Mars est encore loin

De

Le 25 mai 1961, John Fitzgerald Kennedy avait promis la Lune aux Américains. Il connaissait exactement les capacités de ses techniciens, et il avait mis l’argent sur la table. Huit ans plus tard, Niels Armstrong (adieu, l’ami) foulait le sol de l’astre des nuits.


A ce jour, personne n’est capable d’assurer aux peuples du monde que l’Homme se rendra bientôt sur Mars. Ni demain, ni après-demain.

Les spationautes devraient retourner assez rapidement sur notre satellite naturel. Mais entre un voyage dans notre banlieue proche et une expédition interplanétaire, il y a un gouffre.


Le constat dût-il en être un peu douloureux, ce court ouvrage se propose de montrer que nous ne sommes pas prêts pour débarquer sur la planète rouge, ni scientifiquement, ni financièrement, ni surtout humainement. Ce qui n’implique bien entendu aucun renoncement.


Publié le : lundi 9 mai 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782752101822
Nombre de pages : 66
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M a r s e s t e n c o r e l o i n
Alain DURET
Bref essai précédé d'une
Lecture critique de la "Conquête de l'Espace"
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés réservés pour tous pays. Le code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2e et 3e a), d’une part, « que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, « que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration ». « Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou ayants cause, est illicite » (article L.122-4) Cette représentation ou reproduction par quelque procédé que ce soit constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. ISBN 9782752101822 © 2012 by Editions DELATOUR FRANCE www.editions-delatour.com
Copyright
AVERTISSEMENT
Pour ce court texte introductif, j'ai jugé inutile d'embloyer le bluriel de majesté. Je m'y exbrimerai donc à la bremière bersonne du singulier.
Je borte une douBle casquette. Ecrivain, j'ai buBlié entre autres blusieurs romans 1 et nouvelles de science fiction . Géograbhe, et titulaire d'une Thèse de Géostratégie de notre 2 Bonne vieille SorBonne , je suis l'auteur de différents ouvrages de géobolitique consacrés entre autres au nucléaire et à la conquête sbatiale.
Géograbhe, et non ingénieur, j'ai cebendant acquis le niveau scientifique et technique suffisant bour mener à Bien mes différentes buBlications. C'est mon angle d'attaque qui est barticulier. ien que familier des calculs d'orBite et des dosages des carBurants de fusées, je n'en bréfère bas moins m'intéresser davantage aux questions économiques et bolitiques qui sous-tendent la conquête de l'Esbace.
3 Mon brécédent ouvrage s'adressait à des lecteurs relativement chevronnés, sbécialistes scientifiques, décideurs bolitiques, étudiants, grand buBlic éclairé. Je souhaiterais cette fois-ci rencontrer un lectorat blus large, combosé de tous ceux qui se bassionnent bour les questions sbatiales sans avoir forcément reçu une formation sbécifique. Je souhaiterais même être accessiBle aux jeunesaficionados de l'enseignement secondaire, bour beu qu'ils se soient intéressés à la marche de l'homme vers les étoiles.
Je dois dès le débart lever une hybothèque. Debuis l'enfance, je suis unaddictde tout ce qui touche à l'esbace, et je suis doué d'une admiration incommensuraBle bour ce qu'a réalisé l'homme dans ce domaine. L'Esbace, c'est notre rêve, c'est notre futur. Mais je vais dans ces bages dévelobber une vision assez critique de la manière dont cette course a été menée debuis soixante ans. Il ne faudrait donc bas jeter l'enfant avec l'eau du Bain. Je bense que l'humanité dans son ensemBle n'a jamais eu de bolitique sbatiale cohérente sur le long terme. On a réalisé descoups, sans blus. Mais ce qu'on a fait a souvent été admiraBle.
De la même manière, j'estime que l'avancement actuel de nos moyens techniques, mais aussi humains, ne nous met bas en mesure d'envoyer avant des décennies et des décennies un équibage sur Mars. Tout en affirmant haut et fort qu'un tel vol devra aBsolument être réalisé.
Ce seront donc les grandes orientations de ce livre.
Une relecture de la "Conquête de l'Espace"
Chapitre 1
L'homme a toujours rêvé des mondes lointains. Nos ancêtres de la Préhistoire déjà levaient des yeux émerveillés vers cette mante incompréhensible qui recouvrait leurs nuits. Même si nos contemporains ont parfois tendance à oublier de regarder le ciel, l'Espace fait toujours rêver, plus ou moins selon les périodes.
Nous nous sentons confusément, mais peut-être plus que nous ne l'imaginons, intimement liés à cet univers qui à la fois nous enlace et nous écrase.
Je scintille, liée à ce monde inconnu
, rêvait la jeune Parque de Valéry.
Et l'idée est déjà là intuitivement chez beaucoup d'entre nous que l'avenir de l'homme est dans les étoiles.
Qu'avons-nous fait, que faisons-nous de cet héritage dont on pourrait presque dire qu'il est dans nos gènes ?
Depuis 1957, date de lancement du premier spoutnik, nous avons vécu des moments intenses de joie et d'exaltation, mais aussi de peine et de désespoir. Et depuis quelques décennies, le miroir s'est brouillé, l'image s'est ternie, la banalisation est devenue la règle.
Certes, il est peu d'histoires d'amour dont la trame ne s'use. Le grand public peu à peu s'est lassé, il n'a plus prêté l'oreille au rugissement des moteurs, ni écouté le pépiement cosmique des satellites. Les vols habités eux-mêmes ont cessé de faire rêver, si l'on excepte un dernier carré de passionnés imperturbables.
Et si c'était largement notre faute ? Et si, comme nous avons pu le dire, le rêve a cédé la place au marché ? Et si la conquête de l'espace, qui a fait fantasmer tant d'âmes d'adolescents, n'avait été la plupart du temps qu'un salmigondis d'intérêts militaires, politiques, économiques, géostratégiques ?
Nous allons nous proposer de relire rapidement cette histoire sexagénaire à la lueur de ce nouvel éclairage. On peut y distinguer quatre périodes.
De l'après-guerre au vol de Gagarine, soit de 1945 à 1961, ce sont les préoccupations militaires globales qui vont induire toute l'évolution.
Les deux Grands vainqueurs de la Seconde guerre mondiale sont loin d'être à égalité. La domination économique et technologique des Etats-Unis est écrasante. Toutefois, les choses sont moins simples au plan militaire. L'équilibre nucléaire est atteint en 1950. On s'accorde à dire que l'URSS dispose d'une certaine supériorité en ce qui concerne les armements terrestres, mais que les Américains sont largement dominants sur mer et dans les airs.
La guerre de Corée sera un utile révélateur de cet état de fait. On ignore assez généralement qu'un important conflit aérien a doublé les opérations terrestres. L'Etat-major soviétique a pu se rendre compte que même si ses Mig n'avaient pas fait trop mauvaise figure,
il lui faudrait des décennies pour se hisser au niveau de l'adversaire. D'où l'idée de passer par-dessus le stade de l'aviation et de développer directement l'étape suivante, celle de la fusée.
La fusée permettrait à la fois d'abattre les appareils adverses et de porter les charges nucléaires à 10 000 kilomètres sur le territoire ennemi.
Américains et Soviétiques se sont partagé les techniciens allemands de l'Espace. Un régiment de V2 existait depuis 1948 dans l'Armée rouge. Les Soviétiques disposent par ailleurs d'un excellent chercheur, Korolev.
Celui-ci se voit commander en 1953 un missile intercontinental capable de transporter jusqu'au sol américain une charge nucléaire de six tonnes. Six tonnes : c'est plus qu'il n'en faut pour mettre un homme en orbite. On pourra donc faire d'une pierre deux coups : assurer prioritairement la mission militaire et, parallèlement, réussir une opération géopolitique et psychologique.
Korolev va vite. La fameuse Zemiorka, la future fusée Soyouz, est une extraordinaire réussite technique. Dès 1957, elle place sur orbite le premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik I. Moins de quatre ans plus tard, le 12 avril 1961, Gagarine vole dans l'Espace.
Certes, les questions scientifiques n'ont pas été perdues de vue. Il a fallu, au demeurant, développer de nouvelles technologies dans d'innombrables domaines. Mais, lors de cette première phase, c'est bien l'intérêt militaire qui domine. Puis on commence à déboucher sur des préoccupations de propagande, au sens plein du terme. Montrer quele pays de Staline, devenu entre tempsle pays du spoutnik, mène la marche de l'humanité vers le Cosmos.
En 1961, les Soviétiques sont au bout de leur effort. Ils ont épuisé leurs capacités, et n'ont plus rien de neuf à attendre des moyens dont ils disposent. Une seconde phase va s'ouvrir. Elle n'est plus cette fois-ci dominée par les préoccupations militaires, mais uniquement par l'enjeu géopolitique : qui, des Etats-Unis ou de l'URSS, sera le premier sur la Lune ?
Les Soviétiques auraient peut-être eu les moyens technologiques de tenter un vol habité, quoique leur avancement scientifique présentât bien des lacunes, mais ils n'en avaient absolument pas les moyens financiers, surtout au moment où Khrouchtchev souhaitait promouvoir une (timide) amélioration du niveau de vie de la population.
C'est sur ce plan que vont agir Eisenhower d'abord, Kennedy ensuite. Dès 1958, Eisenhower crée la NASA. Mais surtout, dans son célèbre discours du 25 mai 1961, Kennedy promet aux Américains qu'ils seront sur la Lune avant la fin de la décennie, et, ce qui est essentiel, il en dégage les moyens : un financement de l'ordre d'une centaine de milliards de dollars.
Il n'y aura jamais de course à la Lune. Khrouchtchev abdique très vite, même si l'URSS va poursuivre une gesticulation autour de projets tous plus fumeux les uns que les autres et qui iront à l'échec. Au contraire le programme Apollo se développe rapidement, malgré un accident qui coûte la vie à trois astronautes. L'énorme fusée Saturne 5, la plus puissante de tous les temps, décolle sans coup férir. Le 16 juillet 1969, c'est le départ historique d'Apollo XI. Les Américains sont sur la Lune.
La seconde phase de la conquête spatiale est achevée de facto. On notera que dans les deux cas les objectifs scientifiques, même si une véritable moisson de données a pu être recueillie, n'ont jamais été prioritaires.
Le débarquement sur la Lune vaudra aux Américains, et à l'idéologie occidentale dans son ensemble, infiniment plus que n'en auraient rapporté des dizaines de guerres. Mais dès la réussite du premier vol, il est évident qu'il n'y a plus rien à grappiller. La Lune, c'est avant tout un bloc de basalte. Rien de raisonnablement exploitable. Scientifiquement, quelques observations peuvent certes être effectuées, mais pas grand-chose qui ne soit visible depuis la terre.
Seulement, les Américains ont vu large. Ils ont construit un grand nombre de vaisseaux Apollo. Il va bien falloir les utiliser, au prix de dépenses pharaoniques et de risques d'accidents comme l'équipée d'Apollo XIII. On ramène des dizaines de kilos de cailloux, qui s'entassent dans les réserves des instituts scientifiques. A la fin des fins, les trois derniers vaisseaux termineront au musée sans avoir été lancés.
Il va donc bien falloir ouvrir la troisième phase. C'est alors que réemerge un vieux serpent de mer, le vaisseau récupérable, avatar de la soucoupe volante dont ont tant rêvé les amateurs d'anticipation.
Le principe de la fusée est extrêmement simple. Un premier étage s'allume, brûle totalement son carburant, puis passe le relais à un second étage et généralement à un troisième. La charge ultime est alors portée à une vitesse qui permet sa satellisation. La fusée entière est consumée, elle ne servira donc qu'une fois.
Système peu économique qui exige d'utiliser des centaines de tonnes de matériaux et de carburant pour mettre en orbite quelques centaines de kilos. Le rêve serait donc que la fusée puisse revenir sur terre, puis repartir indéfiniment.
La navette spatiale est une manière de compromis. C'est une sorte de petit avion à sept places, muni d'une soute. Contrairement à ce qu'on a souvent imaginé, la navette est plus petite qu'un Airbus. Elle utilise au départ deux gros moteurs, théoriquement récupérables, mais qui en fait sont détruits et un gigantesque réservoir, éliminé lui aussi. Elle revient ensuite sur terre par ses propres moyens, la dépense d'énergie du retour n'étant évidemment pas considérable.
Le principe de la navette est au départ extrêmement séduisant. Elle pourra accomplir des missions extraordinaires : déposer des satellites directement sur orbite, effectuer des réparations sur d'autres engins spatiaux, assurer la liaison avec les stations orbitales. Elle pourra atterrir au retour exactement comme un avion, sur une piste toutefois un peu plus longue.
Seulement, seulement, et cela on le sait depuis le début, la navette est un gouffre financier. Chaque vol coûte un demi milliard de dollars, alors que l'envoi d'un bon vieux vaisseau Soyouz soviétique se chiffre à une trentaine de millions. Quand elle rentre de l'Espace, elle a besoin à chaque fois de réparations extrêmement onéreuses pour pouvoir repartir. Elle évolue sur orbite basse, alors que les satellites les plus modernes et les plus rentables, les satcoms (satellites de télécommunications), exigent d'être placés à 36 000 kilomètres de la surface de la Terre.
Tout cela, quand il décide de mettre en route ce nouveau programme, le 6 janvier 1972, le président Nixon le sait. Cette fois-ci, c'est le calcul politique qui va essentiellement initier cette troisième phase de la conquête spatiale.
Nixon passe pour un malin, un rusé. Originaire de Californie, il a été très tôt élu de cet Etat à la Chambre des Représentants (en 1946), puis sénateur en 1960. Il a toutefois échoué en 1962 pour le poste envié de gouverneur. Elu président des Etats-Unis en 1968, il
rigue donc un second mandat en 1972 et sait que sa réélection sera difficile.
Depuis l'entre deux guerres, les industries aéronautiques américaines se sont concentrées dans l'Ouest du pays. Elles y ont attiré les industries spatiales qui ont connu un intense développement dans les années 60. Le vide laissé par l'abandon du programme Apollo pourrait peser très lourd. La mise en route de la navette est susceptible d'induire 150 000 emplois, sans parler de la sous-traitance. Au plan électoral, le gain de la Californie est une marche essentielle pour la présidence.
Voilà comment se fait l'Histoire, autour d'une réalisation pourtant légendaire et emblématique.
4 Il faudra neuf ans pour que la navette Columbia s'élance pour la première fois, le 12 avril 1981. Viennent alors quelques années d'euphorie. Les Américains construisent quatre navettes. Celles-ci se livrent à des missions de prestige, réparent des satellites en orbite. Personne ne se préoccupe des coûts.
L'explosion en vol de Challenger (1986), qui tue sept astronautes, va marquer un premier coup d'arrêt. Certes, l'appareil sera remplacé en 1992 par Endeavour, mais le premier élan est brisé.
Des centaines de satellites sont lancés pendant cette décennie par des fusées classiques, notamment l'Européenne Ariane 4. Même après la chute de l'URSS, les lanceurs russes continuent à faire merveille.
Une question insidieuse commence à se poser : à quoi sert donc la navette ?
D'autant que les Américains ont abandonné tout autre modèle de vaisseau spatial. Le tout-navette va rester le credo de la NASA jusqu'à la décennie 2000.
De toutes manières, les présidents républicains Reagan et Bush ont l'esprit ailleurs. Reagan rêve d'un gigantesque bouclier cosmique qui protègera les Etats-Unis contre les missiles venus du monde entier. Cette Initiative Stratégique de Défense est loin d'être au point et implique des dépenses colossales. Reagan s'y accrochera pourtant. Bush mettra ensuite la pédale douce avant que Clinton n'abandonne le bébé. Que de temps et d'argent perdus …
La situation internationale a radicalement changé. L'implosion du camp communiste rend les Russes à peu près fréquentables. Les Chinois sont encore hors du coup pour quelques années.
D'où l'idée de la construction d'une station spatiale internationale (ISS) dont la réalisation est décidée en 1998.
On notera que les Américains n'ont plus les moyens de se lancer seuls dans une telle aventure. Ils ont besoin des Russes, inlassables fournisseurs de moteurs et de fusées bon marché. Chinois et Indiens ne seront pas invités ; Européens et Japonais joueront leur petit rôle de modestes supplétifs.
On se souvient que les Soviétiques disposaient d'une station de petite taille, Mir, qui a apporté beaucoup de satisfactions et sur laquelle nous reviendrons. Il est question cette fois-ci de passer à la taille supérieure, de faire vivre de manière permanente à bord six équipiers au lieu de trois. La station sera desservie par la navette et par les vaisseaux russes Soyouz, elle sera ravitaillée par les "camions" russes Progress, et comprendra donc de nombreux sas d'amarrage.
On a déjà calculé que pour mener à bien l'opération, il ne faudra pas moins de 40 vols de navettes. Il est donc évident que l'ISS a été construite avant tout pour sauver la navette. Encore une fois, ce sont les intérêts économiques qui ont primé sur des intérêts scientifiques au demeurant peu évidents.
La construction de l'ISS se met en route avec un peu de retard (maistous les grands travaux dans le monde prennent toujours du retard), les débuts cependant se passent bien jusqu'à ce qu'en 2003 la navette Columbia s'écrase avant l'atterrissage. Nous en sommes à 14 morts pour un seul modèle d'engin spatial, ce qui est beaucoup. Cela dit, il faut bien continuer. L'ISS est donc achevée en 2010, et la navette est retirée du service en 2011.
Peu d'auteurs ont le courage de faire de ces odyssées un bilan lucide.
La navette était un merveilleux engin, esthétiquement beau et technologiquement pointu. Dire qu'elle n'a servi à rien serait excessif. Elle a mis en orbite puis est allée réparer le télescope Hubble. Elle a permis de faire voler et d'entraîner des centaines d'astronautes. Elle a réalisé d'intéressantes manœuvres d'approche.
Mais compte tenu des sommes dépensées et des vies humaines risquées, nous nous jugeons autorisés à dire que la navette était une impasse, ou plus exactement une fausse route.
Quant à l'ISS … nous sommes légitimement fiers d'avoir au dessus de nos têtes ce grand engin ésotérique (n'exagérons d'ailleurs rien, il pèse 400 tonnes, l'équivalent de dix camions lourds). Mais à quoi sert-elle, grands dieux ? On peut lui reconnaître le mérite de continuer à entraîner les équipages, de leur permettre de réaliser notamment de longues sorties extravéhiculaires, qui préparent hommes et femmes pour de futures missions. Elle a servi de répétition pour une sorte de jeu de Lego spatial qui pourra permettre d'assembler éventuellement de futurs vaisseaux martiens.
En revanche, son bilan scientifique est désastreux. Aucune grande firme ne lui a confié d'expérience de quelque portée. On avait beaucoup compté sur des travaux en apesanteur, ou dans le vide cosmique : tout cela se simule fort bien sur terre à moindre frais.
L'ISS n'est pas non plus un grand succès pour les relations internationales. Tenus à l'écart au départ, les Chinois ne semblent plus demandeurs. Ils ont leurs propres programmes. Européens et Japonais jouent les utilités, envoyant à l'occasion un cargo de ravitaillement expérimental. Les Indiens ne sont pas encore prêts. Et de plus en plus l'ISS repose sur les Russes, qui la ravitaillent, assurent la relève des équipages, rehaussent régulièrement son orbite, et même, c'est un comble, s'occupent de sa gestion informatique. Est-ce exactement ce dont avait rêvé la Maison Blanche ?
Il ne faut pas hésiter à revenir sur la petite station Mir, qui ne coûtait pas très cher, et qui, globalement fonctionnait bien. Des hommes y ont effectué des séjours de plus d'un an, et elle a fait beaucoup avancer la médecine spatiale. Projet modeste, Mir peut passer pour un modèle que les Chinois semblent d'ailleurs vouloir reproduire.
Que faire de l'ISS ? Les Américains s'y sont tellement bien pris qu'ils ne disposent plus de vaisseaux de desserte. Les Etats-Unis sont ainsi obligés d'acheter à la Russie plusieurs vaisseaux Soyouz chaque année. Certes, en 2012, les USA travaillent d'arrache pied pour concevoir de nouvelles capsules susceptibles de desservir la station, mais tout cela sent un peu la précipitation.
Il a été convenu que l'ISS serait exploitée jusqu'en 2030, peut-être au-delà. On ne peut humainement désavouer les bâtisseurs qui l'ont construite. Mais là aussi, l'impression de
5 gaspillage et d'inutilité s'impose.
Que l'on se comprenne bien, et ce sur deux points précis.
- Pendant les trois décennies qu'a duré le psycho-drame navette-ISS, l'Homme a lancé des centaines de sondes et de satellites; il a exploré Mars, Vénus, Saturne, Jupiter, Mercure, plusieurs astéroïdes, des comètes. Il a lancé des milliers de satellitesutiles, satcoms, constellations GPS, satellites météo, satellites d'observation de la Terre, de cartographie, d'évaluation des ressources agricoles … Au plan de la science pure, nos engins ont étudié le Soleil, ont mesuré les innombrables rayonnements venus du Cosmos, Voyager est sorti du Système solaire. Et nous ne parlerons pas des satellites militaires, qui représentent actuellement plus de la moitié des lancements US.
L'épopée de l'Espace s'est poursuivie, magnifi-quement, elle a envahi notre vie quotidienne, et l'a bouleversée sans retour. Mais il est regrettable que ce qui a été le plus médiatisé soit justement ce qui était le plus discutable.
- Secondement, les divers errements observés ne sauraient en rien mettre en cause la présence de l'homme dans l'Espace. Le vol humain est un acquit définitif, sur lequel il n'est pas question de revenir, et qui doit être amplifié et développé.
D'ailleurs, nous sommes assez mal placés pour en juger. Dans le monde actuel, une seule puissance spatiale s'oppose au vol habité, la France, qui freine, à l'encontre de ses alliés de l'Agence Spatiale Européenne, et notamment de l'Allemagne, la mise au point d'un vaisseau européen, que nous sommes capables de réaliser. Et en France, c'est l'opinion d'un seul homme, Claude Allègre, à l’ego aussi surdimensionné que son erreur, qui a jusqu'à maintenant retardé notre marche en avant.
Il est pourtant facile d'en arriver à une position de compromis. Nous n'échapperons pas au vol habité (les Chinois arrivent, Mesdames et Messieurs), mais on peut bien volontiers reconnaître que par le passé on n'a pas toujours usé du vol humain avec toute la modération souhaitable. Faisons voler l'homme là où c'est nécessaire, et là où c'est nécessaire seulement. Si nous retournons sur la Lune, beaucoup de travail pourra certainement être fait par des engins automatiques ; quelques équipages suffiront.
Et quant à Mars, dont nos sondes automatiques ont depuis longtemps commencé l'exploration, il est indispensable qu'un équipage humain foule un jour le sol de la planète rouge. Seul l'œil humain peut se poser là où nos engins automatiques ne feront que passer.
Pour en finir avec cette première partie, qu'on nous permette sans vergogne de 6 nous citer nous-même. Nous écrivions en 2002 jusqu'ici, l'homme n'a jamais dominé son destin spatial Il a été agi par une conquête dont il n'a à aucunmoment maîtrisé l'évolution. Il n'existe pas de programme spatial mondial … L'Histoire de l'Espace a été dominée par l'affrontement idéologique et politique, puis par les problèmes budgétaires, la loi du marché, la politique intérieure américaine …
approche.
Rien n'indique que nous soyons dans un futur proche prêts pour une autre
FIN DE L’EXTRAIT
ISBN : 9782752101822
Dépôt légal : Septembre 2012
Imprimé en France
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