//img.uscri.be/pth/c5d88644976920d5bb1b840885ee8ed9cb4e6b0a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Les Singes et l'Homme

De
52 pages

La discussion sur les affinités de l’Homme avec les Singes, une fois portée sur le champ des questions populaires, il arrive que des conclusions très-faciles à déduire se glissent dans la pensée des moins instruits. Il serait très-avantageux que ces conclusions fussent en harmonie avec la vérité ; malheur au contraire si elles sont erronées ! L’application de ces conséquences à la vie civile et morale, est inévitable, et elle est, en même temps, du plus grand poids.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

J.-Joseph Bianconi

Les Singes et l'Homme

Considérations naturelles sur leurs prétendues affinités

LES SINGES ET L’HOMME ;

CONSIDÉRATIONS NATURELLES SUR LEURS PRÉTENDUES AFFINITÉS

« L’homme seul n’a nulle espèce voisine ;
il n’a pas d’espèce consanguine. Sur ce dernier
point on rougirait d’exprimer seulement
un doute. »

(Flourens, Ontologie naturelle, p. 69.)

 

La discussion sur les affinités de l’Homme avec les Singes, une fois portée sur le champ des questions populaires, il arrive que des conclusions très-faciles à déduire se glissent dans la pensée des moins instruits. Il serait très-avantageux que ces conclusions fussent en harmonie avec la vérité ; malheur au contraire si elles sont erronées ! L’application de ces conséquences à la vie civile et morale, est inévitable, et elle est, en même temps, du plus grand poids. Or la théorie des affinités de l’Homme avec les Singes telle qu’elle nous est présentée dans les œuvres d’Huxley, de Lyell, de Vogt et d’autres, est-elle vraie ou bien erronée ?

Voilà une question d’actualité, et comme on dit, du jour, qui mérite bien d’être pesée. Elle a été traitée déjà par des savants de premier ordre ; mais il est bon toutefois d’en recueillir les principaux résultats sous un point de vue d’ensemble ; et on peut encore y ajouter de nouvelles observations. Voilà mon but.

Lorsque, par suite de ce qu’on appelle la grande conception de l’élection naturelle, ou des systèmes antécédents, c’est-à-dire l’évolution progressive des êtres organisés, la variation et la transformation des espèces, on a été conduit à voir dans le règne animal, que dis-je ? dans tous les êtres organiques une dérivation de l’un à l’autre ; une filiation qui forme une échelle continue depuis les végétaux les plus simples, jusqu’aux animaux les plus élevés, jusqu’à l’Homme même, quel qu’étrange que paraisse celte conception, elle est le sujet favori de plusieurs écrivains ; et l’école de Darwin n’a que trop d’influence aujourd’hui, dans la science.

Elle nous enseigne, que de même qu’une espèce quelconque de poissons serait une simple variété des espèces voisines, et celles-ci à leur tour des autres espèces affines, comme le chien ne serait que le renard ou le loup modifiés ; de même l’Homme ne serait autre chose que telle ou telle autre espèce améliorée des mammifères inférieurs. Dans ce cas l’origine de l’Homme ne serait pas, selon l’opinion universelle, une création indépendante et à part, telle, qu’en remontant la série de ses générations, on trouvât toujours jusqu’à son principe l’Homme comme souche à l’Homme même. Au contraire parcourant les phases arriérées de son espèce, il parviendrait à comprendre que le sang d’une brute coule dans ses veines, et qu’à une époque éloignée, la génération, la conception dont il dérive directement, est l’œuvre de deux brutes.

La seule exposition crue et claire de cette théorie blesse l’humanité ; et le bon sens recule devant des idées aussi contraires àla nature, aux sentiments, aux tendances de l’Homme. Oui, l’Homme qui sent la sublimité de sa propre intelligence, qui domine la nature avec l’empire le plus absolu, qui exerce son pouvoir tyrannique sur tous les animaux, aucun excepté, se sent trop humilié en s’entendant dire que ses aïeuls ont été l’Orang-Outang, le Gorille, le Chimpanzé ; et indigné il rebute une théorie aussi folle et aussi audacieuse.

Le premier coup d’œil, ou plutôt ce qu’on appelle le sens intime, universel, immuable, nous porte inévitablement à réfuter cette théorie. La saine philosophie et les écrits de plusieurs savants avaient depuis bien longtemps démontré combien un tel système est absurde, et inadmissible. Toutefois ce système est remis au jour, avec nouvel apparat d’arguments, et sur un nouveau champ, le champ des sciences naturelles. Mais les assertions gratuites dont on veut étayer cette théorie renouvelée, et plusieurs propositions qui ne résistent pas au moindre raisonnement, ne peuvent être accueillies sans discussion. La thèse qu’elles veulent défendre chancelle, et on demande des preuves.

Des imaginations fantastiques, et des narrations poétiques peuvent éblouir au premier abord les intelligences faibles ; mais on ne peut s’y arrêter que bien peu. Ainsi les partisans de cette théorie sont réduits à la nécessité d’y apporter quelque preuve. Et messieurs les professeurs Huxley, Lyell, Asagray, Ch. Vogt et autres, se proposent de nous en donner.

Ces preuves se rapportent à deux points, qui au fond se réduisent à un seul ; ce sont :

  • 1° Qu’il n’y a pas de différence organique distincte entre l’Homme, et les Singes supérieurs, d’où il suit que l’un est le dérivé, ou la modification, ou le perfectionnement de l’autre ;
  • 2° Qu’il y a des passages graduels qui s’interposent entre les différences qu’on voit entre les formes de l’Homme et celle du Singe, de telle façon qu’on est conduit pas à pas des formes de l’Homme d’aujourd’hui, par des dégradations graduelles de l’Homme géologique, jusqu’aux formes des Singes.

La zootomie et la zoologie ont entrepris de traiter du premier point, et on en trouve les preuves dans l’ouvrage publié l’année dernière, intitulé : Evidence as to Mansplace in nature 1863. La Géologie s’engage à donner la démonstration du deuxième point. Tout ce que cette science peut nous dire aujourd’hui, se trouve sans doute dans le livre de M. Lyell, l’ancienneté de l’Homme prouvée par la Géologie et dans celui de Charles Vogt ; Vorlesungen über den Manschen von C. Vogt. 1863.

La géologie jusqu’ici a promis des preuves, mais n’a donné que des conjectures ; nous attendrons donc qu’elle tienne ses promesses. La zootomie et la zoologie prétendent prouver ; nous sommes donc dans le droit de discuter ces preuves, et de les soumettre à un examen impartial.

Il est facile de prévoir à l’avance que je n’entreprends pas de traiter ce sujet dans toute l’extension qu’il comporte. Cela serait accablant, et superflu, après ce qu’on possède déjà sur plusieurs points de la question dans les excellents traités de messieurs Geoffroy Saint-Hilaire fils, de Duvernoy, de Flourens, de Milne Edwards, d’Owen, de Prichard, de Godron, de Gratiolet et autres, qui sont aux yeux de tous de vrais savants et de grands naturalistes.

Mon sujet se renferme dans des limites étroites. Je me borne à la comparaison de quelques parties seulement du corps des Quadrumanes supérieurs, avec leurs correspondantes dans l’Homme. Mais ce sont des parties de bien haute importance : la tête et les extrémités.

Toute notre étude sera de nature purement zoologique, ou bien zootomique. Nous nous placerons donc toujours dans la sphère de la science d’observation. Et nous suivrons le déroulement de nos recherches tout simplement, par une exposition guidée, autant qu’il me sera possible, par une logique sévére, et par la critique.

Toute fleur serait un hors-d’œuvre.

SECT. Ire. — De la tête

Les Singes qu’on prend ordinairement pour terme de comparaison avec l’Homme sont ceux qu’on appelle anthropomorphes1, ceux dont les formes se rapprochent de celles de l’Homme. Ce sont le Chimpanzé (Troglodytes niger), le Gorille (Gorilla gina), et l’Orang-outang (Simia satyrus) ; on peut y ajouter encore le Gibbon (Hylobates). Dans tout l’ordre dit des Quadrumanes, ce sont les Singes qui offrent dans leur corps, dans la tête, dans les mains, des formes que les écrivains des temps anciens, et d’autres plus près de nous se plaisaient à signaler par des formes et des ressemblances humaines. On ne saurait faire sans doute un reproche sérieux aux premiers écrivains de s’être laissé tromper par ce rapprochement ; mais ce qui mériterait bien le blâme, serait l’exagération, s’ils l’ont introduite dans leurs narrations, ou s’ils façonnèrent les figures de ces animaux en question pour leur attribuer des qualités, ou des formes qu’ils n’avaient pas. Telles sont les figures qu’on trouve dans les OEuvres d’e Tyson, de Buffon, et d’autres2.

Ils étaient excusables jusqu’à un certain point. En effet, ils voyaient l’Orang-Outang et moins fréquemment le Chimpanzé avec sa face pas beaucoup plus prognate ou saillante que