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Louis Agassiz

De
629 pages

Sa naissance. — Influence de sa mère. — Premier penchant pour l’histoire naturelle. — Ses occupations d’enfant. — Première école. — Vacances. — Il renonce à la carrière commerciale. — Collège de Lausanne. — Choix d’une vocation. — Vie et études à Zurich. — Université de Heidelberg. — Maladie. — Retour en Suisse. — Convalescence.

Jean-Louis-Rodolphe Agassiz est né le 28 mai 1807 à Motier, au bord du lac de Morat ; son père y était alors pasteur ; il avait épousé Rose Mayor, fille d’un médecin demeurant à Cudrefin, près du lac de Neuchâtel.

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Elisabeth Cary Agassiz
Louis Agassiz
Sa vie et sa correspondance
1807 — 1873
AVANT-PROPOS
me En m’associant, par cette traduction, à l’œuvre à l aquelle M Agassiz s’est consacrée avec persévérance et dévouement, j’ai céd é au désir de faire connaître au public de langue française la vie d’un homme de gén ie, qui a été l’une des gloires de notre patrie et qui s’est toujours envisagé comme s on enfant. Agassiz, en effet, appartient à la Suisse romande. Il est originaire d u canton de Vaud, où il a passé une partie de sa jeunesse et a conservé la plupart de s es relations de famille. C’est à Neuchâtel ensuite qu’il a débuté comme professeur et que, lié par la reconnaissance et l’affection, il a achevé la première partie de sa carrière ; c’est de notre ville, devenue sous son influence un foyer de vie scientifique, qu’il a publié ses travaux les plus importants et que sa réputation a grandi au dehors. Au public de la France, je rappellerai les liens ét roits qui unirent Agassiz à Cuvier, à Élie de Beaumont, à Milne-Edwards, l’estime et l’am itié des savants français qui voulurent se l’attacher comme collègue en lui faisant adresser un appel, en 1857, par M. Rouland, ministre de l’Instruction publique, et l’h onneur qu’ils lui firent en le nommant membre étranger de l’Institut. Je pense, en outre, faire une œuvre utile en plaçant sous les yeux des jeunes gens le tableau de cette vie toute consacrée au travail, à la recherche incessante de la vérité et animée des sentiments les plus élevés de désintéres sement, d’abnégation et de persévérance. C’est d’ailleurs une figure éminemment sympathique que celle d’Agassiz, qui possédait le don d’attirer à lui les personnes de toutes les conditions ; on trouvera ici, selon l’expression de Humboldt, un homme de cœur et une belle âme, et ce ne sera pas là le moindre attrait de ce livre pour ceux qui goû tent les bonnes et saines lectures. Il ravivera chez tous ceux qui ont connu personnellement Agassiz des souvenirs que ni le temps ni la distance n’ont pu effacer, et contribue ra, je l’espère, en rappelant son exemple à éveiller et à répandre toujours plus le goût et l’amour de la science. me Avec l’autorisation de M Agassiz, j’ai supprimé dans cette biographie ce qu i me paraissait spécialement destiné au public américain, et j’ai ajouté, d’autre part, quelques fragments de nature à intéresser nos lecteurs, entr e autres un résumé du discours d’Agassiz prononcé à la réunion de la Société helvé tique des sciences naturelles à Neuchâtel, en 1837, quelques détails sur sa présence à la réunion de la même Société à Genève, en 1845, et un récit de la course d’hiver au glacier de l’Aar, en 1841. Je donne en outre dans l’appendice un catalogue de ses nombreuses publications en français, en anglais, en allemand et en latin, établi aussi exactement que possible, sans qu’on puisse cependant l’envisager comme complet. Les lettres d’Agassiz et de ses correspondants, écrites en français, paraissent ici pour la première fois dans leur texte original. Est-il b esoin de signaler au lecteur l’intérêt de cette correspondance ? Elle nous fait assister d’abord aux débuts du jeune naturaliste et à l’épanouissement de ses belles facultés, pour nou s introduire ensuite dans la société des savants modernes les plus illustres des deux mo ndes, qui viennent rendre un hommage affectueux à leur ami et semblent prêter à cet ouvrage leur brillante collaboration. En terminant, je me sens pressé d’exprimer toute ma reconnaissance à M. le professeur Louis Favre, à M. Fritz Berthoud et à mon éditeur, M.A.-G. Berthoud, pour la cordialité avec laquelle ils m’ont aidé à remplir une tâche que je tenais particulièrement à entreprendre comme tribut d’affection à la mémoire d’un parent avec lequel j’ai soutenu dès mon enfance des relations toutes fraternelles.
Neuchâtel, octobre 1886.
A. MAYOR.
PRÉFACE
Ce livre n’offre, je l’avoue, ni une biographie com plète, ni l’exactitude d’un ouvrage scientifique, comme le lecteur pourrait s’y attendre d’après le titre ; quelques explications sont donc nécessaires. Quand je commençai à réunir les faits, les lettres et autres documents contenus dans cet ouvrage, je ne pensais guère écrire pour le public ; mon but était surtout d’empêcher l’éparpillement et la perte de papiers précieux pour la famille. Mais à mesure que mon travail avançait, je sentis q ue le tableau de cette vie, si remarquable par l’harmonie de son développement et par l’unité de ses aspirations, pouvait avoir une utilité plus grande, un intérêt plus général, et peut-être servir à d’autres de stimulant ou d’encouragement. J’ai d’ailleurs lieu de croire que la carrière de Louis Agassiz en Europe est aussi peu connue dans sa patrie adoptive que sa vie en Amérique ne l’est dans son pays natal, et ces motifs m’ont engagée à livrer au public les matériaux que j’avais recueillis. Ce livre a le désavantage d’être composé en grande partie de traductions. Les lettres que renferme la première partie, ont été, en effet, écrites presque exclusivement en français ou en allemand, de sorte que j’avais à cho isir entre une reproduction dans les langues originales ou une traduction qui offre toujours quelque inconvénient. J’ai préféré cependant prendre ce dernier parti. Outre le concours de ma famille et particulièrement de mon fils, Alexandre Agassiz, me pour la révision du texte, j’ai été aidée par mes a mis, M. et M Hagen et par le professeur Guyot, qui ont bien voulu me donner leurs conseils sur des points spéciaux. J’ai eu, en Europe, les collaborateurs les plus fid èles et les plus utiles. M. Auguste Agassiz, qui a survécu de quelques années à son frère et a toujours pris le plus vif intérêt à conserver tout ce qui se rattachait à sa carrière scientifique, m’a fourni beaucoup de documents et de renseignements importants. Après la mort de mon beau-frère, notre proche parent, M. Auguste Mayor, de Neuchâtel, a co ntinué de me rendre les mêmes services affectueux. Je n’aurais pu, sans leur aide, compléter ce récit. L’ami que je viens de nommer s’est rendu aussi au g lacier de l’Aar pour y choisir le bloc erratique qu’Alexandre Agassiz désirait placer sur la tombe de son père. Avec une patience infatigable, M. Mayor a fait de longues et pénibles recherches parmi les débris amoncelés sur le glacier, non loin de l’emplacement où se trouvait jadis l’Hôtel des Neuchâtelois,et a choisi enfin un bloc d’une forme si monumentale, qu’on a pu le mettre en place sans y rien retoucher. En terminant, je me fais un plaisir de lui renouvel er ici le témoignage de ma reconnaissance, ainsi qu’à tous ceux qui m’ont aidée dans le cours de mon travail. Cambridge (Massachusetts), le 11 juin 1885.
ELIZABETH C. AGASSIZ.
CHAPITRE PREMIER
1807 à 1827
Sa naissance. — Influence de sa mère. — Premier penchant pour l’histoire naturelle. — Ses occupations d’enfant. — Première école. — Vacances. — Il renonce à la carrière commerciale. — Collège de Lausanne. — Choix d’une vocation. — Vie et études à Zurich. — Université de Heidelberg. — Maladie. — Retour en Suisse. — Convalescence.
Jean-Louis-Rodolphe Agassiz est né le 28 mai 1807 à Motier, au bord du lac de Morat ; son père y était alors pasteur ; il avait é pousé Rose Mayor, fille d’un médecin demeurant à Cudrefin, près du lac de Neuchâtel. Les presbytères en Suisse sont ordinairement jolis et pittoresques ; celui de Moti er l’était en particulier, grâce à sa situation au pied d’une colline, d’où l’on a une vue étendue sur toute la chaîne des Alpes. De cette cure dépendait un verger bien garni d’arbres fruitiers et une vigne assez grande pour augmenter un peu, dans les bonnes années, le modeste revenu du pasteur. Dans le jardin potager coulait une source, dont l’eau toujours fraîche et pure remplissait un grand 1 bassin de pierre, qui fut le premier aquarium d’Agassiz . Il ne paraît pas qu’Agassiz ait eu des dispositions précoces pour l’étude, et ses parents, qui, pendant les dix premières années de sa vie furent ses seuls maîtres, étaient trop sensés pour exiger de lui un travail au-dessus de son âge. Sa mère qui avait déjà perdu quatre enfants, le soignait avec une sollicitude toute particulière, et c’est peut-être pour cela qu’elle s’attacha si profondément à lui ; elle devinait que son amour de la nature et de tous les êtres vivants était un pencha nt de son intelligence, plutôt que la disposition si commune chez les enfants à s’amuser des animaux qui les entourent ou à chercher à s’en faire des amis. Comme elle avait compris les jeux de l’enfant, elle comprit plus tard la portée des travaux scientifiques du je une homme. Elle mourut six ans seulement avant lui, restant jusqu’à sa dernière heure sa meilleure amie. Peu de temps avant sa mort, elle écrivait ces lignes : « J’ai jo ui vivement des succès de Louis, j’ai partagé ses peines, je me suis associée de cœur à s on avenir, j’ai suivi pas à pas sa carrière à Neuchâtel. Il me communiquait ses projets, me conduisait souvent au Musée qu’il contribuait à y créer avec tant de peine et de persévérance. J’assistai à plusieurs de ses conférences à Neuchâtel et j’étais avec lui qua nd il reçut l’acte de bourgeoisie, lui, 2 une des seules personnes auxquelles cet honneur ait été conféré . Et cependant mon fils était si jeune ! Louis me permettait de travai ller à ses côtés, tandis qu’il écrivait ou recevait des visites. Il me parlait de sa correspon dance, de ses ennuis, de ses désappointements. » Dès son enfance Agassiz montra du goût pour l’histo ire naturelle ; outre les poissons de son aquarium, il avait alors toute sorte de favoris, des oiseaux, des souris, des lapins, des cochons d’Inde, dont il élevait les petits avec beaucoup de soins. La pêche jouait toujours un grand rôle dans ses amusements et dans ceux de son frère Auguste, de deux ans plus jeune que lui ; ils devinrent même de très habiles pêcheurs, non seulement avec les engins ordinaires, l’hameçon, la ligne, les fil ets, mais par des procédés qui étaient tout à fait de leur invention et dénotaient une gra nde connaissance des habitudes des poissons. Pendant la saison des bains et à une grande distance des bords du lac, soit à Motier, soit à Cudrefin, chaque pierre sous laquelle pouvait s’abriter un poisson, chaque trou de mur baigné par les eaux, était fouillé par eux, et ils devinrent si habiles qu’ils n’eurent plus besoin d’aucun engin de pêche pour pr endre le poisson ; ils réussirent
même à saisir avec la main certaines espèces en pleine eau, en se servant seulement de petits moyens qu’on pourrait presque appeler des fa scinations. Ces divertissements, qu’ils partageaient avec la plupart des enfants du voisinage, ne mériteraient pas d’être mentionnés, s’ils ne faisaient connaître les goûts d’Agassiz au début de sa vie. L’observation de ses animaux favoris éveillait dans son esprit des questions dont la réponse fut l’œuvre de sa carrière, et l’on peut di re que sa belle étude desPoissons d’eau douce de l’Europe centrale, un de ses plus importants ouvrages, eut pour origine ses premières collections du lac de Morat. Comme amusement d’enfant, il s’exerçait à toute esp èce de métiers, charpentier, forgeron et autres, dans lesquels il dit lui-même avoir été très habile. A cette époque, les artisans des villages suisses avaient l’habitude d’aller en journée de maison en maison. Le cordonnier venait deux ou trois fois par an avec ses outils faire les souliers de toute la famille ; le tailleur prenait ses mesures et confec tionnait les vêtements dans la maison même ; le tonnelier réparait en automne les vieux tonneaux, ou en faisait de nouveaux et préparait la cave pour les vendanges. Il parait qu’Agassiz profitait autant de ces leçons que de celles de son père, car il pouvait tailler et coudre une bonne paire de souliers pour les poupées de ses sœurs ; il n’était pas non plus mauvais tailleur et savait aussi faire en miniature un tonneau parfaitement étanche. Plus tar d il aimait à rappeler ces faits, insignifiants en apparence, ajoutant qu’il devait une bonne partie de son habileté dans la manipulation des objets d’histoire naturelle à l’ex ercice que ses yeux et ses mains avaient acquis par ses travaux d’enfant. Son goût pour les occupations paisibles de la maiso n ne l’empêchait pas d’être un garçon actif et intrépide. Un jour, il avait à peu près sept ans, il s’en alla patiner le long des bords du lac avec son petit frère Auguste et plusieurs camarades ; ils s’entretinrent de la grande foire qui avait lieu ce jour même à Morat, de l’autre côté du lac, et à laquelle le pasteur Agassiz s’était rendu en voiture dans la matinée. La tentation était trop forte pour Louis ; aussi proposa-t-il à Auguste d’aller rejoindre leur père en patinant à travers le lac et de revenir avec lui dans l’après-midi. Ils partirent aussitôt. Les autres enfants, en me rentrant au village pour le dîner apprirent à M Agassiz l’équipée de ses fils. On peut se figurer son angoisse, car le lac de Morat a plus d’ une demi-lieue de largeur, et elle ne croyait pas que la glace fût suffisamment solide po ur permettre de le traverser sans danger. Grâce à une bonne lunette, elle put les apercevoir d’un point élevé où elle s’était rendue en toute hâte. Ils étaient déjà bien loin et Louis, étendu au travers d’une crevasse, faisait alors passer son petit frère sur son dos comme sur un pont. Elle expédia aussitôt à leur secours un excellent patineur qui les rattrapa au moment même où ils allaient atteindre la rive opposée, mais il n’eut pas l’idée de les ramener par un autre chemin que celui qu’ils avaient déjà suivi, et ce fut en patinant encore à travers le lac qu’ils regagnèrent le village, fatigués, affamés et désappointés, sans avoir vu la foire et sans avoir pu faire la course avec leur père. A l’âge de dix ans, Agassiz fut envoyé au collège d e Bienne, où l’enseignement plus sérieux de l’école publique remplaça les leçons d’u n père plein de sollicitude et de tendresse. Il s’y trouva aussi avancé que ses camar ades du même âge, car son père était un maître distingué ; on peut même supposer que la passion de Louis Agassiz pour l’instruction et pour tout ce qui concerne le développement de la jeunesse, ainsi que ses aspirations intellectuelles, étaient un héritage de famille, puisque dans toutes les localités où M. Agassiz fut appelé à résider comme pasteur, à Motier, à Orbe, et en dernier lieu à Concise, son influence se fit sentir aussi bien dan s le domaine de l’école que dans l’exercice de son ministère. On conserve dans la fa mille comme un précieux souvenir une pièce d’argenterie qui lui fut donnée par la Mu nicipalité d’Orbe en mémoire de
services rendus dans les écoles publiques. La discipline du collège de Bienne était assez sévè re, mais la vie que les élèves y menaient les rendait vigoureux ; on mettait autant d’entrain aux jeux qu’au travail. Se reportant à cette époque de sa vie, Agassiz se dema ndait souvent pourquoi ses camarades et lui avaient été moins fatigués par leur temps d’école, que les enfants ne le sont actuellement dans les écoles publiques des Éta ts-Unis, et si ce fait devait être attribué à la différence de climat ou de méthode. « On dit que les élèves de nos écoles sont trop chargés avec cinq heures de travail consé cutif et une ou deux heures de préparations à la maison ; le programme du collège de Bienne comportait neuf heures d’étude et cependant les élèves étaient heureux et en santé ; il faut peut-être l’attribuer aux fréquentes interruptions de travail, car toutes les deux ou trois heures, les leçons étaient coupées par des jeux ou par un temps de repos. » Agassiz conserva toujours un souvenir agréable de ce collège et de ses maîtres, et le respect affectueux qu’il éprouvait pour le directeur, M. Rickly, se changea plus tard en un lien d’amitié. Les vacances étaient naturellement accueillies avec joie, et comme Motier ne se trouvait qu’à sept lieues de Bienne, Agassiz et son jeune frère Auguste, qui l’avait rejoint une année plus tard, faisaient ce voyage à pied. La vie des deux frères pendant leur jeunesse est tellement semblable qu’on ne peut fair e l’histoire de l’un, à cette époque, sans raconter celle de l’autre ; tout était en comm un entre eux, ils achetaient avec leurs petites épargnes les livres que Louis désirait avoir, livres qui furent le commencement de sa future bibliothèque. Dès le premier jour de congé et longtemps avant le lever du soleil, les deux intrépides garçons se mettaient en route, à pied, heureux comm e des écoliers en vacances. A l’époque des foins, et surtout à celle des vendanges, pendant laquelle tout était en fête, ils prenaient part joyeusement aux travaux de la récolte. Au jour fixé pour les vendanges, de nombreux ouvriers des cantons voisins venaient o ffrir leurs services ; ils trouvaient pour la nuit un abri dans les granges ; celle de la cure était souvent remplie de paysans et de paysannes qui venaient y chercher un repos bien mérité. C’était alors une vraie fête pour les enfants qui se régalaient de raisin et de moût ; dans la vigne aussi, on se livrait à la joie, et le dernier soir la fête était terminée par un bal champêtre. Les deux garçons passaient quelquefois leurs vacanc es à Cudrefin chez leur grand-père, le docteur Mayor, vieillard très respecté et que sa bienfaisance faisait aimer de chacun. Son petit cheval blanc, sur lequel il allait de village en village visiter les malades, était bien connu dans tous les coins et recoins du pays. La grand’maman était délicate et percluse ; chérie des enfants, elle leur chantait de jolies chansons et des hymnes et leur racontait beaucoup d’histoires. Tante Lisette, une de leurs filles non mariées, vivant sous le toit paternel et très aimée de ses nombreux neve ux et nièces, était l’âme de ces réunions de famille qu’elle embellissait de toutes manières. La maison semblait être élastique, car tous ceux qui arrivaient, si nombreux qu’ils fussent, étaient les bienvenus ; plus il y en avait, plus on était content. Le dimanche après Pâques avait lieu la grande fête du pays ; chacun s’occupait alors à teindre des œufs et à préparer des fritures. Les je unes filles du village, parées de leurs plus beaux vêtements, et les garçons, portant à leu r chapeau de grands bouquets de fleurs artificielles, se rendaient ensemble à l’église dans la matinée ; l’après-midi avait lieu le jeu traditionnel de deux coureurs choisis p armi les garçons du village ; ces coureurs, habillés de blanc et ornés de rubans aux couleurs vives, musique en tête et suivis par tous les jeunes gens, se rendaient en procession à l’endroit où l’on avait placé une longue ligne d’œufs. A un signal donné, ils se séparaient, l’un pour ramasser les œufs suivant la règle prescrite, l’autre pour courir aussi vite que possible jusqu’au village
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