Les mondes darwiniens

De

1809 : Naissance de Charles R. Darwin.

1859 : Parution de L’Origine des espèces.

2009 : Cent cinquante ans plus tard, la théorie darwinienne de l’évolution reste le paradigme dominant de la biologie et de la paléontologie. Elle prouve sa fécondité et sa puissance explicative dans de très nombreux domaines. Pourtant, dans cet ouvrage, pas question d’un fétichisme de Darwin, mais d’un examen attentif du domaine de validité épistémologique et expérimental des idées du savant naturaliste. Ainsi, ce livre expose leurs multiples ramifications en sciences de la vie, en sciences humaines et en philosophie. A cette fin, cinquante auteurs explorent les grandes notions qui irriguent les sciences de l’évolution, ainsi que de très nombreux chantiers des savoirs biologiques contemporains, puis considèrent les tentatives d’exportation du mode de pensée darwinien à propos de problématiques autrefois hors de son champ d’action (éthique, psychologie, économie, etc.). Les questions du créationnisme et de l’enseignement viennent clore ce volume.

Edition revue et augmentée (1576 pages) d’un ouvrage paru en 2009 et depuis lors épuisé. Un ensemble de liens hypertextuels permet d’accéder à plus de 2300 sites, correspondant à un vaste répertoire de références bibliographiques (soit en tant que ressources gratuites, soit comme points d’accès à un résumé) ou encore de compléments informatifs sur des personnes, des techniques, des théories, etc.

Les directeurs de l’ouvrage :

Thomas Heams est maître de conférences en génomique fonctionnelle animale à AgroParisTech.

Philippe Huneman est chargé de recherche en philosophie des sciences, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS, université Paris 1, ENS).

Guillaume Lecointre est systématicien, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, Paris.

Marc Silberstein est cofondateur des Editions Matériologiques? ; membre du Centre Cavaillès de l’École normale supérieure de Paris.

Voir le site dédié au livre : www.lesmondesdarwiniens.org

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782919694044
Nombre de pages : 1576
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Thomas Heams, Philippe Huneman, Guillaume Lecointre & Marc Silberstein (dir.), Les Mondes darwiniens. L’évolution de l’évolution,Paris, Éditions Matériologiques [materiologiques.com]
JeanGayon Préface
uelle qu’ait été son importance, le livre publié par Darwin sous e treDe l’origine des espècesn’a probablement pas eu un suc-vneontedudseQèduojesevbm4on58,9er1sorrdee2e,Dame:«urnansosnojwrndnaLa.ésmprmserapmeXe0521 cès aussi foudroyant que ce qu’on lit dans d’innombrables livres ou arces sur Darwn. La égende veut en eet que a totaté des eXempares mprmés pour a premère édon aent été comme e suggère une premère édon est parue e 24 novembre, et tous es eXempares se sont vendus e premer jour. » En fat, ’édteur, John Murray, ît parr es ouvrages en drecon des brares e 22 novembre dans tout e pays ; mas nu ne sat 1 quand s furent eecvement achetés dans es magasns . Quo qu’ en sot, ’ouvrage que nous avons e pasr de préfacer paratra e seon toute probabté au vosnage du 150anniversaire deL’Origine des espècesvouu ans. C’est cet ouvrage qu est. Les édteurs scenîques ’ont e ans commémoré, putôt (ou davantage) que e 200anniversaire de la nais-sance de Darwn (12 févrer 1809), abondamment fêté dans e monde tout au ong de ’année 2009. Is ont rason : par-deà ’homme, c’est une contr-buon théorque mmensément féconde qu mérte d’être sauée, et surtout réléche, à ’aune des quesons et des connassances d’aujourd’hu. Comme ’écrt Pasca Tassy dans ce voume : « L’hértage de Darwn est un formda-be édîce de controverses jamas étentes, toujours revvîées, augmentées, compeXîées. » I n’est de meeure manère de présenter ce vre passonnant et sans concesson que de dre d’abord queques mots des mofs conjonctures qu ont été à son orgne. Nous eXamnerons seuement ensute ses objecfs nteec-
1.a mse au pont donnée dans a présentaon de Cf. On the Origin of Speciessur le ste The Compete Work of Chares Darwn Onne@.
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tues. Ce n’est en fat que dans a dernère pare de ’ouvrage que e conteXte qu a mové ’ouvrage se dévoe, après me pages de débats théorques. Ce conteXte ent en tros formues. D’abord, ’ouvrage vent dans une conjoncture de regan spectacuare de tensons entre scence de ’évouon et regon ; quoque a contrbuon d’Over Brosseau & Marc Sbersten sur es formes varées que revêt e créaonnsme aujourd’hu sot a seue de ce genre dans ’ouvrage, ee eXprme sans aucun doute une nquétude nteectuee et po-que argement partagée par ’ensembe des auteurs. Un deuXème enjeu, ben concret u auss, est ceu de ’ensegnement. À mesure que es scences de ’évouon s’aïrment dans es programmes scoares, es ensegnants, comme e sougne Cornne Forn, sont parcuèrement ma à ’ase. En eet, outre qu’s ont e senment de ne pas toujours matrser es connassances néces-sares, s redoutent d’aronter e quesonnement des éèves sur un sujet qu n’est pas socaement neutre. Le derner enjeu de ’ouvrage est ponté par Pasca Pcq :  concerne es rapports tendus eXstant aujourd’hu entre es scences naturees, notamment boogques, et es scences humanes. Ces tros enjeuX constuent e décor putôt que e sujet du vre. Horms es tros chaptres termnauX que nous venons de menonner, ’ouvrage n’est pas une enquête sur es rapports entre évouon et regon, n sur ’ensegnement de ’évouon, n même sur e statut des scences humanes, quoque ce thème sot présent en îgrane dans une pare sgnîcave de ’ouvrage. Putôt que d’aborder de front ces quesons à fort mpact cuture, poque et déoog-que, es drecteurs de ’ouvrage ont préféré montrer a scence de ’évouon à ’œuvre tee qu’ee est aujourd’hu, avec sa prodgeuse fécondté, mas auss avec es nterrogaons et es débats nternes qu a traversent. Eu égard au conteXte qu’on vent de dre, e vre asse donc une mpresson aérenne. À ceuX qu voudraent en découdre, au nom de a regon, de a poque ou de a guerre des scences humanes,  répond par me pages d’études denses, où ’on est nvté à découvrr une raonaté à ’œuvre. Le vre est dïce, car  entre sans concesson dans des probèmes théorques décats, sur esques  n’y a souvent pas de consensus. Mas c’est justement à ce qu e rend éger, et e pace auX anpodes de ce que Bacheard appeat es pensées ourdes – les pensées qui ne sont pas des pensées, mais des opinions fondées sur ’ou-dre et e préjugé. On nous aura donc comprs : regon, nstrucon et scences humanes constuent e décor de ’ouvrage, au sens que ce mot revêt au théâtre. Le décor pourrat être dérent, e teXte de a pèce resterat e même. Là est a grande
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quaté de ce vre : on de ’hagographe darwnenne et a commémoraon autojusîcatrce,  nvte e ecteur à pénétrer dans a forêt contemporane de a théore de ’évouon, de ses fondements, et de ses eets dans a connas-sanceby and large. Qu’on nous permee d’ajouter un mot sur e eu et sur es acteurs avant d’en venr au sujet de a pèce. Ce vre est pubé en franças, et par des auteurs qu sont, à ’eXcepon de tros (sur un tota de cnquante), des francophones. C’est à auss un aspect réjoussant. Le mode de pensée darwnen n’est pus en France queque chose de s ncongru qu’ fae, sot convoquer des cher-cheurs franças pour e mere en cause, sot recourr à des pumes étrangères. C’est à sans doute e résutat d’une évouon dont es prémces remontent à ’après-guerre. C’est à cee époque, en eet, qu’ont commencé à se déveop-per dans notre pays de pussantes tradons scenîques, d’abord en booge des popuaons, pus en paéontooge théorque, aujourd’hu représentées par des cohortes mpressonnantes de jeunes chercheurs. Nous ne manquons d’ailleurs pas d’observer que les trois cinquièmes au moins des auteurs qui ont parcpé au présent ouvrage sont ce qu’ est convenu d’appeer des « junors », et en fat assez souvent des très jeunes chercheurs. Venons-en à a substance du vre. Son but est, seon ’eXpresson usée dans ’ntroducon, de « couvrr e darwnsme sous toutes ses formes ». I convent toutefos de précser que ’objet du vre n’est pas hstorque : c’est du darwnsme en tant qu’ anme des recherches scenîques présentes qu’ s’agt, pas du darwnsme dans tous es états scenîques et cutures qu’ a revêtus dans ’hstore. Les « mondes darwnens » dont  est queson dans e tre sont des espaces de recherche rées, dont es auteurs eXporent es concepts fondamentauX, es programmes de recherche, es controverses, es quesons rrésoues et, e cas échéant, des voes d’nvesgaon possbes. Ben que es auteurs aent eu son de précser e sens de a référence à Darwn dans le domaine qu’ils ont examiné, il est clair que c’est l’actualité et l’avenir des recherches communément caractérsées comme « darwnennes » qu a compté pour chacun d’entre euX. La rchesse, a franchse et a pausbté du vre dovent sans doute beaucoup au tre ouvert qu a été retenu,Les Mondes 2 darwiniens, au pure. La quaté des drecteurs du voume (deuX boogstes, un phosophe, un édteur) est en pen accord avec a voonté de baser, putôt que de déînr, ce qu’est e « darwnsme » dans a connassance contempo-
2.trouvae de Thomas Heams. Bee (Ndé.)
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rane. On eur sat gré de ne pas avor produt une synthèse autortare de a vérté darwnenne. Le « darwnsme » de chacun des auteurs ne fat aucun doute, mas  s’agt d’un ar de fame pus que d’une doctrne. Qu’il nous soit permis d’esquisser une taxinomie des modalités du darwi-nsme théorque dépoyé dansLes Mondes darwiniens. DeuX dstnctons suïront. La premère a trat auX deuX voets de a théore que Darwn a pro-posée dans sonOrIgIne des espèces: « descendance avec modîcaon » et « séecon naturee ». La seconde concerne ce qu’en ont fat ceuX qu, après Darwn, se sont récamés de u en tant qu’évouonnstes. Nous proposons de dsnguer deuX régmes de déveoppement des prncpes fondamentauX darwnens : ’un consste à révser ou refonder ces prncpes, ’autre consste à en étendre e champ d’appcaon. Nous désgnerons respecvement ces deuX régmes de déveoppement du darwnsme comme « eXpanson » et « eXten-3 son » . Ces deuX régmes ne sont d’aeurs nuement eXcusfs ’un de ’autre, ben au contrare. Au regard de ces deuX dsncons, es ntenons théorques du voume apparassent carement. En premer eu nous observons que ’ouvrage a prs son d’accorder une égae mportance auX deuX voets de « a théore » org-nee de Darwn, à savor ’hypothèse de « descendance avec modîcaon » (idée d’unnexusgénéaogque de toutes es êtres vvants dans toute ’m-mensté du temps et des espaces de eurs transformaons), et es hypothèses
3.reprenons ces termes au regreé Stephen J. Goud, quoque dans un but Nous dérent. Dans son testament scenîque (The Structure of Evoluîonary Theory, Harvard Unversty Press, 2002@; trad. fr. par M. Banc,La Structure de la théorie de l’évoluîon, Gamard, 2006@),  souent que a théore contemporane de ’évouon ne se asse nterpréter n comme une « eXtenson » du cadre théorque darwnen (es prncpes darwnens étant appqués à un spectre de phénomènes pus arges), n comme un nouveau cadre théorque qu aurat « rempacé » e pré-cédent, en vertu d’un changement drasque de paradgme (ce qu mpquerat que es prncpes seraent radcaement dérents). Goud préfère parer d’« eXpanson » du cadre théorque darwnen, au sens où es mêmes prncpes demeurent centrauX, mas sont « reformués » de manère à donner à ’édîce ener une apparence tota-ement dérente (pour pus de détas sur cee dsncon nsote entre « eXten-son » et « eXpanson », cf. Gayon, 2009, « Mort ou persstance du darwnsme ? Regard d’un épstémoogue »,C. R. Palevol, 8@). Nous reprenons c a dsncon « eXtenson »/« eXpanson » en nous aranchssant de ’usage parcuer qu’en fat Goud, et nous soutenons que es deuX prncpes fondamentauX du darwnsme (descendance avec modîcaon et séecon) ont été à a fos étendus dans eur usage, et révsés dans eurs fondements.
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de varaon et de séecon naturee (es processus qu, de manère ume, eXpquent et contrôent de manère prédomnante e changement évouf pour Darwn). Cee égae aenon accordée auX deuX prncpes darwnens est nusuee : on a en eet trop souvent tendance, dans es céébraons darw-nennes, à négger es redoutabes dïcutés théorques souevées par es reconstrucons phyogénéques, et à ne s’ntéresser qu’à a séecon. Sans doute es dïcutés souevées par ’nférence phyogénéque n’ont-ees été e penement comprses que dans a seconde moé du xx sèce. Mas c’est à une dmenson essenee du darwnsme contemporan, que relète ben a dsncon aujourd’hu banae entre es « patrons » (en angas espaerns, c’est-à-dre fondamentaement es reconstrucons phyogénéques), et es « processus » de ’évouon (par eXempe a varaon et a séecon). Cee dsncon entre processus et patrons habte ’ouvrage ener. Ee est eXpcte dans a premère pare, dont ee structure ’anayse des noons fondamenta-es, mas on a retrouve auss dans es deuX pares suvantes, où ’engagement darwnen ne sgnîe pas seuement, et pas eXcusvement ’eXpcaon de ’évouon par a séecon naturee. En second eu, ’ouvrage eXamne avec une eXceponnee systémacté es modatés d’eXpanson et d’eXtenson des deuX prncpes darwnens. Comme on ’a dt pus haut, nous entendons par « eXpanson » un approfondssement des fondements, qu peut se tradure par des révsons mportantes. C’est à un caractère nsuïsamment sougné des grandes théores scenîques : ees ne durent que parce qu’ees sont pérodquement refondées. Par « eXtenson », nous entendons ’accrossement du domane phénoména auque es prncpes darwnens ont été appqués. I serat c dépacé de dscuter en déta ces deuX régmes de vtaté du darwnsme contemporan. Le ecteur voudra ben pardonner e schémasme du propos. L’eXpanson (ou révson) du cadre théo-rque darwnen est parcuèrement spectacuare dans es cas suvants : (1) Puseurs auteurs (y comprs e posacer, Rchard Lewonn) se deman-dent s a reproducon et ’hérédté sont des ngrédents essenes du concept de séecon naturee. L’ampeur des désaccords est sur ce pont mpresson-nant. Certans (Frédérc Bouchard) padent pour un éargssement du concept, en fasant du succès reproducf dérene une modaté facutave des df-férences enitness, et donc du processus de séecon naturee ; d’autres (a majorté) padent pour a vson orthodoXe cassque, et se méîent de a perte d’opéraonnaté que représente ’éson de toute référence à a reproduc-on et à ’hérédté dans e prncpe de séecon naturee (vor en parcuer
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a posace de Lewonn, auteur abondamment cté dans ce voume par de nombreuX auteurs pour sa reformuaon abstrate et générae du prncpe de séecon naturee). Cee queson est étrotement ée à cee des untés et nveauX de séecon, qu a tant occupé es évouonnstes depus tros ou quatre décennes. I est car que s ’on aabt e postuat d’hértabté de a itness(et donc ’eXgence seon aquee e prncpe de séecon naturee ne peut s’appquer qu’à des entés capabes de se reprodure), e spectre des entés (naturees, cuturees ou arîcees) auXquees a séecon naturee peut s’appquer s’éargt consdérabement. On peut rappeer c que ce débat a eXsté depus es débuts mêmes du darwnsme. C’état en pare déjà ’enjeu du débat entre Darwn et Spencer sur e caractèrea prioriou non du principe de séecon naturee. (2) Depus es années 1970, e débat sur es untés de séecon a condut à donner une grande mportance à a noon de « répcaon ». Un répcateur est une enté dont a structure peut être copée dans une autre. Le gène est par eXempe un répcateur paradgmaque. Un organsme, en revanche, n’est pas un répcateur :  se reprodut (c’est-à-dre engendre un être de a même sorte que u-même), mas ’être ans engendré n’est pas une « cope ». Cee noon de répcaon a prs e pas sur cee de reproducon chez de nombreuX auteurs, boogstes et phosophes. Dans une communcaon parcuèrement org-nae, Antone Danchn dénonce ce qu’ pense être une erreur fondamentae : ce n’est pas a répcaon, mas a reproducon qu est premère. En eet, toute répcaon d’une enté boogque présuppose un système capabe d’abord de « se reprodure ». Mas surtout, seon Danchn, tands que a répcaon est un processus qu s’accompagne d’une dégradaon de ’nformaon (car  y a des erreurs), a reproducon est e fat de systèmes compeXes qu sont capabes de récupérer, vore même de créer de ’nformaon, va des processus nternes qu mpquent un crbage, et donc queque forme de séecon ntraorganque. Cee proposon ouvre, croyons-nous, des voes de recherche poteneement fécondes, quoque peu ntuves. (3) Nous voudrons enîn sougner ’mportance que puseurs auteurs (notamment Chrstophe Maaterre & Francesca Mern) accordent auX facteurs stochasques et pus généraement au hasard. Sans doute cee thémaque e n’est-ee pas nouvee. Depus a în du xix sèce, es luctuaons d’échan-onnage et e hasard ont été consdérées de manère récurrente comme un mportant facteur d’évouon possbe. Ce qu est nouveau, c’est e débat contemporan sur a prse de conscence de a grande dïcuté, vore ’mposs-
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bté théorque, de dérencer opératorement es eets stochasques et es eets séecfs. Puseurs auteurs (notamment Juen Deord, Arnaud Pocheve) s’nterrogent auss sur a montée en pussance des modèes stochasques dans ’écooge évouve. (4) C’est cependant dans e tratement moderne de ’nférence phyogéné-que (donc e versant « descendance avec modîcaon » de a théore darw-nenne) que es révsons es pus mpressonnantes se sont produtes au cours du dem-sèce écoué. Comme e montrent ben es contrbuons de Guaume Lecontre et de Pasca Tassy, ’nférence phyogénéque n’est pus aujourd’hu un « art » fondé sur a seue eXperse ndvduee ; c’est aujourd’hu une scence pourvue de procédures opératores et reproducbes. Dans ce cas,  ne s’agt sans doute pas à proprement parer d’une « révson » du prncpe darwnen de « descendance avec modîcaon » ;  s’agt putôt d’un secteur ener de scence qu a enîn déveoppé des méthodes à où Darwn et ses successeurs n’avaent proposé qu’une ntuon. Les chaptres consacrés à ce sujet sont parcuèrement mpressonnants. L’ouvrage eXamne d’autres voes de révson des prncpes fondamentauX de Darwn, que nous ne pouvons c dscuter. I est car que a booge eXpér-mentae contemporane, notamment a booge moécuare, a génomque, a booge déveoppement, ouvrent des perspecves mportantes sur a queson des contrantes pesant sur es sources de varaon, et donc sur e pouvor même de a séecon naturee. Quant à ’eXtenson du cadre théorque darwnen à de nouveauX objets, Les Mondes darwiniensnous en présentent une mosson tout à fat mpres-sonnante. Nous amerons c en dsnguer deuX modatés. L’une consste à appquer ’un ou ’autre des prncpes darwnens à des objets boogques nouveauX ; ’autre consste à es transposer dans des champs phénoménauX non spécîquement boogques, ou tout au mons non donnés de manère évdente comme des objets boogques. Dans a premère catégore, on peut menonner ’appcaon du prncpe de descendance auX voes de synthèse ou de dégradaon bochmques (vor a très bee étude ponnère de Guaume Lecontre & Chomn Cunchos). Cee eXtenson du darwnsme état ntuvement évdente depus qu’ a eXsté une théore de ’évouon et une bochme métaboque, mas ee n’est devenu envsageabe que sur a base des méthodes modernes d’nférence phyogénéque. L’ouvrage eXamne par aeurs de nombreuX eXempes d’eX-tenson du prncpe de séecon naturee à des nveauX d’organsaon ou des
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phénomènes boogques autres que ceuX consdérés par Darwn ou a syn-thèse moderne : système mmuntare (Thomas Pradeu), comportement (Henr Cap), embryooge et systèmes déveoppementauX (Jean-Jacques Kupec, H.C. Barre), orgne et manen du seXe (Perre-Henr Gouyon & Taana Graud), médecne (Perre-Over Méthot), écooge (Frédérc Bouchard, Juen Deord, Arnaud Pocheve). L’ensembe des chaptres consacrés à a psychooge évo-uonnste (H.C. Barre, Stephen Downes, Perre Porer & Luc Faucher), à ’éthque évouonnste (Chrsne Caven, Jérôme Ravat), à ’orgne du angage (Jean-Lous Dessaes) et à a tééosémanque (Françose Longy), vont auss dans ce sens. Cependant, sur ces sujets qu touchent à ’homme, et auXques le volume consacre des développements importants, l’extension suscite en ’état actue des choses peut-être davantage de débats eXporatores que de résutats avérés. C’est pourquo e débat prend souvent sur ces sujets une tournure phosophque ouverte. La seconde forme d’eXtenson consste en une transposon des prnc-pes darwnens dans des domanes qu se prêtent à ’anaoge. Tros eXempes spectacuares sont eXamnés. Le premer est ceu de a ngusque hstor-que, où es méthodes quantaves d’nférence phyogénéque sont depus peu transposées et appquées à a queson des reaons de îaon entre es angues (Mahé Ben Hamed). Le second eXempe est ceu de ’économe évouonnste, qu use un prncpe de « séecon naturee économque » (Eva Debray). Le derner eXempe de transposon est ceu de a roboque, qu a trouvé dans es « agorthmes évouonnares » un ou de concepon remarquabement eïcace, à a faveur de moyens de cacu de pus en pus pussants (Marc Schoenauer, Ncoas Bredèche). Ben entendu, es deuX formes d’eXtenson du darwnsme, érae et ana-ogque, ne sont pas étanches. L’éthque évouonnste, par eXempe, osce entre ’une et ’autre, de même que a tééosémanque évouonnste. Dans e cas de ’évouon cuturee (Chrstophe Hentz & Ncoas Cadère), ’entre-acement des deuX approches est neXtrcabe. La taXnome des modes d’eXpanson (théorque) et d’eXtenson (phénomé-nae) du darwnsme n’épuse pas a maère de ce vre, qu s’nterroge auss sur es reaons souvent dïces que a booge de ’évouon entreent avec a booge du fonconnement. Même s a majorté des boogstes sont d’accord avec a formue de Dobzhansky seon aquee « ren n’a de sens en booge s ce n’est à a umère de ’évouon »,  reste que de vastes pans de a recherche boogque (en fat a majorté) suvent eur cours sans entretenr
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de reaons fortes avec ’évouon. Nous avons été frappé par es réleXons scepques des auteurs qu, dans ce voume, ont réléch sur es rapports entre booge moécuare et évouon (Mche Morange), entre booge du déve-oppement et évouon (Guaume Baavone), entre booge des systèmes et évouon (Perre-Aan Braard), ou encore entre booge synthéque et évouon (Thomas Heams). Quant à a recherche bomédcae,  est car qu’en dépt de ’ntérêt suscté par a « médecne évouonnste », ee demeure en grande pare hors du champ évouonnste. Ce beau vre, unque dans a érature, se dsngue donc par son méange de systémacté et d’ouverture. Au sorr de sa ecture, on est persuadé de ’nanté de a queson de savor s’ faut être darwnen ou non-darwnen. Les prncpes darwnens ont eu et ont, de fat, une fécondté eXceponnee dans de nombreuX champs de savor boogque, anthropoogque et techno-ogque. Mas  est car auss que e darwnsme ne saurat avor réponse à tout. I n’épuse n a booge, n es scences de ’homme et de a socété, n évdemment a technooge. I serat pourtant ben aventureuX, et sans doute rresponsabe d’un pont de vue cognf, de vouor s’en passer. Cec nous ramène auX enjeuX conteXtues menonnés au début de cee préface. Parm ceuX-c, nous avons menonné ’ensegnement. Ce voume ne manque pas d’ambon à cet égard. Nous n’avons pas vouu anayser c es neuf chaptres de « noons » qu ouvrent e vre. Is orent une réleXon méthodoogque et phosophque sur des concepts tes que ceuX de varaon, d’hérédté, de séecon naturee, de foncon, de îaon. Mas  faut sou-gner e nveau d’eXgence crque qu eur est assocé. Le ecteur ne devra pas être surprs : ces chaptres mnares sont probabement es pus ardus, car ce sont ceuX qu s’eorcent de cerner e sens et es mtes des termes fonda-mentauX sans esques  n’y a pas de théore de ’évouon possbe. Ce n’est pas une mondre quaté de ce vre que d’avor pacé en tête de ’ouvrage ces chaptres dïces, qu touchent à ’appare termnoogque et conceptue de ’évouon. Pour quconque penserat que ’approche darwnenne de ’évo-uon est trvae,  y a à de quo se convancre de ’eort de pensée qu’ee eXge, dès qu’on veut a mere en œuvre.
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