amoureuX des fossîes, connat ces « poîssons de pîerre » eXposés, parmî d’autres de toute proenance et de tout âge, dans de nombreuX musées ou dans es îtrînes des boutîques de souenîrs. Bîen aant ’acquîsîtîon de son îndépendance, e Lîban étaît déjà céébré par nombre de oyageurs pour ses pîerres à empreîntes de poîssons et î est probabe que es pus ancîens écrîts sur des poîssons fossîes aîent été ceuX reatîfs à ces pîerres îbanaîses. Pus personne maîntenant ne se pose de questîon sur a fossîîsatîon de ces poîssons et d’autres anîmauX marîns, nî sur eur présence en haut de montagnes oîn des rîages actues. Et pourtant, î n’en a pas toujours été aînsî… Quatre grands gîsements, dîts à « poîssons fossîes » maîs contenant bîen d’autres anîmauX, înertébrés surtout, queques ertébrés et des pantes, sont sîtués auX aentours, à queques encabures, de Jbeî (ancîenne 1 Bybos). Les gîsements de Haqî, de Hgua et de En Nammoura sont encore eXpoîtés pour eur contenu fossî-îfère ou pour eur cacaîre îthographîque tandîs que e gîsement de Sahe Ama est maîntenant fermé. Pourquoî ces poîssons îbanaîs sont-îs pus souent eXposés et endus que ceuX d’autres gîsements prestî-gîeuX comme Green Rîer auX États-Unîs, Monte Boca en ïtaîe, Sonhofen en Aemagne, ou encore Ceara au Brésî ? Les raîsons en sont sîmpes. Aussî rîches que soîent ces gîsements, aucun ne rîaîse en nombre d’îndî-îdus aec ceuX du Lîban. À côté de grands spécîmens (quî sont généraement restés au pays), des bancs entîers de petîts poîssons ont aussî été préserés, permettant à beaucoup d’amateurs d’emporter un souenîr du Pays des cèdres. La troîsîème raîson est que, pendant ongtemps, rîen n’a été faît pour a sauegarde de ces fossîes, contraîrement à ceuX des gîsements précîtés, dûment protégés par des oîs natîonaes. Les fossîes îbanaîs par-taîent aînsî par conteneurs entîers ers des destînatîons oîntaînes et sans retour. Depuîs 1994, une prîse de conscîence de a aeur du patrîmoîne natîona paéontoogîque (pus de 200 genres et 500 espèces de poîssons, crustacés, oursîns, ers, însectes, pantes, etc.) a eu îeu sur ’înîtîatîe des proprîétaîres des gîsements, coectîonneurs aertîs et amoureuX. Ee s’est manîfestée par ’înstaatîon, à Bybos, d’un Musée des fossîes, conçu sous ’égîde de ’UNESCO et de a Dîrectîon générae des Antîquîtés du Lîban. Ques que soîent es moyens Inancîers mîs en œure pour ce Musée ou ’apport scîentîIque fournî, rîen n’auraît pu être faît, nî ne pourra se faîre, sans ’aîde des famîes îbanaîses proprîétaîres des terraîns. Recueî d’îmages, aîde scîentîIque ou sîmpe baade au Pays des cèdres entre 85 et 100 mîîons d’années enîron, ce îre est un remercîement à ces famîes, acquîses à a cause de a sauegarde du patrîmoîne îbanaîs. Ce n’est pas un îre eXhaustîf, faune et lore îbanaîses sont beaucoup pus împortantes que ce quî peut être présenté dans ces pages et es fossîes sont pour eur grande majorîté a coectîon personnee de a famîe Abî Saad, maîs î représente un cîn d’œî sur a îe quî a eXîsté à une époque donnée en un îeu donné.
1 Seon a nomencature înternatîonae, es noms des ocaîtés dans esquees se sîtuent es gîsements cîtés doîent se transcrîre comme suît :HaqIl,Hgula, En Nammouraet Sahel Alma.
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A UFILDESDÉCOUVERTES
PremIère découverte, premIers écrIts
D’après James W. Daîs, a découerte des gîsements à poîssons fossîes du Lîban remonteraît à ’Antîquîté. En 1887, ’auteur écrît en effet : « ïs ont été troués et eur nature dîscutée par Hérodote auX enîrons de 450 ans aant Jésus-Chrîst. » Maheureusement, une recherche eXhaustîe au seîn desHIstoIresd’Hérodote fut aîne. Sî a nature de ’objet fossîe y est dîscutée, sî a possîbîîté d’aancées et de retraîts de a mer y est éoquée, nue part ne Igure une queconque référence à des poîssons, oîre à des coquîages fossîes du Proche-Orîent. ï sembe donc que e pus ancîen témoîgnage reatîf à ces gîse-ments remonte auX écrîts de ’Éêque de Paestîne, Eusèbe de Césarée. Cet auteur écrît dans sesChronIques arménIennes e (iii sîèce) : « Que e Déuge de Noé se soît éeé au-dessus des pus hautes montagnes, est pour moî a érîté, et je dîs que e témoîgnage des yeuX ’atteste : car j’aî u des poîssons certaîns, quî ont été troués de mon îant sur es poîntes es pus éeées
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du Lîban. L’on tîraît de à des pîerres de constructîon, et ’on décourît dîfférents genres de poîssons de mer quî dans a car-rîère ont été aggutînés dans a ase, et, comme conserés en saumure, ont été préserés jusqu’à notre temps, aIn que par eur îsîon même, a éracîté de a tradîtîon du Déuge de Noé soît attestée. » Cependant ’écrît, non pas e pus ancîen maîs e pus céèbre, est încontestabement ceuî du Sîre de Joînîe, Sénécha de Champagne. De ses croîsades outre-mer, î transcrît dans son îreDes SaIntes Paroles et des Bonnes ActIons(1248), pubîé pour a premîère foîs sous e tîtreHIstoIre du RoI SaInt-LouIsen 1547, un souenîr quî ne s’întègre nî dans es saîntes paroes nî dans es bonnes actîons maîs quî maîntenant nous raît par sa fracheur et nous étonne par sa naeté. Reatant e séjour du Roî à Sayette (aujourd’huî Sada), ’auteur écrît à cet effet : « Tandîs que e Roy estoît à Sayette, î apporta ’en une pîerre quî se eoît par escaes, a pus mereîeuse du monde ; car quand ’en eoît une escae, ’en trouoît entre es deuX pîerres a forme d’un poîsson de mer. De·pîerres estoît e poîsson ; maîs î ne faoît rîens en sa fourme, ne yeX, ne areste, ne coueur, ne autre chose que î ne feust autre te, comme s’î feust îf. Le Roy manda une pîerre, et troua une tanche dedans, de brune coueur et de tee façon comme tanche doît estre. »
Saint Louis recevant les envoyés du Vieux de la montagne. e Peint par G. Rouget, gravé par E. Rubierre,XIXsiècle.
ï faut ensuîte patîenter un sîèce et es mémoîres de Laurent d’ArîeuX, parus après sa mort en 1735, pour îre sur ces poîs-sons un paragraphe auX concusîons suaes : « J’aî été témoîn pusîeurs foîs des dîsputes qu’î y aaît entre es saants sur es causes de ce faît. Les uns dîsaîent que ces poîssons aaîent été enseeîs par ces terres par e subersement quî étaît arrîé dans e Déuge… D’autres soutenaîent que ce n’étaît qu’un jeu de a nature. Je rapporte e faît, î est très érîtabe et peut serîr à donner a gêne auX esprîts de ceuX quî oudraîent approfondîr e mystère. » e L’astronome Gîacomo Fîîppo Maradî înaugure e xviii sîèce par un artîce paru en 1703, întîtuéDIverses observatIons de physIque générale,de sem-dans eque î rapporte aoîr u « babes Poîssons desséchés dans des Pîerres quî aoîent été prîses en Phénîcîe dans e Terrîtoîre de a Vîe de Bîbîs appeée pré-sentement Gîbea, sur des Montagnes presque înaccessîbes & éoîgnées de a mer de 15 Mîes. » Ses eXpîcatîons données de a présence de ces poîssons au sommet de montagnes prêtent, de nos jours, queque peu à sourîre. C’est aînsî qu’î reprend es îdées de Théophraste de
Extrait du manuscrit de Joinville à Louis IX. Histoire du Roi Saint-Louis, Paris, 1248 (1547).
germes chemînant aec ’eau au seîn des montagnes en s’éton-nant : « Quî peut aoîr porté ces Poîssons […] dans es Terres & jusques sur e haut des Montagnes ? ï est raîssembabe qu’î y a des Poîssons souterraîns comme des eauX souterraînes et ces eauX […] s’éèent en apeur, emportant peut-être aec ees des œufs & des semences très-égères, après quoî, orsqu’ees se condensent & se remettent en eau, ces œufs y peuent écore & deenîr Poîssons… Que sî ces courants d’eau déjà éeés beau-coup au-dessus du nîeau de a mer, & peut-être jusqu’au haut des montagnes, îennent par accîdent ou à tarîr, ou à prendre un autre cours entre des sabes, enIn à abandonner de queque manîère que ce soît es AnîmauX quî s’y nourîssoîent, îs demeu-reront à sec, & eneoppés dans des terres quî en se pétrîIant es pétrîIeront aussî. » ï est surprenant que de tees supposîtîons, pour eXpîquer a présence des poîssons fossîes sur e « haut des montagnes », aîent pu être faîtes au sîèce des Lumîères aors que, dès ’Antîquîté, Hérodote eXpîquaît déjà a présence de coquîages fossîes à ’întérîeur des terres par e recu de a mer.
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PremIères iguratIons
Ce n’est qu’en 1708, dans son ourage întîtuéPIscIum querelæ et vIndIcIæ,que Johann Jacob Scheuchzer, îndîquant ’eXîstence des poîssons du Lîban, es Iguraît pour a premîère foîs au mîîeu d’autres fossîes de proenances dîerses. Corneîe Lebrun mentîonne, en 1714, a présence de poîssons fossîes auX enîrons de Trîpoî. Dans e chapître întîtuéPIerres dans lesquelles Il paroît des ressemblances de poIssons, ’auteur Igure empreînte et contre-empreînte d’un spécîmen et îndîque : « On troue ces pîerres au haut d’une montagne à queque heures de dîstance de Trîpoî. Quand ees sont entîères, on n’y oît rîen du tout par dehors, maîs ors qu’on es casse en es jettant à terre ou en es frappant contre queque chose, ees se fendent à peu pres comme des ardoîses, & ors qu’ees sont aînsî fenduës, on oît ordînaîrement sur chacun des deuX morceauX a ressembance d’un poîsson, ou pour mîeuX dîre de son arrête. AIn d’aoîr de ces pîerres, j’enoîay une personne eXprès aec un âne à a montagne, î m’en apporta une assez grande quantîté, entre esquees j’en trouaî une par hazard, quî etoît teement fenduë, que de chaque côté de a pîerre on oît a moîtîé de ’ar-rete du poîsson, & es morceauX se referment aussî juste quand on es rapproche, que sî a pîerre étoît entîère... »
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PIerres, empreIntes ou poIssons ?
Traîtés et cataogues sîgnaent de pus en pus souent ces îch-thyoîtes îbanaîs ou poîssons de pîerre. Aînsî John Woodward îndîque, en 1729, dans sa coectîon, a présence de « troîs sque-ettes de très beauX poîssons aec es têtes, es branchîes, des estîges de peau et es queues ». Louîs Bourguet, dans sonTraIté des PétrIicatIonsen paru 1742, rappee que « tous ceuX quî aîment à îre es Lîres de Voyages, n’îgnorent pas que ’on troue des Poîssons dans des pîerres grîsâtres sur une Montagne deSyrIeà queques îeues de TrIpolI» maîs î consîdère que seus es poîssons que ’on troue dans es ardoîses sont raîment « pétrîIés » et que es autres (dont ceuX du Lîban) « ont été sîmpement séchés, embaumés & durcîs ». Cependant, cet auteur faît faîre un pas en aant à a scîence en constatant que ces poîssons ont subî « pusîeurs dérangements accîdentes » et en estîmant que « ces îrréguarîtés ne peuent être raîsonnabement attrîbuées qu’auX mouements de ’eau & de a matîère quî eneope es Poîssons, à a rencontre de dîers corps quî nageoîent ensembe, et auX dîers efforts récîproques des couches, à mesure qu’ees se condensoîent ».
C. Lebrun,Voyage au Liban, 1714, p. 308.
J. J. Scheuchzer, dansPiscium querelæ et vindiciæ(1708, pl. V), figure, sous la légende Piscis Fossilis ex Beryto Phœnice, un poisson en provenance du Liban (probablement un Armigatus brevissimus).
Maheureusement, ’auteur concut, en peîn accord aec es îdées de son temps (Déuge), en estîmant que ces queques détaîs sont sufIsants pour faîre connatre « à ceuX quî ’îgnoreroîent, ces précîeuX monumens de ’înondatîon générae quî boueersa autrefoîs aTerre. Je dîs uneInondatIon générale, parce qu’î est împossîbe, suîant mes foîbes umîères, d’eXpîquer autrement ’orîgîne des pîerres banchâtres, des marbres bâtards, ou des rochers fendans de pîerre à chauX, des ardoîses noîres & méta-îques ; car es unes occupent e haut de queques montagnes, comme cees deSyrIe& de aChIne, dont es autres forment des masses très consîdérabes & fort hautes… » « […] tous es îeuX dont î s’agît, sont teement îés aec a chane des prîncîpaes montagnes, que ’on ne peut étabîr ’orîgîne des uns sans y com-prendre cee des autres ; de sorte qu’î faut nécessaîrement aoîr recours à une cause générae, & non à une cause partîcuîère… » En 1786, Jean-Étîenne Guettard, dans sesMémoIres sur dIf-férentes partIes des ScIences et des Arts,eséoque et Igure « pîerres du Mont Lîban sur esquees sont des empreîntes de dîf-férents poîssons », et estîme, au contraîre, que « ces prétendues empreîntes deroîent putôt être appeées des squeettes de poîs-sons încrustés dans a pîerre. En effet, orsqu’on eXamîne aec attentîon, & même à a oupe, ces prétendues empreîntes, on
s’aperçoît aîsément que es squeettes de ces poîssons eXîstent encore en une perfectîon pus ou moîns grande. » La premîère détermînatîon de a nature de a gangue sera due à cet auteur quî a décrît comme « une pîerre entîèrement cacaîre. Ee est d’un beau banc de marne, ou un peu brune. » Après un essaî d’attaque de a roche à ’eau forte (acîde nîtrîque dîué), î concut : « On ne peut donc méconnatre cette pîerre pour une pîerre cacaîre mêée d’un peu d’argîe, & cette petîte quantîté de terre doît empêcher de a mettre au nombre des schîstes un peu cacaîres. » De par a sîtuatîon géographîque donnée par ’auteur, î s’agît du gîsement de Sahe Ama.
Constantîn-Françoîs Voney par a reatîon de sonVoyage en SyrIe et en Égypte pendant les années 1783, 1784 et 1785, paru en 1787, Barthéemy Faujas de Saînt-Fond par sesEssaIs de GéologIe ou MémoIres pour servIr l’hIstoIre naturelle du Globe, pubîés en 1803, sont autant de oyageurs ou de naturaîstes quî sîgnaent, s’eXtasîent, înterprètent ces empreîntes, maîs tous eurs écrîts restent pus anecdotîques que scîentîIques.
Couverture de l’ouvrageTraité des Pétrificationsde L. Bourguet, 1742.
J.-É. Guettard,Nouvelles collections de Mémoires sur diférentes parties intéressantes des Sciences et des Arts, 1786.
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