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LES INSTITUTS PASTEUR D'OUTRE-MER

De
264 pages
Le présent ouvrage s'attache à reconstituer l'histoire des Institutions Pasteur d'outre-mer. Il brosse un tableau de l'œuvre accomplie depuis plus d'un siècle par des générations d'hommes, dans le sillage de Pasteur et de ses élèves. Il envisage successivement les divers Institut Pasteur créés sur les cinq continents. L'ouvrage évoque ensuite les générations de médecins, pharmaciens, vétérinaires et scientifiques qui contribuèrent à la réalisation de cette œuvre. Il tente de dégager un bilan global et s'interroge sur les perspectives à l'aube du XXIè siècle.
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LES INSTITUTS PASTEUR D'OUTRE-MER

Cent vingt ans de microbiologie française dans le monde

Collection Les acteurs de la Science
Dirigée par Richard Moreau, Professeur émérite de Microbiologie à l'Université Paris XII Correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France

Les deux derniers siècles, ceux des merveilles de la Science, ont produit une tranformation rapide de la société et du monde. La collection Les acteurs de la Science cherche à en rendre compte objectivement et en dehors des modes. On trouvera: - des études sur les acteurs d'une épopée scientifique qui, depuis le dix-neuvième siècle surtout, donna à l'homme l'impression de dominer la nature, mais certaines porteront sur leurs précurseurs; - des inédits et des réimpressions de textes anciens écrits par les savants qui firent la Science, ou sur eux par leurs pairs; - des débats et des évaluations sur les découvertes les plus marquantes depuis le siècle des Lumières.

Sous presse:

Richard Moreau, Préhistoire de Pasteur. Jean Boulaine, Richard Moreau, Olivier de Serres, sa vie, son œuvre.
A paraître en 2001 : Michel Cointat, Histoire de l'Horticulture.

Jean-Pierre DEDET

LES INSTITUTS

PASTEUR

D'OUTRE-MER

Cent vingt ans de microbiologie française dans le monde

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur:

Les leishmanioses (ouvrage multi-auteurs coordonné par
J.P. Dedet ). Collection Médecine tropicale A UPELF /UREF

,

Ellipses, Paris, 1999.

@ L'Harmattan, 2000 ISBN 002-7384-9900-7

A Marie-Pascale

SOMMAIRE
Avant-propos Un réseau mondial Les Instituts Pasteur d'Asie - Institut Pasteur de Saigon - Institut Pasteur de Nhatrang -Institut Pasteur de Hanoi - Institut Pasteur de Dalat - Institut Pasteur du Cambodge - Institut Pasteur de Bangkok - Institut Pasteur de l'Iran - Instituts Pasteur de Chine Les Instituts Pasteur d'Afrique du Nord - Institut Pasteur d'Algérie - Institut Pasteur de Tunis - Instituts Pasteur du Maroc 9 .13 27 29 40 46 50 53 .57 .58 64 70 71 79 92

Les Instituts Pasteur d'Mrique Sud-Saharienne l03 - Institut Pasteur de Dakar 104 - Institut Pasteur de Kindia ..112 - Institut Pasteur de Brazzaville 117 - Institut Pasteur du Cameroun 122 - Institut Pasteur de Bangui 125 - Institut Pasteur de Côte-d'Ivoire 128 - Institut Pasteur d'Ethiopie 129 - Institut National de Recherche Biomédicale du Zaïre 132 Les Instituts Pasteur d'Europe - Institut Pasteur du Bruxelles - Institut Pasteur hellénique - Institut Pasteur de Saint-Pétersbourg - Institut Pasteur de Rome -Institut Impérial de Bactériologie de Constantinople
Ins ti tu tul Can tacuzin

135 139 142 146 149 .151

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Les Instituts Pasteur du continent Américain - Institut Pasteur de la Guyane française - Institut Pasteur de Guadeloupe - Institut Pasteur de Martinique -Institut Bolivien de Biologie d'Altitude Les Instituts Pasteur océaniques - Institut d'Australie - Institut Pasteur de Madagascar - Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie - Institut de Recherches médicales Louis Malardé Pastoriens d'outre-mer Bilan et perspectives Notes Bibliographie Remerciements
In dex

159 161 .167 170 172 177 ..177 180 188 191 .197 .215 .227 .229 .237
239

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AVANT-PROPOS
Elle serait bien belle à écrire cette histoire des Pastoriens qui, depuis cinquante ans, ont essaimé sur le monde. L. Pasteur Vallery-Radot (1939)

L'Institut Pasteur fut fondé à Paris en 1888 et, depuis cette époque, de nombreux Instituts Pasteur ont été créés dans le monde. Il reste aujourd'hui un réseau de 22 institutions, répartis sur quatre continents, dont 19 portent le nom de Pasteur. Cette structure unique a représenté pendant plus d'un siècle un remarquable instrument de diffusion de la microbiologie française dans le monde et de la doctrine pastorienne qui en fut le fer de lance. Elle a apporté une contribution importante à la connaissance des maladies infectieuses et à l'amélioration de la santé des populations tropicales. Elle fut à la base de l'universalité du mythe de Pasteur. Si de nombreux livres ont été consacrés à Pasteur ou à l'Institut qui porte son nom, aucun ouvrage spécifique n'a été écrit jusqu'à présent sur l'ensemble des Instituts Pasteur dans le monde. Cette structure est, de fait, peu connue du grand public, malgré une longévité remarquable et le grand retentissement de certaines des découvertes qui y furent faites. Le présent ouvrage souhaiterait combler cette lacune. TI se propose de brosser un tableau aussi complet que possible de l'œuvre accomplie depuis plus d'un siècle par des générations d'hommes, dans le sillage de Pasteur et de ses élèves. C'est un essai de reconstitution de l'histoire des Instituts Pasteur d'outremer que nous proposons au lecteur. TIy avait urgence à fixer ces pages d'histoire avant que ne disparaissent nombre de ses artisans et de ses témoins.

Dans les chapitres qui suivent, nous présenterons successivement les divers Instituts Pasteur créés hors de France, et que nous avons regroupés par grandes zones géographiques, en insistant particulièrement sur ceux qui furent directement créés par Pasteur, ses disciples ou leurs successeurs. Dans ces instituts, qui gardèrent des liens étroits avec la communauté pastorienne et furent reconnus par elle, œuvrèrent de véritables pastoriens détachés de la maison-mère. Nous ne ferons en revanche que citer, sans nous y attarder, plusieurs instituts créés unilatéralement dans divers pays du monde à la suite d'initiatives locales, qui prirent le nom de Pasteur sans autorisation de la maison-mère et fonctionnèrent sans contrôle pastorien. Pour chacun des instituts, nous envisagerons les grandes lignes de leur histoire, un aperçu de l'œuvre scientifique et médicale réalisée, ainsi que les personnalités marquantes qui les ont animés. Nous complèterons la présentation de chacun d'entre eux par la mention de l'évolution récente et de l'état actuel de l'institution. Nous évoquerons ensuite les générations de médecins, pharmaciens, vétérinaires et scientifiques qui contribuèrent à la réalisation de cette œuvre. Nous essaierons enfin de dégager un bilan global et nous nous interrogerons sur les perspectives à l'aube du XXlème siècle. La collecte des données à la base de cet ouvrage a nécessité plusieurs années de travail. Elle a été facilitée par une carrière accomplie dans les Instituts Pasteur, où une fréquentation assidue de bibliothèques bien fournies nous a permis d'engranger un nombre élevé d'informations. Correspondances, articles descriptifs, rapports d'activités, rapports de synthèse, notices nécrologiques ont été patiemment analysés. Les Archives éditées par plusieurs instituts donnent un reflet significatif de leur activité scientifique. Des confrontations et des croisements de documents ont été opérés afin de détecter les données partiales, parfois hagiographiques, que des écrits contemporains des faits pouvaient avoir tendance à comporter. La lecture de critiques synthétiques a, dans

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plusieurs domaines, permis de prendre en compte des avis extérieurs. Au Service des Archives de l'Institut Pasteur nous avons pu consulter les correspondances des divers instituts. En revanche, nous n'avons pu avoir accès aux archives récentes, postérieures à 1949. Pour cette période des informations directes ont été sollicitées de la part de divers acteurs des événements en cause. Mais là encore, nous avons recherché des sources diverses et les recoupements ont été nombreux. Nous remercions tous les pastoriens d'outre-mer, en activité ou à la retraite, pour leur disponibilité et la gentillesse avec laquelle ils nous ont fourni documents, souvenirs et commentaires. Notre jugement n'a pas été totalement impartial, entaché du profond attachement qui nous lie aux Instituts Pasteur et à la mémoire de générations d'hommes qui ont oeuvré, le plus souvent par idéalisme et passion, avec compétence et efficacité. Pourtant, par goût autant que par caractère, nous nous sommes fait une obligation de ne fournir que des informations exactes, aussi bien au plan historique que scientifique. A cet effet nous avons soumis les paragraphes concernant chaque institut à un ou plusieurs lecteurs autorisés, connaissant particulièrement bien la structure ou le sujet correspondant. Nous avons délibérément conservé dans cet ouvrage le terme consacré d'Instituts Pasteur d'outre-mer, pour des raisons historiques, bien que ce terme ne soit pas toujours adapté aux réalités géographiques (Instituts Pasteur d'Europe) ni aux évolutions politiques actuelles. TI a été remplacé depuis quelques années par celui d'Instituts du Réseau international des Instituts Pasteur et instituts associés, d'acception plus juste mais d'usage pratique malaisé. Notre ouvrage n'aborde pas l'histoire de l'Institut Pasteur (celui installé à Paris), si ce n'est de façon occasionnelle, dans ses relations avec les Instituts Pasteur d'outre-mer. Au plan terminologique, nous avons choisi le terme de "pastorien" au lieu de celui de "pasteurien". Tous deux sont reconnus par les dictionnaires courants de la langue française (Larrousse ou Robert). Bien que "pasteurien" soit étymologiquement plus juste, le terme "pastorien" a été consacré Il

par l'usage. Il a été, et est encore, communément employé par les intéressés eux-mêmes, aussi bien sous sa forme substantive (les Pastoriens) que sous forme adjective (l'ère pastorienne). Le mot fut, semble-t-il, forgé par un journaliste médical, Maurice de Fleury, à l'occasion d'un article publié en 1895, "Pasteur et les Pastoriens". On le retrouve sous la plume de tous les Pastoriens, depuis Albert Calmette jusqu'à François Jacob, en passant par Charles Nicolle, Louis Martin, Edmond Sergent, Etienne Burnet, Louis Pasteur Vallery-Radot ou Georges Girard. Enfin, sur le plan de la forme, les prénoms accompagnent dans la majorité des cas, les noms des personnes citées. Parfois cependant, nous avons dû les omettre ou nous limiter à leurs initiales, lorsqu'ils n'ont pu être retrouvés, malgré une recherche soigneuse. Pour ne pas alourdir le texte, nous avons omis de citer le grade des nombreux pastoriens militaires acteurs de l'histoire des Instituts Pasteur d'outre-mer. Leur évolution dans le temps et en fonction des affectations dans les différents instituts eut été quelque chose de fastidieux à suivre pour le lecteur.

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UN RESEAU MONDIAL
Le cheminement d'une exceptionnelle pensée scientifique conduisit Louis Pasteur en un peu plus d'un demisiècle, de la cristallographie à l'univers des maladies infectieuses. L'étude des fermentations aboutit à la théorie microbienne, et à l'énoncé de l'origine microbienne des maladies infectieuses de l'homme ou de l'animal. Mais sans vouloir se cantonner à des découvertes théoriques, Pasteur, qui n'était pas médecin, eut pour souci primordial la guérison et la prévention de ces affections, tout particulièrement par la mise au point de vaccins. Sa grande sensibilité et sa profonde humanité l'ont amené à tourner ses regards, vers les régions tropicales du globe, afin de faire bénéficier toutes les populations des bienfaits de ses découvertes. L'histoire des Instituts Pasteurs d'outre-mer débuta en 1880, bien avant la création du premier d'entre eux, lorsque Pasteur, évoquant l'origine microbienne de la peste, rédigea un programme de recherches qu'Alexandre Yersin accomplit treize années plus tard, en Chine méridionale. Dès le début de l'aventure pastorienne, les chercheurs n'hésitaient pas à quitter leurs laboratoires (ceux de la rue d'Ulm, puis ceux de la rue Dutot) pour des missions d'étude outre-mer: choléra en Egypte (1883)1, zoonose des lapins en Australie (1887), paludisme en Algérie (dès 1890), épidémie de peste à Hong Kong (1893), étude de la peste bovine au Transvaal (1897), transmission de la peste en Inde (1896-98), essai de la sérothérapie anti-pesteuse au Portugal (1899), fièvre jaune au Brésil (1901-05), maladie du sommeil au Congo (1906-1908), foyers de peste et de tuberculose dans les steppes d'Asie centrale (1911). Le Cours de Microbie inauguré par Emile Roux en 1880 eut d'ailleurs pour tâche la formation, dans la plus pure tradition pastorienne, de bactériologistes appelés à se disperser à travers le monde.
1 Les notes sont réunies en fin d'ouvrage

Le succès de la vaccination antirabique (1885) entraîna un extraordinaire mouvement d'opinion qui aboutit, non seulement à la construction, par une souscription internationale de plus de deux millions cinq cent mille francs, du premier bâtiment de l'Institut Pasteur2, rue Dutot à Paris (1888), mais aussi à l'essaimage de centres de vaccination antirabique à travers le monde. Des initiatives locales revenant à des médecins venus à Paris s'initier à la méthode de Pasteur, de leur propre chef ou poussés par leurs autorités administratives, conduisirent à répandre les centres antirabiques. En 1887, soit à peine deux ans après les premières vaccinations parisiennes, 14 centres appliquaient ce traitement dans le monde, d'Odessa à New York en passant par le Brésil et le Mexique. TIs s'attribuèrent souvent l'appellation d'Institut Pasteur, même s'il n'eurent que peu ou pas de lien avec la maison parisienne, mise à part l'adoption originelle de la méthode. Parallèlement, un mouvement centrifuge initié à l'Institut Pasteur conduisit à la dissémination de laboratoires modestes, centres de traitement antirabique, mais aussi centres vaccinogènes ou laboratoires de fermentation. Sous l'impulsion d'Emile Roux et d'Albert Calmette, ces laboratoires prirent de l'expansion et furent pour la plupart transformés en filiales de l'Institut Pasteur. L'Institut de Bactériologie d'Indochine créé par Calmette en 1891 devint l'Institut Pasteur de Saigon en 1904. Service des vaccinations antirabiques et des fermentations créé en 1893 par Adrien Loir, l'Institut Pasteur de Tunis vit officiellement le jour en 1900. De même, l'Institut Pasteur de Madagascar succéda en 1927 à l'Institut bactériologique fondé à Tananarive par André Thiroux en 1898. Au fil des années, les filiales se multiplièrent. L'Institut Pasteur de Shanghai qui vit le jour en 1938 fut la dix-huitième filiale outre-mer de l'Institut Pasteur. L'émergence et le développement de la microbiologie furent contemporains de l'expansion coloniale française. "Par une coïncidence dont les conséquences sont incalculables, c'est au moment même où l'expansion européenne prend un nouvel élan que Pasteur arrive au point culminant de son œuvre", notait Noël Bernard en 1951. De fait, l'histoire des Instituts 14

Pasteur d'outre-mer est indissociable de l'histoire coloniale. Bien que des instituts aient été créés sur quatre des cinq continents, ce sont les colonies d'Afrique et d'Asie qui ont connu l'implantation la plus dense et la plus durable. Les quelques tentatives d'installation hors des colonies françaises n'eurent en général que des destins éphémères comme en témoignent les instituts de Sydney en Australie (1888-1893), de Constantinople en Turquie (1893-1922), de Bangkok en Thaïlande (19131922), de Chengdu (1911-1927) et de Shanghai (1938-1951) en Chine ou d'Addis-Abeba en Ethiopie (1951-1964). TIexiste bien sûr les exceptions des Instituts Pasteur du Brabant, de l'Iran ou de Grèce, mais ceux-ci furent des instituts nationaux dès le début. A la différence de la maison-mère parisienne, où l'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique fut toujours la doctrine officielle, les Instituts Pasteur des colonies furent très proches des gouvernements locaux, dont ils tiraient une grande partie de leurs ressources et dont ils inspiraient, en retour, les politiques sanitaires. Les filiales outre-mer de l'Institut Pasteur firent partie du dispositif sanitaire déployé par l'Etat français dans la mission civilisatrice dont il parait une expansion coloniale répondant, par ailleurs, à des préoccupations stratégiques et à des intérêts économiques évidents. Cette mission convenait parfaitement aux idéaux des nombreux médecins militaires qui œuvrèrent dès le début dans les filiales (plus de 60% dans les Institut Pasteur d'Afrique et d'Indochine). Ils se lancèrent avec enthousiasme dans les oeuvres d'assistance médicale et d'éducation sanitaire qu'ils se fixèrent au nom de l'honneur de la France. Et même dans les filiales où le personnel militaire est toujours demeuré minoritaire, comme celles d'Afrique du Nord, la mission affichée était également civilisatrice, l'idéologie favorable à la colonisation étant largement prépondérante à l'époque. "Partout où pénètrent nos soldats et nos administrateurs, l'Institut Pasteur tient à honneur de les suivre et d'apporter, dans notre immense empire colonial, les bienfaits de la civilisation française sous la forme la plus touchante et la plus propre à gagner les cœurs" déclarait en 1913 Darboux, 15

Président du Conseil d'Administration de l'Institut Pasteur3, auquel répondait comme en écho, en 1926, Etienne Burnet, directeur de l'Institut Pasteur de Tunis de 1936 à 1949 : "chaque colonie doit posséder son Institut Pasteur: c'est le premier des outils de colonisation". De même, Louis Pasteur Vallery-Radot, petit-fils de Pasteur et Délégué à la direction des Instituts Pasteur d'outre-mer les qualifiait "d'auxiliaires les plus précieux de notre pénétration pacifique parmi les populations de l'Afrique et de l'Extrême-Orient"4. TI est indéniable que grâce à l'Assistance médicale indigène, aux Instituts Pasteur, aux campagnes de vaccination et à la lutte contre les grandes endémies, la santé dans les colonies françaises fit des progrès importants. Et pas seulement celle des communautés européennes mais aussi celle des populations autochtones. Cet aspect positif de la colonisation n'efface pas les côtés moins reluisants d'oppression physique et commerciale générée par ce système dans lequel les pastoriens furent intégrés. L'exploitation des populations autochtones a mené aux révoltes, aux guerres et plus tard aux indépendances. Mais les Instituts Pasteur d'outre-mer ont globalement survécu à ces bouleversements historiques. Ils réussirent à se démarquer du système colonial et ont même laissé un souvenir positif aux populations colonisées. TIfaut avoir parcouru le monde pour se rendre compte que le prestige de Pasteur et de l'Institut qui porte son nom y est conservé intact plus d'un siècle après la création de l'Institut Pasteur. L'attachement à l'institution et la filiation pastorienne sont revendiqués de façon remarquable dans les Instituts Pasteur implantés à l'étranger, y compris dans les anciennes colonies. C'est dire que les pastoriens surent s'adapter aux évolutions politiques. Parmi les colonies, l'Indochine française fut la mieux fournie en filiales de l'Institut Pasteur, avec les Instituts de Saigon (1891), Nhatrang (1895), Hanoi (1925) et Dalat (1936), quatre établissements placés sous une même direction générale (Alexandre Yersin puis Noël Bernard) dans un territoire comportant, à l'époque, vingt- cinq millions d'habitants. A cet ensemble cet ensemble performant s'ajouta l'Institut de Phnom Penh, en 1953. 16

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En Mrique du Nord, la Tunisie fut dotée dès 1893 d'un "service des vaccinations antirabiques et des fermentations" créé par Adrien Loir, propre neveu de Pasteur. Mais un véritable Institut Pasteur lui succédait rapidement, que Charles Nicolle dirigea de 1903 à sa mort, en 1936. En Algérie, une mission médicale permanente dirigée par Edmond et Etienne Sergent séjournait, à la demande d'Emile Roux, au Sahara depuis 1900 : un premier laboratoire saharien fut ouvert en 1907 à Beni Ounif-de-Figuig, et en 1909, l'Institut Pasteur d'Algérie s'installait à Alger. Au Maroc enfin, l'installation à Tanger d'une dépendance de la maison-mère (1910) précéda la création d'un institut autonome à Casablanca (1929). En Mrique sud-saharienne, des Instituts Pasteur furent créés à Brazzaville (Congo) en 1908 et à Kindia (Guinée) en 1922 avec, pour ce dernier, une vocation originale de centre de primatologie (Pastoria). Le laboratoire de microbiologie ouvert en 1896 par Emile Marchoux à Saint-Louis du Sénégal était transféré à Dakar en 1913 et devint, en 1923, Institut Pasteur de Dakar. De même, l'Institut bactériologique installé à Tananarive en 1898, devint l'Institut Pasteur de Madagascar. Des Instituts Pasteur s'installèrent également en Europe, à Constantinople (1893), Bruxelles (1900), Athènes (1920) et Rome (1970), ainsi qu'en Asie, à Bangkok (1913), Chengdu (1911) et Shanghai (1938), et Téhéran (1920). Dans les départements et territoires d'outre-mer, des Laboratoires d'hygiène confiés à des pastoriens coloniaux devinrent des filiales directes de l'Institut Pasteur: ce furent les cas de la Martinique en 1939, la Guyane française en 1940, la Guadeloupe en 1948 et la Nouvelle-Calédonie en 1955. Rappelons qu'en France métropolitaine, outre celui de Paris, des Instituts Pasteur furent également créés à Lille (1894), Strasbourg (1919) et Lyon (1954), ces deux derniers ayant disparu depuis. Les Instituts Pasteur d'outre-mer s'étaient coulés dans la structure coloniale existante, le mouvement de décolonisation leur apporta des fortunes diverses. Certains pays fraîchement indépendants fermèrent purement et simplement leurs Instituts, comme ceux de Hanoi en 1957, après trois ans "d'agonie", ou de 18

Kindia en 1965. D'autres Instituts devinrent nationaux mais conservèrent le nom de Pasteur et d'étroits contacts scientifiques avec la maison-mère (Tunis, Alger, Casablanca). Ailleurs, des pays nouvellement souverains se dotèrent d'un Institut Pasteur, tels le Cameroun (1959), la République Centrafricaine (1961) ou la Côte-d'Ivoire (1972). Et puis, le temps passant, des instituts fermés réouvrirent leurs portes (Phnom Penh), d'autres réintégrèrent le Réseau (instituts du Viêt-Nam). Des instituts associés complètent et élargissent le réseau des Instituts Pasteur: Institut de Recherches Médicales Louis Malardé à Tahiti (de 1975 à 2000), Instituto Boliviano de Biologia de Altura (Institut Bolivien de Biologie d'Altitude) de la Paz, Bolivie (de 1981 à 1999), Institut d'Epidémiologie du Zaïre (de 1985 à 1991), Institutul Cantacuzino (Institut Cantacuzène) de Bucarest (depuis 1991).

***

Vouloir porter un jugement global sur l'oeuvre des Instituts Pasteur d'outre-mer peut apparaitre comme une gageure. Le réseau en est vaste, constitué d'institutions nombreuses, de statuts administratifs variés et qui, pour chaque institut, évoluèrent en fonction des évènements historiques. Près d'un siècle après leur création, ces organismes présentent une permanence qui est en soi un gage de leur efficacité. Et de fait, les réalisations dans le domaine de la santé publique des pays d'accueil furent très remarquables. S'interroger sur la valeur scientifique de l'oeuvre accomplie nécessite une analyse nuancée de la situation. L'histoire scientifique des Instituts Pasteur d'outre-mer peut globalement se diviser en deux parties, de durée et de valeur inégales: l'épopée des débuts, où la contribution à l'étude des maladies infectieuses de l'homme, de l'animal ou du végétal fut particulièrement brillante et féconde, et l'époque des maturités où les découvertes scientifiques originales furent rares et où les Instituts Pasteur d'outre-mer se cantonnèrent dans un 19

rôle, très honorable certes mais limité, d'instituts de santé publique. Les Instituts Pasteur d'outre-mer furent alors autant de laboratoires de services pratiques capables d'assurer le diagnostic, le traitement et la prévention des maladies infectieuses. Ces activités se traduisaient partout par la réalisation chaque année de dizaines de milliers d'analyses microbiologiques et immunologiques, par la production de millions de doses de sérums et de vaccins, par la surveillance des eaux de boissons et des fraudes alimentaires. La fin de l'époque héroïque ne fut pas contemporaine dans tous les instituts. Si la première guerre mondiale apporta à la plupart d'entre eux, comme à la maison-mère d'ailleurs, un dramatique coup d'arrêt aux activités de recherche, certaines personnalités hors du commun (Alexandre Yersin, Charles Nicolle) surent, à la barre de leurs instituts, résister aux impératifs exclusifs de santé publique que le développement de l'expansion coloniale commandait. Le deuxième conflit mondial amena un isolement total des Instituts Pasteur d'outre-mer et déboucha sur des situations explosives qui dissipèrent les énergies et les conduisirent à délaisser une fois encore la recherche. D'ailleurs, l'évolution moderne de la biologie et sa spécialisation se mirent à dépasser les biologistes polyvalents du Service de Santé des Armées, issus de Cours Pasteur, qui euxmêmes s'étaient diversifiés et spécialisés. Au moment des indépendances, les relèves nationales étaient imparfaitement préparées et elles durent se consacrer à la formation des élites nationales et à la satisfaction de tâches de santé publique. Au cours de ces périodes, les activités de recherche eurent également du mal à émerger dans ces instituts, dont nous évoquerons ici le passé glorieux. Dans cette épopée des premières heures des maladies infectieuses où tout était à découvrir en matière d'agents pathogènes et des modalités de leur transmission, la part des pastoriens est impressionnante. Plusieurs dizaines de chercheurs issus de la maison-mère et étroitement suivis par son directeur, Emile Roux, mais également par Albert Calmette et Félix Mesnil, ont apporté une contribution de premier ordre à la connaissance des grandes endémies tropicales. 20

Ce sont la découverte du bacille pesteux chez l'homme et le rat, par Alexandre Yersin en Chine en 1894 ; celle de sa transmission par la puce du rat par Paul Louis Simond en Inde en 1898 et celle de la conservation, dans les périodes interépizootiques, du bacille dans le sol des terriers, en Iran par Marcel Baltazard et Youness Karimi (1963). Ce sont encore la découverte de la transmission par le pou du typhus exanthématique mondial par Charles Nicolle à Tunis en 1906, celles du spirille de la fièvre récurrente mondiale par Edmond Sergent et Henry Foley en Algérie en 1908, ou bien la description du toxoplasme chez un rongeur du Sud tunisien, le gondi (Toxoplasma gondii par Nicolle et Manceaux, 1908). Les leishmanioses représentent un domaine de la protozoologie médicale dans lequel les Instituts Pasteur d'outremer se sont tout spécialement illustrés, et notamment ceux de Tunis, Alger, Guyane française, Ethiopie. La fièvre boutonneuse a été décrite et le mode de propagation de son agent par la tique du chien, découvert par les pastoriens de Tunis: Alfred Conor et Bruch (1910), et Paul Durand et Ernest Conseil (1930). En Algérie, les études sur le paludisme expérimental à Plasmodium relictum des passereaux ont conduit à l'élaboration du concept de prémunition (Edmond Sergent, Louis Parrot et André Donatien en 1924), mieux connu aujourd'hui sous le nom d'immunité concomitante, type d'immunité rencontré au cours des maladies parasitaires. Et à Tunis, Charles Nicolle conçut le "destin des maladies infectieuses" et l'existence des infections inapparentes. La recherche pourtant ne constituait pas une fin en soi, dans les Instituts Pasteur d'outre-mer. Elle représentait un moyen de mieux appréhender l'univers microbien, et les applications pratiques sur le terrain suivaient immédiatement les découvertes fondamentales, voire les précédaient parfois. En général, l'identification du germe était suivie le plus rapidement possible de la mise au point du sérum ou du vaccin correspondant pour combattre la maladie. La vocation première des Instituts Pasteur d'outre-mer était la diffusion du traitement antirabique de Pasteur. Et l'Outre-mer colonial ne fut pas le dernier à bénéficier de ce 21

progrès thérapeutique: on fabriquait du vaccin anti-rabique et on traitait des mordus dès 1891 à Saigon, 1893 à Tunis, 1894 à Alger, 1897 à Tananarive. Les malades affluaient vers ces centres de vaccination. Saigon reçut les mordus des diverses provinces d'Indochine, mais aussi de Malaisie, d'Indonésie et de Chine. Vaccins et protocoles d'injections étaient améliorés, compte tenu des situations épidémiologiques locales. A côté de la rage, c'est la variole qui fut au centre des préoccupations des Instituts Pasteur d'outre-mer. Certains d'entre eux ont d'ailleurs ouvert leurs portes en tant qu'instituts vaccinogènes. La variole sévissait, en effet, sur l'ensemble du continent indochinois (où elle était responsable de 90% des décès infantiles), à Madagascar et dans la majorité des pays africains. L'inoculation empirique était réalisée dans ces pays par des inoculateurs occasionnels, à partir de cas humains. La production de vaccine fut mise en place dès le début dans la majorité des instituts, assurant sécurité et efficacité aux populations inoculées. Les résultats ne se firent pas attendre: la variole était totalement éradiquée à Madagascar dès 1914 et partout ailleurs elle régressa progressivement. Mais rage et variole ne furent pas les seules endémies meurtrières auxquelles s'attaquèrent les Instituts Pasteur d'outremer. Choléra, peste, tuberculose, trachome, fièvre jaune, paludisme furent l'objet d'études, de mise au point de vaccins ou de développement de programmes de lutte. Le premier vaccin contre la fièvre jaune fut mis au point à Tunis par Jean Laigret, Watson Sellard et Charles Nicolle en 1934 et le vaccin antipesteux EV à Tananarive par Georges Girard et Jean Robic, en 1932. Ces vaccins de la première heure ont de quoi laisser admiratif, lorsque l'on songe aux conditions artisanales de leur préparation. La vaccination ne fut pas la seule arme préventive développée: la sérothérapie, anti-infectieuse ou antivenimeuse, est encore un apport des Instituts Pasteur d'outre-mer. Albert Calmette aborda l'étude des venins de cobra en octobre 1891 à Saïgon, la poursuivit à Paris et la conduisit jusqu'à la mise au point du premier sérum antivenimeux, en 1894, l'année même où était lancée la sérothérapie antidiphtérique, autre découverte 22

Instituts Saigon (Viêt-Nam) (Hô Chi Minh-Ville) Tunis (Tunisie) Constantinople Nhatrang Dakar (Turquie)

Début 1891 1893 1893 1895 1896 1898 1900 1908 1909 1910 1911 1913 1920 1920 1922 (Russie) 1923 1925 1929 1936 1938 1939 Bablet (1925-32), Blanc (1931-62), Morin (1938-47), Raynal (1938-46) Montestruc

Principaux Calmette (1891-93), Nicolle (1903-36), Nicolle (1893-1901), Yersin (1895-1927), Mathis (1924-37),

directeurs Bernard (1919-27) Chadli (1963-88)

Yersin (1904-19), Burnet (1936-43),

Remlinger (1902-1908) Jacotot (1927-48)

(Viêt-Nam)

(Sénégal)

Durieux (1939-54) Girard (1922-40), Brygoo (1962-

Tananarive (Madagascar) Bruxelles Brazzaville (Belgique) (Congo)

Thiroux (1899-1903), 75) Bordet (1901-48),

Bordet (1948-71) Ceccaldi (1940-57) Benhassine (1971-86)

Martin, Blanchard (1922-25), Sergent (1912-63), Remlinger (1914-56) Jouveau-Dubreuil Robert (1913- ?) Blanc (1921-31), (1911-20)

Alger (Algérie) Tanger (Maroc) Chengdu (Chine) Bangkok (Thailande) Athènes Téhéran (Grèee) (Iran)

Néel (1963-71),

Boisseau (1937-49) Baltazard (1946-61) Lefrou (1948-59)

Kerandel (1926-34), Wilbert (1923-32),

Kindia (Guinée) St-Pétersbourg

Delorme (1932-41),

Hanoi (Viêt-Nam) Casablanca (Maroc)

Vaueel (1932-37), Benslimane

Genevray (1938-42)

(depuis 1987)

Dalat (Viêt-Nam) Shangai (Chine) Martinique Cayenne (Guyane)

Louis (1962-68)

(1939-63) Sérié (1966-72), Robin (1978-88)

1940 1948

Floch (1940-57),

Guadeloupe Addis-Abeba (Ethiopie)

Courmes (1957-68) Chabaud (1951-59), Triau (1955-60), Sérié (1960-64)

1951 1953 1955 1959 1961 1970 1972

Phnom Penh (Cambodge) Nouméa Yaoundé Bangui (Nlle-Calédonie) (Caméroun) (Centre Afrique)

Goueffon (1960-?) Le Gonidec (1976-83) Ravisse (1969-75) Digoutte (1966-72)

Chanalet (1969-76), Gamet (1959-64),

Chippaux (1960-66), Orsi (1981-85),

Rome (Italie) Abidjan (Côte-d'Ivoire)

Frontali (1985-89) Ehouman (depuis 1988)

Chippaux (1971-79),

Les Instituts Pasteur d'outre-mer: en gras, figurent les instituts existant toujours à l'heure actuelle. Les instituts associés au Réseau des Instituts Pasteur et instituts associés ne sont pas inclus.

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pastorienne dont le monde tropical bénéficia par l'intermédiaire des Instituts Pasteur d'outre-mer. La sérothérapie contre la peste humaine conduisit à l'ouverture de l'Institut Pasteur de Nhatrang, où fut également produit le sérum contre la peste bovine qui sauva le cheptel indochinois. A une époque, où la lenteur des communications rendait aléatoire l'expédition vers l'outre-mer lointain des vaccins ou des sérums thérapeutiques fraîchement mis au point, les Instituts Pasteur d'outre-mer représentaient autant de centres de fabrication situés directement dans les zones d'utilisation et où les produits biologiques étaient préparés dans la tradition pastorienne, même si des adaptations dues aux conditions locales s'imposaient parfois. Ainsi, arrivé à Saigon en février 1891, Albert Calmette entreprit immédiatement la production de vaccin antivariolique sur des bufflons locaux, ce qui permit la vaccination dans de bonnes conditions de 500 000 personnes, dès la première année. Le paludisme a représenté un thème de recherches, aussi bien fondamentales qu'appliquées, presque constamment abordé dans les Instituts d'outre-mer. Et, de fait, cette affection représentait l'endémie majeure des régions concernées, qu'il s'agisse de l'Afrique du Nord, de l'Ouest ou Centrale, ou encore de l'Indochine. Sous la direction des Instituts Pasteur, des programmes de lutte contre le paludisme ont été réalisés dans de nombreuses colonies: Algérie, Indochine, Guyane française. Leurs résultats ont été remarquablement efficaces à une époque où les insecticides n'existaient pas encore. A la suite de la mission Martin, Lebœuf et Roubaud au Congo, la lutte contre la maladie du sommeil fut l'une des préoccupations majeures des Instituts Pasteur de l'Afrique sud-saharienne et aboutit aux programmes modèles de lutte contre les grandes endémies. Les programmes de recherche et de lutte ne se limitaient pas aux agents infectieux responsables des maladies humaines. Les maladies animales ont été abondamment étudiées dans les Instituts Pasteur d'outre-mer et combattues dans les pays d'enzootie. Plusieurs zoonoses peuvent être citées, dont la péripneumonie et la peste bovines en Guinée et en Indochine, la trypanosomiase du dromadaire ou debab, en Algérie, les 24

piroplasmose, theilériose et anaplasmose bovines en Algérie encore (1913-1945). Un vaccin anti-theilérique préparé à l'Institut Pasteur d'Algérie a été utilisé entre 1924 et 1942 pour prémunir les bovins dans tout le Maghreb et en Israël. Sous l'impulsion d'Alexandre Yersin et de R. Wilbert, les Instituts Pasteur de Nhatrang et de Kindia respectivement se sont spécialisés dans l'étude des maladies animales: charbon, choléra des poules, fièvre aphteuse, pasteurellose, peste bovine et porcine, piroplasmose, rouget du porc et trypanosomiase équine ou surra. Il y a été produit des sérums et/ou des vaccins contre la majorité de ces affections. L'Institut Pasteur de Kindia a réalisé un inventaire de la pathologie infectieuse des primates d'Afrique occidentale et a permis l'expérimentation sur des germes non inoculables aux animaux de laboratoire conventionnels. Les essais d'inocuité du BCG y furent réalisés sur des chimpanzés, avant la généralisation de ce vaccin à l'homme. La contribution des Instituts Pasteur d'outre-mer à l'agronomie tropicale, pour moins connue, n'en est pas moins réelle. Alexandre Yersin contribua largement à l'acclimatation des hévéas qui firent la fortune de la Cochinchine coloniale. L'introduction également par Yersin du quinquina et les plantations qu'il en fit dès 1917, fournirent à l'Indochine coupée de la métropole pendant la deuxième guerre mondiale de grandes quantités de quinine (29 600 tonnes d'écorce d'arbre donnant 2 045 kg de sulfate de quinine, en 1936). Maurice Delorme, à l'Institut Pasteur de Kindia, mit au point un programme de lutte contre les criquets pélerins en utilisant un coccobacille de virulence exaltée. Suivant l'exemple donné par Pasteur, plusieurs Instituts d'outre-mer se préoccupèrent de l'amélioration des productions locales: vinification à Tunis, rouissage microbien des fibres du lin et de l'alfa en Algérie, alcool de riz, nuoc-mâm et opium à Saigon. Dans le domaine de la pathologie végétale, divers agents de maladies végétales furent découverts dans les Instituts Pasteur d'outre-mer: Fusarium albedinis, agent de la maladie de palmier-dattier, le "baïoudh" (Algérie: Edmond Sergent et 25

Maurice Béguet), l'agent de la "pourriture" du bananier (Kindia: R. Wilbert). Le traitement de la "peste" du cocotier fut mis au point également à Kindia. Le rayonnement des Instituts Pasteur dans le monde fut considérable. De nombreux instituts ont été conçus, construits et fonctionnèrent sur leur modèle: Institut Lister (Cambridge, 1896)5, Institut Oswaldo Cruz (Rio de Janeiro, 1898), Institut Rockefeller (New York, 1901) et Institut Cantacuzène (Bucarest, 1921), pour ne prendre que quelques exemples parmi les plus fameux.

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